Adhyaya 177
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 177

Adhyaya 177

Le chapitre 177 est un enseignement dialogué sur le tīrtha et les rites, que Sūta rapporte aux ṛṣi. Il présente d’abord Gaurī sous le nom de « Pañcapinḍikā », associée à une pratique où les femmes installent au-dessus de la Devī un dispositif d’eau (jalayantra), surtout au mois de Jyeṣṭha, durant la quinzaine claire, lorsque le Soleil se trouve en Vṛṣa (Taureau). Le texte en fait un substitut concentré à de nombreuses observances pénibles, et en annonce le fruit : le sau bhāgya, c’est-à-dire la bonne fortune et l’heureux destin du foyer. Les sages interrogent ensuite le fondement théologique des « cinq masses » (pañca-piṇḍa). Sūta explique que la Déesse est la Puissance suprême, omniprésente, qui assume une forme quintuple liée aux cinq éléments (terre, eau, feu, vent, espace) pour la création et la protection ; l’adorer ainsi est dit multiplier le mérite. Vient alors un récit exemplaire : Lakṣmī rappelle une histoire ancienne concernant un roi de Kāśī et sa reine favorite, Padmāvatī. Celle-ci vénère chaque jour une Pañcapinḍikā façonnée dans la boue près d’un lieu d’eau ; sa condition auspicious s’accroît, suscitant les questions des coépouses. Padmāvatī révèle un « mantra des cinq » transmis, rattaché aux éléments, et décrit une adoration faite avec du sable lors d’une crise dans le désert, qui lui vaut la grâce de la Déesse et, plus tard, la prospérité. Le chapitre s’achève par l’énoncé explicite des pañca-mantra (salutations élémentaires), l’installation du sanctuaire de Lakṣmī à Hāṭakeśvara-kṣetra, et une promesse de fruit : les femmes qui y adorent deviennent chères à leurs maris et sont délivrées des fautes, selon le cadre du texte.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । तथान्यापि च तत्रास्ति गौरी वै पञ्चपिंडिका । लक्ष्म्या संस्थापिता चैव मानुषत्वंव्यवस्थया

Sūta dit : Là aussi, en vérité, existe une autre manifestation : Gaurī, connue sous le nom de Pañcapiṇḍikā. Elle fut établie par Lakṣmī elle-même, selon un agencement destiné à la condition humaine (et à son bien).

Verse 2

तस्या दर्शनमात्रेण नारी सौभाग्यमामुयात् । ज्येष्ठे मासि सिते पक्षे वृषस्थे च दिवाकरे

Par sa seule vision, une femme obtient la bonne fortune auspicious—surtout au mois de Jyeṣṭha, durant la quinzaine claire, lorsque le Soleil est en Vṛṣabha (Taureau).

Verse 3

तस्या उपरि नारी या जलयन्त्रं दधाति वै । स्राव्यमाणं दिवानक्तं सौभाग्यं परमं लभेत्

La femme qui place au-dessus d’elle un dispositif d’eau (jalayantra), laissant l’eau goutter jour et nuit, obtient la plus haute bonne fortune auspicious.

Verse 4

यत्फलं लभते नारी समस्तैर्विहितैर्व्रतैः । गौरीसमुद्भवैश्चैव दानैर्दत्तैस्तदिष्टजैः । तत्फलं लभते सर्वं जलयन्त्रस्य कारणात्

Quel que soit le fruit qu’une femme obtient par tous les vœux prescrits selon la règle, et par les offrandes et dons issus de Gaurī et chers à son cœur, elle obtient ce fruit tout entier par le seul fait d’établir le jalayantra.

Verse 5

तस्मात्सर्वप्रयत्नेन स्त्रीभिः सौभाग्यकारणात् । जलयन्त्रं विधातव्यं ज्येष्ठे गौर्याः प्रयत्नतः

C’est pourquoi, pour la prospérité et l’heureuse destinée, les femmes doivent, de tous leurs efforts, préparer le jalayantra pour Gaurī, surtout au mois de Jyeṣṭha, avec ferveur et vigilance.

