Adhyaya 220
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 220

Adhyaya 220

Ce chapitre présente un exposé à la fois technique et théologique sur le moment du śrāddha (rite d’offrande aux ancêtres) et sur ses conséquences, sous forme de dialogue et d’exemple. Anarta demande à Bhartṛyajña pourquoi accomplir le śrāddha au treizième jour lunaire (trayodaśī) peut entraîner le déclin de la lignée (vaṁśa-kṣaya). Bhartṛyajña explique qu’il existe une condition calendérique particulière, appelée gajacchāyā (« ombre d’éléphant »), liée à certaines configurations lunaires et astrales et à des situations proches des éclipses : lorsque ce signe est présent, le śrāddha devient « akṣaya » (au fruit impérissable) et procure aux ancêtres une satisfaction durant douze années. Le texte évoque aussi des offrandes comme motifs narratifs : miel mêlé de lait, et certaines viandes spécifiques telles que khaḍga et vādhrīṇasa. Dans le récit d’origine, un roi (Sitāśva du Pāñcāla, en un âge antérieur) est interrogé par des brāhmaṇa au sujet de son menu de śrāddha inhabituel—miel, kālaśāka et khaḍga-māṁsa. Il avoue qu’en une vie passée il fut chasseur ; ayant surpris l’enseignement du sage Agniveśa sur la règle du śrāddha de gajacchāyā, il fit une offrande sommaire qui lui valut pourtant une renaissance royale et l’apaisement des ancêtres. Enfin, les dieux, inquiets de la puissance exceptionnelle du śrāddha en trayodaśī, prononcent une malédiction : désormais, accomplir le śrāddha ce jour-là devient spirituellement périlleux et peut causer le vaṁśa-kṣaya. Le chapitre fixe ainsi une frontière rituelle de prudence tout en préservant le statut singulier de gajacchāyā.

Shlokas

Verse 1

ये वांछंति ममाभीष्टं श्राद्धे भुक्त्वाऽथ पैतृके

Ceux qui désirent ce qui m’est cher—après avoir nourri les conviés lors du Śrāddha offert aux Ancêtres…

Verse 2

आनर्त उवाच । त्रयोदश्यां कृते श्राद्धे कस्माद्वंशक्षयो भवेत् । एतन्मे सर्वमाचक्ष्व विस्तरात्त्वं महा मुने । भर्तृयज्ञ उवाच । एषा मेध्यतमा राजन्युगादिः कलिसंभवा । स्नाने दाने जपे होमे श्राद्धे ज्ञेया तथाऽक्षया

Le roi Ānarta dit : «Si l’on accomplit le Śrāddha au jour de Trayodaśī, pourquoi y aurait-il déclin de la lignée ? Explique-moi tout cela en détail, ô grand sage.» Bhartṛyajña répondit : «Ô Roi, ce jour est le plus purificateur, un jour qui ouvre une ère, né dans le Kali-yuga. Pour le bain sacré, l’aumône, la récitation (japa), l’offrande au feu (homa) et le Śrāddha, il doit être connu comme “Akṣayā”, la tithi au fruit impérissable.»

Verse 3

अस्यां चेत्तु गजच्छाया तिथौ राजन्प्रजायते । तदाऽक्षयं मघायोगे श्राद्धं संजायते ध्रुवम्

Ô Roi, si, en cette même tithi, survient la « Gajacchāyā » (configuration faste), alors, en conjonction avec Maghā, le Śrāddha devient assurément akṣaya, au fruit inépuisable.

Verse 4

यः क्षीरं मधुना युक्तं तस्मिन्नहनि यच्छति । पितॄनुद्दिश्य यो मांसं दद्याद्वाध्रीणसं च यः

Quiconque, ce jour-là, offre du lait mêlé de miel—et quiconque, à l’intention des Pitṛs, donne de la viande, y compris celle du vādhrīṇasa—

Verse 5

वाध्रीणसस्य मांसेन तृप्तिर्द्वादशवार्षिकी । त्रिःपिबंत्विंद्रियक्षीणं श्वेतं वृद्धमजापतिम्

Par la viande du vādhrīṇasa, les Pitṛs sont rassasiés durant douze années. (La leçon transmise ajoute :) «Qu’ils boivent trois fois—(ce qui est) aux sens affaiblis, blanc, âgé, et “ajā-pati”», formule obscure conservée telle qu’elle nous est parvenue.

