Adhyaya 178
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 178

Adhyaya 178

Cet adhyāya se déploie comme un enseignement théologique à plusieurs voix. Lakṣmī y confie sa détresse : bien qu’elle ait obtenu la prospérité royale par le culte de Gaurī, elle souffre de ne pas avoir d’enfant. Durant le cāturmāsya, le sage Durvāsas arrive au palais du roi d’Ānarta ; grâce à une hospitalité exemplaire et à un service attentif (śuśrūṣā), Lakṣmī reçoit l’accès à l’instruction. Durvāsas explique que la présence divine n’est pas inhérente au bois, à la pierre ou à l’argile ; elle se manifeste par le bhāva (l’intention dévotionnelle) uni au mantra. Il prescrit un vrata réglé : façonner et adorer une disposition quadruple de Gaurī selon les veilles de la nuit (prahara), avec offrandes de dhūpa, dīpa, naivedya, arghya et des invocations précises ; au matin, faire don à un couple de brāhmaṇas, puis conclure par un rite de transport et de dépôt. Vient ensuite une rectification : la divinité déconseille d’immerger les quatre formes dans l’eau et ordonne leur installation à Hāṭakeśvara-kṣetra afin d’assurer un mérite akṣaya pour le bien-être des femmes. Lakṣmī demande une grâce — être délivrée des gestations humaines répétées et demeurer en union durable avec Viṣṇu — tandis que la phalaśruti promet une Lakṣmī (fortune) stable et l’éloignement du malheur à ceux qui récitent avec foi.

Shlokas

Verse 1

लक्ष्मीरुवाच । एवं राज्यं मया प्राप्तं गौरीपूजा कृते विभो । सौभाग्यं परमं चैव दुर्लभं सर्वयोषिताम्

Lakṣmī dit : «Ainsi, par le culte rendu à Gaurī, ô Puissant, j’ai obtenu la souveraineté ; et j’ai reçu aussi la plus haute bonne fortune, si rare pour toutes les femmes.»

Verse 2

न चापत्यं मया लब्धं तथापि परमेश्वर । तादृशेऽपि च सौभाग्ये तारुण्ये तादृशे स्थिते

«Pourtant je n’ai pas obtenu de descendance, ô Seigneur suprême, bien que je demeure comblée d’une telle fortune et établie dans une jeunesse pareille.»

Verse 3

दह्यामि तेन दुःखेन दिवानक्तं सुखं न मे । कस्यचित्त्वथ कालस्य दुर्वासा मुनिसत्तमः

«Je brûle de cette peine ; jour et nuit, je n’ai point de bonheur. Puis, après quelque temps, survint Durvāsā, le plus éminent des sages.»

Verse 4

आनर्ताधिपतेर्हर्म्यं संप्राप्तो गौरवाय सः । चातुर्मास्यकृते चैव मृत्तिकाग्रहणाय च

Il parvint au palais du souverain d’Ānarta, apportant l’honneur à cette demeure, afin d’accomplir l’observance du Cāturmāsya et aussi de recueillir l’argile sacrée.

Verse 5

ततः संपूजितो राज्ञा आनर्तेन यथाक्रमम् । दत्त्वार्घ्यं मधुपर्कं च ततः प्रोक्तं प्रणम्य च

Alors le roi d’Ānarta l’honora comme il se doit, selon l’ordre rituel; après avoir offert l’arghya et le madhuparka, il parla en se prosternant avec respect.

Verse 6

स्वागतं ते मुनिश्रेष्ठ भूयः सुस्वागतं च ते । नान्यो धन्यतमो लोके भूयोऽस्ति सदृशो मया

Sois le bienvenu, ô le plus excellent des sages; encore une fois, sois très saintement le bienvenu. Nul au monde n’est plus béni que moi, car nulle fortune n’égale la mienne de te recevoir.

