Adhyaya 31
Brahma KhandaDharmaranya MahatmyaAdhyaya 31

Adhyaya 31

Le chapitre se déploie comme un dialogue d’instruction : Śrī Rāma demande à Vasiṣṭha quel est le tīrtha suprême pour la purification, poussé par un scrupule éthique—expier la faute liée à la mise à mort de brahma-rākṣasas lors de l’épisode de l’enlèvement de Sītā. Vasiṣṭha répond en énumérant et en hiérarchisant les grands fleuves sacrés—Gaṅgā, Narmadā/Reva, Tāpī, Yamunā, Sarasvatī, Gaṇḍakī, Gomati, etc.—et en attribuant des mérites distincts au fait de les voir, de s’en souvenir, de s’y baigner, ainsi qu’aux rites saisonniers et lunaires (bain de Karttika, bain de Māgha à Prayāga). L’exposé s’élargit en un inventaire de tīrtha-phala, selon le style phalāśruti : effacement des péchés, évitement des enfers, relèvement des ancêtres, et obtention du séjour de Viṣṇu. Il culmine dans une proclamation superlative : Dharmāraṇya est déclaré tīrtha suprême, établi depuis l’antiquité et loué par les devas, capable de dissoudre même les transgressions graves et d’accorder les buts désirés à divers aspirants—kāmin, yati, siddha. Dans le cadre narratif porté par la voix de Brahmā, la joie et la résolution de Rāma sont rapportées ; il part avec Sītā, ses frères, Hanumān, les reines et une vaste suite, en respectant la règle d’approcher à pied le tīrtha ancien. La nuit, Rāma entend la plainte d’une femme et envoie des messagers s’enquérir, ouvrant sur le développement suivant du récit.

Shlokas

Verse 1

श्रीराम उवाच । भगवन्यानि तीर्थानि सेवितानि त्वया विभो । एतेषां परमं तीर्थं तन्ममाचक्ष्व मानद

Śrī Rāma dit : Ô Bienheureux, ô Seigneur tout-puissant—toi qui as visité et honoré tant de tīrthas sacrés, révèle-moi, ô dispensateur d’honneur, lequel d’entre eux est le tīrtha suprême.

Verse 2

मया तु सीताहरणे निहता ब्रह्मराक्षसाः । तत्पापस्य विशुदयर्थं वद तीर्थोत्तमोत्तमम्

Or, lors de l’enlèvement de Sītā, j’ai abattu des Brahma-rākṣasas. Pour la purification de cette faute, dis-moi le plus excellent, le plus sublime des tīrthas.

Verse 3

वसिष्ठ उवाच । गंगा च नर्मदा तापी यमुना च सरस्वती । गंडकी गोमती पूर्णा एता नद्यः सुपावनाः

Vasiṣṭha dit : Gaṅgā, Narmadā, Tāpī, Yamunā et Sarasvatī; ainsi que Gaṇḍakī, Gomatī et Pūrṇā—ces rivières sont souverainement purifiantes.

Verse 4

एतासां नर्मदा श्रेष्ठा गंगा त्रिपथगामिनी । दहते किल्बिषं सर्वं दर्शनादेव राघव

Parmi elles, Narmadā est la première; et Gaṅgā, qui s’écoule à travers les trois mondes. Ô Rāghava, par sa seule vision elle consume toute faute.

Verse 5

दृष्ट्वा जन्मशतं पापं गत्वा जन्मशतत्रयम् । स्नात्वा जन्मसहस्रं च हंति रेवा कलौ युगे

En l’âge de Kali, Revā (Narmadā) détruit les péchés de cent naissances par la seule vue, de trois cents par le fait de l’approcher, et de mille par le bain en ses eaux.

Verse 6

नर्मदातीरमाश्रित्य शाकमूलफलैरपि । एकस्मिन्भोजिते विप्रे कोटि भोजफलं लभेत

S’étant établi sur la rive sacrée de la Narmadā, fût-ce avec de simples herbes, racines et fruits, nourrir un seul brāhmaṇa procure un mérite égal à celui de nourrir dix millions.

