
Sanatkumāra expose un système de mantras centré sur la Śakti comme Vāk (la Parole sacrée) : d’abord Kālī, manifestation de la Déesse de la parole, puis une vidyā orientée vers Tārā. Le chapitre présente les éléments du mantra (ṛṣi, chandas, devatā, bīja, śakti), prescrit l’aṅga-nyāsa et la mise en place des mātṛkā, des rites de protection, ainsi que la dhyāna de l’iconographie de Kālī. Il décrit la construction du yantra (hexagone, triangles entrelacés, lotus, bhūpura), énumère les śakti/mātṛkā accompagnatrices et précise les nombres de japa/homa visant la siddhi avec des offrandes telles que lotus rouges, bilva et karavīra. Une large section détaille le nyāsa en seize volets de Tārā, incluant installations planétaires, lokapāla, Śiva–Śakti et cakra, avec digbandha et protections de type kavaca. Le texte ajoute des avertissements éthiques (éviter de nuire et les paroles dures) tout en mentionnant des motifs de terrain de crémation propres à certains registres tantriques. Il se clôt sur l’usage d’amulettes/yantras pour la protection, l’étude, la victoire et la prospérité.
Verse 1
सनत्कुमार उवाच । वाग्देवता वतारोऽन्यः कालिकेति प्रकीर्तिता । तस्या मन्त्रं प्रवक्ष्यामि भुक्तिमुक्तिप्रदं नृणाम् ॥ १ ॥
Sanatkumāra dit : Une autre manifestation de la Déesse de la Parole est célébrée sous le nom de Kālī. Je vais maintenant énoncer son mantra, qui accorde aux hommes à la fois la jouissance du monde et la délivrance.
Verse 2
सृष्टिक्रियान्विता शांतिर्बिद्वाढ्या च त्रिधा पुनः । अरुणाक्ष्यादीपिका च बिंदुयुक्ता द्विधा ततः ॥ २ ॥
Śānti (le mode pacificateur) est du type « accompagné de l’acte de création » ; et la forme nommée Bidvāḍhyā est, à nouveau, triple. De même sont reconnues Aruṇākṣī et Dīpikā ; puis le type Binduyuktā est double.
Verse 3
मायाद्वयं ततः पश्चाद्दक्षिणे कालिके पदम् । पुनश्च सप्तबीजानि स्वाहांतोऽयं मनूत्तमः ॥ ३ ॥
Ensuite, place les deux syllabes « māyā » ; puis, à droite, établis le mot « Kālikā ». Ajoute encore les sept syllabes-semences : ce mantra excellent s’achève par « svāhā ».
Verse 4
भैरवोऽस्य ऋषिश्छन्द उष्णिक्काली तु देवता । बीजं मायादीर्घवर्त्म शक्तिरुक्ता मुनीश्वर ॥ ४ ॥
Pour ce mantra, Bhairava est proclamé ṛṣi (voyant) ; le mètre est Uṣṇik ; la divinité présidante est Kālī. La syllabe-semence (bīja) est « Māyā », et la śakti est dite « Dīrghavartma », ô meilleur des sages.
Verse 5
षड्दीर्धाढ्ये बीजेन विद्याया अंगमीरितम् । मातृकार्णान्दश दश हृदये भुजयोः पदोः ॥ ५ ॥
Avec la syllabe-semence pourvue des six voyelles longues, on prescrit l’aṅga-nyāsa de la Vidyā. Les lettres de la Mātṛkā doivent être placées—dix et dix—sur le cœur, sur les bras et sur les pieds.
Verse 6
विन्यस्य व्यापकं कुर्यान्मूलमंत्रेण साधकः । शिरः कृपाणमभयं वरं हस्तैश्च बिभ्रतीम् ॥ ६ ॥
Après avoir accompli le nyāsa, le pratiquant doit, par le mantra racine, entreprendre le rite protecteur qui pénètre tout, et méditer la Déesse portant une tête tranchée, une épée, le geste d’intrépidité et le geste d’octroi des dons dans ses mains.
Verse 7
मुंडस्रङ्मस्तकां मुक्तकेशां पितृवनस्तिताम् । सर्वालंकृतवर्णां च श्यामांगीं कालिकां स्मरेत् ॥ ७ ॥
Qu’on médite Kālikā : la tête ornée d’une guirlande de crânes, les cheveux dénoués, demeurant dans la forêt des Pitṛ (domaine lié aux ancêtres), richement parée, au corps aux membres sombres.
Verse 8
एवं ध्यात्वा जपेल्लक्षं जुहुयादयुतं ततः । प्रसूनैः करवीरोत्थैः पूजायंत्रमथोच्यते ॥ ८ ॥
Après avoir ainsi médité, qu’on récite le mantra cent mille fois; puis qu’on offre dix mille oblations dans le feu sacré. Ensuite, avec des fleurs de karavīra (laurier-rose), est enseignée la méthode de vénération du yantra.
Verse 9
विलिख्य पूर्वं षट्कोणं त्रिकोणत्रितयं ततः । पद्ममष्टदलं बाह्ये भूपुरं तत्र पूजयेत् ॥ ९ ॥
D’abord, trace un hexagone; puis dessine l’ensemble des trois triangles. À l’extérieur, dessine un lotus à huit pétales, et au-delà le bhūpura, l’enceinte carrée qui l’entoure. Dans ce diagramme, qu’on accomplisse le culte.
Verse 10
जया च विजया चापि अजिता चापराजिता । नित्या विलासिनी वापि दोग्ध्यघोरा च मंगला ॥ १० ॥
Jaya et Vijaya, Ajitā et Aparājitā; Nityā et aussi Vilāsinī; Dogdhrī, Aghorā et Maṅgalā — tels sont les noms et formes divines ici énumérés.
Verse 11
पीठस्य शक्तयो मायात्मने हृत्पीठमंत्रकः । शिवरूपशवश्थां च शिवाभिर्दिक्षु वेष्टिताम् ॥ ११ ॥
Les Śakti du pīṭha sont pour celui dont l’essence est Māyā; le hṛt-pīṭha, le siège du cœur, possède son propre mantra. Et l’on doit contempler la forme de cadavre ayant l’apparence de Śiva, enveloppée de toutes parts par les Śivā des directions.
Verse 12
महाकालरतासक्तां ध्यात्वांगान्यर्चयेत्पुरा । कालीं कपालिनीं कुल्लां कुरुकुल्लां विरोधिनीम् ॥ १२ ॥
Après avoir d’abord médité la Déesse, ardemment vouée à Mahākāla, qu’on adore ensuite ses aṅga (membres ou aspects auxiliaires). Qu’on la vénère comme Kālī, Kapālinī, Kullā, Kurukullā et Virodhinī.
Verse 13
विप्रचित्तां च षट्कोणे नवकोणे ततोऽर्चयेत् । उग्रामुष्णप्रभां दीप्तां नीलाधानां बलाकिकाम् ॥ १३ ॥
Dans le compartiment hexagonal, qu’on adore Vipracittā; puis, dans le compartiment à neuf angles, qu’on adore Balākikā—farouche, flamboyante d’une ardeur brûlante, éclatante, et portant une teinte bleue.
Verse 14
मात्रां मुद्रां तथा मित्रां पूज्याः पत्रेषु मातरः । पद्मस्यास्य सुयत्नेन ब्राह्मी नारायणीत्यपि ॥ १४ ॥
Sur les pétales du lotus, qu’on vénère les Déesses-Mères—Mātrā, Mudrā et Mitrā; et, avec un soin appliqué, aussi Brāhmī et Nārāyaṇī en rapport avec ce lotus.
Verse 15
माहेश्वरी च चामुंडा कौमारी चापराजिता । वाराही नारसिंहा च पुनरेतास्तु भूपुरे ॥ १५ ॥
Māheśvarī, Cāmuṇḍā, Kaumārī, Aparājitā, Vārāhī et Nārasiṃhī—celles-ci, de nouveau, doivent être établies dans le bhūpura, l’enceinte extérieure, terrestre, du diagramme sacré.
Verse 16
भैरवीं महदाद्यां तां सिंहाद्यां धूम्रपूर्विकाम् । भीमोन्मत्तादिकां चापि वशीकरणभैरवीम् ॥ १६ ॥
Il évoqua aussi Bhairavī dans ses nombreuses formes—Mahadādyā, Siṁhādyā, Dhūmrapūrvikā, et celles telles que Bhīmā et Unmattā—ainsi que Vaśīkaraṇa-bhairavī, la Bhairavī liée aux rites de subjugation.