Verse 7

यौ ते पादौ रजोध्वस्तौ केशैर्मे निर्मलीकृतौ । तद्ब्रूहि किंकरोम्यद्य गृहायातस्य ते मुने

Ces deux pieds tiens, couverts de poussière, ont été purifiés par mes cheveux lorsque je me suis incliné. Dis-moi donc, ô sage : que dois-je faire aujourd’hui pour toi, venu jusqu’à ma demeure ?

Verse 8

अपि राज्यं प्रयच्छामि का वार्तान्येषु वस्तुषु

Je pourrais même offrir mon royaume; que dire alors des autres choses ?

Verse 9

दुर्वासा उवाच । चातुर्मासीविधानं ते करिष्ये नृप मंदिरे । मृत्तिकाग्रहणं तावच्छुश्रूषा क्रियतां मम । स तथेति प्रतिज्ञाय मामूचे पार्थिवोत्तमः

Durvāsā dit : «Ô roi, j’accomplirai la discipline du Cāturmāsya dans ton palais. Jusqu’à ce que l’argile sacrée soit recueillie, qu’on me rende service». Le meilleur des souverains promit : «Qu’il en soit ainsi», et me parla.

Verse 10

शुश्रूषा चास्य कर्तव्या सर्व दैव वरानने । चातुर्मासीव्रतं यावद्देवतार्चनपूर्वकम्

Ô toi au visage gracieux, rends-lui service en toute manière durant tout le vœu de Cāturmāsya, en commençant et en t’appuyant sur l’adoration des divinités.

Verse 11

बाढमित्येवमुक्त्वाथ मया सर्वमनुष्ठितम् । शुश्रूषार्हं च यत्कर्म दुहितेव पितुर्यथा

Disant : « Qu’il en soit ainsi », j’accomplis alors tout. Et tout service qui convenait, je l’exécutai, comme une fille sert son père.

Verse 12

चातुर्मास्यां व्यतीतायां यदा संप्रस्थितो मुनिः । तदा प्रोवाच मां तुष्टः पुत्रि किं करवाणि ते

Quand la sainte période de quatre mois fut écoulée et que le sage s’apprêtait à partir, satisfait il me dit : « Ma fille, que puis-je faire pour toi ? »

Verse 13

ततः स भगवान्प्रोक्तः प्रणिपत्य मया मुहुः । अपत्यं नास्ति मे ब्रह्मंस्तेन दह्याम्यहर्निशम्

Alors je me prosternai maintes fois et dis à ce vénérable : « Ô brāhmane, je n’ai point d’enfant ; pour cela je brûle jour et nuit. »

Verse 14

ईदृशे सति राज्ञोऽपि यौवने च महत्तरे । तत्त्वं वद मुनिश्रेष्ठ येन स्यान्मम संततिः

« Bien que le roi soit dans la pleine vigueur de la jeunesse, telle est la situation. Ô le meilleur des sages, dis-moi le moyen véritable par lequel je pourrai obtenir une descendance. »

Verse 15

व्रतेन नियमेनाथ दानेन च हुतेन च । ततः स सुचिरं ध्यात्वा मामुवाच स्मयन्निव

« Par les vœux sacrés, par la discipline et la maîtrise de soi, par l’aumône, et par les offrandes au feu… » Puis, après avoir longuement médité, il me parla comme avec un doux sourire.

Verse 16

अन्यदेहांतरे पुत्रि त्वया गौरी प्रपूजिता । तप्ताभिर्वालुकाभिः सा मृत्युकाल उपस्थिते

Il dit : « Ma fille, dans un autre corps (en une vie antérieure), tu as vénéré Gaurī avec des grains de sable chauffés, lorsque l’heure de la mort était proche. »

Verse 17

तद्भक्त्या लब्धराज्यापि दाहेन परियुज्यसे । गौरी यत्तापसंयुक्ता बालुकाभिः कृता त्वया

«Bien que, par cette dévotion, tu aies obtenu un royaume, tu demeures affligée d’une brûlure douloureuse, car la Gaurī que tu façonnas de sable fut faite en lien avec la chaleur.»