Verse 7

गंगा गंगेति यो ब्रूयाद्योजनानां शतैरपि । मुच्यते सर्वपापेभ्यो विष्णुलोकं स गच्छति

Même à cent yojanas de distance, celui qui dit « Gaṅgā, Gaṅgā » est délivré de tous les péchés et s’en va au monde de Viṣṇu.

Verse 8

फाल्गुनांते कुहूं प्राप्य तथा प्रौष्ठपदेऽसिते । पक्षे गंगामधि प्राप्य स्नानं च पितृतर्पणम्

À la fin de Phālguna, lorsque vient le jour de Kuhū (nouvelle lune), et de même durant la quinzaine sombre de Prauṣṭhapada—parvenu à la Gaṅgā, qu’on s’y baigne et qu’on offre le tarpaṇa aux ancêtres.

Verse 9

कुरुते पिंडदानानि सोऽक्षयं फलमश्नुते । शुचौ मासे च संप्राप्ते स्नानं वाप्यां करोति यः

Celui qui accomplit les offrandes de piṇḍa goûte un fruit impérissable. Et celui qui, lorsque vient le mois de Śuci, se baigne dans une vāpī sacrée (bassin)…

Verse 10

चतुरशीतिनरकान्न पश्यति नरो नृप । तपत्याः स्मरणे राम महापातकिनामपि

Ô roi, ô Rāma : par le seul souvenir de Tapatī, l’homme ne voit pas les quatre-vingt-quatre enfers, fût-il chargé de grands péchés.

Verse 11

उद्धरेत्सप्तगोत्राणि कुलमेकोत्तरं शतम् । यमुनायां नरः स्नात्वा सर्वपापैः प्रमुच्यते

En se baignant dans la sainte Yamunā, l’homme est délivré de tous les péchés ; il relève sept gotras et rachète cent une branches de sa famille.

Verse 12

महापातकयुक्तोऽपि स गच्छेत्परमां गतिम् । कार्त्तिक्यां कृत्तिकायोगे सरस्वत्यां निमज्जयेत्

Même chargé de grands péchés, on peut atteindre l’état suprême, si, au mois de Kārttika, lors de l’auspicieuse conjonction de Kṛttikā, on s’immerge dans la Sarasvatī.

Verse 13

गच्छेत्स गरुडारूढः स्तूयमानः सुरोत्तमैः । स्नात्वा यः कार्तिके मासि यत्र प्राची सरस्वती

Celui qui se baigne au mois de Kārttika là où se trouve la Sarasvatī Prācī, qui coule vers l’orient, s’en va comme monté sur Garuḍa, loué par les plus grands des dieux.

Verse 14

प्राचीं माधवमास्तूय स गच्छेत्परमां गतिम् । गंडकीपुण्यतीर्थे हि स्नानं यः कुरुते नरः

Après avoir loué Mādhava à Prācī, il atteint le but suprême. En vérité, l’homme qui accomplit le bain sacré au saint tīrtha de la Gaṇḍakī acquiert ce mérite.

Verse 15

शालग्रामशिलामर्च्य न भूयः स्तनपो भवेत् । गोमतीजलकल्लोलैर्मज्जयेत्कृष्णसन्निधौ

Après avoir vénéré la pierre Śālagrāma, il ne renaît plus pour téter au sein. Qu’il s’immerge parmi les petites vagues de la Gomatī, en la présence même de Kṛṣṇa.

Verse 16

चतुर्भुजो नरो भूत्वा वैकुण्ठे मोदते चिरम् । चर्मण्वतीं नमस्कृत्य अपः स्पृशति यो नरः

Devenu pourvu de quatre bras, il se réjouit longtemps à Vaikuṇṭha. L’homme qui, après s’être prosterné devant la sainte Carmaṇvatī, touche ses eaux, obtient ce fruit.

Verse 17

स तारयति पूर्वजान्दश पूर्वान्दशापरान् । द्वयोश्च संगमं दृष्ट्वा श्रुत्वा वा सागरध्वनिम्

Il délivre dix générations d’ancêtres et dix générations à venir. En voyant la confluence des deux eaux, ou même en entendant le grondement de l’océan, un tel mérite s’éveille.