Verse 6

किं व्रतैर्नियमैर्वापि स्त्रीणां ब्राह्मणसत्तमाः । जपैर्होमैः कृतैरन्यैर्बहुक्लेशकरैश्च तैः

Ô le meilleur des brāhmanes, quel besoin les femmes ont-elles de vœux et de disciplines, ou d’autres actes tels que le japa et le homa, accomplis au prix de tant de peine ?

Verse 7

स्त्रीणां ब्राह्मणशार्दूला जलेयन्त्रे धृते सति । गौर्या उपरि सद्भक्त्या वृषस्थे तीक्ष्णदीधितौ

Ô tigre parmi les brāhmanes, lorsque le jalayantra est établi avec une dévotion sincère au-dessus de Gaurī, au temps où le Soleil aux rayons acérés séjourne en Vṛṣabha (Taureau), le fruit est assuré pour les femmes.

Verse 8

नैवं संजायते वंध्या काकवन्ध्या न जायते । न दौर्भाग्यसमोपेता सप्तजन्मांतराणि सा

Ainsi, elle ne devient pas stérile ; et la « stérilité kāka » ne survient pas non plus. Elle n’est pas accablée par le malheur, fût-ce durant sept existences.

Verse 9

ऋषय ऊचुः । गौरी चतुर्भुजा प्रोक्ता दृश्यते परमेश्वरी । पञ्चपिंडा कथं जाता ह्येतं नः संशयं वद

Les sages dirent : Gaurī, la Déesse suprême, est dite pourvue de quatre bras, et on la voit ainsi. Comment donc est née la forme appelée Pañcapiṇḍā ? Dis-le-nous et dissipe notre doute.

Verse 10

सूत उवाच । यदा च प्रलयो भावि तदा त्मानं करोत्यसौ । पश्चपिंडीमयं विप्राः कुरुते रूपमुत्तमम्

Sūta dit : Lorsque vient le temps de la dissolution, alors Elle se façonne Elle-même, ô brāhmaṇas, et prend une forme suprême composée de cinq piṇḍa.

Verse 11

एषा सा परमा शक्तिः सर्वं व्याप्य सुरेश्वरी । तया सर्वमिदं व्याप्तं त्रैलोक्यं सचराचरम्

Elle est véritablement la Śakti suprême, la Déesse souveraine des dieux, qui pénètre tout. Par Elle, cet univers entier est imprégné : les trois mondes, avec tout ce qui est mobile et immobile.

Verse 12

पृथिव्यापश्च तेजश्च वायुराकाशमेव च । सृष्ट्यर्थं रक्षयेदेषा ततः स्यात्पंचपिंडिका

Terre, eau, feu, vent et aussi éther : ces cinq principes, Elle les protège pour l’acte de la création. C’est pourquoi on la connaît sous le nom de Pañcapiṇḍikā, la Déesse incarnée en cinq piṇḍa sacrés.

Verse 13

यदस्यां पूजितायां तु प्रत्यक्षायां प्रजायते । सहस्रत्रिगुणं तच्च यत्र स्यात्पञ्चपिण्डिका

Quel que soit le fruit né du culte rendu à Elle lorsqu’Elle est manifeste et présente—au lieu où Elle est Pañcapiṇḍikā—ce mérite se trouve multiplié par mille, puis encore par trois.

Verse 14

ज्येष्ठे मासि विशेषेण जलयंत्रार्चनेन च । अत्र वः कीर्तयिष्यामि त्विति हासं पुरातनम्

Surtout au mois de Jyeṣṭha, et aussi par le culte rendu au moyen de l’instrument d’eau (jala-yantra), je vous raconterai ici une antique légende.

Verse 15

यद्वृत्तं काशिराजस्य भार्याया द्विजसत्तमाः । यच्च प्रोक्तं पुरा लक्ष्म्या विष्णवे परिपृष्टया

Ô vous, les plus excellents des deux-fois-nés, je dirai ce qui advint au sujet de l’épouse du roi de Kāśī, et ce que Lakṣmī déclara jadis à Viṣṇu lorsqu’il l’interrogea.