Verse 17
मोहनाद्यां समाराध्य शक्रादीन्यायुधान्यपि । एवमाराधिता काली सिद्धा भवति मंत्रिणाम् ॥ १७ ॥
Après avoir apaisé comme il se doit Mohanā, et aussi les armes à commencer par celles d’Indra (Śakra), ainsi adorée, Kālī devient pleinement accomplie et confère la siddhi des mantras aux pratiquants.
Verse 18
ततः प्रयोगान्कुर्वीत महाभैरवभाषितान् । आत्मनो वा परस्यार्थं क्षिप्रसिद्धिप्रदायकान् ॥ १८ ॥
Ensuite, qu’on accomplisse les prayoga, les applications rituelles enseignées par Mahābhairava, dispensatrices d’une réussite rapide—que ce soit pour son propre dessein ou pour le bien d’autrui.
Verse 19
स्त्रीणां प्रहारं निंदां च कौटिल्यं वाप्रियं वचः । आत्मनो हितमन्विच्छन् कालीभक्तो विवर्जयेत् ॥ १९ ॥
En quête de son véritable bien, le dévot à l’âge de Kali doit s’abstenir de frapper les femmes, de les calomnier, d’agir avec ruse et de proférer des paroles dures ou déplaisantes.
Verse 20
सुदृशो मदनावासं पश्यन्यः प्रजपेन्मनुम् । अयुतं सोऽचिरादेव वाक्पपतेः समतामियात् ॥ २० ॥
En contemplant une femme d’une grande beauté—demeure de Kāma—qu’on récite le mantra. En le répétant dix mille fois, on parvient vite à l’égalité avec Vākpati, le Seigneur de la Parole.
Verse 21
दिगम्बरो मुक्तकेशः श्मशानस्थोऽधियामिनि । जपेद्योऽयुतमेतस्य भवेयुः सर्वसिद्धयः ॥ २१ ॥
Nu (vêtu du ciel), les cheveux dénoués, demeurant au lieu de crémation dans le silence de la nuit : quiconque répète ce mantra dix mille fois obtient toutes les siddhi, tous les accomplissements.
Verse 22
शवस्य हृदये स्थित्वा निर्वासाः प्रेतभूमिगः । अर्कपुष्पसहस्रेणाभ्यक्तेन स्वीयरेतसा ॥ २२ ॥
Se tenant sur le cœur d’un cadavre—nu, au lieu de crémation—il l’oint avec mille fleurs d’arka, enduites de son propre sperme.
Verse 23
देवीं यः पूजयेद्भक्त्या जपन्नेकैकशो मनुम् । सोऽचरेणैव कालेन धरणीप्रभुतां व्रजेत् ॥ २३ ॥
Celui qui vénère la Déesse avec bhakti, en récitant le mantra syllabe après syllabe, parviendra en peu de temps à la souveraineté sur la terre.
Verse 24
रजः कीर्णं भगं नार्या ध्यायन्यो ह्ययुतं जपेत् । सकवित्वेन रम्येण जनान्मोहयति ध्रुवम् ॥ २४ ॥
Celui qui médite sur la vulve d’une femme enduite de sang menstruel et répète (le mantra) dix mille fois, égarera sûrement les gens par une parole charmante et poétique.
Verse 25
त्रिपञ्चारे महापीठे शिवस्य हृदि संस्थिताम् । महाकालेन देवेन मारयुद्धं प्रकुर्वतीम् ॥ २५ ॥
À Tripañcāra, le grand siège sacré, Elle était établie dans le cœur de Śiva et menait un combat meurtrier contre le dieu Mahākāla.
Verse 26
तां ध्यायन्स्मेरवदनां विदधत्सुरतं स्वयम् । जपेत्सहस्रमपि यः स शंकरसमो भवेत् ॥ २६ ॥
Celui qui médite sur Elle—au visage doucement souriant—et accomplit lui-même le rite de l’union intime, puis répète le mantra ne fût-ce que mille fois, devient l’égal de Śaṅkara (Śiva).
Verse 27
अस्थिलोमत्वचायुक्तं मांसं मार्जारमेषयोः । उष्ट्रस्य महिषस्यापि बलिं यस्तु समर्पयेत् ॥ २७ ॥
Celui qui offre en bali sacrificiel la chair d’un chat ou d’un mouton—avec os, poils et peau—ou encore le bali d’un chameau ou d’un buffle, agit à l’encontre de la règle rituelle appropriée.
Verse 28
भूताष्टम्योर्मध्यरात्रे वश्याः स्युस्तस्य जन्तवः । विद्यालक्ष्मीयशःपुत्रैः स चिरं सुखमेधते ॥ २८ ॥
À minuit, lors de Bhūtāṣṭamī, les êtres vivants passent sous son emprise ; et longtemps il prospère dans la félicité, pourvu de science, de richesse, de renommée et de fils.
Verse 29
यो हविष्याशनरतो दिवा देवीं स्मरन् जपेत् । नक्तं निधुवनासक्तो लक्षं स स्याद्धरापतिः ॥ २९ ॥
Celui qui se nourrit de havis et, le jour, se souvient de la Déesse en récitant son mantra, et la nuit s’adonne au jeu d’amour : un tel homme devient seigneur de la terre, possesseur d’un « lakh », immense richesse et puissance.
Verse 30
रक्तांभोजैर्हुनेन्मंत्री धनैर्जयति वित्तपम् । बिल्वपत्रैर्भवेद्राज्यं रक्तपुष्पैर्वशीकृतिः ॥ ३० ॥
Le pratiquant connaissant le mantra doit offrir des oblations avec des lotus rouges ; en offrant des richesses, il triomphe du seigneur des trésors. En offrant des feuilles de bilva, il obtient la souveraineté ; en offrant des fleurs rouges, il accomplit le vaśīkaraṇa, la mise sous emprise.
Verse 31
असृजी महिषादीनां कालिकां यस्तु तर्पयेत् । तस्य स्युरचिरादेव करस्थाः सर्वसिद्धयः ॥ ३१ ॥
Quiconque offre le tarpaṇa à Kālikā avec le sang d’un buffle et autres semblables, pour lui, en vérité, toutes les siddhis viennent bientôt se poser dans sa propre main.
Verse 32
यो लक्षं प्रजपेन्मन्त्रं शवमारुह्य मन्त्रवित् । तस्य सिद्धो मनुः सद्यः सर्वेप्सितफलप्रदः ॥ ३२ ॥
Un connaisseur des mantras qui récite un mantra cent mille fois assis sur un cadavre : son mantra devient aussitôt accompli, dispensant tous les fruits désirés.
Verse 33
तेनाश्वमेधप्रमुखैर्यागौरिष्टं सुजन्मना । दत्तं दानं तपस्तप्तं उपास्ते यस्तु कालिकाम् ॥ ३३ ॥
Par cet être de noble naissance, les sacrifices, à commencer par l’Aśvamedha, sont accomplis selon la règle; les dons sont offerts et les austérités pratiquées—mais celui qui adore la Mère Kālikā obtient le fruit de tout cela.
Verse 34
ब्रह्मा विष्णुः शिवो गौरी लक्ष्मीर्गणपती रविः । पूजिताः सकला देवा यः कालीं पूजयेत्सदा ॥ ३४ ॥
Brahmā, Viṣṇu, Śiva, Gaurī, Lakṣmī, Gaṇapati et le Soleil—en vérité, tous les dieux—sont tenus pour adorés par celui qui vénère Kālī en tout temps.
Verse 35
अथापरः सरस्वत्या ह्यवतारो निगद्यते । यां निषेव्य नरा लोके कृतार्थाः स्युर्न संशयः ॥ ३५ ॥
Voici qu’est décrite une autre manifestation de Sarasvatī; en se réfugiant en Elle et en la servant, les hommes en ce monde deviennent accomplis—sans aucun doute.
Verse 36
आप्यायिनी चन्द्रयुक्ता माया च वदनांतरे । सकामिका क्रुधा शांतिश्चन्द्रालंकृतमस्तका ॥ ३६ ॥
Āpyāyinī, unie à la Lune; Māyā, présente au-dedans de la bouche; Sakāmikā, Krudhā et Śānti—toutes sont décrites comme ayant la tête ornée de la Lune.
Verse 37
दीपिका सासना चन्द्रयुगस्त्रं मनुरीरितः । मुनिरक्षोभ्य उद्दिष्टश्छन्दस्तु बृहती मतम् ॥ ३७ ॥
Pour la vidyā/mantra nommé Dīpikā, l’application prescrite est « Candrayugāstra »; le ṛṣi est dit être Manu, et le muni indiqué est Akṣobhya; et le mètre est tenu pour Bṛhatī.
