Adhyaya 34
Mahesvara KhandaKaumarika KhandaAdhyaya 34

Adhyaya 34

Le chapitre s’ouvre sur le récit de Nārada : Brahmā souhaite établir un troisième liṅga. Bien que le liṅga soit déjà de nature hautement auspicieuse, il en façonne une forme encore plus exemplaire, agréable à la vue, apaisante pour l’esprit et féconde en résultats. Les dieux créent un lac enchanteur et y rassemblent les grands tīrthas —Gaṅgā et autres— dans un même bassin pour la joie de Skanda. À une date propice de Vaiśākha, Brahmā et les prêtres accomplissent les rites d’installation avec les mantras de Rudra et les offrandes, tandis que les musiciens célestes célèbrent. Skanda se baigne, accomplit le liṅga-abhiṣeka avec « les eaux de tous les tīrthas » et adore par cinq mantras ; Śiva est décrit comme recevant le culte depuis l’intérieur du liṅga. Skanda demande quels fruits naissent d’offrandes particulières. Śiva répond par un catalogue rituel et éthique : établir des liṅgas et bâtir des sanctuaires assure une longue demeure dans le monde de Śiva ; des dons tels que drapeaux, parfums, lampes, encens, offrandes de nourriture, fleurs, feuilles de bilva, dais, musique, cloches, etc., correspondent à des effets distincts—santé, prospérité, renommée, connaissance, effacement des fautes. Le texte ancre ensuite la présence de Śiva à Kumarēśvara dans un « kṣetra caché », à l’image de Viśvanātha à Vārāṇasī. Skanda récite un long stotra śaiva ; Śiva accorde des bienfaits à ceux qui le chantent matin et soir. L’enseignement s’étend aux règles du tīrtha : se baigner et adorer à Mahīsāgara-saṅgama lors des moments lunaires et solaires majeurs procure un grand mérite. Un rite contre la sécheresse est exposé : plusieurs nuits d’abhiṣeka à l’eau parfumée, offrandes, repas aux brahmanes, homa, dons et Rudra-japa, promettant la pluie et le bien-être social. S’ajoutent la jāti-smṛti (mémoire des naissances passées) pour le culte régulier, la résidence en Rudraloka pour qui meurt au tīrtha, et l’assurance de la levée des obstacles par Kapardin (Gaṇeśa). Le chapitre se clôt sur des modèles de dévotion tels que Jāmadagnya/Paraśurāma et l’injonction que réciter ou écouter le māhātmya accorde les fruits désirés, profite aux ancêtres lors du śrāddha et donne une descendance heureuse lorsqu’on le lit à une femme enceinte.

Shlokas

Verse 1

नारद उवाच । ततस्तृतीयलिंगस्य चिकीर्षु स्थापनं गुहम् । ब्रह्मा प्राहास्य प्रीत्यर्थं स्वयमन्यं प्रकुर्महे

Nārada dit : Alors, lorsque Guha désira établir le troisième liṅga, Brahmā déclara : «Pour le satisfaire, érigeons nous-mêmes un autre (liṅga).»

Verse 2

यद्यप्येतच्छुभं लिंगं सर्वदोषविवर्जितम् । तथाप्यन्यत्करिष्येऽहं सर्वश्रेष्ठतमं हि यत्

(Brahmā dit :) «Bien que ce liṅga de bon augure soit exempt de tout défaut, je ferai pourtant un autre, véritablement le plus excellent de tous.»

Verse 3

ततो ब्रह्मा सर्वदोषविमुक्तं निर्ममे स्वयम् । दृष्टिकांतं मनःकांतं फलकांतं सुलिंगकम्

Alors Brahmā façonna lui-même un Śiva-liṅga de bon augure, affranchi de tout défaut : agréable à contempler, délicieux pour l’esprit, et beau par les fruits (mérites) qu’il promet d’accorder.

Verse 4

तत्र स्कंदस्य प्रीत्यर्थं सर्वदेवैर्निनिर्मितम् । सरः सुरम्यं तीर्थानि तत्र ते निदधुस्तथा

Là, pour la joie de Skanda, tous les dieux façonnèrent un lac d’une beauté exquise ; et en ce même lieu ils établirent aussi des tīrtha, gués sacrés pour le bain rituel.

Verse 5

गंगादिकानि तीर्थानि यानि प्रोचुर्दिवौकसः । इदं यावत्सरस्तावत्सर्वैरत्र समुष्यताम्

«Que les tīrtha sacrés, à commencer par la Gaṅgā—dont parlent les dieux—demeurent rassemblés ici tant que ce lac subsistera.»

Verse 6

एवमस्त्विति तान्यूचुः प्रीत्यर्थं शरजन्मनः । ततो ब्रह्मा स्वयं तत्र रौद्रैर्मंत्रैर्हुताशनम् । गाधिपुत्रादिभिर्विप्रैस्तर्पयामास संयुतः

«Qu’il en soit ainsi», dirent-ils, pour réjouir le Seigneur né des roseaux (Skanda). Alors Brahmā lui-même, sur-le-champ, apaisa le Feu sacré (Agni) par des mantras de Rudra, accompagné de brāhmanes tels que le fils de Gādhi et d’autres.

Verse 7

ततो वैशाखमासस्य चतुर्द्दश्यां शुभे दिने । प्रतिष्ठां चक्रिरे लिंगे चिरं विप्रमुका द्विजाः

Puis, au jour faste du quatorzième jour du mois de Vaiśākha, les « deux-fois-nés » (dvija), conduits par les brāhmanes, accomplirent avec solennité la pratiṣṭhā, la consécration du liṅga.

