Adhyaya 107
Prabhasa KhandaPrabhasa Kshetra MahatmyaAdhyaya 107

Adhyaya 107

Cet adhyāya est un manuel rituel et doctrinal, formulé comme un enseignement d’Īśvara. Il commence par classer la bhakti en trois modes : mentale (mānasī), verbale (vācikī) et corporelle (kāyikī), puis distingue des orientations mondaines (laukikī), védiques (vaidikī) et intérieures/contemplatives (ādhyātmikī). Il décrit ensuite, pour Prabhāsa, le protocole de culte de Brahmā sous sa forme d’enfant (Bālarūpī) : bain au tīrtha ; ablutions au pañcagavya et au pañcāmṛta avec citations de mantras ; enchaînement de nyāsa réparti sur le corps ; consécration des offrandes ; rites des fleurs, de l’encens, de la lampe et du naivedya ; et vénération des corpus védiques ainsi que de vertus abstraites comme objets de respect sacré. Le chapitre introduit aussi la ratha-yātrā au mois de Kārttika (surtout autour de la Pūrṇimā), en exposant les rôles civiques, les précautions rituelles et les résultats annoncés pour les participants et les spectateurs. Un long catalogue de noms et de manifestations de Brahmā liés à des lieux est inséré comme un index de géographie théologique, suivi d’une phalāśruti : la récitation du stotra et l’observance correcte sont dites effacer les fautes et conférer un grand mérite ; des conjonctions calendaires rares, telles que le Padmaka-yoga à Prabhāsa, sont mises en relief. La conclusion recommande le dāna (dont le don de terres et d’objets prescrits) et des pratiques de récitation pour les brāhmaṇas résidents lors des grandes fêtes.

Shlokas

Verse 1

ईश्वर उवाच । अथ पूजाविधानं ते कथयामि समासतः । भक्तिभेदान्पृथक्तस्य ब्रह्मणो बालरूपिणः

Īśvara dit : À présent, je t’exposerai brièvement la règle du culte—avec les modes distincts de dévotion—envers ce Brahman, séparé de tout, qui est adoré sous la forme d’un Enfant divin.

Verse 2

रथयात्राविधानं तु स्तोत्रमंत्रविधिक्रमम् । विविधा भक्तिरुद्दिष्टा मनोवाक्कायसंभवा

L’ordonnance de la ratha-yātrā (fête du char) et l’enchaînement juste des hymnes et des mantras : ainsi la dévotion est enseignée comme multiple, née de l’esprit, de la parole et du corps.

Verse 3

लौकिकी वैदिकी चापि भवेदाध्यात्मिकी तथा । ध्यानधारणया या तु वेदानां स्मरणेन च । ब्रह्मप्रीतिकरी चैषा मानसी भक्तिरुच्यते

La dévotion peut être mondaine, védique, et aussi spirituelle. Celle qui se pratique par la méditation et la concentration ferme, et par le souvenir des Veda—qui réjouit Brahman—est appelée dévotion mentale (mānasī bhakti).

Verse 4

मंत्रवेदनमस्कारैरग्निश्राद्धविधानकैः । जाप्यैश्चारण्यकैश्चैव वाचिकी भक्तिरुच्यते

Par les mantras, la récitation du Veda, les prosternations (namaskāra), les rites prescrits du feu et du śrāddha, ainsi que par le japa et les disciplines de la vie en forêt—on appelle cela la dévotion de la parole (vācikī bhakti).

Verse 5

व्रतोपवासनियमैश्चितेंद्रियनिरोधिभिः । कृच्छ्र सांतपनैश्चान्यैस्तथा चांद्रायणादिभिः

Par les vœux (vrata), les jeûnes et les disciplines qui maîtrisent les sens; par des austérités telles que kṛcchra et sāṃtāpana; et aussi par des observances comme cāndrāyaṇa et d’autres—(la dévotion s’exprime par la pratique du corps).

Verse 6

ब्रह्मोक्तैश्चोपवासैश्च तथान्यैश्च शुभव्रतैः । कायिकी भक्तिराख्याता त्रिविधा तु द्विजन्मनाम्

Par les jeûnes prescrits par l’enseignement sacré (brahma) et par d’autres vœux auspices—cela est proclamé comme la dévotion du corps (kāyikī bhakti), triple pour les dvija, les «deux-fois-nés».

Verse 7

गोघृतक्षीरदधिभिर्मध्विक्षुसुकुशोदकैः । गंधमाल्यैश्च विविधैर्वस्तुभिश्चोपपादिभिः

Avec le ghee de vache, le lait et le caillé; avec le miel, la canne à sucre et l’eau pure de kuśa; avec des parfums et des guirlandes variés, et avec des offrandes convenables de maintes sortes—(le culte est accompli).

Verse 8

घृतगुग्गुलधूपैश्च कृष्णागुरुसुगंधिभिः । भूषणै हैमरत्नाद्यैश्चित्राभिः स्रग्भिरेव च

Avec l’encens de ghee et de guggulu, parfumé de kṛṣṇāguru (bois d’aloès noir) ; avec des ornements d’or, de gemmes et autres ; et avec de splendides guirlandes chatoyantes—(l’offrande est présentée).

Verse 9

न्यासैः परिसरैः स्तोत्रैः पताकाभिस्तथोत्सवैः । नृत्यवादित्रगीतैश्च सर्ववस्तूपहारकैः

Par les nyāsa (placements rituels), par les circumambulations, par les hymnes, par les bannières et les fêtes; par la danse, la musique instrumentale et le chant; et par des offrandes de toute sorte—ainsi se célèbre l’adoration.

Verse 10

भक्ष्यभोज्यान्न पानैश्च या पूजा क्रियते नरैः । पितामहं समुद्दिश्य सा भक्तिर्लौकिकी मता

Le culte que les hommes accomplissent avec des douceurs, des mets cuits, des grains et des boissons—en l’adressant à Pitāmaha (le Grand-Père, Brahmā)—est tenu pour une dévotion mondaine (laukikī bhakti).

Verse 11

वेदमंत्रहविर्भागैः क्रिया या वैदिकी स्मृता

Le rite dont on se souvient comme « védique » est l’acte accompli avec les mantras du Veda et avec les parts convenables des oblations (havis).