Verse 38
ताराख्या देवता बीजं द्वितीयञ्च चतुर्थकम् । शक्तिः षड्दीर्घयुक्तेन द्वितीयेनांगकल्पनम् ॥ ३८ ॥
La divinité présidante est celle qu’on nomme Tārā. Le bīja (syllabe-semence) se forme en joignant le second (voyelle) au quatrième (élément consonantique). La śakti (syllabe de puissance) s’obtient en unissant le second à la sixième voyelle longue ; et les aṅga (membres auxiliaires du nyāsa) doivent être disposés en prenant encore le second pour fondement.
Verse 39
षोढा न्यासं ततः कुर्यात्तारायाः सर्वसिद्धिम् । श्रीकण्ठादीन्न्यसेद्रुद्रान्मातृकावर्णपूर्वकान् ॥ ३९ ॥
Ensuite, qu’on accomplisse pour Tārā le nyāsa en seize parties, dispensateur de toute siddhi. Qu’on y place (qu’on y invoque) les Rudra en commençant par Śrīkaṇṭha, précédés des lettres de la Mātṛkā (matrice de l’alphabet).
Verse 40
मातृकोक्तस्थले माया तृतीयक्रोधपूर्वकान् । चतुर्थीनमसायुक्तान्प्रथमो न्यास ईरितः ॥ ४० ॥
Au lieu indiqué par la Mātṛkā, qu’on pose en nyāsa la syllabe « māyā ». Et les syllabes commençant par « krodha », comme troisième série, qu’on les joigne à la désinence du datif (caturthī) et au mot « namaḥ ». Ceci est proclamé comme le premier nyāsa.
Verse 41
शवपीठसमासीनां नीलकांतिं त्रिलोचनाम् । अर्द्धेन्दुशेखरां नानाभूषणाढ्यां स्मरन्न्यसेत् ॥ ४१ ॥
En accomplissant le nyāsa, qu’on se souvienne d’Elle en méditation—assise sur un siège de cadavre, d’éclat bleu sombre, aux trois yeux, couronnée du croissant de lune, richement parée de maints ornements—puis qu’on place les mantras en conséquence.
Verse 42
द्वितीये तु ग्रहन्यासं कुर्यात्तां समनुस्मरन् । त्रिबीजस्वरपूर्वं तु रक्तसूर्यं हृदि न्यसेत् ॥ ४२ ॥
Au second temps, qu’on accomplisse le nyāsa des planètes en se souvenant d’Elle sans relâche. Puis, précédé des trois bīja et de leurs intonations, qu’on place le Soleil rouge dans le cœur.
Verse 43
तथा पवर्गपूर्वं तु शुक्लं सोमं भ्रुवोर्द्वये । कवर्गपूर्वं रक्ताभं मंगलं लोचनत्रयम् ॥ ४३ ॥
De même, les syllabes commençant par le pa-varga doivent être posées en nyāsa comme la Lune blanche sur la paire de sourcils ; et celles commençant par le ka-varga, d’une teinte rougeâtre, doivent être posées comme Mars dans les trois yeux.
Verse 44
चवर्गाद्यं बुधं श्यामं न्यसेद्वक्षस्थले बुधः । ढवर्गाद्यं पीतवर्णं कण्ठकूपे बृहस्पतिम् ॥ ४४ ॥
Le pratiquant avisé doit placer (par nyāsa) Budha, Mercure à la teinte sombre, associé au groupe de syllabes commençant par « ca », sur la région de la poitrine. Et il doit placer Bṛhaspati, Jupiter de couleur jaune, associé au groupe commençant par « ḍha », dans le creux de la gorge (fosse sus-sternale).
Verse 45
तवर्गाद्यं श्वेतवर्णं घटिकायां तु भार्गवम् । नीलवर्णं पवर्गाद्यं नाभिदेशे शनैश्चरम् ॥ ४५ ॥
Le groupe « ta », de couleur blanche, doit être placé à la ghaṭikā (l’articulation du poignet) et il est présidé par Bhārgava (Vénus). Le groupe « pa », de couleur bleue, doit être placé dans la région du nombril et il est présidé par Śanaiścara (Saturne).
Verse 46
शवर्गाद्यं धूम्रवर्णं ध्यात्वा राहुं मुखे न्यसेत् । त्रिबीजपूर्वकश्चैवं ग्रहन्यासः समीरितः ॥ ४६ ॥
En méditant sur Rāhu, de teinte fumée et lié au groupe de lettres « śa », on doit placer (par nyāsa) son mantra sur la bouche. Ainsi, précédé des trois syllabes-semences (bīja), le rite du nyāsa des planètes a été exposé.
Verse 47
तृतीयं लोकपालानां न्यासं कुर्यात्प्रयत्नतः । मायादिबीजत्रितयपूर्वकं सर्वसिद्धये ॥ ४७ ॥
Troisièmement, avec un effort attentif, on doit accomplir le nyāsa des Lokapāla (gardiens des directions), précédé de la triade de bīja commençant par Māyā, afin que toutes les perfections (siddhi) soient obtenues.
Verse 48
स्वमस्तके ललाटादि दिक्ष्वष्टस्वधउर्द्ध्वतः । ह्रस्वदीर्घकादिकाष्टवर्गपूर्वान्दिशाधिपान् ॥ ४८ ॥
Sur sa propre tête—en commençant par le front—qu’on place (mentalement), dans les huit directions et aussi au-dessus, les divinités présidant aux directions, selon l’ordre qui commence par les voyelles brèves et longues, puis les groupes de consonnes à partir de « ka » (les huit varga).
Verse 49
शिवशक्त्यभिधे न्यासं चतुर्थे तु समाचरेत् । त्रिबीजपूर्वकान्न्यस्येत्षट्शिवाञ्छक्तिसंयुतान् ॥ ४९ ॥
Dans la quatrième procédure, qu’on accomplisse le nyāsa appelé « Śiva–Śakti ». Qu’on place les mantras en commençant par les trois syllabes‑semences, puis qu’on établisse les six Śiva unis à Śakti.
Verse 50
आधारादिषु चक्रेषु स्वचक्रवर्णपूर्वकान् । ब्रह्माणं डाकिनीयुक्तं वादिसांतार्णपूर्वकम् ॥ ५० ॥
Dans les roues (cakra) à partir de l’Ādhāra, qu’on place d’abord les lettres propres à chaque cakra selon leur ordre juste ; puis qu’on contemple Brahmā uni à Ḍākinī, précédé de la série de bīja allant de « va » à « sa ».
Verse 51
मूलाधारे विन्यसेच्च चतुर्द्दलसमन्वितम् । श्रीविष्णुं राकिणीयुक्तबादिलांतार्णपूर्वकम् ॥ ५१ ॥
Dans le Mūlādhāra, qu’on accomplisse le nyāsa de Śrī Viṣṇu dans le lotus à quatre pétales, avec (la śakti) Rākiṇī, précédé des bīja de « ba » à « la », accompagné du son intérieur (ésotérique).
Verse 52
स्वाधिष्ठनाभिधे चक्रे लिंगस्थे षड्दले न्यसेत् । रुद्रं तु डाकिनीयुक्तं डादिफांतार्णपूर्वकम् ॥ ५२ ॥
Dans le cakra Svādhiṣṭhāna, au lotus à six pétales situé au liṅga, qu’on accomplisse le nyāsa. Là, qu’on place Rudra avec Ḍākinī, précédé des syllabes commençant par « ḍa » et finissant par « pha ».
Verse 53
चक्रे दशदले न्यस्येन्नाभिस्थे मणिपूरके । ईश्वरं कादिठान्तार्णपूर्वकं शाकिनीयुतम् ॥ ५३ ॥
Qu’on accomplisse le nyāsa dans la roue aux dix pétales située au nombril—le Maṇipūraka—et qu’on y contemple Īśvara, précédé des syllabes de Ka à Ṭha, accompagné de Śākinī.
Verse 54
विन्यसेद्द्वादशदलेहृदयस्थे त्वनाहते । सदाशिवं शाकिनीं च षोडशस्वरपूर्वकम् ॥ ५४ ॥
Qu’on accomplisse le nyāsa dans le lotus du cœur, l’Anāhata aux douze pétales, en y plaçant Sadāśiva et aussi Śākinī, précédés des seize voyelles.
Verse 55
कण्ठस्थे षोडशदले विशुद्धाख्ये प्रविन्यसेत् । आज्ञाचक्रे परशिवं हाकिनीसंयुतं न्यसेत् ॥ ५५ ॥
Qu’on établisse fermement la contemplation dans le lotus aux seize pétales situé à la gorge, nommé Viśuddhā ; et dans l’Ājñā-cakra qu’on installe Paraśiva, uni à Hākinī.
