
Ce chapitre propose un dialogue d’instruction : Yudhiṣṭhira demande à Vyāsa d’exposer le sadācāra (la bonne conduite) comme racine du dharma et de la prospérité. Vyāsa décrit une hiérarchie graduée des êtres et des excellences, culminant dans la prééminence du savoir des Brāhmaṇa et dans la brahma-tatparatā, l’orientation intérieure vers Brahman. Il définit le sadācāra comme une racine du dharma marquée par l’absence de haine et d’attachement, et avertit que la mauvaise conduite entraîne blâme social, maladie et diminution de la longévité. Vient ensuite un régime pratique : cultiver yama et niyama (vérité, non-violence, maîtrise, pureté, étude, jeûne), vaincre les ennemis intérieurs (kāma, krodha, moha, lobha, mātsarya) et accumuler le dharma pas à pas. Le texte souligne que l’on naît seul et que l’on meurt seul ; seul le dharma accompagne l’être au-delà de la mort. La seconde moitié donne des prescriptions détaillées pour la discipline quotidienne : souvenir au brahma-muhūrta, évacuation réglée loin de l’habitation, règles de purification par la terre et l’eau, normes d’ācamana, jours où le nettoyage des dents est restreint, mérites du bain matinal, et pratique structurée de la sandhyā avec prāṇāyāma, aghamarṣaṇa, Gāyatrī-japa, offrande d’arghya à Sūrya, puis tārpaṇa et rites domestiques. L’ensemble est présenté comme une routine stable de nitya-dharma pour le dvija discipliné.
Verse 1
व्यास उवाच । अतः परं प्रवक्ष्यामि धर्मारण्यनिवासिना । यत्कार्यं पुरुषेणेह गार्हस्थ्यमनुतिष्ठता
Vyāsa dit : Je vais maintenant exposer ce qui doit être accompli ici par l’homme qui demeure à Dharmāraṇya, tout en observant dûment la voie du maître de maison (gṛhastha).
Verse 2
धर्मारण्येषु ये जाता ब्राह्मणाः शुद्धवंशजा । अष्टादशसहस्राश्च काजेशैश्च विनिर्मिताः
Ces brāhmaṇas nés à Dharmāraṇya—de lignée pure—étaient au nombre de dix-huit mille, et furent établis/façonnés par les Kājeśas.
Verse 3
सदाचाराः पवित्राश्च ब्राह्मणा ब्रह्मवित्तमाः । तेषां दर्शनमात्रेण महापापैर्विमुच्यते
Ces brāhmaṇas sont de noble conduite et purs, les plus éminents parmi les connaisseurs de Brahman. Par leur seule vision, on est délivré des grands péchés.
Verse 4
युधिष्ठिर उवाच । पाराशर्य समाख्याहि सदाचारं च मे प्रभो । आचाराद्धर्ममाप्नोति आचाराल्लभते फलम् । आचाराच्छ्रियमाप्नोति तदाचारं वदस्व मे
Yudhiṣṭhira dit : Ô fils de Parāśara, explique-le-moi, Seigneur : la voie de la bonne conduite. Par la conduite on atteint le Dharma ; par la conduite on reçoit son fruit ; par la conduite on obtient la prospérité ; dis-moi donc cette conduite.
Verse 5
व्यास उवाच । स्थावराः कृमयोऽब्जाश्च पक्षिणः पशवो नराः । क्रमेण धार्मिकास्त्वेत एतेभ्यो धार्मिकाः सुराः
Vyāsa dit : Les êtres immobiles, les vers, ceux qui naissent dans l’eau, les oiseaux, les bêtes et les hommes—selon cet ordre, ils deviennent de plus en plus aptes au Dharma ; et au-delà d’eux, les devas sont encore plus établis dans le Dharma.
Verse 6
सहस्रभागात्प्रथमे द्वितीयानुक्रमास्तथा । सर्व एते महाभागाः पापान्मुक्तिसमाश्रयाः
Depuis le premier degré—comme une part sur mille—et de même au second et aux degrés suivants, tous ces êtres fortunés sont des appuis pour la délivrance du péché.
Verse 7
चतुर्णामपि भूतानां प्राणिनोतीव चोत्तमाः । प्राणिकेभ्योपि मुनिश्रेष्ठाः सर्वे बुद्ध्युपजीविनः
Parmi les quatre sortes d’êtres, les vivants sont vraiment les plus excellents ; et même parmi les vivants, les meilleurs sont les grands munis, car tous vivent de (et par) l’intelligence éveillée.
Verse 8
मतिमद्भ्यो नराः श्रेष्ठास्तेभ्य श्रेष्ठास्तु वाडवाः । विप्रेभ्योऽपि च विद्वांसो विद्वद्भ्यः कृतबुद्धयः
Supérieurs aux simples intelligents sont les hommes au caractère cultivé ; supérieurs à eux sont les vāḍavas ; supérieurs même aux brāhmaṇas sont les véritables savants ; et supérieurs aux savants sont ceux dont l’intelligence est accomplie et disciplinée.
Verse 9
कृतधीभ्योऽपि कर्तारः कर्तृभ्यो ब्रह्मतत्पराः । न तेभ्योऽभ्यधिकः कश्चित्त्रिषु लोकेषु भारत
Supérieurs même à ceux dont l’intelligence est accomplie sont les acteurs, qui mettent le Dharma en œuvre ; supérieurs aux acteurs sont ceux qui se vouent entièrement à Brahman. Nul n’est au-dessus d’eux dans les trois mondes, ô Bhārata.
