
Le chapitre 3 s’ouvre sur la demande des sages à Sūta : après les thèmes cosmologiques, qu’il expose de manière ordonnée les tīrtha, lieux saints de pèlerinage. Sūta se souvient alors d’un ancien dialogue au Kailāsa, où Devī assiste à une grandiose assemblée divine et loue Śiva par un long stotra. Śiva répond en affirmant la non-séparation radicale de Śiva et de Śakti, au moyen d’une vaste litanie d’identités couvrant les rôles rituels, les fonctions cosmiques, les unités du temps et les forces de la nature. Devī demande ensuite un enseignement pratique pour les êtres éprouvés du Kali Yuga : un tīrtha dont la simple darśana (vision/présence dévotionnelle) accorde le fruit de tous les tīrtha. Śiva énumère les grands lieux de pèlerinage de l’Inde, puis élève Prabhāsa au rang de kṣetra suprême, demeuré caché. Le chapitre introduit aussi une critique éthique : les voyageurs hypocrites, violents ou nihilistes n’obtiennent pas les résultats promis, car la puissance du kṣetra est volontairement gardée. Enfin, le liṅga divin Someśvara est révélé avec son rôle cosmogonique : trois śakti—icchā (volonté), jñāna (connaissance) et kriyā (action)—y surgissent pour l’œuvre du monde. La déclaration de phala conclut en promettant purification et séjour céleste à qui écoute avec attention et foi.
Verse 1
ऋषय ऊचुः । कथितो भवता सर्गः प्रतिसर्गस्तथैव च । वंशानुवंशचरितं पुराणानामनुक्रमः
Les ṛṣi dirent : Tu as exposé la création (sarga) et la recréation (pratisarga), ainsi que les récits des dynasties et des sous-dynasties, et l’ordre des Purāṇa.
Verse 2
मन्वन्तरप्रमाणं च ब्रह्मांडस्य च विस्तरः । ज्योतिश्चक्रस्वरूपं च यथावदनुवर्णितम् । श्रोतुमिच्छामहे त्वत्तः सांप्रतं तीर्थविस्तरम्
Tu as décrit comme il se doit la mesure des Manvantaras, l’étendue du Brahmāṇḍa (l’œuf cosmique) et la nature de la roue des luminaires. À présent, nous désirons entendre de toi l’exposé détaillé des tīrthas (lieux saints).
Verse 3
पृथिव्यां यानि तीर्थानि पापघ्नानि शुभानि च । तानि सूतज कार्त्स्न्येन यथावद्वक्तुमर्हसि
Sur la terre se trouvent des tīrthas qui détruisent le péché et confèrent l’auspice. Ô fils de Sūta, daigne les exposer entièrement et selon l’ordre convenable.
Verse 4
सूत उवाच । इदं पृष्टं पुरा देव्या कैलासशिखरोत्तमे । नानाधातुविचित्रांगे नानारत्नसमन्विते
Sūta dit : Jadis, la Déesse posa cette question sur le plus excellent sommet du Kailāsa, dont les flancs, bigarrés de multiples minerais, étaient ornés de gemmes de toutes sortes.
Verse 5
नानाद्रुमलताकीर्णे नानापुष्पोपशोभिते । यक्षविद्याधराकीर्णे ह्यप्सरोगणसेविते
Ce lieu était rempli d’arbres et de lianes de toutes sortes, embelli par d’innombrables fleurs ; il était foisonnant de Yakṣas et de Vidyādharas, et servi par des troupes d’Apsaras.
Verse 6
तत्र ब्रहमा च विष्णुश्च स्कन्दनन्दिगणेश्वराः । चंद्रादित्यौ ग्रहैः सार्धं नक्षत्रध्रुवमण्डलम्
Là se tenaient Brahmā et Viṣṇu, ainsi que Skanda, Nandin et les Gaṇeśvaras ; et la Lune et le Soleil avec les planètes, avec les cercles des constellations et Dhruva.
Verse 7
वायुश्च वरुणश्चैव कुबेरो धनदस्तथा । ईशानश्चाग्निरिंद्रश्च यमो निरृतिरेव च
Là se tenaient Vāyu et Varuṇa, ainsi que Kubera, dispensateur de richesses; et encore Īśāna, Agni, Indra, Yama et Nirṛti.
Verse 8
सरितः सागराः सर्वे पर्वता उरगास्तथा । ब्राह्म्याद्या मातरश्चैव ऋषयश्च तपोधनाः
Là se trouvaient tous les fleuves et tous les océans, ainsi que les montagnes et les serpents; et les Mères divines, à commencer par Brāhmī, et les ṛṣi dont la richesse était l’austérité.
Verse 10
मूर्तिमंति च तीर्थानि क्षेत्राण्यायतनानि च । दानवासुरदैत्याश्च पिशाचा भूतराक्षसाः
Et les tīrtha eux-mêmes apparurent incarnés, de même que les kṣetra sacrés et les sanctuaires; et l’on y voyait des Dānava, Asura, Daitya, Piśāca, Bhūta et Rākṣasa.
Verse 11
तत्र सिंहासनं दिव्यं शतयोजनविस्तृतम्
Là se dressait un trône divin, étendu sur cent yojana.
Verse 12
लक्षायुतसहस्रैश्च रुद्रकोटिभिरावृतम् । तन्मध्ये सर्वतोभद्रं सिंहद्वारैः सुतोरणैः
Il était entouré de centaines de milliers et de millions, et de crores de Rudra; et en son milieu se tenait un pavillon faste de tous côtés, avec des portes aux lions et de splendides toraṇa.
Verse 13
स्वच्छमौक्तिकसंकाशं प्राकारशिखरावृतम् । नन्दीश्वरमहाकालद्वारपालगणैर्वृतम्
Il resplendissait tel une perle limpide, ceint de remparts et de hautes tourelles, et gardé par des troupes de portiers, tels Nandīśvara et Mahākāla.
Verse 14
किंकिणीजालमुखरैः सत्यताकैरलंकृतम् । वितानच्छत्रखंडैश्च मुक्तादामप्रलंबितैः
Il était orné de réseaux de clochettes au son vibrant et de parures splendides; et de dais et d’ombrelles, d’où pendaient des chapelets de perles.
Verse 15
घंटाचामरशोभाढयैर्दर्पणैश्चोपशोभितम् । कलशैर्द्वारविन्यस्तरत्नपल्लवसंयुतैः
Il était encore embelli par des miroirs étincelants, par des cloches et des cāmaras (éventails rituels), et par des vases auspices (kalaśa) placés au seuil, ornés de rameaux et de jeunes pousses sertis de joyaux.
Verse 16
चित्रितं चित्रशास्त्रज्ञै रत्नचूर्णैः समु्ज्वलैः । स्वस्तिकैः पत्रवल्याद्यैर्लिंगोद्भवलतादिभिः
Il était peint avec art par des maîtres du dessin sacré, et rayonnait de poudres éclatantes de gemmes; on y voyait des svastikas, des motifs de lianes feuillues, et des figures de bon augure telles que le Liṅgodbhava, l’émergence du Liṅga, et d’autres formes propices.
Verse 17
शतसिंहासनाकीर्णं वेदिकाभिश्च शोभितम् । आसीनै रुद्रवृन्दैश्च रुद्रकन्याकदम्बकैः
Il était rempli de centaines de trônes et embelli par des autels; et il était bondé de troupes de Rudras assis et de grappes de Rudra-kanyās, les jeunes filles de Rudra.
