
उमामहेश्वरव्रतं—पञ्चाक्षरमन्त्रस्य माहात्म्यं, न्यासः, जपविधिः, सदाचारः, विनियोगः
Sūta affirme qu’entre tous les vratas, l’adoration d’Umāpati (Umā–Maheśvara) par le Pañcākṣara «Namaḥ Śivāya» est la plus éminente, et que le japa est le moyen certain d’achever le vœu. Les ṛṣi interrogent sur la puissance et la méthode; Sūta rapporte l’enseignement de Śiva à Pārvatī : lors du pralaya tout se résorbe, mais le Veda et les śāstra demeurent protégés au sein du Pañcākṣara. Śiva explique l’ontologie «signifiant–signifié» et loue ce mantra comme peu de syllabes au sens immense, essence du Veda et dispensateur de mokṣa. Le chapitre expose ensuite les membres du mantra : ṛṣi, chandas, devatā, bīja/śakti; les correspondances son–lettre–lieu d’articulation pour chaque syllabe; et un nyāsa élaboré (utpatti–sthiti–saṃhāra; kara/deha/aṅga), avec digbandhana et ṣaḍaṅga-nyāsa. Il prescrit l’approche du guru, la dākṣiṇā, l’étiquette de dīkṣā, les comptes de pūraścaraṇa, le prāṇāyāma, les lieux du japa et leurs multiplicateurs, les mālā, ainsi que les modes de japa (vācika/upāṃśu/mānasa). Enfin, il insiste sur le sadācāra, les règles de nourriture et de pureté, la bhakti envers le guru, et le viniyoga selon les besoins (santé, longévité, śānti, apaisement des graha-pīḍā, etc.), concluant que l’écoute ou l’enseignement de ce vidhi mène à l’état suprême.
Verse 1
इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे उमामहेश्वरव्रतं नाम चतुरशीतितमो ऽध्यायः सूत उवाच सर्वव्रतेषु सम्पूज्य देवदेवमुमापतिम् जपेत्पञ्चाक्षरीं विद्यां विधिनैव द्विजोत्तमाः
Ainsi, dans le Śrī Liṅga Mahāpurāṇa, dans le Pūrva-bhāga, commence le quatre-vingt-cinquième chapitre, nommé «Le vœu d’Umā et de Maheśvara». Sūta dit : «Dans toutes les observances sacrées, après avoir adoré pleinement et selon le rite le Dieu des dieux—l’Époux d’Umā—que le meilleur des deux-fois-nés, conformément aux prescriptions, récite la vidyā Pañcākṣarī, le mantra aux cinq syllabes».
Verse 2
जपादेव न संदेहो व्रतानां वै विशेषतः समाप्तिर्नान्यथा तस्माज् जपेत्पञ्चाक्षरीं शुभाम्
Par le japa seul, il n’y a aucun doute—et tout particulièrement pour les vœux—leur accomplissement véritable ne s’obtient pas autrement. C’est pourquoi il faut répéter la Pañcākṣarī, de bon augure.
Verse 3
ऋषय ऊचुः कथं पञ्चाक्षरी विद्या प्रभावो वा कथं वद क्रमोपायं महाभाग श्रोतुं कौतूहलं हि नः
Les sages dirent : «Comment faut-il comprendre la vidyā Pañcākṣarī, et comment connaître sa puissance ? Ô bienheureux, expose la méthode pas à pas ; car nous brûlons d’en entendre le récit».
Verse 4
सूत उवाच पुरा देवेन रुद्रेण देवदेवेन शंभुना पार्वत्याः कथितं पुण्यं प्रवदामि समासतः
Sūta dit : Je vais proclamer brièvement cet enseignement sacré et méritoire qui, jadis, fut enseigné à Pārvatī par le divin Rudra—Śambhu, le Dieu des dieux.
Verse 5
श्रीदेव्युवाच भगवन्देवदेवेश सर्वलोकमहेश्वर पञ्चाक्षरस्य माहात्म्यं श्रोतुमिच्छामि तत्त्वतः
Śrī Devī dit : «Ô Seigneur Bienheureux, Dieu des dieux, Grand Maître de tous les mondes — je désire entendre, en vérité et selon la réalité, la grandeur du mantra aux cinq syllabes.»
Verse 6
श्रीभगवानुवाच प्रलय अन्द् सृष्टि पञ्चाक्षरस्य माहात्म्यं वर्षकोटिशतैरपि न शक्यं कथितुं देवि तस्मात् संक्षेपतः शृणु
Le Seigneur Bienheureux dit : «Ô Devī, la grandeur du mantra aux cinq syllabes — semence de la création qui s’élève après la dissolution — ne peut être pleinement décrite même en des centaines de crores d’années. Écoute donc en abrégé.»
Verse 7
प्रलये समनुप्राप्ते नष्टे स्थावरजङ्गमे नष्टे देवासुरे चैव नष्टे चोरगराक्षसे
Lorsque la dissolution cosmique fut pleinement advenue—lorsque périrent l’immobile et le mobile; lorsque Devas et Asuras s’évanouirent pareillement; et lorsque serpents et Rākṣasas furent aussi détruits—il ne demeure que le Seigneur suprême, le Pati, au-delà de tout pāśa et de tout nom, fondement de la réémergence.
Verse 8
सर्वं प्रकृतिमापन्नं त्वया प्रलयमेष्यति एको ऽहं संस्थितो देवि न द्वितीयो ऽस्ति कुत्रचित्
Tout ce qui est entré dans Prakṛti, par toi, ira vers la dissolution. Ô Devī, Moi seul demeure établi ; nulle part, d’aucune manière, il n’existe de second.
Verse 9
तस्मिन्वेदाश् च शास्त्राणि मन्त्रे पञ्चाक्षरे स्थिताः ते नाशं नैव सम्प्राप्ता मच्छक्त्या ह्यनुपालिताः
Dans ce mantra aux cinq syllabes, les Veda et les Śāstra sont solidement établis. Ainsi ne tombent-ils jamais dans la destruction, car ils sont soutenus et protégés par Ma Śakti.
Verse 10
अहमेको द्विधाप्यासं प्रकृत्यात्मप्रभेदतः स तु नारायणः शेते देवो मायामयीं तनुम्
Bien que Je sois l’Un, Je devins comme deux par la distinction entre Prakṛti et le Soi. Alors ce Deva, Nārāyaṇa, demeure en repos yogique, revêtant un corps constitué de Māyā.
Verse 11
आस्थाय योगपर्यङ्कशयने तोयमध्यगः तन्नाभिपङ्कजाज्जातः पञ्चवक्त्रः पितामहः
Demeurant sur la couche du yoga au milieu des eaux cosmiques, du lotus de Son nombril naquit l’Aïeul Brahmā, celui aux cinq visages.
Verse 12
ब्रह्मा च्रेअतेस् १० सोन्स्; थेय् गेत् पोwएर् फ़्रोम् शिव सिसृक्षमाणो लोकान्वै त्रीनशक्तो ऽसहायवान् दश ब्रह्मा ससर्जादौ मानसानमितौजसः
Désirant faire advenir les trois mondes, Brahmā—sans puissance et sans appui—créa au commencement dix fils nés de l’esprit, d’une splendeur sans mesure. Leur pouvoir d’agir dans la création naquit de la grâce qui confère l’énergie de Śiva, le Pati, par qui l’œuvre de manifestation devient possible.
Verse 13
तेषां सृष्टिप्रसिद्ध्यर्थं मां प्रोवाच पितामहः मत्पुत्राणां महादेव शक्तिं देहि महेश्वर
Afin que leur création s’accomplisse, l’Aïeul (Brahmā) s’adressa à moi : «Ô Mahādeva, ô Maheśvara, accorde la śakti—la puissance efficace—à mes fils, pour que la création progresse et s’achève».
Verse 14
इति तेन समादिष्टः पञ्चवक्त्रधरो ह्यहम् पञ्चाक्षरान्पञ्चमुखैः प्रोक्तवान् पद्मयोनये
Ainsi, sur son ordre, Moi—porteur de la forme aux cinq visages—prononçai, par mes cinq bouches, le mantra aux cinq syllabes (pañcākṣara) pour le Né du Lotus (Brahmā).
Verse 15
तान्पञ्चवदनैर्गृह्णन् ब्रह्मा लोकपितामहः वाच्यवाचकभावेन ज्ञातवान्परमेश्वरम्
Les recevant par ses cinq visages, Brahmā—l’aïeul des mondes—connut Parameśvara en discernant le lien entre le signifié (vācya) et le signifiant (vācaka).
Verse 16
वाच्यः पञ्चाक्षरैर्देवि शिवस्त्रैलोक्यपूजितः वाचकः परमो मन्त्रस् तस्य पञ्चाक्षरः स्थितः
Ô Devī, Śiva—adoré dans les trois mondes—est Celui que désignent les cinq syllabes; et le Mantra suprême qui le désigne est établi précisément sous cette forme à cinq syllabes.
Verse 17
ज्ञात्वा प्रयोगं विधिना च सिद्धिं लब्ध्वा तथा पञ्चमुखो महात्मा प्रोवाच पुत्रेषु जगद्धिताय मन्त्रं महार्थं किल पञ्चवर्णम्
Ayant appris l’usage juste selon la règle et obtenu ainsi la siddhi, le grand être, le Seigneur aux Cinq Visages, enseigna à ses fils—pour le bien du monde—le mantra de cinq syllabes, d’une portée profonde.
Verse 18
ते लब्ध्वा मन्त्ररत्नं तु साक्षाल्लोकपितामहात् तमाराधयितुं देवं परात्परतरं शिवम्
Ayant reçu directement de Brahmā, l’aïeul des mondes, ce joyau parmi les mantras, ils partirent adorer Śiva, plus haut que le plus haut, le Pati suprême.
Verse 19
ततस्तुतोष भगवान् त्रिमूर्तीनां परः शिवः दत्तवानखिलं ज्ञानम् अणिमादिगुणाष्टकम्
Alors le Seigneur Bienheureux—Śiva, suprême même au-delà de la Trimūrti—fut satisfait et accorda la connaissance entière, avec les huit qualités commençant par aṇimā, les perfections yogiques.
Verse 20
ते ऽपि लब्ध्वा वरान्विप्रास् तदाराधनकाङ्क्षिणः मेरोस्तु शिखरे रम्ये मुञ्जवान्नाम पर्वतः
Ces sages brahmanes aussi, ayant obtenu des grâces et désirant encore l’adorer (Śiva), gagnèrent le sommet délicieux du Méru, vers la montagne nommée Muñjavān.
Verse 21
मत्प्रियः सततं श्रीमान् मद्भूतैः परिरक्षितः तस्याभ्याशे तपस्तीव्रं लोकसृष्टिसमुत्सुकाः
«Il m’est toujours cher, toujours de bon augure et resplendissant, et il est gardé par mes propres êtres (gaṇa). Près de lui, désireux de la projection des mondes, ils entreprennent une austérité ardente.»
Verse 22
दिव्यवर्षसहस्रं तु वायुभक्षाः समाचरन् तिष्ठन्तो ऽनुग्रहार्थाय देवि ते ऋषयः पुरा
Ô Devī, jadis tes sages pratiquèrent, durant mille années divines, la vie nourrie d’air seul, demeurant inébranlables afin d’obtenir la grâce—pour que, par sa faveur, le Seigneur (Pati) desserre les liens (pāśa) des âmes incarnées (paśu).
Verse 23
तेषां भक्तिमहं दृष्ट्वा सद्यः प्रत्यक्षतामियाम् पञ्चाक्षरम् ऋषिच्छन्दो दैवतं शक्तिबीजवत्
Voyant leur dévotion, je me rendis aussitôt manifeste devant eux. Le mantra aux cinq syllabes possède son ṛṣi et son mètre, ainsi que sa Divinité présidente—pourvu de Śakti et de la puissance-semence (bīja).