Verse 6

तं तु वाध्रीणसं विद्यात्सर्वयूथाधिपं तथा । खड्गमांसं च वा दद्यात्तृप्तिर्द्वादशवार्षिकी । संजायते न संदेहस्तेषां वाक्यं न मे मृषा

Sache que Vādhrīṇasa est le seigneur de tous les troupeaux ; ou bien l’on peut offrir de la chair de khaḍga : alors, sans aucun doute, la satisfaction des Pitṛs se manifeste durant douze années. Leur parole n’est pas mensonge, pas plus que la mienne.

Verse 7

आसीद्रथंतरे कल्पे पूर्वं पार्थिवसत्तमः । सिताश्वो नाम पांचालदेशीयःपितृभक्तिमान्

Dans un âge ancien, au temps du Rathantara Kalpa, il y eut un roi d’excellence nommé Sitāśva, originaire du pays de Pañcāla, tout dévoué aux Pitṛs.

Verse 8

मधुना कालशाकेन खड्गमांसेन केवलम् । स हि श्राद्धं त्रयोदश्यां कुरु ते पायसेन च

«Accomplis le śrāddha au treizième jour lunaire : offre-le avec du miel, avec le kālaśāka (légumes à feuilles sombres) et uniquement avec de la chair de khaḍga ; et prépare aussi le pāyasa, le riz sucré.»

Verse 9

सोमवंशं समुद्दिश्य श्राद्धं यच्छति भक्तितः

«Avec dévotion, il offre le śrāddha, en le dédiant au Somavaṃśa, la lignée lunaire.»

Verse 10

अथ तैर्बाह्मणैः सर्वैः स भूयः कौतुकान्वितैः । कस्यचित्त्वथ कालस्य पृष्टो भुक्त्वा यथेच्छया

«Puis, lorsque tous ces brāhmaṇas eurent mangé à leur gré et furent rassasiés, après quelque temps, remplis de curiosité, ils l’interrogèrent de nouveau.»

Verse 11

श्राद्धादनंतरं राजन्दृष्ट्वा तं श्रद्धयाऽन्वितम् । पादावमर्द्दनपरं प्रणिपातपुरः सरम्

«Ô Roi, aussitôt après le śrāddha, le voyant rempli de foi—appliqué à masser les pieds et le premier à se prosterner—(ils s’adressèrent à lui…).»

Verse 12

ब्राह्मणा ऊचुः । कृत्वा श्राद्धं महाराज प्रदातव्याऽथ दक्षिणा । ब्राह्मणेभ्यस्ततः श्राद्धं पितॄणां चोपतिष्ठति

Les brāhmanes dirent : «Ô grand Roi, après avoir accompli le śrāddha, il convient d’offrir la dakṣiṇā (don sacerdotal). Car lorsqu’elle est donnée aux brāhmanes, le śrāddha parvient comme il se doit et profite aussi aux ancêtres.»

Verse 13

सा त्वया कल्पिताऽस्माकं वितीर्णाद्यापि नो नृप । कुप्याकुप्यं परित्यज्य तां देहि नृप मा चिरम्

«Ô Roi, la dakṣiṇā que tu nous avais promise n’a pas encore été accordée. Renonçant à juger si elle est “précieuse ou non”, donne-la, ô Roi, sans tarder.»

Verse 14

भर्तृयज्ञ उवाच । तच्छ्रुत्वा च नृपः प्राह संप्रहृष्टेन चेतसा । धन्योऽस्म्यनुगृहीतोऽस्मि विप्रैरद्य न संशयः

Bhartṛyajña dit : «À ces mots, le roi parla le cœur réjoui : “Je suis béni ; aujourd’hui, j’ai véritablement reçu la faveur des brāhmanes—sans aucun doute.”»

