
Sanatkumāra enseigne à Nārada un protocole complet et rigoureusement ordonné de Devapūjā. Le chapitre s’ouvre sur l’aménagement de l’espace rituel et du maṇḍala (triangle/hexagone/carré), l’établissement de l’ādhāra et de l’agni-maṇḍala, puis la consécration de l’eau d’ārghya en amṛta au moyen de la go-mudrā et du kavaca. Il détaille l’aṅga-nyāsa, le culte des kalās solaire et lunaire, l’invocation des tīrthas, et les rites de scellement par la matsya-mudrā et l’astra. Vient ensuite la série complète des upacāras de pūjā (pādya, ārghya, ācamanīya, madhuparka, snāna, vastra, yajñopavīta, gandha, puṣpa, dhūpa, dīpa, naivedya, tāmbūla), avec des interdits d’offrandes selon la divinité. Le rite s’étend à l’āvaraṇa-arcana : dikpālas, leurs vāhanas et leurs armes, puis ārati, prosternation et homa (25 oblations) avec les vyāhṛtis. Il s’achève par le bali aux serviteurs farouches, la remise du japa, les règles de pradakṣiṇā et de longues prières de kṣamāpaṇa. Enfin, il enseigne des modes de culte en cas d’urgence (āturī/sautikī/trāsī), privilégiant l’adoration mentale en maladie, impureté ou peur, et met en garde contre l’anukalpa accompli comme simple substitut avec une intention fautive.
Verse 1
सनत्कुमार उवाच । अथ वक्ष्ये देवपूजां साधकाभीष्टसिद्धिदाम् । त्रिकोणं चतुरस्रं वा वामभागे प्रकल्प्य च ॥ १ ॥
Sanatkumāra dit : À présent, je décrirai le culte des divinités, qui accorde au sādhaka l’accomplissement des réalisations désirées. D’abord, sur le côté gauche, qu’on dispose un espace ou diagramme rituel triangulaire ou carré…
Verse 2
सम्पूज्या स्रेण संक्षाल्य हृदाधारं निधाय च । तत्राग्निमण्डलं चेद्वा पात्रं संक्षाल्य चास्रतः ॥ २ ॥
Après avoir rendu le culte comme il se doit et, selon l’ordre prescrit, avoir lavé et purifié le lieu et les vases, qu’on établisse dans le cœur l’ādhāra, le support intérieur. Ensuite, qu’on dispose le cercle du feu (agni-maṇḍala) ; ou bien, après avoir lavé le récipient rituel, qu’on poursuive sans hâte.
Verse 3
आधारे नामसं स्थाप्य तत्र चेद्रविमंडलम् । क्लिममातृका पूलमुञ्चरन्पूरपेज्जलैः ॥ ३ ॥
Après avoir placé dans l’ādhāra le groupe de syllabes nommé « nāmasaṃ », qu’on y établisse le disque solaire (ravi-maṇḍala). Puis, en récitant la série mātṛkā avec « klīm », qu’on libère le courant de la puissance du mantra, en le comblant des eaux du rite.
Verse 4
चत्रेंजुमंडलं प्रार्च्य तीर्थान्यावाह्य पूर्ववत् । गोमुद्रयामृतीकृत्य कवचेनावगुंठयेत् ॥ ४ ॥
Après avoir vénéré comme il convient le catreṁju-maṇḍala et, comme auparavant, avoir invoqué les tīrthas sacrés, qu’on le transforme en amṛta au moyen de la go-mudrā. Ensuite, qu’on le recouvre et le protège par le kavaca, le mantra d’armure.
Verse 5
संक्षाल्यास्रेण प्रणवं तदुपर्यष्टधा जपेत् । सामान्यार्घमिदं प्रोक्तं सर्वसिद्धिकरं नृणाम् ॥ ५ ॥
Après avoir rincé avec de l’eau, qu’on récite au-dessus le Praṇava (Oṃ) huit fois. Ceci est déclaré être l’arghya commun, accordant aux hommes toute réussite spirituelle.
Verse 6
तज्जलं र्किचिदुदूधृत्य प्रोक्षिण्या साधकोत्तमः । आत्मानं यागवस्तूनि तेन संप्रोक्षयेत्पुथक् ॥ ६ ॥
Prélevant un peu de cette eau avec la louche d’aspersion (prokṣiṇī), le meilleur des sādhakas doit en asperger séparément, afin de se purifier lui-même et les objets employés dans le sacrifice (yāga).
Verse 7
आत्मवामाग्रतः कुर्यात्षट्ट्कोणांतस्रिकोणकम् । चतुरस्रेण संवेष्ट्य संक्षाल्यार्घोदकेन च ॥ ७ ॥
Devant soi, sur le côté gauche, qu’on trace un triangle à l’intérieur d’un hexagone; puis qu’on l’entoure d’un carré et qu’on purifie (le lieu/le diagramme) avec l’eau d’arghya, l’eau d’offrande rituelle.
Verse 8
ततस्तु साधकश्रेष्टः स्तंभयेच्छंखमुद्रया । आग्नेयादिषु कोणेषु हृदाद्यंगचतुष्टयम् ॥ ८ ॥
Ensuite, le meilleur des pratiquants doit immobiliser et affermir les quatre membres auxiliaires du mantra, à commencer par celui du Cœur (Hṛd), dans les angles en partant du Sud-Est d’Agni et des autres, au moyen de la mudrā de la Conque (Śaṅkha).
Verse 9
नेत्रं मध्ये दिक्षु चास्रं त्रिकोणे पूजयेत्ततः । मूलखंडत्रयेनाथाधारशक्तिं तु मध्यगाम् ॥ ९ ॥
Ensuite, qu’on vénère le Netra, «l’Œil», au centre; et, dans les directions, le triangle et l’Astra, l’arme-mantra. Puis, au moyen des trois segments de la racine, qu’on vénère Ādhāra-Śakti, la Puissance de Support demeurant au milieu.
Verse 10
एवं संपूज्य विधिवदस्रंसंक्षालितं हृदा । प्रतिष्टाप्य त्रिपदिकां पूजयेन्मनुनामुना ॥ १० ॥
Ainsi, après avoir accompli la vénération selon la règle et avoir lavé toute impureté par le cœur, dans la dévotion, qu’on installe la Tripadikā et qu’on la vénère avec ce mantra.
Verse 11
मं वह्निमण्डला येति ततो देशकलात्मने । अमुकार्ध्येति पात्रांते सनापहृदयोंऽतिमे ॥ ११ ॥
Qu’il prononce le mantra « maṃ » et le dirige vers le cercle de feu; puis (qu’il offre) au principe présidant au lieu et au temps. Au bord du vase, en disant « amuka-arghya » (cet arghya pour…), qu’il accomplisse enfin l’offrande, l’esprit purifié par le bain.
Verse 12
चतुर्विंशतिवर्णोऽयमाधारस्यार्चने मनुः । स्वमंत्रक्षालितं शरंवं संस्याप्याय समर्चयेत् ॥ १२ ॥
Voici le mantra de vingt-quatre syllabes pour le culte de l’Ādhāra, le Support sacré. Après avoir purifié, par son propre mantra, le bol śarāva, qu’on le place en son lieu, puis qu’on adore l’Ādhāra au moyen de celui-ci.
Verse 13
तारः कार्म्ममहांस्ते तु ततो जलचराय च । वर्म फट् हृदयं पांचजन्याय हृदयं मनेः ॥ १३ ॥
Ensuite, qu’on applique la bīja « tāra » pour le grand Kūrma (la Tortue divine), puis pour le Jalacara (l’Être aquatique). Qu’on emploie ensuite la formule de protection « varma » et la syllabe-arme « phaṭ » ; et qu’on accomplisse le hṛdaya-nyāsa pour Pāñcajanya (la conque divine) ainsi que le hṛdaya-nyāsa pour le Seigneur du mental (Maṇi/Manas-pati).
Verse 14
तत्रार्कमण्डलायेति द्वादशांते कलारमने । अमुकार्ध्येति पात्रांते नमोंतस्त्र्यक्षिवर्णवान् ॥ १४ ॥
Là, à l’achèvement des douze (unités/syllabes), qu’on prononce « tatrārkamaṇḍalāya », puis « kalāramane ». À la fin du vase d’arghya (lorsqu’on conclut l’offrande), qu’on dise « amukārdhye » et qu’on termine par « namo », selon la coloration/le schéma syllabique de Tryakṣi, le Trois-Yeux.