Verse 56
लक्षार्णपूवं भ्रूमध्यसंस्थितेऽतिमनोहरे । तारादिपंचमं न्यासं कुर्यात्सर्वेष्टसिद्धये ॥ ५६ ॥
En plaçant le mantra qui commence par la syllabe « lakṣa » dans l’espace infiniment charmant entre les sourcils, qu’on accomplisse le nyāsa jusqu’au cinquième élément commençant par « Tārā » ; ainsi s’obtiennent toutes les perfections désirées.
Verse 57
अष्टौ वर्गान्स्वरद्वंद्वपूर्वकान् बीजसंयुतान् । ताराद्या न्यासपूर्वाश्च प्रयोज्या अष्टशक्तयः ॥ ५७ ॥
On doit employer les huit groupes (de lettres), chacun précédé d’une paire de voyelles et joint aux syllabes-semences (bīja). En commençant par « Tārā » (Oṃ), après avoir d’abord accompli le nyāsa, qu’on mette en œuvre les huit Śaktis dans la pratique.
Verse 58
ताराथोग्रा महोग्रापि वज्रा काली सरस्वती । कामेश्वरी च चामुंडा इत्यष्टौ तारिकाः स्मृताः ॥ ५८ ॥
Tārā, Athogrā, Mahogrā, Vajrā, Kālī, Sarasvatī, Kāmeśvarī et Cāmuṇḍā : ces huit sont retenues par la tradition comme les Tārikās.
Verse 59
ब्रह्मरंध्रे ललाटे च भ्रूमध्ये कण्ठदेशतः । हृदि नाभौ फले मूलाधारे चेताः क्रमान्न्यसेत् ॥ ५९ ॥
Qu’on établisse l’esprit (la conscience) pas à pas : au brahma-randhra (ouverture du sommet), au front, entre les sourcils, dans la région de la gorge, au cœur, au nombril, dans la région génitale, et au mūlādhāra (support racine).
Verse 60
अङ्गन्यासं ततः कुर्यात्पीठाख्यं सर्वसिद्धिदम् । आधारे कामरूपाख्यं बीजं ह्रस्वार्णपूर्वकम् ॥ ६० ॥
Ensuite, qu’on accomplisse l’aṅga-nyāsa appelé « Pīṭha », dispensateur de toutes les siddhis. Au fondement (ādhāra), qu’on place la bīja nommée « Kāmarūpa », précédée d’une voyelle brève.
Verse 61
हृदि जालंधरं बीजं दीर्घपूर्वं प्रविन्यसेत् । ललाटे पूर्णगिर्याख्यं कवर्गाद्यं न्यसेत्सुधीः ॥ ६१ ॥
Dans le cœur, qu’on place avec soin la bīja de Jālandhara, précédée d’une voyelle longue. Sur le front, que le sage place la bīja nommée Pūrṇagiri, commençant par les consonnes du groupe ka.
Verse 62
उड्डीयानं चवर्गाद्यं केशसन्धौ प्रविन्यसेत् । कण्ठे तु मथुरापीठं दशम यादिकं न्यसेत् ॥ ६२ ॥
Qu’on place avec soin (nyāsa) « Uḍḍiyāna », commençant par le groupe consonantique ca, à la jonction de la ligne des cheveux. Et à la gorge, qu’on place le pīṭha de Mathurā, ainsi que la dixième pose commençant par « ya ».
Verse 63
षोढा न्यासस्तु तारायाः प्रोक्तोऽभीष्टप्रदायकः । हृदि श्रीमदेकजटां तारिणीं शिरसि न्यसेत् ॥ ६३ ॥
Le nyāsa en seize aspects de Tārā est enseigné comme dispensateur des fruits désirés. Qu’on établisse (invoque) l’auspicieuse Ekajaṭā dans le cœur, et Tāriṇī au sommet de la tête.
Verse 64
वज्रोदके शिखां पातु उग्रतारां तु वर्मणि । महोग्रा वत्सरे नेत्रे पिंगाग्रैकजटास्त्रके ॥ ६४ ॥
Que Vajrodakā protège ma śikhā (touffe du sommet) ; que Ugratārā protège mon varman (armure). Que Mahogrā garde mes mollets, et que Piṅgāgrā‑Ekajaṭā protège mes yeux et mon astra (arme-mantra).
Verse 65
षड्रदीर्गयुक्तमायाया एतान्यष्टौ षडंगके । अंगुष्ठादिष्वंगुलीषु पूर्वं विन्यस्य यत्नतः ॥ ६५ ॥
Dans le rite auxiliaire aux six membres (ṣaḍaṅga), qu’on place d’abord avec soin ces huit syllabes du mantra de Māyā, pourvu de six voyelles longues, sur les doigts en commençant par le pouce.
Verse 66
तर्जनीमध्यमाभ्यां तु कृत्वा तालत्रयं ततः । छोटिकामुद्राया कुर्याद्दिग्बन्धं देवतां स्मरन् ॥ ६६ ॥
Ensuite, avec l’index et le majeur, qu’on fasse trois claquements; puis, en formant la Choṭikā‑mudrā, qu’on établisse le digbandha (sceau des directions) en se souvenant de la divinité.
Verse 67
विद्यया तारपुटया व्यापकं सप्तधा चरेत् । उग्रतारां ततो ध्यायेत्सद्यो वादेऽतिसिद्धिदाम् ॥ ६७ ॥
Par la vidyā du mantra Tāra‑puṭa, qu’on accomplisse la couverture omniprésente (nyāsa/protection) en sept modalités. Ensuite, qu’on médite sur Ugratārā, qui accorde aussitôt une siddhi exceptionnelle dans le débat (vāda).
Verse 68
लयाब्धावंबुजन्मस्थां नीलाभां दिव्यभूषणाम् । कम्बुं खङ्गं कपालं च नीलाब्जं दधतीं करैः ॥ ६८ ॥
Elle se tient sur un lotus né de l’océan de la dissolution, au teint sombre, parée d’ornements divins ; dans ses mains elle porte la conque (śaṅkha), l’épée, la coupe-crâne et le lotus bleu.
Verse 69
नागश्रेष्ठालंकृतांगीं रक्तनेत्रत्रयां स्मरेत् । जपेल्लक्षचतुष्कं हि दशांशं रक्तपद्मकैः ॥ ६९ ॥
Qu’on médite sur la Déesse dont les membres sont ornés des plus nobles nāgas et qui possède trois yeux rouges. Puis qu’on accomplisse le japa du mantra à hauteur de quatre lakhs ; et, pour le dixième, qu’on offre des lotus rouges en oblation.
Verse 70
हुनेत्क्षीराज्यसंमिश्रैः शंखं संस्थाप्य संजपेत् । नारीं पश्यन्स्पृशन्गच्छन्महानिशि बलिं चरेत् ॥ ७० ॥
Qu’il fasse des oblations avec un mélange de lait et de ghee ; après avoir installé la conque, qu’il récite le mantra en japa. Lors de la Grande Nuit (rite de minuit), tout en regardant une femme, en la touchant et en allant vers elle, qu’il accomplisse aussi l’offrande de bali.
Verse 71
श्मशाने शून्यसदने देवागारेऽथ निर्जने । पर्वते वनमध्ये वा शवमारुह्य मंत्रवित् ॥ ७१ ॥
Au champ de crémation, dans une maison vide, dans un sanctuaire ou en un lieu solitaire—sur une montagne ou au cœur de la forêt—le connaisseur des mantras peut même s’asseoir sur un cadavre comme siège rituel et accomplir la pratique du mantra.
Verse 72
समरे शत्रुनिहतं यद्वा षाण्यासिकं शिशुम् । विद्यां साधयतः शीघ्रं साधितैवं प्रसिद्ध्यति ॥ ७२ ॥
Si, tandis qu’on s’emploie à maîtriser une vidyā (discipline ésotérique), l’on voit un ennemi tué au combat ou un enfant appartenant à un ordre de renonçants, alors cette vidyā s’accomplit promptement ; telle est la renommée transmise.
Verse 73
मेधा प्रज्ञा प्रभा विद्या धीवृत्तिस्मृतिबुद्धयः । विश्वेश्वरीति संप्रोक्ताः पीठस्य नव शक्तयः ॥ ७३ ॥
Medhā (intelligence qui retient), Prajñā (discernement), Prabhā (rayonnement), Vidyā (connaissance), Dhī (compréhension), Vṛtti (mouvement du mental), Smṛti (mémoire) et Buddhi (intellect) : telles sont, dit-on, les neuf śaktis du Pīṭha sacré, ensemble nommées Viśveśvarī.