Verse 18

न देवो विद्यते काष्ठे पाषाणे मृत्तिकासु च । भावेषु विद्यते देवो मन्त्रसंयोगसंयुतः

«La divinité n’est pas, par elle-même, dans le bois, la pierre ou l’argile. La divinité demeure dans l’élan intérieur empli de dévotion, conjoint à la juste union du mantra.»

Verse 19

भावभक्तिसमा युक्ता मंत्रसंयोजनेन च । देवी मन्त्रसमायाता त्वया वालुकयाऽर्चिता

«Unie à la dévotion du cœur et à la juste application du mantra, la Déesse—rendue présente par le mantra—fut vénérée par toi avec du sable.»

Verse 21

वृषस्थे भास्करे पश्चात्तस्या उपरि स्रावि यत् । जलयन्त्रं दिवारात्रं धारयस्व प्रयत्नतः

Ensuite, lorsque le Soleil entre dans le Taureau, maintiens avec grand soin, au-dessus d’elle, un dispositif faisant couler l’eau goutte à goutte, jour et nuit.

Verse 22

ततो यथायथा तस्याः शीतभावो भविष्यति । तथातथा च ते दाहः शांतिं यास्यत्यहर्निशम्

Alors, à mesure que son état deviendra de plus en plus frais, de même ta brûlure douloureuse, dans la même mesure, s’apaisera, jour et nuit.

Verse 23

दाहांते भविता गर्भस्ततः पुत्रमवाप्स्यसि । राज्यभारक्षमं शूरं त्रिषु लोकेषु विश्रुतम्

À la fin de ton épreuve brûlante, tu concevras; puis tu obtiendras un fils—héroïque, capable de porter le fardeau de la royauté, et renommé dans les trois mondes.

Verse 24

अन्यापि कामिनी यात्र एवं तां पूजयिष्यति । ज्येष्ठे मासे तथा सापि यथा त्वं प्रभविष्यति

Toute autre femme aussi, qui entreprend le pèlerinage et la vénère de cette même manière, au mois de Jyeṣṭha prospérera et atteindra le succès comme toi.

Verse 25

लक्ष्मीरुवाच । ततो मया पुनः प्रोक्तो भगवान्स मुनीश्वरः । मानुषत्वे न मे रागो विरक्तिर्महती स्थिता

Lakṣmī dit : Alors je m’adressai de nouveau à ce Bienheureux, seigneur parmi les sages : «Je n’ai nul attachement à la condition humaine ; en moi demeure un grand détachement».

Verse 26

नदीवेगोपमं दृष्ट्वा जीवितंसर्वदेहिनाम् । तन्मे वद महाभाग यत्किंचिद् व्रतमुत्तमम्

Voyant que la vie de tous les êtres incarnés ressemble au courant impétueux d’un fleuve, dis-moi, ô très fortuné, quelque vœu suprême, la plus haute observance qui soit.

Verse 27

मानुषत्वं न येन स्यात्सम्यक्चीर्णेन सद्द्विज । ततः स सुचिरं ध्यात्वा मामाह परमेश्वर

«Ô noble brāhmane, dis-moi quelle observance, accomplie comme il se doit, ferait qu’on ne retourne plus à la simple condition humaine.» Alors ce seigneur des sages, après une longue méditation, me parla.

Verse 28

अस्ति पुत्रि व्रतं पुण्यं गौरी तुष्टिकरं परम् । येन चीर्णेन वै सम्यग्योषिद्देवत्वमाप्नुयात्

«Ma fille, il existe un vœu méritoire, souverainement agréable à la Déesse Gaurī. S’il est observé comme il faut, une femme peut atteindre l’état divin.»

Verse 29

गोमयाख्या महादेवी कृता वै गोमयेन सा । ततो गोलोकमापन्नाः सर्वास्ता वरवर्णिनि

Cette Grande Déesse, nommée «Gomayā», fut façonnée avec de la bouse de vache ; puis, ô toi au teint gracieux, toutes ces femmes atteignirent Goloka.