Verse 24
न्यासं षडङ्गं दिग्बन्धं विनियोगमशेषतः प्रोक्तवानहमार्याणां लोकानां हितकाम्यया
Pour le bien des mondes nobles, j’ai enseigné intégralement le viniyoga (l’application rituelle), incluant le nyāsa, le rite aux six membres (ṣaḍaṅga) et le scellement des directions (digbandha), sans rien omettre.
Verse 25
तच्छ्रुत्वा मन्त्रमाहात्म्यम् ऋषयस्ते तपोधनाः मन्त्रस्य विनियोगं च कृत्वा सर्वमनुष्ठिताः
Ayant entendu la grandeur de ce mantra, ces Ṛṣi, riches de puissance ascétique, accomplirent son viniyoga (application rituelle) selon la règle et menèrent à bien toute l’observance.
Verse 26
तन्माहात्म्यात् तदा लोकान् सदेवासुरमानुषान् वर्णान्वर्णविभागांश् च सर्वधर्मांश् च शोभनान्
Par la grandeur de cela, les mondes—avec les dieux, les asura et les humains—ainsi que les varṇa et leurs justes divisions, et toutes les formes auspiciées du dharma, devinrent rayonnants et solidement établis.
Verse 27
पूर्वकल्पसमुद्भूताञ् छ्रुतवन्तो यथा पुरा पञ्चाक्षरप्रभावाच्च लोका वेदा महर्षयः
De même qu’autrefois ceux nés d’un kalpa antérieur devinrent des auditeurs de la vérité sacrée, ainsi, par la puissance du mantra aux cinq syllabes (Pañcākṣara), les mondes, les Veda et les grands Ṛṣi se manifestent et s’établissent.
Verse 28
देस्च्रिप्तिओन् ओफ़् पञ्चाक्षर मन्त्र तिष्ठन्ति शाश्वता धर्मा देवाः सर्वमिदं जगत् तद् इदानीं प्रवक्ष्यामि शृणु चावहिताखिलम्
Dans le mantra Pañcākṣara demeurent établis les dharma éternels, les dieux et, en vérité, tout cet univers. À présent je vais l’exposer : écoute avec une attention entière, sans aucune dispersion.
Verse 29
अल्पाक्षरं महार्थं च वेदसारं विमुक्तिदम् आज्ञासिद्धमसंदिग्धं वाक्यमेतच्छिवात्मकम्
Cette parole—peu de syllabes mais un sens immense—est l’essence même du Veda et le don de la délivrance. Établie par l’autorité divine, sans aucune incertitude, elle est de la nature de Śiva lui-même.
Verse 30
नानासिद्धियुतं दिव्यं लोकचित्तानुरञ्जकम् सुनिश्चितार्थं गंभीरं वाक्यं मे पारमेश्वरम्
Mon enseignement Pārameśvara est divin, pourvu de nombreux siddhi ; il réjouit l’esprit des êtres. Son sens est solidement établi et sa portée est profonde.
Verse 31
मन्त्रं मुखसुखोच्चार्यम् अशेषार्थप्रसाधकम् तद्बीजं सर्वविद्यानां मन्त्रमाद्यं सुशोभनम्
Ce mantra est facile et agréable à prononcer, et il accomplit toute intention. Il est la bīja (semence) de toutes les voies du savoir sacré : mantra primordial, souverainement auspicious, rayonnant d’excellence.
Verse 32
अतिसूक्ष्मं महार्थं च ज्ञेयं तद्वटबीजवत् वेदः स त्रिगुणातीतः सर्वज्ञः सर्वकृत्प्रभुः
Cette Réalité doit être connue comme infiniment subtile et pourtant d’une portée immense, telle la semence du banian. Il est le Veda véritable : au-delà des trois guṇa, omniscient, auteur de tout, et Souverain Seigneur (Pati) de l’univers.
Verse 33
ओमित्येकाक्षरं मन्त्रं स्थितः सर्वगतः शिवः मन्त्रे षडक्षरे सूक्ष्मे पञ्चाक्षरतनुः शिवः
Dans le mantra d’une seule syllabe « Om », Śiva demeure établi comme le Seigneur omniprésent. Et dans le subtil mantra de six syllabes, Śiva est présent, incarné comme la forme aux cinq syllabes (Pañcākṣarī).
Verse 34
वाच्यवाचकभावेन स्थितः साक्षात्स्वभावतः वाच्यः शिवः प्रमेयत्वान् मन्त्रस्तद्वाचकः स्मृतः
Dans la relation entre « ce qui est dénoté » et « ce qui dénote », Śiva demeure comme la réalité directe, selon sa propre nature. Śiva est le vācya, le sens dénoté, puisqu’il est l’objet connaissable de la réalisation ; et le mantra est retenu comme son vācaka, ce qui le dénote.
Verse 35
वाच्यवाचकभावो ऽयम् अनादिः संस्थितस्तयोः वेदे शिवागमे वापि यत्र यत्र षडक्षरः
Cette relation entre le sens exprimé (vācya) et le son qui exprime (vācaka) est sans commencement et demeure en l’un et l’autre. Partout où se manifeste le mantra aux six syllabes—dans le Veda ou dans les Āgama śaiva—là s’établit le lien éternel entre le mantra et le Shiva-tattva.
Verse 36
मन्त्रः स्थितः सदा मुख्यो लोके पञ्चाक्षरो मतः किं तस्य बहुभिर् मन्त्रैः शास्त्रैर्वा बहुविस्तृतैः
Dans ce monde, le mantra aux cinq syllabes est toujours tenu pour le plus éminent. Pour celui qui possède ce (mantra), à quoi bon de nombreux autres mantras ou des traités déployés en longs détails ?
Verse 37
यस्यैवं हृदि संस्थो ऽयं मन्त्रः स्यात्पारमेश्वरः तेनाधीतं श्रुतं तेन तेन सर्वमनुष्ठितम्
Celui dans le cœur duquel ce mantra de Parameśvara est ainsi solidement établi—par lui les Écritures sont comme étudiées, par lui comme entendues, et par lui comme accomplies toutes les observances sacrées.
Verse 38
यो विद्वान्वै जपेत्सम्यग् अधीत्यैव विधानतः एतावद्धि शिवज्ञानम् एतावत्परमं पदम्
Un aspirant instruit qui, après avoir d’abord étudié l’enseignement, accomplit le japa correctement selon la règle prescrite—cela seul est la connaissance de Śiva ; cela seul est l’état suprême (la demeure la plus haute de la délivrance).
Verse 39
एतावद् ब्रह्मविद्या च तस्मान्नित्यं जपेद्बुधः पञ्चाक्षरैः सप्रणवो मन्त्रो ऽयं हृदयं मम
Ceci, en vérité, est la Brahma-vidyā, la connaissance suprême qui délivre. C’est pourquoi le sage doit sans cesse répéter le mantra aux cinq syllabes uni à Oṃ ; ce mantra est Mon propre cœur—Śiva en tant que Pati, le Soi intérieur qui desserre les liens (pāśa) du paśu (l’âme liée).
Verse 40
गुह्याद्गुह्यतरं साक्षान् मोक्षज्ञानम् अनुत्तमम् अस्य मन्त्रस्य वक्ष्यामि ऋषिच्छन्दो ऽधिदैवतम्
Je vais maintenant exposer le ṛṣi (voyant), le mètre (chandas) et la divinité présidant à ce mantra — connaissance de mokṣa sans égale, réalisée directement, plus secrète que le secret — par laquelle le paśu (l’âme liée) est mené au-delà du pāśa (lien) jusqu’au Pati, le Seigneur, Śiva.
Verse 41
बीजं शक्तिं स्वरं वर्णं स्थानं चैवाक्षरं प्रति वामदेवो नाम ऋषिः पङ्क्तिश्छन्द उदाहृतः
Pour chaque syllabe — sa semence (bīja), sa puissance (śakti), son intonation (svara), sa classe phonétique (varṇa) et son lieu d’articulation (sthāna) — le ṛṣi est déclaré être Vāmadeva, et le mètre est enseigné comme Paṅkti.
Verse 42
देवता शिव एवाहं मन्त्रस्यास्य वरानने नकारादीनि बीजानि पञ्चभूतात्मकानि च
Ô toi au beau visage, la divinité présidant à ce mantra est Śiva — en vérité, moi-même. Ses syllabes-semences, à commencer par « na », sont aussi de la nature des cinq grands éléments (pañca-bhūta).
Verse 43
आत्मानं प्रणवं विद्धि सर्वव्यापिनमव्ययम् शक्तिस्त्वमेव देवेशि सर्वदेवनमस्कृते
Sache que le Praṇava (Oṁ) est ton propre Soi — omniprésent et impérissable. Toi seule es la Śakti, ô Devī, souveraine des Devas, devant qui tous les dieux s’inclinent avec vénération.
Verse 44
त्वदीयं प्रणवं किंचिन् मदीयं प्रणवं तथा त्वदीयं देवि मन्त्राणां शक्तिभूतं न संशयः
«Ton praṇava est, d’une certaine manière, aussi le mien; et le mien est pareillement le tien. Ô Devī, ta (Śakti) est la puissance même présente dans tous les mantras — il n’y a là aucun doute.»
Verse 45
अकारोकारमकारा मदीये प्रणवे स्थिताः उकारं च मकारं च अकारं च क्रमेण वै
Les lettres A, U et M demeurent dans Mon Pranava (Oṁ). En l’ordre prescrit : d’abord A, puis U, puis M ; ainsi sont-elles disposées.
Verse 46
त्वदीयं प्रणवं विद्धि त्रिमात्रं प्लुतमुत्तमम् ओङ्कारस्य स्वरोदात्त ऋषिर्ब्रह्म सितं वपुः
Sache que ce Pranava est tien : l’Oṁ suprême, prolongé et formé de trois mātrās. Pour cet Oṅkāra, l’accent est udātta ; le voyant (ṛṣi) est Brahmā ; et sa forme est blanche et rayonnante—signe de la lumière pure de Pati (Śiva) qui délivre le paśu du pāśa.
Verse 47
छन्दो देवी च गायत्री परमात्माधिदेवता उदात्तः प्रथमस्तद्वच् चतुर्थश् च द्वितीयकः
La déesse qui préside au mètre (chandas) est Gāyatrī, et le Soi suprême (Paramātman) est la sur-déité. Le premier porte l’accent udātta ; de même le quatrième, et aussi le deuxième, s’appliquent selon la règle.
Verse 48
पञ्चमः स्वरितश्चैव मध्यमो निषधः स्मृताः नकारः पीतवर्णश् च स्थानं पूर्वमुखं स्मृतम्
Le cinquième se prononce avec l’accent svarita ; son registre musical est le médian (madhyama) et sa note est dite Niṣadha. La syllabe « na » est d’une teinte jaune-or, et son siège est rappelé sur la face orientale—telle est la disposition enseignée.
Verse 49
इन्द्रो ऽधिदैवतं छन्दो गायत्री गौतम ऋषिः मकारः कृष्णवर्णो ऽस्य स्थानं वै दक्षिणामुखम्
Pour ce membre du mantra, Indra est la divinité présidente ; le mètre est Gāyatrī ; le voyant est Gautama. Sa syllabe-graine est « ma », sa teinte est sombre, et son emplacement est sur la face du Sud—ainsi doit-on le fixer dans le culte du Liṅga.