Verse 18
लक्षपत्रदलाढ्यैश्च श्वेतपद्मैश्च भूषितम् । अप्सरोभिः समाकीर्णं पुष्पप्रकरविस्तृतम्
Ce lieu était paré d’une profusion de feuilles et de pétales, et orné de lotus blancs ; il était rempli d’Apsaras et s’étendait en monceaux et en variétés de fleurs.
Verse 19
धूपितं धूपवर्त्तीभिः कुंकुमोदकसेचितम् । वंशवीणामृदंगैश्च गोमुखैर्मुखवादनैः
Ce lieu était embaumé par des mèches d’encens et aspergé d’une eau parfumée au kunkuma ; il résonnait de flûtes, de vīṇās et de mṛdaṅgas, avec des cors gomukha et d’autres instruments à vent.
Verse 20
शंखभेरीनिनादेन दुन्दुभिध्वनितेन च । गर्जद्भिर्गणवृन्दैश्च मेघस्वनितनिस्वनैः
Avec le clairon des conques et des timbales, avec le grondement des dundubhis, et avec les troupes de Gaṇas rugissantes—le son roulait tel le tonnerre des nuées.
Verse 21
गणानां स्तोत्रशब्देन सामवेदरवेण च । प्रेक्षणीयैर्महानादैर्गेयहुङ्कारशोभितम्
Il était embelli par le son des hymnes des Gaṇas et par la résonance du chant du Sāma Veda ; orné de merveilleux grands cris et de huṅkāras mélodieux dans le chant.
Verse 22
वृषनर्दितशब्देन गजवाजिरवेण च । कांचीनूपुरशब्देन समाकीर्णदिगंतरम्
Les horizons, en toutes directions, étaient emplis de sons : le mugissement des taureaux, les cris des éléphants et des chevaux, et le tintement des ceintures et des grelots de chevilles.
Verse 23
सर्वसंपत्करं श्रीमच्छंकरस्यैव मंदिरम् । वंश वीणामृदंगैश्च नादितं तत्र तत्र ह । ऋग्वेदो मूर्तिमांश्चैव शक्रनीलसमद्युतिः
Ce splendide temple de Śrī Śaṅkara, dispensateur de toute prospérité, résonnait çà et là des flûtes, des vīṇā et des mṛdaṅga. Et le Ṛg Veda lui-même—incarné en une forme—se tenait là, rayonnant comme le bleu profond du saphir d’Indra.
Verse 24
दिव्यगन्धानुलिप्तांगो दिव्याभरणभूषितः । संस्थितः पूर्वतस्तस्य दीप्यमानः स्वतेजसा
Oint de parfums célestes et paré d’ornements divins, il se tenait à l’est de ce sanctuaire, rayonnant de son éclat inné.
Verse 25
उत्तरेण यजुर्वेदः शुद्धस्फटिकसन्निभः । दिव्यकुण्डलधारी च महाकायो महाभुजः
Au nord se tenait le Yajurveda, éclatant tel un cristal pur; il portait des pendants d’oreilles divins, au corps immense et aux bras puissants.
Verse 26
स्थितः पश्चिम दिग्भागे सामवेदः सनातनः । रक्तांबरधरः श्रीमान्पप्ररागसमप्रभः
Dans le quartier de l’ouest se tenait l’éternel Sāmaveda—splendide, vêtu de rouge, luisant de l’éclat du rubis.
Verse 27
स्रग्दामधारी चित्रश्च गीतभूषणभूषितः । अथवांऽजनवच्छयामः स्थितो दक्षिणतस्तथा
Porteur de guirlandes et merveilleusement paré, orné des joyaux du chant sacré—sombre comme le khôl—il se tenait pareillement au sud.
Verse 28
पिंगाक्षो लोहितग्रीवो हरिकेशो महातनुः । इतिहासषडंगानि पुराणान्यखिलानि च
Aux yeux fauves, au cou rougeoyant et à la chevelure d’or—d’une stature immense—étaient présents les Itihāsa, les six Vedāṅga, ainsi que tous les Purāṇa.
Verse 29
वेदोपनिषदश्छन्दो मीमांसारण्यकं तथा । स्वाहाकारवषट्कारौ रहस्यानि तथैव च
S’y trouvaient les Upaniṣad du Veda, les mètres védiques (chandas), la Mīmāṃsā et les Āraṇyaka ; s’y joignaient encore les formules rituelles « svāhā » et « vaṣaṭ », ainsi que les enseignements sacrés et secrets.
Verse 30
एतैः समन्वितैश्चैव तत्र ब्रह्मा स्वयं स्थितः । शक्तिरूपधरैर्मन्त्रैर्योगैश्वर्यसमन्वितैः
Ainsi pourvu de tout cela, Brahmā lui-même se tenait là—entouré de mantras prenant forme de puissances (śakti) et doté des souveraines réalisations du yoga.
Verse 31
सहस्रपत्रकमलैरंकितैः सुरपूजितैः । पूजितैर्गणरुद्रैश्च ब्रह्मविष्विंद्रवंदितैः
Marqué de lotus aux mille pétales et vénéré par les dieux ; vénéré aussi par les Gaṇa et les Rudra, et loué par Brahmā, Viṣṇu et Indra.
Verse 32
चामराक्षेपव्यजनैर्वीजितैश्च समन्ततः । शोभितश्च सदा श्रीमांश्चंद्रकोटिसमप्रभः
Éventé de toutes parts par des chāmaras et des éventails en mouvement, toujours resplendissant et glorieux—rayonnant d’un éclat égal à dix millions de lunes.
Verse 33
ज्ञानामृतसुतृप्तात्मा योगैश्वर्यप्रसादकः । योगींद्रमानसांभोज राजहंसो द्विजोत्तमः
Son être est pleinement rassasié par le nectar de la connaissance; il accorde la grâce de la souveraineté yogique—tel un cygne royal sur les lotus de l’esprit des plus grands yogin, le suprême parmi les deux-fois-nés.
Verse 34
अज्ञानतिमिरध्वंसी षट्त्रिंशत्तत्त्वभूषणः । सर्वसौख्यप्रदाता च तत्रास्ते चंद्रशेखरः
Là demeure Candraśekhara, destructeur des ténèbres de l’ignorance, paré des trente-six tattva, et dispensateur de toute félicité.
Verse 35
तस्योत्संगगता देवी तप्तकांचनसप्रभा । पूजितो योगिनीवृन्दैः साधकैः सुरकिन्नरैः
La Déesse, rayonnante comme l’or chauffé à blanc, s’assit sur ses genoux; et lui fut vénéré par des troupes de Yoginī, par des sādhaka accomplis, ainsi que par les dieux et les Kinnara.
Verse 36
सर्वलक्षणसंपूर्णा सर्वाभरणभूषिता । योगसिद्धिप्रदा नित्यं मोक्षाभ्युदयदायिनीम्
Elle était parfaite en tous signes auspicieux, parée de tous ornements—accordant sans cesse les siddhi du yoga, et dispensant à la fois la délivrance et la prospérité bénie.
Verse 37
सौभाग्यकदलीकन्दमूलबीजं च पार्वती । देवस्य मुखमालोक्य विस्मिता चारुलोचना
Pārvatī—racine, bulbe et semence du bananier de la bonne fortune—contempla le visage du Seigneur; et la Déesse aux beaux yeux demeura saisie d’émerveillement.