Verse 15

तस्माद्ब्रूत महाभागा युष्मभ्यं किं ददाम्यहम्

«Ainsi donc, ô nobles êtres, dites : que dois-je vous donner ?»

Verse 16

वर न्नागान्मदोन्मत्तान्भद्रजातिसमुद्भवान् । किं वा सप्तिप्रधानांश्च मनोमारुतरंहसः

« Dois-je offrir d’excellents éléphants, enivrés par le rut, nés de la noble lignée Bhadrā ? Ou bien des chevaux de premier rang, rapides comme le vent dans leur élan ? »

Verse 17

किं वा स्थानानि चित्राणि ग्रामाणि नगराणि च । पितॄनुद्दिश्य यत्किंचिन्नादेयं विद्यते यतः

« Ou bien offrirai-je de charmants domaines — des villages et même des cités ? Car, lorsqu’on le dédie aux Ancêtres, rien n’est jamais tenu pour “indigne d’être donné”. »

Verse 18

ब्राह्मणा ऊचुः । नास्माकं वाजिभिः कार्यं न रत्नैर्न च हस्तिभिः । न देशैर्ग्राममुख्यैर्वा नान्येनापि च केनचित्

Les brāhmanes dirent : « Nous n’avons besoin ni de chevaux, ni de joyaux, ni d’éléphants ; ni de terres, ni de villages éminents, ni d’aucune autre chose. »

Verse 19

यदर्थेन महाराज पृष्टोस्माभिर्यतो भवान् । तस्मान्नो दक्षिणां देहि संदेहघ्नां तपोत्तम

« Ô grand Roi, puisque c’est pour cela même que nous t’avons interrogé, accorde-nous donc une dakṣiṇā qui dissipe le doute, ô le meilleur des ascètes. »

Verse 20

यां पृच्छामो वयं सर्वे कौतूहलसमाहिताः

« Cette chose que nous demandons tous, l’esprit rassemblé par une ardente curiosité… »

Verse 21

राजोवाच । उपदेशाधिकारोऽस्ति ब्राह्मणानां महात्मनाम् । दातुं नैव ग्रहीतुं च नी चजात्यस्य वैदिकाः

Le Roi dit : "L'autorité pour donner l'instruction appartient aux Brāhmaṇas à la grande âme. Les hommes védiques ne doivent ni donner ni accepter de ceux qui ont une conduite vile et une naissance basse."

Verse 22

सोऽहं राजा न सर्वज्ञो यो यच्छामि द्विजोत्तमाः । उपदेशं हि युष्मभ्यं सर्वज्ञेभ्यो विचक्षणाः

"Moi, le roi, je ne suis pas omniscient, ô meilleurs des deux-fois-nés ; pourtant je vous offre une instruction, bien que vous soyez perspicaces et comme omniscients."

Verse 23

ब्राह्मणा ऊचुः । गुरुशिष्यसमुत्थोऽयमुपदेशो महीपते । प्रार्थयामो वयं किंचिन्मा भयं त्वं समाविश

Les Brāhmaṇas dirent : "Ô Roi, cette instruction naît de la relation juste entre maître et disciple. Nous te demandons quelque chose — ne laisse pas la peur t'envahir."

Verse 24

वयं च प्रश्नमेकं हि पृच्छामो यदि भूपते । ब्रूषे कौतुकयुक्तानां सर्वेषां च द्विजन्मनाम्

"Ô Roi, nous posons en effet une seule question. Si tu réponds, réponds pour tous les deux-fois-nés qui sont remplis d'une curiosité sincère."

Verse 25

तस्माद्वद महाभाग यदि जानासि तत्त्वतः । न चेद्गुह्यतमं किंचित्पृच्छामस्त्वां कुतूहलात्

"Parle donc, ô fortuné, si tu connais vraiment la réalité. Sinon, nous t'interrogeons sur une matière très secrète — par curiosité sacrée."