Verse 12

दर्शे च पौर्णमास्यां च कर्त्तव्यं चाग्निहोत्रजम् । प्राशनं दक्षिणादानं पुरोडाश इति क्रिया

À la nouvelle lune et à la pleine lune, il convient d’accomplir le rite lié à l’Agnihotra : la dégustation rituelle (prāśana), le don de la dakṣiṇā (rétribution sacerdotale) et l’offrande du gâteau puroḍāśa ; telle est la procédure prescrite.

Verse 13

इष्टिर्धृतिः सोमपानं याज्ञियं कर्म सर्वशः । ऋग्यजुः सामजाप्यानि संहिताध्ययनानि च । क्रियते ब्रह्माणमुद्दिश्य सा भक्तिर्वेदिकोच्यते

L’iṣṭi (culte sacrificiel), la dhṛti (fermeté), la boisson du Soma et tous les actes yājñiques; le japa des Ṛk, Yajus et Sāman, ainsi que l’étude des Saṃhitā—lorsque tout cela est accompli en vue de Brahmā, cette dévotion est dite « dévotion védique ».

Verse 14

प्राणायामपरो नित्यं ध्यानवान्विजितेंद्रियः । भैक्ष्यभक्षी व्रती चापि सर्वप्रत्याहृतेंद्रियः

Toujours voué au prāṇāyāma, établi dans la méditation et maître des sens; vivant d’aumônes, observant les vœux, les sens entièrement retirés—tel est l’ascète discipliné.

Verse 15

धारणं हृदये कृत्वा ध्यायमानः प्रजेश्वरम् । हृत्पद्मकर्णिकासीनं रक्तवर्णं सुलोचनम्

Établissant la dhāraṇā dans le cœur, il médite le Seigneur des créatures (Prajāpati/Brahmā), assis sur le péricarpe du lotus du cœur, rouge de teinte et aux beaux yeux.

Verse 16

पश्यन्नुद्द्योतितमुखं ब्रह्माणं सुकटीतटम् । रक्तवर्णं चतुर्बाहुं वरदाभयहस्तकम् । एवं यश्चिंतयेद्देवं ब्रह्मभक्तः स उच्यते

Contemplant Brahmā au visage rayonnant, à la taille et aux hanches harmonieuses, de teinte rouge, aux quatre bras, dont les mains accordent le don et l’intrépidité; quiconque le médite ainsi est dit dévot de Brahmā.

Verse 17

विधिं च शृणु मे देवि यः स्मृतः क्षेत्रवासिनाम्

Écoute donc de moi, ô Déesse, la règle de conduite prescrite à ceux qui demeurent dans le kṣetra, le lieu sacré.

Verse 18

निर्ममा निरहंकारा निःसंगा निष्परिग्रहाः । चतुर्वर्गेपि निःस्नेहाः समलोष्टाश्मकांचनाः

Délivrés du « mien » et de l’ego, sans attache et sans accumulation; même envers les quatre buts de la vie ils ne s’agrippent pas, tenant pour égaux une motte de terre, une pierre et l’or.

Verse 19

भूतानां कर्मभिर्नित्यं त्रिविधैरभयप्रदाः । प्राणायामपरा नित्यं परध्यानपरायणाः

Par les trois formes d’actes karmiques, ils accordent sans cesse l’intrépidité aux êtres; toujours voués au prāṇāyāma et entièrement consacrés à la méditation du Seigneur Suprême.

Verse 20

जापिनः शुचयो नित्यं यतिधर्मक्रियापराः । सांख्ययोगविधिज्ञा ये धर्मविच्छिन्नसंशयाः

Ils pratiquent le japa, demeurent toujours purs; voués aux devoirs et disciplines des renonçants; connaisseurs des voies du Sāṃkhya et du Yoga, leurs doutes au sujet du dharma étant tranchés.

Verse 21

ब्रह्मपूजारता नित्यं ते विप्राः क्षेत्रवासिनः । तैर्यथा पूजनीयो वै बालरूपी पितामहः

Ces brāhmaṇas, demeurant dans le kṣetra sacré, sont sans cesse voués au culte de Brahmā; et par eux, le Grand-Père primordial—Brahmā apparaissant sous la forme d’un enfant—doit être adoré selon le rite juste.

Verse 22

तथाहं कीर्त्तयिष्यामि शृणुष्वैकमनाः प्रिये । स्नात्वा तु विमले तीर्थे शुक्लांबरधरः शुचिः । पूजोपहारसंयुक्तस्ततो ब्रह्माणमर्चयेत्

Ainsi vais-je l’exposer : écoute d’un esprit unifié, ô bien-aimée. Après t’être baigné au tīrtha immaculé, vêtu de blanc et demeurant pur, muni d’offrandes de culte, adore alors Brahmā.

Verse 23

पूर्वं संस्नाप्य विधिना पंचामृतरसोदकैः । गोमूत्रं गोमयं क्षीरं दधि सर्पिः कुशोदकम्

D’abord, selon la règle rituelle, il faut baigner (la divinité) avec les liquides du pañcāmṛta : urine de vache, bouse de vache, lait, caillé, ghee, et eau sanctifiée par le kuśa.

Verse 24

गायत्र्या गृह्य गोमूत्रं गंधद्वारेति गोमयम् । आप्यायस्वेति च क्षीरं दधिक्राव्णेति वै दधि

En récitant le mantra «Gāyatrī», on prend l’urine de vache; avec «Gandhadvāra», la bouse; avec «Āpyāyasva», le lait; et avec «Dadhikrāva», le caillé—ainsi, véritablement, se déroule le rite.

Verse 25

तेजोऽसि शुक्रमित्याज्यं देवस्य त्वा कुशोदकम् । आपोहिष्ठेति मंत्रेण पंचगव्येन स्नापयेत्

Le ghee s’emploie avec «Tejo’si śukram»; l’eau de kuśa avec «Devasya tvā»; et, par le mantra «Āpohiṣṭha», on doit baigner (la divinité) avec le pañcagavya.

Verse 26

कपिलापंचगव्येन कुशवारियुतेन च । स्नापयेन्मंत्रपूतेन ब्रह्मस्नानं हि तत्स्मृतम्

On doit baigner (la divinité) avec le pañcagavya d’une vache kapilā (fauve), mêlé d’eau de kuśa, sanctifiée par le mantra; cela est, en vérité, tenu pour le «Brahmā-snāna».