Verse 15
सम्पूज्य तेन तत्रार्चेद्द्वादशार्ककलाः क्रमात् । ततः शुद्धजलैर्मूलं विलोममातृकां पठन् ॥ १५ ॥
Après avoir accompli la pūjā avec cela, qu’on adore là, dans l’ordre, les douze kalā solaires. Ensuite, avec de l’eau purifiée, qu’on accomplisse le mūla (mantra/rite racine) tout en récitant la Mātṛkā (mantra de l’alphabet) en ordre inversé.
Verse 16
शङ्खमापूरयेत्तस्मिन्पूजयेन्मनुनामुना । ॐ सोममण्डलायेति षोडशांते कलात्मने ॥ १६ ॥
Qu’on remplisse la conque (śaṅkha) d’eau sanctifiée, puis qu’on la vénère par ce mantra : « Oṁ, hommage au maṇḍala de Soma (la Lune), à Celui dont l’essence est la seizième‑fois‑déployée kalā ».
Verse 17
अमुकार्ध्यामृतायेति हृन्मनुश्चार्ध्यपूजने । तत्र षोडशसंख्याका यजेञ्चंद्रमसः कलाः ॥ १७ ॥
Dans le culte avec l’offrande d’arghya, on doit employer le mantra du cœur (hṛnmanu) commençant par « amukārghyāmṛtāya ». Là, on vénérera les seize kalās (rayons/parts sacrées) de la Lune.
Verse 18
ततस्तु तीर्थान्यावाह्य गङ्गे चेत्यादिपूर्ववत् । गोमुद्रयामृतीकृत्याच्छादयेन्मत्स्ममुद्रया ॥ १८ ॥
Ensuite, en invoquant les divinités des tīrthas sacrés—en commençant par le mantra « Ô Gaṅgā… » et le reste, comme enseigné auparavant—qu’on sanctifie (l’eau/l’offrande) en formant la Go-mudrā, la rendant amṛta; puis qu’on la couvre et la scelle par la Matsya-mudrā.
Verse 19
कवचेनावगुंठ्याथ रक्षेदस्त्रेण तत्पुनः । चिंतयित्वेष्टदेवं च ततो मुद्राः प्रदर्शयेत् ॥ १९ ॥
Ensuite, s’étant voilé par le kavaca (cuirasse protectrice), qu’on protège de nouveau le rite par le mantra de l’astra (arme). Après avoir médité sur son iṣṭa-deva, qu’on manifeste alors les mudrās rituelles.
Verse 20
शङ्खमौशलचकाख्याः परमीकरणं ततः । महामुद्रां योनिमुद्रां दर्शयेत्क्रमतः सुधीः ॥ २० ॥
Ensuite, le pratiquant avisé doit, dans l’ordre prescrit, manifester les mudrās nommées Śaṅkha, Mauśala et Cakā. Vient ensuite le rite de « Paramīkaraṇa »; puis, successivement, il enseignera la Mahā-mudrā et la Yoni-mudrā.
Verse 21
गारुडी गालिनी चैव मुख्ये मुद्रे प्रकीर्तिते । गन्धपुष्पादिभिस्तत्र पूजयेद्देवतां स्मरन् ॥ २१ ॥
Les deux mudrās principales sont déclarées être Gāruḍī et Gālinī. Là, se souvenant de la divinité, qu’on l’honore avec pâte de santal, fleurs et autres offrandes.
Verse 22
अष्टकृत्वो जपेन्मूलं प्रणवं चाष्टधा तथा । शंखाद्दक्षिणदिग्भागे प्रोक्षणीपात्रमादिशेत् ॥ २२ ॥
Qu’on récite huit fois le mantra racine, et de même huit fois le Praṇava « Oṁ ». Puis, au côté sud de la conque sacrée, qu’on place le vase d’aspersion (prokṣaṇī-pātra) destiné à la purification rituelle.
Verse 23
प्रोक्षण्यां तज्जलं किंचित्कृत्वात्मानं त्रिधा ततः । आत्मतत्त्वात्मने हृञ्च विद्यातत्त्वात्मने नमः ॥ २३ ॥
Après avoir versé un peu de cette eau dans le vase d’aspersion, qu’on accomplisse ensuite sur soi-même une consécration triple (nyāsa). (En récitant :) « Hommage à Celui dont le Soi est le principe du Soi ; hommage à Celui dont le Soi est le principe de la connaissance sacrée (vidyā). »
Verse 24
शिवतत्त्वात्मने हृञ्च इत्येतैर्मनुभिस्त्रिभिः । प्रोक्षेत्पुष्पाक्षतैश्चापि मण्डलं विधिवत्सुधीः ॥ २४ ॥
Par ces trois mantras — « śiva-tattvātmane » et « hṛñ » (etc.) — le pratiquant avisé doit asperger et consacrer le maṇḍala selon le rite, avec des fleurs et des grains de riz intacts (akṣata).
Verse 25
अथवा मूलगायत्र्या पूजाद्रव्याणि प्रोक्षयेत् । पाद्यार्ध्याचमनूयार्थं मधुपर्कार्थमप्युत ॥ २५ ॥
Ou bien, qu’on asperge et purifie les objets du culte en récitant la Gāyatrī racine. Ainsi seront-ils prêts pour l’offrande d’eau aux pieds (pādya), l’oblation de respect (arghya), l’eau à siroter (ācamanīya) et aussi l’offrande de madhuparka.
Verse 26
पात्राण्याधारयुक्तानि स्थापयेद्विधिना पुरः । पाद्यं श्यामाकदूर्वाब्जविष्णुक्रांतजलैः स्मृतम् ॥ २६ ॥
Selon la règle prescrite, qu’on place devant soi les récipients posés sur leurs supports. Il est enseigné que l’eau pour le lavage des pieds (pādya) est une eau imprégnée de grain śyāmāka, d’herbe dūrvā, de lotus et de viṣṇu-krāntā.
Verse 27
अर्ध्यं पुष्पाक्षतयवैः कुशाग्रतिलसर्षपैः । गंधदूर्वादलैः प्रोक्तं ततश्चाचमनीयकम् ॥ २७ ॥
L’arghya (l’offrande d’eau respectueuse) est prescrit avec des fleurs, l’akṣata (riz intact), l’orge, les pointes d’herbe kuśa, le sésame et la moutarde, avec parfum et brins d’herbe dūrvā ; ensuite, on accomplira l’ācamana (gorgées d’eau purificatrice).
Verse 28
जातीफलं च कंकोलं लवंगं च जलान्वितम् । क्षौद्राज्यदधिसंमिश्रं मधुपर्कसमीरितम् ॥ २८ ॥
La noix de muscade, le cubèbe et le clou de girofle—humectés d’eau—mêlés au miel, au ghee et au caillé : telle est l’offrande appelée madhuparka.
Verse 29
एकस्मिन्नथवा पात्रे पाद्यादीनि प्रकल्पयेत् । शंकरार्कार्चने शंखमयेनैव प्रशस्यते ॥ २९ ॥
On peut préparer le pādya (eau pour laver les pieds) et les autres offrandes dans un seul vase ou dans des vases séparés. Mais pour le culte de Śaṅkara (Śiva) et d’Arka (le Soleil), un récipient en conque est tout particulièrement recommandé.
Verse 30
श्वेताकृष्णारुणापीताश्यामारक्तासितासिताः । रक्तांबराभयकराध्येयास्स्पुः पीठशक्तयः ॥ ३० ॥
Les Pīṭha-Śaktis sont décrites de teintes variées—blanc, noir, rouge fauve, jaune, bleu sombre, rouge et très sombre. Vêtues de rouge et montrant le geste d’absence de crainte (abhaya), elles doivent être contemplées en méditation.
Verse 31
स्वर्णादिलिखिते यंत्रे शालग्रामे मणौ तथा । विधिना स्थापितायां वा प्रतिमायां प्रपूजयेत् ॥ ३१ ॥
On doit accomplir l’adoration selon la règle : sur un yantra gravé sur l’or (ou d’autres métaux), sur un Śālagrāma, sur une gemme sacrée, ou sur une image (pratimā) installée selon le rite approprié.