Verse 26

राजोवाच । यदि वः संशयो विप्रा युष्मत्प्रश्नमसंशयम् । कथयिष्याभि चेद्गुह्यं तद्वद्ध्वं गप्ल ज्वराः

Le Roi dit : «Ô brāhmaṇas, si le doute vous habite, formulez votre question sans hésitation. Si je dois dévoiler un enseignement secret, alors exprimez-le clairement…»

Verse 27

ब्राह्मणा ऊचुः । अन्नेषु च विचित्रेषु लेह्येषु विविधेषु च । अमृतेष्वेषु सर्वेषु तथा पेयेषु पार्थिव

Les brāhmaṇas dirent : «Ô Roi, parmi les nourritures variées, parmi les douceurs que l’on lèche, parmi tous ces mets pareils au nectar, et de même parmi les boissons…»

Verse 28

तस्मादद्य दिने ब्रूहि मधु यच्छसि गर्हितम् । वर्तते च यथाऽभक्ष्यं ब्राह्मणानां विशेषतः

Aussi, dis-nous aujourd’hui pourquoi tu offres du miel, blâmé et tenu pour impropre à être mangé, surtout par les brāhmaṇas.

Verse 29

तथा विचित्र मासेषु संस्थितेषु नराधिप । खङ्गमांसं निरास्वादं कस्माद्यच्छसि केवलम्

Et de plus, ô souverain des hommes : alors que tant de mois excellents sont là, pourquoi n’offres-tu que la viande de khaṅga, sans saveur ?

Verse 30

संति शाकानि राजेन्द्र पावनीयानि सर्वशः । सुष्ठु स्वादु कराण्यत्र व्यञ्जनार्थं महीपते

Ô le meilleur des rois, il y a ici des légumes, purificateurs en toute manière, exquis et propres à composer des mets savoureux, ô seigneur de la terre.

Verse 31

कालशाकं सकटुकं मुखाऽधिजनकं महत् । कस्माद्यच्छसि चास्माकं भक्त्या परमया युतः । न श्राद्धे प्रतिषेधश्च प्रकर्तव्यः कथंचन

Pourquoi nous donnes-tu du kālaśāka, âcre et fortement irritant pour la bouche, alors même que tu es pourvu de la dévotion suprême ? Dans le śrāddha, aucune inconvenance ne doit être introduite, d’aucune manière.

Verse 32

न च त्याज्यं समुच्छिष्टं तेन भुंजामहे ततः । तदत्र कारणेनैव गुरुणा भाव्यमेव हि । येन त्वं यच्छसि प्राय एतत्सिद्धिर्भवेत्स्थिता

Et cela ne doit pas non plus être rejeté comme un « reste » ; c’est pourquoi nous le mangeons. Pourtant, il doit assurément y avoir ici une raison grave : c’est pour elle que tu l’offres d’ordinaire, afin que le rite visé parvienne réellement à son accomplissement.

Verse 33

तस्मात्कथय नः सर्वं परं कौतूहलं हि नः । निःस्वादितं यथा दद्यादीदृक्छ्राद्धे विगर्हितम्

Dis-nous donc tout—car notre curiosité est grande—comment on pourrait offrir, dans un śrāddha, une nourriture si fade et blâmée.

Verse 34

यथा त्वं नृपशार्दूल श्रद्धया संप्रयच्छसि

Comment se fait-il que toi, ô tigre parmi les rois, tu offres (cela) avec foi ?

Verse 35

तच्छ्रुत्वा वचनं तेषां ब्राह्मणानां महात्मनाम् । स वैलक्ष्यस्मितं प्राह सलज्जं पृथिवीपतिः

Entendant les paroles de ces brāhmaṇas à la grande âme, le seigneur de la terre répondit avec un sourire embarrassé, saisi de honte.

Verse 36

गुह्यमेतन्महाभागा अस्माकं यदि संस्थितम् । अवाच्यमपि वक्ष्यामि शृणुध्वं सुसमाहिताः

Ô bienheureux, ceci est un secret lié à ma propre vie. Pourtant, même s’il ne convient pas d’être dit, je le dirai. Écoutez avec une attention recueillie.