Verse 38
आनंदभावं संज्ञाय आनन्दास्राविलेक्षणम् । उवाच देवी मधुरं कृतांजलिपुटा सती
Reconnaissant son état de béatitude et voyant ses yeux pleins de larmes de joie, la Déesse vertueuse—les mains jointes en hommage—parla avec douceur.
Verse 39
देव्युवाच । जन्मकोटिसहस्राणि जन्मकोटिशतानि च । शोधितस्त्वं जगन्नाथ मया प्राणनचिंतया
La Déesse dit : «Au fil de milliers de crores de naissances, et encore de centaines de crores de naissances, je t’ai contemplé, ô Seigneur du monde, par la méditation même de mon souffle vital, afin de te pénétrer».
Verse 40
अर्द्धांग संस्थया वापि त्वद्वक्त्रध्यानकाम्यया । तथापि ते जगन्नाथ नांतो लब्ध्वो महेश्वर
«Bien que je demeure comme ta moitié, et bien que je désire méditer sur ton visage, pourtant, ô Jagannātha—ô Maheśvara—je n’ai pas atteint ta limite».
Verse 41
अनन्तरूपिणे तुभ्यं देवदेव नमोऽस्तु ते । नमो वेदरहस्याय नमो वेदैः स्तुताय च
«Hommage à Toi aux formes infinies, ô Dieu des dieux. Hommage au secret essentiel des Veda ; hommage à Celui que les Veda célèbrent».
Verse 42
श्मशानरतिनित्याय नमो गगनचारिणे । ज्येष्ठसामरहस्याय शतरुद्रप्रियाय च
«Hommage à Celui qui se réjouit sans cesse au champ de crémation ; hommage à Celui qui chemine dans le ciel. Hommage au secret du Jyeṣṭha-Sāman ; et à Celui qui est cher à l’hymne Śatarudrīya».
Verse 43
नमो वृषकृतांकाय यजुर्वेदधराय च । ब्रह्मांडकोटिसंलग्नमालिने गगनात्मने
Hommage à Celui qui porte l’emblème du taureau, et à Celui qui soutient le Yajurveda. Hommage à Celui qui est paré d’une guirlande d’innombrables œufs cosmiques (univers), et à Celui dont l’essence même est le ciel.
Verse 44
मणिचित्रितकन्दाय नमः सर्वार्थसिद्धये । नमो वेदस्वरूपाय द्विज सिद्धिप्रियाय च
Hommage à Celui dont la forme est merveilleusement ornée, tel un trésor serti de joyaux ; hommage à Celui qui accomplit tous les buts. Hommage à Celui qui est l’incarnation même des Veda, et à Celui qui se réjouit des siddhi des dvija (deux-fois-nés).
Verse 45
पुंस्त्रीविकाररूपाय नमश्चंद्रार्द्धधारिणे । नमोग्नये सहोमाय आदित्यवरुणाय च
Hommage à Toi qui te manifestes dans les transformations du masculin et du féminin, et à Toi qui portes le croissant de lune en ornement. Hommage à Toi comme le Feu avec l’oblation du homa, et aussi comme le Soleil et comme Varuṇa.
Verse 46
पृथिव्यै चांतरिक्षाय वायवे दीक्षिताय च । संयोगाय वियोगाय धात्रे कर्त्रेऽपहारिणे
Hommage à Toi comme la Terre et comme l’Antarikṣa (région médiane du ciel) ; hommage à Toi comme Vāyu et comme le Seigneur consacré (dīkṣita). Hommage à Toi comme union et séparation, et à Toi comme Soutien, Artisan et Celui qui retire.
Verse 47
प्रदीप्तशूलहस्ताय ब्रह्मदण्डधराय च । नमः पतीनां पतये महतां पतये नमः
Hommage à Toi dont la main tient le trident flamboyant, et à Toi qui portes le bâton de Brahmā. Hommage au Seigneur des seigneurs ; hommage au Seigneur des grands.
Verse 48
नमः कालाग्निरुद्राय सप्तलोकनिवासिने । त्वं गतिः सर्वभूतानां भूतानां पतये नमः
Hommage à Kālāgni-Rudra, qui demeure à travers les sept mondes. Tu es l’ultime refuge de tous les êtres ; hommage à Toi, Seigneur des êtres.
Verse 49
नमस्ते भगवन्रुद्र नमस्ते भगवञ्छिव । नमस्ते परतः श्रेष्ठ नमस्ते परतः पर
Hommage à Toi, Seigneur Rudra ; hommage à Toi, Seigneur Śiva. Hommage à Toi, le Suprême au‑dessus de tout ; hommage à Toi, au‑delà même de l’au‑delà.
Verse 50
जिह्वाचापल्यभावेन खेदितोऽसि मया प्रभो । तत्क्षन्तव्यं महेशान ज्ञानदिव्य नमोऽस्तु ते
Ô Seigneur, par l’inconstance de ma langue je T’ai peiné. Pardonne cela, ô Maheśāna ; hommage à Toi dont la connaissance est divine.
Verse 51
ईश्वर उवाच । ममोत्संगस्थिता देवि किं त्वं सास्राविलेक्षणा । अद्यापि किमपूर्णं ते तत्सर्वं करवाण्यहम्
Īśvara dit : «Ô Devī, assise sur mes genoux, pourquoi tes yeux sont-ils pleins de larmes ? Même à présent, qu’est-ce qui demeure inaccompli pour toi ? Je l’accomplirai entièrement.»
Verse 52
वरं ब्रवीहि भद्रं ते स्तवेनानेन सुव्रते । ददामि ते न संदेहः शोकं त्यज महेश्वरि
«Dis le don que tu désires ; que l’auspice soit tien, ô vertueuse. Par cet hymne, je te l’accorde sans aucun doute ; renonce à ton chagrin, ô Maheśvarī.»
Verse 53
निष्कले सकले देवि स्थूले सूक्ष्मे चराचरे । न तत्पश्यामि देवेशि यत्त्वया रहितं भवेत्
Ô Devī—qu’Il soit sans parties ou avec parties, dans le grossier comme dans le subtil, dans le mobile et l’immobile—ô Souveraine des dieux, je ne vois rien qui puisse exister sans Toi.
Verse 54
अहं ते हृदये गौरि त्वं च मे हृदि संस्थिता । अहं भ्राता च पुत्रश्च बंधुर्भर्ता तथैव च
Ô Gaurī, je demeure dans ton cœur, et toi tu es établie dans le mien. Je suis aussi ton frère et ton fils, ton parent et ton époux également.
Verse 55
त्वं तु मे भगिनी भार्या दुहिता बांधवी स्नुषा । अहं यज्ञपतिर्यज्वा त्वं च श्रद्धा सदक्षिणा
Pour moi, tu es comme sœur, épouse, fille, parente et bru. Je suis le maître du yajña et celui qui l’accomplit; et toi, tu es la śraddhā, la foi qui le soutient, avec la dakṣiṇā, la rétribution sacerdotale de bon augure.
Verse 56
ओंकारोऽहं वषट्कारः सामाहमृग्यजुस्तथा । अहमग्निश्च होता च यजमानस्तथैव च
Je suis l’Oṃkāra; je suis l’acclamation Vaṣaṭ. Je suis le Sāman, et de même le Ṛk et le Yajus. Je suis le Feu sacré, le prêtre Hotṛ, et aussi le yajamāna, le patron du rite.
