
Le chapitre 4, transmis par Sūta, déploie un enseignement théologique à plusieurs niveaux centré sur l’instruction de Prahlāda concernant l’« économie du mérite » sacrée de Dvārakā. L’ouverture raconte l’échange de bénédictions entre Śrī Kṛṣṇa et le sage Durvāsā, qui établit un tīrtha nommé Varadāna (« lieu des dons »). Son efficacité est liée au bain rituel au confluent de la Gomati et de l’océan, ainsi qu’au culte rendu avec respect aux deux figures. Le texte devient ensuite un guide éthique et pratique du pèlerinage : former l’intention d’aller à Dvārakā est déjà méritoire ; chaque pas vers la cité est assimilé au fruit de grands sacrifices ; et soutenir les pèlerins par l’hospitalité, une parole bienveillante, la nourriture, des moyens de transport, des chaussures, des récipients d’eau et le soin des pieds est loué comme un service de bhakti élevé. À l’inverse, entraver les pèlerins est condamné, avec des conséquences néfastes explicitement énoncées. L’exposé s’élargit à la doctrine du déclin du Kali-yuga (selon l’enseignement de Bṛhaspati à Indra) et culmine dans l’affirmation que Dvārakā est un refuge « kalidoṣa-vivarjita », exempt des fautes de Kali. Il met en lumière des tīrtha majeurs—surtout Cakratīrtha, le bain dans la Gomati et Rukmiṇī-hrada—en déclarant qu’un simple contact fortuit peut conduire à la libération et élever les lignées. La conclusion prescrit l’étiquette du seuil et les actes préparatoires (honorer Gaṇeśa, prosternations rituelles, entrée révérencieuse), présentant le pèlerinage à Dvārakā comme une synthèse de dévotion, d’éthique sociale et de précision rituelle.
Verse 1
श्रीप्रह्लाद उवाच । एवं संपूजितस्तेन हरिणा ब्राह्मणोत्तमः । उवाच परिसन्तुष्टो वरं ब्रूहीति केशवम्
Prahlāda dit : Ainsi honoré et dûment adoré par Hari, ce brāhmane éminent, pleinement satisfait, dit à Keśava : « Parle : choisis une grâce. »
Verse 2
श्रीकृष्ण उवाच । यदि तुष्टोऽसि भगवन्यदि देयो वरो मम । स्थातव्यमत्र भवता न त्यक्तव्यं कदाचन
Śrī Kṛṣṇa dit : Si tu es satisfait, ô Bienheureux, et si une grâce doit m’être accordée, alors demeure ici ; n’abandonne jamais ce lieu, en aucun temps.
Verse 3
दुर्वासा उवाच । यदि तिष्ठाम्यहं कृष्ण तथा त्वमपि केशव । तिष्ठस्व षोडशकलो नित्यं मद्वचनेन हि
Durvāsā dit : Si je dois demeurer, ô Kṛṣṇa, alors toi aussi, ô Keśava, demeure—toujours présent dans ta plénitude aux seize aspects—oui, par ma parole.
Verse 4
श्रीकृष्ण उवाच । येऽत्र पश्यंति भक्त्या त्वां मां चापि द्विजसत्तम । किं दास्यसि फलं तेषां भाविनां भगवन्वद
Śrī Kṛṣṇa dit : Ô le meilleur des deux-fois-nés, ceux qui ici te contemplent avec dévotion et me contemplent aussi, quel fruit accorderas-tu aux pèlerins à venir ? Parle, ô Bienheureux.
Verse 5
दुर्वासा उवाच । यः स्नात्वा संगमे कृष्ण गोमत्याः सागरस्य च । त्वां मां समर्चति नरः सर्वपापैः समुच्यते
Durvāsā dit : Ô Kṛṣṇa, quiconque se baigne au confluent de la Gomati et de l’océan, puis nous adore, toi et moi, est délivré de tous les péchés.
Verse 6
तथान्यच्छृणु कृष्णात्र स्नात्वा दास्यति यद्धनम् । मम दत्तस्य देवेश प्राप्नुयात्षोडशोत्तरम्
Écoute encore, ô Kṛṣṇa : quelle que soit la richesse qu’un homme donne ici après s’être baigné—ô Seigneur des dieux—il obtient un retour seize fois supérieur à ce qui est offert en mon nom.
Verse 7
श्रीकृष्ण उवाच । यो नरः पूजयित्वा त्वां पूजयिष्यति मामिह । तस्य मुक्तिं प्रदास्यामि या सुरैरपि दुर्ल्लभा
Śrī Kṛṣṇa dit : Quiconque, après t’avoir adoré, m’adore ici, à celui-là j’accorderai la délivrance, difficile à obtenir même pour les dieux.
Verse 8
प्रह्लाद उवाच । परस्परं वरौ दत्त्वा कृष्णदुर्वाससौ मुदा । ततः प्रभृति विप्रेन्द्रास्तस्मिन्स्थाने ह्यतिष्ठताम् । वरदानमिति प्रोक्तं तत्तीर्थं सर्वकामदम्
Prahlāda dit : Dans la joie, Kṛṣṇa et Durvāsā se donnèrent mutuellement des grâces ; dès lors, ils demeurèrent en ce lieu même. Ce tīrtha fut nommé « Varadāna » (Don des grâces) et il accomplit tous les désirs.
Verse 9
वरदाने नरः स्नातो गोसहस्रफलं लभेत् । विष्णुदुर्वाससोर्यत्र वरदानमभूत्पुरा
Celui qui se baigne à Varadāna obtient un mérite égal au don de mille vaches ; car c’est ici, jadis, qu’eut lieu l’octroi des bénédictions par Viṣṇu et le sage Durvāsā.