Verse 50
छन्दो ऽनुष्टुप् ऋषिश्चात्री रुद्रो दैवतमुच्यते शिकारो धूम्रवर्णो ऽस्य स्थानं वै पश्चिमं मुखम्
Le mètre est Anuṣṭubh ; le ṛṣi est Ātrī ; et la divinité présidante est dite être Rudra. Sa syllabe-graine (bīja) est « śi », de teinte fumée ; et son siège est, assurément, la face occidentale.
Verse 51
विश्वामित्र ऋषिस्त्रिष्टुप् छन्दो विष्णुस्तु दैवतम् वाकारो हेमवर्णो ऽस्य स्थानं चैवोत्तरं मुखम्
Ici, le ṛṣi est Viśvāmitra, le mètre est Triṣṭubh, et la divinité présidante est Viṣṇu. Son bīja est « va », de couleur d’or ; et son siège est la face du Nord — ainsi est proclamée sa pose.
Verse 52
ब्रह्माधिदैवतं छन्दो बृहती चाङ्गिरा ऋषिः यकारो रक्तवर्णश् च स्थानम् ऊर्ध्वं मुखं विराट्
Pour ce membre mantrique, Brahmā est proclamé divinité présidante ; le mètre est Bṛhatī ; et le ṛṣi est Aṅgiras. Le bīja est « ya », de couleur rouge ; son lieu est au-dessus, et sa face est le Virāṭ cosmique.
Verse 53
छन्द ऋषिर्भरद्वाजः स्कन्दो दैवतमुच्यते न्यासमस्य प्रवक्ष्यामि सर्वसिद्धिकरं शुभम्
Le mètre est à connaître ; le ṛṣi est Bharadvāja ; et la divinité présidante est dite être Skanda. À présent, j’enseignerai le nyāsa de ceci, auspicious et dispensateur de toutes les réussites.
Verse 54
न्यास (देफ़्।, देस्च्रिप्तिओन्) सर्वपापहरं चैव त्रिविधो न्यास उच्यते उत्पत्तिस्थितिसंहारभेदतस्त्रिविधः स्मृतः
Le nyāsa — tel qu’il est défini et décrit — est, certes, celui qui ôte tous les péchés. Le nyāsa est enseigné comme triple ; il est mémorisé comme triple selon les distinctions de surgissement (utpatti), de maintien (sthiti) et de résorption (saṁhāra).
Verse 55
ब्रह्मचारिगृहस्थानां यतीनां क्रमशो भवेत् उत्पत्तिर्ब्रह्मचारिणां गृहस्थानां स्थितिः सदा
Selon l’ordre prescrit naissent les disciplines du brahmacārin (étudiant), du gṛhastha (maître de maison) et du yati (renonçant). Du brahmacarya procède la « naissance » du dharma par la juste formation; et l’état de gṛhastha demeure à jamais le soutien stable de l’ordre sacré.
Verse 56
यतीनां संहृतिर् न्यासः सिद्धिर् भवति नान्यथा अङ्गन्यासः करन्यासो देहन्यास इति त्रिधा
Pour les yati, le nyāsa est le retrait intérieur et la réabsorption (saṃhṛti) des facultés dans le Soi; de cela seul naît la siddhi, et non autrement. Ce nyāsa est enseigné en trois formes : aṅga-nyāsa (des membres), kara-nyāsa (des mains) et deha-nyāsa (du corps).
Verse 57
उत्पत्त्यादित्रिभेदेन वक्ष्यते ते वरानने न्यसेत्पूर्वं करन्यासं देहन्यासम् अनन्तरम्
Ô toi au beau visage (varānanā), je t’exposerai la méthode triple qui commence par le rite de manifestation (utpatti). Qu’on accomplisse d’abord le kara-nyāsa, puis ensuite le deha-nyāsa.
Verse 58
अङ्गन्यासं ततः पश्चाद् अक्षराणां विधिक्रमात् मूर्धादिपादपर्यन्तम् उत्पत्तिन्यास उच्यते
Ensuite, qu’on accomplisse l’aṅga-nyāsa. Puis, selon l’ordre rituel des syllabes du mantra, en les plaçant du sommet de la tête jusqu’aux pieds, cela est appelé utpatti-nyāsa, le « nyāsa de la manifestation ».
Verse 59
पादादिमूर्धपर्यन्तं संहारो भवति प्रिये हृदयास्यगलन्यासः स्थितिन्यास उदाहृतः
Bien-aimée, le retrait (saṃhāra) s’accomplit des pieds jusqu’au sommet de la tête. Les placements sur le cœur, la bouche et la gorge sont déclarés être le sthiti-nyāsa, le nyāsa de la présence qui soutient.
Verse 60
ब्रह्मचारिगृहस्थानां यतीनां चैव शोभने सशिरस्कं ततो देहं सर्वमन्त्रेण संस्पृशेत्
Pour les brahmacārins, les maîtres de maison et les renonçants également, ô Bienheureuse—alors, tête comprise, qu’on touche et sanctifie tout le corps par le Mantra universel, afin d’établir la pureté requise pour l’adoration de Śiva.
Verse 61
स देहन्यास इत्युक्तः सर्वेषां सम एव स दक्षिणाङ्गुष्ठमारभ्य वामाङ्गुष्ठान्त एव हि
Ceci est nommé deha-nyāsa (consécration du corps). Pour tous les pratiquants, c’est identique : cela commence au pouce droit et s’étend véritablement jusqu’au pouce gauche—ainsi le corps entier devient un réceptacle apte à la Présence de Śiva.
Verse 62
न्यस्यते यत्तदुत्पत्तिर् विपरीतं तु संहृतिः अङ्गुष्ठादिकनिष्ठान्तं न्यस्यते हस्तयोर् द्वयोः
Ce qui est posé par le nyāsa selon l’ordre direct signifie utpatti (l’émanation, le déploiement créateur du Seigneur) ; et l’ordre inverse signifie saṃhṛti (le retrait, la résorption). Du pouce à l’auriculaire, le nyāsa doit être accompli sur les deux mains.
Verse 63
अतीव भोगदो देवि स्थितिन्यासः कुटुंबिनाम् करन्यासं पुरा कृत्वा देहन्यासम् अनन्तरम्
Ô Devī, le sthiti-nyāsa (rite d’établissement, de stabilité et de protection) est, pour les maîtres de maison, extrêmement dispensateur de bien-être en ce monde. Après avoir d’abord accompli le kara-nyāsa (installation sur les mains), qu’on accomplisse ensuite le deha-nyāsa (installation sur le corps).
Verse 64
अङ्गन्यासं न्यसेत्पश्चाद् एष साधारणो विधिः ओङ्कारं संपुटीकृत्य सर्वाङ्गेषु च विन्यसेत्
Ensuite, qu’on accomplisse l’aṅga-nyāsa (déposition de la puissance du mantra sur les membres). Telle est la règle commune et normative. En scellant la pratique par la syllabe Oṃ comme sceau protecteur, qu’on la place sur tous les membres—afin que le corps devienne un siège sanctifié du mantra de Śiva.
Verse 65
करयोरुभयोश्चैव दशाग्रांगुलिषु क्रमात् प्रक्षाल्य पादावाचम्य शुचिर्भूत्वा समाहितः
Ensuite, selon l’ordre prescrit, qu’il lave les extrémités des doigts des deux mains, purifie les pieds et accomplisse l’ācamana ; devenu pur et intérieurement recueilli, qu’il demeure posé pour le culte de Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 66
प्राङ्मुखोदङ्मुखो वापि न्यासकर्म समाचरेत् स्मरेत् पूर्वम् ऋषिं छन्दो दैवतं बीजमेव च
Tourné vers l’est ou vers le nord, qu’on accomplisse le rite de nyāsa. D’abord, qu’on se remémore le ṛṣi, le chandas, le daivatam et le bīja du mantra, afin que le Paśu—l’âme liée—accorde corps et esprit comme un réceptacle digne du culte de Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 67
शक्तिं च परमात्मानं गुरुं चैव वरानने मन्त्रेण पाणी संमृज्य तलयोः प्रणवं न्यसेत्
Ô toi au visage gracieux, après avoir invoqué Śakti, le Paramātman (le Soi suprême) et le Guru, qu’on purifie rituellement les mains par le mantra, puis qu’on dépose en nyāsa le Praṇava (Oṁ) sur les paumes.
Verse 68
अङ्गुलीनां च सर्वेषां तथा चाद्यन्तपर्वसु सबिन्दुकानि बीजानि पञ्च मध्यमपर्वसु
Pour tous les doigts, sur la première et la dernière phalange qu’on place les bīja munis de bindu ; et sur les cinq phalanges médianes qu’on place les bīja selon la prescription.
Verse 69
उत्पत्त्यादित्रिभेदेन न्यसेदाश्रमतः क्रमात् उभाभ्यामेव पाणिभ्याम् आपादतलमस्तकम्
En divisant le rite en trois modes—en commençant par l’émanation—qu’on accomplisse le nyāsa dans l’ordre approprié, selon son āśrama. Avec les deux mains seules, qu’on touche et dépose la puissance du mantra depuis les plantes des pieds jusqu’au sommet de la tête.
Verse 70
मन्त्रेण संस्पृशेद्देहं प्रणवेनैव संपुटम् मूर्ध्नि वक्त्रे च कण्ठे च हृदये गुह्यके तथा
Par le mantra prescrit, qu’on touche rituellement le corps pour le consacrer; et, prenant le Praṇava « Oṃ » comme enceinte sacrée de protection, qu’on l’applique au sommet de la tête, au visage, à la gorge, au cœur, et de même au lieu secret—établissant ainsi le nyāsa protecteur pour l’adoration de Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 71
पादयोर् उभयोश्चैव गुह्ये च हृदये तथा कण्ठे च मुखमध्ये च मूर्ध्नि च प्रणवादिकम्
Qu’on place le Praṇava « Oṃ »—et les formules sacrées qui commencent par lui—sur les deux pieds, sur la région secrète, au cœur, à la gorge, au milieu de la bouche et au sommet de la tête. Ainsi, par le nyāsa, le corps est consacré comme siège de Pati (Śiva).
Verse 72
हृदये गुह्यके चैव पादयोर्मूर्ध्नि वाचि वा कण्ठे चैव न्यसेदेव प्रणवादित्रिभेदतः
Qu’il accomplisse le nyāsa en plaçant la Divinité—selon le triple mode qui commence par le Praṇava—dans le cœur, au lieu secret, aux pieds, au sommet de la tête, dans la parole, et aussi à la gorge.
Verse 73
कृत्वाङ्गन्यासमेवं हि मुखानि परिकल्पयेत् पूर्वादि चोर्ध्वपर्यन्तं नकारादि यथाक्रमम्
Ayant ainsi accompli l’aṅga-nyāsa, qu’on conçoive ensuite rituellement les (divins) visages, en commençant par la direction de l’Est et en allant jusqu’au Haut (le zénith), en les assignant dans l’ordre requis à partir de la syllabe « na » et des suivantes (de la suite mantrique).
Verse 74
षडङ्गानि न्यसेत्पश्चाद् यथास्थानं च शोभनम् नमः स्वाहा वषड्ढुं च वौषट्फट्कारकैः सह
Ensuite, qu’on accomplisse la pose (nyāsa) des six membres du mantra (ṣaḍaṅga) à leurs emplacements propres, d’une manière convenable et de bon augure—avec les exclamations rituelles : namaḥ, svāhā, vaṣaṭ, (la bīja hūṃ), vauṣaṭ et phaṭ.