Verse 8

जगुर्गंधर्वपतयो ननृतुश्चाप्सरोगणाः । ततः स्कंदः प्रीतियुक्तः स्नात्वा सरसि शोभने

Les seigneurs des Gandharvas chantèrent, et les troupes d’Apsaras dansèrent. Alors Skanda, rempli d’allégresse, se baigna dans ce lac resplendissant.

Verse 9

सर्वतीर्थोदकैः स्नाप्य तल्लिंगं भक्तिसंयुतः । विविधैः पूजयामास पुष्पैर्मंत्रैश्च पंचभिः

Avec dévotion, il baigna ce liṅga avec les eaux de tous les tīrtha, puis l’adora de multiples façons, offrant des fleurs variées et récitant cinq mantras.

Verse 10

पूजाकाले स्वयं तत्र लिंगमध्येस्थितो हरः । जंगमा जंगमैः सार्धं स्वयं जग्राह पूजनम्

Au moment du culte, Hara lui-même était là, présent au cœur même du liṅga ; avec les êtres en mouvement (les dévots vivants), il reçut personnellement l’adoration.

Verse 11

ततस्तं पूजयन्प्राह स्कंदो भक्तिपरिप्लुतः । केन केनोपहारेण त्वयि दत्तेन किं फलम्

Alors Skanda, submergé de dévotion tandis qu’il l’adorait, demanda : «Par quelle offrande faite à Toi obtient-on quel fruit ?»

Verse 12

श्रीमहादेव उवाच । मम यः स्थापयेल्लिंगं शुभं सद्म च कारयेत् । मल्लोके वसतेऽसौ च वावच्चंद्रदिवाकरौ

Śrī Mahādeva dit : «Quiconque établit mon liṅga et fait bâtir un sanctuaire de bon augure demeurera dans mon royaume aussi longtemps que dureront la lune et le soleil.»

Verse 13

मम सद्म सुधाशुभ्रं यावत्संख्यं करोति यः । तावंत्येव च जन्मानि यशसासौ विराजते

Quiconque fait (ou fait faire) ma demeure, blanche et rayonnante comme le nectar, quelle qu’en soit la mesure, brillera de renommée durant autant de naissances.

Verse 14

ध्वजभूतो ध्वजं दत्त्वा विपापः स्यात्पताकया । विधाय चित्रविन्यास गंधर्वैः सह मोदते

En offrant une bannière, on devient, pour ainsi dire, une bannière d’honneur ; en donnant un drapeau, on est délivré du péché. Et, après avoir disposé des ornements aux motifs délicats, on se réjouit en compagnie des Gandharvas.

Verse 15

रजःसंशोधनं कृत्वा नरो रोगैः प्रमुच्यते । प्राप्नोति देहं हार्दं च सुरसद्मानुलेपनात्

Après avoir ôté la poussière et les souillures, l’homme est délivré des maladies. Et en enduisant ou en oignant la demeure divine (le temple), il obtient aussi un corps agréable et chéri.

Verse 16

पुष्पक्षीरादि भिर्दत्तैस्तिलाभोऽक्षतदर्भकैः । शंभोः शिरसि दत्त्वार्घ्य दिवि वर्षायुतं वसेत्

Avec des offrandes telles que fleurs et lait, accompagnées de sésame, de riz intact (akṣata) et d’herbe darbha, puis en déposant l’arghya (offrande d’honneur) sur la tête de Śambhu, on demeure au ciel durant dix mille ans.

Verse 17

घृतेन हतपापः स्यान्मधुना सुभगो भवेत् । विरोगो दधिदुग्धाभ्यां लिंगं संस्नाप्य जायते

En baignant le Liṅga avec du ghee, les péchés sont détruits ; avec du miel, on devient heureux et plein de grâce. Et en baignant le Liṅga avec du caillé et du lait, on naît sans maladie.

Verse 18

पानीयदधिदुग्धाद्यैः क्रमाद्दशगुणं फलम् । मासं संस्नाप्य वै भक्त्या पिष्टाद्यैश्च विरूक्षयेत्

Avec l’eau, le caillé, le lait et autres—successivement—le fruit devient dix fois plus grand. Après avoir baigné (le Liṅga) pendant un mois avec dévotion, qu’on le saupoudre ou l’asperge aussi de farine et de substances semblables.

Verse 19

कपिलापंचगव्येन सुरसिंधुजलेन वा । मां च संस्नाप्य चाभ्यच्च मल्लोकमधिगच्छति

Celui qui me baigne (le Liṅga) avec les cinq produits de la vache fauve, ou avec l’eau du fleuve divin, et qui m’adore, parvient à mon monde.

Verse 20

कुशोदकाद्गंधजलं तस्मात्तीर्थोदकं वरम् । तीर्थेभ्यश्च जलं दर्शे महीसागरसंभवम्

Meilleure que l’eau de kuśa est l’eau parfumée; supérieure à celle-ci est l’eau d’un tīrtha (gué sacré). Et plus excellente encore que les eaux ordinaires de tīrtha est l’eau qui se manifeste à la nouvelle lune, née de la terre et de l’océan.

Verse 21

कपिलां दत्त्वा यदाप्नोति तत्फलं कलशे पृथक् । मृत्ताम्ररौप्यसौवर्णैः क्रमाच्छतगुणं फलम्

Le fruit que l’on obtient en donnant une vache fauve, ce même fruit s’obtient aussi, séparément, en offrant un kalaśa (vase d’eau). Et avec des vases d’argile, de cuivre, d’argent et d’or, respectivement, le résultat devient centuple selon l’ordre croissant.

Verse 22

श्रीखंडागरुकाश्मीरशशिनः क्रमशोऽधिकाः । मां च तैश्च समालभ्य स्याच्छ्रीमान्सुभगः सुखी

Le santal (śrīkhaṇḍa), l’agaru, le safran du Kāśmīra et le camphre sont, dans cet ordre, de plus en plus excellents. En m’oignant aussi de ces substances, on devient prospère, chanceux et heureux.