Verse 10
तदाप्रभृति विप्रेन्द्रास्तिष्ठते द्वारकां हरिः । दुर्वाससा गिरा बद्धो न जहाति कदाचन
Depuis lors, ô le meilleur des brāhmaṇas, Hari demeure à Dvārakā ; lié par la parole de Durvāsā, il ne l’abandonne jamais, en aucun temps.
Verse 11
यत्र त्रैविक्रमी मूर्तिर्वहते यत्र गोमती । नरा मुक्तिं प्रयास्यंति चक्रतीर्थेन संगताः
Là où demeure la présence sacrée de Trivikrama et où coule la rivière Gomatī, les hommes qui s’unissent au Cakratīrtha s’acheminent vers la délivrance.
Verse 12
कलेवरं परित्यक्तं प्रभासे हरिणा यदा । कलाभिः सहितं तेजस्तस्यां मूर्तौ निवेशितम्
Lorsque Hari délaissa son corps à Prabhāsa, sa splendeur rayonnante—avec ses parts divines (kalās)—fut établie dans cette forme sacrée (mūrti).
Verse 13
तस्मात्कलियुगे विप्रा नान्यत्र प्राप्यते हरिः । यदि कार्य्यं हि कृष्णेन तत्र गच्छत मा चिरम्
Ainsi, ô brāhmaṇas, en l’âge de Kali, Hari n’est pas aisément accessible ailleurs. Si vous avez quelque dessein sacré à accomplir par Kṛṣṇa, allez-y sans tarder.
Verse 14
ऋषय ऊचुः । साधु भागवतश्रेष्ठ साधु मार्गप्रदर्शक । यत्त्वया हि परिज्ञातं तन्न जानाति कश्चन
Les sages dirent : « Bien parlé, ô le meilleur des Bhāgavata ; bien parlé, ô guide sur la voie. Ce que tu as réellement compris—nul autre ne le sait. »
Verse 15
किं फलं गमने तस्यां किं फलं कृष्णदर्शने । कानि तीर्थानि तत्रैव के देवास्तद्वदस्व नः
« Quel est le mérite d’aller en ce lieu, et quel est le mérite d’y contempler Kṛṣṇa ? Quels tīrthas s’y trouvent, et quelles divinités ? Dis-le-nous. »
Verse 16
कस्मिन्मासे तिथौ कस्यां कस्मिन्पर्वणि मानवैः । गन्तव्यं कानि देयानि दानानि दनुजर्षभ
« En quel mois, à quel tithi (jour lunaire) et lors de quelle fête les hommes doivent-ils s’y rendre ? Et quels présents et quelles aumônes doivent-ils offrir, ô le meilleur des Dānavas ? »
Verse 17
सूत उवाच । इति पृष्टस्तदा तैस्तु महाभागवतोऽसुरः । कथयामास विप्रेभ्यो भगवद्भक्तिसंयुतः
Sūta dit : Ainsi questionné par eux, cet asura—pourtant grand Bhāgavata—plein de dévotion envers le Seigneur, se mit à l’expliquer aux brāhmaṇas.
Verse 18
प्रह्लाद उवाच । भो भूमिदेवाः शृणुत परं गुह्यं सनातनम् । यत्कस्यचिन्न चाख्यातं तद्वदामि सुविस्तरात्
Prahlāda dit : « Ô dieux sur la terre (brāhmaṇas), écoutez l’enseignement suprême, secret et éternel. Ce qui n’est pas divulgué à n’importe qui, je vais vous l’exposer en détail. »
Verse 19
यदा मतिं च कुरुते द्वारकागमनं प्रति । तदा नरकनिर्मुक्ता गायन्ति पितरो दिवि
Dès qu’un homme ne fait qu’arrêter en son cœur la résolution d’aller à Dvārakā, alors les ancêtres—délivrés de l’enfer—chantent dans les cieux.
Verse 20
यावत्पदानि कृष्णस्य मार्गे गच्छति मानवः । पदेपदेऽश्वमेधस्य यज्ञस्य लभते फलम्
Autant de pas que l’homme fait sur la voie de Kṛṣṇa, à chacun de ces pas il reçoit le fruit du sacrifice de l’Aśvamedha.
Verse 21
यात्रार्थं देवदेवस्य यः प्रेरयति चापरान् । मानवान्नात्र सन्देहो लभते वैष्णवं पदम्
Celui qui incite d’autres hommes à entreprendre le pèlerinage pour le Seigneur des dieux, sans nul doute, atteint l’état suprême des Vaiṣṇava.
Verse 22
द्वारकां गच्छमानस्य यो ददाति प्रतिश्रयम् । तथैव मधुरां वाचं नन्दते क्रीडते हि सः
Celui qui offre un gîte à celui qui se rend à Dvārakā et lui adresse aussi des paroles douces, celui-là se réjouit et se délecte véritablement.
Verse 23
अध्वनि श्रांतदेहस्य वाहनं यः प्रयच्छति । हंसयुक्तेन स नरो विमानेन दिवं व्रजेत्
Celui qui procure une monture au voyageur dont le corps est brisé de fatigue sur la route, cet homme gagnera le ciel dans un char céleste attelé de cygnes.
Verse 24
यात्रायां गच्छमानस्य मध्याह्ने क्षुधितस्य च । अन्नं ददाति यो भक्त्या शृणु तस्यापि यद्भवेत्
Quiconque, avec dévotion, offre de la nourriture à un pèlerin en route, affamé à midi—écoute aussi quel fruit spirituel en résulte pour lui.