Verse 18

ब्रह्महत्यायुतो वापि पूतो गच्छेत्परां गतिम् । माघमासे प्रयागे तु मज्जनं कुरुते नरः

Même celui qui est souillé par le péché de brahmahatyā est purifié et atteint la condition suprême, s’il accomplit l’immersion sacrée à Prayāga durant le mois de Māgha.

Verse 19

इह लोके सुखं भुक्त्वा अन्ते विष्णुपदं व्रजेत् । प्रभासे ये नरा राम त्रिरात्रं ब्रह्मचारिणः

Après avoir goûté le bonheur en ce monde, il va finalement à la demeure de Viṣṇu. Ô Rāma, les hommes qui, à Prabhāsa, observent le brahmacarya durant trois nuits obtiennent ce fruit.

Verse 20

यमलोकं न पश्येयुः कुंभीपाकादिकं तथा । नैमिषारण्यवासी यो नरो देवत्वमाप्नुयात्

Ils ne verront pas le royaume de Yama, ni les supplices tels que Kumbhīpāka. L’homme qui demeure à Naimiṣāraṇya atteint l’état divin.

Verse 21

देवानामालयं यस्मात्तदेव भुवि दुर्लभम् । कुरुक्षेत्रे नरो राम ग्रहणे चन्द्रसूर्ययोः

Ô Rāma, puisque ce lieu est la demeure des devas, un tel sanctuaire est rare sur la terre. À Kurukṣetra, l’homme acquiert un grand puṇya, surtout lors d’une éclipse de la lune ou du soleil.

Verse 22

हेमदानाच्च राजेंद्र न भूयः स्तनपो भवेत् । श्रीस्थले दर्शनं कृत्वा नरः पापात्प्रमुच्यते

Ô meilleur des rois, par le don d’or on ne renaît plus comme un nourrisson dépendant. Et en recevant le darśana à Śrīsthāla, l’homme est délivré du péché.

Verse 23

सर्वदुःखविनाशे च विष्णुलोके महीयते । काश्यपीं स्पर्शयेद्यो गां मानवो भुवि राघव

Ô Rāghava, celui qui touche sur la terre la vache nommée Kāśyapī détruit toute peine et est honoré dans le monde de Viṣṇu.

Verse 24

सर्वकामदुघावासमृषिलोकं स गच्छति । उज्जयिन्यां तु वैशाखे शिप्रायां स्नानमाचरेत्

Il atteint le monde des ṛṣis, demeure qui accorde tous les buts désirés. Qu’on accomplisse le bain dans la Shiprā, à Ujjayinī, au mois de Vaiśākha.

Verse 25

मोचयेद्रौरवाद्घोरात्पूर्वजांश्च सहस्रशः । सिंधुस्नानं नरो राम प्रकरोति दिनत्रयम्

Ô Rāma, l’homme qui se baigne dans le Sindhu durant trois jours délivre même des milliers de ses ancêtres du terrible Raurava (enfer).

Verse 26

सर्वपापविशुद्धात्मा कैलासे मोदते नरः । कोटितीर्थे नरः स्नात्वा दृष्ट्वा कोटीश्वरं शिवम्

Purifié de tous les péchés, l’homme se réjouit sur le Kailāsa. Après s’être baigné à Koṭitīrtha et avoir contemplé Śiva en tant que Koṭīśvara, il parvient à cet état.

Verse 27

ब्रह्महत्यादिभिः पापैर्लिप्यते न च स क्वचित् । अज्ञानामपि जंतूनां महाऽमेध्ये तु गच्छताम्

Nulle part il n’est souillé par des péchés tels que le meurtre d’un brahmane. Même les êtres ignorants, lorsqu’ils se rendent à ce grand purificateur, le tīrtha, sont purifiés.

Verse 28

पादोद्भूतं पयः पीत्वा सर्वपापं प्रणश्यति । वेदवत्यां नरो यस्तु स्नाति सूर्योदये शुभे

En buvant l’eau née du (lavage) des pieds, tout péché s’anéantit. Et l’homme qui se baigne dans la Vedavatī au lever du soleil, de bon augure, reçoit aussi la purification.