Verse 32
अंगुष्टादिवितस्त्यंतमाना स्वर्णादिधातुभिः । निर्मिता शुभदा गेहे पूजनाय दिने दिने ॥ ३२ ॥
Faite d’or et d’autres métaux, et mesurée depuis la longueur d’un pouce jusqu’à une vitasti (une paume), elle devient dans la maison un présage propice dispensant la bonne fortune—digne d’être vénérée jour après jour.
Verse 33
वक्रां दग्धां खंडितां च भिन्नमूर्द्धदृशं पुनः । स्पष्टां वाप्यन्त्यजाद्यैश्च प्रतिमां नैव पूजयेत् ॥ ३३ ॥
On ne doit jamais vénérer une image tordue, brûlée, brisée ou fragmentée; ni celle dont la tête ou le regard est endommagé. De même, une image mal achevée ou souillée de taches et de défauts semblables ne doit pas être adorée.
Verse 34
बाणादिलिंगे वाभ्यर्चेत्सर्वलक्षणलक्षिते । मूलेन मूर्तिं संकल्प्य ध्यात्वा देवं यथोदितम् ॥ ३४ ॥
Qu’on vénère le Bāṇa-liṅga (ou tout autre liṅga sacré) portant l’ensemble des signes propices. Par le mantra racine, qu’on façonne intérieurement l’icône de la Divinité, qu’on médite sur ce Seigneur selon l’enseignement, puis qu’on accomplisse le culte.
Verse 35
आवाहा पूजयेतस्यां परिवारगणैः सह । शालग्रामे स्थापितायां नावाहनविसर्जने ॥ ३५ ॥
Après l’āvāhana (l’invocation), qu’on Le vénère en ce lieu avec Son entourage et Ses serviteurs. Mais lorsque le Seigneur est établi dans un Śālagrāma, il n’est nul besoin d’invocation ni de congé (visarjana).
Verse 36
पुष्पांजलिं समादाय ध्यात्वा मंत्रमुदीरयेत् ॥ ३६ ॥
Prenant une poignée de fleurs en offrande, et après avoir médité, qu’on récite alors le mantra.
Verse 37
आत्मसंस्थमजं शुद्धं त्वामहं परमेश्वर । अरण्यामिव हव्याशं मूर्तावावाहयाम्यहम् ॥ ३७ ॥
Ô Seigneur Suprême, Toi qui demeures dans le Soi, non-né et pur—je T’invoque dans cette icône sacrée, comme le feu qu’on allume et qui se révèle dans la forêt.
Verse 38
तवेयं हि महामूर्तिस्तस्यां त्वां सर्वगं प्रभो । भक्तिरेवहसमाकृष्टं दीपवत्स्थापयाम्यहम् ॥ ३८ ॥
Cette grande forme est vraiment la Tienne ; ô Seigneur qui pénètres tout, je T’y établis—attiré tout près par la seule dévotion—comme une lampe posée à sa place.
Verse 39
सर्वांतर्यामिणे देवं सर्वबीजमय शुभम् । रवात्मस्थाय परं शुद्धमासनं कल्पयाव्यहम् ॥ ३९ ॥
Chaque jour je préparerai un siège d’une pureté suprême pour le Seigneur de bon augure, qui demeure comme l’Antaryāmin, le Régent intérieur de tous, semence-source de toute chose, établi dans le Soi solaire et rayonnant.
Verse 40
अनन्या तव देवेश मूर्तिशक्तिरियं प्रभो । सांनिध्यं कुरु तस्यां त्वं भक्तानुग्राहकारक ॥ ४० ॥
Ô Seigneur des dieux, ô Maître : cette puissance de la forme incarnée est Ton énergie indivisible. Sois donc présent en elle, car Tu accordes la grâce à Tes dévots.
Verse 41
अज्ञानाजुच मत्तत्त्वाद्वैकल्यात्साधनस्य च । यद्यपूर्णं भवेत्कल्पं कतथाप्यभिमुखो भव ॥ ४१ ॥
Par ignorance, par une saisie erronée du véritable tattva, et par insuffisance des moyens de pratique—si un rite ou une observance demeure inachevé, quoi qu’il en soit, tourne ton cœur vers le Divin et dirige ton visage vers Lui.
Verse 42
दृशा पूयूषवर्षिण्या पूरयन्यज्ञविष्टरे । मूर्तौ वा यज्ञसंपूर्त्यै स्थितो भव महेश्वर ॥ ४२ ॥
D’un regard qui fait pleuvoir le nectar et comble l’étendue du yajña, ô Maheśvara, demeure en ce lieu, que Tu sois manifesté en forme ou non, afin que le yajña s’accomplisse parfaitement.
Verse 43
अभक्तवाङ्मनश्चक्षुः श्रोत्रदूरायितद्युते । स्वतेजः पंजरेणाशु वेष्टितो भव सर्वतः ॥ ४३ ॥
Ô Toi qui rayonnes, rends impuissantes la parole, l’esprit et les yeux de ceux qui sont sans bhakti, et tiens leur ouïe au loin ; hâte-toi de t’envelopper de toutes parts de la cage protectrice de ton propre éclat.
Verse 44
यस्य दर्शनामिच्छंति देवाः स्वाभीष्टसिद्धये । तस्मै ते परमेशाय स्वागतं स्वागतं च मे ॥ ४४ ॥
Celui dont même les dieux désirent l’audience pour accomplir leurs vœux chéris—à ce Seigneur suprême, à Toi, j’offre l’accueil : sois le bienvenu, sois vraiment le bienvenu de ma part.
Verse 45
कृतार्थोऽनुगृहीतोऽस्मि सफलं जीवितं मम । आगतो देवदेवेशः सुखागतमिदं पुनः ॥ ४५ ॥
Je suis comblé ; j’ai reçu la grâce. Ma vie est devenue féconde. Le Seigneur des dieux est arrivé : sois le bienvenu, et sois le bienvenu encore !
Verse 46
यद्भक्तिलेप्तसंपर्कात्परमानंदसंभवः । तस्मै मे परणाब्जाय पाद्यं शुद्धाय कल्प्यते ॥ ४६ ॥
Du contact oint de bhakti naît la béatitude suprême ; c’est pourquoi, pour mon Seigneur suprême, le Pur aux pieds de lotus, je prépare l’eau pure pour le lavage des pieds (pādya).
Verse 47
वेदानामपि वेदाय देवानां देवतात्मने । आचामं कल्पयामीश शुद्धानां शुद्धिहेतवे ॥ ४७ ॥
Ô Seigneur, Veda des Veda et Divinité intérieure des dieux, j’accomplis à présent l’ācamana, pour la cause de la purification de ceux qui sont déjà purs.
Verse 48
तापत्रयहर दिव्यं परमानन्दलक्षणम् । तापत्रयविनिर्मुक्त्यै तवार्घ्यं कल्पयाम्यहम् ॥ ४८ ॥
Ô Divin, toi qui ôtes les trois souffrances et dont la nature est la béatitude suprême : afin d’être délivré des trois afflictions, je prépare pour Toi cette offrande d’arghya.
Verse 49
सर्वकालुष्यहीनाय परिपूर्णसुखात्मने । मधुपर्कमिदं देव कल्पयामि प्रसीद मे ॥ ४९ ॥
Ô Deva, à Toi qui es sans aucune souillure et dont l’essence est la félicité parfaite, je prépare et j’offre ce madhuparka ; sois-moi favorable.
Verse 50
अवच्छिष्टोऽप्यशुचिर्वापि यस्य स्मरणमात्रतः । शुद्धिमाप्नोति तस्मै ते पुनराचमनीयकम् ॥ ५० ॥
Même si l’on porte des restes de nourriture sur le corps ou que l’on soit impur, le seul souvenir de Lui confère la pureté ; c’est pourquoi, à cette fin, accomplis de nouveau l’ācamana.
Verse 51
स्नेहं गृहाण स्नेहेन लोकनाथ महाशय । सर्वलोकेषु शुद्धात्मन्ददामि स्नेहमुत्तमम् ॥ ५१ ॥
Ô Seigneur des mondes, au grand cœur, reçois l’affection par l’affection. Ô Âme pure, à travers tous les mondes je T’offre l’amour le plus sublime.