Verse 25
गयाश्राद्धेन यत्पुण्यं लभते मानवो भुवि । अन्नदानेन तत्पुण्यं पितॄणां तृप्तिरक्षया
Le mérite qu’un homme acquiert sur terre en accomplissant le Śrāddha à Gayā—ce même mérite naît du don de nourriture; et la satisfaction des ancêtres (pitṛ) devient inépuisable.
Verse 26
उपानहौ तु यो दद्याद्द्वारकां प्रति गच्छताम् । कृष्णप्रसादात्स नरो गजस्कन्धेन गच्छति
Quiconque donne des chaussures à ceux qui se rendent à Dvārakā—par la grâce de Kṛṣṇa, cet homme voyagera comme porté sur le dos d’un éléphant.
Verse 27
विघ्नमाचरते यस्तु द्वारकां प्रति गच्छताम् । नरके मज्जते मूढः कल्पमात्रं तु रौरवे
Mais quiconque dresse des obstacles à ceux qui vont vers Dvārakā—cet insensé s’enfonce en enfer, dans Raurava, pour la durée d’un kalpa.
Verse 28
मार्गस्थितस्य यो धन्यः प्रयच्छति कमण्डलु्म् । प्रपादानसहस्रस्य फलमाप्नोति मानवः
Béni soit celui qui offre un kamaṇḍalu, vase d’eau, au voyageur sur la route ; cet homme obtient le fruit d’avoir établi mille prapās, haltes d’eau pour les passants.
Verse 29
यात्रायां गच्छमानस्य पादभ्यंगं ददाति यः । पादप्रक्षालनं चैव सर्वान्कामानवाप्नुयात्
Quiconque, sur la route du pèlerinage, oint et masse les pieds du voyageur et lui lave aussi les pieds, obtient l’accomplissement de tous les désirs.
Verse 30
गाथां शृणोति यो विष्णोर्गीतं च गायतः पथि । दानं ददाति विप्रेन्द्रास्तस्माद्धन्यतरो न हि
Ô le meilleur des brāhmanes, nul n’est plus béni que celui qui, sur la route, écoute les hymnes de Viṣṇu et les chants entonnés, et qui fait l’aumône.
Verse 31
कैलासशिखरावासं श्वेताभ्रमिव निर्मलम् । प्रासादं कृष्णदेवस्य यः पश्यति नरोत्तमः
Le meilleur des hommes qui contemple le palais du Seigneur Kṛṣṇa—tel un séjour au sommet du Kailāsa, immaculé et rayonnant comme un nuage blanc—obtient vraiment la vision bénie de la demeure sacrée du Seigneur.
Verse 32
दूराद्धेममयं दृष्ट्वा कलशं ध्वजसंयुतम् । वाहनं संपरित्यज्य लुठते धरणीं गतः
Voyant de loin le faîte d’or surmonté d’un drapeau, il abandonne sa monture et, descendu à terre, se roule au sol dans la dévotion.
Verse 34
पञ्चसूनाकृतं पापं तथाऽधर्मकृतं च यत् । कृमिकीटपतंगाश्च निहताः पथि गच्छता । परान्नं परपानीयमस्पृश्य स्पर्शसंगमम् । तत्सर्वं नाशमाप्नोति भगवत्केतुदर्शनात्
Le péché issu des «cinq abattages domestiques», ainsi que toute faute d’adharma; le fait d’avoir écrasé vers, insectes et créatures ailées en marchant; manger la nourriture d’autrui, boire l’eau d’autrui et toucher ce qui ne doit pas l’être — tout cela est anéanti par la seule vue de l’étendard du Seigneur.
Verse 35
पठेन्नामसहस्रं तु स्तवराजमथापि वा । गजेन्द्रमोक्षणं चैव पथि गच्छञ्छनैः शनैः
En chemin, avançant pas à pas avec lenteur, qu’on récite le « Namasahasra » (les Mille Noms), ou le « Stavarāja » (Roi des Hymnes), ou encore le « Gajendra-mokṣaṇa », la délivrance de Gajendra.
Verse 36
गायमानो भगवतः प्रादुर्भावाननेकधा । नृत्यद्भिर्हर्षसंयुक्तैर्हृष्यमाणः पुनःपुनः । स्वयं नृत्यन्हर्षयुक्तो भक्तो गच्छेद्धरेः पुरम्
Chantant les multiples manifestations du Seigneur, se réjouissant sans cesse au milieu des dévots qui dansent dans l’allégresse, et dansant lui-même dans la joie, le bhakta atteint la cité de Hari, demeure divine du Seigneur.
Verse 37
विष्णोः क्रीडाकरं स्थानं भुक्तिमुक्तिप्रदायकम् । यस्मिन्दृष्टे कलौ नॄणां मुक्तिरेवोपजायते
Voici le siège divin et joueur de Viṣṇu, dispensateur de jouissance terrestre et de délivrance; à sa seule vue, même en l’âge de Kali, la libération naît chez les hommes.
Verse 38
प्रह्लाद उवाच । पूर्वं हि देवराजेन बृहस्पतिरुदारधीः । प्रणम्य परया भक्त्या पृष्टश्च स महामतिः
Prahlāda dit : Jadis, Bṛhaspati, à l’intelligence noble, ce grand d’âme, fut salué avec la plus haute dévotion par le roi des dieux, puis interrogé par lui.
Verse 39
इन्द्र उवाच । द्वारकायाश्च माहात्म्यं कथयस्व प्रसादतः । चतुर्युगं यथाभागैर्धर्मवृद्धिं जनो लभेत्
Indra dit : Par ta grâce, raconte la grandeur de Dvārakā et expose les quatre yuga selon leurs justes divisions, afin que les hommes obtiennent l’accroissement du dharma.