Verse 75
प्रणवं हृदयं विद्यान् नकारः शिर उच्यते शिखा मकार आख्यातः शिकारः कवचं तथा
Qu’on sache que le Praṇava (Oṁ) est le Hṛdaya, le Cœur. La syllabe « na » est proclamée Śiras, la Tête ; la syllabe « ma » est enseignée comme Śikhā, le chignon du sommet ; et la syllabe « śi » est pareillement le Kavaca, l’armure protectrice — établissant ainsi les aṅgas du corps-mantra de Śiva.
Verse 76
आकारो नेत्रमस्त्रं तु यकारः परिकीर्तितः इत्थमङ्गानि विन्यस्य ततो वै बन्धयेद्दिशः
La syllabe « Ā » est déclarée Netra-astra, l’arme de l’Œil — la vigilance protectrice ; et la syllabe « Ya » est pareillement enseignée comme un membre du mantra. Après avoir ainsi accompli le nyāsa sur les aṅgas, qu’on lie ensuite les directions, scellant l’espace rituel afin que le culte de Pati (Śiva) demeure sans entraves nées du pāśa.
Verse 77
विघ्नेशो मातरो दुर्गा क्षेत्रज्ञो देवता दिशः आग्नेयादिषु कोणेषु चतुर्ष्वपि यथाक्रमम्
Dans les quatre directions d’angle, en commençant par le sud-est, qu’on établisse (invoque) selon l’ordre : Vighneśa, les Mères (Mātṛkās), Durgā, puis le Kṣetrajña — la divinité présidant aux directions — afin que les quartiers soient sanctifiés pour le culte du liṅga de Śiva.
Verse 78
अङ्गुष्ठतर्जन्यग्राभ्यां संस्थाप्य सुमुखं शुभम् रक्षध्वमिति चोक्त्वा तु नमस्कुर्यात्पृथक्पृथक्
En plaçant la divinité de bon augure, au visage radieux, à sa place avec le pouce et l’index, qu’on dise : « Protégez (nous) ! » Puis qu’on rende hommage, séparément, à chacune (divinité/direction).
Verse 79
गले मध्ये तथाङ्गुष्ठे तर्जन्याद्याङ्गुलीषु च अङ्गुष्ठेन करन्यासं कुर्यादेव विचक्षणः
Le pratiquant avisé doit accomplir le kara-nyāsa — poser le mantra par le toucher — au milieu de la gorge, sur le pouce, puis sur les doigts en commençant par l’index, en utilisant le pouce pour le contact rituel.
Verse 80
एवं न्यासमिमं प्रोक्तं सर्वपापहरं शुभम् सर्वसिद्धिकरं पुण्यं सर्वरक्षाकरं शिवम्
Ainsi a été enseigné ce nyāsa : auspiceux et sacré, il enlève tous les péchés, confère toute siddhi et accorde une protection totale—car il est de la nature même de Śiva, le Pati qui délivre le paśu des liens du pāśa.
Verse 81
न्यस्ते मन्त्रे ऽथ सुभगे शङ्करप्रतिमो भवेत् जन्मान्तरकृतं पापम् अपि नश्यति तत्क्षणात्
Ô bienheureux, lorsque le mantra a été dûment placé par le nyāsa, le pratiquant devient comme une image de Śaṅkara lui-même ; même le péché accumulé en d’autres naissances est détruit à l’instant même.
Verse 82
एवं विन्यस्य मेधावी शुद्धकायो दृढव्रतः जपेत्पञ्चाक्षरं मन्त्रं लब्ध्वाचार्यप्रसादतः
Ayant ainsi accompli le nyāsa, l’homme avisé—au corps purifié et ferme dans son vœu—doit répéter en japa le mantra aux cinq syllabes, l’ayant reçu par la grâce et l’autorisation de l’ācārya. Ainsi le paśu s’approche du Pati (Śiva) par le mantra rendu puissant par la juste transmission.
Verse 83
अतः परं प्रवक्ष्यामि मन्त्रसंग्रहणं शुभे यं विना निष्फलं नित्यं येन वा सफलं भवेत्
À présent, ô bienheureux, j’exposerai la juste collecte et l’ordonnancement des mantras—sans quoi le culte demeure toujours stérile, et par quoi il devient réellement fécond.
Verse 84
आज्ञाहीनं क्रियाहीनं श्रद्धाहीनम् अमानसम् आज्ञप्तं दक्षिणाहीनं सदा जप्तं च निष्फलम्
Le japa accompli sans autorisation légitime (dīkṣā/ādeśa), sans la discipline rituelle prescrite, sans foi et sans esprit recueilli—de même que le japa fait sans la dakṣiṇā enjointe—demeure sans fruit, même s’il est répété sans cesse.
Verse 85
आज्ञासिद्धं क्रियासिद्धं श्रद्धासिद्धं सुमानसम् एवं च दक्षिणासिद्धं मन्त्रं सिद्धं यतस्ततः
Un mantra devient accompli lorsqu’il est accompli par l’injonction juste (ājñā), par l’exécution correcte (kriyā), par la foi (śraddhā) et par un esprit bien ordonné; et de même par la dakṣiṇā convenable, l’offrande due au rite. Ainsi le mantra est établi comme efficace de toutes les manières.
Verse 86
गुरु/शिष्य उपागम्य गुरुं विप्रं मन्त्रतत्त्वार्थवेदिनम् ज्ञानिनं सद्गुणोपेतं ध्यानयोगपरायणम्
Le disciple s’approcha du Guru—le sage brahmane qui connaît la réalité intérieure et le sens des mantras—homme de connaissance, pourvu de vertus nobles et tout entier voué au Yoga de la méditation, afin de recevoir l’enseignement.
Verse 87
तोषयेत्तं प्रयत्नेन भावशुद्धिसमन्वितः वाचा च मनसा चैव कायेन द्रविणेन च
Efforce-toi avec ardeur de Le satisfaire (Śiva), muni de la pureté d’intention : par la parole, par l’esprit, par le corps, et aussi par les biens, au moyen d’offrandes et de dons.
Verse 88
आचार्यं पूजयेच्छिष्यः सर्वदातिप्रयत्नतः हस्त्यश्वरथरत्नानि क्षेत्राणि च गृहाणि च
Le disciple doit en tout temps vénérer et honorer l’Ācārya avec le plus grand effort, en offrant des dons tels que des éléphants, des chevaux, des chars, des joyaux précieux, des terres et même des maisons, afin que la voie vers Śiva (Pati) soit approchée par le service humble et le don juste.
Verse 89
भूषणानि च वासांसि धान्यानि विविधानि च एतानि गुरवे दद्याद् भक्त्या च विभवे सति
Ornements, vêtements et diverses sortes de grains : tout cela doit être offert au Guru avec dévotion, lorsque l’on en a les moyens. Par le don révérencieux au Guru, le paśu (l’âme liée) desserre les liens du pāśa (les entraves) et devient apte à recevoir la grâce du Seigneur (Pati), Śiva.
Verse 90
वित्तशाठ्यं न कुर्वीत यदीच्छेत्सिद्धिमात्मनः पश्चान्निवेदयेद्देवि आत्मानं सपरिच्छदम्
Si l’on désire la siddhi (accomplissement spirituel) du Soi, qu’on ne commette pas de tromperie au sujet des richesses. Ensuite, ô Devī, qu’on s’offre solennellement soi-même—avec ses biens et ses moyens—aux pieds du Seigneur, se livrant comme paśu (âme liée) à Paśupati, le Libérateur.
Verse 91
एवं सम्पूज्य विधिवद् यथाशक्ति त्ववञ्चयन् आददीत गुरोर्मन्त्रं ज्ञानं चैव क्रमेण तु
Ainsi, après avoir honoré le Guru selon le rite, selon ses forces et sans tromperie, on doit recevoir du Guru—progressivement—le mantra et la connaissance libératrice.
Verse 92
एवं तुष्टो गुरुः शिष्यं पूजितं वत्सरोषितम् शुश्रूषुम् अनहङ्कारम् उपवासकृशं शुचिम्
Ainsi, satisfait, le guru considéra le disciple—celui qui l’avait honoré et avait demeuré en service durant une année—empressé de le servir, sans ego, amaigri par le jeûne et pur. Une telle humilité disciplinée devient la porte par laquelle le paśu (âme liée) reçoit la connaissance de Śiva qui desserre le pāśa (lien) par la grâce du Seigneur, le Pati.
Verse 93
स्नापयित्वा तु शिष्याय ब्राह्मणानपि पूज्य च समुद्रतीरे नद्यां च गोष्ठे देवालये ऽपि वा
Après avoir d’abord accompli pour le disciple le bain rituel (abhisheka), et après avoir honoré aussi les brāhmaṇas, on peut accomplir cette observance au bord de la mer, sur la rive d’une rivière, dans une étable à vaches, ou même dans un temple—partout où le culte de Śiva est établi selon la règle.
Verse 94
शुचौ देशे गृहे वापि काले सिद्धिकरे तिथौ नक्षत्रे शुभयोगे च सर्वदा दोषवर्जिते
Que ce soit en un lieu pur ou même dans sa propre maison, on doit accomplir le culte à un moment qui confère l’accomplissement : à un tithi propice, sous un nakṣatra favorable et un yoga bénéfique, toujours exempt de défauts rituels. De telles conditions sans tache conduisent le paśu (âme liée) vers la grâce de Śiva, le Pati.
Verse 95
अनुगृह्य ततो दद्याच् छिवज्ञानम् अनुत्तमम् स्वरेणोच्चारयेत् सम्यग् एकान्ते ऽपि प्रसन्नधीः
Après avoir d’abord accordé la grâce, qu’on transmette la connaissance suprême de Śiva. L’esprit paisible et lucide, qu’on la récite correctement, avec la juste intonation—même dans la solitude.
Verse 96
उच्चार्योच्चारयित्वा तु आचार्यः सिद्धिदः स्वयम् शिवं चास्तु शुभं चास्तु शोभनो ऽस्तु प्रियो ऽस्त्विति
Après l’avoir d’abord récité puis l’avoir fait réciter, l’ācārya—lui-même dispensateur de siddhi—prononce la bénédiction : «Qu’il y ait Śiva (l’auspice). Qu’il y ait le bien. Qu’il y ait l’éclat. Que le Seigneur soit satisfait.»
Verse 97
एवं लब्ध्वा परं मन्त्रं ज्ञानं चैव गुरोस्ततः जपेन्नित्यं ससंकल्पं पुरश्चरणमेव च
Ainsi, après avoir reçu du Guru le mantra suprême et la connaissance libératrice qui lui correspond, qu’on accomplisse chaque jour le japa avec un saṅkalpa clair, et qu’on entreprenne aussi la discipline entière du puraścaraṇa. Ainsi, par la siddhi du mantra et la juste compréhension, le paśu (l’âme liée) est conduit vers Pati (le Seigneur Śiva).
Verse 98
यावज्जीवं जपेन्नित्यम् अष्टोत्तरसहस्रकम् अनश्नंस्तत्परो भूत्वा स याति परमां गतिम्
Quiconque, tant que dure la vie, répète chaque jour la récitation sacrée mille-huit fois (1008), demeurant à jeun et tout entier tourné vers Lui, atteint le But Suprême : l’union avec Pati (le Seigneur Śiva), libérateur du paśu (l’âme liée).
Verse 99
जपेदक्षरलक्षं वै चतुर्गुणितमादरात् नक्ताशी संयमी यश् च पौरश्चरणिकः स्मृतः
Avec révérence, qu’on accomplisse un japa d’un lakṣa de syllabes, multiplié par quatre. Celui qui ne mange que la nuit et demeure maître de lui, dans la retenue, est reconnu comme ayant dûment entrepris le puraścaraṇa.