Verse 27

वर्षकोटिसहस्रैस्तु यत्पापं समुपार्जितम् । सुरज्येष्ठं तु संस्नाप्य दहेत्सर्वं न संशयः

Quel que soit le péché amassé durant des milliers de crores d’années—en baignant Sura-jyeṣṭha, le premier des dieux, tout est brûlé; sans aucun doute.

Verse 28

एवं संस्नाप्य विधिना ब्रह्माणं बालरूपिणम् । कर्पूरागरुतोयेन ततः संस्नापयेद्द्विजः

Après avoir ainsi baigné, selon la règle, Brahmā sous forme d’enfant, le dvija (deux fois né) doit ensuite le baigner encore avec une eau parfumée de camphre et d’agaru.

Verse 29

एवं कृत्वार्च्चयेद्देवं गायत्रीन्यासयोगतः । मूर्ध्नः पादतलं यावत्प्रणवं विन्यसेद्बुधः

Cela accompli, qu’on adore la Divinité selon la pratique du Gāyatrī-nyāsa ; que le sage dépose le Praṇava (Om) depuis le sommet du crâne jusqu’aux plantes des pieds.

Verse 30

तकारं विन्यसेन्मूर्ध्नि सकारं मुखमण्डले । विकारं कंठदेशे तु तुकारं चांगसंधिषु

Qu’on place la syllabe «ta» au sommet du crâne, «sa» dans la région du visage ; «vi» à la gorge ; et «tu» sur les articulations des membres.

Verse 31

वकारं हृदि मध्ये तु रेकारं पार्श्वयोर्द्वयोः । णिकारं दक्षिणे कुक्षौ यकारं वामसंज्ञिते

Qu’on place la syllabe «va» au milieu du cœur ; «ra» sur les deux flancs ; «ṇa» sur le côté droit de l’abdomen ; et «ya» sur ce qu’on nomme le côté gauche.

Verse 32

भकारं कटिनाभिस्थं गोकारं पार्श्वयोर्द्वयोः । देकारं जानुनोर्न्यस्य वकारं पादपद्मयोः

Qu’on place la syllabe «bha» à la taille et dans la région du nombril ; «go» sur les deux flancs ; en posant «de» sur les genoux, qu’on établisse «va» sur les pieds-lotus.

Verse 33

स्यकारमंगुष्ठयोर्न्यस्य धीकारमुरसि न्यसेत् । मकारं जानुमूले तु हि कारं गुह्यमाश्रितम्

Après avoir placé la syllabe «sya» sur les pouces, qu’on dépose «dhī» sur la poitrine. Puis qu’on place «ma» à la base des genoux ; et «hi» est assigné à la région secrète (génitale).

Verse 34

धिकारं हृदये न्यस्य योकारं चाधरोष्ठके । योकारं च तथैवान्यमुत्तरोष्ठे न्यसेत्सुधीः

Plaçant la syllabe « dhi » dans le cœur, qu’on établisse « yo » sur la lèvre inférieure ; et de même, que l’autre « yo » soit posé sur la lèvre supérieure par le sage.

Verse 35

नकारं नासिकाग्रे तु प्रकारं नेत्रमाश्रितम् । चोकारं च भ्रुवोर्मध्ये दकारं प्राणमाश्रितम्

Que la syllabe « na » soit placée à la pointe du nez ; « pra » établie dans l’œil ; « co » dans l’espace entre les sourcils ; et « da » dans le souffle vital.

Verse 36

यात्कारं च ललाटांते विन्यसेद्वै सुरेश्वरि । न्यासं कृत्वाऽत्मनो देहे देवे कुर्यात्तथा प्रिये

Et qu’on place la syllabe « yāt » à l’extrémité du front, ô Souveraine des dieux. Après avoir accompli le nyāsa sur son propre corps, qu’on l’accomplisse de même sur la Divinité, ô bien-aimée.

Verse 37

सर्वोपहारसंपन्नं कृत्वा सम्यङ्निरीक्षयेत् । कुंकुमागरुकर्पूरचंदनेन विमिश्रितम्

Après avoir disposé toutes les offrandes en plénitude, qu’on les examine avec soin, mêlées de safran, de bois d’aloès, de camphre et de santal.

Verse 38

गंधतोयैरुपस्कृत्य गायत्र्या प्रणवेन च । प्रोक्षयेत्सर्वद्रव्याणि पश्चादर्चनमारभेत्

Après avoir purifié les objets avec de l’eau parfumée, et par la Gāyatrī ainsi que le Praṇava (Oṃ), qu’on asperge toutes les substances rituelles ; ensuite, qu’on commence l’adoration.

Verse 39

दिव्यै पुष्पैः सुगंधैश्च मालतीकमलादिभिः । अशोकैः शतपत्रैश्च बकुलैः पूजयेत्क्रमात्

Qu’on adore, selon l’ordre prescrit, avec des fleurs divines et parfumées—telles le jasmin et le lotus—ainsi qu’avec les fleurs d’aśoka, les fleurs aux cent pétales et les fleurs de bakula.

Verse 40

कृष्णागरुसुधूपेन घृतदीपैस्तथोत्तमैः । ततः प्रदापयेत्तत्र नैवेद्यं विविधं क्रमात्

Avec un encens उत्कृष्ट d’agaru sombre et des lampes de ghee des plus pures, qu’ensuite, selon l’ordre prescrit, on présente là une variété de naivedya, offrandes de nourriture.

Verse 41

खण्डलड्डुकश्रीवेष्टकांसाराशोकपल्लवैः । स्वस्तिकोल्लिपिकादुग्धा तिलवेष्टकिलाटिकाम्

Qu’il offre, dans le rite d’adoration, des présents sacrés—morceaux de laddus sucrés, enveloppes auspiciennes, récipients et jeunes pousses d’aśoka—avec du lait préparé pour tracer le signe svastika, et des gâteaux kilāṭikā enveloppés de sésame.

Verse 42

फलानि चैव पक्वानि मूलमंत्रेण दापयेत् । ऋग्वेदं च यजुर्वेदं सामवेदं च पूजयेत्

Qu’il présente des fruits mûrs avec le mūla-mantra; et qu’il honore aussi le Ṛgveda, le Yajurveda et le Sāmaveda.