Verse 40
एतच्छ्रुत्वा महेन्द्रस्य वचनं मुनिसत्तमाः । बृहस्पतिरुवाचैनं महेन्द्रं देव संवृतम्
Ayant entendu ces paroles de Mahendra, en présence des plus éminents sages, Bṛhaspati s’adressa à Mahendra, entouré des dieux.
Verse 41
बृहस्पतिरुवाच । कृतं त्रेता द्वापरं च कलिश्च सुरसत्तम । चतुर्युगमिदं प्रोक्तं तत्त्वतो मुनिसत्तमैः
Bṛhaspati dit : Ô meilleur des dieux, Kṛta, Tretā, Dvāpara et Kali — cet ensemble des quatre yuga a été enseigné selon la vérité par les sages les plus éminents.
Verse 42
कृते धर्मश्चतुष्पादो वेदादिफलमेव च । तीर्थं दानं तपो विद्या ध्यानमायुररोगता
Dans le Yuga Kṛta, le dharma demeure ferme sur ses quatre pieds, et l’on obtient pleinement les fruits des Veda et des disciplines sacrées qui s’y rattachent. Pèlerinage aux tīrtha, don, austérité, science sacrée, méditation, longue vie et absence de maladie : tout cela prospère en cet âge.
Verse 43
पादहीनं सर्वमेतद्युगं त्रेताभिधं प्रभो । पादद्वयं द्वापरे तु सर्वस्यैतस्य वासव
Ô Seigneur, dans le yuga nommé Tretā, tout cela se trouve diminué d’un pied. Et dans Dvāpara, ô Vāsava, de tous ces mérites il ne demeure plus que deux pieds.
Verse 44
पादेनैकेन तत्सर्वं विभागे प्रथमे कलौ । ऊर्ध्वं विनाशः सर्वस्य भविष्यति न संशयः
Dans la première division de Kali, tout cela ne subsiste plus que par un seul pied. Ensuite viendra la destruction de toutes choses — sans aucun doute.
Verse 45
मन्त्रास्तीर्थानि यज्ञाश्च तपो दैवादिकं तथा । प्रगच्छंति समुच्छेदं वेदाः शास्त्राणि चैव हि
Mantras, tīrtha (lieux saints), yajña (sacrifices), austérités, et même les ordonnances divines : tout cela s’achemine vers l’effacement ; et les Veda comme les śāstra, en vérité, subissent rupture et désordre.
Verse 46
म्लेच्छप्रायाश्च भूपाला भविष्यन्त्यमराधिप । लोकः करिष्यते निन्दां साधूनां व्रतचारिणाम्
Ô seigneur des Immortels, les rois deviendront pour la plupart semblables aux mleccha ; et le peuple se mettra à blâmer les sādhus, ceux qui gardent les vœux et la conduite sainte.
Verse 47
प्रह्लाद उवाच । श्रुत्वा बृहस्पतेर्वाक्यमेतत्तीर्थस्य भो द्विजाः । प्रकंपिताः सुराः सर्वे म्लेच्छ संसर्गजाद्भयात्
Prahlāda dit : Ô dvijas, ayant entendu les paroles de Bṛhaspati au sujet de ce tīrtha, tous les dieux frémirent de la crainte née du contact avec les mlecchas.
Verse 48
बृहस्पतिं सुरगुरुं पप्रच्छुर्विनयान्विताः । म्लेच्छसंसर्गजो दोषो गंगयापि न पूयते
Avec humilité, ils interrogèrent Bṛhaspati, précepteur des dieux : « La faute née du contact avec les mlecchas ne se purifie même pas par le Gaṅgā ».
Verse 49
कथयस्व प्रसादेन स्थानं कलिविवर्जितम् । यत्र गत्वा निवत्स्यामो यास्यामो निर्वृतिं पराम्
Par grâce, dis-nous un lieu épargné par Kali—où, une fois parvenus, nous pourrons demeurer et atteindre la paix suprême, la parfaite quiétude.
Verse 50
येन दुःखविनिर्मुक्ता भविष्यामो गतव्यथाः । कृपया सुमुखो भूत्वा ब्रूहि तीर्थं हिताय नः
Par quoi serons-nous délivrés de la peine et rendus sans tourment ? Par compassion, le visage gracieux, dis-nous quel est le tīrtha pour notre salut.
Verse 51
प्रह्लाद उवाच । एतच्छ्रुत्वा सुरेन्द्रस्य वाक्यमंगिरसां वरः । चिरं ध्यात्वा जगादेदं वाक्यं देवपुरोहितः
Prahlāda dit : Ayant entendu la demande de Surendra, le meilleur des Aṅgirasa—Bṛhaspati, prêtre des dieux—médita longuement, puis prononça ces paroles.
Verse 52
बृहस्पतिरुवाच । पञ्चक्रोशप्रमाणं हि तीर्थं तीर्थवरोत्तमम् । द्वारकानाम विख्यातं कलिदोषविवर्जितम्
Bṛhaspati dit : En vérité, le tīrtha mesurant cinq krośa est le plus excellent des lieux saints ; il est renommé sous le nom de Dvārakā et exempt des fautes de l’âge de Kali.
Verse 53
विष्णुना निर्मितं स्थानं लोकस्य गतिदायकम् । मुक्तिदं कलिकाले तु ज्ञानहीनजनस्य च
Ce lieu fut façonné par Viṣṇu, donnant au monde la voie véritable et un refuge ; et dans l’âge de Kali, il accorde la délivrance, même à ceux qui manquent de connaissance spirituelle.