Verse 10
अन्योन्यपूजकास्ते वै तपो विद्याविशेषतः । ब्राह्मणो ब्रह्मणा सृष्टः सर्वभूतेश्वरो यतः
En vérité, ils se rendent un culte réciproque, distingués par l’ascèse (tapas) et la connaissance sacrée ; car le Brāhmaṇa fut créé par Brahmā, et ainsi il est tenu pour seigneur parmi tous les êtres.
Verse 11
अतो जगत्स्थितं सर्वं ब्राह्मणोऽर्हति नापरः । सदाचारो हि सर्वार्हो नाचाराद्विच्युतः पुनः
Ainsi, la stabilité du monde entier repose sur le dharma, et le Brāhmaṇa est digne d’honneur—nul autre autant ; car celui qui demeure dans la bonne conduite est digne de toute vénération, mais celui qui s’en écarte ne l’est plus.
Verse 12
तस्माद्विप्रेण सततं भाव्यमाचारशीलिना । विद्वेषरागरहिता अनुतिष्ठन्ति यं मुने
C’est pourquoi le Brāhmaṇa doit toujours être d’une nature vouée à la juste conduite ; exempt de haine et d’attachement, qu’il pratique, ô muni, la discipline que les sages observent sans relâche.
Verse 13
सद्धि यस्तं सदाचारं धर्ममूलं विदुर्बुधाः । लक्षणैः परिहीनोऽपि सम्यगाचारतत्परः
Les sages savent que la bonne conduite est, en vérité, la racine même du dharma ; même dépourvu de signes extérieurs ou de distinctions, celui qui se voue à la conduite juste est réellement établi.
Verse 14
श्रदालुरनसूयुश्च नरो जीवेत्समाः शतम् । श्रुतिस्मृतिभ्यामुदितं स्वेषुस्वेषु च कर्मसु
L’homme plein de foi et sans esprit de blâme peut vivre cent ans, accomplissant, dans chacun de ses devoirs, les actes enseignés par la Śruti et la Smṛti.
Verse 15
सदाचारं निषेवेत धर्ममूलमतन्द्रितः । दुराचाररतो लोके गर्हणीयः पुमा न्भवेत्
Qu’on s’applique sans relâche à la bonne conduite, racine du dharma ; mais l’homme adonné à la mauvaise conduite devient blâmable aux yeux du monde.
Verse 16
व्याधिभिश्चाभिभूयेत सदाल्पायुः सुदुःखभाक् । त्याज्यं कर्म पराधीनं कार्यमात्मवशं सदा
Accablé par les maladies, toujours de courte vie et voué à de grandes peines ; qu’on renonce donc aux œuvres faites dans la dépendance d’autrui et qu’on entreprenne toujours celles qui demeurent sous sa propre maîtrise.
Verse 17
दुःखी यतः पराधीनः सदैवात्मवशः सुखी । यस्मिन्कर्मण्यंतरात्मा क्रियमाणे प्रसीदति
Car celui qui dépend d’autrui est malheureux, tandis que celui qui se gouverne lui-même est heureux ; qu’on choisisse l’acte dans lequel, au moment même de l’accomplir, l’âme intérieure s’apaise.
Verse 18
अध्यापयेच्छुचीञ्छिष्यान्हितान्मे धासमन्वितान् । उपेयादीश्वरं चापि योगक्षेमादिसिद्धये
Qu’il enseigne à des disciples purs, bienveillants et doués d’intelligence ; et qu’il s’approche aussi du Seigneur, afin d’obtenir bien-être, protection et autres accomplissements.
Verse 19
अतस्तेष्वेव वै यत्नः कर्तव्यो धर्ममिच्छता । सत्यं क्षमार्तवं ध्यानमानृशंस्यमहिंसनम्
Ainsi, celui qui désire le dharma doit s’appliquer à ces vertus mêmes : vérité, pardon, droiture, méditation, compassion et non-violence.
Verse 20
दमः प्रसादो माधुर्यं मृदुतेति यमा दश । शौचं स्नानं तपो दानं मौनेज्याध्ययनं व्रतम्
Maîtrise de soi, sérénité, douceur de la parole et bienveillance: tels sont comptés parmi les dix yama. Pureté, bain rituel, austérité, charité, silence, culte, étude sacrée et observance des vœux: telles sont les disciplines qui soutiennent le dharma.
Verse 21
उपोषणोपस्थदंडो दशैते नियमाः स्मृताः । कामं क्रोधं दमं मोहं मात्सर्यं लोभमेव च
Le jeûne et la discipline des sens sont rappelés comme faisant partie des dix niyama. Il faut aussi dompter le désir, la colère, l’absence de maîtrise, l’illusion, l’envie et l’avidité.
Verse 22
अमून्षड्वैरिणो जित्वा सर्वत्र विजयी भवेत् । शनैः संचिनुयाद्धर्मं वल्मीकं शृंगवान्यथा
Après avoir vaincu ces six ennemis, on devient victorieux partout. Qu’on amasse le dharma peu à peu, comme la termitière s’élève grain après grain.
Verse 23
परपीडामकुर्वाणः पर लोकसहायिनम् । धर्म एव सहायी स्यादमुत्र परिरक्षितः
Celui qui ne fait pas souffrir autrui s’assure un secours pour l’au-delà. Là, le dharma seul devient compagnon, le préservant et le protégeant dans l’autre monde.
Verse 24
पितृमातृसुतभ्रातृयोषिद्बंधुजनाधिकः । जायते चैकलः प्राणी म्रियते च तथै कलः
Même entouré du père et de la mère, des fils, des frères, de l’épouse et de nombreux proches, l’être naît seul—et de même il meurt seul.
Verse 25
एकलः सुकृतं भुंक्ते भुंक्ते दुष्कृतमेकलः । देहे पंचत्वमापन्ने त्यक्त्वैकं काष्ठलोष्टवत्
Seul on goûte le fruit des bonnes actions ; seul on subit le fruit des mauvaises. Quand le corps retourne à l’état des cinq éléments, on le délaisse comme un morceau de bois ou une motte de terre.