Verse 23

प्रशस्तो गुग्लुलो धूपस्तस्माच्चंद्रोऽगरुर्वरः । धूपानेतान्नरो दत्त्वा सुखं स्वर्गमवाप्नुयात्

L’encens de guggulu est digne d’éloge; et plus excellentes encore sont les offrandes parfumées telles que le candana et l’agaru d’élite. Celui qui offre de tels encens obtient aisément la félicité du ciel.

Verse 24

दीपदः कीर्तिमाप्नोति चक्षुरुत्तममेव च । नैवेद्यस्य प्रदानेन नरो मृष्टाशनो भवेत्

Celui qui offre une lampe obtient la renommée et une vue excellente. En offrant le naivedya (offrande de nourriture), l’homme devient celui qui jouit d’une nourriture pure, fine et bienfaisante.

Verse 25

पुष्पेण हेमकर्णस्य प्रबद्धेन द्विसंगुणम् । फलमाप्नोति पुरुषः सत्यसंधश्च जायते

En offrant à Hemakarṇa une fleur harmonieusement disposée, l’homme obtient un fruit doublé et devient ferme dans la vérité.

Verse 26

अखंडैर्बिल्वपत्रैश्च पुष्पैर्वा विविधैरपि । लिंगं प्रपूरणं कृत्वा लक्ष्मेकं वसेद्दिवि

Celui qui pare pleinement le Liṅga de feuilles de bilva intactes, ou encore de fleurs variées, demeure au ciel comblé d’une prospérité abondante.

Verse 27

यस्तु पुष्पगृहं कुर्यान्नरः शुद्धाशयो भवेत् । पुष्पकेण विमानेन दिवि संक्रीडते चिरम्

Mais celui qui édifie une maison de fleurs (pavillon floral pour le culte) devient pur d’intention ; et au ciel, il se divertit longtemps dans le char aérien céleste nommé « Puṣpaka ».

Verse 28

भूषणांबरदानेन नरो भवति भोगभाक् । सच्चामरप्रदानेन जायते पार्थिवो नरः

En offrant des parures et des vêtements, l’homme devient jouisseur de conforts et de prospérité. En offrant un cāmara (éventail en queue de yak) de belle qualité, il renaît comme souverain sur la terre.

Verse 29

रम्यं वितानं यो दद्याच्छत्रुभिर्नाभूयते । गीतं वाद्यं प्रनृत्यं च कृत्वा शुद्धो व्रजेत्स माम्

Celui qui offre un beau dais sacré n’est pas vaincu par les ennemis. Et après avoir offert chant, musique instrumentale et danse dans le culte, il est purifié et parvient jusqu’à Moi.

Verse 30

शंखघंटाप्रदानेन विद्वान्भवति शब्दवान् । विधाय रथयात्रां च चिरं शोकैः प्रमुच्यते

En offrant la conque (śaṅkha) et la cloche, on devient savant et doté d’une voix puissante. Et en organisant la procession du char sacré (ratha-yātrā), on est délivré des chagrins pour longtemps.

Verse 31

नमस्कारं प्रणामं च कृत्वा जायेन्महाकुले । वाचयंश्चाग्रतः शास्त्रं मम ज्ञानी प्रजायते

Par des salutations et des prosternations pleines de révérence, on naît dans une grande lignée. Et en récitant à haute voix les Écritures en Ma présence, on devient Mon connaisseur, un dévot sage.

Verse 32

विमुच्यते मनोमोहैर्भक्त्या स्तुत्वा च मां नरः । गोदानफलमाप्नोति निर्माल्यस्फेटनान्मम

Celui qui Me loue avec dévotion est délivré des illusions du mental. Et en retirant Mon nirmālya (guirlandes et offrandes déjà utilisées), il obtient un mérite égal au don d’une vache.

Verse 33

आरार्तिकं भ्रामयित्वा अर्तिहीनः प्रजायते । कृत्वा शीतलिकां तापैर्मुच्यते दोष संभवैः

En faisant tournoyer l’ārārtika (offrande de la lampe), l’homme devient exempt d’afflictions. En accomplissant le rite de Śītalikā, il est délivré des tourments brûlants et des fautes qui font naître la souffrance.

Verse 34

नत्वा दत्त्वाथ शक्त्या च दानं लिंगस्य संनिधौ । फलं शतगुणं प्राप्य इह चामुत्र मोदते

Après s’être prosterné, puis avoir fait l’aumône selon sa capacité en présence du Liṅga, on obtient un fruit centuplé et l’on se réjouit en ce monde comme dans l’autre.

Verse 35

प्रणामात्पंचदश च स्नानाद्विंशतिं पूजया । शतं यथाप्रोक्तविधेरपराधानहं क्षमे

Par la prosternation (s’effacent) quinze (fautes), par le bain rituel vingt, et par le culte cent : lorsque le rite est accompli selon la règle énoncée, Je pardonne les transgressions.

Verse 36

एतत्सर्वं यथोद्दिष्टं कुमारात्र भविष्यति । ये मां प्रपूजयिष्यंति कुमारेश्वर संस्थितम्

Tout cela adviendra assurément en ce lieu sacré de Kumāra, ainsi qu’il a été proclamé, pour ceux qui Me rendront un culte, Moi qui demeure ici comme Kumāreśvara.

Verse 37

वाराणस्यां यथा वत्स विश्वनाथोऽस्मि संस्थितः

De même, cher enfant, à Vārāṇasī Je suis établi comme Viśvanātha,

Verse 38

गुप्तक्षेत्रे तथा स्थास्ये कुमारेश्वरमध्यतः

Ainsi aussi, dans le Guptakṣetra, Je demeurerai au plein centre de Kumāreśvara.