Verse 54
ऊषरं कर्मणां क्षेत्रं पुण्यं पापविनाशनम् । न प्ररोहंति पापानि पुनर्नष्टानि तत्र वै
Ce champ sacré est comme une terre stérile pour les actes de péché : un domaine propice qui détruit le péché. Les fautes, une fois abolies en ce lieu, n’y repoussent plus.
Verse 55
तिस्रः कोटयोऽर्धकोटी च तीर्थानीह महीतले
Sur cette terre, il existe trois crores et encore un demi-crore de tīrtha sacrés.
Verse 56
एवं तीर्थयुता तत्र द्वारका मुक्तिदायका । सेवनीया प्रयत्नेन प्राप्य मानुष्यमुत्तमम्
Ainsi, Dvārakā, comblée de tīrtha, accorde la délivrance. Ayant obtenu cette noble naissance humaine, qu’on s’y rende avec effort et qu’on la serve par pèlerinage et dévotion.
Verse 57
प्रह्लाद उवाच । बृहस्पतेर्वचः श्रुत्वा शतक्रतुरथाऽब्रवीत् । वाचस्पते मम इहि द्वारवत्या महोदयम् । गमने किं फलं प्रोक्तं कृष्णदेवस्य दर्शने
Prahlāda dit : Ayant entendu les paroles de Bṛhaspati, Śatakratu (Indra) parla : «Ô Vācaspati, Seigneur de la Parole, dis-moi la grande gloire de Dvāravatī. Quel फल, fruit spirituel, est proclamé pour qui s’y rend et contemple le Seigneur Kṛṣṇa ?»
Verse 58
अन्यानि तत्र तीर्थानि मुख्यानि वद मे गुरो । यथाभिषेके गोमत्याः फलं यदपि संगमे
«Ô Guru, dis-moi aussi quels sont les autres tīrtha principaux qui s’y trouvent, ainsi que le फल, le mérite, obtenu en se baignant (snāna/abhiṣeka) au confluent de la Gomatī.»
Verse 59
बृहस्पतिरुवाच । श्रूयतां तात वक्ष्यामि माहात्म्यं द्वारकोद्भवम् । मनुष्यरूपो भगवान्यत्र क्रीडति केशवः
Bṛhaspati dit : «Écoute, mon enfant ; je vais proclamer la grandeur issue de Dvārakā, où le Bienheureux Keśava, prenant forme humaine, demeure et se divertit dans sa līlā divine.»
Verse 60
नारायणः स ईशानो ध्येयश्चादौ जगन्मयः । स एव देवतामुख्यः पुरीं द्वारवतीं स्थितः
Il est Nārāyaṇa, le Seigneur souverain, digne d’être médité dès l’origine, pénétrant l’univers. Ce même, le plus éminent des dieux, demeure dans la cité de Dvāravatī.
Verse 61
एकैकस्मिन्पदे दत्ते पुरीं द्वारवतीं प्रति । पुण्यं क्रतुसहस्रेण कलौ भवति देहिनाम्
À l’âge de Kali, pour les êtres incarnés, chaque pas fait vers la cité de Dvāravatī engendre un mérite égal à mille sacrifices rituels (kratu).
Verse 62
कलौ कृष्णपुरीं रम्यां ये गच्छंति नरोत्तमाः । कुलकोटिशतैर्युक्तास्ते गच्छन्ति हरेः पदम्
À l’âge de Kali, les meilleurs des hommes qui se rendent à la ravissante Kṛṣṇapurī (Dvārakā), avec des centaines de millions de membres de leur lignée, atteignent la demeure de Hari.
Verse 63
ये ध्यायंति मनोवृत्त्या गमनं द्वारकां प्रति । तेषां विलीयते पापं पूर्वजन्मायुतैः कृतम्
Même ceux qui, par l’élan intérieur, ne font que méditer le voyage vers Dvārakā : leurs péchés accumulés durant des dizaines de milliers de vies passées se dissolvent.
Verse 64
कृष्णस्य दर्शने बुद्धिर्जायते यस्य देहिनः । वक्त्रावलोकनात्तस्य पापं याति सहस्रधा
Pour l’être incarné en qui la sagesse s’éveille à la vue de Kṛṣṇa, à la seule vision de son visage le péché se brise en mille fragments et s’en va.
Verse 65
ये गता द्वारकायां च ये मृताः कृष्णसन्निधौ । न तेषां पुनरावृत्तिर्यावदाभूतसंप्लवम्
Ceux qui sont allés à Dvārakā, et ceux qui meurent en la présence même de Śrī Kṛṣṇa—pour eux, point de retour à la renaissance jusqu’à la dissolution des êtres lors du déluge cosmique.
Verse 66
सुलभा मथुरा काशी ह्यवन्ती च तथा सुराः । अयोध्या सुलभा लोके दुर्लभा द्वारका कलौ
Mathurā et Kāśī sont aisées à atteindre; de même Avantī et les demeures des dieux; Ayodhyā aussi est accessible en ce monde—mais en l’âge de Kali, Dvārakā est difficile à obtenir et à rejoindre.
Verse 67
गत्वा कृष्णपुरीं रम्यां षण्मासात्कृष्णसंनिधौ । जीवन्मुक्तास्तु ते ज्ञेयाः सत्यमेतत्सुरोत्तम
Étant allés à la ravissante Kṛṣṇapurī et demeurant six mois dans la présence de Śrī Kṛṣṇa—qu’on les sache libérés de leur vivant (jīvanmukta) ; cela est vrai, ô le meilleur des dieux.