Verse 26
बांधवा विमुखा यांति धर्मो यांतमनु व्रजेत् । अतः संचिनुयाद्धर्म्ममत्राऽमुत्र सहायिनम्
Les proches se détournent et s’en vont, mais le Dharma suit celui qui s’en va. C’est pourquoi il faut amasser le Dharma, secours ici-bas et dans l’au-delà.
Verse 27
धर्मं सहायिनं लब्ध्वा संतरेद्दुस्तरं तमः । संबंधानाचारेन्नित्यमुत्तमैरुत्तमैः सुधीः
Ayant obtenu le Dharma pour compagnon, on traverse les ténèbres difficiles à franchir. Que le sage cultive sans cesse la bonne fréquentation et la conduite droite auprès des meilleurs des nobles.
Verse 28
अधमानधमांस्त्यक्त्वा कुलमुत्कर्षतां नयेत् । उत्तमानुत्तमानेव गच्छेद्धीनांश्च वर्जयेत् । ब्राह्मणः श्रेष्ठतामेति प्रत्यवायेन शूद्रताम्
Délaissant les compagnies viles et ignobles, qu’on élève sa lignée vers l’excellence. Qu’on n’aille qu’aux meilleurs et aux plus nobles, et qu’on évite les déchus. Un brāhmaṇa atteint l’éminence par la conduite juste ; mais par la transgression et le déclin, il tombe en un état inférieur.
Verse 29
अनध्ययनशीलं च सदाचारविलंघिनम् । सालसं च दुरन्नादं ब्राह्मणं बाधतेंऽतकः
Le brāhmaṇa qui ne se voue pas à l’étude, qui transgresse la bonne conduite, qui est paresseux et se nourrit d’aliments impropres, celui-là est assailli par la ruine et l’ombre de la mort.
Verse 30
अतोऽभ्यस्येत्प्रयत्नेन सदाचारं सदा द्विजः । तीर्थान्यप्यभिलष्यंति सदाचारिसमागमम्
Ainsi, le deux-fois-né doit, avec un effort assidu, cultiver sans cesse la bonne conduite; car même les tīrtha sacrés aspirent à la compagnie de ceux qui vivent selon le sadācāra.
Verse 31
रजनीप्रांतयामार्द्धं ब्राह्मः समय उच्यते । स्वहितं चिंतयेत्प्राज्ञस्तस्मिंश्चोत्थाय सर्वदा
La seconde moitié de la dernière veille de la nuit est appelée le temps brāhma; s’y levant, le sage doit toujours méditer sur ce qui est réellement salutaire pour lui-même.
Verse 32
गजास्यं संस्मरेदादौ तत ईशं सहांबया । श्रीरंगं श्रीसमेतं तु ब्रह्माणं कमलोद्भवम्
Au commencement, qu’on se souvienne de Gajāsya (Gaṇeśa); puis d’Īśa (Śiva) avec la Mère, Ambā; puis de Śrīraṅga (Viṣṇu) uni à Śrī; et de Brahmā, né du lotus.
Verse 33
इंद्रादीन्सकलान्देवान्वसिष्ठादीन्मुनीनपि । गंगायाः सरितः सर्वाः श्रीशैलायखिलान्गिरीन्
Qu’on se souvienne aussi d’Indra et de tous les dieux, de Vasiṣṭha et des autres sages, de la Gaṅgā et de toutes les rivières, de Śrīśaila et, en vérité, de toutes les montagnes.
Verse 34
क्षीरोदादीन्समुद्रांश्च मानसादिसरांसि च । वनानि नंदनादीनि धेनूः कामदुघादयः
Et qu’on se souvienne des océans, à commencer par l’Océan de Lait; des lacs tels que Mānasarovar; des forêts divines, à commencer par Nandana; et des vaches sacrées telles que Kāmadhenu.
Verse 35
कल्पवृक्षादिवृक्षांश्च धातून्कांचनमुख्यतः । दिव्यस्त्रीरुर्वशीमुख्याः प्रह्रादावद्यान्हरेः प्रियान्
Qu’on se souvienne des arbres exauçant les vœux, tels le Kalpavṛkṣa, des substances précieuses au premier rang desquelles l’or, des femmes célestes conduites par Urvaśī, et des dévots bien-aimés de Hari, tels Prahlāda.
Verse 36
जननीचरणौ स्मृत्वा सर्वतीर्थोक्त्त मोत्तमौ । पितरं च गुरूंश्चापि हदि ध्यात्वा प्रसन्नधीः
Se remémorant les pieds de la mère—proclamés le plus excellent de tous les tīrthas—puis, l’esprit apaisé, méditant dans le cœur sur le père et sur les maîtres également.
Verse 37
ततश्चावश्यकं कर्त्तुं नैरृतीं दिशमाव्रजेत् । ग्रामाद्धनुःशतं गच्छेन्नगराच्च चतुर्गुण म्
Ensuite, pour accomplir l’évacuation nécessaire, qu’on se rende vers la direction du sud-ouest ; qu’on s’éloigne d’un village de cent longueurs d’arc, et d’une ville de quatre fois cette distance.
Verse 38
तृणैराच्छाद्य वसुधां शिरः प्रावृत्य वाससा । कर्णोपवीत उदग्वक्त्रो दिवसे संध्ययोरपि
Recouvrant le sol d’herbe et voilant la tête d’un tissu, le cordon sacré passé sur l’oreille, qu’on se tourne vers le nord — le jour, et aussi aux jonctions du crépuscule (sandhyā).