Verse 100
पुरश्चरणजापी वा अपि वा नित्यजापकः अचिरात्सिद्धिकाङ्क्षी तु तयोरन्यतरो भवेत्
Celui qui désire une siddhi prompte doit devenir soit pratiquant du japa de puraścaraṇa (le cycle complet, réglé, de la discipline du mantra), soit récitant quotidien et constant du japa ; de ces deux observances, qu’il en adopte une.
Verse 101
जप यः पुरश्चरणं कृत्वा नित्यजापी भवेन्नरः तस्य नास्ति समो लोके स सिद्धः सिद्धिदो वशी
L’homme qui, après avoir accompli le puraścaraṇa prescrit pour le japa du mantra, devient récitant constant, n’a pas d’égal en ce monde. Il devient siddha, dispensateur d’accomplissements, et maître de lui-même.
Verse 102
आसनं रुचिरं बद्ध्वा मौनी चैकाग्रमानसः प्राङ्मुखोदङ्मुखो वापि जपेन्मन्त्रमनुत्तमम्
Ayant disposé un āsana agréable, observant le silence (mauna) et l’esprit rendu un-pointé—tourné vers l’est ou vers le nord—qu’on récite le mantra sans égal, le cœur tendu vers le Pati, le Seigneur qui délivre le paśu des liens du pāśa.
Verse 103
आद्यान्तयोर् जपस्यापि कुर्याद्वै प्राणसंयमान् तथा चान्ते जपेद्बीजं शतमष्टोत्तरं शुभम्
Au début et à la fin du japa, qu’on pratique assurément la maîtrise du prāṇa (prāṇa-saṃyama). Puis, à la conclusion, qu’on récite le bīja-mantra de bon augure cent huit fois.
Verse 104
चत्वारिंशत्समावृत्ति प्राणानायम्य संस्मरेत् पञ्चाक्षरस्य मन्त्रस्य प्राणायाम उदाहृतः
Ayant retenu le prāṇa et se remémorant (le Seigneur) par un cycle de quarante répétitions, cela est déclaré être le prāṇāyāma lié au mantra de cinq syllabes. Par lui, le paśu est affermi pour le souvenir de Śiva et l’adoration du Liṅga.
Verse 105
प्राणायामाद्भवेत्क्षिप्रं सर्वपापपरिक्षयः इन्द्रियाणां वशित्वं च तस्मात्प्राणांश् च संयमेत्
Par le prāṇāyāma, s’opère rapidement la dissolution de tout pāpa (tendances souillantes) et l’on acquiert la maîtrise des sens; c’est pourquoi il faut contenir et régler les souffles vitaux (prāṇa).
Verse 106
गृहे जपः समं विद्याद् गोष्ठे शतगुणं भवेत् नद्यां शतसहस्रं तु अनन्तः शिवसन्निधौ
Sache que le japa accompli à la maison donne un mérite de mesure ordinaire; dans l’étable à vaches il devient centuple; sur la rive d’un fleuve, cent mille fois; mais dans la présence immédiate de Śiva, il devient infini.
Verse 107
समुद्रतीरे देवह्रदे गिरौ देवालयेषु च पुण्याश्रमेषु सर्वेषु जपः कोटिगुणो भवेत्
Sur le rivage de la mer, aux lacs sacrés des Deva, sur les montagnes, dans les temples des dieux et dans tous les āśrama saints, le mantra-japa devient efficace au koṭi (crore) de fois.
Verse 108
शिवस्य संनिधाने च सूर्यस्याग्रे गुरोरपि दीपस्य गोर्जलस्यापि जपकर्म प्रशस्यते
Le japa (répétition du mantra) est loué lorsqu’il est accompli en présence de Śiva, devant le Soleil, en présence de son Guru, et aussi près d’une lampe, d’une vache et de l’eau.
Verse 109
अङ्गुलीजपसंख्यानम् एकमेकं शुभानने रेखैरष्टगुणं प्रोक्तं पुत्रजीवफलैर् दश
Ô toi au visage de bon augure, le compte du japa fait avec les doigts est enseigné un par un; par les lignes des doigts il est déclaré huit fois, et par les graines de putrajīva, dix fois.
Verse 110
शतं वै शङ्खमणिभिः प्रवालैश् च सहस्रकम् स्फाटिकैर् दशसाहस्रं मौक्तिकैर्लक्षमुच्यते
Le don mesuré comme «cent» est dit fait avec des gemmes de conque (śaṅkha) ; avec des coraux on l’appelle «mille» ; avec le cristal (sphaṭika) c’est «dix mille» ; et avec les perles (mauktika) on le proclame «un lakh (cent mille)»—ainsi est enseignée la gradation du mérite du dāna pour le culte de Śiva.
Verse 111
पद्माक्षैर्दशलक्षं तु सौवर्णैः कोटिरुच्यते कुशग्रन्थ्या च रुद्राक्षैर् अनन्तगुणमुच्यते
Avec des graines de lotus (padmākṣa), le mérite est dit «dix lakhs» ; avec des offrandes d’or, il est dit «un koṭi (un crore)». Mais avec des perles de rudrākṣa enfilées par des nœuds d’herbe kuśa, on proclame un mérite d’infinie multiplication—car c’est ce qu’il y a de plus intime au culte de Pati, Śiva, le Seigneur qui desserre les liens (pāśa) du paśu (l’âme).
Verse 112
पञ्चविंशति मोक्षार्थं सप्तविंशति पौष्टिकम् त्रिंशच्च धनसंपत्त्यै पञ्चाशच्चाभिचारिकम्
Vingt-cinq (récitations/offrandes) sont prescrites en vue du mokṣa, la délivrance ; vingt-sept pour le pauṣṭika, la nutrition et l’accroissement ; trente pour l’obtention de richesse et de prospérité ; et cinquante pour l’abhicāra, rite d’intention coercitive ou hostile.
Verse 113
तत्पूर्वाभिमुखं वश्यं दक्षिणं चाभिचारिकम् पश्चिमं धनदं विद्याद् उत्तरं शान्तिकं भवेत्
Faire face à l’est est dit accomplir le vaśya, pouvoir d’attraction et de mise sous influence ; faire face au sud est pour l’abhicāra, rite âpre et coercitif. Sache que faire face à l’ouest confère la richesse, tandis que faire face au nord devient śāntika, le rite qui apporte apaisement et paix.
Verse 114
अङ्गुष्ठं मोक्षदं विद्यात् तर्जनी शत्रुनाशनी मध्यमा धनदा शान्तिं करोत्येषा ह्य् अनामिका
Sache que le pouce est le dispensateur de la délivrance ; l’index est le destructeur des ennemis ; le majeur accorde la richesse ; et cet annulaire, en vérité, fait advenir la paix.
Verse 115
कनिष्ठा रक्षणीया सा जपकर्मणि शोभने अङ्गुष्ठेन जपेज्जप्यम् अन्यैरङ्गुलिभिः सह
Dans la belle discipline du japa du mantra, l’auriculaire doit être tenu en retenue ; que l’on répète le mantra avec le pouce, avec les autres doigts.
Verse 116
अङ्गुष्ठेन विना कर्म कृतं तदफलं यतः जपयज्ञ शृणुष्व सर्वयज्ञेभ्यो जपयज्ञो विशिष्यते
Un acte rituel accompli sans le geste juste du pouce devient sans fruit ; écoute donc le japa-yajña, le sacrifice du japa. Parmi tous les yajña, le japa-yajña est le plus éminent.
Verse 117
हिंसया ते प्रवर्तन्ते जपयज्ञो न हिंसया यावन्तः कर्मयज्ञाः स्युः प्रदानानि तपांसि च
Ces rites se déploient par la violence ; mais le japa-yajña ne procède pas par la violence. Quels que soient les karma-yajña, ainsi que le dāna et le tapas—sur la voie śaiva, l’offrande du japa avec bhakti au Seigneur Pati délivre le paśu des liens du pāśa.
Verse 118
सर्वे ते जपयज्ञस्य कलां नार्हन्ति षोडशीम् माहात्म्यं वाचिकस्यैव जपयज्ञस्य कीर्तितम्
Tous ces rites n’égalent pas même le seizième du japa-yajña. Ainsi est proclamée la grandeur du japa-yajña vāchika, le japa récité à voix—voie directe vers Pati, qui délie le paśu des liens du pāśa.
Verse 119
तस्माच्छतगुणोपांशुः सहस्रो मानसः स्मृतः यद् उच्चनीचस्वरितैः शब्दैः स्पष्टपदाक्षरैः
Ainsi, le japa chuchoté (upāṁśu) est tenu pour cent fois supérieur, et le japa mental (mānasa) pour mille fois supérieur—par rapport à la récitation audible, aux sons aux intonations hautes et basses, avec des mots et des syllabes nettement articulés.
Verse 120
मन्त्रमुच्चारयेद्वाचा जपयज्ञः स वाचिकः शनैरुच्चारयेन्मन्त्रम् ईषद् ओष्ठौ तु चालयेत्
Lorsque l’on récite le mantra à voix haute, ce sacrifice de japa est appelé vācika (japa verbal). Il faut énoncer le mantra doucement et lentement, en ne remuant que légèrement les lèvres.
Verse 121
किंचित् कर्णान्तरं विद्याद् उपांशुः स जपः स्मृतः मानसजप धिया यदक्षरश्रेण्या वर्णाद्वर्णं पदात्पदम्
Quand la récitation est si douce qu’elle n’est entendue que dans l’espace de sa propre oreille, on la connaît comme upāṁśu-japa (japa murmuré). Mais lorsque, par l’intellect seul, on répète le mantra comme une suite de syllabes—lettre après lettre et mot après mot—c’est mānasa-japa (japa mental).
Verse 122
शब्दार्थं चिन्तयेद्भूयः स तूक्तो मानसो जपः त्रयाणां जपयज्ञानां श्रेयान् स्यादुत्तरोत्तरः
Lorsque l’on contemple sans cesse le son (du mantra) avec son sens, cela est appelé mānasa-japa (japa mental). Parmi les trois formes de sacrifice de japa, chacune, en allant, est supérieure à la précédente.
Verse 123
भवेद्यज्ञविशेषेण वैशिष्ट्यं तत्फलस्य च जपेन देवता नित्यं स्तूयमाना प्रसीदति
Par le caractère propre d’un sacrifice (yajña), le fruit qui en résulte devient distinct. Et par le japa, la divinité—sans cesse louée—devient prasanna, gracieuse, et accorde sa faveur.
Verse 124
प्रसन्ना विपुलान् भोगान् दद्यान्मुक्तिं च शाश्वतीम् यक्षरक्षःपिशाचाश् च ग्रहाः सर्वे च भीषणाः जापिनं नोपसर्पन्ति भयभीताः समन्ततः
Lorsqu’Elle—la Puissance divine qui préside au mantra—est satisfaite, Elle accorde d’abondantes jouissances et aussi la délivrance éternelle. Et tous les êtres terrifiants—yakṣas, rākṣasas, piśācas, et tout graha redoutable—n’approchent pas le pratiquant du japa ; saisis de peur, ils se tiennent à distance de tous côtés.
Verse 125
जपेन पापं शमयेदशेषं यत्तत्कृतं जन्मपरंपरासु /* जपेन भोगान् जयते च मृत्युं जपेन सिद्धिं लभते च मुक्तिम्
Par le japa (répétition du mantra), on apaise entièrement tout péché, quel qu’il ait été amassé au fil des naissances successives. Par le japa, on transcende les jouissances des sens et l’on vainc même la mort; par le japa, on obtient les siddhi et, finalement, on atteint la délivrance (mokṣa) sous le Seigneur, le Pati, Śiva.