Verse 57
अध्वर्युरहमुद्गाता ब्रह्माहं ब्रह्मवित्तथा । त्वं तु देव्यरणी चैव पत्नी तु परिकीर्त्यसे
Je suis l’Adhvaryu; je suis l’Udgātṛ; je suis Brahmā, et aussi le connaisseur du Brahman. Mais toi, ô Déesse, tu es l’araṇī, le bois qui fait naître le feu, et tu es célébrée comme patnī, la compagne consacrée du rite.
Verse 58
स्वाहा स्वधा च सुश्रोणि त्वयि सर्वं प्रतिष्ठितम् । अहमिष्टो महायज्ञः पूर्वो यज्ञस्त्वमुच्यसे
Ô toi aux hanches gracieuses, tu es Svāhā et Svadhā ; en toi tout est établi. Je suis l’iṣṭi et le grand yajña ; et toi, l’on te nomme le yajña primordial lui-même.
Verse 59
पुरुषोऽहं वरारोहे प्रकृतिस्त्वं निगद्यसे । अहं विष्णुर्महावीर्यस्त्वं लक्ष्मीर्लोकभाविनी
Ô noble dame, je suis Puruṣa, et toi l’on te proclame Prakṛti. Je suis Viṣṇu à la grande puissance ; et toi, tu es Lakṣmī, bienfaitrice qui apporte la prospérité aux mondes.
Verse 60
अहमिन्द्रो महातेजाः प्राची त्वं परमेश्वरी । प्रजापतीनां रूपेण सर्वमाहं व्यवस्थितः
Je suis Indra au grand éclat ; et toi, ô Déesse Suprême, tu es l’Orient. Sous la forme des Prajāpati, je demeure établi comme tout ce qui est.
Verse 61
तेषां या नायिकास्तास्त्वं रूपैस्तैस्तैरवस्थिता । दिवसोऽहं महादेवि रजनी त्वं निगद्यसे
Parmi eux, quelles que soient les reines tutélaires ou les puissances directrices, c’est toi : tu demeures en formes multiples. Je suis le jour, ô Grande Déesse ; et toi, l’on te déclare la nuit.
Verse 62
निमेषोऽहं मुहूर्तश्च त्वं कला सिद्धिरेव च । अहं तेजोऽधिकः सूर्यस्त्वं तु संध्या प्रकीर्त्त्यसे
Je suis le nimēṣa et le muhūrta ; toi, tu es la kalā et, certes, la siddhi, l’accomplissement. Je suis le Soleil, surpassant en éclat ; et toi, tu es célébrée comme saṃdhyā, la jonction du crépuscule.
Verse 63
अहं बीजधरः श्रेष्ठस्त्वं तु क्षेत्रं वरानने । अहं वनस्पतिः प्लक्षस्त्वं वनस्पतिरुच्यसे
Je suis l’excellent porteur de la semence; mais toi, ô belle au visage, tu es le champ. Je suis l’arbre souverain, le plakṣa; et toi aussi l’on te nomme l’arbre qui soutient la vie.
Verse 64
शेषरूपधरो नित्ये फणामणिविभूषितः । रेवती त्वं विशालाक्षि मदविभ्रमलोचना
Je porte à jamais la forme de Śeṣa, paré de joyaux sur ses capuchons. Mais toi, ô aux grands yeux, au regard enivrant et joueur, tu es Revatī.
Verse 65
मोक्षोऽहं सर्वदुःखानां त्वं तु देवि परा गतिः । अपां पतिरहं भद्रे त्वं तु देवि सरिद्वरा
Je suis mokṣa, la délivrance de toutes les peines; mais toi, ô Déesse, tu es le refuge suprême et l’ultime voie. Je suis le seigneur des eaux, ô bienheureuse; mais toi, ô Déesse, tu es la plus excellente des rivières.
Verse 66
वडवाग्निरहं भद्रे त्वं तु दीप्तिः प्रकीर्तिता । प्रजापतिरहं कर्त्ता त्वं प्रजा प्रकृतिस्तथा
Je suis le feu Vaḍavā au fond de l’océan, ô bienheureuse; mais toi, l’on te proclame comme son éclat. Je suis Prajāpati, le façonnier; et toi, tu es les êtres — oui, leur Prakṛti, la nature primordiale.
Verse 67
नागानामधिपश्चाहं पातालतलवासिनाम् । त्वं नागी नागराजोऽहं सहस्रफणभूषितः
Je suis le suzerain des Nāgas qui demeurent dans les royaumes de Pātāla. Toi, tu es la Nāgī, la reine-serpent; moi, je suis le roi des Nāgas, paré de mille capuchons.
Verse 68
निशाकरवरश्चाहं श्रेष्ठा त्वं रजनीकरी । कामोऽहं कामदो देवि त्वं रतिः स्मृतिरेव च
Je suis le plus éminent des porteurs de la lune ; toi, tu es la noble créatrice de la nuit. Je suis Kāma, dispensateur du désir ; et toi, ô Déesse, tu es Rati — et aussi la Mémoire elle-même (Smṛti).
Verse 69
दुर्वासाश्चाप्यहं भद्रे त्वं क्षमा समचारिणी । लोभमोहतपश्चाहं त्वं तृष्णा तामसी स्मृता
Je suis aussi Durvāsā, ô bienheureuse ; tandis que toi, tu es Kṣamā, la patience qui chemine toujours en accord. Je suis l’avidité, l’illusion et même l’austérité ; toi, tu es Tṛṣṇā, rappelée comme la puissance tamasique.
Verse 70
ककुद्मान्वृषभश्चाहं योगमाता तपस्विनी । वायुरप्यहमव्यक्तस्त्वं गतिर्मनसूदनी
Je suis aussi le taureau au garrot saillant ; toi, tu es Yogamātā, l’ascète. Je suis encore le vent non manifesté (avyakta) ; et toi, tu es son mouvement, ô dompteuse du mental.
Verse 71
अहं मोचयिता लोभे निर्ममा त्वं यशस्विनि । नयोऽहं सर्वकार्येषु नीतिस्त्वं कमलेक्षणा
Je suis celui qui délivre de l’avidité ; toi, tu es sans attachement, ô glorieuse. Je suis le juste discernement en toutes les entreprises ; toi, tu es Nīti, la règle droite et l’ordre moral, ô aux yeux de lotus.
Verse 72
अहमन्नं च भोक्ता च ओषधी त्वं निगद्यसे । अहमग्निश्च धूमश्च त्वमूष्मा ज्वालमेव च
Je suis la nourriture et je suis aussi celui qui mange ; toi, l’on te nomme Oṣadhī, l’herbe guérisseuse. Je suis Agni et je suis aussi la fumée ; toi, tu es Uṣmā, la chaleur — et Jvālā, la flamme elle-même.
Verse 73
अहं संवर्त्तको मेघस्त्वं च धारा ह्यनेकशः । अहं मुनीनां रूपेण त्वं तत्पत्नी प्रकीर्तिता
Je suis le nuage Saṃvartaka ; toi, tu es les flots de pluie aux formes innombrables. Je demeure sous l’aspect des munis ; et toi, l’on te proclame leurs épouses.
Verse 74
अहं संसारकर्त्ता वै त्वं तु सृष्टिर्वरानने । अहं शुक्रास्थिरोमाणि त्वं मज्जा बलमेव च
Je suis vraiment l’artisan du saṃsāra ; mais toi, ô visage de beauté, tu es la création elle-même. Je suis la semence, les os et les cheveux ; toi, tu es la moelle, et la force elle aussi.