Verse 39
विण्मूत्रे विसृजेन्मौनी निशायां दक्षिणामुखः । न तिष्ठन्नाशु नो विप्र गोवन्ह्यनिलसंमुखः
Lorsqu’on évacue selles et urine, qu’on demeure silencieux ; la nuit, qu’on se tourne vers le sud. Qu’on ne le fasse ni debout ni à la hâte, ô brāhmaṇa ; et qu’on ne fasse pas face aux vaches, au feu, ni au vent.
Verse 40
न फालकृष्टे भूभागे न रथ्यासेव्यभूतले । नालोकयेद्दिशो भागञ्ज्यो तिश्चक्रं नभो मलम्
Qu’on ne se soulage ni sur une terre fraîchement labourée, ni sur un sol fréquenté comme voie. Qu’on ne porte pas non plus le regard vers les directions, le cercle des luminaires, le ciel, ni vers des choses impures, afin de garder la pudeur et la discipline rituelle.
Verse 41
वामेन पाणिना शिश्नं धृत्वोत्तिष्ठेत्प्रयत्नवान् । अथो मृदं समादद्याज्जंतुकर्क्करवर्जिताम्
Tenant l’organe de la main gauche, l’homme vigilant se relèvera avec soin. Puis il prendra de la terre pour la purification, une terre exempte d’insectes et de cailloux.
Verse 42
विहाय मूषको त्खातां चोच्छिष्टां केशसंकुलाम् । गुह्ये दद्यान्मृदं चैकां प्रक्षाल्य चांबुना ततः
Qu’on évite la terre creusée par les rats, souillée par des restes, ou mêlée de cheveux. Qu’on applique une seule portion de terre aux parties secrètes, puis qu’on les lave ensuite avec de l’eau.
Verse 43
पुनर्वामकरेणेति पंचधा क्षालयेद्गुदम् । एकैक पादयोर्दद्यात्तिस्रः पाण्योर्मृदस्तथा
De nouveau, avec la main gauche, qu’on nettoie l’anus cinq fois. Qu’on mette de la terre une fois sur chaque pied, et de même trois portions de terre sur les mains.
Verse 44
इत्थं शौचं गृही कुर्याद्गंधलेपक्षयावधि । क्रमाद्वैगुण्यतः कुर्याद्ब्रह्मचर्यादिषु त्रिषु
Ainsi le maître de maison accomplira la purification jusqu’à ce que l’odeur et la souillure soient ôtées. Et, selon l’ordre prescrit, qu’il l’accomplisse avec une rigueur accrue dans les trois états de vie, à commencer par le brahmacarya.
Verse 45
दिवाविहितशौचाच्च रात्रावर्द्धं समाचरेत् । परग्रामे तदर्धं च पथि तस्यार्धमेव च
De la purification prescrite pour le jour, qu’on n’en accomplisse que la moitié la nuit. Dans un autre village, qu’on en fasse la moitié de cela; et sur la route, encore la moitié seulement.
Verse 46
तदर्धं रोगिणां चापि सुस्थे न्यूनं न कार येत् । अपि सर्वनदीतोयैर्मृत्कूटैश्चाप्यगोपमैः
Pour les malades, on peut n’en faire même que la moitié; mais l’homme sain ne doit pas faire moins. Même avec l’eau de n’importe quelle rivière et avec des mottes de terre —sans préparation particulière— la purification doit être accomplie.
Verse 47
आपातमाचरेच्छौचं भावदुष्टो न शुद्धिभाक् । आर्द्रधात्रीफलोन्माना मृदः शौचे प्रकीर्तिताः
Qu’on accomplisse la purification selon ce que requiert la situation; toutefois, celui dont l’intention intérieure est souillée n’obtient pas la pureté véritable. Pour le nettoyage, la quantité de terre est dite être mesurée par la taille d’un fruit de dhātrī humide (amalakī).
Verse 48
सर्वाश्चाहुतयोऽप्येवं ग्रासाश्चांद्रायणेपि च । प्रागास्य उदगास्यो वा सूपविष्टः शुचौ भुवि
De même, toutes les offrandes (āhuti) et même les bouchées prises dans l’observance du Cāndrāyaṇa doivent être accomplies assis convenablement sur une terre pure, le visage tourné vers l’est ou vers le nord.
Verse 49
उपस्पृशेद्विहीनाभिस्तुषांगारास्थिभस्मभिः । अतिस्वच्छाभिरद्भिश्च यावद्धृद्गाभिरत्वरः
Qu’on accomplisse l’ācamana même lorsque l’eau convenable manque, en utilisant de l’eau (clarifiée) avec des balles, du charbon, de la cendre d’os et autres; et, lorsque c’est possible, avec une eau très limpide, profonde jusqu’à la poitrine, sans hâte.
Verse 50
ब्राह्मणो ब्रह्मतीर्थेन दृष्टिपूताभिराचमेत् । कण्ठगाभिर्नृपः शुध्येत्तालुगाभिस्तथोरुजः
Le brāhmane doit accomplir l’ācamana avec une eau sanctifiée par son regard, en usant du Brahma-tīrtha (la base du pouce). Le roi est purifié lorsque l’eau atteint la gorge ; de même le vaiśya lorsqu’elle atteint le palais.
Verse 51
स्त्रीशूद्रावाथ संस्पर्शमात्रेणापि विशुध्यतः । शिरः शब्दं सकंठं वा जले मुक्तशिखोऽपि वा
Les femmes et les śūdras sont purifiés même par le simple contact (avec l’eau de l’ācamana). Qu’on se purifie en touchant d’eau la tête, les organes (des sens) et la gorge, même si la chevelure est déliée dans l’eau.