Verse 16

लक्ष्मी रुवाच । काशिराजः पुरा ह्यासीज्जयसेन इति श्रुतः । तस्य भार्यासहस्रं तु ह्यासीद्रूपसमन्वितम्

Lakṣmī dit : Jadis, il y eut un roi de Kāśī, renommé sous le nom de Jayasena. Il avait mille épouses, toutes parées de beauté.

Verse 17

अथ चान्या प्रिया तेन लब्धा भार्या सुशोभना । मनुष्यत्वव्यवस्थाया मम चांशकला हि या । सुता मद्राधिराजस्य विष्वक्सेनस्य धीमतः

Puis il obtint une autre épouse bien-aimée, rayonnante de beauté : celle qui, dans l’ordre de la condition humaine, était véritablement une parcelle de moi. Elle était la fille du sage roi de Madrā, Viṣvaksena.

Verse 18

सा गत्वा प्रातरुत्थाय शुभे गंगातटे तदा । पञ्चपिंडात्मिकां गौरीं कृत्वा कर्द्दमसंभवाम्

S’étant levée de grand matin, elle se rendit alors sur la rive bénie de la Gaṅgā. Là, elle façonna Gaurī sous la forme de Pañcapiṇḍātmikā, née de la boue sacrée.

Verse 19

ततः संपूजयामास मन्त्रैः पंचभिरेव च । ततो गन्धैः परैर्माल्यैर्धूपै र्वस्त्रैः सुशोभनैः

Alors elle l’adora pleinement au moyen de cinq mantras. Ensuite, elle honora la Déesse par des parfums excellents, des guirlandes, de l’encens et de beaux vêtements.

Verse 20

नैवेद्यैः परमान्नैश्च गीतैर्नृत्यैः प्रवादितैः । ततो विसृज्य तां देवीं तदुद्देशेन वै ततः

Par des offrandes de nourriture et des mets choisis, avec chants, danses et musique instrumentale, elle poursuivit le culte. Puis, après avoir congédié la Devī avec respect, elle continua selon le vœu/l’observance qui Lui était consacré.

Verse 21

दत्त्वा दानानि भूरीणि गौरिणीनां द्विजन्मनाम् । ततश्च गृहमभ्येति भूरिवादित्रनिःस्वनैः

Après avoir fait d’abondants dons en charité aux vénérables dvija (deux fois nés), elle rentra chez elle au milieu des sons retentissants de nombreux instruments de musique.

Verse 22

यथायथा च तां पूजां तस्या गौर्या करोति सा । तथातथा तु सौभाग्यं तस्याश्चाप्यधिकं भवेत्

Dans la mesure où elle accomplit ce culte à Gaurī, dans cette même mesure sa bonne fortune s’accroît ; en vérité, elle devient toujours plus grande.

Verse 23

सर्वासां च सपत्नीनां सौभाग्यं वाधिकं भवेत्

Et parmi toutes les coépouses, sa fortune auspicious devient supérieure.

Verse 24

अथ तस्याः सपत्न्यो याः सर्वा दुःखसमन्विताः । दृष्ट्वा सौभाग्यवृद्धिं तां तस्या एव दिनेदिने

Alors ses coépouses, toutes accablées de chagrin, voyant que sa bonne fortune croissait de jour en jour,

Verse 25

एकाः प्रोचुः कर्म चैतद्यदेषा कुरुते सदा । मृन्मयांश्च समादाय पूजयेत्पंचपिंडकान्

Certaines dirent : «C’est là, sans doute, le rite qu’elle accomplit sans cesse : prenant de l’argile, elle vénère cinq piṇḍa (offrandes de terre)».

Verse 26

अन्यास्तां मंत्रसंसिद्धां प्रवदंति महर्षयः । अन्या वदन्ति पुण्यानि ह्यस्याः पूर्वकृतानि च

D’autres déclaraient que les grands sages l’avaient dite «accomplie par le mantra» ; d’autres encore disaient : «Ce sont assurément ses mérites, les bonnes actions accomplies jadis».