Verse 37

अहमासं पुरा पापो लुब्धकश्चान्य जन्मनि । निहंता सर्वजंतूनां तथा भक्षयिता पुनः

Autrefois, dans une autre naissance, j’étais un chasseur pécheur : meurtrier de toutes sortes d’êtres, et encore, celui qui les mangeait.

Verse 38

पर्यटामि तदारण्ये धनुषा मृगयारतः । सिंहो व्याघ्रो गजेन्द्रो वा शरभो वा द्विजो त्तमाः

Ô le meilleur des deux-fois-nés, je parcourais cette forêt, l’arc à la main, me délectant de la chasse—lion, tigre, éléphant souverain, ou même la farouche bête śarabha.

Verse 39

मद्बाणगोचरं प्राप्तो न जीवत्यपि कर्हिचित् । कस्यचित्त्वथ कालस्य भ्रममाणो महीतले

Tout ce qui entrait dans la portée de mes flèches ne survivait jamais ; puis, après quelque temps, tandis que j’errais sur la terre,

Verse 40

संप्राप्तोऽहं महाभागा अग्नि वेशस्य सन्मुनेः । आश्रमे समनुप्राप्तो निशीथे क्षुत्पिपासितः

Ô nobles âmes, j’arrivai à l’āśrama du saint sage Agniveśa ; j’y parvins au cœur de la nuit, tourmenté par la faim et la soif.

Verse 41

तावत्तत्र सशिष्याणां श्राद्धकर्मविधिं वदन् । संस्थितो वेष्टितः शिष्यैः समन्ताद्द्विजसत्तमाः

En ce temps-là, ô meilleurs des brāhmaṇas, il se tenait là, exposant à ses disciples la juste procédure du rite de śrāddha, entouré de ses élèves de toutes parts.

Verse 42

अग्निवेश उवाच । ऋक्षे पित्र्ये यदा चन्द्रो हंसश्चापि करे व्रजेत् । त्रयोदशी तु सा च्छाया विज्ञेया कुञ्जरोद्भवा

Agniveśa dit : Lorsque la Lune se trouve dans la demeure lunaire liée aux Pitṛ, et que la constellation Haṃsa entre aussi dans Kara, cette ombre doit être comprise comme le présage « né de l’éléphant » ; c’est le treizième jour lunaire, trayodaśī.

Verse 43

पित्र्ये यदास्थितश्चेन्दुर्हंसश्चापि करे स्थितः । तिथिर्वैश्रवणी या च सा च्छाया कुञ्जरस्य च

Lorsque la Lune demeure dans la demeure liée aux Pitṛ et que Haṃsa se tient aussi dans Kara, ce tithi nommé Vaiśravaṇī doit pareillement être reconnu comme l’augure de la « ombre de l’éléphant ».

Verse 44

सैंहिकेयो यदा चंद्रं ग्रसते पर्वसंधिषु । हस्तिच्छाया तु सा ज्ञेया तस्यां श्राद्धं समाचरेत्

Lorsque Saiṃhikeyā (Rāhu) saisit la Lune aux jonctions des quinzaines lunaires (temps d’éclipse), cela doit être connu comme la « ombre d’éléphant » (hasti-chāyā) ; en cette occasion, qu’on accomplisse dûment le śrāddha.

Verse 45

तस्यां यः कुरुते श्राद्धं जलैरपि प्रभक्तितः । यावद्द्वादश वर्षाणि पितरस्तस्य तर्पिताः

Quiconque accomplit le śrāddha en cette occasion, fût-ce avec de l’eau seule mais avec une dévotion sincère, rend ses ancêtres satisfaits pendant douze années.