Verse 52
अक्षालितपदद्वद्व आचांतोऽप्यशुचिर्म्मतः । त्रिः पीत्वांबु विशुद्ध्यर्थं ततः खानि विशोधयेत्
Si l’on n’a pas lavé les deux pieds, même après l’ācamana on est tenu pour impur. Pour se purifier, qu’on boive l’eau par trois fois ; ensuite qu’on purifie les ouvertures du corps (les organes des sens).
Verse 53
अंगुष्ठमूलदेशेन ह्यधरोष्ठौ परि मृजेत् । स्पृष्ट्वा जलेन हृदयं समस्ताभिः शिरः स्पृशेत्
Avec la région à la base du pouce, qu’on essuie la lèvre inférieure. Après avoir touché le cœur avec de l’eau, qu’on touche ensuite la tête avec tous (les doigts/les mains) réunis.
Verse 54
अंगुल्यग्रैस्तथा स्कन्धौ सांबु सर्व्वत्र संस्पृशेत् । आचांतः पुनराचामेत्कृत्वा रथ्योपसर्पणम्
Avec le bout des doigts, qu’on touche aussi les épaules, et qu’avec de l’eau on touche le corps en tous lieux. Après avoir accompli l’ācamana, qu’on l’accomplisse de nouveau après s’être approché de la rue, de la voie publique.
Verse 55
स्नात्वा भुक्त्वा पयः पीत्वा प्रारंभे शुभकर्मणाम् । सुप्त्वा वासः परीधाय दृष्ट्वा तथाप्यमंगलम्
Après s’être baigné, après avoir mangé, après avoir bu du lait, au commencement des rites propices, après le sommeil, après s’être vêtu, et même après avoir vu un signe néfaste—qu’on renouvelle la purification par l’ācamana.
Verse 56
प्रमादादशुचि स्मृत्वा द्विराचांतः शुचिर्भवेत् । दंतधावनं प्रकुर्वीत यथोक्त धर्मशास्त्रतः । आचांतोऽप्यशुचिर्यस्मादकृत्वा दंतधावनम्
Si, par négligence, on se souvient d’une impureté, on redevient pur en accomplissant deux fois l’ācamana. Qu’on procède au nettoyage des dents selon les Dharma-śāstras; car même après l’ācamana, on demeure impur si l’on n’a pas nettoyé les dents.
Verse 57
प्रतिपद्दर्शषष्ठीषु नवम्यां रविवासरे । दंतानां काष्ठसंयोगो दहेदासप्तमं कुलम्
Aux jours de pratipad (premier jour lunaire), de darśa/amāvāsyā (nouvelle lune), au sixième, au neuvième, et les dimanches—il est dit que l’usage du bâtonnet de bois pour les dents consume la lignée jusqu’à la septième génération.
Verse 58
अलाभे दंतकाष्ठानां निषिद्धे वाथ वासरे । गंडूषा द्वादश ग्राह्या मुखस्य परिशुद्धये
Lorsque les bâtonnets dentaires sont introuvables, ou lorsque le jour est interdit, qu’on prenne douze rinçages de bouche (gaṇḍūṣa) afin de purifier parfaitement la bouche.
Verse 59
कनिष्ठाग्रपरीमाणं सत्वचं निर्व्रणारुजम् । द्वादशांगुलमानं च सार्द्रं स्याद्दंतधावनम्
Le bâtonnet pour le nettoyage des dents doit avoir l’épaisseur de l’extrémité de l’auriculaire, garder son écorce, être sans blessure ni défaut nuisible, mesurer douze largeurs de doigt, et être frais et humide.
Verse 60
एकेकांगुलमानं तच्चर्वयेद्दंतधावनम् । प्रातः स्नानं चरित्वा च शुद्ध्यै तीर्थे विशेषतः
Qu’on mâche un petit rameau pour nettoyer les dents, de la mesure d’une phalange. Puis, après le bain du matin—surtout en un tīrtha, gué sacré—on obtient la purification.
Verse 61
प्रातः स्नानाद्यतः शुद्ध्येत्कायोऽयं मलिनः सदा । यन्मलं नवभिश्छिद्रैः स्रवत्येव दिवानिशम्
Par le bain du matin, ce corps, toujours impur, se purifie; car ses souillures s’écoulent sans cesse, jour et nuit, par les neuf ouvertures.
Verse 62
उत्साहमेधासौभाग्यरूपसंपत्प्रवर्द्धकम् । प्राजापत्यसमं प्राहुस्तन्महाघविनाशकृत्
Ils proclament que cela est égal à un rite prājāpatya : cela accroît l’ardeur, l’intelligence, la bonne fortune, la beauté et la prospérité, et détruit les grands péchés.
Verse 63
प्रातः स्नानं हरेत्पापमलक्ष्मीं ग्लानिमेव च । अशुचित्वं च दुःस्वप्नं तुष्टिं पुष्टिं प्रयच्छति
Le bain du matin enlève le péché, la malchance et la lassitude; il dissipe aussi l’impureté et les mauvais rêves, et accorde contentement et vigueur.
Verse 64
नोपसर्पंति वै दुष्टाः प्रातस्नायिजनं क्वचित् । दृष्टादृष्टफलं यस्मात्प्रातःस्नानं समाचरेत्
Les méchants n’approchent jamais celui qui se baigne au matin. Puisque le bain matinal donne des fruits visibles et invisibles, qu’on pratique donc le bain du matin.
Verse 65
प्रसंगतः स्नानविधिं प्रवक्ष्यामि नृपोत्तमाः । विधिस्नानं यतः प्राहुः स्नाना च्छतगुणोत्तरम्
Puisque l’occasion s’y prête, ô le meilleur des rois, j’exposerai le rite juste du bain ; car l’on dit qu’un bain accompli selon la règle est cent fois supérieur au simple fait de se laver.