Verse 75
पर्जन्योऽहं महाभागे त्वं वृष्टिः परमेश्वरि । अहं संवत्सरो देवि त्वमृतुः परिकीर्त्तिता
Ô très fortunée, je suis Parjanya, le nuage porteur de pluie ; et toi, ô Déesse suprême, tu es la pluie elle-même. Je suis l’année, ô Devī ; et toi, l’on te proclame les saisons.
Verse 76
अहं कृतयुगो देवि त्वं तु त्रेता निगद्यसे । युगोऽहं द्वापरः श्रीमांस्त्वं कलिः परमेश्वरि
Ô Devī, je suis le Kṛta-yuga, et toi l’on te nomme Tretā. Je suis le Dvāpara, âge de bon augure ; et toi, ô Souveraine suprême, tu es le Kali-yuga.
Verse 77
आकाशश्चाप्यहं भद्रे पृथिवी त्वमिहोच्यसे । अहमदृश्यमूर्तिश्च दृश्यमूर्तिस्त्वमुच्यसे
Ô douce bien-aimée, je suis aussi le ciel, et ici l’on dit que tu es la terre. Je suis la forme invisible ; et toi, l’on te nomme la forme visible.
Verse 78
वरदोऽहं वरारोहे मंत्रस्त्वमिति चोच्यसे । अहं द्रष्टा च श्रोता च त्वं दृश्या श्रुतिरेव च
Ô toi aux hanches gracieuses, je suis le dispensateur des dons, et toi l’on te nomme le Mantra. Je suis le voyant et l’auditeur; toi, tu es ce qui est vu et la Śruti sacrée elle-même—de notre unité naissent la grâce et la révélation.
Verse 79
अहं वक्ता रमयिता त्वं वाच्या परमेश्वरि । अहं श्रोता च गाता च त्वं गीतिर्गेयमेव च
Je suis celui qui parle et qui réjouit, ô Souveraine Suprême, et toi tu es ce qui est dit. Je suis l’auditeur et le chanteur; toi, tu es le chant et ce qui doit être chanté—ainsi toute parole et toute dévotion reposent en toi et en moi ensemble.
Verse 80
अहं त्राता च गन्धश्च त्वं तु निघ्राणमेव च । अहं स्पर्शयिता कर्ता स्पर्श्यस्त्वं सृष्टमेव च
Je suis le protecteur et aussi le parfum; toi, tu es l’acte même de sentir. Je suis celui qui touche et qui agit; toi, tu es ce qui est touché et le monde créé lui-même—montrant que les sens et leurs objets sont pénétrés par le Couple divin.
Verse 81
अहं सर्वमिदं भूतं त्वं तु देवि न संशयः । स्रष्टाऽहं तव देवेशि त्वं सृजस्यखिलं जगत्
Je suis tout ce qui est advenu—et toi aussi, ô Devī, sans nul doute. Je suis le créateur en relation avec toi, ô Souveraine des dieux, et toi tu fais naître l’univers entier—affirmant l’action conjointe, inséparable, de Śiva et de Śakti dans la création.
Verse 82
त्वया मया च देवेशि ओतप्रोतमिदं जगत् । एकधा दशधा चैव तथा शतसहस्रधा
Ô Souveraine des dieux, par toi et par moi cet univers est tissé de part en part, intimement entrelacé. Il se déploie comme un, comme dix, et aussi comme des centaines et des milliers—selon les multiples façons dont l’Unique Réalité se manifeste.
Verse 83
ऐश्वर्येण तु संयुक्तौ सर्वप्राणि व्यवस्थितौ । अहं त्वं च विशालाक्षि सततं संप्रतिष्ठितौ
Unis par la souveraineté, nous sommes établis en tous les êtres. Ô toi aux vastes yeux, toi et moi demeurons à jamais fermement présents, comme majesté intérieure soutenant la vie du dedans.
Verse 84
क्रीडामि क्रीडया देवि त्वया सार्द्धं वरानने । त्वं धृतिर्धारिणी लक्ष्मीः कांता मत्प्रकृतिर्ध्रुवम्
Ô Devī au beau visage, je me livre à la līlā en jouant avec toi. Tu es Dhṛti, la constance; la puissance qui soutient; Lakṣmī; mon aimée; et, certes, ma propre Prakṛti primordiale, par qui le monde est porté et l’ordre sacré devient délectable.
Verse 85
रतिः स्मृतिः कामचारी मम चांगनिवासिनी । देवि किं बहुनोक्तेन प्राणेभ्योऽपि गरीयसी
Rati, Smṛti et Kāmacārī demeurent dans ma propre demeure. Mais, ô Devī, à quoi bon en dire davantage ? Tu m’es plus chère encore que mes souffles mêmes de vie.
Verse 86
वरं वरय देवशि यत्किंचिन्मनसि स्थितम् । तत्ते ददामि तुष्टोऽहं यद्यपि स्यात्सुदुर्ल्लभम्
Choisis un bienfait, ô dame divine, tout ce qui demeure en ton esprit. Moi, satisfait, je te l’accorde, fût-ce une chose extrêmement difficile à obtenir.
Verse 87
देव्युवाच । धन्याहं कृतपुण्याहं तपः सुचरितं मया । यत्त्वयाऽहं जगन्नाथ हर्षदृष्ट्याऽवलोकिता
La Déesse dit : Je suis bénie ; j’ai vraiment acquis du mérite ; mon ascèse a été bien accomplie, puisque toi, ô Seigneur des mondes, m’as regardée d’un regard de joie.
Verse 88
यदि तुष्टोऽसि मे देव वरं दातुं ममेच्छसि । तन्मे कथय देवेश सांप्रतं तीर्थविस्तरम्
Si tu es satisfait de moi, ô Dieu, et si tu veux m’accorder une grâce, alors, ô Seigneur des dieux, dis-moi maintenant l’étendue entière des tīrtha sacrés.
Verse 89
पृथिव्यां यानि तीर्थानि पापघ्नानि शिवानि च । तानि देवेश कार्त्स्न्येन यथावद्वक्तुमर्हसि
Tous les tīrtha sur la terre—ceux qui détruisent le péché et ceux qui sont de bon augure—ô Seigneur des dieux, il te sied de me les décrire justement et dans leur totalité.
Verse 90
ईश्वर उवाच । शृणु देवि प्रवक्ष्यामि तीर्थमाहात्म्यमुत्तमम् । सर्वपापहरं नृणां पुण्यं देवर्षिसत्कृतम्
Īśvara dit : Écoute, ô Devī ; je vais proclamer la grandeur suprême des tīrtha—saints, honorés des dieux et des sages, et pour les hommes, ôtant toute faute.
Verse 91
तीर्थानां दर्शनं श्रेष्ठं स्नानं चैव सुरेश्वरि । श्रवणं च प्रशंसंति सदैव ऋषिसत्तमाः
Parmi les tīrtha, leur seule vue est la meilleure ; et le bain en ces lieux aussi, ô Souveraine des dieux. Et les plus grands sages louent sans cesse également l’écoute de leurs gloires.
Verse 92
पृथिव्यां नैमिषं तीर्थमंतरिक्षे च पुष्करम् । केदारं च प्रयागं च विपाशा चोर्मिला तथा
Sur la terre se trouve le tīrtha de Naimiṣa ; et dans la région intermédiaire se trouve Puṣkara. Il y a aussi Kedāra et Prayāga, ainsi que Vipāśā et Urmilā.