Verse 52
परमानंदबोधाब्धिनिमग्ननिजमूर्तये । सांगोपांगमिदं स्नानं कल्पयाम्यहमीश ते । सहस्रं वा शतं वापि यथाशक्त्यादरेण च ॥ ५२ ॥
Ô Seigneur, dont la forme même est plongée dans l’océan de la béatitude suprême et de la conscience éveillée, j’ordonne pour Toi cette offrande de bain, complète avec tous ses rites auxiliaires, mille fois ou cent fois, selon ma force, avec un soin plein de révérence.
Verse 53
गन्धपुष्पादिकैरीश मनुनां चाभिषिंचेत् ॥ ५३ ॥
Ô Seigneur, il convient aussi d’accomplir l’abhiṣeka (bain de consécration) des Manus avec des parfums, des fleurs et autres offrandes semblables.
Verse 54
मायाचि त्रपटच्छन्ननिजगुह्योरुतेजसे । निरावरणविज्ञान वासस्ते कल्पयाम्यहम् ॥ ५४ ॥
Pour Toi—dont la puissante splendeur est voilée par la triple enveloppe de Māyā et par la pudeur qui cache les parties secrètes—je façonne le vêtement de la connaissance sans obstacle, afin de Te l’offrir.
Verse 55
यमाश्रित्य म हामाया जगत्संमोहिनी सदा । तस्मै ते परमेशाय कल्पयाम्युत्तरीयकम् ॥ ५५ ॥
S’abritant en Yama, la grande Māyā—qui égare sans cesse le monde—agit. C’est pourquoi, pour Toi, ô Parameśa, je prépare cet uttarīya, le voile supérieur.
Verse 56
रक्तं शक्त्यर्कविघ्नेषु पीतंविष्णौ सितं शिवे । तैलादिदूषितं जीर्णं सच्छिद्रं मलिनं त्यजेत् ॥ ५६ ॥
Le rouge est prescrit pour Śakti, pour le Soleil et pour écarter les obstacles; le jaune est pour Viṣṇu; le blanc, pour Śiva. Tout ce qui est souillé par l’huile et autres, usé, troué ou sale doit être rejeté.
Verse 57
यस्य शक्तित्रयेणदं संप्रीतमखिलं जगत् । यज्ञसूत्राय तस्मै ते यज्ञसूत्रं प्रकल्पये ॥ ५७ ॥
À Celui dont la triple puissance soutient et réjouit pleinement l’univers entier—au Seigneur qui est Lui-même le fil sacré du sacrifice—je t’investis selon le rite de ce fil de yajña (yajñopavīta).
Verse 58
स्वभावसुन्दरांगाय नानाशक्त्याश्रयाय ते । भूषणानि विचित्राणि कल्पयाम्यमरार्चित ॥ ५८ ॥
Pour Toi dont les membres sont beaux par nature, refuge de multiples śaktis—ô Toi que les dieux vénèrent—je façonne pour Toi des ornements merveilleux et variés.
Verse 59
परमानन्दसौरभ्यपरिपूर्णदिगंतरम् । गृहाण परम गंध कृपया परमेश्वर ॥ ५९ ॥
Ô Parameśvara, par Ta grâce, reçois ce parfum suprême—une senteur de béatitude parfaite qui emplit les horizons en tous sens.
Verse 60
तुरीयवनसंभूतं नानागुणमनोहरम् । अमंदसौरभपुष्पं गृह्यतामिदमुत्तमम् । जपाक्षतार्कधत्तूरान्विष्णौ नैवार्पयेत्क्वचित् ॥ ६० ॥
Qu’elle soit acceptée, cette fleur excellente au parfum puissant, née de la forêt de Turīya et charmante par ses nombreuses qualités. Mais la japā (hibiscus), l’akṣata (riz intact), l’arka et la dhattūra ne doivent jamais être offerts à Viṣṇu, en aucun temps.
Verse 61
केतकीं कुटजं कुंदं बंधूकं केसरं जपाम् । मालतीपुष्पक चैव नार्पयेत्तु महेश्वरे ॥ ६१ ॥
On ne doit pas offrir à Maheśvara (Śiva) les fleurs ketakī, kuṭaja, kunda, bandūka, kesara, japā, ni les fleurs de mālatī.
Verse 62
मातुलिंगं च तगरं रवौ नैवार्पयेत्क्वचित् । शक्तौ दूर्वार्कमंदारान् गणेशे तुलसीं त्यजेत् ॥ ६२ ॥
Qu’on n’offre jamais au Soleil le mātuḷiṅga (cédrat) ni la fleur parfumée tagara. À Śakti, qu’on présente l’herbe dūrvā, l’arka et les fleurs mandāra ; et dans le culte de Gaṇeśa, qu’on s’abstienne d’offrir la tulasī (basilic sacré).
Verse 63
सरोजिनीदमनकौ तथा मरुबकः कुशः । विष्णुक्रांता नागवल्ली दूर्वापामार्गदाडिमौ ॥ ६३ ॥
Qu’on y ajoute encore sarojinī et damanaka, ainsi que marubaka et l’herbe kuśa ; viṣṇukrāntā, nāgavallī, l’herbe dūrvā, apāmārga et le grenadier (pomegranate).
Verse 64
धात्री मुनियुतानां च पत्रैर्देवार्चनं चरेत् । कदली बदरी धात्री तिंतिणी बीजपूरकम् ॥ ६४ ॥
Qu’on accomplisse l’adoration des dieux avec des feuilles de dhātrī et des plantes liées aux sages (muni). Sont convenables : bananier, badarī (jujube), dhātrī (āmalakī), tamarinier et bījapūraka (cédrat).
Verse 65
आम्रदाडिमजंबीरजंबूपनसभूरुहाः । एतेषां तु फलैः कुर्याद्देवतापूजनं बुधः ॥ ६५ ॥
Avec les fruits du manguier, du grenadier, du jambīra/cédrat, du jambu, du jacquier et d’autres arbres fruitiers, le sage doit accomplir le culte des divinités.
Verse 66
शुष्कैस्तु नार्चयेद्देवं पत्रैः पुष्पैः फलैरपि ॥ ६६ ॥
Mais qu’on n’adore pas la Divinité avec des offrandes flétries et sèches—qu’il s’agisse de feuilles, de fleurs ou même de fruits.
Verse 67
धात्री खदिरबित्वानां तमालस्य दलानि च । छिन्नभिन्नान्यपि मुने न दूष्याणि जगुर्बुधाः ॥ ६७ ॥
Ô sage, les hommes de sagesse ont déclaré que les fruits de dhātrī, de khadira et de bitvāna, ainsi que les feuilles de tamāla, même coupés ou brisés, ne doivent pas être tenus pour impurs ni défectueux.
Verse 68
पद्ममामलकं तिष्टेच्छुद्धं चैव दिनत्रयम् । सर्वदा तुलसी शुद्धा बिल्वपत्राणि वै तथा ॥ ६८ ॥
Le lotus et l’āmalaka (amla) demeurent rituellement purs durant trois jours. La tulasī est toujours pure, et les feuilles de bilva le sont de même.
Verse 69
पलाशकाशकुसुमैस्तमालतुलसीदलैः । छात्रीदलैश्च दूर्वाभिर्नार्चयेज्जगदंबिकाम् ॥ ६९ ॥
On ne doit pas adorer Jagadambikā (la Mère du monde) avec des fleurs de palāśa et de kāśa, ni avec des feuilles de tamāla et de tulasī, ni avec des feuilles de chātrī, ni avec l’herbe dūrvā.
Verse 70
नार्पयेत्कुसुमं पत्रं फलं देवे ह्यधोमुखम् । पुष्पपत्रादिकं विप्र यथोत्पन्नं तथार्पयेत् ॥ ७० ॥
On ne doit pas offrir à la Divinité une fleur, une feuille ou un fruit tourné vers le bas. Ô brāhmane, fleurs, feuilles et autres doivent être offerts tels qu’ils naissent, dans leur orientation naturelle.