Verse 126
एवं लब्ध्वा शिवं ज्ञानं ज्ञात्वा जपविधिक्रमम्
Ainsi, ayant obtenu la connaissance auspicieuse de Śiva et compris l’ordre et la méthode justes du japa, l’aspirant s’engage dans la discipline ordonnée de la pratique du mantra, par laquelle le paśu est conduit vers la grâce du Pati.
Verse 127
सदाचारी जपन्नित्यं ध्यायन् भद्रं समश्नुते सदाचार सदाचारं प्रवक्ष्यामि सम्यग्धर्मस्य साधनम्
Celui qui demeure établi dans la bonne conduite (sadācāra), toujours adonné au japa et à la méditation, atteint l’auspice. C’est pourquoi j’exposerai pleinement la bonne conduite, car elle est le véritable moyen d’établir le dharma juste, menant le paśu vers le Pati par une pratique śaiva disciplinée.
Verse 128
यस्मादाचारहीनस्य साधनं निष्फलं भवेत् आचारः परमो धर्म आचारः परमं तपः
Car pour celui qui est dépourvu d’ācāra (bonne conduite), tout sādhana devient sans fruit. La bonne conduite est le dharma suprême, et la bonne conduite est le tapas suprême : elle mène le paśu vers le Pati en dissolvant tous les pāśa (liens d’asservissement).
Verse 129
आचारः परमा विद्या आचारः परमा गतिः सदाचारवतां पुंसां सर्वत्राप्यभयं भवेत्
La bonne conduite (ācāra) est la connaissance suprême ; la bonne conduite est la destination suprême. Pour les hommes établis dans la noble conduite (sadācāra), l’intrépidité naît partout, car ce dharma purifie le paśu et l’oriente vers le Pati, Śiva, au-delà de tout pāśa (lien).
Verse 130
तद्वदाचारहीनानां सर्वत्रैव भयं भवेत् सदाचारेण देवत्वम् ऋषित्वं च वरानने
De même, pour ceux qui sont dépourvus de juste conduite (sad-ācāra), la crainte surgit partout. Mais par la seule conduite noble, ô toi au beau visage, on atteint l’état des devas et même la dignité d’un ṛṣi—purifié pour la voie de délivrance de Śiva.
Verse 131
उपयान्ति कुयोनित्वं तद्वद् आचारलङ्घनात् आचारहीनः पुरुषो लोके भवति निन्दितः
En transgressant l’ācāra (la règle de conduite), les êtres tombent dans des naissances dégradées ; de même, l’homme sans juste conduite est blâmé dans le monde. Pour le paśu (l’âme liée), la violation de la discipline du dharma renforce le lien (pāśa) et détourne de la voie propice qui mène à Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 132
तस्मात्संसिद्धिमन्विच्छन् सम्यगाचारवान् भवेत् दुर्वृत्तः शुद्धिभूयिष्ठः पापीयान् ज्ञानदूषकः
Ainsi, celui qui recherche l’accomplissement véritable doit s’établir dans la juste conduite. Car l’homme de mauvaise conduite—fût-il absorbé par des « purifications » extérieures—devient plus pécheur encore et finit par corrompre la connaissance libératrice, moyen d’atteindre Pati (le Seigneur) au-delà des liens.
Verse 133
वर्णाश्रमविधानोक्तं धर्मं कुर्वीत यत्नतः
Avec un effort assidu, qu’on accomplisse le dharma prescrit par les règles de varṇa et d’āśrama—afin que le paśu (l’âme liée) devienne apte à recevoir la pati-kṛpā, la grâce de Śiva, et que les liens (pāśa) se desserrent.
Verse 134
यस्य यद्विहितं कर्म तत्कुर्वन्मत्प्रियः सदा सन्ध्या संध्योपासनशीलः स्यात् सायं प्रातः प्रसन्नधीः
Quiconque accomplit, sans négligence, les devoirs prescrits à sa propre condition M’est toujours cher. Qu’il soit assidu à la Sandhyā et au culte aux jonctions du jour, gardant l’esprit clair et paisible le soir, puis de nouveau à l’aube.
Verse 135
उदयास्तमयात्पूर्वम् आरम्य विधिना शुचिः कामान्मोहाद्भयाल्लोभात् संध्यां नातिक्रमेद्द्विजः
En commençant avant le lever du soleil et avant son coucher, purifié et selon le rite prescrit, le deux-fois-né ne doit pas laisser passer la Sandhyā (l’adoration du crépuscule), fût-ce sous l’emprise du désir, de l’égarement, de la peur ou de l’avidité.
Verse 136
संध्यातिक्रमणाद्विप्रो ब्राह्मण्यात्पतते यतः असत्यं न वदेत् किंचिन् न सत्यं च परित्यजेत्
Car le brahmane deux-fois-né déchoit de la brahmanité en négligeant les rites de la Sandhyā, qu’il ne prononce pas la moindre fausseté et qu’il n’abandonne jamais la pratique de la vérité. Ainsi, ferme dans le nitya-karma et le satya, le paśu (âme liée) se purifie pour recevoir la grâce de Pati, Śiva.
Verse 137
यत्सत्यं ब्रह्म इत्याहुर् असत्यं ब्रह्मदूषणम् अनृतं परुषं शाठ्यं पैशुन्यं पापहेतुकम्
Ils déclarent que la Vérité est Brahman lui-même ; mais le mensonge est une souillure de Brahman. L’imposture, la parole dure, la ruse et la médisance sont des causes qui engendrent le péché—des liens de pāśa qui empêchent le paśu (l’âme) de se tourner vers Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 138
परदारान्परद्रव्यं परहिंसां च सर्वदा क्वचिच्चापि न कुर्वीत वाचा च मनसा तथा
Qu’on ne se tourne jamais vers l’épouse d’autrui, les biens d’autrui, ni vers la violence envers les êtres ; et qu’on ne commette rien de tel, ni par la parole ni par la pensée. Une telle retenue purifie le paśu (âme liée) et le prépare à la dévotion envers Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 139
रुलेस् फ़ोर् फ़ोओद् अन्द् अ मेअल् शूद्रान्नं यातयामान्नं नैवेद्यं श्राद्धमेव च गणान्नं समुदायान्नं राजान्नं च विवर्जयेत्
Concernant les règles de nourriture et le repas, qu’on évite : la nourriture obtenue d’un Śūdra (c’est-à-dire impropre rituellement à l’observance), la nourriture rance ou gardée, la nourriture offerte en naivedya, celle liée aux rites de śrāddha, la nourriture destinée à un festin de groupe, celle d’une distribution communautaire, et celle de la table du roi. Une telle retenue préserve la pureté pour l’adoration de Śiva et affermit la discipline de l’aspirant sur la voie où le paśu est délivré du pāśa par la grâce de Pati.
Verse 140
अन्नशुद्धौ सत्त्वशुद्धिर् न मृदा न जलेन वै सत्त्वशुद्धौ भवेत्सिद्धिस् ततो ऽन्नं परिशोधयेत्
De la pureté de la nourriture naît la pureté du sattva intérieur—non pas seulement par la terre ni par l’eau. Quand le sattva devient pur, la siddhi s’accomplit; qu’on purifie donc sa nourriture.
Verse 141
राजप्रतिग्रहैर् दग्धान् ब्राह्मणान् ब्रह्मवादिनः स्विन्नानामपि बीजानां पुनर्जन्म न विद्यते
Les brahmanes voués à Brahman, “brûlés” par l’acceptation de dons royaux, ne retrouvent plus leur vigueur spirituelle d’autrefois; tels des graines étuvées, ils ne germent plus.
Verse 142
राजप्रतिग्रहो घोरो बुद्ध्वा चादौ विषोपमः बुधेन परिहर्तव्यः श्वमांसं चापि वर्जयेत्
Recevoir des dons d’un roi est redoutable : sache qu’au commencement même, c’est semblable à un poison. Ainsi, le chercheur avisé doit éviter une telle acceptation; et s’abstenir aussi de la chair de chien.
Verse 143
अस्नात्वा न च भुञ्जीयाद् अजपो ऽग्निमपूज्य च पर्णपृष्ठे न भुञ्जीयाद् रात्रौ दीपं विना तथा
Qu’on ne mange pas sans s’être baigné; qu’on ne mange pas non plus sans japa, ni sans avoir d’abord honoré le feu sacré (Agni). Qu’on ne mange pas sur une assiette de feuilles; et la nuit, qu’on ne mange pas sans lampe. Telles sont les disciplines de la juste conduite.
Verse 144
भिन्नभाण्डे च रथ्यायां पतितानां च संनिधौ शूद्रशेषं न भुञ्जीयात् सहान्नं शिशुकैरपि
Qu’on ne mange pas (même si la nourriture est disponible) lorsqu’elle est placée dans un récipient brisé, dans la rue publique, ou près de ceux qui sont tombés du dharma. De même, qu’on ne mange pas les restes d’un Śūdra, ni qu’on prenne un repas avec une telle nourriture, même en compagnie d’enfants.
Verse 145
शुद्धान्नं स्निग्धम् अश्नीयात् संस्कृतं चाभिमन्त्रितम् भोक्ता शिव इति स्मृत्वा मौनी चैकाग्रमानसः
Qu’il prenne une nourriture pure, préparée avec une onctuosité bienfaisante, dûment apprêtée et sanctifiée par le mantra. Se souvenant que « Śiva lui-même est le Jouisseur », qu’il mange en silence, l’esprit rassemblé en un seul point.
Verse 146
आस्येन न पिबेत्तोयं तिष्ठन्नञ्जलिनापि वा वामहस्तेन शय्यायां तथैवान्यंकरेण वा
Qu’on ne boive pas l’eau directement avec la bouche, ni debout, fût-ce des mains jointes en coupe. Ni de la main gauche, ni étendu sur le lit, ni de manière tout aussi inconvenante avec l’autre main. Une telle discipline soutient la pureté du culte de Śiva et affermit le paśu (l’âme individuelle) vers le Pati (le Seigneur).
Verse 147
विभीतकार्ककारञ्जस्नुहिच्छायां न चाश्रयेत् स्तंभदीपमनुष्याणाम् अन्येषां प्राणिनां तथा
Qu’on ne cherche pas refuge à l’ombre des arbres vibhītaka, ārka, karañja ou snuhi. De même, qu’on ne se tourne pas vers la proximité des piliers, des lampes ou des gens, ni vers d’autres êtres vivants. Pour le sādhaka de Śiva, une telle dépendance devient un lien subtil et une souillure pour le culte discipliné.
Verse 148
एको न गच्छेदध्वानं बाहुभ्यां नोत्तरेन्नदीम् नावरोहेत कूपादिं नारोहेदुच्चपादपान्
Qu’on ne prenne pas la route seul; qu’on ne tente pas de traverser une rivière en ne comptant que sur ses bras; qu’on ne descende pas dans les puits et autres lieux semblables; et qu’on ne grimpe pas aux arbres élevés. Ainsi le paśu (l’âme liée) doit éviter les actes téméraires qui renforcent le pāśa (lien) et préserver le corps comme instrument du culte de Śiva et de la quête de la délivrance sous le Pati (Seigneur).
Verse 149
सूर्याग्निजलदेवानां गुरूणां विमुखः शुभे न कुर्यादिह कार्याणि जपकर्म शुभानि वा
Ô toi de bon augure, celui qui se détourne du Soleil, du Feu, de l’Eau, des Devas et de ses Gurus ne doit entreprendre ici aucun rite, pas même des disciplines favorables telles que le japa et d’autres observances sacrées. Car sans révérence envers ces appuis du dharma, la sādhana ne mûrit pas en la grâce de Śiva.