Verse 30

तां त्वं कुरुष्व कल्याणि येन देवत्वमाप्स्यसि । ततो मया पुनः प्रोक्तः स मुनिः सुरसत्तम

«Toi, ô bienheureuse, accomplis ce vœu : par lui tu atteindras la divinité.» Puis je m’adressai de nouveau à ce sage, ô le meilleur parmi les dieux.

Verse 31

कस्मिन्काले प्रकर्तव्या विधिना केन सन्मुने । सर्वं विस्तरतो ब्रूहि येन तां प्रकरोम्यहम्

«À quel moment faut-il l’accomplir, et selon quel rite, ô sage vénérable ? Expose tout en détail, afin que je puisse l’exécuter.»

Verse 32

दुर्वासा उवाच । नभस्ये चासिते पक्षे तृतीयादिवसे स्थिते । प्रातरुत्थाय पश्चाच्च भक्षयेद्दंतधावनम्

Durvāsā dit : «Au mois de Nabhasya, durant la quinzaine sombre, lorsque survient le troisième jour lunaire—en se levantant à l’aube, qu’on ne prenne ensuite pour seule prise que le bâtonnet ou la pâte de nettoyage des dents.»

Verse 33

ततश्च नियमं कृत्वा उपवाससमुद्भवम् । गौरीनामसमुच्चार्य श्रद्धापूतेन चेतसा

Ensuite, après avoir pris l’observance issue du jeûne, et en prononçant le nom de Gaurī d’un esprit purifié par la foi, qu’on avance dans une pratique réglée.

Verse 34

ततो निशागमे प्राप्ते कृत्वा गौरीचतुष्टयम् । मृन्मयं यादृशं चैव तदिहैकमनाः शृणु

Puis, lorsque la nuit survient, après avoir façonné l’ensemble des quatre Gaurī, écoute d’un esprit concentré comment doivent être faites ces formes d’argile.

Verse 35

एका गौरी प्रकर्तव्या पंचपिंडा यथोदिता । प्रहरेप्रहरे प्राप्ते तासु पूजां समाचरेत् । यैर्मंत्रैस्तान्निबोध त्वमेकैकस्याः पृथक्पृथक्

Une Gaurī doit être façonnée avec cinq boulettes d’argile, comme il est prescrit. À l’arrivée de chaque veille du temps, qu’on accomplisse leur culte. À présent, comprends, pour chacune séparément, les mantras par lesquels elles doivent être honorées.

Verse 36

हिमाचलगृहे जाता देवि त्वं शंकरप्रिये । मेनागर्भसमुद्भूता पूजां गृह्ण नमोस्तु ते

Ô Déesse, née dans la demeure d’Himācala, bien-aimée de Śaṅkara, issue du sein de Menā : reçois cette adoration. Hommage à toi.

Verse 37

धूपं दद्यात्ततश्चैव कर्पूरं श्रद्धया सह । रक्तसूत्रेण दीपं च घृतेन परिकल्पयेत्

Ensuite, qu’on offre de l’encens et du camphre avec foi; et qu’on prépare une lampe à mèche de fil rouge, alimentée au ghee.

Verse 38

जातिपुष्पैः समभ्यर्च्य नैवेद्ये मोदकान्न्यसेत् । रक्तवस्त्रेण संछाद्य अर्घ्यं दत्त्वा ततः परम्

Après avoir rendu un culte approprié avec des fleurs de jasmin, qu’on dépose des modakas sucrés en offrande de nourriture; puis, en couvrant (l’effigie) d’un tissu rouge, qu’on offre ensuite l’arghya.

Verse 39

यस्य वृक्षस्य पुष्पं च तस्य स्याद्दन्तधावनम् । मातुलिंगेन तस्यास्तु मन्त्रेणानेन भक्तितः

De l’arbre même dont on offre la fleur, qu’on prenne une brindille pour se nettoyer les dents. Et pour Elle, avec le mātuliṅga (cédrat), qu’on agisse avec dévotion selon ce mantra.