Verse 71
वनस्पतिरसं दिव्यं गंधाढ्यं सुमनोहरम् । आघ्रेयं देवदेवेश धूपं भक्त्या गृहाम मे ॥ ७१ ॥
Ô Seigneur des seigneurs, reçois de moi, avec bhakti, cet encens divin, tiré de l’essence des plantes de la forêt, riche en parfum et infiniment agréable à l’esprit, digne d’être respiré comme offrande.
Verse 72
सुप्रकाशं महादीपं सर्वदा तिमिरापहम् । घृतवर्तिसमायुक्तं गृहाण मम सत्कृतम् ॥ ७२ ॥
Veuillez accepter de moi cette offrande vénérable : une grande lampe d’éclat lumineux, dissipant sans cesse les ténèbres, munie d’une mèche imprégnée de ghee.
Verse 73
अन्नं चतुर्विधं स्वादु रसैः षड्भिः समन्वितम् । भक्त्या गृहाण मे देव नैवेद्यंतुष्टिदंसदा ॥ ७३ ॥
Cette nourriture douce, préparée en quatre sortes et dotée des six saveurs—ô Seigneur—veuillez accepter mon naivedya avec bhakti ; que cette offrande accorde toujours la satisfaction.
Verse 74
नागवल्लीदलं श्रेष्टं पूगखदिरचूर्णयुक् । कर्पूरादिसुगंधाढ्यं यद्दत्तं तद्गृहाण मे ॥ ७४ ॥
Veuillez accepter de moi cette excellente feuille de bétel, préparée avec noix d’arec et poudre de khadira (catéchou), richement parfumée de camphre et d’autres senteurs : l’offrande que j’ai présentée.
Verse 75
दद्यात्पुष्पाञ्जलिं पश्चात्कुर्यादावरणार्चनम् ॥ ७५ ॥
Ensuite, on doit offrir une poignée de fleurs ; puis accomplir l’āvaraṇa-arcana, l’adoration des divinités qui entourent.
Verse 76
यदाशाभिमुखो भूत्वा पूजनं तु समाचरेत् । सैव प्राची तु विज्ञेया ततोऽन्या विदिशो दश ॥ ७६ ॥
Quelle que soit la direction vers laquelle on se tourne pour accomplir le culte, cette direction même doit être tenue pour l’Est ; à partir d’elle se déterminent les dix autres directions intermédiaires.
Verse 77
केशरेष्वग्निकोणादि हृदयादीनि पूजयेत् । नेत्रमग्रे दिक्षु चास्त्रं अंगमंत्रैर्यथाक्रमम् ॥ ७७ ॥
Sur les pétales du lotus, qu’on vénère les divinités en commençant par l’angle d’Agni, ainsi que les six aṅga-mantras en commençant par celui du Cœur. Devant, qu’on vénère celui de l’Œil; et dans les directions, l’Astra (mantra-arme), selon l’ordre prescrit avec les aṅga-mantras.
Verse 78
शुक्लश्वेतसितश्यामकृष्णरक्तार्चिषः क्रमात् । वराभयकरा ध्येयाः स्वस्वदिक्ष्वं गशक्तयः ॥ ७८ ॥
Dans l’ordre, leurs radiances sont : blanc, blanc éclatant, blanc pâle, bleu sombre, noir et rouge. Portant les mudrā d’octroi de dons et d’absence de crainte, ces śakti de l’Aṃga doivent être méditées dans leurs directions respectives.
Verse 79
अमुकावरणांते तु देवता इति संवदेत् । सालंकारास्ततः पश्चात्सांगाः सपरिचारिकाः ॥ ७९ ॥
À la fin du rite d’enceinte/voilement (āvaraṇa) prescrit, qu’on prononce : « (Ceci est) la divinité ». Ensuite, qu’on la contemple ou l’invoque comme parée d’ornements, avec ses aṅga et accompagnée de servantes dévouées.
Verse 80
सवाहनाः सायुधाश्च ततः सर्वो पचारकैः । संपूजितास्तर्पिताश्च वरदाः संत्विदं पठेत् ॥ ८० ॥
Alors—avec leurs montures et leurs armes—qu’on les vénère par toutes les offrandes. Après les avoir honorées comme il se doit et rassasiées par la libation (tarpana), que ces dispensatrices de grâces soient favorables. Ainsi doit-on réciter ceci.
Verse 81
मूलांते च समुञ्चार्य दिवतायै निवेदयेत् । अभीष्टसिद्धिं मे देहि शरणागतवत्सल ॥ ८१ ॥
L’ayant récité distinctement à la fin du mūla-mantra, qu’on l’offre à la divinité : « Ô protecteur plein de tendresse envers ceux qui prennent refuge, accorde-moi l’accomplissement de mon vœu désiré ».
Verse 82
भक्तया समर्पये तुभ्यममुकावरणार्चनम् । इत्युञ्चार्य क्षिपेत्पुष्पाञ्जलिं देवस्य मस्तके ॥ ८२ ॥
En disant : « Avec bhakti, je T’offre ce culte de l’āvaraṇa, l’enceinte protectrice », qu’on prononce ces mots puis qu’on dépose une poignée de fleurs sur la tête de la Déité.
Verse 83
ततस्त्वभ्यर्च्यनीयाः स्युः कल्पोक्ताश्चावृतीः क्रमात् । सायुधांस्तत इंद्राद्यान्स्वस्वदिक्षु प्रपूजयेत् ॥ ८३ ॥
Ensuite, selon l’ordre prescrit, on doit adorer les āvaraṇa comme l’enseignent les textes de Kalpa ; puis, qu’on vénère dûment Indra et les autres devas, chacun portant ses armes, dans leurs directions respectives.
Verse 84
इद्रो वह्निर्यमो रक्षो वरुणः पवनो विधुः । ईशानोऽथ विधिश्चैवमधस्तात्पन्न गाधिपः ॥ ८४ ॥
Indra, Agni, Yama, Rakṣa —gardien des directions—, Varuṇa, Vāyu et la Lune ; puis Īśāna et Brahmā, l’Ordonnateur. De même, au-dessous se tient le Seigneur des nāgas, maître des eaux souterraines.
Verse 85
ऐरावतस्तथा मेषो महिषः प्रेतस्तिमिर्मृगः । वाजी वृषो हंसकूर्मौ वाहनानि विदुर्बुधाः ॥ ८५ ॥
Airāvata ; de même le bélier et le buffle ; le preta, le timi et le cerf ; ainsi que le cheval, le taureau, le cygne et la tortue — tels sont, disent les sages, les vāhana, montures des devas.
Verse 86
वज्रं शक्तिं दंडखङ्गौ पाशां कुशगदा अपि । त्रिशूलं पद्मचक्रे च क्रमादिंद्रादिहेतयः ॥ ८६ ॥
Le vajra (foudre), la śakti (lance), le daṇḍa et la khaḍga (bâton et épée), le pāśa (lasso), l’aṅkuśa et la gadā (aiguillon et massue), ainsi que le triśūla, le lotus et le cakra — telles sont, dans l’ordre, les armes d’Indra et des autres devas.
Verse 87
समाप्यावरणार्चां तु देवतारार्तिकं चरेत् । शंखतोयं परिक्षिप्योद्वाहुर्नृत्यन् पतेत्क्षितौ ॥ ८७ ॥
Après avoir achevé le culte des divinités d’enceinte (āvaraṇa), qu’on accomplisse ensuite l’ārati de la Divinité. Ayant aspergé tout autour l’eau du śaṅkha, l’adorateur lève les bras, danse dans la bhakti, puis enfin se prosterne à même le sol.
Verse 88
दंडवञ्चाप्यथोत्थाय प्रार्थयित्वा निजेश्वरम् । दक्षिणे स्थंडिलं कृत्वा तत्र संस्कारमाचरेत् ॥ ८८ ॥
Après avoir accompli la prosternation totale, telle un bâton (daṇḍavat), puis s’être relevé, qu’on prie son propre Seigneur. Ensuite, sur le côté droit, en préparant un sthaṇḍila (aire rituelle), qu’on y accomplisse le saṃskāra prescrit.