Verse 74
भृगुमन्विंदुसंयुक्तं मेघवर्त्म सरस्वती । योगपीठात्मने हार्द्दं पीठस्य मनुरीरितः ॥ ७४ ॥
Le mantra du Pīṭha est ainsi déclaré : il est conjoint à Bhṛgu, à Manu et à la Lune ; il chemine sur la voie des nuées ; et il est Sarasvatī — offrande intérieure, née du cœur, au Soi du Yoga-Pīṭha.
Verse 75
दत्त्वानेनासनं मूर्तिं मूलमंत्रेण कल्पयेत् । पूजयेद्विधिवद्देवीं तद्विधानमथोच्यते ॥ ७५ ॥
Après lui avoir offert un siège, qu’on installe (qu’on conçoive et établisse) l’image de la Déesse au moyen du mantra racine. Puis qu’on adore la Devī selon le rite prescrit ; à présent, cette procédure est exposée.
Verse 76
तारो माया भगं ब्रह्मा जटे सूर्यः सदीर्घकम् । यक्षाधिपतये तंद्रीसोपनीतं बलिं ततः ॥ ७६ ॥
Ensuite, avec les mots-mantra « Tāra », « Māyā », « Bhagaṃ », « Brahmā » et « Sūryaḥ » prononcés longuement, et les cheveux disposés en jata (mèches nattées), qu’il présente alors l’offrande bali, conduite pas à pas selon le rite, au Seigneur des Yakṣas.
Verse 77
गृहयुग्मं शिवा स्वाहा बलिमंत्रोऽयमीरितः । दद्यान्नित्यं बलिं तेन मध्यरात्रे चतुष्पथे ॥ ७७ ॥
« Paire de maisons ; ô Śivā, svāhā » : tel est le bali-mantra proclamé. Par ce mantra, qu’on offre le bali chaque jour, à minuit, au carrefour des quatre voies.
Verse 78
जलदानादिकं मंत्रैर्विदध्याद्दशभिस्ततः । ध्रुवो वज्रोदके वर्म फट्सप्तार्णो जलग्रहे ॥ ७८ ॥
Ensuite, qu’on accomplisse le don d’eau et les rites connexes au moyen de dix mantras. Parmi eux se trouvent le mantra Dhruva, le mantra Vajrodaka, le mantra Varma (de protection) ; et, au moment de prendre l’eau, le mantra de sept syllabes se terminant par « phaṭ ».
Verse 79
ताराद्या वह्निजायांता माया हि क्षालने मता । तारो मायाः भृगुः कर्णोविशुद्धं धर्मवर्मतः ॥ ७९ ॥
De Tārā jusqu’à Vahnijāyā, cet ensemble est tenu pour « Māyā » en vue de la purification (le lavage). Tārā est la (formule/mesure) appelée Māyā ; Bhṛgu est nommé Karṇa ; et la forme pure est connue sous le nom de Dharmavarma.
Verse 80
सर्वपापानि शाम्यंते छेतो नेत्रयुतं जलम् । कल्पान्तनयनस्वाहा मंत्र आचमने मतः ॥ ८० ॥
Tous les péchés s’apaisent par l’eau prise avec vigilance intérieure et le regard correctement posé. Pour l’ācamana (gorgée rituelle), on prescrit le mantra « kalpānta-nayana-svāhā ».
Verse 81
ध्रुवो मणिधरीत्यंते वज्रिण्यक्षियुता मृतिः । खरिविद्यायुग्रिजश्व सर्ववांते बकोऽब्जवान् ॥ ८१ ॥
« Dhruva » est appelé « Maṇidhara » ; « Mṛti » est dite « Vajrīṇī, pourvue d’yeux impérissables » ; « Kharī‑vidyā » est connue comme « Ugrijāśva » ; et, au terme de toute énumération, se tient « Baka », le né du lotus.
Verse 82
कारिण्यंते दीर्घवर्म अस्त्रं वह्निप्रियांतिमः । त्रयोविंशतिवर्णात्मा शिखाया बंधने मनुः ॥ ८२ ॥
« Kāriṇyaṃte » et « Dīrghavarma » : tel est l’Astra‑mantra ; sa clausule finale est « Vahnipriyāntimaḥ ». Formé de vingt‑trois syllabes, c’est le Manu (formule sacrée) employé pour lier et assurer la śikhā (la mèche du sommet).
Verse 83
प्रणवो रक्षयुगलं दीर्घवर्मास्त्रठद्वयम् । नवार्णेनामुना मंत्री कुर्याद्भूमिविशोधनम् ॥ ८३ ॥
Avec le Praṇava (Oṃ), joint à la paire de formules protectrices, au long mantra d’armure et aux deux syllabes « astra » se terminant par « ṭha », l’officiant doit accomplir la purification du sol au moyen de ce mantra de neuf syllabes.
Verse 84
नारांते सर्वविघ्नानुत्सारयेति पदं ततः । हुं फट् स्वाहा गुणेंद्वर्णो मनुर्विघ्ननिवारणम् ॥ ८४ ॥
À la fin du nom « Nārāyaṇa », on ajoute la formule : « chasse tous les obstacles ». Ensuite, le mantra composé des syllabes « huṃ », « phaṭ » et « svāhā », fait des sons guṇa et indu, sert à écarter les empêchements.
Verse 85
मायाबीजं जपापुष्पनिभं नाभौ विचिंयेत् । तदुत्थेनाग्निना देहं दहेत्साद्धस्वपाप्मना ॥ ८५ ॥
Qu’on médite au nombril sur le Māyā-bīja, la syllabe-semence semblable à la fleur d’hibiscus. Par le feu qui en jaillit, qu’on consume le corps, avec ses propres péchés.
Verse 86
ताराबीजं सुवर्णाभं चिंतयेद्धृदि मंत्रवित् । पवनेन तदुत्थेन पापभस्म क्षिपेद्भुवि ॥ ८६ ॥
Que le connaisseur des mantras médite dans le cœur sur le Tārā-bīja, rayonnant comme l’or ; et, par le souffle né de cette contemplation, qu’il jette sur la terre les cendres du péché.
Verse 87
तुरीयं चंद्रकुंदाभं बीजं ध्यात्वाललाटतः । तदुत्थसुधयादे हं स्वयं वै देवतानिभम् ॥ ८७ ॥
En méditant depuis le front sur la quatrième syllabe-semence, éclatante comme la lune et le jasmin, par le nectar qui en jaillit le corps devient de lui-même semblable à une divinité, en splendeur.
Verse 88
अनया भूतशुद्ध्या तु देवीसादृश्यमाप्नुयात् । तारोऽनंतो भगुः कर्णो पद्मनाभयुतो बली ॥ ८८ ॥
Par cette pratique de purification des éléments (bhūtaśuddhi), on obtient véritablement une ressemblance avec la Déesse. (On devient) Tāra, Ananta, Bhagu, Karṇa, et le Puissant, pourvu de Padmanābha.
Verse 89
खे वज्ररेखे क्रोधाख्यं बीजं पावकल्लभा । अमुना द्वादशार्णेन रचयेन्मंडलं शुभम् ॥ ८९ ॥
Ô bien-aimée du Feu (Agni), dans l’espace semblable au ciel et le long de lignes en forme de vajra, qu’on place la syllabe-graine nommée « Krodha ». Par cette formule de douze syllabes, qu’on trace un maṇḍala de bon augure.
Verse 90
तारो यथागता निद्रा सदृक्षेकभृगुर्विषम् । सदीर्घस्मृतिरौ साक्षौ महाकालो भगान्वितः ॥ ९० ॥
Sont énumérés ces noms : Tāra ; Yathāgatā (« tel que cela est advenu ») ; Nidrā (le Sommeil) ; Sadṛkṣa ; Ekabhṛgu ; Viṣa (le Poison) ; Sadīrghasmṛti ; Rau ; Sākṣa (le Témoin) ; Mahākāla (le Grand Temps) ; et Bhagānvita (pourvu de puissance souveraine).
Verse 91
क्रोधोऽस्त्रं मनुवर्णोऽयं मनुः पुष्पादिशोधने । तारः पाशः परा स्वाहा पंचार्णस्चित्तशोधने ॥ ९१ ॥
« Krodha » est l’astra-mantra. Ce mantra, composé des syllabes prescrites, sert à purifier les fleurs et les autres objets rituels. « Tāra », « Pāśa », « Parā » et « Svāhā », ainsi que le mantra de cinq syllabes, sont pour la purification du mental.