Verse 46

वनस्पतिगते सोमे या च्छाया पूर्वतोमुखी । गजच्छाया तु सा ज्ञेया पितॄणां दत्तमक्षयम्

Lorsque la Lune se trouve en Vanaspati et que l’« ombre » est tournée vers l’est, qu’on sache qu’il s’agit de l’« ombre d’éléphant » (gaja-chāyā) ; tout ce qui est offert alors aux Ancêtres (pitṛ) devient impérissable.

Verse 47

सा भवेच्च न सन्देहः पुण्यदा पैतृकी तिथिः । तस्यां श्राद्धं प्रकर्तव्यं संभाराः संभृताश्च ये

C’est bien là—sans aucun doute—la tithi des Ancêtres qui confère le mérite. En ce jour, il faut assurément accomplir le śrāddha, avec les offrandes et objets rituels déjà rassemblés.

Verse 48

प्रभाते तु न सन्देहः पितॄणां परितृप्तये । शाकैस्तथैंगुदैर्बिल्वैर्बदरैश्चिर्भटैरपि

À l’aube, nul doute que les Pères (pitṛs) soient pleinement rassasiés—que l’offrande soit faite avec des légumes-feuilles, des fruits d’iṅguda, du bilva, des jujubes (badara) ou même des courges cirbhaṭa.

Verse 49

यदन्नं पुरुषोऽश्नाति तदन्नास्तस्य देवताः । बाढमित्येव ते प्रोच्य गताः स्वंस्वं निकेतनम्

«Quelle que soit la nourriture qu’un homme mange, cette même nourriture est recevable pour les divinités qui lui sont liées.» Disant : «Qu’il en soit ainsi», ils acquiescèrent et s’en allèrent, chacun vers sa demeure.

Verse 50

सर्वे शिष्या महाभागाः नारायणपुरोगमाः । अग्निवेश्योऽपि सुष्वाप समामन्त्र्य द्विजोत्तमान्

Tous les disciples fortunés, conduits par Nārāyaṇa, demeurèrent là ; et Agniveśya aussi, après avoir pris congé comme il se doit des meilleurs des deux-fois-nés, s’endormit.

Verse 51

तेन संकथ्यमानं च रात्रौ तच्च श्रुतं मया । अहं चापि करिष्यामि प्रातः श्राद्धमसंशयम्

Et ce qu’il exposait durant la nuit, je l’ai entendu moi aussi. Moi également, j’accomplirai le śrāddha au matin—sans aucun doute.

Verse 52

निहत्य खड्गमादाय तस्य मांसं सुपुष्कलम् । तथा मधु समादाय कालशाकं विशेषतः

Ayant abattu un rhinocéros et en ayant pris une chair abondante, et s’étant procuré aussi du miel—avec, tout particulièrement, des feuilles de kālaśāka—(il se prépara au rite).

Verse 53

स्वजातीयेभ्य आदाय तर्पयिष्यामि तान्पितॄन्

Prenant (ces offrandes) auprès des miens, de mon propre lignage, je satisferai ces Pères (pitṛs) par le tarpaṇa.

Verse 54

एवं निश्चित्य मनसा प्रसुप्तोऽहं द्विजोत्तमाः । ततः प्रभाते विमले प्रोद्गते रविमण्डले

Ainsi, l’ayant arrêté dans mon esprit, je m’endormis, ô meilleurs des deux-fois-nés. Puis, au matin immaculé, lorsque l’orbe du soleil s’était levé,

Verse 55

मधुजालानि भूरीणि गृहीतानि मया ततः । कालशाकं तथा लब्धं स्वेच्छया द्विजसत्तमाः

Alors je recueillis quantité de rayons de miel; et j’obtins aussi les feuilles de kālaśāka selon mon souhait, ô meilleur des deux-fois-nés.

Verse 56

ततः सर्वं समादाय श्रपितं तत्क्षणान्मया । स्नात्वा च निजवर्गाणां पितॄनुद्दिश्य चात्मनः । प्रदत्तं लुब्धकानां च भक्तिपूर्वं द्विजोत्तमाः

Alors, ayant tout rassemblé, je le fis cuire sur-le-champ. Après m’être baigné, je le consacrai aux Pitṛ—les Pères de ma lignée—et aussi pour mon propre bien; puis, avec bhakti, je le donnai également aux chasseurs, ô meilleurs des deux-fois-nés.