Verse 89
मूलेनेक्षणमस्त्रेण प्रोक्षणं ताडनं पुनः । कुशैस्तद्वर्मणाभ्युक्ष्य पूज्य तत्र न्यसेद्वसुम् ॥ ८९ ॥
Avec le mūla-mantra, en recourant aux mantras de ‘vision’ et d’‘arme’, qu’on fasse l’aspersion purificatrice (prokṣaṇa), puis de nouveau le frappement rituel (tāḍana) pour écarter les obstacles. Ensuite, en aspergeant avec l’herbe kuśa sous la protection du mantra-armure (varma), qu’on adore et qu’on dépose là le vasu, l’offrande/la richesse sacrée, à sa place.
Verse 90
प्रदाप्य तत्र जुहुयाद्ध्यात्वा चैवेष्टदेवताम् । महाव्याहृतिभिर्यस्तु समस्ताभिश्चतुष्टयम् ॥ ९० ॥
Après avoir allumé le feu en ce lieu, qu’on offre les oblations (homa) en méditant sur la divinité choisie (iṣṭa-devatā). L’offrande doit être accomplie avec les grandes Vyāhṛtis, en utilisant ensemble l’ensemble complet des quatre.
Verse 91
जुहुयात्सर्पिषा भक्तैस्तिलैर्वा पायसेन वा । सघृतैः साधकश्रेष्टः पञ्चविंशतिसंख्यया ॥ ९१ ॥
Le meilleur des pratiquants doit offrir les oblations : soit avec du ghee accompagné d’offrandes sacrées de bhakti, soit avec des graines de sésame, soit avec du riz au lait (pāyasa), le tout préparé avec du ghee, au nombre de vingt-cinq.
Verse 92
पुनर्व्याहृतिभिघिर्हुत्वा गंधाद्यैः पुनरर्चयेत् । देवं संयोजयेन्मूर्तौ ततो वह्निं विसर्जयेत् ॥ ९२ ॥
Après avoir de nouveau offert les oblations accompagnées des saintes vyāhṛtis, qu’on adore encore avec parfums et autres offrandes; puis qu’on unisse et installe la Divinité dans la mūrti (l’icône), et qu’ensuite on congédie selon le rite le feu sacré.
Verse 93
भो भो वह्ने महाशक्ते सर्वकर्मप्रसाधक । कर्मांतरेऽपि संप्राप्ते सान्निध्यं कुरु सादरम् ॥ ९३ ॥
Ô Feu, ô Grande Puissance, toi qui mènes à bien tous les rites ! Quand un autre rite est entrepris, accorde-y aussi ta présence, avec respect et sans défaillance.
Verse 94
विसृज्याग्निदेवतायै दद्यादाचमनीयकम् । अवशिष्टेन हविषा गंधपुष्पाक्षतान्वितम् ॥ ९४ ॥
Après avoir congédié le rite, qu’on offre au Deva du Feu l’eau d’ācamana; et avec le havis restant, qu’on fasse une offrande accompagnée de parfum, de fleurs et d’akṣata (grains de riz intacts).
Verse 95
देवतापार्षदेभ्योऽपि पूर्वोक्तेभ्यो बलिं ददेत् । ये रौद्रा रौद्रकर्माणो रौद्रस्थाननिवासिनः ॥ ९५ ॥
Qu’on présente aussi une offrande bali aux serviteurs et compagnons des divinités mentionnées plus haut : ceux qui sont farouches de nature, farouches dans leurs actes, et qui demeurent en des lieux farouches liés à Rudra.
Verse 96
योगिन्यो ह्युग्ररूपाश्च गणानामधिपास्च ये । विघ्नभूतास्तथा चान्ये दिग्विदिक्षु समाश्रिताःग ॥ ९६ ॥
En vérité, les Yoginīs à l’aspect redoutable, ainsi que ceux qui sont les seigneurs des gaṇas, et d’autres êtres encore qui deviennent sources d’obstacles, demeurent dans les directions et les quartiers intermédiaires.
Verse 97
सर्वे ते प्रीतमनसः प्रतिगृह्णंत्विमं बलिम् । इत्यष्टदिक्षु दत्वा च पुनर्भूतबलिं चरेत् ॥ ९७ ॥
«Puissiez-vous tous accepter cette offrande (bali) avec un esprit réjoui.» Après avoir ainsi offert le bali aux huit directions, on doit de nouveau procéder à l’offrande destinée aux bhūtas (êtres élémentaires).
Verse 98
पानीयममृतीकृत्य मुद्रया धेनुसंज्ञया । देवतायाः करे दद्यात्पुनश्चाचमनीयकम् ॥ ९८ ॥
Après avoir sanctifié l’eau à boire en la rendant « nectar » par la mudrā dhenu (la vache), on la dépose dans la main de la Divinité; puis l’on offre de nouveau l’eau d’ācamanīya (gorgée rituelle).
Verse 99
देवमुद्वास्य मूर्तिस्थं पुनस्तत्रैव योजयेत् । नैवेद्यं च ततो दद्यात्तत्तदुच्छिष्टभोजिने ॥ ९९ ॥
Après avoir conclu selon le rite l’invocation et le renvoi de la Divinité, on doit réinstaller la Divinité dans l’image, en ce même lieu. Ensuite, on offre le naivedya (offrande de nourriture) à celui qui consomme les restes de cette offrande.
Verse 100
महेश्वरस्य चंडेशो विष्वक्सेनस्तथा हरेः । चंडांशुस्तरणेर्वक्ततुंडश्चापि गणेशितुः । शक्तेरुच्छिष्टचांडाली प्रोक्ता उच्छिष्टभोजिनः ॥ १०० ॥
Caṇḍeśa est l’assistant de Maheśvara; et Viṣvaksena, de même, celui de Hari. Caṇḍāṃśu appartient au Soleil (Taraṇi), et Vaktatuṇḍa aussi à Gaṇeśa. Pour Śakti, l’assistante nommée Ucchiṣṭacāṇḍālī est déclarée : ceux-là sont appelés les « ucchiṣṭa-bhojin », ceux qui consomment les restes consacrés.
Verse 101
ततो ऋष्यादिकं स्मृत्वा कृत्वा मूलषडंगकम् । जप्त्वा मंत्रं यथाशक्ति देवतायै निवेदयेत् ॥ १०१ ॥
Ensuite, se remémorant le ṛṣi et les autres données du mantra, et accomplissant le rite auxiliaire en six membres (ṣaḍaṅga) du mantra racine, on doit réciter le mantra selon sa force et l’offrir à la divinité présidante.
Verse 102
गुह्यातिगुह्यगोप्ता त्वं गृहाणास्मत्कृतं जपम् । सिद्धिर्भवतु मे देव त्वत्प्रसादात्त्वयि स्थिता ॥ १०२ ॥
Ô Protecteur du plus secret des secrets, reçois ce japa accompli par moi. Ô Seigneur, que l’accomplissement soit mien—par ta grâce—solidement établi en Toi.
Verse 103
ततः पराङ्मुखं चार्घं कृत्वा पुष्पैः प्रपूजयेत् । दोर्भ्यां पभ्द्यां च जानुभ्यामुरसा शिरसादृशा । मनसा वचसा चेति प्रणामोऽष्टांग ईरितः ॥ १०३ ॥
Ensuite, détournant le visage par révérence, après avoir offert l’arghya, qu’on adore avec des fleurs. Avec les deux bras, les deux pieds, les deux genoux, la poitrine, la tête et le regard—et aussi par l’esprit et la parole—cela est déclaré être la prosternation aux huit membres (aṣṭāṅga-praṇāma).
Verse 104
बाहुभ्यां च सजानुभ्यां शिरसा वचसापि वा । पंचांगकः प्रणामः स्यात्पूजायां प्रवरावुभौ ॥ १०४ ॥
Dans le culte, la salutation la plus excellente est la prosternation aux cinq membres (pañcāṅga-praṇāma) : accomplie avec les bras, avec les genoux, avec la tête, et aussi par les paroles. Les deux—l’acte du corps et la révérence verbale—sont louables.
Verse 105
नत्वा च दंडवन्मंत्री ततः कुर्यात्प्रदक्षिणाः । विष्णुसोमार्कविघ्नानां वेदार्धेंद्वद्रिवह्नयः ॥ १०५ ॥
Après s’être prosterné comme un bâton (daṇḍavat), le récitant du mantra doit ensuite accomplir les pradakṣiṇā, les circumambulations révérencieuses. Les nombres prescrits sont indiqués par des mots-codes : pour Viṣṇu, Soma, Arka et Vighna, le dissipateur des obstacles, ce sont respectivement « la moitié des Veda », « la lune », « les montagnes » et « les feux ».