Verse 66
विशुद्धां मृदमादाय बर्हिषस्तिलगोमयम् । शुचौ देशे परिस्थाप्य ह्याचम्य स्नानमाचरेत्
Prenant de l’argile pure, de l’herbe kuśa, du sésame et de la bouse de vache, et les disposant en un lieu pur, qu’on accomplisse l’ācamana, puis qu’on entreprenne le bain.
Verse 67
उपग्रही बद्ध शिखो जलमध्ये समाविशेत् । स्वशाखोक्तविधानेन स्नानं कुर्याद्यथाविधि
Vêtu du linge prescrit pour le bain et la śikhā nouée, qu’on entre dans l’eau ; puis, selon la méthode enseignée par sa propre branche védique, qu’on se baigne comme il convient, selon la règle.
Verse 68
स्नात्वेत्थं वस्त्रमापीड्य गृह्णीयाद्धौतवाससी । आचम्य च ततः कुर्यात्प्रातःसंध्यां कुशान्वितः
Après s’être baigné ainsi, qu’on essore le linge et qu’on revête des vêtements lavés. Ensuite, après l’ācamana, qu’on accomplisse la sandhyā du matin, muni d’herbe kuśa.
Verse 69
प्राणायामांश्चरन्विप्रो नियम्य मानसं दृढम् । अहोरात्रकृतैः पापैर्मुक्तो भवति तत्क्षणात्
Le brāhmane, pratiquant le prāṇāyāma et maîtrisant fermement son mental, est à l’instant délivré des fautes commises de jour comme de nuit.
Verse 70
दश द्वादशसंख्या वा प्राणायामाः कृता यदि । नियम्य मानसं तेन तदा तप्तं महत्तपः
Si l’on accomplit le prāṇāyāma dix fois —ou douze fois— et qu’ainsi l’esprit soit maîtrisé, alors, en vérité, une grande austérité (tapas) a été entreprise.
Verse 71
सव्याहृतिप्रणवकाः प्राणायामास्तु षोडश । अपि भ्रूणहनं मासात्पुनंत्यहरहः कृताः
Seize prāṇāyāmas, accompagnés des vyāhṛtis et du praṇava (Oṃ) : même ceux-ci, accomplis chaque jour, purifient en un mois jusqu’au péché de la mise à mort de l’embryon.
Verse 72
यथा पार्थिवधातूनां दह्यते धमनान्मलाः । तथेंद्रियैः कृता दोषा ज्वाल्यंते प्राणसंयमात्
De même que les impuretés des métaux terrestres sont consumées par le feu du four, ainsi les fautes engendrées par les sens s’embrasent et sont détruites par la maîtrise du souffle.
Verse 73
एकाक्षरं परं ब्रह्म प्राणायामः परं तपः । गायत्र्यास्तु परं नास्ति पावनं च नृपोत्तम
La syllabe unique, Oṃ, est le Brahman suprême ; le prāṇāyāma est l’austérité la plus haute. Et au-delà de la Gāyatrī, il n’est point de purificateur plus grand, ô meilleur des rois.
Verse 74
कर्मणा मनसा वाचा यद्रात्रौ कुरुते त्वघम् । उत्तिष्ठन्पूर्वसंध्यायां प्राणायामैर्विशोधयेत्
Quelque péché que l’on commette la nuit, par l’acte, par la pensée ou par la parole, qu’en se levant au crépuscule du matin on le purifie par des prāṇāyāmas.
Verse 75
यदह्ना कुरुते पापं मनोवाक्कायकर्मभिः । आसीनः पश्चिमां संध्यां प्राणायामैर्व्यपोहति । पश्चिमां तु समासीनो मलं हंति दिवाकृतम्
Quelque péché que l’on commette durant le jour par la pensée, la parole et les actes du corps—assis au sandhyā du soir, on l’écarte par les prāṇāyāma. Oui, assis au sandhyā de l’Occident, on détruit l’impureté engendrée par le jour.
Verse 76
नोपतिष्ठेत्तु यः पूर्व्वां नोपास्ते यस्तु पश्चिमाम् । स शूद्रवद्बहिष्कार्यः सर्वस्माद्द्विजकर्मणः
Mais celui qui ne se tient pas au sandhyā du matin et n’adore pas au sandhyā du soir—qu’il soit écarté, tel un Śūdra, de tous les devoirs des deux-fois-nés (dvija).
Verse 77
अपां समीपमासाद्य नित्यकर्म समाचरेत् । तत आचमनं कुर्याद्यथाविध्यनु पूर्वशः
S’étant approché du voisinage de l’eau, qu’on accomplisse le rite quotidien; puis qu’on fasse l’ācamana selon la règle, dans l’ordre prescrit.
Verse 78
आपोहिष्ठेति तिसृभिर्मार्जनं तु ततश्चरेत् । भूमौ शिरसि चाकाश आकाशे भुवि मस्तके
Ensuite, qu’on accomplisse le mārjana, l’aspersion purificatrice, avec les trois versets commençant par «Āpo hi ṣṭhā…». (Le rite suit l’agencement traditionnel de la «terre» et du «ciel» en leurs places respectives.)
Verse 79
मस्तके च तथाकाशं भूमौ च नवधा क्षिपेत् । भूमिशब्देन चरणावाकाशं हृदयं स्मृतम् । शिरस्येव शिरःशब्दो मार्जनं तैरुदाहृतम्
Et de même, qu’on place le «ciel» sur le sommet de la tête et la «terre» sur le sol, selon une disposition en neuf temps. Par le mot «terre» on entend les pieds; par «ciel», le cœur; et par «tête», la tête elle-même : ainsi est expliqué le mārjana.