Verse 39

श्रुत्वेति वचनं रुद्राद्देवानां श्रृण्वतां गुहः । विस्मितः प्रणिपत्यैनं तुष्टाव गिरिजापतिम्

Entendant ces paroles de Rudra, tandis que les dieux écoutaient, Guha, saisi d’émerveillement, se prosterna devant Lui et loua le Seigneur de Girijā (Pārvatī).

Verse 40

नमः शिवायास्तु निरामयाय नमः शिवायास्तु मनोमयाय । नमः शिवायास्तु सुरार्चिताय तुभ्यं सदा भक्तकृपापराय

Hommage à Śiva, qui ôte la maladie ; hommage à Śiva, qui pénètre l’esprit. Hommage à Śiva, vénéré par les dieux — à Toi, toujours voué à la compassion envers les dévots.

Verse 41

नमो भवायास्तु भवोद्भवाय नमोस्तु ते ध्वस्तमनोभवाय । नमोऽस्तु ते गूढमहाव्रताय नमोऽस्तु मायगहनाश्रयाय

Hommage à Bhava, source de tout devenir ; hommage à Toi qui as anéanti le dieu du désir. Hommage à Toi dont le grand vœu demeure caché ; hommage à Toi, appui du profond mystère de Māyā.

Verse 42

नमोस्तु शर्वाय नमः शिवाय नमोस्तु सिद्धाय पुरातनाय । नमोस्तु कालाय नमः कलाय नमोऽस्तु ते कालकलातिगाय

Hommage à Śarva ; hommage à Śiva ; hommage au Parfait, à l’Ancien. Hommage à Kāla, le Temps ; hommage à Kalā, la Puissance divine. Hommage à Toi qui transcendes le Temps et ses divisions.

Verse 43

नमो निसर्गात्मकभूतिकाय नमोऽस्त्वमेयोक्षमहर्द्धिकाय । नमः शरण्याय नमोऽगुणाय नमोऽस्तु ते भीमगुणानुगाय

Hommage à Toi dont le corps même est l’ordre manifesté de la nature et de l’existence. Hommage à l’Incommensurable, au Seigneur de grande majesté, portant pour étendard le Taureau. Hommage au Refuge de tous ; hommage à l’Absolu sans attributs. Hommage à Toi qui, pourtant, agis en accord avec les puissances divines redoutables.

Verse 44

नमोऽस्तु नानाभुवनाधिकर्त्रे नमोऽस्तु भक्ताभिमतप्रदात्रे । नमोऽस्तु कर्मप्रसावाय धात्रे नमः सदा ते भगवन्सुकर्त्रे

Hommage à Toi, Souverain artisan des innombrables mondes. Hommage à Toi, dispensateur de ce que désirent les dévots. Hommage à Toi, Soutien qui fait naître les fruits du karma. À jamais, hommage à Toi, ô Bhagavān, Seigneur bienheureux, accomplisseur parfait de toute action.

Verse 45

अनंतरूपाय सदैव तुभ्यमसह्यकोपाय सदैव तुभ्यम् । अमेयमानाय नमोस्तु तुभ्यं वृषेंद्रयानाय नमोऽस्तु तुभ्यम्

À jamais à Toi—aux formes sans fin—hommage. À jamais à Toi—dont la colère est insoutenable pour le mal—hommage. Hommage à Toi, immense et sans mesure; hommage à Toi, qui chevauches le Taureau seigneurial.

Verse 46

नमः प्रसिद्धाय महौषधाय नमोऽस्तु ते व्याधिगणापहाय । चराचरायाथ विचारदाय कुमारनाथाय नमः शिवाय

Hommage à Toi, célèbre comme le Grand Remède. Hommage à Toi, qui dissipes les cohortes de maladies. Hommage à Toi, Seigneur du mobile et de l’immobile, qui accordes le discernement. Hommage à Śiva, Seigneur de Kumāra.

Verse 47

ममेश भूतेश महेश्वरोसि कामेश वागीश बलेश धीश । क्रोधेश मोहेश परापरेश नमोस्तु मोक्षेश गुहशयेश

Tu es mon Seigneur—Seigneur des êtres, le Grand Dieu. Seigneur du désir, Seigneur de la parole, Seigneur de la force, Seigneur de l’intelligence. Seigneur de la colère et de l’illusion, Seigneur du supérieur et de l’inférieur—hommage à Toi, Seigneur de la délivrance, Toi qui demeures dans la caverne du cœur.

Verse 48

इति संस्तूय वरदं शूलपाणिमुमापतिम् । प्रणिपत्य उमापुत्रो नमोनम उवाच ह

Ainsi, après avoir loué le Seigneur dispensateur de grâces—Śūlapāṇi, porteur du trident, époux d’Umā—le fils d’Umā se prosterna et répéta sans cesse : «Hommage, hommage».

Verse 49

एवं भक्तिपराक्रांतमात्मयोग्यं स्तवं शिवः । अभिनन्द्य चिरं कालमिदं वचनमब्रवीत्

Ainsi Śiva—longtemps comblé—loua cet hymne, puissant de dévotion et digne de Lui, puis Il prononça ces paroles.

Verse 50

त्वया दुःखं न संचिंत्यं मम भक्तवधात्मकम् । कर्मणानेन श्लाघ्योऽसि मुनीनामपि पुत्रक

Mon enfant, ne t’abîme pas dans la peine à cause de cet acte de Moi qui impliqua la mise à mort d’un dévot. Par cette action, tu es digne d’éloge, même parmi les sages.