Verse 40

अर्घ्यं दद्यात्प्रयत्नेन गन्धपुष्पाक्षतान्वितम् । शंकरस्य प्रिये देवि हिमाचलसुते शुभे । अर्घ्यमेनं मया दत्तं प्रतिगृह्ण नमोऽस्तु ते

Avec soin, qu’on offre l’arghya, accompagné de parfum, de fleurs et de grains intacts. Ô Déesse de bon augure, bien-aimée de Śaṅkara, fille d’Himācala : cet arghya, je l’ai offert; reçois-le. Hommage à toi.

Verse 41

तदेव प्राशनं कुर्यात्ततः कायविशुद्धये । प्रहरांते च संपूज्य अर्धनारीश्वरं ततः

Alors, qu’on prenne de cette offrande consacrée pour la purification du corps. Et à la fin de la veille, après avoir rendu le culte, qu’on adore ensuite Ardhanārīśvara.

Verse 42

सुरभ्या पूजयेद्भक्त्या मन्त्रेणानेन पार्वति । वाममर्धं शरीरस्य या हरस्य व्यवस्थिता । सा मे पूजां प्रगृह्णातु तस्यै देव्यै नमोऽस्तु ते

Avec dévotion, qu’on adore Pārvatī par ce mantra, en offrant des substances parfumées : «Celle qui demeure comme la moitié gauche du corps de Hara—que cette Déesse reçoive mon culte. Salut à cette Devī.»

Verse 43

अगरुं च ततो भक्त्या धूपं दद्यात्तथा शुभे । नैवेद्ये गुणकांश्चैव नालिकेरेण चार्घकम्

Ensuite, ô dame de bon augure, avec dévotion qu’on offre l’agaru en encens. En naivedya, qu’on présente des douceurs guṇakā, et qu’on prépare l’arghya (eau d’hommage) avec la noix de coco.

Verse 44

मन्त्रेणानेन दातव्यं तदेव प्राशनं स्मृतम् । अर्धनारीश्वरौ यौ च संस्थितौ परमेश्वरौ

Qu’on l’offre par ce même mantra ; et cette offrande doit aussi être consommée, ainsi qu’il est enseigné. Ainsi sont invoqués les deux Souverains suprêmes qui demeurent comme Ardhanārīśvara.

Verse 45

अर्घ्यो मे गृह्यतां देवौ स्यातं सर्वसुखप्रदौ । तृतीये प्रहरे प्राप्ते शतपत्र्या प्रपूजयेत्

«Que mon arghya soit reçu, ô Couple divin ; puissiez-vous accorder toute félicité.» Quand vient la troisième veille, qu’on adore avec la fleur śatapatrī.

Verse 46

उमामहेश्वरौ देवौ मंत्रेणानेन पूजयेत्

Par ce mantra, qu’on vénère le couple divin, Umā et Maheśvara.

Verse 47

उमामहेश्वरौ देवौ यौ तौ सृष्टिलयान्वितौ । तौ गृह्णीतामिमां पूजां मया दत्तां प्रभक्तितः

Umā et Maheśvara—le Couple divin qui préside à la création et à la dissolution—qu’ils daignent accepter ce culte que je leur offre avec une profonde dévotion.

Verse 48

गुग्गुलोत्थं ततो धूपं नैवेद्यं घारिकात्मकम् । जातीफलेन चार्घ्यं च तदेव प्राशनं स्मृतम्

Ensuite, qu’on offre un encens tiré du guggulu; que le naivedya soit des préparations de ghārikā; et que l’arghya soit fait avec la noix muscade. Cette même offrande est enseignée comme devant être consommée en tant que prasāda.

Verse 49

ततश्चार्घ्यः प्रदातव्यो मंत्रेणानेन भक्तितः । ग्रंथिचूर्णेन धूपं च अर्घ्यं मदनजं फलम्

Puis, avec dévotion, qu’on offre l’arghya par ce mantra. Que l’encens soit fait de poudre de granthi, et que l’arghya comporte un fruit né de Madana (fruit de l’amour).

Verse 50

तदेव प्राशनं कार्यं ततः कायविशुद्धये

Cette même offrande consacrée doit être consommée; ainsi le corps est purifié.