Verse 43

ज्ञानं वैराग्यमैश्वर्यं धर्मं संपूजयेद्बुधः । ईशानादिक्रमाद्देवि दिशासु विदिशासु च

Le dévot avisé doit vénérer pleinement la connaissance, le détachement (vairāgya), la souveraineté (aiśvarya) et le dharma; et, ô Déesse, qu’il le fasse dans les directions et les directions intermédiaires, en commençant selon l’ordre par Īśāna (le nord-est).

Verse 44

चतुर्द्दशविद्यास्थानानि ब्रह्मणोऽग्रे प्रपूजयेत् । हृदयानि ततो न्यस्य देवस्य पुरतः क्रमात्

Qu’il vénère d’abord, devant Brahmā, les quatorze sièges de la connaissance; puis, déposant selon l’ordre les formules du « cœur » (hṛdaya), qu’il les place devant la Divinité.

Verse 45

आपोहिष्ठेति ऋगियं हृदयं परिकीर्त्तितम् । ऋतं सत्यं शिखा प्रोक्ता उदुत्यं नेत्रमादिशेत्

« Āpo hi ṣṭhā… »—ce verset du Ṛgveda est proclamé être le Cœur (hṛdaya). « Ṛtaṃ satyaṃ… » est enseigné comme la Houppe (śikhā), et « Ud u tyaṃ… » doit être assigné comme l’Œil (netra).

Verse 46

चित्रं देवानामित्येवं सर्वलोकेषु विश्रुतम् । ब्रह्मंस्ते छादयामीति कवचं समुदाहृतम्

« Citraṃ devānām… »—ainsi renommé dans tous les mondes—est déclaré être l’Armure (kavaca) ; et « Brahmaṃs te chādayāmi » est récité comme le voile de protection.

Verse 47

भूर्भुवः स्वरितीरेश पूजनं परिकीर्तितम् । गायत्र्या पूजयेद्देवमोंकारेणाभिमंत्रितम्

Ô Seigneur de la rive (tīra), il est enseigné d’adorer avec « bhūr bhuvaḥ svaḥ ». Qu’il vénère la Divinité par la Gāyatrī, après avoir consacré le rite par la syllabe Oṃ.

Verse 48

प्रणवेनापरान्सर्वानृग्वेदादीन्प्रपूजयेत् । गायत्री परमो मंत्रो वेदमाता विभावरी

Par le Praṇava (Oṃ), qu’il vénère comme il se doit tous les autres—le Ṛgveda et les Vedas restants. La Gāyatrī est le mantra suprême, la Mère des Vedas, la Rayonnante.

Verse 49

गायत्र्यक्षरतत्त्वैस्तु ब्रह्माणं यस्तु पूजयेत् । उपोष्य पंचदश्यां तु स याति परमं पदम्

Celui qui vénère Brahmā par les principes essentiels des syllabes de la Gāyatrī, et jeûne au quinzième jour lunaire, atteint l’état suprême.

Verse 50

संसारसागरं घोरमुत्तितीर्षुर्द्विजो यदि । प्रभासे कार्त्तिके मासि ब्रह्माणं पूजयेत्सदा

Si un dvija, désireux de traverser l’effroyable océan du saṃsāra, se trouve à Prabhāsa, au mois de Kārttika, qu’il vénère sans cesse Brahmā.

Verse 51

यस्य दर्शनमात्रेण अश्वमेध फलं लभेत् । कस्तं न पूजयेद्विद्वान्प्रभासे बालरूपिणम्

Celui dont la seule vision confère le fruit du sacrifice de l’Aśvamedha : quel sage ne vénérerait pas, à Prabhāsa, ce Seigneur à la forme d’enfant ?

Verse 52

यस्यैकदिवसप्रांते सदेवासुरमानवाः । विलयं यांति देवेशि कस्तं न प्रतिपूजयेत्

À la fin d’un seul de ses jours, dieux, asuras et humains se résorbent pareillement ; ô Déesse des dieux, qui ne le vénérerait avec une profonde révérence ?

Verse 53

पिता यः सर्वदेवानां भूतानां च पितामहः । यस्मादेष स तैः पूज्यो ब्राह्मणैः क्षेत्रवासिभिः

Il est le père de tous les dieux et l’aïeul primordial de tous les êtres ; c’est pourquoi il doit être vénéré par eux, ainsi que par les brāhmaṇas qui demeurent en cette terre sacrée.

Verse 54

रुद्ररूपी विश्वरूपी स एव भुवनेश्वरः । पौर्णमास्यामुपोषित्वा ब्रह्माणं जगतां पतिम् । अर्चयेद्यो विधानेन सोऽश्वमेधफलं लभेत्

Il est de forme Rudra, de forme universelle—vraiment le Seigneur des mondes. Celui qui jeûne au jour de pleine lune et, selon le rite prescrit, adore Brahmā, Maître de l’univers, obtient le fruit de l’Aśvamedha.

Verse 55

कार्त्तिके मासि देवस्य रथयात्रा प्रकीर्त्तिता । यां कृत्वा मानवो भक्त्या याति ब्रह्मसलोकताम्

Au mois de Kārttika est proclamée la procession du char du Seigneur. Celui qui l’accomplit avec dévotion parvient au monde de Brahmā.

Verse 56

कार्त्तिके मासि देवेशि पौर्णमास्यां चतुर्मुखम् । मार्गेण चर्मणा सार्द्धं सावित्र्या च परंतपः

Ô Souveraine des dieux, au jour de pleine lune de Kārttika, il convient d’honorer le Seigneur aux quatre visages (Brahmā), avec le parcours sacré, le revêtement de peau, et aussi avec Sāvitrī, ô dompteur des ennemis.

Verse 57

भ्रामयेन्नगरं सर्वं नानावाद्यैः समन्वितम् । स्थापयेद्भ्रामयित्वा तु सकलं नगरं नृपः

Le roi doit faire parcourir en procession toute la cité, accompagnée de maints instruments de musique; puis, après l’avoir menée autour, il doit rétablir toute la ville en son ordre convenable.

Verse 58

ब्राह्मणान्भोजयित्वाग्रे शांडिलेयं प्रपूज्य च । आरोपयेद्रथे देवं पुण्यवादित्रनिःस्वनैः

D’abord, après avoir nourri les brāhmaṇas et honoré dignement Śāṇḍileya, on placera le Seigneur sur le char, au milieu des sons auspiceux des instruments sacrés.