Verse 51

ये च सायं तथा प्रातस्त्वत्कृतेन स्तवेन माम् । स्तोष्यंति परया भक्त्या श्रुणु तेषां च यत्फलम्

Et ceux qui, le soir comme à l’aube, Me loueront avec cet hymne composé par toi, avec une dévotion suprême—écoute le fruit qui leur échoit.

Verse 52

न व्याधिर्न च दारिद्र्यं न चैवेष्टवियोजनम् । भुक्त्वा भोगान्दुर्लभांश्च मम यास्यंति सद्म ते

Pour eux, point de maladie, point de pauvreté, ni séparation d’avec ce qui est cher. Après avoir goûté même des jouissances rares, ils iront à Ma demeure.

Verse 53

तथान्यानपि दास्यामि वरान्परमदुर्लभान् । भक्त्या तवातितुष्टोऽहं प्रीत्यर्थं तव पुत्रक

De plus, Je t’accorderai d’autres grâces—des grâces extrêmement difficiles à obtenir. Mon fils, ta dévotion Me comble profondément, et Je les donne pour ta joie.

Verse 54

महीसा गरकूले तु ये मां स्तोष्यंति पूजया । तेषां दतक्षयं सर्वं वैशाख्यां दानपूजनम्

Ceux qui, sur la rive de la Mahī à Garakūla, me réjouissent par le culte : toute aumône (dāna) et toute adoration accomplies au mois de Vaiśākha deviennent impérissables, jamais perdues.

Verse 55

सरस्यत्र च ये स्नानं प्रकरिष्यंति मानवाः । सर्वतीर्थफला वाप्तिर्वैशाख्यां प्रभविष्यति

Et ceux qui se baignent dans le lac en ce lieu obtiendront, au mois de Vaiśākha, le fruit du bain accompli en tous les tīrthas, les gués sacrés.

Verse 56

कुमारेशं तु मां भक्त्या महीसागरसंगमे । स्नात्वा संपूजयेन्नित्यं तस्य जातिस्मृतिर्भवेत्

Mais celui qui, avec dévotion, se baigne au confluent de la Mahī et de l’océan, puis m’adore chaque jour comme Kumāreśvara, obtient la jātismṛti, le souvenir des naissances passées.

Verse 57

जातिस्मृतिरियं पुत्र यस्यां जातौ प्रजायते । स्मरतेऽस्याः प्रकर्तव्यं श्रेयोरूपं सुदुर्लभम्

Mon fils, cette jātismṛti : lorsqu’elle naît en un être, en quelque naissance que ce soit, dès qu’il se souvient, qu’il entreprenne ce qui mène au Bien suprême, si difficile à obtenir.

Verse 58

यस्मिन्काले ह्यनावृष्टिर्जायते कृत्तिकासुत । स्नापयेद्विधिवन्मां च कलशैर्विविधैः शुभैः

Ô fils des Kṛttikās, chaque fois que survient la sécheresse, qu’on baigne mon image selon le rite, avec de nombreux kalaśas, des vases d’eau auspicieux de diverses sortes.

Verse 59

एकरात्रं त्रिरात्रं वा पञ्चरात्रं च सप्त वा । स्नापयेद्गंधतोयेन कुंकुमेन विलेपयेत्

Pendant une nuit, ou trois, ou cinq, ou même sept, qu’on baigne la Divinité avec une eau parfumée et qu’on l’oigne de safran.

Verse 60

करवीरै रक्तपुष्पैर्जपापुष्पैस्तथैव च । अर्चयेत्पुष्पमालाभिः परिधायारुणवाससी

Qu’on adore avec des fleurs de karavīra (laurier-rose), avec des fleurs rouges et aussi des fleurs d’hibiscus; et qu’on rende le culte avec des guirlandes, vêtu d’habits cramoisis.

Verse 61

भोजयेद्ब्रह्णांश्चैव तापसाञ्छंसिवव्रतान् । लक्षहोमं प्रकुर्वीत शिवहोमं ग्रहादिकम्

Qu’on nourrisse les brāhmanes et les ascètes observant avec rigueur leurs vœux. Qu’on accomplisse le lakṣa-homa, les cent mille oblations, ainsi que le Śiva-homa et les rites d’apaisement des afflictions planétaires et autres.

Verse 62

भूमिदानं ततः कुर्यात्तत्तो दद्याद्गवाह्निकम् । आघोषयेच्छिवां शांतिं रुद्रजाप्यं हि कारयेत्

Ensuite, qu’on fasse le don de la terre; puis qu’on offre des vaches (comme don/rite quotidien). Qu’on proclame l’auspicieuse paix de Śiva et qu’on fasse accomplir le Rudra-japa.

Verse 63

अनेनैव विधानेन कृतेन तु द्विजोत्तमैः । आगर्भितास्तदा मेघा वर्षते नात्र संशयः

Lorsque ce rite même est accompli selon la règle par les plus éminents brāhmanes, alors les nuages se chargent de pluie et il pleut assurément — il n’y a là aucun doute.

Verse 64

विविधैः पूर्यते धान्यः शाद्वलैश्च वसुन्धरा । आरोग्यं हि भवेच्चैव जने गोपकुले तथा

Les grains abondent en maintes variétés, et la terre se couvre d’herbes vertes et fraîches ; en vérité, la santé naît parmi les gens, et de même au sein des communautés de pasteurs.

Verse 65

धर्मयुक्तो भवेद्राजा परचक्रैर्न पीड्यते । गृतेन स्नापयेन्मां च अर्कक्रांतौ नरोऽत्र यः

Le roi s’établit dans le dharma et n’est point tourmenté par les armées ennemies. Et l’homme qui, ici, lors du passage du Soleil, baigne la Divinité avec du ghee, obtient ces fruits.