Verse 57

एवं मया पुरा दत्तं पितॄ नुद्दिश्य तान्निजान् । नान्यत्किंचिन्मया दत्तं कदाचित्कस्यचिद्विजाः

Ainsi, jadis, j’ai donné cette offrande en la dédiant à mes propres Pitṛs. Jamais je n’ai rien donné d’autre à quiconque, en aucun temps, ô brāhmaṇas.

Verse 58

ततः कालेन महता मृत्युं प्राप्तोऽस्म्यहं द्विजाः । तद्दानस्य प्रभावेन पार्थिवीं योनिमाश्रितः

Puis, après un très long temps, je rencontrai la mort, ô deux-fois-nés. Pourtant, par la puissance de ce don, j’obtins une renaissance dans le monde terrestre.

Verse 59

एवं जातिस्मरत्वं च सञ्जातं मे द्विजोत्तमाः । ते च मे तर्पितास्तेन खड्गमांसेन माक्षिकैः

Ainsi, ô meilleurs des brāhmaṇas, s’éveilla en moi le pouvoir de me souvenir des naissances passées (jāti-smara). Et par cet acte, mes ancêtres reçurent le tarpaṇa, trouvant satisfaction dans la viande de khaḍga et dans le miel.

Verse 60

संप्राप्ताः परमां प्रीतिं ततो द्वाशवार्षिकीम् । एतस्मात्कारणाच्छ्राद्धं प्रकरोमि द्विजोत्तमाः

Ils atteignirent la joie suprême, durant douze années. C’est pour cette raison même, ô meilleurs des brāhmaṇas, que j’accomplis à présent le śrāddha.

Verse 61

खड्गमांसेन मधुना कालशाकेन भूरिशः । विधिहीनं द्विजैर्हीनं तिलदर्भैर्विवर्जितम्

Avec de la viande de khaḍga, du miel et quantité de feuilles de kāla-śāka—(ce śrāddha) était dépourvu du rite prescrit, sans brāhmaṇas, et privé de sésame et d’herbe darbha.

Verse 62

मया तद्विहितं श्राद्धं तस्यैतत्फलमागतम् । सांप्रतं विधिना सम्यग्ब्राह्मणैर्वेदपारगैः

C’est moi qui ai accompli ce śrāddha, et voici le fruit qui en est advenu. Mais à présent, il est exécuté correctement selon le rite, avec des brāhmaṇas maîtres des Veda.

Verse 63

उपविष्टैः करोम्येव यच्छ्राद्धं श्रद्धयान्वितः । दर्भैस्तिलैः समोपेतं मन्त्रवच्च द्विजोत्तमाः

J’accomplis le śrāddha tandis qu’ils sont assis, animé de foi—pourvu d’herbe darbha et de sésame, et accompagné de mantras, ô meilleurs des brāhmaṇas.

Verse 64

नो जानामि फलं किं वा सांप्रतं च भविष्यति । तस्मादेवं परिज्ञाय यूयं चैव द्विजोत्तमाः

Je ne sais quel fruit naîtra à présent. C’est pourquoi, l’ayant compris ainsi, vous aussi, ô meilleurs des brāhmaṇas—

Verse 65

संतर्पयध्वं च पितॄन्निजान्गजदिने स्थिते । छायायां चैव जातायां कुञ्जरस्य द्विजोत्तमाः

Vous aussi devez rassasier vos propres ancêtres (pitṛ), ô meilleurs des brāhmaṇas, lorsque survient le Jour de Gaja—quand l’ombre de l’éléphant est elle aussi apparue.

Verse 66

येन संजायते तृप्तिः पितॄणां द्वादशाब्दिकी । युष्माकं च गतिः श्रेष्ठा यथा जाता ममाधुना

Par cela, les Pitṛs, les Ancêtres, obtiennent la satisfaction durant douze années ; et votre destinée devient excellente, tout comme la mienne l’est devenue à présent.