Verse 93
कर्णवेणा महादेवी चंद्रभागा सरस्वती । गंगासागरसंभेदस्तथा वाराणसी शुभा
Karṇaveṇā, Mahādevī, Caṃdrabhāgā et Sarasvatī ; ainsi que la sainte confluence où la Gaṅgā rejoint l’océan, et l’auspicieuse Vārāṇasī.
Verse 94
अर्घतीर्थं समाख्यातं गंगाद्वारं तथैव च । हिमस्थानं महातीर्थं तथा मायापुरी शुभा
De même, l’illustre Arghatīrtha, et pareillement Gaṅgādvāra ; Himāsthāna, le grand tīrtha ; et l’auspicieuse Māyāpurī.
Verse 95
शतभद्रा महाभागा सिन्धुश्चैव महा नदी । ऐरावती च कपिला शोणश्चैव महानदः
La bienheureuse Śatabhadrā, ainsi que le grand fleuve Sindhu ; de même Airāvatī et Kapilā, et le puissant fleuve Śoṇa — tels sont des cours d’eau sacrés renommés.
Verse 96
पयोधिः कौशिकी तद्वत्तथा गोदावरी शुभा । देवखातं गया चैव तथा द्वारावती शुभा
De même l’Océan, la Kauśikī et l’auspicieuse Godāvarī ; ainsi que Devakhāta, Gayā et l’auspicieuse Dvārāvatī.
Verse 97
प्रभासं च महातीर्थं सर्वपातकनाशनम्
Et Prabhāsa est le grand tīrtha, qui détruit toutes les fautes.
Verse 98
एवमादीनि तीर्थानि यानि संति महीतले । तानि दृष्ट्वा तु देवेशि पुनर्जन्म न विन्दते
Ainsi, parmi les tīrtha qui existent à la surface de la terre, celui qui les a contemplés, ô Déesse, n’obtient plus la renaissance.
Verse 99
तिस्रः कोट्योऽर्धकोटी च तीर्थानामिह भूतले । संजातानि पवित्राणि सर्वपापहराणि च
Ici, sur la terre, sont apparus trois crores et un demi-crore de tīrtha : purs, purificateurs, et ôtant tous les péchés.
Verse 100
गंतव्यानि महादेवि स्वधर्मस्य विवृद्धये । अशक्यानि शिवान्येवं गंतुं चैव सुरेश्वरि । मनसा तानि सर्वाणि गंतव्यानि समाहितैः
Ces tīrtha doivent être visités, ô Grande Déesse, pour l’accroissement de son propre dharma. Mais, ô Śivā, ô Souveraine des dieux, il est impossible de se rendre à tous; aussi, l’esprit recueilli, faut-il les “visiter” tous par la pensée.
Verse 101
।देव्युवाच । भगवन्प्राणिनः सर्वे सर्वोपद्रवसंकुलाः । अल्पायुषः सदा बद्धा व्यामोहैर्मंदिरोद्भवैः
La Déesse dit : «Ô Seigneur Bienheureux, tous les êtres vivants sont assaillis de toutes sortes d’épreuves. De courte vie et toujours liés, ils sont abusés par les égarements qui naissent de la vie de maison.»
Verse 102
त्रेतायां द्वापरे चैव किं नु वै दारुणे कलौ । तस्मात्तेषां हितार्थाय तत्तीर्थं त्वं प्रकीर्तय । येन दृष्टेन सर्वेषां तीर्थानां लभ्यते फलम्
«Si telle est la condition même en Tretā et en Dvāpara, qu’en sera-t-il dans le redoutable Kali ? Aussi, pour leur bien, proclame ce tīrtha : celui dont la seule darśana accorde le fruit de tous les tīrtha.»
Verse 103
एवमुक्तस्तु पार्वत्या प्रहस्य परमेश्वरः । उवाच परया प्रीत्या वाचा मधुरया प्रभुः
Ainsi interpellé par Pārvatī, le Seigneur Suprême sourit; et le Maître parla avec une profonde affection, en des paroles suaves.
Verse 104
ईश्वर उवाच । त्वमेव हि चराः प्राणाः सर्वस्य जगतोरणिः । त्वया विरहितो देवि मुहूर्तमपि नोत्सहे
Īśvara dit : « Toi seule es les souffles vivants en mouvement de tout l’univers ; toi es l’araṇi, le bois qui engendre le feu du monde entier. Ô Déesse, séparé de toi, je ne puis supporter ne fût-ce qu’un instant. »
Verse 105
शिवस्य च तथा शक्तेरंतरं नास्ति पार्वति । न तदस्ति महादेवि यन्न जानासि शोभने
Ô Pārvatī, il n’existe aucune séparation entre Śiva et Śakti. Ô Mahādevī, ô rayonnante : il n’est rien que tu ne saches.
Verse 106
त्वया विनाऽहं न क्वास्मि न त्वं देवि मया विना । चंद्रचंद्रिकयोर्यद्वदग्नेरुष्णत्वमेव हि
Sans toi, je ne suis nulle part ; et sans moi, ô Déesse, toi non plus n’es nulle part. Comme la lune et sa clarté sont inséparables, comme le feu l’est de sa chaleur, ainsi sommes-nous en vérité.
Verse 107
तव देवि ममापीह नास्ति चैवांतरं प्रिये । सर्वं चैव सुरेशानि यथावत्कथयाम्यहम्
Ô Déesse, ô bien-aimée : entre toi et moi, ici, il n’y a aucune différence. Aussi, ô Souveraine des dieux, te dirai-je tout exactement tel que cela est.
Verse 108
रहस्यानां रहस्यं तु गोपनीयं प्रयत्नतः । नास्तिकाय न दातव्यं न च पापरताय च
Ceci est le secret parmi les secrets, à préserver avec le plus grand soin. Qu’on ne le donne ni à l’impie, ni à celui qui s’adonne au péché.
Verse 109
दातव्यं भक्ति युक्ताय स्वशिष्याय सुताय वा । पूर्वमेव मया ख्यातं सारात्सारतरं प्रिये
Qu’on le donne à celui qui est pourvu de bhakti : à son propre disciple, ou même à son fils. Ô bien-aimée, j’ai déjà proclamé auparavant l’essence même de l’essence.
Verse 110
तीर्थोपनिषदः ख्याता लिंगोपनिषदस्तथा । योगोपनिषदो देवि पूर्वं वै कथितास्तव
La Tīrtha-Upaniṣad est renommée, de même que la Liṅga-Upaniṣad ; et les Yoga-Upaniṣads aussi, ô Déesse — tout cela, en vérité, t’a été exposé auparavant.
Verse 111
पार्वत्युवाच । लेशेनापि न सिद्ध्यंति कांक्षमाणाः परं पदम् । योनीर्भ्रमंतो दृश्यंते नरा नास्तिकवृत्तयः
Pārvatī dit : Bien qu’ils aspirent à l’état suprême, ils n’obtiennent aucun accomplissement, fût-ce infime. On voit les hommes à la conduite incrédule errer à travers les naissances, tournant de matrice en matrice.
Verse 112
तीर्थव्रतानि सेवन्ते प्रत्ययो नैव जायते । मोहितं तु जगत्पूर्वं मिथ्याज्ञानेन शंकर
Ils accomplissent pèlerinages aux tīrthas et observances, mais la vraie conviction ne naît pas. Car jadis le monde fut abusé par une connaissance illusoire, ô Śaṃkara.