Verse 80
वारुणादपि चाग्नेयाद्वायव्यादपि चेंद्रतः । मंत्रस्थानादपि परं ब्राह्मं स्नानमिदं परम् । ब्राह्मस्नानेन यः स्नातः स बाह्याभ्यंतरं शुचिः
Plus élevé que le bain de Varuṇa, plus élevé que le bain d’Agni, plus élevé que le bain de Vāyu, et plus élevé encore que le bain d’Indra—plus élevé même que le simple « lieu des mantras »—tel est ce bain suprême, le bain brāhmique. Celui qui s’est baigné par le Brāhma-snāna devient pur au dehors comme au dedans.
Verse 81
सर्वत्र चार्हतामेति देवपूजादिकर्मणि । नक्तंदिनं निमज्ज्याप्सु कैवर्ताः किमु पावनाः
Alors seulement on devient vraiment digne en tout lieu, apte aux actes tels que le culte des dieux. Si des pêcheurs, se plongeant dans l’eau nuit et jour, étaient ainsi purifiés, à quoi servirait une discipline plus élevée ?
Verse 82
शतशोऽपि तथा स्नाता न शुद्धा भावदूषिताः । अंतःकरणशुद्धांश्च तान्विभूतिः पवित्रयेत्
Même s’ils se baignent ainsi des centaines de fois, ceux dont la disposition est souillée ne sont pas purifiés. Mais ceux dont l’organe intérieur (cœur-esprit) est purifié, la cendre sacrée, la vibhūti, les sanctifie.
Verse 83
किं पावनाः प्रकीर्त्यंते रासभा भस्मधूसराः । स स्नातः सर्वतीर्थेषु मलैः सर्वैर्विवर्जितः
Pourquoi proclamer « purs » des ânes, simplement parce qu’ils sont gris de cendre ? Celui qui est exempt de toute souillure—lui seul est comme s’il s’était baigné en tous les tīrthas.
Verse 84
तेन क्रतुशतैरिष्टं चेतो यस्येह निर्मलम् । तदेव निर्मलं चेतो यथा स्यात्तन्मुने शृणु
Pour celui dont l’esprit est pur ici-bas, c’est comme s’il avait accompli des centaines de sacrifices. Maintenant, ô sage, écoute comment cet esprit même devient sans tache.
Verse 85
विश्वेशश्चेत्प्रसन्नः स्यात्तदा स्यान्नान्यथा क्वचित् । तस्माच्चेतो विशुद्ध्यर्थं काशीनाथं समाश्रयेत्
Si Viśveśa est satisfait, alors tout s’accomplit — jamais autrement, nulle part. C’est pourquoi, pour la purification du mental, qu’on prenne refuge en Kāśīnātha.
Verse 86
इदं शरीरमुत्सृज्य परं ब्रह्माधिगच्छति । द्रुपदांतं ततो जप्त्वा जलमादाय पाणिना
Ayant rejeté ce corps, il atteint le Brahman suprême. Puis, après avoir récité jusqu’à la fin de l’hymne (drupadānta), prenant de l’eau dans la main…
Verse 87
कुयादृतं च मंत्रेण विधिज्ञस्त्वघमर्षणम् । निमज्ज्याप्सु च यो विद्वाञ्जपेत्त्रिरघमर्षणम्
Que celui qui connaît le rite accomplisse l’Aghamarṣaṇa au moyen du mantra de Ṛta. Et que le sage, s’immergeant dans l’eau, récite l’Aghamarṣaṇa trois fois.
Verse 88
जले वापि स्थले वापि यः कुर्यादघमर्ष णम् । तस्याघौघो विनश्येत यथा सूर्योदये तमः
Dans l’eau ou sur la terre ferme, quiconque accomplit l’Aghamarṣaṇa voit s’anéantir l’amas de ses fautes, comme l’obscurité au lever du soleil.
Verse 89
गायत्रीं शिरसा हीनां महाव्याहृतिपूर्व्विकाम् । प्रणवाद्यां जपंस्तिष्ठन्क्षिपेदंभोंजलि त्रयम्
Debout, qu’on récite la Gāyatrī — sans la section Śiras, précédée des grandes Vyāhṛtis, commençant par le Praṇava — puis qu’on offre trois poignées d’eau.
Verse 90
तेन वज्रोदकेनाशु मंदेहा नाम राक्षसाः । सूर्यतेजः प्रलोपंते शैला इव विवस्वतः
Par cette eau-vajra (arghya sanctifié), les rākṣasas nommés Maṇḍehas périssent aussitôt ; leur puissance est dissoute par l’éclat du Soleil, tels des monts abattus devant le brûlant Vivatsvān.
Verse 91
सहायार्थं च सूर्यस्य यो द्विजो नांजलि त्रयम् । क्षिपेन्मंदेहनाशाय सोपि मंदेहतां व्रजेत्
Le dvija qui, pour secourir le Soleil, jette trois offrandes d’eau (arghya) afin de détruire les Maṇḍehas—lui aussi, s’il manque à la conduite juste, parvient à l’état de « Maṇḍeha » (et se trouve compté parmi eux).
Verse 92
प्रातस्तावज्जपंस्तिष्ठेद्यावत्सूर्यस्य दर्शनम् । उपविष्टो जपेत्सायमृक्षाणामाविलोकनात्
Le matin, qu’on demeure debout en récitant le japa jusqu’à la vision du Soleil ; le soir, assis, qu’on récite jusqu’à ce que les étoiles deviennent visibles.
Verse 93
काललोपो न कर्त्तव्यो द्विजेन स्वहितेप्सुना । अर्द्धोदयास्तसमये तस्माद्वज्रोदकं क्षिपेत्
Le dvija qui désire son propre bien ne doit pas laisser passer l’heure prescrite ; ainsi, aux instants du demi-lever et du coucher, qu’il offre l’eau-vajra (arghya).