Verse 29

सर्वरोगात्प्रमुच्येत परं सुखमवाप्नुयात् । तीर्थानि राम सर्वत्र स्नानपानावगाहनैः

Ô Rāma, on serait délivré de toutes les maladies et l’on obtiendrait la félicité suprême, car les tīrthas partout accordent de tels fruits par le bain, la boisson de leurs eaux et l’immersion.

Verse 30

नाशयंति मनुष्याणां सर्वपापानि लीलया । तीर्थानां परमं तीर्थं धर्मारण्यं प्रचक्षते

Ils détruisent, comme en un jeu, tous les péchés des humains. On proclame que Dharmāraṇya est le tīrtha suprême parmi tous les tīrthas.

Verse 31

ब्रह्मविष्णुशिवाद्यैर्यदादौ संस्थापितं पुरा । अरण्यानां च सर्वेषां तीर्थानां च विशेषतः

Établi jadis, dès l’origine, par Brahmā, Viṣṇu, Śiva et les autres dieux, ce Dharmāraṇya est le plus éminent de toutes les forêts et, plus encore, de tous les tīrtha, les gués sacrés.

Verse 32

धर्मारण्यात्परं नास्ति भुक्तिमुक्तिप्रदायकम् । स्वर्गे देवाः प्रशंसंति धर्मारण्यनिवासिनः

Rien ne surpasse Dharmāraṇya, dispensateur à la fois de jouissance en ce monde et de délivrance (mokṣa). Même au ciel, les dieux louent ceux qui demeurent en Dharmāraṇya.

Verse 33

ते पुण्यास्ते पुण्यकृतो ये वसंति कलौ नराः । धर्मारण्ये रामदेव सर्वकिल्बिषनाशने

Bienheureux, véritables artisans du mérite, sont ces hommes qui, en l’âge de Kali, demeurent en Dharmāraṇya, ô Rāma-deva, destructeur de toutes les fautes.

Verse 34

ब्रह्महत्यादिपापानि सर्वस्तेयकृतानि च । परदारप्रसंगादि अभक्ष्यभक्षणादि वै

Des péchés tels que le meurtre d’un brāhmaṇa et autres, tous les actes de vol, la relation illicite avec l’épouse d’autrui, et le fait de manger ce qui ne doit pas être mangé—oui, (toutes ces transgressions)…

Verse 35

अगम्यागमना यानि अस्पर्शस्पर्शनादि च । भस्मीभवंति लोकानां धर्मारण्यावगाहनात्

Des péchés tels que s’approcher de l’interdit et toucher ce qui ne doit pas être touché deviennent cendre pour les hommes par l’immersion, le bain, en Dharmāraṇya.

Verse 36

ब्रह्मघ्नश्च कृतघ्नश्च बालघ्नोऽनृतभाषणः । स्त्रीगोघ्नश्चैव ग्रामघ्रो धर्मारण्ये विमुच्यते

Le meurtrier d’un brāhmaṇa, l’ingrat, le tueur d’un enfant, celui qui profère le mensonge ; celui qui tue une femme ou une vache, et même le destructeur d’un village — un tel homme est délivré (du péché) à Dharmāraṇya.

Verse 37

नातः परं पावनं हि पापिनां प्राणिनां भुवि । स्वर्ग्यं यशस्यमायुष्यं वांछितार्थप्रदं शुभम्

Pour les êtres pécheurs sur la terre, rien n’est plus purificateur que cela. Cela accorde le ciel, la renommée, la longue vie, l’accomplissement des buts désirés et l’auspice.

Verse 38

कामिनां कामदं क्षेत्रं यतीनां मुक्तिदायकम् । सिद्धानां सिद्धिदं प्रोक्तं धर्मारण्यं युगेयुगे

Dharmāraṇya est proclamé, âge après âge, comme un champ qui accorde les désirs aux épris de désir, la délivrance aux ascètes, et les accomplissements spirituels aux siddhas.