Verse 113
किं ते फलं सुरश्रेष्ठ जगद्व्यामोहने कृते
Ô le meilleur des dieux, quel avantage as-tu à susciter l’illusion et l’égarement du monde?
Verse 114
सारात्सारतरं नाथ तव प्राणप्रियं हि यत् । तन्मे कथय देवेश प्रियाहं यदि ते प्रभो
Ô Seigneur, dis-moi l’essence de l’essence, ce qui t’est plus cher que ta propre vie. Ô Maître des dieux, ô Souverain : si je t’est chère, révèle-le-moi.
Verse 115
इत्युक्तः स तया देव्या श्रीकंठः सुरनायकः । प्रहस्योवाच भगवान्गंभीरार्थमिदं वचः
Ainsi interpellé par la Déesse, Śrīkaṇṭha, seigneur des dieux, sourit, et le Bienheureux prononça ces paroles au sens intérieur profond.
Verse 116
ईश्वर उवाच । शृणुष्वावहिता भूत्वा पृष्टोऽहं यस्त्वयाऽधुना । निष्फलं तत्प्रवक्ष्यामि वस्तुतत्त्वं यथास्थितम्
Īśvara dit : Écoute avec une attention entière. Puisque tu m’as interrogé à présent, je t’exposerai la réalité telle qu’elle est—et comment elle devient sans fruit (lorsqu’on l’aborde de travers).
Verse 117
पूर्वमुक्तानि तीर्थानि यानि ते सुरसुंदरि । तिस्रः कोट्योऽर्द्धकोटी च ब्रह्मांडे सचराचरे
Ô beauté divine, les tīrtha dont je t’ai parlé auparavant, dans cet univers du mobile et de l’immobile, sont au nombre de trois crores, plus encore un demi-crore.
Verse 118
तेषां च गोपितं तीर्थं प्रभासं चैव सुव्रते
Et parmi eux, ô toi aux vœux nobles, le tīrtha nommé Prabhāsa est tenu caché, gardé et non aisément dévoilé.
Verse 119
एवमुक्तं महादेवि प्रभासं क्षेत्रमुत्तमम् । दृष्ट्वा संस्काररहिताः कलौ पापेन मोहिताः
Ainsi est déclaré, ô Grande Déesse, que Prabhāsa est le kṣetra suprême, le champ sacré par excellence. Pourtant, au Kali-yuga, les hommes, privés de purification et de discipline sacrée, le voient tout en étant abusés par le péché.
Verse 120
राजसास्तामसाश्चैव पापोपहतचेतसः । परदारपरद्रव्यपरहिंसारता नराः
Ils sont mus par rajas et tamas, l’esprit meurtri par le péché : des hommes adonnés à l’épouse d’autrui, aux biens d’autrui et à la violence envers autrui.
Verse 121
उद्वेगं च परं यांति प्रतप्यंति यतस्ततः । आत्मसंभाविता मूढा मिथ्याज्ञानेन मोहिताः । वर्णाश्रमविरुद्धं तु तीर्थे कु्र्वन्ति येऽधमाः
Ils tombent dans une agitation extrême et errent, brûlés par la souffrance de toutes parts : des sots imbus d’eux-mêmes, envoûtés par un faux savoir. Ces êtres les plus bas, allant contre les devoirs de varṇa et d’āśrama, commettent de telles fautes jusque dans le tīrtha.
Verse 122
तीर्थयात्रां प्रकुर्वंति दंभेन कपटेन च । तीर्थे मृता न सिध्यंति ते नरा वरवर्णिनि
Ils entreprennent le pèlerinage aux tīrtha avec ostentation et tromperie ; même s’ils meurent au tīrtha, de tels hommes n’atteignent pas l’accomplissement, ô toi au teint gracieux.
Verse 123
एतदर्थं मया देवि तीर्थानि विविधानि च । लिंगानि चैव सुश्रोणि गोपितानि प्रयत्नतः । न सिद्धिदानि देवेशि कलौ कल्मषकारिणाम्
C’est pour cela même, ô Déesse, que j’ai soigneusement dissimulé divers tīrtha et aussi des liṅga, ô toi aux hanches gracieuses ; car en l’âge de Kali ils n’accordent pas l’accomplissement à ceux qui engendrent la souillure, ô Dame du Seigneur des dieux.
Verse 124
ये नरास्तु जितक्रोधा जितलोभा जितेंद्रियाः । ब्राह्मणाः क्षत्रिया वैश्याः शूद्राश्चादम्भमत्सराः
Mais ceux qui ont vaincu la colère, vaincu l’avidité et maîtrisé leurs sens—qu’ils soient brāhmaṇa, kṣatriya, vaiśya ou śūdra—délivrés de l’hypocrisie et de l’envie, (sont dignes du vrai fruit du tīrtha).
Verse 125
मद्भावभाविता देवि तीर्थं सेवंति सुव्रताः । तेषां चैव हितार्थाय कथयामि यशश्विनि
Ô Déesse, ceux qui observent des vœux purs, pénétrés de dévotion envers Moi, se rendent à ce tīrtha et le servent. Pour leur bien même, ô Illustre, je vais maintenant parler.
Verse 126
प्रभासमिति विख्यातं क्षेत्रं त्रैलोक्यवंदितम् । तत्क्षेत्रं नैव जानंति मम मायाविमोहिताः
Le champ sacré nommé Prabhāsa est renommé et vénéré dans les trois mondes. Pourtant, ceux que Ma māyā égare ne reconnaissent pas véritablement ce saint domaine.
Verse 127
परोहं त्वेकचित्तैश्च बहुजन्मभिरर्चितः । ते विदंति परं क्षेत्रं प्रभासं पापनाशनम्
Je suis le Suprême, et je suis adoré par ceux dont l’esprit est unifié au fil de nombreuses naissances. Eux connaissent ce lieu saint suprême : Prabhāsa, qui détruit le péché.
Verse 128
मद्भावभाविता देवि मम व्रतनिषेविणः । तेषां प्रभासिकं क्षेत्रं विदितं नात्र संशयः
Ô Déesse, ceux dont l’être est imprégné de dévotion envers Moi et qui observent Mes vœux connaissent assurément le kṣetra sacré de Prabhāsa ; là-dessus, nul doute.
Verse 129
यमैश्च नियमैर्युक्ता अहंकारविवर्ज्जिताः । तेषामर्थे वदिष्यामि तव प्रश्नं सुदुर्ल्लभम् । ब्रह्मविष्ण्विन्द्रदेवानां पुराणं कथितं मया
Pour ceux qui sont établis dans les yama et les niyama, et délivrés de l’ego, je répondrai à ta question, si rare entre toutes. Ce Purāṇa, je l’ai déjà exposé à Brahmā, à Viṣṇu, à Indra et aux dieux.
Verse 130
सोऽहं देवि वदिष्यामि कर्णं देहि वरानने । पृथिव्यामपि सर्वेषां तीर्थानां सुरसुंदरि
Ainsi, ô Déesse, je vais parler : prête l’oreille, ô toi au beau visage. Ô beauté des cieux, je dirai tout au sujet des tīrtha de la terre.