Verse 106
ततः स्तोत्रादिकं मंत्री प्रपठेद्भक्तिपूर्वकम् । इतः पूर्णं प्राणबुद्धिदेहधर्माधिकारतः ॥ १०६ ॥
Ensuite, le pratiquant du mantra doit réciter des hymnes (stotra) et des prières apparentées avec bhakti, la dévotion. Par cela, le rite devient accompli—selon la capacité de chacun, mesurée par la force vitale, l’intelligence, l’aptitude du corps et le devoir prescrit par le dharma.
Verse 107
जाग्रत्स्वप्नसुषुप्त्यंतेऽवस्थासु मनसा वदेत् । वाचा हस्ताभ्यां च पद्भ्यामुदरेण ततः परम् ॥ १०७ ॥
À la fin des états de veille, de rêve et de sommeil profond, qu’on “parle” par le mental; puis qu’on parle par la parole, par les mains, par les pieds, et ensuite par le ventre (c’est-à-dire par les fonctions du corps au-delà du langage).
Verse 108
शिष्णांते यत्स्मृतं पश्चाद्यदुक्तं यत्कृतं ततः । तत्सर्वं च ततो ब्रह्मर्पणं भवतु ठद्वयम् ॥ १०८ ॥
Tout ce qui fut ensuite remémoré, tout ce qui fut dit et tout ce qui fut accompli après cela — que tout, désormais, devienne une offrande à Brahman; qu’elle soit accomplie pleinement sous ses deux aspects.
Verse 109
मां मदीयं च सकलं विष्णवे च समर्पये । तारं तत्सदतो ब्रह्मर्पणमस्तु मनुर्मतः ॥ १०९ ॥
Je m’offre moi-même — et tout ce qui est mien — à Viṣṇu. Avec la syllabe sacrée Tāra (Oṁ), jointe à « tat-sat », que ceci soit une offrande à Brahman, ainsi que l’enseigne la tradition des mantras.
Verse 110
प्रणवाद्योऽष्टवस्वर्णो ह्यनेनात्मानमर्पयेत् । अज्ञानाद्वा प्रमादाद्वा वैकल्यात्साधनस्य च ॥ ११० ॥
Commençant par la syllabe sacrée Oṁ et composée de huit sons syllabiques, par cela l’on doit s’offrir (se remettre) soi-même — que ce soit par ignorance, par négligence, ou par quelque insuffisance dans les moyens prescrits de sādhana.
Verse 111
यन्न्यूनमतिरिक्तं वा तत्सर्वं क्षन्तुमर्हसि । द्रव्यहीनं क्रियाहीनं मंत्रहीनं मयान्यथा ॥ १११ ॥
Ce qui fut insuffisant ou ce qui fut excessif, daigne tout pardonner. Tout ce que j’ai accompli autrement que prescrit — sans les offrandes requises, sans les rites, ou sans les mantras — qu’il te plaise de l’excuser.
Verse 112
कृतं यत्तत्क्षमस्वेश कृपया त्वं दयानिधे । यन्मया क्रियते कर्म जाग्रत्स्वप्रसुषुप्तिषु ॥ ११२ ॥
Ô Seigneur, océan de compassion, pardonne, par Ta miséricorde, tout ce qui a été fait de travers. Quelles que soient les actions que j’accomplis à l’état de veille, en rêve ou dans le sommeil profond, veuille toutes les absoudre.
Verse 113
तत्सर्वं तावकी पूजा भूयाद्भूत्यै च मे प्रभो । भूमौ स्खलितपादानां भूमिरेवावलंबनम् ॥ ११३ ॥
Ô Seigneur, que tout cela soit un culte offert à Toi, et qu’il devienne la cause de mon bien-être et de ma prospérité. Car pour ceux dont le pied glisse sur la terre, la terre elle-même devient appui.
Verse 114
त्वयि जातापराधानां त्वमेव शरणं प्रभो । अन्यथा शरणं नास्ति त्वमेव शरणं मम ॥ ११४ ॥
Ô Seigneur, pour ceux qui ont commis des offenses envers Toi, Toi seul es le refuge. Il n’est point d’autre asile; Toi seul es mon refuge.
Verse 115
तस्मात्कारुण्यभावेन क्षमस्व परमेश्वर । अपराधसहस्राणि क्रियंतेऽहर्न्निशं मया ॥ ११५ ॥
C’est pourquoi, ô Souverain Seigneur, pardonne-moi par pure compassion; car par moi se commettent des milliers d’offenses, jour et nuit.
Verse 116
दासोऽयमिति मां मत्वा क्षमस्व जगतां पते । आवाहनं न जानामि न जानामि विसर्जनम् ॥ ११६ ॥
Considère-moi comme Ton serviteur, ô Seigneur des mondes, et pardonne-moi. Je ne connais pas l’invocation correcte, ni le renvoi rituel convenable.
Verse 117
पूजां चैव न जानामि त्वं गतिः परमेश्वर । संप्रार्थ्यैवं ततो मंत्री मूलांते श्लोकमुञ्चरेत् ॥ ११७ ॥
«Je ne connais même pas la juste manière d’adorer ; Toi seul es mon refuge, ô Seigneur Suprême.» Après avoir prié ainsi, le pratiquant du mantra doit réciter le verset à la fin du mantra-racine, comme formule de clôture.
Verse 118
गच्छ गच्छ परं स्थानं जगदीश जगन्मय । यन्न ब्रह्मादयो देवा जानंति च सदाशिवः ॥ ११८ ॥
Va, va vers la demeure suprême, ô Seigneur de l’univers, ô Toi qui pénètres toute chose ; ce royaume que ni Brahmā ni les autres dieux ne connaissent, pas même Sadāśiva.
Verse 119
इति पुष्पांजलिं दत्वा ततः संहारमुद्रया । निधाय देवं सांगं च स्वीयदृत्सरसीरुहे ॥ ११९ ॥
Ainsi, après avoir offert une poignée de fleurs (puṣpāñjali), puis—au moyen de la mudrā de saṃhāra (geste de clôture et de retrait)—on doit déposer en esprit la Divinité, avec tous Ses membres et Ses compagnons, dans le lotus du lac du cœur.
Verse 120
सुषुम्णावर्त्मना पुष्पमाघ्रायोद्वासयेद् बुधः । शंखचक्रशिलालिंगविघ्नसूर्यद्वयं तथा ॥ १२० ॥
Après avoir inspiré le parfum d’une fleur par le canal de suṣumṇā, le sage doit expirer doucement. De même, il doit contempler : la conque (śaṅkha), le disque (cakra), la pierre sacrée (śilā), le liṅga, le Dissipateur des obstacles (Vighna/Gaṇeśa) et la paire de soleils.
Verse 121
शक्तित्रयं न चैकत्र पूजयेद्दुःखकारणम् । अकालमृत्युहरणं सर्वव्याधिविनाशन् ॥ १२१ ॥
On ne doit pas adorer ensemble, en un même lieu, la triade des Śakti, car cela devient cause de souffrance. Le culte accompli selon la règle écarte la mort prématurée et détruit toutes les maladies.
Verse 122
सर्वपापक्षयकरं विष्णुपादोदकं शुभम् ॥ १२२ ॥
Auspicious est l’eau qui a lavé les pieds de Viṣṇu ; elle anéantit tous les péchés.
Verse 123
तत्तद्भक्तैर्गृही तव्यं तन्नैवेद्यनिवेदितम् । अग्राह्यं शिवनिर्माल्यं पत्रं पुष्पं फलं जलम् ॥ १२३ ॥
Ce qui a été offert en naivedya ne doit être reçu que par les dévots de cette même divinité. Mais la feuille, la fleur, le fruit et l’eau qui sont le nirmālya (restes sacrés) de Śiva ne doivent pas être acceptés par d’autres.
Verse 124
शालग्रामशिलास्पर्शात्सर्वं याति पवित्रताम् । पूजा पंचविधा तत्र कथिता नारदाखिलैः ॥ १२४ ॥
Par le seul contact de la pierre de Śālagrāma, tout devient pur. En ce cadre, Nārada a exposé pleinement la méthode de culte en cinq formes.