Verse 27

एवं तासां सुदुःखानां महान्कालो जगाम ह । कस्यचित्त्वथ कालस्य सर्वाः संमंत्र्य ता मिथः

Ainsi, pour ces femmes profondément affligées, un long temps s’écoula. Puis, à un moment donné, elles se concertèrent toutes entre elles.

Verse 28

तस्याः संनिधिमाजग्मुस्तस्मिन्नेव जलाशये । यत्र सा पूजयेद्गौरीं कृत्वा तां पञ्च पिंडिकाम्

Elles s’approchèrent d’elle, en ce même réservoir d’eau sacré, là où elle adorait Gaurī après avoir façonné cinq petites piṇḍa d’argile.

Verse 29

ततः सर्वाः समालोक्य त्यक्त्वा गौरीप्रपूजनम् । संमुखी प्रययौ तूर्णं कृतांजलिपुटा स्थिता

Alors, les ayant toutes aperçues, elle interrompit un instant le culte rendu à Gaurī et s’avança promptement à leur rencontre, demeurant debout, les mains jointes en signe de vénération.

Verse 30

स्वागतं वो महा भागा भूयः सुस्वागतं च वः । कृत्यं निवेद्यतां शीघ्रं येनाशु प्रकरोम्यहम्

Elle dit : «Soyez les bienvenues, dames fortunées ; encore une fois, soyez grandement les bienvenues. Dites-moi vite ce qu’il faut accomplir, afin que je l’exécute sans délai.»

Verse 31

सपत्न्य ऊचुः । वयं सर्वाः समायाताः कौतुके तवांतिकम् । दौर्भाग्यवह्निनिर्दग्धास्तव सौभाग्यजेनच

Les coépouses dirent : «Nous sommes toutes venues près de toi par curiosité. Brûlées par le feu de notre infortune, nous sommes attirées ici par l’éclat de ta bonne fortune.»

Verse 32

तस्माद्वद महाभागे मृन्मयां पंचपिंडिकाम् । नित्यमर्चयसि त्वं किं सौभा ग्यस्य विवर्धनम्

«C’est pourquoi, ô très fortunée, dis-nous : qu’est donc cette ‘pañcapiṇḍikā’, ces cinq petites masses d’argile, que tu adores chaque jour pour accroître l’heureuse auspiciosité de l’épouse?»

Verse 33

किं ते कारणमेतद्धि किं वा मन्त्रसमुद्भवः । प्रभावोऽयं महाभागेगुह्यं चेन्नो वदस्व नः

«Quelle en est la cause véritable ? Ou bien cette puissance naît-elle d’un mantra ? Ô fortunée, si cela n’est pas à tenir secret, dis-le-nous.»

Verse 34

पद्मावत्युवाच । रहस्यं परमं गुह्यं यत्पृष्टास्मि शुभाननाः । अवक्तव्यं वदिष्यामि भवतीनां तथापि च

Padmāvatī dit : «Ô dames au visage de bon augure, vous m’avez interrogée sur un secret suprême, des plus cachés. Bien qu’il ne doive pas être dit, je vous le dirai pourtant.»

Verse 35

गौरीपूजनकाले तु यस्माच्चैव समागताः । सर्वा मम भगिन्यः स्थ ईर्ष्याधर्मो न मेऽस्ति च

«Puisque vous vous êtes toutes rassemblées ici au moment du culte de Gaurī, vous êtes toutes pour moi comme des sœurs ; en moi il n’y a point de jalousie.»

Verse 36

अहमासं पुरा कन्या पुरे कुसुमसंज्ञिते । वीरसेनस्य शूद्रस्य वणिक्पुत्रस्य धीमतः । तेन दत्ताऽस्मि धर्मेण विवाहार्थं महात्मना

«Autrefois, j’étais une jeune fille dans une cité nommée Kusuma. À Vīrasena, le sage—issu d’une lignée de marchands et de condition śūdra—ce grand homme me donna en mariage selon le dharma.»

Verse 37

ततो विवाहसमये मम दत्तानि वृद्धये । पंचाक्षराणि श्रेष्ठानि योषिता दीक्षया सह । गौरी पूजाकृते चैव प्रोक्ता चाहं ततः परम्

«Puis, au temps de mes noces, pour mon épanouissement, cette femme me conféra l’excellent mantra “aux cinq syllabes”, avec l’initiation ; et, par la suite, je fus instruite pour accomplir le culte de Gaurī.»