Verse 59

रथाग्रे शांडिलीपुत्रं पूजयित्वा विधानतः । ब्राह्मणान्वाचयित्वा च कृत्वा पुण्याहमंगलम्

À l’avant du char, après avoir vénéré le fils de Śāṇḍilī selon la règle et fait réciter aux brāhmaṇas des bénédictions, on accomplira le rite propice du « puṇyāha ».

Verse 60

देवमारोपयित्वा तु रथे कुर्यात्प्रजागरम् । नानाविधैः प्रेक्षणकैर्ब्रह्मशेषैश्च पुष्कलैः

Ensuite, après avoir installé la Divinité sur le char, on tiendra une veille nocturne, avec maintes observances sacrées et d’abondantes offrandes de « brahma-śeṣa » (nourriture sanctifiée par les brāhmaṇas).

Verse 61

नारोढव्यं रथे देवि शूद्रेण शुभमिच्छता । नाधर्मेण विशेषेण मुक्त्वैकं भोजकं प्रिये

Ô Déesse, un Śūdra qui recherche l’heureux présage ne doit pas monter sur le char. Qu’on n’agisse pas non plus par adharma—sauf, bien-aimée, l’unique exception du Bhojaka, le serviteur préposé à ce rite.

Verse 62

ब्रह्मणो दक्षिणे पार्श्वे सावित्रीं स्थापयेत्प्रिये । भोजकं वामपार्श्वे तु पुरतः पंकजं न्यसेत्

Bien-aimée, place Sāvitrī à la droite de Brahmā ; à gauche, le serviteur Bhojaka ; et devant, dépose un lotus.

Verse 63

एवं तूर्यनिनादैश्च शंखशब्दैश्च पुष्कलैः । भ्रामयित्वा रथं देवि पुरं सर्वं च दक्षिणम् । स्वस्थाने स्थापयेद्भूयः कृत्वा नीराजनं बुधः

Ainsi, au milieu des sons abondants des instruments et des puissants appels de la conque, ô Déesse, après avoir fait tourner le char autour de toute la cité en suivant la direction droite et propice, le sage le replacera en son lieu, après avoir accompli le nīrājana (ārati).

Verse 64

य एवं कुरुते यात्रां भक्त्या यश्चापि पश्यति । रथं वाऽकर्षयेद्यस्तु स गच्छेद्ब्रह्मणः पदम्

Quiconque accomplit ainsi la procession avec dévotion—et quiconque ne fait que la contempler—ou quiconque tire le char, celui-là atteint la demeure de Brahmā.

Verse 65

यो दीपं धारयेत्तत्र ब्रह्मणो रथपृष्ठगः । पदेपदेऽश्वमेधस्य स फलं विंदते महत्

Quiconque, là, tient une lampe en se tenant sur (ou en accompagnant) le char de Brahmā, obtient à chaque pas le grand fruit du sacrifice Aśvamedha.

Verse 66

यो न कारयते राजा रथयात्रां तु ब्रह्मणः । स पच्यते महादेवि रौरवे कालमक्षयम्

Ô Grande Déesse, le roi qui ne fait pas célébrer la fête du char de Brahmā est tourmenté dans l’enfer de Raurava pendant un temps impérissable.

Verse 67

तस्मात्सर्वप्रयत्नेन राष्ट्रस्य क्षेममिच्छता । रथयात्रां विशेषेण स्वयं राजा प्रवर्त्तयेत्

Ainsi, désirant la prospérité du royaume, le roi doit, par tous les efforts, mettre lui-même en mouvement, d’une manière particulière, cette fête du char.

Verse 68

प्रतिपद्ब्राह्मणांश्चापि भोजयेद्वि धिवत्सुधीः । वासोभिरहतैश्चापि गन्धमाल्यानुलेपनैः

Au jour de Pratipad, le sage doit aussi nourrir les brāhmanes selon la règle prescrite, et les honorer de vêtements neufs non portés, ainsi que de parfums, de guirlandes et d’onguents.

Verse 69

कार्त्तिके मास्यमावास्यां यस्तु दीपप्रदीपनम् । शालायां ब्रह्मणः कुर्यात्स गच्छेत्परमं पदम्

Celui qui, au jour de nouvelle lune du mois de Kārttika, allume des lampes dans la salle de Brahmā, atteint l’état suprême.

Verse 70

उत्सवेषु च सर्वेषु सर्वकाले विशेषतः । पूजयेयुरिमं विप्रा ब्रह्माणं जगतां गुरुम्

En toutes les fêtes, et en tout temps plus encore, les brāhmanes doivent vénérer ce Brahmā, le guru des mondes.

Verse 71

यथाकृत्यप्रयोगेण सम्यक्छ्रद्धा समन्विताः । पूज्यो दिव्योपचारेण यथावित्तानुसारतः

Doué d’une foi juste et suivant le rite prescrit, qu’on Le vénère par des offrandes divines, selon ses moyens.

Verse 72

एवं ते कथितं देवि पूजामाहात्म्यमुत्तमम् । प्रभासक्षेत्रमाहात्म्यं ब्रह्मणः बालरूपिणः

Ainsi, ô Devī, je t’ai décrit la grandeur suprême du culte : la grandeur de Prabhāsa-kṣetra, où Brahmā demeure sous la forme d’un enfant.

Verse 73

तस्याहं कथयिष्यामि नाम्नामष्टोत्तरं शतम् । प्रदत्त्वा च पठित्वा च यज्ञायुतफलं लभेत्

Je vais maintenant proclamer ses cent huit noms. En les offrant (à un digne récipiendaire) et en les récitant, on obtient un mérite égal à dix mille sacrifices.

Verse 74

गायत्र्या लक्षजाप्येन सम्यग्जप्तेन यत्फलम् । तत्फलं समवाप्नोति स्तोत्रस्यास्य उदीरणात्

Le fruit obtenu par cent mille répétitions correctes de la Gāyatrī, ce même fruit est atteint par la récitation de cet hymne.

Verse 75

इदं स्तोत्रवरं दिव्यं रहस्यं पापनाशनम् । न देयं दुष्टबुद्धीनां निन्दकानां तथैव च

Cet hymne excellent est divin, secret et destructeur de péché. Il ne doit pas être donné à ceux qui ont une intention mauvaise, ni aux dénigreurs.

Verse 76

ब्राह्मणाय प्रदातव्यं श्रोत्रियाय महात्मने । विष्णुना हि पुरा पृष्टं ब्रह्मणः स्तोत्रमुत्त्मम्

Il doit être transmis à un brāhmane, instruit dans le Veda et magnanime. Car jadis Viṣṇu s’enquit de cet hymne suprême de Brahmā.