Verse 66

कन्यादान फलं तस्य नात्र कार्या विचारणा । क्षीरेण स्नापयेद्देवं तथा पंचामृतेन यः

Il obtient le fruit du don d’une jeune fille en mariage — nul besoin d’en douter. Celui qui baigne le Seigneur avec du lait, et de même avec le pañcāmṛta, acquiert ce mérite.

Verse 67

अग्निष्टोमस्य यज्ञस्य फलं तस्योपजायते । कुमारेश्वरतीर्थेयः प्राणत्यागं करोति हि

Il obtient le fruit du sacrifice Agniṣṭoma : celui qui, en vérité, abandonne sa vie au tīrtha sacré de Kumāreśvara.

Verse 68

रुद्रलोके वसेत्तावद्यावदाभूतसंप्लवम् । अयने विषुवे चैव ग्रहणे चंद्रसूर्ययोः

Il demeure dans le monde de Rudra jusqu’à la dissolution cosmique. (Cela vaut tout particulièrement) aux solstices, à l’équinoxe, et lors des éclipses de la Lune et du Soleil.

Verse 69

पौर्णमास्याममावास्यां संक्रांतौ वैधृते तथा । कुमारेशं नरः स्नात्वा महीसागरसंगमे

Au jour de pleine lune, au jour de nouvelle lune, lors du saṅkrānti (passage du Soleil) et aussi au yoga Vaidhṛti—celui qui se baigne à Kumāreśa, au lieu où la terre rejoint l’océan—obtient un grand mérite.

Verse 70

भक्त्या योभ्यर्चयेन्मां च तस्य पुण्यफलं श्रृणु । यन्महीतलतीर्थेषु स्नाने स्यात्तु महत्फलम्

Écoute le fruit méritoire de celui qui m’adore avec dévotion : c’est le même grand fruit que procure le bain sacré dans les tīrtha de toute la terre.

Verse 71

यच्चर्चितेषु लिंगेषु सर्वेषु स्यात्फलं च तत् । आरोग्यं पुत्रलाभं च धनलाभं सुखंसुतम्

Le fruit même qui naît du culte rendu à tous les liṅga vénérés s’obtient ici : santé, obtention de fils, obtention de richesses et bonheur, ô mon fils.

Verse 72

निश्चितं लभते मर्त्यः कुमारेश्वरसेवया । ब्रह्मचारी शुचिर्भूत्वा यस्तिष्ठेदत्र तापसः

Assurément, le mortel obtient (le fruit suprême) par le service rendu à Kumāreśvara. L’ascète qui demeure ici en brahmacārī, devenu pur, l’atteint sans défaillance.

Verse 73

परं पाशुपतं योगं प्राप्य याति लयं मयि । पापात्मनां च मर्त्यानां सद्योऽस्मि फलदर्शकः

Ayant atteint le suprême Yoga Pāśupata, on se résorbe en Moi. Et pour les mortels à l’âme pécheresse, Je suis Celui qui rend le fruit visible sur-le-champ.

Verse 74

दिव्येनाष्टविधेनात्र कोशः साधारणोऽत्र च । अघोराद्यैः पंचमंत्रैः स्नाप्य लिंगं महोज्जवलम्

Ici, l’on prépare le vase consacré (kośa) avec les huit éléments divins, selon l’usage. Puis, après avoir baigné le Liṅga d’un éclat souverain avec les cinq mantras commençant par Aghora, le rite s’accomplit.

Verse 75

अघोरेणैव तत्तोयं दद्याद्दिव्यस्य कारणे । पिबेदेतदुदीर्या प्रसृतित्रयमेव च

Par le seul mantra Aghora, on doit offrir cette eau pour l’accomplissement du rite divin. En le récitant, on en boira aussi : exactement trois mesures de poignée.

Verse 76

यदि धर्मस्तथा सत्यमीश्वरोऽत्र जगत्त्रये । कोशपानात्फलं सद्यो द्रक्ष्याम्यस्मि शुभा शुभम्

Si le Dharma et la Vérité prévalent vraiment, et si le Seigneur règne ici dans les trois mondes, alors, en buvant l’eau du kośa, je verrai aussitôt le fruit, faste ou néfaste.

Verse 77

यास्ये चेति कुलं हन्याद्गमने च कुटुम्बकम् । दर्शने च शुभं पाने हन्याद्देहं च मिथ्यया

«J’irai»—par une telle fausseté on détruit sa lignée; «j’irai»—par une telle tromperie on nuit à sa maisonnée. «J’ai vu»—on ruine sa bonne fortune; et par le mensonge en buvant (l’eau du kośa), on détruit même son propre corps.

Verse 78

त्रिभिर्दिनैस्त्रिभिः पक्षैस्त्रिभिर्मासैस्त्रिभिः समैः । अत्युग्रपुण्यपापानां मानेन फलमश्नुते

En trois jours, trois quinzaines, trois mois ou trois ans—selon la mesure d’un mérite ou d’un péché d’une extrême intensité—on goûte au fruit.

Verse 79

एते वरामया लिंगे दत्तात्रं स्थापिते त्वया । तव प्रीत्यभिवृद्ध्यर्थं ब्रूहि भूयोऽप्युमात्मज

Ces grâces, je les ai accordées ici, là où tu as établi le Liṅga. Parle encore, ô fils d’Umā, afin que ta joie et ta pleine satisfaction s’accroissent davantage.

Verse 80

स्कन्द उवाच । कृतकृत्यो वरैर्दत्तैस्त्वया चैतैर्महेश्वर । नमोनमो नमस्तेस्तु नात्र त्याज्यं त्वया विभो

Skanda dit : Par ces dons que tu m’as accordés, ô Maheśvara, mon dessein est accompli. Hommage à toi, encore et encore—ô Seigneur, ne quitte pas ce lieu, ô Tout-Puissant.