Verse 38

यावत्पुत्रि त्वमात्मानमेतैः पूजयसेऽक्षरैः । जलपानं न कर्तव्यं तावच्चैव कथञ्चन

«Ma fille, tant que tu te voues à l’adoration par ces syllabes, tu ne dois en aucune manière boire d’eau, jusqu’à l’achèvement de ce culte.»

Verse 39

येन संप्राप्स्यसेऽभीष्टं तत्प्रभावाद्यदीप्सितम् । तथेति च मया प्रोक्तं तस्याश्चैव वरानने

«Par sa puissance, tu obtiendras ce que tu désires — le but tant souhaité.» Et je lui répondis : «Qu’il en soit ainsi», ô toi au visage gracieux.

Verse 40

ततो विवाहे निर्वृत्ते गताऽहं पतिना सह । श्वशुर स्तिष्ठते यत्र श्वश्रूश्चैव सुदारुणा

Une fois les noces accomplies, je partis avec mon époux vers le lieu où demeurait mon beau-père; et là se trouvait aussi ma belle-mère, d’une dureté extrême.

Verse 41

गौरीपूजाकृते मां च निवारयति सर्वदा । ततोऽहं भयसन्त्रस्ता गौरीभक्तिपरायणा । जलार्थं यत्र गच्छामि तस्मिंश्चैव जलाश्रये

À cause de mon culte à Gaurī, elle me retient sans cesse. Ainsi, tremblante de peur mais tout entière vouée à Gaurī, chaque fois que je vais chercher de l’eau, je me rends précisément à cette même source.

Verse 42

ततः कर्द्दममादाय मन्त्रैः पंचभिरेवच । तैरेव पूजयाम्येव गौरीं भक्तिपरायणा

Alors je pris de l’argile, et avec seulement cinq mantras, par ces mêmes mantras j’adorai Gaurī, tout entière vouée à la dévotion.

Verse 43

प्रक्षिपामि तत स्तोये ततो गच्छामि मन्दिरम् । कस्यचित्त्वथ कालस्य भर्ता मे प्रस्थितः शुभः । देशांतरं वणिग्वृत्त्या सोऽपि मार्गं तमाश्रितः

Puis je le jetai dans l’eau, et ensuite j’allai au sanctuaire. Après quelque temps, mon époux, de bon augure, partit; vivant du négoce, il se rendit en un autre pays, empruntant lui aussi cette route.

Verse 44

स गच्छन्मरुमार्गेण मां समादाय स्नेहतः । संप्राप्तो निर्जलं देशं सुरौद्रं मरुमंडलम्

Cheminant par la route du désert, il m’emmena avec lui par affection. Il parvint à une contrée sans eau, cercle de sables d’une âpreté extrême.

Verse 45

तथा रौद्रतरे काले वृषस्थे दिवसाधिपे । ततः सार्थः समस्तश्च विश्रांतः स्थलमध्यगः

En ce temps plus brûlant encore, lorsque le Soleil —seigneur du jour— se tenait dans le Taureau, toute la caravane s’arrêta et se reposa, demeurant au milieu de la plaine.

Verse 46

कूपमेकं समाश्रित्य गम्भीरं जलदोपमम् । एतस्मिन्नेव काले तु मया दृष्टः समीपगः । तोयाकारो मरु द्देशस्तश्चित्ते विचिन्तितम्

Nous nous abritâmes près d’un puits, profond, pareil à un nuage d’eau. En ce même moment, je vis tout près une terre de désert qui semblait eau, et je l’examinai en mon esprit.

Verse 47

यत्तच्च दृश्यते तोयं समीपस्थं तथा बहु । अत्र स्नात्वा शुचिर्भूत्वा गौरीमभ्यर्च्य भक्तितः । पिबामि सलिलं पश्चात्सुस्वादु सरसीभवम्

Et cette eau que l’on voit, proche et abondante : ici je me baigne, je deviens pur, j’honore Gaurī avec dévotion, puis seulement je bois cette eau, très douce, comme née d’un lac.