Verse 52

चतुर्थे प्रहरे प्राप्ते तां गौरीं पंचपिंडिकाम् । भृंगराजेन संपूज्य मंत्रेणानेन भक्तितः

Quand vient la quatrième veille, qu’on adore Gaurī sous la forme de Pañcapiṇḍikā, en l’honorant de bhṛṅgarāja et, avec bhakti, en récitant ce mantra.

Verse 53

पृथिव्यादीनि भूतानि यानि प्रोक्तानि पंच च । पंचरूपाणि देवेशि पूजां गृह्ण नमोऽस्तु ते

Les cinq éléments enseignés, à commencer par la terre, sont tes cinq formes, ô Souveraine des dieux. Reçois cette offrande de culte ; salutations à toi.

Verse 54

नैवेद्ये घृतपूपांश्च दद्याद्देव्याः प्रभक्तितः । ग्रंथिचूर्णेन धूपं च ह्यर्घ्यं मदनजं फलम् । तदेव प्राशनं कार्यमर्घ्यमंत्रमिदं स्मृतम्

Avec une profonde dévotion, qu’on offre à la Déesse, en naivedya, des gâteaux frits préparés au ghee. Qu’on offre aussi l’encens fait de poudre aromatique de résine, et qu’on présente l’arghya avec un fruit « né de l’amour ». Ensuite, cette offrande même doit être consommée avec révérence ; tel est le rite mémorisé comme l’arghya-mantra.

Verse 55

पंचभूतमयी देवी पंचधा या व्यवस्थिता । अर्घ्यमेनं मया दत्तं सा गृह्णातु सुरे श्वरी

Ô Déesse faite des cinq éléments et établie en cinq formes, que la Souveraine des dieux accepte cet arghya que je t’ai offert.

Verse 56

एवं सर्वा निशा सा च गीतवाद्यादिनिःस्वनैः । तासां चैवाग्रतो नेया नैव निद्रां समाचरेत्

Ainsi, que toute la nuit s’écoule au son des chants et des instruments. Qu’on demeure en leur présence et qu’on ne s’abandonne pas au sommeil.

Verse 57

ततः प्रभाते विमले प्रोद्गते रविमण्डले । स्नात्वा संपूजयेद्विप्रं सह पत्न्या प्रभक्तितः

Ensuite, au matin pur, lorsque le disque du soleil s’est levé, après s’être baigné, qu’on honore avec dévotion un brāhmane, avec son épouse.

Verse 58

वस्त्रैराभरणैश्चैव स्वशक्त्या नृपनंदिनि । गौर्यै भक्ष्यं च दातव्यं मिष्टान्नेन शुचिस्मिते

Ô princesse, selon ses moyens, qu’on offre des vêtements et des parures; et à Gaurī aussi qu’on présente des dons comestibles avec des mets sucrés, ô au sourire pur.

Verse 59

ततः करेणुमानीय वडवां वा सुमध्यमे । गौरीचतुष्टयं तच्च समारोप्य तथोपरि

Puis, ô à la taille gracieuse, en amenant une éléphante — ou bien une jument — qu’on y place cet ensemble des quatre Gaurī, en l’installant correctement au-dessus.

Verse 60

गीतवादित्रशब्देन वेदध्वनियुतेन च । नद्यां वाऽथ तडागे वा वाप्यां वाथ परिक्षिपेत्

Accompagné du son des chants et des instruments, et uni à la résonance de la psalmodie védique, qu’on l’immerge dans une rivière, ou dans un étang, ou dans un réservoir.

Verse 61

मंत्रेणानेन सद्भक्त्या तवेदं वच्मि सुन्दरि

Par ce mantra, avec une dévotion authentique, je te le dis, ô belle.

Verse 62

आहूतासि मया देवि पूजितासि मया शुभे । मम सौभाग्यदानाय यथेष्टं गम्यतामिति

Ô Déesse, je t’ai invoquée ; ô Bienheureuse, je t’ai vénérée. Pour m’accorder la bonne fortune, retire-toi maintenant selon ton bon vouloir.