Verse 81

एवं प्रणम्य देवं स मातरं प्रणतोऽब्रवीत् । त्वयापि मातर्नैवात्र त्याज्यं मम प्रियेप्सया

Ainsi, après s’être prosterné devant le Dieu, il s’inclina devant sa mère et lui dit avec respect : «Toi aussi, Mère, ne quitte pas ce lieu, par amour pour moi.»

Verse 82

त्वामप्यत्र स्थापयिष्ये वरदा भव पर्वति

Toi aussi, je t’établirai ici ; deviens dispensatrice de grâces, ô Pārvatī.

Verse 83

श्रीदेव्युवाच । यत्र शर्वः स्वभावेन तत्र तिष्ठाम्यहं सुत

La Déesse dit : «Ô mon fils, là où Śarva (Śiva) demeure selon sa propre nature, là je demeure moi aussi.»

Verse 84

तव भक्त्या विशेषेण स्थास्ये स्त्रीणां वरप्रदा । युद्धेषु तवकर्माणि रुद्रभक्तेषु ते कृपाम्

Par ta dévotion, tout particulièrement, je demeurerai comme dispensatrice de grâces pour les femmes. Dans les combats, tes actes seront soutenus, et ma compassion reposera sur les dévots de Rudra (Śiva).

Verse 85

पश्यंति पुत्रिणां मुख्या प्रीणिता च भृशं त्वया । गर्भक्लेशः स्त्रियो मन्ये साफल्यं भजते तदा

Alors les mères les plus éminentes parmi celles qui ont des enfants verront le visage de leurs fils, comblées d’une grande joie par toi ; et les peines de la grossesse, à mon sens, trouvent leur accomplissement lorsque ce fruit est ainsi obtenu.

Verse 86

सुतो यदा रुद्रभक्तः सानंदं सद्भिरीर्यते । भव तस्मात्प्रियार्थाय तिष्ठाम्यत्र षडानन

Quand un fils est dévot de Rudra et que les hommes de bien le louent avec joie, alors—afin que s’accomplisse ce qui est cher—sache que je demeure ici, ô Toi aux Six Visages (Ṣaḍānana).

Verse 87

स्त्रीभिराराधिता दास्ये सौभाग्यं सुपतिं सुतान् । चैत्रे चापि तृतीयायां स्नात्वा शीतेन वारिणा

Lorsqu’elles m’adoreront, les femmes recevront de moi la bonne fortune : un époux excellent et des fils. Et le troisième jour (tṛtīyā) du mois de Caitra, après s’être baignées d’une eau fraîche…

Verse 88

अर्चयिष्यंति मां याश्च पुष्पैर्धूपैर्विलेपनैः । दास्यामि चाष्टसौभाग्यं या नारी भक्तितत्परा

Celles qui m’adoreront avec des fleurs, de l’encens et des onguents—toute femme entièrement vouée par la foi—je lui accorderai les huit bénédictions de l’heureuse fortune (aṣṭa-saubhāgya).

Verse 89

पितरौ श्वशुरौ पुत्रान्पतिं सौभाग्यसंपदः । कुंकुमं पुष्पश्रीखंडं तांबूलांजनमिक्षवः

(Elle obtiendra) ses parents et ses beaux-parents, des fils, un époux, et la richesse d’une fortune de bon augure—ainsi que des grâces telles que le kumkuma (vermillon), des fleurs, une pâte de santal parfumée, le bétel, le collyre et la canne à sucre.

Verse 90

सप्तमं लवणं प्रोक्तमष्टमं च सुजीरकम् । तोलयेत्तुलया वापि सांघ्रिश्च तुलिता भवेत्

Le septième (élément) est dit être le sel, et le huitième, le cumin fin. Qu’on les pèse sur une balance ; ainsi, la paire sera mesurée comme il se doit.

Verse 91

सुवर्मेनाथ सौगन्ध्यद्रव्यैः शुभफलैरपि । भुंक्ते वा लवणं पश्चान्नासौ वै विधवा भवेत्

Avec de l’or, des substances parfumées et des fruits de bon augure aussi—si ensuite elle prend du sel, elle ne deviendra assurément pas veuve.

Verse 92

माघे वा कार्तिके वापि चैत्रे स्नात्वार्चयेत् माम् । दौर्भाग्यदुःखदारिद्र्यैर्न सा संयोगमाप्नुयात्

Que ce soit en Māgha, en Kārttika ou en Caitra—après s’être baignée, qu’elle m’adore. Elle ne sera pas liée au malheur, à la peine ni à la pauvreté.

Verse 93

श्रुत्वेति गिरिजावाचं सानंदः पार्वतीसुतः । स्थापयित्वा गिरिसुतां कपर्दिनमथाब्रवीत्

Entendant ces paroles de Girijā (Pārvatī), le fils de Pārvatī se réjouit. Après avoir dûment établi la Fille de la Montagne comme présence sacrée, il s’adressa alors à Kapardin (Śiva).

Verse 94

पुष्पैर्धूपैर्मोदकैश्च पूर्वमभ्यर्च्य त्वां प्रभो । पुजयंति कुमारेशं तेषां विघ्नहरो भव

Ô Seigneur, après T’avoir d’abord adoré avec des fleurs, de l’encens et de douces offrandes (modaka), ils vénèrent Kumāreśa. Pour eux, deviens le Dissipateur des obstacles.

Verse 95

कपर्द्युवाच । भ्रातस्त्वया स्थापितेऽस्मिंल्लिंगे भक्ताश्च ये नराः । न तेषां मम विघ्नानि मम वागनुगामिनी

Kapardin (Śiva) dit : Ô frère, les hommes dévots qui vénèrent ce liṅga que tu as établi—aucun obstacle venant de moi ne les atteindra ; ma parole s’accomplira à coup sûr.