Verse 48

ततः संप्रस्थिता यावत्प्रगच्छामि पदात्पदम् । यावद्दूरतरं यामि तावत्सा मृगतृष्णिका

Puis je repris la route, avançant pas à pas ; plus j’allais au loin, plus ce mirage persistait.

Verse 49

एतस्मिन्न न्तरे प्राप्तो नभोमध्यं दिवाकरः । वृषस्थो येन दह्यामि ह्युपरिष्टाच्छुभानना

Cependant, le Soleil atteignit le milieu du ciel ; demeurant dans le Taureau, il me brûlait d’en haut, ô toi au visage gracieux.

Verse 50

अधोभागे सुतप्ताभिर्वालुकाभिः समंततः । तृष्णार्ताऽहं ततस्तस्मिन्मरुदेशे समाकुला

En bas, les sables étaient brûlants de toutes parts. Tourmentée par la soif, je devins accablée et désemparée dans ce pays désertique.

Verse 51

ततश्च पतिता भूमौ विस्फोटकसमावृता । ततो मया स्मृता चित्ते कथा भारतसंभवा

Alors je tombai à terre, le corps couvert de plaies éclatantes. En cet instant, un récit issu de la tradition du Bhārata s’éleva en mon esprit, et je m’en souvins au fond du cœur.

Verse 52

नृगेण तु यथा यज्ञो वालुकाभिर्विनिर्मितः । कूपान्तः क्षिप्यमाणेन तृणलोष्टांबुवर्जितम्

Je me rappelai comment, dans le cas du roi Nṛga, un sacrifice fut façonné de simple sable—lorsqu’on le jetait au fond d’un puits, privé d’herbe, de mottes de terre et même d’eau.

Verse 53

भक्तिग्राह्यास्ततो देवास्तुष्टास्तस्य महात्मनः । तदहं वालुकाभिश्च पूजयामि हरप्रियाम्

Les dieux, que l’on gagne par la dévotion, furent satisfaits de ce grand être. Ainsi, moi aussi, j’honore la Bien-aimée de Hara (Śiva) par des offrandes de sable.

Verse 54

तेन तुष्टा तु सा देवी मम राज्यं प्रयच्छति । अद्य देहान्तरे प्राप्ते मनोभीष्टमनंतकम्

Satisfaite de cela, la Déesse m’accorde la souveraineté. Même à présent, ayant obtenu un autre corps (une nouvelle naissance), elle comble le désir de mon cœur — sans fin et sans défaillance.

Verse 55

ततस्तु पंचभिर्मन्त्रैस्तैरेव स्मृतिमागतैः । पंचभिर्मुष्टिभिर्देवी वालुकोत्थैः प्रपूजिता

Puis, avec ces mêmes cinq mantras revenus à ma mémoire, j’adorai pleinement la Déesse, en lui offrant cinq poignées de sable.

Verse 56

ततः पञ्चत्वमापन्ना तत्कालेऽहं वरांगनाः । दशार्णाधिपतेर्जाता सदने लोकविश्रुते

Après cela, lorsque vint l’heure de la mort, je quittai ce monde et renaquis en noble dame, née dans la maison illustre du seigneur de Daśārṇa.

Verse 57

जातिस्मरणसंयुक्ता तस्या देव्याः प्रसादतः । भवतीनां कनिष्ठास्मि ज्येष्ठा सौभाग्यतः स्थिता

Par la grâce de cette Déesse, je possède le souvenir de mes vies antérieures. Bien que je sois la plus jeune parmi vous, je demeure la première par la bonne fortune.

Verse 58

एत स्मात्कारणाद्गौरीं मुक्त्वैतान्पञ्चपिण्डकान् । कर्द्दमेन विधायाथ पूजयामि दिनेदिने

C’est pour cette raison même qu’après avoir mis de côté ces cinq mottes (de sable), je les façonne avec de la boue et j’adore Gaurī jour après jour.