Verse 63

लक्ष्मीरुवाच । एवं मया कृता देव सा तृतीया यथोदिता । नभस्ये मासि संप्राप्ते भक्त्या परमया विभो

Lakṣmī dit : «Ainsi, ô Seigneur, j’ai accompli l’observance du troisième jour exactement comme il a été prescrit. Quand advint le mois de Nabhasya, ô Puissant, je l’ai faite avec une dévotion suprême.»

Verse 64

द्वितीये च तथा प्राप्ते तृतीये च विशेषतः । यावत्पश्यामि प्रत्यूषे तावद्गौरीचतुष्टयम् । जातं रत्नमयं तच्च मया यत्परिपूजितम्

Quand vint le deuxième jour, et plus encore lorsque le troisième arriva, à l’aube je vis la manifestation quadruple de Gaurī. Cette forme devint rayonnante comme un joyau, et je la vénérai comme il se doit, avec un respect total.

Verse 65

प्रस्थितां मां नदीतीरमुद्दिश्य च विसर्जनम् । करिष्यामीति सा प्राह व्यक्तीभूता सुरेश्वरी

Comme je me mettais en route vers la berge du fleuve pour accomplir la congé finale du rite (visarjana), la Déesse, désormais manifestée clairement, déclara : «C’est là que je te ferai accomplir le rite de congé.»

Verse 66

मा पुत्रि जलमध्येऽत्र मम मूर्तिचतुष्टयम् । परिभावय मद्वाक्यं श्रुत्वा चैव विधीयताम्

«Ma fille, n’immerge pas ici, au milieu du courant, mes quatre formes sacrées. Réfléchis bien à mes paroles ; les ayant entendues, agis comme il convient.»

Verse 67

हाटकेश्वरजे क्षेत्रे स्थापय त्वं च मा क्षिप । अक्षयं जायते येन सर्वस्त्रीणां हिताय च

Établis-les dans le kṣetra sacré de Hāṭakeśvara ; ne les rejette pas. Par cet acte naît un mérite impérissable, pour le bien et la protection de toutes les femmes.

Verse 68

त्वं प्रार्थय वरं सर्वं ददाम्यहमिहार्चिता । अभ्यर्चिता गिरिसुता मया प्रोक्ता सुरेश्वरी

Demande le don que tu désires ; ici, tandis que je suis adorée, je l’accorde. Ainsi parla la Souveraine des dieux—Girisūtā—dûment honorée par mon culte.

Verse 69

यदि यच्छसि मे देवि वरं तुष्टा सुरेश्वरि । तदहं मानुषे गर्भे मा भूयासं कथंचन

Si toi, ô Déesse, Souveraine des dieux, satisfaite, m’accordes une grâce, alors que jamais, d’aucune manière, je n’entre de nouveau dans un sein humain.

Verse 70

भर्त्ता भवतु मे विष्णुः शाश्वताभीष्टदः सदा । नान्यत्किंचिदभीष्टं मे राज्यं त्रिदिवशोभनम्

Que Viṣṇu soit mon époux : éternel, et toujours dispensateur de ce qui est vraiment désirable. Je ne souhaite rien d’autre, pas même un royaume éclatant comme le ciel.

Verse 71

अन्यापि कुरुते या च व्रतमेतत्समाहिता । सर्वैर्त्रतैर्यथातुष्टिस्तथा देवि प्रजायते

Toute autre femme qui accomplit ce vœu avec l’esprit recueilli, ô Déesse, obtient contentement et bénédiction, égaux à ceux que procurent tous les vœux.

Verse 72

तथा तस्याः प्रकर्तव्यमकेनानेन पार्वति । तथेति गौरी मामुक्त्वा ततश्चादर्शनं गता

Ainsi, ô Pārvatī, cela doit être accompli pour elle par ce moyen même. Disant : « Qu’il en soit ainsi », Gaurī me parla, puis disparut de ma vue.