Verse 39

ब्रह्मोवाच । वसिष्ठवचनं श्रुत्वा रामो धर्मभृतां वरः । परं हर्षमनुप्राप्य हृदयानंदकारकम्

Brahmā dit : Entendant les paroles de Vasiṣṭha, Rāma —le meilleur des soutiens du dharma— fut saisi d’une joie suprême qui réjouit son cœur.

Verse 40

प्रोत्फुल्लहृदयो रामो रोमाचिंततनूरुहः । गमनाय मतिं चक्रे धर्मारण्ये शुभव्रतः

Le cœur épanoui et les poils du corps hérissés d’extase, Rāma —aux vœux auspices— résolut de se mettre en route vers Dharmāraṇya.

Verse 41

यस्मिन्कीटपतंगादिमानुषाः पशवस्तथा । त्रिरात्रसेवनेनैव मुच्यन्ते सर्वपातकैः

En ce lieu sacré, même les insectes et les oiseaux, ainsi que les hommes et les bêtes, sont délivrés de tous les péchés par la seule observance du rite des trois nuits.

Verse 42

कुशस्थली यथा काशी शूलपाणिश्च भैरवः । यथा वै मुक्तिदो राम धर्मारण्यं तथोत्तमम्

De même que Kuśasthalī est comme Kāśī, et que Śūlapāṇi s’y tient en Bhairava; et de même que ce lieu est vraiment dispensateur de délivrance, ainsi, ô Rāma, Dharmāraṇya est souverainement excellent.

Verse 43

ततो रामो महेष्वासो मुदा परमया युतः । प्रस्थितस्तीर्थयात्रायां सीतया भ्रातृभिः सह

Alors Rāma, le grand archer, rempli d’une joie suprême, se mit en route pour le pèlerinage aux tīrtha sacrés, avec Sītā et ses frères.

Verse 44

अनुजग्मुस्तदा रामं हनुमांश्च कपीश्वरः । कौशल्या च सुमित्रा च कैकेयी च मुदान्विता

Alors ils suivirent Rāma : Hanumān, seigneur des singes; et aussi Kauśalyā, Sumitrā et Kaikeyī, toutes emplies de joie.

Verse 45

लक्ष्मणो लक्षणोपेतो भरतश्च महामतिः । शत्रुघ्नः सैन्यसहितोप्ययोध्यावासिनस्तथा

Lakṣmaṇa, pourvu de nobles qualités; Bharata, d’une grande sagesse; et Śatrughna avec l’armée; et de même les habitants d’Ayodhyā l’accompagnèrent aussi.

Verse 46

प्रकृतयो नरव्याघ्र धर्मारण्ये विनिर्ययुः । अनुजग्मुस्तदा रामं मुदा परमया युताः

Les sujets, ô tigre parmi les hommes, s’avancèrent vers Dharmāraṇya ; puis ils suivirent Rāma, comblés d’une joie suprême.

Verse 47

तीर्थयात्राविधिं कर्तुं गृहात्प्रचलितो नृपः । वसिष्ठं स्वकुलाचार्यमिदमाह महीपते

Étant parti de sa demeure pour accomplir selon la règle le pèlerinage aux tīrtha, le roi adressa ces paroles à Vasiṣṭha, précepteur de sa lignée, ô souverain.

Verse 48

श्रीराम उवाच । एतदाश्चर्यमतुलं किमादि द्वारकाभवत् । कियत्कालसमुत्पन्ना वसिष्ठेदं वदस्व मे

Śrī Rāma dit : Cette merveille sans égale, comment Dvārakā commença-t-elle, et de quelle origine naquit-elle ? Après combien de temps se manifesta-t-elle ? Ô Vasiṣṭha, dis-le-moi.

Verse 49

वसिष्ठ उवाच । न जानामि महाराज कियत्कालादभूदिदम् । लोमशो जांबवांश्चैव जानातीति च कारणम्

Vasiṣṭha dit : Ô grand roi, je ne sais après combien de temps cela advint. Mais Lomāśa et Jāmbavān le savent assurément, ainsi que la cause.