Verse 131
एकं मे वल्लभं तत्र प्रभासं क्षेत्रमुत्तमम् । तस्मिंश्चैव महाक्षेत्रे तीर्थैः सोमेन पूजितः । वरांस्तस्मै प्रदायाथ सदैकांते स्थितो ह्यहम्
Parmi eux, un kṣetra suprême M’est particulièrement cher : Prabhāsa-kṣetra. Dans ce grand champ sacré, Soma M’adora avec les tīrtha ; puis, lui ayant accordé des grâces, Je demeure là à jamais, en présence intime.
Verse 132
तेन गुह्यं कृतं स्थानं तव देवि प्रकाशितम् । तत्र मे योगयुक्तस्य दिव्यं लिंगं बभूव ह
Par lui, ce lieu fut tenu secret, et maintenant il t’est révélé, ô Déesse. Là, tandis que Je demeurais établi en yoga, un Liṅga divin se manifesta pour Moi.
Verse 133
दिव्यतेजस्समा युक्तं वह्निमेखलमंडितम् । लक्षमात्रस्थितं शांतं दुर्निरीक्ष्यं तु मानवैः
Doué d’une splendeur divine et orné d’une ceinture de feu, il se dressait jusqu’à la hauteur d’un lakh (selon la mesure), paisible—mais difficile à contempler pour les humains.
Verse 134
इच्छाज्ञानक्रियाख्याश्च तिस्रो वै शक्तयश्च याः । तस्माल्लिंगात्समुत्पन्ना जगत्कर्तृत्वहेतवे
Les trois puissances nommées Volonté (Icchā), Connaissance (Jñāna) et Action (Kriyā) naquirent en vérité de ce Liṅga, cause même qui rend possible la création et la régence du monde.
Verse 135
तस्मिंल्लिंगे लयं याति जगदेतच्चराचरम् । पुनस्तेनैव संभूतं दृश्यते सचराचरम्
Dans ce même Liṅga se résorbe l’univers tout entier—le mobile et l’immobile. Et de ce même (Suprême) il renaît, et se laisse voir de nouveau comme le monde du mobile et de l’immobile.
Verse 136
गुह्यं चैव तु संभूतं न कश्चिद्वेद तत्परम् । जन्माभ्यासेन तल्लिंगं ज्ञायते भुवि मानवैः
C’est en vérité un secret profond, et nul ne connaît pleinement sa vérité suprême. Ce n’est que par une pratique poursuivie au fil de nombreuses naissances que ce Liṅga devient réellement connu des humains sur la terre.
Verse 137
क्षेत्रं प्रभासिकं प्रोक्तं क्षेत्रज्ञोऽहं न संशयः । तत्र सोमेशनामाहमस्मिन्क्षेत्रं वरानने
Il est proclamé que ceci est le champ sacré nommé Prabhāsa ; et J’en suis le Connaisseur—sans aucun doute. En ce lieu même, ô toi au visage gracieux, Je suis connu sous le nom de Somēśa.
Verse 138
ममांशसंभवा ये च अस्मिन्क्षेत्रे समुद्भवाः । तेषां तु विदितं लिंगं पूर्वकल्पे तु भैरवम्
Ceux qui naissent en ce lieu sacré comme émanations de ma propre part—pour eux, ce Liṅga est déjà connu, car dans un kalpa antérieur il fut révélé comme Bhairava.
Verse 139
अन्यैरपि युगैर्देवि इदं लिंगं सुदुर्लभम् । घोरे कलियुगे पापे विशेषेण च दुर्लभम्
Même dans les autres âges, ô Déesse, ce Liṅga est d’une rareté extrême, difficile à rencontrer et à atteindre. Dans le Kali-yuga, terrible et pécheur, il est plus encore, tout spécialement, difficile à obtenir.
Verse 140
अन्यन्निदर्शनं तत्र तत्प्रवक्ष्यामि पार्वति
À présent, ô Pārvatī, je vais t’exposer un autre signe (et une illustration) concernant cette affaire en ce lieu.
Verse 141
कलौ युगे महाघोरे हेतुवादरता नराः । वदिष्यंति महापापाः सर्वे पाखण्डसंस्थिताः
Dans le Kali-yuga, le plus terrible, les hommes s’attacheront aux querelles et à un rationalisme desséché. De grands pécheurs, tous établis dans l’hypocrisie hérétique, proclameront leurs vues.
Verse 142
मिथ्या चैतत्कृतं सर्वं मूर्खैश्चापि प्रकीर्तितम् । क्व क्षेत्रं क्व प्रभावश्च कुत्र वै सन्ति देवताः
«Tout cela est mensonge—fabriqué et propagé par des sots !» Ainsi diront-ils : «Où est le champ sacré, où est sa puissance, et où donc sont les dieux ?»
Verse 143
सर्वं चापि तथालीकं मूढैश्चापि प्रकीर्तितम्
Et encore, "Tout cela n'est que mensonge", sera proclamé même par les égarés.
Verse 144
एवं मूर्खा वदिष्यंति प्रहसिष्यन्ति चापरे । नारका नास्तिका लोकाः पापोपहतचेतसः । सिद्धिं नैव प्रयास्यंति संप्राप्ते तु कलौ युगे
Ainsi parleront les sots, et d'autres se moqueront. Les athées voués à l'enfer, l'esprit frappé par le péché, n'atteindront pas la perfection une fois le Kali Yuga arrivé.
Verse 145
तीर्थे चैव मृता ये तु शिवनिन्दापरायणाः । तिर्यग्योनिप्रसूताश्च दृश्यन्ते सर्वयोनिषु
Mais ceux qui meurent dans un lieu saint tout en insultant Shiva renaissent dans des matrices animales, apparaissant à travers de nombreuses naissances inférieures.
Verse 146
एतस्मात्कारणाद्देवि तीर्थे चैव सुदुःखिताः । दृश्यन्ते युगमाहात्म्यात्सत्यशौचविवर्जिताः
C'est pour cette raison, ô Devi, que même dans un Tirtha, on voit les gens souffrir grandement — à cause de la nature de l'âge — étant dépourvus de vérité et de pureté.
Verse 147
इदं हि कारणं प्रोक्तं क्षेत्राणां चैव गोपने । एतत्ते कथितं सर्वं सिद्धिर्येन सुदुर्ल्लभा
C'est en effet la raison déclarée pour laquelle les Kshetras sacrés sont gardés secrets. Je t'ai tout dit, ce par quoi l'accomplissement rare (siddhi) est assuré.
Verse 148
युगेयुगे तु तीर्थानि कीर्तितानि सुरेश्वरि । तेषां मे वल्लभं देवि प्रभासं क्षेत्रमेव च
À chaque âge, ô Souveraine des dieux, les tīrtha sont célébrés ; mais parmi eux tous, ô Devī, le kṣetra qui m’est le plus cher est celui-ci même : Prabhāsa.
Verse 149
इत्येतत्कथितं देवि रहस्यं पापनाशनम् । क्षेत्रबीजं महादेवि किमन्यत्परिपृच्छसि
Ainsi, ô Devī, je t’ai révélé ce secret qui anéantit le péché — la “semence” (bīja) même du kṣetra. Ô Grande Déesse, que veux-tu encore demander ?
Verse 150
इदं महापातकनाशनं ये श्रोष्यंति वै क्षेत्रमहाप्रभावम् । ते चापि यास्यन्ति मम प्रभावात्त्रिविष्टपं पुण्यजनाधिवासम्
Quiconque écoute avec foi ce récit de la grande puissance du kṣetra — destructeur des fautes majeures — atteindra, par ma grâce, Triviṣṭapa, le séjour céleste des êtres méritants.