Verse 77

केषुकेषु च स्थानेषु देवदेव पितामह । संचिन्त्यस्तन्ममाचक्ष्व त्वं हि सर्वविदुत्तम

Ô Dieu des dieux, ô Pitāmaha, en quels lieux et stations sacrées doit-on te contempler ? Réfléchis et dis-le-moi, car tu es le meilleur de tous les connaisseurs.

Verse 78

ब्रह्मोवाच । पुष्करेऽहं सुरश्रेष्ठो गयायां प्रपितामहः । कान्यकुब्जे वेदगर्भो भृगुक्षेत्रे चतुर्मुखः

Brahmā dit : À Puṣkara, je suis connu comme Suraśreṣṭha ; à Gayā, comme Prapitāmaha. À Kānyakubja, je suis Vedagarbha, et à Bhṛgu-kṣetra, je suis Caturmukha.

Verse 79

कौबेर्यां सृष्टिकर्ता च नन्दिपुर्यां बृहस्पतिः । प्रभासे बालरूपी च वाराणस्यां सुरप्रियः

À Kauberī, Je suis le Créateur; à Nandīpurī, Je suis Bṛhaspati. À Prabhāsa, Je me manifeste sous la forme d’un enfant; et à Vārāṇasī, Je suis Surapriya, le Bien-aimé des dieux.

Verse 80

द्वारावत्यां चक्रदेवो वैदिशे भुवनाधिपः । पौंड्रके पुण्डरीकाक्षः पीताक्षो हस्तिनापुरे

À Dvārāvatī, Je suis Cakradeva; à Vaidiśa, Je suis Bhuvanādhipa, Souverain des mondes. À Pauṇḍraka, Je suis Puṇḍarīkākṣa; et à Hastināpura, Je suis Pītākṣa.

Verse 81

जयंत्यां विजयश्चासौ जयन्तः पुरुषोत्तमे । वाडेषु पद्महस्तोऽहं तमोलिप्ते तमोनुदः

À Jayantī, on Me connaît comme Vijaya, et à Puruṣottama comme Jayanta. À Vāḍa, Je suis Celui dont la main porte le lotus; et à Tamolipta, Je suis le Dissipateur des ténèbres.

Verse 82

आहिच्छत्र्यां जनानंदः काञ्चीपुर्यां जनप्रियः । कर्णाटस्य पुरे ब्रह्मा ऋषिकुण्डे मुनिस्तथा

À Āhicchatrā, Je suis Janānanda, la joie des peuples; à Kāñcīpurī, Je suis Janapriya, l’aimé des hommes. Dans la cité de Karṇāṭa, Je suis Brahmā; et à Ṛṣikuṇḍa, Je suis honoré comme le Muni, le Sage.

Verse 83

श्रीकण्ठे श्रीनिवासश्च कामरूपे शुभंकरः । उच्छ्रियाणे देवकर्त्ता स्रष्टा जालंधरे तथा

À Śrīkaṇṭha, Je suis Śrīnivāsa; à Kāmarūpa, Je suis Śubhaṅkara, le Donateur d’auspice. À Ucchriyāṇa, Je suis Devakartṛ, le Façonneur des dieux; et à Jālandhara, Je suis le Créateur.

Verse 84

मल्लिकाख्ये तथा विष्णुर्महेन्द्रे भार्गवस्तथा । गोनर्दः स्थविराकारे ह्युज्जयिन्यां पितामहः

De même, à Mallikākhya Je suis Viṣṇu ; à Mahendra Je suis Bhārgava. À Gonarda, Je Me manifeste sous l’aspect d’un vénérable vieillard ; et à Ujjayinī Je suis Pitāmaha, le Grand Aïeul.

Verse 85

कौशांब्यां तु महादेवो ह्ययोध्यायां तु राघवः । विरंचिश्चित्रकूटे तु वाराहो विन्ध्यपर्वते

À Kauśāmbī Je suis Mahādeva ; à Ayodhyā Je suis Rāghava (Rāma). À Citrakūṭa Je suis Virañci (Brahmā) ; et sur la montagne Vindhya Je suis Varāha.

Verse 86

गंगाद्वारे सुरश्रेष्ठो हिमवन्ते तु शंकरः । देहिकायां स्रुचाहस्तः पद्महस्तस्तथाऽर्बुदे

À Gaṅgādvāra Je suis le Plus excellent des dieux ; dans l’Himavant Je suis Śaṅkara. À Dehikā Je suis Celui dont la main tient la louche sacrificielle ; et à Arbuda, de même, Je suis Celui dont la main porte le lotus.

Verse 87

वृन्दावने पद्मनेत्रः कुश हस्तश्च नैमिषे । गोपक्षेत्रे च गोविन्दः सुरेन्द्रो यमुनातटे

À Vṛndāvana Je suis Celui aux yeux de lotus ; à Naimiṣa Je suis Celui qui tient l’herbe kuśa. À Gopakṣetra Je suis Govinda ; et sur la rive de la Yamunā Je suis Surendra, le Seigneur des dieux.

Verse 88

भागीरथ्यां पद्मतनुर्जनानन्दो जनस्थले । कौंकणे च स मध्वक्षः काम्पिल्ये कनकप्रभः

Sur la Bhāgīrathī Je suis Padmatanu, de forme pareille au lotus ; à Janasthala Je suis Janānanda. Dans le Koṅkaṇa Je suis Madhvakṣa ; et à Kāmpilya Je resplendis comme Kanakaprabha, l’Éclat d’or.

Verse 89

खेटके चान्नदाता च शंभुश्चैव क्रतुस्थले । लंकायां चैव पौलस्त्यः काश्मीरे हंसवाहनः

À Kheṭaka, Je suis Annadātā, le Donateur de nourriture; et à Kratusthala, Je suis Śambhu. À Laṅkā, Je suis Paulastya; et au Kāśmīra, Je suis Haṃsavāhana, Celui qui a pour monture le cygne.

Verse 90

वसिष्ठश्चार्बुदे चैव नारदश्चोत्पलावने । मेधके श्रुतिदाता च प्रयागे यजुषां पतिः

À Arbuda, Je suis Vasiṣṭha; et à Utpalāvana, Je suis Nārada. À Medhaka, Je suis Śrutidātā, le Donateur du savoir sacré; et à Prayāga, Je suis le Seigneur du Yajus (Yajurveda).