Verse 59

एतद्गुह्यं मया ख्यातं भवतीनामसंशयम् । सत्येनानेन मे गौरी मनोभीष्टं प्रयच्छतु

Ce secret, je vous l’ai révélé sans aucun doute. Par la vérité de cela, que ma Gaurī m’accorde le vœu de mon cœur.

Verse 61

प्रसादं कुरु चास्माकं दीयतां मन्त्रपंचकम् । तदेव येन ते देवी तुष्टा सा परमेश्वरी

Accorde-nous aussi ta faveur ; donne-nous l’ensemble des cinq mantras. Car c’est par ce mantra-pañcaka même que la Déesse—la Souveraine suprême—fut satisfaite de toi.

Verse 62

मया प्रोक्ताश्च ता सर्वाः प्रार्थयध्वं यथेच्छया । अहं सर्वं प्रदास्यामि तत्सत्यं वचनं मम

Je vous ai tout dit ; demandez selon votre désir. Je vous accorderai tout — telle est la vérité de ma parole.

Verse 63

ततो देव मया प्रोक्तं तासां तन्मंत्रपंचकम् । शिष्यत्वं गमितानां च वाङ्मनःकायकर्मभिः

Alors, ô Seigneur, je leur enseignai ce mantra-pañcaka de cinq. Et je les reçus en disciples, par la parole, l’esprit et l’acte du corps.

Verse 64

विष्णुरुवाच । ममापि वद देवेशि कीदृक्तन्मन्त्रपञ्चकम् । यत्त्वयाऽनुष्ठितं पूर्वं तया तासां निवेदि तम्

Viṣṇu dit : «Dis-le-moi aussi, ô Reine des dieux : de quelle nature est ce mantra-pañcaka de cinq ? Comme tu l’as pratiqué jadis, ainsi décris-le-leur».

Verse 65

लक्ष्मीरुवाच । नमः पृथिव्यै क्षांतीशि नम आपोमये शुभे । तेजस्विनि नमस्तुभ्यं नमस्ते वायुरूपिणि

Lakṣmī dit : «Hommage à Toi comme la Terre, ô Dame de la patience. Hommage à Toi comme l’Eau, ô Bienheureuse. Hommage à Toi, ô Rayonnante ; hommage à Toi qui prends la forme du Vent.»

Verse 66

आकाशरूपसंपन्ने पंचरूपे नमोनमः

«Hommage, hommage à Toi—revêtue de la forme de l’Espace et porteuse de la forme quintuple.»

Verse 67

एभिर्मन्त्रैर्मया पूर्वं पूजिता परमेश्वरी । तेन राज्यं मया प्राप्तं सर्वस्त्रीणां सुदुर्लभम्

«Autrefois, par ces mantras, j’ai adoré la Déesse Suprême. Par cela, j’ai obtenu la souveraineté—chose extrêmement rare pour toutes les femmes.»

Verse 68

ततश्च स्थापिता देवी कृत्वा रत्नमयी शुभा । हाटकेश्वरजे क्षेत्रे मया तत्र सुरेश्वर

«Puis j’y ai installé la Déesse de bon augure, la façonnant sous une forme de joyaux. Dans le saint domaine de Hāṭakeśvara, ô Seigneur des dieux, je l’y ai établie.»

Verse 69

तां या पूजयते नारी सद्योऽपि पतिवल्लभा । जायते नात्र सन्देहः सर्वपापविवर्जिता

«Toute femme qui la vénère devient aussitôt chère à son époux. Il n’y a nul doute : elle est délivrée de tous les péchés.»

Verse 177

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये पञ्चपिंडिकोत्पत्ति माहात्म्य वर्णनं नाम सप्तसप्तत्युत्तरशततमोऽध्यायः

Ainsi, dans le vénérable Skanda Mahāpurāṇa—au sein de l’Ekāśītisāhasrī Saṃhitā, dans le sixième livre, le Nāgara-khaṇḍa—dans le Māhātmya du saint domaine de Hāṭakeśvara—s’achève le cent soixante-dix-septième chapitre, intitulé : «Description de la grandeur de l’origine des cinq Piṇḍikā».