Verse 68
कृष्णक्रीडाकरं स्थानं वाञ्छन्ति मनसा प्रिये । तेषां हृदि स्थितं पापं क्षालयेत्प्रेतनायकः
Ô bien-aimée, ceux qui, en leur esprit, désirent le lieu qui est le terrain de jeu de Śrī Kṛṣṇa—le péché demeuré dans leur cœur est lavé, fût-ce par Yama, Seigneur des défunts.
Verse 69
अत्युग्राण्यपि पापानि तावत्तिष्ठन्ति विग्रहे । यावन्न गच्छति नरः कलौ द्वारवतीं प्रति
Même les péchés les plus terribles ne demeurent dans le corps d’un homme que tant que—en l’âge de Kali—il ne se met pas en route vers Dvāravatī (Dvārakā).
Verse 70
पुण्यसंख्या च तीर्थानां ब्रह्मणा विहिता पुरा । दानाध्ययन संज्ञानां मुक्त्वा द्वारवतीं कलौ
Autrefois, Brahmā fixa la mesure du mérite propre aux tīrtha ; mais en l’âge de Kali, si l’on met Dvāravatī de côté, les mérites de l’aumône, de l’étude sacrée et des autres actes reconnus de dharma s’en trouvent, en comparaison, amoindris.
Verse 71
चक्रतीर्थे तु यो गच्छेत्प्रसंगेनापि मानवः । कुलैकविंशतियुतः स गच्छेत्परमं पदम्
Même l’homme qui se rend à Cakratīrtha par simple hasard atteint l’état suprême, avec vingt et une générations de sa lignée.
Verse 72
लोभेनाऽप्यपराधेन दम्भेन कपटेन वा । चक्रतीर्थं च यो गच्छेन्न पुनर्विशते भवम्
Même si l’on se rend à Cakratīrtha poussé par l’avidité, souillé par la faute, ou mû par l’hypocrisie et la tromperie, on ne rentre plus dans le devenir mondain (bhava) : on ne renaît pas.
Verse 73
प्रयागे ह्यस्थिपातेन यत्फलं परिकीर्तितम् । तदेव शतसाहस्रं चक्रतीर्थास्थिपातनात्
Le mérite proclamé pour la remise des ossements à Prayāga, ce même mérite devient cent mille fois plus grand lorsqu’on les remet à Cakratīrtha.
Verse 74
पृथिव्यां चैव तत्तीर्थं परमं परिकीर्तितम् । चक्रतीर्थमिति ख्यातं ब्रह्महत्याविनाशनम्
Sur la terre, ce tīrtha est proclamé suprême — connu sous le nom de Cakratīrtha — destructeur du péché de brahma-hatyā, le meurtre le plus grave.
Verse 75
ये ये कुले भविष्यंति तत्पूर्वं मानवाः क्षितौ । सर्वे विष्णुपुरं यांति चक्रतीर्थास्थिपातनात्
Tous les hommes sur la terre, ceux qui naquirent auparavant dans cette lignée et ceux qui y naîtront, par le dépôt des ossements à Cakratīrtha, gagnent la demeure de Viṣṇu.
Verse 76
किं जातैर्बहुभिः पुत्रैर्गणनापूरकात्मकैः । वरमेको भवेत्पुत्रश्चक्रतीर्थं तु यो व्रजेत्
À quoi bon de nombreux fils qui ne font que grossir le nombre ? Mieux vaut un seul fils, celui qui se rend à Cakratīrtha.
Verse 77
तपसा किं प्रतप्तेन दानेनाध्ययनेन किम् । सर्वावस्थोऽपि मुच्येत गतः कृष्णपुरीं यदि
À quoi bon les austérités pénibles ? À quoi bon les dons ou l’étude des Écritures ? En quelque état que l’on soit, on est délivré si l’on est allé à la cité de Kṛṣṇa (Dvārakā).
Verse 78
कलिकाल कृतैर्दोषैरत्युग्रैरपि मानवः । कलौ कृष्णमुखं दृष्ट्वा लिप्यते न कदाचन
Même si l’homme est accablé par les fautes terriblement féroces engendrées par l’âge de Kali, en ce Kali-yuga, à la vue du visage de Kṛṣṇa, il n’est jamais souillé.
Verse 79
दानं चाध्ययनं शौचं कारणं न हि पुत्रक । हीनवर्णोऽपि पापात्मा गतः कृष्णपुरीं यदि
Mon enfant, la charité, l’étude et la pureté ne sont pas ici la cause décisive. Même de basse condition, même pécheur, celui qui est allé à la cité de Kṛṣṇa obtient la délivrance.
Verse 80
वाराणस्यां कुरुक्षेत्रे नर्मदायां च यत्फलम् । तत्फलं निमिषार्धेन द्वारवत्यां दिनेदिने
Le mérite acquis à Vārāṇasī, à Kurukṣetra et sur la Narmadā—ce même mérite s’obtient à Dvāravatī, jour après jour, en un simple demi-instant.
Verse 81
धन्यानामपि धन्यास्ते देवानामपि देवताः । कृष्णोपरि मतिर्येषां हीयते न कदाचन
Bienheureux sont-ils—bienheureux même parmi les bienheureux, divins même parmi les dieux—ceux dont l’esprit, fixé sur Kṛṣṇa, ne décroît jamais en aucun temps.