Verse 125
आतुरी सौतिकी त्रासी साधना भाविनी तथा । दौर्बोधी च क्रमादासां लक्षणानि श्रृणुष्व मे ॥ १२५ ॥
«L’Aturī, la Sautikī, la Trāsī, la Sādhanā, la Bhāvinī et la Daurbodhī : écoute de moi, dans l’ordre, les signes distinctifs de ces (types).»
Verse 126
रोगादियुक्तो न स्रायान्न जपेन्न च पूजयेत् । विलोक्य पूजां देवस्य मूर्तिं वा सूर्य्यमंडलम् ॥ १२६ ॥
Celui qui est affligé par la maladie et autres maux ne doit ni se baigner, ni réciter le japa, ni accomplir un culte formel. Qu’il se contente plutôt de contempler le culte du Seigneur, ou l’image de la divinité, ou le disque solaire.
Verse 127
प्रणम्याथ स्मरन्मंत्रमर्पयेत्कुमांजलिम् । रोगे निवृत्ते स्नात्वाथ नत्वा संपूञ्चेद्गुरुम् ॥ १२७ ॥
Ensuite, après s’être prosterné et s’être souvenu du mantra, qu’il offre une poignée de fleurs, les mains en añjali. Quand la maladie s’est apaisée, qu’il se baigne, puis, se prosternant encore, prenne congé du guru avec respect.
Verse 128
त्वत्प्रसादाज्जगन्नाथ जगत्पूज्य दयानिधे । पूजाविच्छेददोषो मे मास्त्विति प्रार्थयेच्च तम् ॥ १२८ ॥
Par Ta grâce, ô Jagannātha, Seigneur de l’univers, adoré des mondes, océan de compassion, qu’il Te prie ainsi : «Que jamais ne s’élève en moi la faute d’interrompre mon culte».
Verse 129
द्विजानपि च संपूज्य यथाशक्त्या प्रतोष्य च । तेभ्यश्चाशिषमादाय देवं प्राग्वत्ततोऽर्चयेत् ॥ १२९ ॥
Après avoir honoré comme il se doit les deux-fois-nés (brāhmaṇas), les avoir satisfaits selon ses moyens et reçu leurs bénédictions, qu’il adore ensuite la Divinité selon la règle énoncée auparavant.
Verse 130
आतुरी कथिता ह्येषा सोतिक्यथ निगद्यते । सूतकं द्विविधं प्रोक्तं जाताख्यं मृतसंज्ञकम् ॥ १३० ॥
Cet état (d’impureté) est bien décrit comme « āturī » et il est aussi appelé « sotikā ». Le sūtaka (impureté rituelle) est déclaré de deux sortes : l’impureté dite de naissance et celle dite de mort.
Verse 131
तत्र स्नात्वा मानसीं तु कृत्वा संध्यां समाहितः । मनसैव यजेद्देवं मनसैव जपेन्मनुम् ॥ १३१ ॥
Après s’y être baigné, et accomplissant la Sandhyā intérieurement, l’esprit parfaitement recueilli, qu’il adore la Divinité par la seule pensée, et par la seule pensée qu’il répète en japa le mantra sacré.
Verse 132
निवृत्ते सूतके प्राग्वत्संपूज्य च गुरुं द्विजान् । तेभ्यश्चाशिषमादाय ततो नित्यक्रमं चरेत् ॥ १३२ ॥
Lorsque la période de sūtaka (impureté après naissance ou décès) est achevée, qu’on honore comme auparavant le maître spirituel et les aînés deux-fois-nés; puis, ayant reçu leurs bénédictions, qu’on reprenne l’ordre régulier des observances quotidiennes.
Verse 133
एषा तु सौतिकी प्रोक्ता त्रासी चाथ निगद्यते । दुष्टेभ्यस्त्रासमापन्नो यथालब्धोपचारंकैः ॥ १३३ ॥
Ce rite est proclamé « Sautikī » et il est aussi nommé « Trāsī ». Quand, à cause de gens pervers, on est saisi de crainte, qu’on l’applique avec les remèdes et moyens disponibles sur l’instant.
Verse 134
मानसैर्वै यजेद्देवं त्रासी सा परिकीर्तिता । पूजासाधनवस्तूनाम सामर्थ्ये तु सर्वतः ॥ १३४ ॥
Qu’on adore vraiment le Seigneur par l’esprit; cela est proclamé « Trāsī » (le culte mental). Elle s’applique en toute circonstance, sans dépendre de la possibilité d’obtenir les objets requis pour la pūjā.
Verse 135
पुष्पैः पत्रैः फलैर्वापि मनसा वा यजेद्विभुम् । साधनाभाविनी ह्येषा दौर्बोधीं श्रृणु नारद ॥ १३५ ॥
On peut adorer le Seigneur qui pénètre tout avec des fleurs, des feuilles ou des fruits — ou même par l’esprit seul. Car cette méthode ne dépend d’aucun moyen extérieur; écoute, ô Nārada, cet enseignement subtil, difficile à saisir.
Verse 136
स्त्रियो वृद्धास्तथा बाला मूर्खास्तैस्तु यथाक्रमम् । यथाज्ञानकृता सा तु दौर्बोधीति प्रकीर्तिता ॥ १३६ ॥
Les femmes, les vieillards, les enfants et les ignorants — chacun selon son rang — emploient la parole selon le degré de leur compréhension; c’est pourquoi cet usage est dit « durbodhā », “difficile à saisir”.
Verse 137
एवं यथाकथंचित्तु पूजां कुर्याद्धि साधकः । देवपूजाविहीनो यः स गच्छेन्नरकं ध्रुवम् ॥ १३७ ॥
Ainsi, d’une manière ou d’une autre, le sādhaka doit assurément accomplir le culte. Celui qui est privé de l’adoration de la Divinité va sûrement en enfer.
Verse 138
वैश्वदेवादिकं कृत्वा भोजयेद्द्विजसत्तमान् । देवे निवेदितं पश्चाद्भुंमजीत स्वगणैः स्वयम् ॥ १३८ ॥
Après avoir d’abord accompli le Vaiśvadeva et les autres offrandes préliminaires, qu’on nourrisse les plus excellents des dvija. Une fois la nourriture offerte à la Divinité, qu’on mange ensuite soi-même avec ses serviteurs.
Verse 139
आचम्याननशुद्धिं च कृत्वा तिष्टेत् कियत्क्षणम् । पुराणमितिहासं च श्रृणुयात्स्वजनैः सह ॥ १३९ ॥
Après avoir accompli l’ācamana et purifié la bouche, qu’on demeure recueilli un court instant ; puis, avec les siens, qu’on écoute le Purāṇa et l’Itihāsa.
Verse 140
समर्थः सर्वकल्पेषु योऽनुकल्पं समाचरेत् । न सांगशयिकं तस्य दुर्मतेर्जायते फलम् ॥ १४० ॥
Même s’il est capable dans tous les kalpa prescrits, s’il choisit de n’accomplir qu’un rite de substitution (anukalpa), alors, par cette intention égarée, ne naîtra pour lui aucun fruit complet avec ses auxiliaires requis.
The arghya is ritually ‘transformed’ through mantra and mudrā (notably go/dhenu-mudrā, kavaca sealing, and protective astra) so it becomes a purified medium fit for consecration, self-sprinkling, maṇḍala cleansing, and deity-offering—serving as the chapter’s core sacramental substance.
Āvaraṇa-arcana establishes a protected and hierarchically ordered sacred space by honoring attendant powers, directional guardians (dikpālas), their mounts and weapons, thereby stabilizing the rite, removing obstacles, and integrating the main deity’s worship into a complete cosmological mandala.
It authorizes reduced or purely mental worship (Trāsī), emphasizing remembrance, inner Sandhyā, and manas-japa when bathing or formal ritual is not possible; after the condition ends, the practitioner resumes full observance with guru and brāhmaṇa honor.
It lists deity-specific prohibitions (e.g., certain flowers/leaves/fruits not to be offered to Viṣṇu, Śiva, Sūrya, Śakti, or Gaṇeśa), forbids withered items and downward-facing offerings, and notes exceptions of enduring purity (e.g., tulasī and bilva always pure; lotus and āmalaka pure for three days).