Verse 150
अग्नौ न तापयेत्पादौ हस्तं पद्भ्यां न संस्पृशेत् अग्नेर्नोच्छ्रयम् आसीत नाग्नौ किंचिन् मलं त्यजेत्
On ne doit pas réchauffer ses pieds dans le feu sacré, ni toucher ses mains avec les pieds. On ne doit pas s’asseoir le corps surélevé au-dessus du feu, ni jamais y jeter quelque impureté ou rebut. Ainsi le feu est honoré comme une présence rituelle pure dans le culte de Pati, Śiva.
Verse 151
न जलं ताडयेत्पद्भ्यां नांभस्यङ्गमलं त्यजेत् मलं प्रक्षालयेत् तीरे प्रक्षाल्य स्नानमाचरेत्
On ne doit pas frapper l’eau avec les pieds, ni y rejeter les impuretés du corps. L’impureté doit être lavée sur la rive ; après l’avoir purifiée là, on accomplit ensuite le bain rituel. Ainsi se maintient le śauca comme offrande à Pati (Śiva) et comme discipline qui desserre les liens (pāśa) pesant sur le paśu, l’âme incarnée.
Verse 152
नखाग्रकेशनिर्धूतस्नानवस्त्रघटोदकम् अश्रीकरं मनुष्याणाम् अशुद्धं संस्पृशेद्यदि
Si quelqu’un touche ce qui est impur et de mauvais augure pour les humains—telle l’eau secouée des pointes des ongles et des cheveux, ou l’eau du linge de bain et du récipient de bain—ce contact doit être compris comme aśuddha (impureté rituelle), faisant obstacle à l’auspiciosité requise pour le culte de Śiva.
Verse 153
नो पेत्स्! अजाश्वानखुरोष्ट्राणां मार्जनात् तुषरेणुकान् संस्पृशेद् यदि मूढात्मा श्रियं हन्ति हरेरपि
On ne doit pas toucher la poussière et la balle soulevées lorsqu’on brosse chèvres, chevaux, chiens, ânes ou chameaux ; si un esprit égaré le fait, il détruit la śrī, la prospérité et le bon augure, même accordés par Hari.
Verse 154
मार्जारश् च गृहे यस्य सो ऽप्यन्त्यजसमो नरः भोजयेद्यस्तु विप्रेन्द्रान् मार्जारसंनिधौ यदि
L’homme dans la maison duquel se trouve un chat est tenu pour comparable à un paria ; et s’il nourrit les plus éminents Brāhmaṇas alors qu’un chat est tout proche, cet acte est réputé rituellement impropre.
Verse 155
तच्चाण्डालसमं ज्ञेयं नात्र कार्या विचारणा स्फिग्वातं शूर्पवातं च वातं प्राणमुखानिलम्
Sachez que le vent des fesses, celui du van et l'haleine sont impurs comme un chandala.
Verse 156
सुकृतानि हरन्त्येते संस्पृष्टाः पुरुषस्य तु उष्णीषी कञ्चुकी नग्नो मुक्तकेशो मलावृतः
Le mérite est détruit par le contact avec celui qui porte un turban, une veste, qui est nu, échevelé ou souillé.
Verse 157
अपवित्रकरो ऽशुद्धः प्रलपन्न जपेत् क्वचित् क्रोधो मदः क्षुधा तन्द्रा निष्ठीवनविजृम्भणे
On ne doit pas réciter le japa avec les mains impures, souillé, en parlant, en colère, ivre, affamé, somnolent, en crachant ou en bâillant.
Verse 158
श्वनीचदर्शनं निद्रा प्रलापास्ते जपद्विषः एतेषां संभवे वापि कुर्यात्सूर्यादिदर्शनम्
Si l'on voit un chien ou un paria, si l'on dort ou divague, il faut regarder le Soleil pour apaiser les obstacles au culte de Shiva.
Verse 159
आचम्य वा जपेच्छेषं कृत्वा वा प्राणसंयमम् सूर्यो ऽग्निश्चन्द्रमाश्चैव ग्रहनक्षत्रतारकाः
Après avoir fait ācamana ou prāṇāyāma, il faut contempler le Soleil, le Feu, la Lune et les étoiles pour achever le japa.
Verse 160
एते ज्योतींषि प्रोक्तानि विद्वद्भिर् ब्राह्मणैस् तथा प्रसार्य पादौ न जपेत् कुक्कुटासन एव च
Ces principes lumineux et sacrés ont été proclamés par des brāhmanes savants. Aussi ne faut-il pas accomplir le japa les pieds étendus ; qu’on le fasse plutôt assis en Kukkuṭāsana, avec discipline, dans l’adoration de Pati (Śiva).
Verse 161
पेर्फ़ोर्मिन्ग् आसन अनासनः शयानो वा रथ्यायां शूद्रसन्निधौ रक्तभूम्यां च खट्वायां न जपेज्जापकस् तथा
De même, le pratiquant du japa ne doit pas réciter en se déplaçant sans siège stable, ni en étant couché ; ni dans la rue publique, ni tout près d’un Śūdra, ni sur un sol souillé de sang, ni sur un lit. De telles conditions entravent la pureté et l’unification intérieure requises pour s’approcher de Pati (Śiva) par le mantra.
Verse 162
आसनस्थो जपेत्सम्यक् मन्त्रार्थगतमानसः कौशेयं व्याघ्रचर्मं वा चैलं तौलमथापि वा
Assis fermement sur un siège approprié, qu’on accomplisse le japa correctement, l’esprit absorbé dans le sens du mantra. Le siège peut être de soie, ou de peau de tigre, ou de tissu, ou même de laine.
Verse 163
दारवं तालपर्णं वा आसनं परिकल्पयेत् त्रिसंध्यं तु गुरोः पूजा कर्तव्या हितमिच्छता
Qu’on prépare un siège fait de bois ou de feuilles de palmier. Et celui qui recherche le vrai bien doit adorer le Guru aux trois sandhyā : à l’aube, à midi et au crépuscule.
Verse 164
यो गुरुः स शिवः प्रोक्तो यः शिवः स गुरुः स्मृतः यथा शिवस् तथा विद्या यथा विद्या तथा गुरुः
Le Guru est déclaré n’être nul autre que Śiva ; et Śiva est rappelé comme étant le Guru. Tel est Śiva, telle est la vraie Connaissance (vidyā) ; et telle est cette Connaissance, tel est le Guru.
Verse 165
शिवविद्यागुरोस्तस्माद् भक्त्या च सदृशं फलम् सर्वदेवमयो देवि सर्वशक्तिमयो हि सः
Ainsi, ô Déesse, la dévotion envers le Guru qui transmet la sagesse de Śiva donne un fruit égal à la dévotion offerte à Śiva Lui‑même ; car ce Guru est véritablement composé de tous les dieux et doté de toutes les puissances, forme manifeste du Seigneur en tant que Pati, libérateur des âmes liées (paśu).
Verse 166
सगुणो निर्गुणो वापि तस्याज्ञां शिरसा वहेत् श्रेयो ऽर्थी यस्तु गुर्वाज्ञां मनसापि न लङ्घयेत्
Qu’on contemple le Seigneur avec attributs (saguṇa) ou au‑delà des attributs (nirguṇa), qu’on porte Son ordre sur la tête. Celui qui recherche le bien suprême ne doit jamais enfreindre l’injonction du Guru, fût‑ce en pensée.
Verse 167
गुर्वाज्ञापालकः सम्यक् ज्ञानसंपत्तिमश्नुते गच्छंस्तिष्ठन्स्वपन् भुञ्जन् यद्यत्कर्म समाचरेत्
Celui qui observe fidèlement l’ordre du Guru obtient réellement la richesse de la connaissance libératrice. Qu’il marche, se tienne debout, dorme ou mange—tout acte qu’il accomplit s’accorde à la juste conduite et mène l’âme liée (paśu) vers Śiva, le Seigneur (Pati).
Verse 168
समक्षं यदि तत्सर्वं कर्तव्यं गुर्वनुज्ञया गुरोर्देवसमक्षं वा न यथेष्टासनो भवेत्
Si tout cela doit être accompli en présence directe du maître, qu’on ne le fasse qu’avec la permission du Guru ; et en présence du Guru ou devant la Divinité, qu’on ne s’assoie pas dans la posture qui nous plaît.
Verse 169
गुरुर्देवो यतः साक्षात् तद्गृहं देवमन्दिरम् पापिना च यथासंगात् तत्पापैः पतनं भवेत्
Parce que le Guru est réellement une divinité manifestée, la demeure du Guru est un temple de Dieu. Mais si l’on fréquente un pécheur selon cette compagnie, on chute—entraîné par les fautes mêmes de cet homme.
Verse 170
तद्वदाचार्यसंगेन तद्धर्मफलभाग्भवेत् यथैव वह्निसंपर्कान् मलं त्यजति काञ्चनम्
De même, par la compagnie du véritable ācārya, on devient un juste participant au fruit de ce Dharma ; tel l’or qui, au contact du feu, rejette ses impuretés.
Verse 171
तथैव गुरुसंपर्कात् पापं त्यजति मानवः यथा वह्निसमीपस्थो घृतकुंभो विलीयते
De même, par le contact du Guru, l’être humain rejette le péché—comme un pot rempli de ghee qui, placé près du feu, se met à fondre.
Verse 172
तथा पापं विलीयेत आचार्यस्य समीपतः यथा प्रज्वलितो वह्निर् विष्ठां काष्ठं च निर्दहेत्
Ainsi, le péché se dissout dans la seule proximité de l’Ācārya ; tel un feu ardent qui consume entièrement l’ordure comme le bois. Sur la voie śaiva, la présence du Guru allume le jñāna-agni, le feu de la connaissance, qui brûle le pāśa (lien d’asservissement) attaché au paśu (l’âme) et la tourne vers Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 173
गुरुस्तुष्टो दहत्येवं पापं तन्मन्त्रतेजसा ब्रह्मा हरिस् तथा रुद्रो देवाश् च मुनयस् तथा
Lorsque le Guru est satisfait, il brûle ainsi le péché par la puissance ardente de ce mantra. De même, Brahmā, Hari (Viṣṇu), Rudra, les dieux et les sages (muni) agissent par mantra et par grâce.
Verse 174
कुर्वन्त्यनुग्रहं तुष्टा गुरौ तुष्टे न संशयः कर्मणा मनसा वाचा गुरोः क्रोधं न कारयेत्
Quand le Guru est satisfait, les maîtres et les nobles, comblés, accordent leur grâce—sans aucun doute. Ainsi, par l’acte, par la pensée et par la parole, qu’on ne provoque jamais la colère du Guru.
Verse 175
तस्य क्रोधेन दह्यन्ते आयुःश्रीज्ञानसत्क्रियाः तत्क्रोधं ये करिष्यन्ति तेषां यज्ञाश् च निष्फलाः
Par sa colère sont consumées la longévité, la prospérité, la connaissance véritable et la conduite juste. Et ceux qui provoquent cette colère, leurs rites sacrificiels (yajña) deviennent eux aussi sans fruit.
Verse 176
जपान्यनियमाश्चैव नात्र कार्या विचारणा गुरोर्विरुद्धं यद्वाक्यं न वदेत्सर्वयत्नतः
Quant aux disciplines (niyama) du japa, il n’y a ici nul besoin de débat. Par tous les efforts, qu’on ne prononce jamais une parole contraire au Guru.
Verse 177
वदेद् यदि महामोहाद् रौरवं नरकं व्रजेत् चित्तेनैव च वित्तेन तथा वाचा च सुव्रताः
Si, par grande illusion, on profère une parole fautive, on va en l’enfer de Raurava. Ainsi, ô vous aux vœux excellents, maintenez la pureté par l’esprit, par les biens, et de même par la parole.