Verse 94
विधिनापि कृता संध्या कालातीता ऽफला भवेत् । अयमेव हि दृष्टांतो वंध्यास्त्रीमैथुनं यथा
Même accomplie selon la règle, la Sandhyā célébrée hors de son temps devient sans fruit ; tel en est l’exemple : comme l’union avec une femme stérile.
Verse 95
जले वामकरं कृत्वा या संध्याऽचरिता द्विजैः । वृषली सा परिज्ञेया रक्षोगणमुदा वहा
La pratique de la Sandhyā accomplie par les deux-fois-nés en plongeant la main gauche dans l’eau doit être reconnue comme vṛṣalī (avilie), et elle fait naître des troupes de rākṣasas.
Verse 96
उपस्थानं ततः कुर्याच्छाखोक्तविधिना ततः । सहस्रकृत्वो गायत्र्याः शतकृत्वोथवा पुनः
Ensuite, qu’on accomplisse l’upasthāna (prière rituelle debout) selon la règle transmise par sa propre śākhā védique; puis qu’on récite la Gāyatrī mille fois, ou bien encore cent fois.
Verse 97
दशकृत्वोऽथ देव्यै च कुर्यात्सौ रीमुपस्थितिम् । सहस्रपरमां देवीं शतमध्यां दशावराम्
Ensuite, dix fois encore, qu’on accomplisse l’upasthiti (culte d’invocation) envers la Déesse solaire; la Déesse est suprême dans le compte de mille, moyenne dans celui de cent, et moindre dans celui de dix, selon la mesure du japa.
Verse 98
गायत्रीं यो जपेद्विप्रो न स पापैः प्रलिप्यते । रक्तचंदनमिश्राभिरद्भिश्च कुसुमैः कुशैः
Le brāhmane qui récite la Gāyatrī n’est pas souillé par les fautes; (qu’il adore) avec de l’eau mêlée de santal rouge, ainsi qu’avec des fleurs et l’herbe kuśa.
Verse 99
वेदोक्तैरागमोक्तैर्वा मंत्रैरर्घं प्रदापयेत् । अर्चितः सविता येन तेन त्रैलोक्यमर्च्चितम्
Avec des mantras enseignés par le Veda ou par les Āgamas, qu’on offre l’arghya (oblations d’eau). Celui qui vénère Savitṛ, par lui les trois mondes sont comme vénérés.
Verse 100
अर्चितः सविता दत्ते सुतान्पशुव सूनि च । व्याधीन्हरेद्ददात्यायुः पूरयेद्वांछितान्यपि
Lorsque le Soleil (Savitṛ) est honoré comme il se doit, il accorde des fils et l’accroissement du bétail et de la lignée. Il dissipe les maladies, confère une longue vie et accomplit même les vœux chéris.
Verse 101
अयं हि रुद्र आदित्यो हरिरेष दिवाकरः । रविर्हिरण्यरूपोऽसौ त्रयीरूपोऽयमर्यमा
Ce Soleil même est Rudra ; il est Āditya ; il est Hari, celui qui fait naître le jour. Il est Ravi à la forme d’or ; il est l’incarnation des trois Veda ; il est Aryaman.
Verse 102
ततस्तु तर्पणं कुर्यात्स्वशाखोक्तविधानतः । ब्रह्मादीनखिलान्देवान्मरीच्यादींस्तथा मुनीन्
Ensuite, qu’on accomplisse le tarpaṇa, l’offrande de libations, selon la règle transmise par sa propre branche védique, afin de contenter Brahmā et tous les dieux, ainsi que les sages à commencer par Marīci.
Verse 110
अंगुल्यग्रेण वै दैवमार्षमंगुलिमूलगम् । ब्राह्ममंगुष्ठमूले तु पाणिमध्ये प्रजापतेः
L’offrande « divine » se fait avec le bout des doigts ; l’offrande « des ṛṣi » à la base des doigts ; l’offrande « de Brahmā » à la base du pouce ; et l’offrande « de Prajāpati » au milieu de la paume.
Verse 120
देवतां परिपूज्याथ नैमित्तिकं विधिं चरेत् । पवनाग्निं समुज्ज्वाल्य वैश्वदेवं समाचरेत्
Après avoir dûment adoré la divinité, qu’on accomplisse ensuite les rites occasionnels prescrits. Ayant attisé le feu du foyer par le souffle de l’air, qu’on exécute l’offrande de Vaiśvadeva.
Verse 130
ऐन्द्रवारुणवायव्याः सौम्या वै नैरृताश्च ये । प्रतिगृह्णंत्विमं पिंडं काका भूमौ मयार्पितम्
Que les êtres des domaines d’Indra, de Varuṇa et de Vāyu—ainsi que ceux du quartier de Soma et ceux de la direction Nairṛta—reçoivent ce piṇḍa, offrande de boule de riz, ô corbeaux, que j’ai déposé sur le sol.
Verse 140
ततो मौनेन भुञ्जीत न कुर्याद्दंतघर्षणम् । प्रक्षालितव्यहस्तस्य दक्षिणांगुष्ठमूलतः
Ensuite, qu’il mange en silence et qu’il ne grince ni ne frotte les dents. Les mains lavées, (selon la règle) qu’il commence à partir de la base du pouce droit.
Verse 145
उद्देशतः समाख्यात एष नित्यतनो विधिः । इत्थं समाचरन्विप्रो नावसीदति कर्हिचित्
Ainsi, de manière sommaire, a été exposée cette règle de discipline quotidienne. Le brāhmaṇa qui l’observe de la sorte ne tombe jamais en déclin, en aucun temps.