Verse 82
श्रवणद्वादशीयोगे गोमत्युदधिसंगमे । स्नात्वा कृष्णसुतं दृष्ट्वा लिप्यते नैव स क्वचित्
Lorsque survient l’heureuse conjonction de Śravaṇa (nakṣatra) et de Dvādaśī, au confluent de la Gomati et de l’océan—celui qui s’y baigne et contemple le fils de Kṛṣṇa n’est souillé par aucun péché, nulle part.
Verse 83
यस्य कस्यापि मासस्य द्वादशी प्राप्य मानवः । कृष्णक्रीडापुरीं दृष्ट्वा मुक्तः संसारगह्वरात्
À la Dvādaśī de n’importe quel mois, quiconque—parvenu là et ayant contemplé la cité où Kṛṣṇa se divertit (Dvārakā)—est délivré du profond ravin du saṃsāra.
Verse 84
येषां कृष्णालये प्राणा गताः सुरपते कलौ । स्वर्गान्न तेषामावृत्तिः कल्पकोटिशतैरपि
Ô Seigneur des dieux ! En l’âge de Kali, pour ceux dont le souffle s’éteint dans la demeure de Kṛṣṇa, il n’y a nul retour, même depuis le ciel—fût-ce après des centaines de crores de kalpas.
Verse 85
विज्ञेया मानुषा वत्स गर्भस्थास्ते महीतले । द्वारवत्यां न यैर्देवो दृष्टः कंसनिषूदनः
Ô bien-aimé, sache que ceux qui n’ont pas vu à Dvāravatī (Dvārakā) le Dieu, le destructeur de Kaṃsa, sont comme s’ils n’étaient pas encore nés sur cette terre.
Verse 86
दुर्लभो द्वारकावासो दुर्लभं कृष्णदर्शनम् । दुर्लभं गोमतीस्नानं दुर्लभो रुक्मिणीपतिः
Bien rare est le séjour à Dvārakā ; rare est la vision de Kṛṣṇa. Rare est le bain dans la Gomati ; rare est le Seigneur, époux de Rukmiṇī.
Verse 87
तपः परं कृतयुगे त्रेतायां ज्ञानमुच्यते । द्वापरे तु परो यज्ञः कलौ केशवकीर्तनम्
Dans le Kṛta Yuga, l’austérité (tapas) est dite suprême ; dans le Tretā, la connaissance (jñāna) est proclamée suprême. Dans le Dvāpara, le sacrifice (yajña) est suprême ; mais dans le Kali Yuga, la pratique suprême est la louange et le chant de Keśava.
Verse 88
हेमभारसहस्रैस्तु दत्तैर्यत्फलमाप्यते । दृष्ट्वा तत्कोटि गुणितं हरेः सर्वप्रदं मुखम्
Quel que soit le mérite obtenu en offrant des milliers de charges d’or, il est, par la seule vision du visage de Hari, dispensateur de tout, multiplié dix millions de fois.
Verse 89
द्वारकायां च यद्दत्तं शंखोद्धारे तथैव च । पिंडारके महातीर्थे दत्तं चैवाक्षयं भवेत्
Tout don fait à Dvārakā, de même qu’à Śaṅkhoddhāra, et tout don fait à Piṇḍāraka, le grand tīrtha, devient impérissable, d’un mérite inépuisable (akṣaya).
Verse 90
गोमहिष्यादि यद्दत्तं सुवर्णवसनानि च । वृषो भूमिग्रहो रूप्यं कन्यादानं तथैव च
Des dons tels que vaches et bufflesses, or et vêtements; un taureau, une donation de terre, de l’argent, et de même le don d’une jeune fille en mariage—
Verse 91
यच्चान्यदपि देवेन्द्र त्रिषु स्थानेषु यच्छति । तन्मुक्तिकारकं प्रोक्तं पितॄणामात्मनस्तथा
Et tout autre don, ô Indra, fait en ces trois lieux—est déclaré cause de délivrance, pour les ancêtres comme pour soi-même.
Verse 92
ऊषरं हि यतो लोके क्षेत्रमेतत्प्रकीर्तितम् । अतो मुक्तिकरं सर्वं दानं चोक्तं महर्षिभिः
Parce que cette terre sacrée est renommée dans le monde sous le nom d’« Ūṣara », les grands sages ont déclaré que toute aumône faite ici devient cause de délivrance.
Verse 93
यत्किंचित्कुरुते तत्र दानं क्रीडावगाहनम् । तदनन्तफलं प्राह भगवान्मधुसूदनः
Quoi que l’on fasse là-bas—aumône, jeu joyeux, ou même une immersion dans les eaux—le Seigneur Madhusūdana a déclaré que cela porte un fruit sans fin.
Verse 94
प्रेतत्वं नैव तस्यास्ति न याम्या नारकी व्यथा । येन द्वारवतीं गत्वा कृतं कृष्णाऽवलोकनम्
Pour celui qui se rend à Dvāravatī et contemple Kṛṣṇa, il n’y a ni condition de preta, ni tourments du royaume de Yama, ni souffrance de l’enfer.
Verse 95
वारिमात्रेण गोमत्यां पिण्डदाने कृते कलौ । पितॄणां जायते तृप्तिर्यावदाभूतसंप्लवम्
À l’âge de Kali, si l’on accomplit l’offrande de piṇḍa sur la Gomati, fût-ce avec de l’eau seule, les ancêtres obtiennent une satiété qui dure jusqu’au terme de la dissolution cosmique.
Verse 96
नित्यं कृष्णपुरीं रम्यां ये स्मरन्ति गृहस्थिताः । नमस्याः सर्वलोकानां देवानां च सुरोत्तम
Les maîtres de maison qui, chaque jour, se souviennent de la ravissante cité de Kṛṣṇa sont dignes de vénération de la part de tous les mondes—et même des dieux, ô meilleur des suras.