Verse 50

शरीरे यत्कृतं पापं नानाजन्मांतरेष्वपि । प्रायश्चितं हि सर्वेषामेतत्क्षेत्र परं स्मृतम्

Quelque péché que le corps ait commis, même au fil de nombreuses naissances, ce kṣetra sacré est tenu en mémoire comme l’expiation suprême pour tous.

Verse 51

श्रुत्वेति वचनं तस्य रामं ज्ञानवतां वरः । गन्तुं कृतमतिस्तीर्थं यात्राविधिमथाचरत्

Ayant entendu ses paroles, Rāma—le plus éminent des sages—se résolut à gagner ce gué sacré, puis accomplit selon la règle les rites prescrits pour entreprendre le pèlerinage.

Verse 52

वसिष्ठं चाग्रतः कृत्वा महामांडलिकैर्नृपैः । पुनश्चरविधिं कृत्वा प्रस्थितश्चोत्तरां दिशम्

Plaçant Vasiṣṭha à l’avant, accompagné de grands rois mandaliques, et après avoir accompli le rite prescrit de punaścaraṇa, il se mit en route vers le quartier du nord.

Verse 53

वसिष्ठं चाग्रतः कृत्वा प्रतस्थे पश्चिमां दिशम् । ग्रामाद्ग्राममतिक्रम्य देशाद्देशं वनाद्वनम्

Avec Vasiṣṭha placé en tête, il s’avança vers le quartier de l’ouest, franchissant de village en village, de pays en pays, de forêt en forêt.

Verse 54

विमुच्य निर्ययौ रामः ससैन्यः सपरिच्छदः । गजवाजिसहस्रौघै रथैर्यानैश्च कोटिभिः

Alors Rāma s’en alla—délivré et prêt—avec son armée et tout l’apparat royal, au milieu de flots de milliers d’éléphants et de chevaux, et de chars et véhicules par crores.

Verse 55

शिबिकाभिश्चासंख्याभिः प्रययौ राघवस्तदा । गजारूढः प्रपश्यंश्च देशान्विविधसौहृदान्

Alors Rāghava poursuivit sa marche avec d’innombrables palanquins ; monté sur un éléphant, il contemplait les divers royaumes, marqués par des liens d’amitié variés.

Verse 56

श्वेतातपत्रं विधृत्य चामरेण शुभेन च । वीजितश्च जनौघेन रामस्तत्र समभ्यगात्

Tenant une ombrelle royale blanche et un splendide éventail de queue de yak, tandis que la foule l’éventait, Rāma y parvint en temps voulu.

Verse 57

वादित्राणां स्वनैघोरैर्नृत्यगीतपुरःसरैः । स्तूयमानोपि सूतैश्च ययौ रामो मुदान्वितः

Au milieu des sons tonitruants des instruments, la danse et le chant ouvrant la marche, et loué par les bardes, Rāma s’avança, le cœur empli de joie.

Verse 58

दशमेऽहनि संप्राप्तं धर्मारण्यमनुत्तमम् । अदूरे हि ततो रामो दृष्ट्वा मांडलिकं पुरम्

Le dixième jour, il atteignit l’incomparable Dharmāraṇya ; puis, voyant non loin une cité capitale de province, Rāma s’en approcha.

Verse 59

तत्र स्थित्वा ससैन्यस्तु उवास निशि तां पुरीम् । श्रुत्वा तु निर्जनं क्षेत्रमुद्वसं च भयानकम्

S’y arrêtant avec son armée, il passa la nuit dans la cité. Mais il apprit que le saint domaine était désert, inhabité et redoutable.

Verse 60

व्याघ्रसिंहाकुलं तत्र यक्षराक्षससेवितम् । श्रुत्वा जनमुखाद्रामो धर्मारण्यमरण्यकम् । तच्छ्रुत्वा रामदेवस्तु न चिंता क्रियतामिति

Entendant de la bouche des gens que Dharmāraṇya était une véritable forêt sauvage—pleine de tigres et de lions, fréquentée par les yakṣas et les rākṣasas—Rāmadeva, l’ayant appris, dit : «Qu’on ne se tourmente point».