Verse 91

शिवलिंगे सामवेदो मर्कटे च मधुप्रियः । नारायणश्च गोमन्ते विदर्भायां द्विज प्रियः

À Śivaliṅga, Il est loué comme le Sāmaveda; à Markaṭa, Il est connu comme Madhupriya, l’Aimé de la douceur. À Gomanta, Il est Nārāyaṇa; et en Vidarbhā, Il est renommé comme Dvijapriya, l’Aimé des deux-fois-nés. Ainsi l’Unique Seigneur est célébré en de nombreux lieux saints.

Verse 92

अंकुलके ब्रह्मगर्भो ब्रह्मवाहे सुतप्रियः । इन्द्रप्रस्थे दुराधर्षश्चंपायां सुरमर्दनः

À Aṃkulaka, on L’appelle Brahmagarbha; à Brahmavāha, Il est Sutapriya, l’Ami de la descendance vertueuse. À Indraprastha, Il est célèbre comme Durādharṣa, l’Inattaquable; et à Campā comme Suramardana, Celui qui broie les puissances adverses. Ainsi les tīrthas proclament Sa force et Sa grâce.

Verse 93

विरजायां महारूपः सुरूपो राष्ट्रवर्धने । कदंबके जनाध्यक्षो देवाध्यक्षः समस्थले

À Virajā, Il est Mahārūpa, de forme immense; à Rāṣṭravardhana, Il est Surūpa, de beauté propice. À Kadaṃbaka, Il est Janādhyakṣa, le Surveillant des êtres; et à Samasthala, Il est Devādhyakṣa, le Surveillant des dieux. Ainsi les tīrthas proclament Sa souveraineté universelle.

Verse 94

गंगाधरो रुद्रपीठे सुपीठे जलदः स्मृतः । त्र्यंबके त्रिपुरारिश्च श्रीशैले च त्रिलोचनः

À Rudrapīṭha, Il est Gaṅgādhara, le Porteur du Gaṅgā ; à Supīṭha, on se souvient de Lui comme Jalada. À Tryaṃbaka, Il est Tripurāri, l’ennemi de Tripura, et à Śrīśaila, Il est Trilocana, le Seigneur aux Trois Yeux — chaque sanctuaire proclame une gloire particulière de Śiva.

Verse 95

महादेवः प्लक्षपुरे कपाले वेधनाशनः । शृङ्गवेरपुरे शौरिर्निमिषे चक्रधारकः

À Plakṣapura, Il est vénéré comme Mahādeva ; à Kapāla, Il est Vedhanāśana, Celui qui détruit les souffrances perçantes. À Śṛṅgaverapura, Il est Śauri, et à Nimiṣa, Il est Cakradhāraka, le Porteur du disque — ainsi la carte du pèlerinage du dharma brille à travers les Noms divins.

Verse 96

नन्दिपुर्यां विरूपाक्षो गौतमः प्लक्षपादपे । माल्यवान्हस्तिनाथे तु द्विजेन्द्रो वाचिके तथा

À Nandipurī, Il est Virūpākṣa ; près de l’arbre Plakṣa, Il est Gautama. À Hastinātha, Il est Mālyavān, et de même à Vācika, Il est Dvijendra, seigneur des « deux-fois-nés » — ainsi les sanctuaires multiples conservent Ses manifestations vénérables.

Verse 97

इन्द्रपुर्यां दिवानाथो भूतिकायां पुरंदरः । हंसबाहुश्च चन्द्रायां चंपायां गरुडप्रियः

À Indrapurī, Il est Divānātha, seigneur du jour ; à Bhūtikā, Il est Purandara. À Candrā, Il est Haṃsabāhu, et à Campā, Il est Garuḍapriya, le Bien-aimé de Garuḍa — ainsi les tīrtha proclament Son éclat céleste.

Verse 98

महोदये महायक्षः सुयज्ञः पूतके वने । सिद्धेश्वरे शुक्लवर्णो विभायां पद्मबोधकः

À Mahodaya, Il est Mahāyakṣa ; dans la forêt de Pūtake, Il est Suyajña. À Siddheśvara, Il est Śuklavarṇa, d’une blancheur rayonnante ; et à Vibhā, Il est Padmabodhaka, l’Éveilleur par le lotus de la sagesse — ainsi la géographie sacrée enseigne la pureté et la réalisation.

Verse 99

देवदारुवने लिंगी उदकेथ उमापतिः । विनायको मातृस्थाने अलकायां धनाधिपः

Dans la forêt de Devadāru, Il est Liṅgī (présent comme le Liṅga) ; à Udaketha, Il est Umāpati (l’Époux d’Umā). Au Mātṛsthāna, Il est Vināyaka, et à Alakā, Il est Dhanādhipa (Seigneur des richesses) — ainsi les tīrtha vénèrent Śiva et les divinités qui maintiennent l’ordre du monde et l’ordre spirituel.

Verse 100

त्रिकूटे चैव गोविंदः पाताले वासुकिस्तथा । कोविदारे युगाध्यक्षः स्त्रीराज्ये च सुरप्रियः

À Trikūṭa, Il est Govinda ; dans Pātāla, Il est Vāsuki. À Kovidāra, Il est Yugādhyakṣa (surveillant des âges), et en Strīrājya, Il est Surapriya (bien-aimé des dieux) — ainsi le Purāṇa cartographie la présence du Seigneur, des montagnes aux royaumes souterrains et à travers des terres merveilleuses.

Verse 101

पूर्णगिर्यां सुभोगश्च शाल्मल्यां तक्षकस्तथा । अमरे पापहा चैव अंबिकायां सुदर्शनः

À Pūrṇagiri, Je suis connu sous le nom de Subhoga ; à Śālmalī, sous celui de Takṣaka. À Amara, Je suis Pāpahā, le Destructeur du péché ; et à Ambikā, Je suis Sudarśana.

Verse 102

नरवाप्यां महावीरः कान्तारे दुर्गनाशनः । पद्मवत्यां पद्मगृहो गगने मृगलाञ्छनः

À Naravāpī, Je suis Mahāvīra ; dans Kāntāra, Je suis Durganāśana, le Destructeur des épreuves. À Padmavatī, Je suis Padmagṛha ; et à Gagana, Je suis Mṛgalāñchana.