Verse 178
मिथ्या न कारयेद्देवि क्रियया च गुरोः सदा दुर्गुणे ख्यापिते तस्य नैर्गुण्यशतभाग्भवेत्
Ô Devi, qu’on ne fabrique jamais, par quelque acte feint, un mensonge au sujet du Guru. Si l’on divulgue de prétendus défauts du Guru, on encourt au centuple ce même démérite, accroissant l’impureté et le lien du pāśa.
Verse 179
गुणे तु ख्यापिते तस्य सार्वगुण्यफलं भवेत् गुरोर्हितं प्रियं कुर्याद् आदिष्टो वा न वा सदा
Mais lorsque sa vertu est proclamée, on obtient le fruit de l’excellence accomplie en toutes qualités. Qu’on fasse toujours ce qui est utile et cher au Guru, qu’il l’ait ordonné ou non.
Verse 180
असमक्षं समक्षं वा गुरोः कार्यं समाचरेत् गुरोर्हितं प्रियं कुर्यान् मनोवाक्कायकर्मभिः
Que le Guru soit absent ou présent, on doit accomplir avec ardeur l’œuvre du Guru. Par la pensée, la parole et l’acte du corps, qu’on fasse ce qui est utile et agréable au Guru—ainsi le paśu (l’âme liée) se purifie par le service discipliné vers le Pati (Śiva), par l’entremise du Guru.
Verse 181
कुर्वन्पतत्यधो गत्वा तत्रैव परिवर्तते तस्मात्स सर्वदोपास्यो वन्दनीयश् च सर्वदा
Celui qui suit cette voie contraire tombe vers le bas, atteint un état inférieur et y tourne encore et encore. C’est pourquoi Lui (Śiva)—le Pati, qui ôte le pāśa—doit être adoré sans cesse et salué par l’inclination en tout temps.
Verse 182
समीपस्थो ऽप्यनुज्ञाप्य वदेत्तद्विमुखो गुरुम् एवमाचारवान् भक्तो नित्यं जपपरायणः
Même assis tout près, on ne doit parler qu’après avoir reçu la permission, et l’on ne doit pas s’adresser au Guru en détournant le visage. Le dévot établi dans une telle juste conduite demeure sans cesse voué au japa—ferme dans la discipline qui mène le paśu (âme liée) vers la grâce du Pati (Śiva).
Verse 183
गुरुप्रियकरो मन्त्रं विनियोक्तुं ततो ऽर्हति विनियोगं प्रवक्ष्यामि सिद्धमन्त्रप्रयोजनम्
Ainsi, le mantra qui plaît au Guru est digne d’être appliqué selon la règle. Je vais maintenant exposer son viniyoga—la juste mise en œuvre et la finalité de ce mantra accompli.
Verse 184
दौर्बल्यं याति तन्मन्त्रं विनियोगमजानतः यस्य येन वियुञ्जीत कार्येण तु विशेषतः
Ce mantra s’affaiblit chez celui qui ignore son viniyoga (son application rituelle), surtout lorsqu’on le sépare de sa finalité propre et qu’on l’emploie autrement. Dans la discipline de Śiva, un mantra ne porte fruit que s’il est uni à l’acte, à l’intention et au contexte qui lui reviennent.
Verse 185
विनियोगः स विज्ञेय ऐहिकामुष्मिकं फलम् विनियोगजमायुष्यम् आरोग्यं तनुनित्यता
Ceci doit être reconnu comme le viniyoga juste (l’application rituelle) : il confère des fruits en ce monde et dans l’au-delà. De cette application correcte naissent la longue vie, l’absence de maladie et la stabilité du corps—soutenant le paśu (l’âme liée) dans son approche de Pati (Śiva).
Verse 186
राज्यैश्वर्यं च विज्ञानं स्वर्गो निर्वाण एव च प्रोक्षणं चाभिषेकं च अघमर्षणमेव च
Souveraineté royale et prospérité seigneuriale, discernement spirituel, ciel et même délivrance (nirvāṇa) ; de même l’aspersion consacratoire (prokṣaṇa), l’onction rituelle (abhiṣeka) et l’effacement du péché (aghamarṣaṇa) — tout cela est proclamé comme les fruits liés au culte de Śiva.
Verse 187
स्नाने च संध्ययोश्चैव कुर्यादेकादशेन वै शुचिः पर्वतमारुह्य जपेल्लक्षमतन्द्रितः
En demeurant pur, on accomplira le rite avec la formule en onze parties au moment du bain et aux deux Sandhyā. Puis, gravissant une montagne, on répétera sans lassitude le mantra cent mille fois—par un japa discipliné, orientant le paśu (l’âme liée) vers Śiva, le Seigneur (Pati).
Verse 188
महानद्यां द्विलक्षं तु दीर्घमायुरवाप्नुयात् दूर्वाङ्कुरास्तिला वाणी गुडूची घुटिका तथा
Au grand fleuve sacré, on obtient une longue vie—jusqu’à deux lakṣas. Il existe aussi des offrandes telles que des pousses d’herbe dūrvā, des graines de sésame, Vāṇī (la Parole/Sarasvatī), guḍūcī et ghuṭikā : chacune soutient l’auspice lorsqu’elle est dédiée avec Śiva-bhakti.
Verse 189
तेषां तु दशसाहस्रं होममायुष्यवर्धनम् अश्वत्थवृक्षमाश्रित्य जपेल्लक्षद्वयं सुधीः
Parmi tout cela, le homa—dix mille oblations dans le feu sacré—devient un rite qui accroît la longévité. Prenant refuge auprès de l’aśvattha (figuier sacré), le sage accomplira un japa de deux lakṣas (deux cent mille répétitions).
Verse 190
शनैश्चरदिने स्पृष्ट्वा दीर्घायुष्यं लभेन्नरः शनैश्चरदिने ऽश्वत्थं पाणिभ्यां संस्पृशेत्सुधीः
Le jour de Śanaiścara (samedi), celui qui accomplit le toucher auspicieux prescrit obtient une longue vie. Ainsi, le samedi, le sage doit toucher de ses deux mains l’aśvattha (figuier sacré).
Verse 191
जपेदष्टोत्तरशतं सोममृत्युहरो भवेत् आदित्याभिमुखो भूत्वा जपेल्लक्षमनन्यधीः
Qu’il le récite cent huit fois : il devient alors celui qui écarte la mort liée à Soma. Tourné vers le Soleil, l’esprit sans distraction, qu’il accomplisse un lakh (cent mille) répétitions—ainsi le sādhaka devient digne de la grâce de Śiva, qui desserre le pāśa (lien) du paśu (l’âme incarnée).
Verse 192
अर्कैरष्टशतं जप्त्वा जुह्वन्व्याधेर्विमुच्यते समस्तव्याधिशान्त्यर्थं पलाशसमिधैर् नरः
Après avoir récité huit cents fois le mantra d’Arka puis offert des oblations, l’homme est délivré de la maladie. Pour apaiser tous les maux, qu’il accomplisse le homa avec des bûchettes de palāśa (flamme-de-la-forêt), remède śaiva qui, sous la grâce de Pati (Śiva), desserre le pāśa (lien) qui tourmente le paśu (âme incarnée).
Verse 193
हुत्वा दशसहस्रं तु निरोगी मनुजो भवेत् नित्यमष्टशतं जप्त्वा पिबेद् अम्भो ऽर्कसन्निधौ
Après avoir offert dix mille oblations, l’homme devient exempt de maladie. Et, après avoir récité chaque jour huit cents fois le mantra, qu’il boive de l’eau en présence d’Arka (le Soleil) : par cette discipline de japa et de homa, le paśu lié s’établit dans la pureté et devient digne de la grâce de Śiva, qui desserre le pāśa (lien).
Verse 194
औदर्यैर्व्याधिभिः सर्वैर् मासेनैकेन मुच्यते एकादशेन भुञ्जीयाद् अन्नं चैवाभिमन्त्रितम्
En mangeant une nourriture consacrée (imprégnée par le mantra), on se délivre en un mois de toutes les maladies issues des troubles du ventre. Cette nourriture sanctifiée doit être prise après l’observance de la discipline en onze points (ekādaśa-vidhi).
Verse 195
भक्ष्यं चान्यत्तथा पेयं विषमप्यमृतं भवेत् जपेल् लक्षं तु पूर्वाह्णे हुत्वा चाष्टशतेन वै
La nourriture et la boisson—et toute autre chose—même si elles sont vénéneuses, deviennent comme du nectar. Qu’on accomplisse cent mille récitations dans la matinée, puis qu’on offre des oblations au feu huit cents fois, assurément.
Verse 196
सूर्यं नित्यमुपस्थाय सम्यगारोग्यमाप्नुयात् नदीतोयेन सम्पूर्णं घटं संस्पृश्य शोभनम्
En honorant chaque jour le Soleil, on obtient une santé parfaite et entière. En touchant un beau vase rempli d’eau de rivière (rite de purification), on devient de bon augure et disposé au culte—apte à s’avancer vers Śiva, le Pati, par une observance disciplinée.
Verse 197
जप्त्वायुतं च तत्स्नानाद् रोगाणां भेषजं भवेत् अष्टाविंशज्जपित्वान्नम् अश्नीयाद् अन्वहं शुचिः
Après avoir accompli dix mille japa et s’être baigné selon le rite, cela devient un véritable remède aux maladies. Et après l’avoir répété vingt-huit fois, qu’on prenne sa nourriture chaque jour en demeurant pur—ainsi le paśu (l’âme incarnée) s’accorde au courant propice du Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 198
हुत्वा च तावत्पालाशैर् एवं वारोग्यम् अश्नुते चन्द्रसूर्यग्रहे पूर्वम् उपोष्य विधिना शुचिः
Après avoir offert des oblations avec du bois de palāśa en telle mesure, on obtient une santé exempte de maladie. Lors d’une éclipse de lune ou de soleil, après avoir d’abord jeûné selon la règle et demeuré rituellement pur, qu’on accomplisse cette offrande comme il est prescrit.
Verse 199
यावद्ग्रहणमोक्षं तु तावन्नद्यां समाहितः जपेत्समुद्रगामिन्यां विमोक्षे ग्रहणस्य तु
Du commencement de l’éclipse jusqu’à sa délivrance, qu’on demeure dans une rivière, recueilli et concentré, en récitant le mantra. Et dans une rivière qui se jette dans l’océan, qu’on poursuive le japa jusqu’à la complète libération de l’éclipse.
Verse 200
अष्टोत्तरसहस्रेण पिबेद्ब्राह्मीरसं द्विजाः ऐहिकां लभते मेधां सर्वशास्त्रधरां शुभाम्
Le deux-fois-né (dvija) doit boire le suc de brāhmī en comptant mille huit; ainsi il obtient en ce monde l’éclat de l’intellect, de bon augure, et la faculté de retenir tous les śāstra.
It teaches that at pralaya all manifest worlds dissolve, yet the Vedas and shastras remain established in the Panchakshara, preserved by Shiva’s own shakti—thereby presenting the mantra as a timeless vessel of revelation and liberation.
It describes three nyasas by function—utpatti (creation), sthiti (maintenance), samhāra (dissolution)—and three by placement—kara-nyasa, deha-nyasa, and anga-nyasa—followed by shadanganyasa and digbandhana for protection and siddhi.
The chapter ranks them progressively: vachika (spoken) is basic, upamshu (soft/near-silent) is 100×, and manasa (mental, meaning-contemplative) is 1000×; the ‘uttarottara’ (later) is superior.
Because mantra becomes ‘siddha’ through proper authorization (ajna), correct procedure (kriya), faith (shraddha), and right-mindedness—sealed by receiving the mantra from a qualified guru and honoring the transmission through seva and dakshina.