Verse 61

तत्रस्थान्वणिजः शूरान्दक्षान्स्वव्यवसायके

Alors Rāma s’adressa aux marchands présents en ce lieu, vaillants et compétents, experts dans leur propre métier.

Verse 62

समर्थान्हि महाकायान्महाबलपराक्रमान् । समाहूय तदा काले वाक्यमेतदथाब्रवीत्

Ayant alors convoqué, en ce temps-là, des hommes capables, de haute stature, pourvus d’une grande force et vaillance, il prononça ces paroles.

Verse 63

शिबिकां सुसुवणां मे शीघ्रं वाहयताचिरम् । यथा क्षणेन चैकेन धर्मरण्यं व्रजाम्यहम्

«Portez mon palanquin, richement orné d’or, avec célérité et sans retard, afin que, comme en un seul instant, j’atteigne Dharmāraṇya.»

Verse 64

तत्र स्नात्वा च पीत्वा च सर्वपापात्प्रमुच्यते । एवं ते वणिजः सर्वै रामेण प्रेरितास्तदा

«En s’y baignant et en buvant de cette eau sacrée, on est délivré de tous les péchés.» Ainsi, en ce temps-là, tous les marchands furent pressés par Rāma.

Verse 65

तथेत्युक्त्वा च ते सर्वे ऊहुस्तच्छिबिकां तदा । क्षेत्रमध्ये यदा रामः प्रविष्टः सहसैनिकः

Disant : «Qu’il en soit ainsi», ils portèrent tous alors ce palanquin. Lorsque Rāma, accompagné de ses troupes, entra au cœur du saint kṣetra…

Verse 66

तद्यानस्य गतिर्मंदा संजाता किल भारत । मंदशब्दानि वाद्यानि मातंगा मंदगामिनः

Ô Bhārata, la marche de ce char devint vraiment lente ; les instruments résonnèrent d’un son assourdi, et les éléphants eux aussi avancèrent d’un pas doux et ralenti.

Verse 67

हयाश्च तादृशा जाता रामो विस्मय मागतः । गुरुं पप्रच्छ विनयाद्वशिष्ठं मुनिपुंगवम्

Les chevaux aussi devinrent ainsi, lents et comme apaisés. Rāma, saisi d’étonnement, interrogea avec déférence son guru Vasiṣṭha, le plus éminent des sages.

Verse 68

किमेतन्मंदगतयश्चित्रं हृदि मुनीश्वर । त्रिकालज्ञो मुनिः प्राह धर्मक्षेत्रमुपागतम्

(Rāma dit :) «Ô seigneur des sages, pourquoi cette étrangeté en mon cœur : que tous avancent si lentement ?» Le muni, connaisseur des trois temps, répondit : «Tu es parvenu au Dharmakṣetra, le champ sacré du Dharma».

Verse 69

तीर्थे पुरातने राम पादचारेण गम्यते । एवं कृते ततः पश्चात्सैन्यसौख्यं भविष्यति

«Ô Rāma, vers cet antique tīrtha il convient d’aller à pied. Quand cela est accompli, ensuite l’armée connaîtra aisance et bien-être».

Verse 70

पादचारी ततौ रामः सैन्येन सह संयुतः । मधुवासनके ग्रामे प्राप्तः परमभावनः

Ainsi Rāma se mit en route à pied, accompagné de l’armée ; et ce très noble héros parvint au village nommé Madhuvāsanaka.

Verse 72

ततो रामो हरिक्षेत्रं सुवर्णादक्षिणे तटे । निरीक्ष्य यज्ञयोग्याश्च भूमीर्वै बहुशस्तथा

Alors Rāma, sur la rive méridionale de la Suvarṇā, contempla Harikṣetra ; et il examina avec soin de nombreux terrains dignes des rites du yajña.

Verse 73

गुरुणा चोक्तमार्गेण मातॄणां पूजनं कृतम् । नानोपहारैर्विविधैः प्रतिष्ठाविधिपूर्वकम्

Selon la voie enseignée par le maître, on accomplit le culte des Mères (Mātṛkās), avec des offrandes diverses, conformément aux rites d’installation et de consécration.