Verse 67

भर्तृयज्ञ उवाच । तस्य तद्वचनं श्रुत्वा सर्वे ते ब्राह्मणोत्तमाः । संतुष्टाः साधुवादांश्च ददुस्तस्य महीपतेः

Bhartṛyajña dit : Ayant entendu ses paroles, tous ces brāhmanes éminents furent comblés de joie et offrirent à ce roi louanges et bénédictions.

Verse 68

ततःप्रभृति चक्रुस्ते श्राद्धानि द्विजसत्तमाः । त्रयोदश्यां नभस्यस्य कृष्णायां भक्तितत्पराः

Dès lors, ces brāhmanes d’élite commencèrent à accomplir les rites de Śrāddha avec ferveur, le jour de Trayodaśī (treizième jour lunaire) de la quinzaine sombre du mois de Nabhasya (Bhādrapada).

Verse 69

मधुना कालशाकेन खड्गमांसेन तर्पिताः । प्राप्नुवंति परां सिद्धिं विमानवरमास्थिताः

Rassasiés par des offrandes de miel, de verdures kāla-śāka et de chair de rhinocéros, ils atteignent la perfection suprême, montés sur un excellent char céleste (vimāna).

Verse 70

स्पर्धंते सहिता दैवैः पितरश्च विशेषतः । वंशजेन प्रदत्तस्य प्रभावात्सुरसत्तमाः

Ô le meilleur des dieux, les Pitṛs—tout particulièrement—avec les Devas, rivalisent entre eux, en raison de la puissance des offrandes faites par un descendant.

Verse 71

श्राद्धार्थं संपरिज्ञाय मन्त्रं चक्रुः परस्परम् । आदित्या वसवो रुद्रा नासत्यावपि पार्थिव

Ayant compris le but du Śrāddha, ils élaborèrent entre eux un mantra—ô roi—les Āditya, les Vasu, les Rudra, ainsi que les deux Nāsatya (Aśvin).

Verse 72

यथा न भवति श्राद्धं तस्मिन्नहनि भूतले । यत्प्रभावाद्वयं सर्वे मानुषैः श्राद्धमाश्रितैः । न यामोऽभिभवस्थानं तस्माच्छप्स्यामहे च तान्

«Afin qu’en ce jour, sur la terre, nul Śrāddha ne soit accompli—car, par la puissance des hommes qui se réfugient dans le Śrāddha, aucun de nous n’atteint l’état d’être dominé—c’est pourquoi nous les maudirons.»

Verse 73

अद्यप्रभृति यः श्राद्धं त्रयोदश्यां करिष्यति । कन्यासंस्थे सहस्रांशौ तस्य स्याद्वंशसंक्षयः

«Dès aujourd’hui, quiconque accomplira le Śrāddha en trayodaśī lorsque le Soleil—aux mille rayons—se tiendra en Kanyā (la Vierge), verra sa lignée s’éteindre.»

Verse 74

इति शापेन देवानां निर्दग्धेयं महातिथिः

Ainsi, par la malédiction des dieux, ce grand tithi fut « brûlé », c’est-à-dire rendu impropre au rite.

Verse 76

ततःप्रभृति नैतस्या क्रियते श्राद्धमुत्तमम् । यः प्रमादेन कुरुते तस्य स्याद्वंश संक्षयः

Dès lors, en ce tithi on n’accomplit plus de Śrāddha excellent. Celui qui le ferait par négligence verrait sa lignée s’éteindre.

Verse 220

इति श्रीस्कान्दे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये श्राद्धकल्पे गजच्छायामाहात्म्यवर्णनंनाम विंशत्युत्तरद्विशत तमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le chapitre 220—intitulé « Description de la grandeur de Gajacchāyā »—dans le Śrāddha-kalpa, au sein du Māhātmya du Hāṭakeśvara-kṣetra, dans le sixième Nāgara Khaṇḍa du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, dans l’Ekāśīti-sāhasrī Saṃhitā.