Verse 92
मनवो दश संप्रोक्ता अर्ध्यस्थापनमुच्यते । सेंदुभ्यां मासतो माया भुवं संसृज्य भूगृहम् ॥ ९२ ॥
Dix Manus sont proclamés ; cela s’appelle l’établissement de l’offrande d’arghya. Par les deux marques lunaires, mois après mois, Māyā façonne les mondes, créant le domaine terrestre comme demeure.
Verse 93
वृतं त्रिकोणसंयुक्तं कुर्यान्मंडलमंत्रतः । यजेत्तत्राधारशक्तिं वह्निमंडलमध्यगाम् । वह्निमंडलमभ्यर्च्य महाशंखं निधापयेत् ॥ ९३ ॥
Par le mantra, qu’on trace un maṇḍala circulaire joint à un triangle. Là, qu’on adore l’Ādhāra-Śakti, demeurant au centre du maṇḍala de feu. Après avoir dûment honoré le maṇḍala du feu, qu’on y dépose la grande conque sacrée (mahāśaṅkha).
Verse 94
वामकर्णेन्दुयुक्तेन फडंतेन विहायसा । प्रक्षालितं भृगुर्दंडी त्रिमूर्तींतुयुतं पठेत् ॥ ९४ ॥
Avec la syllabe jointe au signe prescrit de la «lune à l’oreille gauche», et se terminant par l’exclamation protectrice «phaṭ», qu’on la récite avec l’élément «ciel/éther». Ainsi purifié, qu’on lise la formule Bhṛgu-daṇḍī en l’unissant aux Trois Formes (Trimūrti).
Verse 95
ततोऽर्चयेन्महाशंखं जपन्मंत्रचतुष्टयम् । दीर्घत्रयान्विता माया काली सृष्टिः सदीर्घसः ॥ ९५ ॥
Ensuite, qu’on adore la grande conque en récitant l’ensemble des quatre mantras : «Māyā» pourvue de trois voyelles longues, «Kālī», «Sṛṣṭi» et «Sā» (Sa avec voyelle longue).
Verse 96
प्रतिमासंयुतं मासं यवनं हृदयं ततः । एकाधशार्णः प्रथमो महाशंखार्चने मनुः ॥ ९६ ॥
Ensuite, qu’on emploie la suite «māsa» jointe à «pratimāsa», suivie de «yavana», puis de «hṛdaya». C’est le premier mantra de onze syllabes prescrit pour l’adoration de la Grande Conque (Mahāśaṅkha).
Verse 97
हंसो हरिभुजंगेशयुक्तो दीर्घंत्रयेंदुयुक् । तारिण्यंते कपालाय नमोंतो द्वादशाक्षरः ॥ ९७ ॥
Le mantra de douze syllabes s’achève par «namo» ; il se forme en unissant «haṁsa» à «haribhujaṅgeśa», avec la voyelle longue et les «trois lunes» selon la règle mantrique, puis il se conclut par «tāriṇī» et «kapālāya».
Verse 98
स्वं दीर्घत्रयमन्वाढ्यमेषो वामदगन्वितः । लोकपालाय हृदयं तृतीयोऽयं शिवाक्षरः ॥ ९८ ॥
La syllabe « svaṃ », pourvue de trois voyelles longues et jointe à l’élément du « côté gauche », est le mantra du cœur pour le Lokapāla ; c’est la troisième syllabe de Śiva.
Verse 99
मायास्त्रीबीजमर्द्धैदुयुतं स्वं स्वर्गखादिमः । पालाय सर्वाधाराय सर्वः सर्वोद्भवस्तथा ॥ ९९ ॥
Il est la semence de Māyā, le principe générateur de la puissance féminine ; son propre signe est uni au croissant de lune. Il est le Dévoreur du ciel et du reste ; le Protecteur, le support de tout, le Tout, et aussi la source d’où tout procède.
Verse 100
सर्वशुद्धिमयश्चेति ङेंताः सर्वासुरांतिकम् । रुधिरा रतिदीर्घा च वायुः शुभ्रानिलः सुरा ॥ १०० ॥
« Voici les mots ṅeṃtā » : « fait de pureté totale » ; « destructeur de tous les Asuras » ; « rouge sang » ; « délice prolongé » ; « vent » ; « brise blanche et lumineuse » ; et « sura » (le divin / le nectar).
Verse 101
भाजनाय भगी सत्या विकपालाय हृन्मनुः । तुर्यो रसेषु वर्णोऽयं महाशंखप्रपूजने ॥ १०१ ॥
Pour le vase consacré (bhājana), la forme syllabique est enseignée comme « bhagī satyā » ; pour la coupe-crâne (kapāla), c’est « hṛnmanuḥ ». Voici la quatrième (turyā) « classe de couleur/de syllabes » rituelle, à appliquer avec les liquides/essences (rasa) dans le grand culte de la Grande Conque (Mahāśaṅkha).
Verse 102
नवार्कमंडलं चेष्ट्वा सलिलं मूलमंत्रतः । प्रपूरयेत्सुधाबुद्ध्या गंधपुष्पाक्षतादिभिः ॥ १०२ ॥
Après avoir préparé un disque solaire neuf (arka-maṇḍala), on doit, par le mantra racine, consacrer l’eau, puis accomplir l’offrande en la considérant comme amṛta, le nectar—avec parfums, fleurs, riz intact (akṣata) et autres.
Verse 103
मुद्रां त्रिखंडां संदर्श्य पूजयेच्चंद्रमंडलम् । वाक्सत्यपद्मागगने रेफानुग्रहबिंदुयुक् ॥ १०३ ॥
Après avoir montré la mudrā en trois parties (trikhaṇḍā), qu’on adore l’orbe de la Lune. Le culte s’accomplit avec la formule-mantra « vāk–satya–padmā–gagane », munie de la lettre « ra » (repha), avec l’appoint d’« anugraha » (grâce) et avec le bindu, le point nasal.
Verse 104
मूलमंत्रो विपद्ध्वंसमनुसर्गसमन्वितम् । अष्टकृत्वोऽमुना मंत्री मंत्रयेत्प्रयतो जलम् ॥ १०४ ॥
Le pratiquant, plein de recueillement, doit consacrer l’eau en récitant huit fois le mantra racine (mūla-mantra), avec l’adjonction « vipad-dhvaṁsa » (qui dissipe les calamités) et les ajouts prescrits, dits « anusarga ».
Verse 105
मायया मदिशं क्षिप्त्वा खं योनिं च प्रदर्शयेत् । तत्र वृत्ताष्टषट्कोणं ध्यात्वा देवीं विचिंतयेत् ॥ १०५ ॥
Par la puissance de māyā, après avoir placé la syllabe-semence « ma » dans la direction prescrite, on doit ensuite tracer « kha » et la yoni. Là, méditant sur une forme circulaire avec les figures à huit et à six angles, on doit contempler la Déesse.
Verse 106
पूर्वोक्तां पूजयेत्त्वेनां मूलेनाथ प्रतर्पयेत् । तर्जनूमध्यमानामाकनिष्ठाभिर्महेश्वरीम् ॥ १०६ ॥
Selon ce qui a été dit plus haut, on doit adorer cette forme; puis, par le mantra racine, offrir afin de la satisfaire. On vénère Maheśvarī avec les doigts—index, majeur, annulaire et auriculaire—selon le nyāsa prescrit.
Verse 107
सांगुष्ठानिश्चुतुर्वारं महाशंखस्थिते जले । खंरेफमनुबिंद्वाढ्यां भृगुमन्विंदुयुक्तया ॥ १०७ ॥
Quatre fois, avec le pouce, on doit asperger (ou toucher pour sanctifier) l’eau conservée dans une grande conque. Ensuite, on emploie la syllabe « kha » avec « repha » (ra), pourvue d’anusvāra et de bindu; et la syllabe « bhṛgu » (bha) jointe à un bindu.
Verse 108
ध्रुवाद्येन नमोंतेन तर्प्यादानंदभैरवम् । ततस्तेनार्धतोयेन प्रोक्षेत्पूजनसाधनम् ॥ १०८ ॥
Avec le mantra qui commence par « Dhruva » et s’achève par « namaḥ », qu’on offre le tarpana, la libation d’eau, à Ānandabhairava. Puis, avec la moitié restante de cette eau, qu’on asperge et purifie les objets et instruments du culte.