Verse 74

सैन्यसंघं समुत्तीर्य्य बभ्राम क्षेत्रमध्यतः । तत्र तीर्थेषु सर्वेषु देवतायतनेषु च

Ayant fait passer son armée, il parcourut le cœur de la contrée sacrée, visitant tous les tīrthas qui s’y trouvaient, ainsi que les sanctuaires des divinités.

Verse 75

यथोक्तानि च कर्माणि रामश्चक्रे विधानतः । श्राद्धानि विधिवच्चक्रे श्रद्धया परया युतः

Rāma accomplit les actes prescrits tels qu’ils étaient énoncés, selon la règle ; et il exécuta les offrandes de śrāddha en bonne et due forme, animé de la foi la plus haute.

Verse 76

स्थापयामास रामेशं तथा कामेश्वरं पुनः । स्थानाद्वायुप्रदेशे तु सुवर्णो भयतस्तटे

Il établit (installa) Rāmeśa, et de nouveau Kāmeśvara également, en un lieu du Vāyupradeśa, sur la rive de la Suvarṇā appelée Bhayata.

Verse 77

कृत्वैवं कृतकृत्योऽभूद्रामो दशरथात्मजः । कृत्वा सर्वविधिं चैव सभायां समुपाविशत्

Ayant agi ainsi, Rāma, fils de Daśaratha, se sentit l’âme acquittée de ses devoirs. Après avoir accompli tous les rites prescrits, il s’assit dans la salle de l’assemblée.

Verse 78

तां निशां स नदीतीरे सुष्वाप रघुनंदनः । ततोऽर्द्धरात्रे संजाते रामो राजीवलोचनः

Cette nuit-là, la joie de la lignée de Raghu dormit sur la rive du fleuve. Puis, lorsque vint minuit, Rāma aux yeux de lotus—

Verse 79

जागृतस्तु तदा काल एकाकी धर्मवत्सलः । अश्रौषीच्च क्षणे तस्मिन्रामो नारीविरोदनम्

Éveillé à cette heure-là, seul et dévoué au dharma, Rāma entendit, à l’instant même, les sanglots d’une femme.

Verse 80

निशायां करुणैर्वाक्यै रुदंतीं कुररीमिव । चारैर्विलोकयामास रामस्तामतिसंभ्रमात्

Dans la nuit, l’entendant pleurer en paroles plaintives, tel le cri de l’oiseau kurarī, Rāma, saisi d’une grande inquiétude, fit scruter les lieux par ses éclaireurs.

Verse 81

दृष्ट्वातिविह्वलां नारीं क्रंदन्तीं करुणैः स्वरैः । पृष्टा सा दुःखिता नारी रामदूतैस्तदानघ

Voyant la femme extrêmement bouleversée, gémissant d’une voix plaintive, les messagers de Rāma interrogèrent cette femme affligée—ô irréprochable—sur la cause de sa peine.

Verse 82

दूता ऊचुः । कासि त्वं सुभगे नारि देवी वा दानवी नु किम् । केन वा त्रासितासि त्वं मुष्टं केन धनं तव

Les messagers dirent : « Qui es-tu, femme de bon augure ? Es-tu une déesse, ou bien une asurī ? Par qui as-tu été effrayée ? Et par qui tes biens ont-ils été arrachés de force ? »

Verse 83

विकला दारुणाञ्छब्दानुद्गिरंती मुहुर्मुहुः । कथयस्व यथातथ्यं रामो राजाभिपृच्छति

« Bien que bouleversée, poussant sans cesse des cris rudes, dis la vérité telle qu’elle est ; car le roi Rāma t’interroge. »

Verse 84

तयोक्तं स्वामिनं दूताः प्रेषयध्वं ममांतिकम् । यथाहं मानसं दुःखं शांत्यै तस्मै निवेदये

Elle dit aux messagers : « Envoyez-moi votre seigneur, afin que je lui expose la douleur de mon cœur, pour qu’elle soit apaisée. »

Verse 85

तथेत्युक्त्वा ततो दूता राममागत्य चाब्रुवन्

Disant : « Qu’il en soit ainsi », les messagers allèrent alors vers Rāma et lui parlèrent.