Verse 97
ब्रह्मज्ञानं गयाश्राद्धं मरणं गोग्रहेषु च । वासः पुंसां द्वारकायां मुक्तिरेषा चतुर्विधा
La délivrance est dite quadruple : par la connaissance de Brahman ; par le śrāddha à Gayā ; par la mort auprès des étables, sous l’abri des vaches ; et par le séjour à Dvārakā.
Verse 98
ब्रह्मज्ञानेन मुच्यन्ते प्रयागे मरणेन वा । अथवा स्नानमात्रेण गोमत्यां कृष्णसंनिधौ
On est délivré par la connaissance de Brahman, ou par la mort à Prayāga ; ou encore, par le seul bain dans la Gomati, en la présence même de Kṛṣṇa.
Verse 99
कृतार्थः कृतपुण्योऽहं ब्रवीत्येवं महोदधिः । पवित्रितं च मद्गात्रं गोमतीवारिसंप्लवात्
Ainsi parle le grand océan : «Je suis comblé ; j’ai acquis du mérite. Car mon propre corps a été purifié par le flot des eaux de la Gomati».
Verse 100
अत्युग्राण्यपि पापानि तावत्तिष्ठंति विग्रहे । यावत्स्नानं न गोमत्यां वारिणा पापहारिणा
Même les fautes les plus terribles demeurent logées dans le corps tant que l’on ne s’est pas baigné dans la Gomati, dont les eaux anéantissent le péché.
Verse 101
चक्रतीर्थे नरः स्नात्वा गोमत्यां रुक्मिणीह्रदे । दृष्ट्वा कृष्णमुखं रम्यं कुलानां तारयेच्छतम्
Après s’être baigné à Cakratīrtha—sur la Gomati, dans le lac de Rukmiṇī—si l’on contemple le beau visage de Kṛṣṇa, on peut délivrer cent générations de sa lignée.
Verse 102
कृष्णं च ये द्वारवतीं मनुष्याः स्मरंति नित्यं हरिभक्तियुक्ताः । विधूतपापाः किल संभवांते गच्छंति लोकं परमं मुरारेः
Ceux qui, animés de dévotion envers Hari, se souviennent sans cesse de Śrī Kṛṣṇa et de la cité sainte de Dvāravatī—leurs péchés étant lavés—atteignent à la fin de la vie la demeure suprême de Murāri (Kṛṣṇa).
Verse 103
अधौतपादः प्रथमं नमस्कुर्याद्गणेश्वरम् । सर्वविघ्रविनाशश्च जायते नात्र संशयः
Même les pieds non lavés, qu’on se prosterne d’abord devant Gaṇeśvara ; alors, sans aucun doute, s’accomplit la destruction de tous les obstacles.
Verse 104
नीलोत्पलदलश्यामं कृष्णं देवकिनन्दनम् । दण्डवत्प्रणमेत्प्रीत्या प्रणमेदग्रजं पुनः
Dans une joie empreinte d’amour, qu’on se prosterne entièrement (daṇḍavat) devant Kṛṣṇa—sombre comme le pétale du lotus bleu, le fils bien-aimé de Devakī—puis qu’on s’incline encore devant son frère aîné.
Verse 105
बाल्ये च यत्कृतं पापं कौमारे यौवने तथा । दर्शनात्कृष्णदेवस्य तन्नश्येन्नात्र संशयः
Quel que soit le péché commis dans l’enfance, l’adolescence et la jeunesse—à la seule vue du Seigneur Kṛṣṇa, il s’anéantit; là-dessus, nul doute.
Verse 106
वाण्याऽथ मनसा यच्च कर्मणा समुपार्जितम् । पापं जन्मसहस्रेण तन्नश्येन्नात्र संशयः
Les péchés amassés par la parole, par l’esprit et par les actes—fût-ce sur mille naissances—sont détruits; là-dessus, nul doute.
Verse 107
हेमभारसहस्रैस्तु दत्तैर्यत्फलमाप्यते । तत्फलं कोटिगुणितं कृष्णवक्त्रावलोकनात्
Le fruit obtenu en offrant des milliers de charges d’or—ce fruit est multiplié au cent-millionième par la contemplation du visage de Kṛṣṇa.
Verse 108
नमस्कृत्य च देवेशं पुण्डरीकाक्षमच्युतम् । दुर्वाससं महेशानं द्वारकापरिरक्षकम्
Après s’être prosterné devant le Seigneur des dieux—Puṇḍarīkākṣa, l’infaillible Acyuta—et devant Durvāsā, le grand Seigneur (Maheśāna), protecteur de Dvārakā…
Verse 109
प्रणम्य परया भक्त्या वैनतेयसमन्वितम् ।ऽ । द्वारमागत्य च पुनः स्वर्गद्वारोपमं शुभम्
S’étant prosterné avec la plus haute dévotion devant le Seigneur accompagné de Vainateya (Garuḍa), on parvient de nouveau au seuil auspicious, pareil à la porte même du ciel.
Verse 110
विश्रम्य च मुहूर्त्तार्द्धं सुहृद्भिर्बान्धवैर्वृतः । तत्राश्रितान्समाहूय ब्राह्मणान्मन्त्रकोविदान् । पूजाद्रव्यं समानीय ततस्तीर्थं व्रजेद्बुधः
Après s’être reposé durant un demi-muhūrta, entouré d’amis et de parents, le sage doit convoquer les brāhmaṇas érudits, experts en mantras, qui résident en ce lieu; ayant rassemblé les offrandes de pūjā, qu’il se rende ensuite au tīrtha sacré.