Verse 73

सा देवी च मया तत्र तच्च गौरीचतुष्टयम् । हाटकेश्वरजे क्षेत्रे शुभे संस्थापितं विभो

Alors, ô Puissant, j’établis là, dans l’auspicieux kṣetra de Hāṭakeśvara, la Déesse ainsi que cette forme quadruple de Gaurī.

Verse 74

तत्प्रभावान्मया लब्धो भर्त्ता त्वं परमेश्वर । शाश्वतश्चाक्षयश्चैव मुखप्रेक्षश्च सर्वदा

«Par la puissance de ce mérite sacré, je T’ai obtenu comme Seigneur et époux, ô Souverain Suprême—éternel et impérissable—et je puis contempler Ton visage à tout instant.»

Verse 75

एतत्त सर्वमाख्यातं यत्पृष्टास्मि सुरेश्वर । सत्येनानेन देवेश तव पादौ स्पृशाम्यहम्

«J’ai exposé tout cela, ô Seigneur des dieux, comme il m’a été demandé. Par cette vérité, ô Seigneur des devas, je touche avec révérence Tes pieds.»

Verse 76

सूत उवाच । तच्छ्रुत्वा वचनं तस्याः शंखचक्रगदाधरः । विहस्याथ महालक्ष्मीं तामुवाच प्रहर्षितः । मुहुर्मुहुः समालिंग्य वक्षसश्चोपरि स्थिताम्

Sūta dit : Entendant ses paroles, le Seigneur qui porte la conque, le disque et la massue sourit ; puis, dans la joie, il parla à Mahālakṣmī, l’étreignant encore et encore tandis qu’elle reposait sur sa poitrine.

Verse 77

साधुमाधु महाभागे सत्यमेतत्त्वयोदितम् । जानतापि मया पृष्टा भवतीं वरवर्णिनि

Bien, bien, ô très fortunée : ce que tu as dit est vérité. Bien que je le susse déjà, je t’ai interrogée, ô dame au teint gracieux.

Verse 78

सूत उवाच । एतद्वः सर्वमाख्यातं यत्पृष्टोऽस्मि द्विजोत्तमाः । चतुर्भुजा यथा गौरी संजाता पंचपिंडिका

Sūta dit : «Ô meilleurs des deux-fois-nés, je vous ai exposé tout ce que vous m’avez demandé. Ainsi Gaurī devint-elle aux quatre bras et se manifesta comme Pañcapiṇḍikā.»

Verse 79

यश्चैतत्पठते भक्त्या प्रातरुत्थाय मानवः । न स लक्ष्म्या विमुच्येत न च दौर्भाग्यमाप्नुयात्

Quiconque, se levantant à l’aube, récite ceci avec dévotion, ne sera pas séparé de Lakṣmī, la prospérité, et le malheur ne l’atteindra point.

Verse 80

तस्मात्सर्वप्रयत्नेन पठनीयमिदं शुभम् । आख्यानं गौरिकं विप्रा यन्मया परिकीर्तितम्

Ainsi donc, ô brāhmanes, faites tous vos efforts pour lire ce récit de bon augure : l’histoire de Gaurī que j’ai moi-même proclamée.

Verse 91

उमामहेश्वरौ देवौ सर्वकामसुखप्रदौ । गृह्णीतामर्घ्यमेतं मे दयां कृत्वा महत्तमाम्

«Ô divins Umā et Maheśvara, dispensateurs de la joie qui accomplit tous les désirs, daignez accepter de moi cette offrande d’arghya, par votre très haute compassion.»

Verse 178

इति श्रीस्कान्दे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये पंचपिंडिकागौर्युत्पत्तिमाहात्म्य वर्णनंनामाष्टसप्तत्युत्तरशततमोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa, dans la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille ślokas, au sixième livre, le Nāgara Khaṇḍa, au sein du Māhātmya du saint domaine de Hāṭakeśvara—s’achève le chapitre cent soixante-dix-huit, intitulé «Description de la gloire de l’apparition de Pañcapiṇḍikā Gaurī».