Verse 96

एवमुक्ते विघ्नराज्ञा प्रतीतेऽस्थापयच्च तम् । तस्मादसौ सदाभ्यर्च्यश्चतुर्थ्यां च विशेषतः

Lorsque Vighnarāja eut ainsi parlé et donné son assentiment, il établit cette divinité. C’est pourquoi elle doit être adorée en tout temps, et tout particulièrement au jour de Caturthī, le quatrième jour lunaire.

Verse 97

एवं स्थाप्य कुमारेशं लब्ध्वा चैतान्वराञ्छिवात् । मनसा कृतकृत्यं चात्मानं मेने षडाननः

Ainsi, après avoir établi Kumāreśa et reçu de Śiva ces grâces, le Seigneur aux six visages (Ṣaḍānana) sentit en son cœur que son dessein était accompli.

Verse 98

तस्थावंशेन तत्रैव कुमारेश्वरसंनिधौ । अत्र स्थितं कुमारं ये पश्यन्ति स्वामियात्रिमः

Il demeura là même, auprès de la sainte présence de Kumāreśvara. Les pèlerins de la Svāmiyātrā qui voient Kumāra demeurant en ce lieu—

Verse 99

सफला स्वामियात्रा च तेषां भवति भारत । कार्तिक्यां च विशेषेण कार्तिकेयं समर्चयेत्

Ô Bhārata, leur Svāmiyātrā devient féconde. Et, tout particulièrement au mois de Kārtika, il convient de vénérer Kārtikeya avec une dévotion spéciale.

Verse 100

यत्फलं स्वामियात्रायां तत्फलं समावाप्नुयात् । एवंविधमिदं पार्थ महीसागरसंगमम्

Quel que soit le fruit obtenu lors de la Svāmiyātrā, ce même fruit s’obtient ici pleinement. Telle est, ô Pārtha, cette confluence de la terre et de l’océan.

Verse 101

निमित्तीकृत्य चात्मानं साध्वर्थे लिंगमर्चितम् । रोगाभिभूतो रोगैर्वा नाम्नामष्टोत्तरं शतम्

En se prenant soi-même pour occasion et dans un dessein saint, il faut vénérer le liṅga. Celui qui est accablé par la maladie—par des maux de toute sorte—(doit réciter) les cent huit Noms.

Verse 102

जप्त्वा शुचिर्ब्रह्मचारी मासं मुच्येत पातकात् । एतदाराध्य संजाता रजिरामादयः पुरा

Après avoir accompli le japa, pur et observant le brahmacarya, on est délivré du péché en l’espace d’un mois. En vénérant cela, jadis naquirent des modèles tels que Rajirāma et d’autres.

Verse 103

शतसंख्याबलं राज्यं रुद्रलोक च भेजिरे । जामदग्न्यस्त्विदं लिंगमाराध्य च समायुतम्

Ils obtinrent un royaume centuplé en force et atteignirent aussi le monde de Rudra. Quant à Jāmadagnya (Paraśurāma), ayant vénéré ce liṅga, il fut comblé de puissance et de prospérité parfaites.

Verse 104

लेभे कुठारमुज्जह्ने येनार्जुनभुजान्युधि । अग्रतो देवदेवस्य ज्ञात्वा तीर्थे महागुणान्

Il obtint la hache avec laquelle, au combat, il trancha les bras d’Arjuna—après s’être d’abord présenté devant le Dieu des dieux et avoir reconnu les grandes vertus de ce tīrtha sacré.

Verse 105

रामेश्वरमिति ख्यातं स्थापितं लिंगमुत्तमम् । तच्च योऽभ्यर्चयेद्भक्त्या रुद्रलोकं स गच्छति

Ce liṅga suprême fut établi et devint célèbre sous le nom de « Rāmeśvara ». Quiconque l’adore avec dévotion se rend au monde de Rudra.

Verse 106

प्रीतः स्यात्तस्य रामश्च कुमारेशश्च फाल्गुन । इति संक्षेपतः प्रोक्तं कुमारेशस्य वर्णनम्

Ô Phālguna, Rāma et Kumāreśa aussi se réjouissent de cette personne. Ainsi, en bref, a été exposé le récit de Kumāreśa.

Verse 107

कुमारेशस्य माहात्म्यं कीर्तयेद्यस्तदग्रतः । ये च श्रृण्वंत्यनुदिनं रुद्रलोके वसंति ते

Quiconque célèbre la grandeur de Kumāreśa en sa propre présence—et ceux qui l’écoutent chaque jour—demeurent assurément dans le monde de Rudra.

Verse 108

अस्य लिंगस्य माहात्म्यं श्राद्धकाले तु यः पठेत् । पितॄणामक्षयं जायते नात्र संशयः

Quiconque récite la grandeur de ce liṅga au moment du śrāddha procure aux ancêtres un bienfait impérissable—il n’y a là aucun doute.

Verse 109

अस्य लिंगस्य माहात्म्यं गुर्विणीं श्रावयेद्यदि । गुणवाञ्जायते पुत्रः कन्या चापि पतिव्रता

Si l’on fait entendre à une femme enceinte la grandeur de ce liṅga, il naît un fils vertueux ; et une fille aussi devient une épouse fidèle, ferme dans le dharma conjugal.

Verse 110

एतत्पुण्यं पापहरं धर्म्यं चाह्लादकारकम् । पठतां चापि सर्वाभीष्टफल प्रदम्

Ceci est un mérite sacré, qui efface le péché, s’accorde au dharma et procure la joie. À ceux qui le récitent, il accorde l’accomplissement de tous les fruits désirés.