Verse 103

अष्टोत्तरं नामशतं यत्रैतत्परिपठ्यते । तत्रैव मम सांनिध्यं त्रिसंध्यं मधुसूदन

Partout où l’on récite intégralement cet ensemble de cent huit noms, là même—ô Madhusūdana—demeure Ma présence, aux trois sandhyā du jour : matin, midi et soir.

Verse 104

तेषामपि यस्त्वेकं पश्येद्वै बालरूपिणम् । सर्वेषां लभते पुण्यं पूर्वोक्तानां च वेधसाम्

Même parmi ces formes, quiconque contemple ne fût-ce qu’une seule, apparaissant sous l’aspect d’un enfant, obtient le mérite de toutes les manifestations sacrées précédemment évoquées.

Verse 105

एतैर्यो नामभिः कृष्ण प्रभासे स्तौति मां सदा । स्थानं मे विजयं लब्ध्वा मोदते शाश्वतीः समाः

Ô Kṛṣṇa, celui qui, à Prabhāsa, me loue sans cesse par ces noms, ayant atteint ma demeure victorieuse, se réjouit durant des années éternelles.

Verse 106

मानसं वाचिकं चैव कायिकं चैव दुष्कृतम् । तत्सर्वं नाशमायाति मम स्तोत्राऽनु कीर्तनात्

Toute faute—par la pensée, la parole et le corps—s’anéantit par la récitation dévote de mon hymne.

Verse 107

पुष्पोपहौरर्धूपैश्च ब्राह्मणानां च तर्पणैः । ध्यानेन च स्थिरेणाशु प्राप्यते यत्फलं नरैः । तत्फलं समवाप्नोति मम स्तोत्रानु कीर्तनात्

Le fruit que les hommes obtiennent promptement par l’offrande de fleurs, de dons et d’encens, en comblant les brāhmaṇas et par une méditation stable, ce même fruit est atteint par la récitation de mon hymne.

Verse 108

ब्रह्महत्यादिपापानि इह लोके कृतान्यपि । अकामतः कामतो वा तानि नश्यंति तत्क्षणात्

Les péchés, à commencer par la brahmahatyā —la faute la plus grave—, même commis en ce monde, qu’ils soient involontaires ou délibérés, périssent à l’instant.

Verse 109

इदं स्तोत्रं ममाभीष्टं शृणुयाद्वा पठेच्च वा । स मुक्तः पातकैः सर्वैः प्राप्नुयान्महदीप्सितम्

Cet hymne m’est cher. Quiconque l’écoute ou le récite est délivré de tous les péchés et atteint le grand but désiré.

Verse 110

अन्यद्रहस्यं ते वच्मि शृणु कृष्ण यथार्थतः

Je vais te dire un autre enseignement secret ; écoute, ô Kṛṣṇa, en vérité, tel qu’il est réellement.

Verse 111

आग्नेयं तु यदा ऋक्षं कार्तिक्यां भवति क्वचित् । महती सा तिथिर्ज्ञेया प्रभासे मम वल्लभा

Chaque fois que l’astérisme Agneya survient lors de l’observance de Kārtikī, ce jour doit être reconnu comme un tithi grand et exalté—surtout à Prabhāsa, car il m’est cher.

Verse 112

प्राजापत्यं यदा ऋक्षं तिथौ तस्यां भवेद्यदि । सा महाकार्तिकी पुण्या देवानामपि दुर्लभा

Si, en ce même tithi, survient l’astérisme Prājāpatya, alors cette Kārtikī devient la très sainte et suprêmement grande Mahākārtikī, rare même pour les dieux.

Verse 113

मंदे वार्के गुरौ वाऽपि कार्तिकी कृत्तिकायुता । तत्राश्वमेधिकं पुण्यं दृष्ट्वा वै बालरूपिणम्

Lorsque Kārtikī est jointe à Kṛttikā—que ce soit sous Saturne, le Soleil ou Jupiter—alors, en contemplant le Seigneur sous sa forme d’enfant, on obtient un mérite égal à celui du sacrifice de l’Aśvamedha.

Verse 114

विशाखासु यदा सूर्यः कृत्तिकासु च चन्द्रमाः । स योगः पद्मको नाम प्रभासे दुर्लभो हरे

Lorsque le Soleil est en Viśākhā et la Lune en Kṛttikā, cette conjonction est appelée Padmaka-yoga, rare à obtenir à Prabhāsa, ô Hari.

Verse 115

तस्मिन्योगे नरो दृष्ट्वा प्रभासे बालरूपिणम् । पापकोटियुतो वाऽपि यमलोकं न पश्यति

Dans ce yoga même, l’homme qui, à Prabhāsa, contemple le Seigneur sous la forme d’un enfant—fût-il chargé de crores de péchés—ne verra pas le royaume de Yama.

Verse 116

ईश्वर उवाच । इत्येवं कथितं स्तोत्रं ब्रह्मणा हरये पुनः । मया तव समाख्यातं माहात्म्यं ब्रह्मदैवतम्

Īśvara dit : Ainsi, cet hymne fut de nouveau proclamé par Brahmā à l’adresse de Hari ; et je t’ai maintenant exposé cette grandeur, divine et consacrée par Brahmā.

Verse 117

सर्वपापहरं नृणां श्रुतं सर्वार्थसाधकम् । भूमिदानं च दातव्यं तत्र यात्राफलेप्सुभिः

Pour les hommes, l’écoute de ceci efface tous les péchés et accomplit tout but légitime. Et ceux qui désirent le fruit du pèlerinage en ce lieu doivent aussi faire le don de la terre.

Verse 118

कमंडलुः श्वेतवस्त्रं महादानानि षोडश । तत्रैव देवि देयानि ब्रह्मणे बालरूपिणे

Le kamaṇḍalu (vase d’eau), le vêtement blanc et les seize grands dons—ô Déesse—doivent être offerts là même à un brahmane, pour le Seigneur sous la forme d’un enfant.

Verse 119

महापर्वणि संप्राप्ते कुर्युः पारायणं द्विजाः । सर्वे ते ब्राह्मणा देवि क्षेत्रमध्यनिवासिनः

Quand survient la grande fête, les deux-fois-nés doivent accomplir le pārāyaṇa, la récitation intégrale. Ô Déesse, tous ces brahmanes demeurent au cœur même du kṣetra sacré.