Verse 109
योमिमुद्रां प्रदर्श्यापि प्रणमेद्भवतारिणीम् । विधानमर्घे संप्रोक्तं सर्वसिद्धिप्रदायकम् ॥ १०९ ॥
Après avoir montré la Yoni-mudrā, on doit se prosterner devant Bhavatāriṇī. Cette procédure, enseignée au sujet de l’offrande d’arghya, est déclarée donner toute réussite spirituelle.
Verse 110
पूर्वोक्ते पूजयेत्पीठे पद्मे षट्कोणकर्णिके । धरागृहावृते रम्ये देवीं रम्योपचारकैः ॥ ११० ॥
Sur le siège décrit plus haut—un lotus dont le cœur est un hexagone, magnifiquement entouré par le bhūpura (enceinte de terre)—qu’on adore la Déesse avec des offrandes et des services agréables.
Verse 111
महीगृहे चतुर्दिक्षु गणेशादीन्प्रपूजयेत् । पाशांकुशौ कपालं च त्रिशूलं दधतं करैः ॥ १११ ॥
Dans le mahīgṛha (maison rituelle), on doit adorer comme il convient Gaṇeśa et les autres divinités aux quatre directions : celles qui tiennent en leurs mains le lasso et l’aiguillon, le bol-crâne (kapāla) et le trident (triśūla).
Verse 112
अलंकारचयोपेतं गणेशं प्राक्तमर्चयेत् । कपालशूले हस्ताभ्यां दधतं सर्पभूषणम् ॥ ११२ ॥
D’abord, qu’on adore Gaṇeśa, paré d’un ensemble d’ornements : de ses deux mains il tient un crâne et un trident, et porte des serpents pour parure sacrée.
Verse 113
स्वयूथवेष्टितं रम्यं बटुकं दक्षिणेऽर्चयेत् । असिशूलकपालानि डमरुं दधतं करैः ॥ ११३ ॥
Au côté du sud, qu’on adore le charmant Baṭuka, entouré de sa propre suite, tenant en ses mains une épée, un trident, des coupes-crânes (kapāla) et un tambour ḍamaru.
Verse 114
कृष्णं दिगंबरं क्रूरं क्षेत्रपालं च पश्चिमे । कपालं डमरुं पाशं लिंगं शंबिभ्रतीं करैः ॥ ११४ ॥
À l’ouest, qu’on place/qu’on médite le Kṣetrapāla : sombre de teint, digambara (vêtu du ciel), farouche ; tenant en ses mains un crâne, le tambour ḍamaru, un lacet (pāśa) et un liṅga.
Verse 115
अध्याकन्या रक्तवस्त्रा योगिनीरुत्तरे यजेत् । अक्षोभ्यं प्रयजेन्मूर्ध्नि देव्या मंत्रऋषिं शुभम् ॥ ११५ ॥
Au nord, qu’on adore la Yoginī, contemplée comme une jeune fille vêtue de rouge. Et sur la tête (dans le nyāsa), qu’on invoque comme il se doit Akṣobhya, le ṛṣi propice du mantra de la Devī.
Verse 116
अक्षोभ्यं वस्त्रपुष्पं च प्रतीच्छानवल्लभा । अक्षोभ्यपूजने मंत्रः षट्कोगकम् ॥ ११६ ॥
Qu’on reçoive (et qu’on offre) étoffe et fleurs avec une fermeté inébranlable, chères à celui qui les reçoit. Dans le culte d’Akṣobhya, le mantra est la formule à six syllabes.
Verse 117
वैराचनं चामिताभं पद्मनाभिभिधं तथा । शंखं पांडुरसंज्ञं च दिग्दलेषु प्रपूजयेत् ॥ ११७ ॥
Dans les divisions des directions, qu’on vénère comme il se doit Vairācana, Amitābha, Padmanābha, et aussi Śaṅkha, appelé Pāṇḍura.
Verse 118
लाभकां मानकां चैव पांडुरां तारकां तथा । विदिग्गताब्जपत्रेषु पूजयेदिष्टसिद्धये ॥ ११८ ॥
Pour obtenir le fruit désiré, qu’on vénère Lābhakā, Mānakā, Pāṇḍurā et aussi Tārakā, sur des pétales de lotus disposés selon les directions.
Verse 119
बिंदुनामादिवर्णाद्याः संबुद्ध्यंतास्तथाभिधाः । व्रजपुष्पं प्रतीच्छाग्निप्रियांताः प्रणवादिकाः ॥ ११९ ॥
À partir de la syllabe nommée « Bindu » et des lettres initiales (varṇa), ces mantras doivent être compris selon leurs noms et leur invocation ; ils comprennent des formes telles que « Vraja », « Puṣpa », « Pratīccha », « Agni » et celles qui se terminent par « Priyā », et ils commencent par le praṇava « Oṃ » et autres semblables.
Verse 120
वैराचनादि पूजायां मनवः परिकीर्तिताः । भूधरश्च चतुर्द्वार्षु पद्मांतकयमांतकौ ॥ १२० ॥
Dans le culte qui commence par Vairācana, les Manus appropriés sont proclamés ; et aux quatre portes se tiennent Bhūdhara, ainsi que Padmāntaka et Yamāntaka.
Verse 121
विद्यांतकाभिधः पश्चान्नरांतक इमान्यजेत् । शक्रादींश्चैव वज्रादीन्प्रजपेत्तदनंतरम् ॥ १२१ ॥
Ensuite, celui qu’on nomme Vidyāntaka doit accomplir ces rites ; puis Narāntaka fera de même. Après cela, qu’on récite en japa Indra et les autres dieux, ainsi que le Vajra et les autres armes divines, selon l’ordre prescrit.
Verse 122
एवं संपूजयन्देवीं पांडित्यं धनमद्भुतम् । पुत्रान्पौत्राञ्छुभां कीर्तिं लभते जनवश्यताम् ॥ १२२ ॥
Ainsi, en vénérant dûment la Déesse, on obtient l’érudition, une richesse merveilleuse, des fils et des petits-fils, une renommée de bon augure, et le pouvoir de gagner la bienveillance des personnes.
Verse 123
तारो माया श्रीमदकजटे नीलसरस्वती । महोप्रतारे देवासः सनेत्रो गदियुग्मकम् ॥ १२३ ॥
Tārā ; Māyā ; l’Auspiciée aux cheveux nattés ; Nīla-Sarasvatī ; la Grande Pratārā ; les êtres divins ; « Sa-netra » (pourvue d’yeux) ; et la paire des porteurs de massue — tels sont les noms et formes ici énumérés.
Verse 124
सर्वदेवपिशाकर्मो दीर्घोग्रिर्मरुसान्मस । अभ्रगुमम जाड्यं च छेदयद्वितयं रमा ॥ १२४ ॥
Rāmā (Lakṣmī) tranche la paire des afflictions—la lourdeur obtuse (jāḍya) et l’autre défaut qui fait obstacle—nées d’actes karmiques âpres, brûlant longuement, hantés d’esprits, ainsi que des influences desséchantes des Maruts.
Verse 125
मायास्त्राग्निप्रियांतोऽयं द्विपंचाशल्लिपिर्मनुः । अनेन नित्यं पूजतिऽन्वहं देव्यै बलिं हरेत् ॥ १२५ ॥
Ce mantra—commençant par « māyā » et s’achevant par « agnipriyā »—est appelé le mantra de la « formule aux cinquante lettres » (dvipaṃcāśal-lipi). Par lui, on doit vénérer la Devī chaque jour et, chaque jour, lui offrir un bali (oblation rituelle).
Verse 126
एवं सिद्धे मनौ मंत्री प्रयोगान्विदधाति च । जातमात्रस्य बालस्य दिवसत्रितयादधः ॥ १२६ ॥
Ainsi, lorsque le mantra a été dûment accompli (rendu efficace), le prêtre officiant en met en œuvre les applications rituelles, en commençant dans les trois jours qui suivent la naissance de l’enfant.
Verse 127
जिह्वायां विलिखेन्मंत्रं मध्वाज्याभ्यां शलाकया । सुवर्ण कृतया यद्वा मंत्री धवलदूर्वया ॥ १२७ ॥
Qu’il inscrive le mantra sur la langue à l’aide d’une petite baguette trempée dans le miel et le ghee ; ou bien le pratiquant peut le tracer avec un stylet d’or, ou avec de la dūrvā blanche.
Verse 128
गतेऽष्टमेऽब्दे बालोऽपि जायते कविरद्बुतम् । तथापरैरजेयोऽपि भूपसंघैर्द्धनार्चितः ॥ १२८ ॥
Quand la huitième année s’est écoulée, même un enfant devient un poète prodigieux ; de même, celui qui semblait invincible peut être dompté par autrui lorsqu’il fait face à des cohortes de rois et qu’on l’honore —ou l’attire— par la richesse.
Verse 129
उपरागे दतानीव नरदारुसरोजले । निर्माय कीलकं तेन तैलमध्वमृतैर्लिखेत् ॥ १२९ ॥
Au moment de l’éclipse, dans une eau imprégnée de lotus et de la plante nara-dāru, qu’on façonne un petit pieu (kīlaka) ; puis, avec celui-ci, qu’on trace les caractères/yantra prescrits avec de l’huile, du miel et du ghee.
Verse 130
सरोजिनीदले मंत्रं वेष्टयेन्मातृकाक्षरैः । निखाय तदलं कुंडे चतुरस्रे समेखले ॥ १३० ॥
Sur une feuille de lotus, qu’on entoure le mantra des syllabes « mātṛkā » (les lettres de l’alphabet) ; puis, déposant cette feuille préparée dans un foyer carré muni d’une ligne d’enceinte, qu’on l’ensevelisse ou l’établisse en place.
Verse 131
संस्थाप्य पावकं तत्र जुहुयान्मनुनामुना । सहस्रं रक्तपद्मानां धेनुदुग्धजलाप्लुतम् ॥ १३१ ॥
Après y avoir établi le feu sacré, qu’on accomplisse le homa avec ce mantra prescrit, en offrant mille lotus rouges humectés d’un mélange de lait de vache et d’eau.
Verse 132
होमांते विवधै रत्नैः पलैरपि बलिं हरेत् । बलिं मंत्रेण विधिवद्बलिमंत्रः प्रकाश्यते ॥ १३२ ॥
À la fin du homa, qu’on présente l’offrande bali, avec diverses pierres précieuses ou, à défaut, avec des fruits. Le bali doit être offert selon la règle, accompagné d’un mantra ; c’est pourquoi le mantra du bali est maintenant énoncé.
Verse 133
तारः पद्मे युग तंद्री वियद्दीर्घं च लोहितः । अत्रिर्विषभगारूढो वदत्पद्मावतीपदम् ॥ १३३ ॥
« Tāra » (Bṛhaspati) demeure en Padma ; s’y trouvent aussi (la période) Yuga et (l’état) Taṃdrī, ainsi que Viyad-dīrgha et Lohita. Atri, monté sur le Taureau, énonce la demeure nommée Padmāvatī.
Verse 134
झिंटीशाढ्योनिलस्वाहा षोडशार्णो बलेर्मनुः । ततो निशीथे च बलिं पूर्वोक्तमनुना हरेत् ॥ १३४ ॥
« jhiṃṭīśāḍhya-onila-svāhā » : tel est le mantra de seize syllabes prescrit pour le bali (offrande rituelle). Ensuite, à minuit, on doit présenter le bali au moyen du mantra précédemment énoncé.
Verse 135
एवं कृते पंडितानां स जयी कविराड् भवेत् । निवासो भारतीलक्ष्म्योर्जनतारञ्जनक्षमः ॥ १३५ ॥
En agissant ainsi, l’homme devient victorieux, poète éminent parmi les savants ; il devient demeure de l’éloquence (Bhāratī) et de la prospérité (Lakṣmī), capable de réjouir le peuple.
Verse 136
शताभिजप्त्या यो मंत्री रोचनां मस्ताके धरेत् । यं यं पश्यति तस्यासौ दासवज्जायते क्षणात् ॥ १३६ ॥
Le pratiquant du mantra qui, après l’avoir récité cent fois, applique sur sa tête la rocanā (pigment rituel jaune) : quiconque il regarde devient aussitôt comme son serviteur.
Verse 137
श्मशानांगारमाश्रित्य पूर्वायां कुजवासरे । तेन मत्रेण संवेष्ट्य निबद्धं रक्ततंतुभिः ॥ १३७ ॥
Prenant du charbon du lieu de crémation, à l’aube d’un mardi, on doit l’envelopper en récitant ce mantra et le lier solidement avec des fils rouges.
Verse 138
शताभिजप्तं मूलेन निक्षिपेद्वैरिवेश्मनि । उच्चाटयति सप्ताहात्सकुंटुबान्विरोधिनः ॥ १३८ ॥
Après avoir récité le mantra cent fois sur une racine, qu’on la dépose dans la demeure de l’ennemi ; en sept jours, elle chasse l’opposant, avec toute sa famille.
Verse 139
क्षीराढ्यया निशामंत्रं लिखित्वा पौरुषेऽस्थनि । रविवारे निशीथिन्यां सहस्रमभिमंत्रयेत् ॥ १३९ ॥
Ayant écrit le Niśā-mantra avec une encre riche de lait sur un os humain, le dimanche, à minuit, qu’on le consacre en le récitant mille fois.
Verse 140
तत्क्षिप्तं शत्रुसदने मंडलाद्भ्रंशकं भवेत् । क्षेत्रे क्षिप्तं सस्यहान्योजवहृत्तुरमालयेत् ॥ १४० ॥
Si cela est jeté dans la demeure de l’ennemi, cela devient cause de sa chute de rang et d’autorité. Jeté dans un champ, cela entraîne la perte des récoltes et enlève promptement la vigueur féconde de la terre.
Verse 141
षट्कोणांतर्लिखेन्मूलं साध्यार्णं केशरे स्वरैः । बाह्येऽष्टवर्गयुक्पत्रं पद्मभूमिपरावृतम् ॥ १४१ ॥
À l’intérieur de la figure à six pointes, qu’on inscrive le Mūla-mantra ; sur les filaments (keśara), qu’on place les syllabes du mantra visé avec les voyelles. À l’extérieur, sur les pétales du lotus, qu’on écrive les syllabes des huit groupes (aṣṭa-varga), et que l’ensemble soit entouré par la base du lotus (padma-bhūmi).
Verse 142
यंत्रं भूर्जे जहुरसैर्लिखेत्पूताम्बरावृतम् । पट्टसूत्रेण सन्नद्धं शिशुकंठगतं ध्रुवम् ॥ १४२ ॥
Qu’on inscrive le yantra sur de l’écorce de bouleau avec les essences des offrandes Juhu ; qu’on l’enveloppe d’un tissu purifié, qu’on le lie d’un cordon de soie ou de fil, et qu’on le place fermement au cou de l’enfant comme talisman de protection.
Verse 143
भूतभीतिहरं वामवाहौ स्त्रीणां च पुत्रदम् । नृणां दक्षिणबाहुस्थं निर्धनानां धनप्रदम् ॥ १४३ ॥
(Ceci) dissipe la crainte des êtres; porté au bras gauche, il accorde aux femmes un fils; porté au bras droit des hommes, il donne la richesse aux démunis.
Verse 144
ज्ञानदं ज्ञानमिच्छूनां राज्ञां तु विजयप्रदम् ॥ १४४ ॥
Il accorde la connaissance à ceux qui la recherchent, et aux rois il donne la victoire.
Verse 145
इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे पूर्वभागे बृहदुपाख्याने तृतीयपादे यक्षिणीमन्त्रभेदनिरूपणं नाम पञ्चाशीतितमोऽध्यायः ॥ ८५ ॥
Ainsi s’achève le quatre-vingt-cinquième chapitre, intitulé «Classification et explication des mantras des Yakṣiṇī», dans la Troisième Section (Troisième Pāda) du Grand Récit (Bṛhad-upākhyāna), au sein du Pūrva-bhāga du Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa.
It explicitly assigns Bhairava as ṛṣi (seer), Uṣṇik as chandas (metre), Kālī as devatā, identifies ‘Māyā’ as the bīja, and names the śakti as ‘Dīrghavartma’, then proceeds into nyāsa and protective procedures based on these assignments.
It prescribes a layered diagram: a central hexagon, then a set of three triangles, surrounded by an eight-petalled lotus, and finally an outer square enclosure (bhūpura), within which the deity and attendant powers are worshipped in their designated compartments.
It is expanded into a sixteenfold nyāsa that includes mātṛkā-based placements, navagraha (planetary) nyāsa, lokapāla (directional) nyāsa, Śiva–Śakti nyāsa, cakra installations from Ādhāra/Mūlādhāra upward, and protective kavaca/digbandha components—presented as a complete siddhi-yielding framework.
Yes. Alongside siddhi claims (vāk-siddhi, influence, protection, victory) and cremation-ground imagery, it also instructs a Kali-yuga devotee to avoid harming or slandering women, deceit, and harsh speech—embedding conduct restraints within a technical ritual chapter.