
Cet adhyāya expose l’enseignement théologique de Prahlāda sur des pratiques de bhakti au mérite éminent, centrées sur le culte de Kṛṣṇa et l’éthique du pèlerinage à Dvārakā. Il s’ouvre sur l’adoration par offrande de feuilles : honorer Śrīpati avec des feuilles portant le nom du dévot, et surtout avec celles du śrīvṛkṣa, associé à Lakṣmī ; selon l’échelle de valeur interne du chapitre, elles sont tenues pour supérieures même à la tulasī et promettent un mérite abondant. Le texte précise ensuite l’efficacité selon le calendrier, en soulignant la Dvādaśī coïncidant avec le dimanche, et présente le jour de Hari comme un point de convergence où les mérites se rassemblent. Puis il décrit l’économie sociale et rituelle de Dvārakā : nourrir les yatis/renonçants, offrir vêtements et nécessités, et l’extraordinaire mérite d’un seul repas donné à un mendiant sacré en ce lieu, surpassant de vastes distributions ailleurs. Il affirme la portée salvatrice du kīrtana de Kṛṣṇa, étend la protection de Dvārakā à ses habitants et même aux êtres qui dépendent d’eux, et montre comment les disciplines du mois de Kārtika—bains dans la Gomati et le Rukmiṇī-hrada, jeûne d’Ekādaśī, śrāddha de Dvādaśī à Cakratīrtha, repas offerts aux brahmanes avec des mets prescrits et dons de dakṣiṇā—aboutissent à la satisfaction des ancêtres et à l’agrément divin. L’adhyāya se clôt par une phalāśruti promettant un mérite impérissable aux observants du vœu de Kārtika purifiés au tīrtha.
Verse 1
श्रीप्रह्लाद उवाच । स्वनामांकित पत्रैस्तु श्रीपतिं योऽर्चयेत वै । सप्तलोकाननुप्राप्य सप्तद्वीपाधिपो भवेत्
Śrī Prahlāda dit : Quiconque adore Śrīpati avec des feuilles portant son propre nom atteindra les sept mondes et deviendra souverain des sept continents.
Verse 2
माकान्तवृक्षपत्रैस्तु योऽर्चयेत सदा हरिम् । पुण्यं भवति तस्येह वाजिमेधायुतं कलौ
Quiconque vénère sans cesse Hari avec les feuilles de l’arbre Mākānta acquiert, en cet âge de Kali, un mérite égal à dix mille sacrifices Aśvamedha.
Verse 3
लक्ष्मीं सरस्वतीं देवीं सावित्रीं चंडिकां तथा । पूजयित्वा दिवं याति पत्रैः श्रीवृक्षसंभवैः
En honorant la déesse Lakṣmī, Sarasvatī, Sāvitrī et aussi Caṇḍikā avec des feuilles nées de l’arbre Śrī, on s’élève vers le ciel.
Verse 4
तुलस्या अधिकं प्रोक्तं दलं श्रीवृक्षसंभवम् । तस्मान्नित्यं प्रयत्नेन पूजनीयः सदाऽच्युतः
La feuille née de l’arbre sacré Śrī (Tulāsī) est dite souverainement excellente ; aussi, avec un effort constant, faut-il toujours vénérer Acyuta, le Seigneur impérissable.
Verse 5
द्वादश्यां रविवारेण श्रीवृक्षमर्चयन्ति ये । ब्रह्महत्यादिकैः पापैर्न लिप्यंते कृतैरपि
Ceux qui vénèrent l’arbre sacré Śrī (Tulāsī) le jour de Dvādaśī lorsqu’il tombe un dimanche ne sont souillés par aucun péché, tel le brahma-hatyā, même s’ils l’ont commis.
Verse 6
यथा करिपदेऽन्यानि प्रविशंति पदानि च । तथा सर्वाणि पुण्यानि प्रविष्टानि हरेर्दिने
De même que les autres empreintes se fondent dans l’empreinte de l’éléphant, ainsi tous les mérites se rassemblent dans le jour de Hari.
Verse 7
अध्रुवेणैव देहेन प्रतिक्ष णविनाशिना । कथं नोपासते जंतुर्द्वादशीं जागरान्विताम्
Avec ce corps incertain, qui périt à chaque instant, comment l’être humain ne vénérerait-il pas la Dvādaśī, accompagnée d’une veille vigilante?
Verse 8
अतीतान्पुरुषान्सप्त भविष्यांश्च चतुर्द्दश । नरकात्तारयेत्सर्वांल्लोकान्कृष्णेति कीर्तनात् । न ते जीवंति लोकेऽस्मिन्यत्रतत्र स्थिता नराः
Par la louange chantée du Nom « Kṛṣṇa », on peut délivrer sept générations d’ancêtres et quatorze à venir, les arrachant à l’enfer ; ceux qui sont sans une telle dévotion, où qu’ils demeurent, ne vivent pas vraiment en ce monde.
Verse 9
द्वारकायां च संप्राप्तास्त्रिषु लोकेषु वंदिताः । द्वारकायां प्रकुर्वंति यतीनां भोजनं स्थितिम् । ग्रासेग्रासे मखशतं ते लभंते फलं नराः
Ceux qui parviennent à Dvārakā sont honorés dans les trois mondes. À Dvārakā, ils pourvoient au repas et au gîte des ascètes ; à chaque bouchée offerte, ils reçoivent le fruit de cent sacrifices.
Verse 10
यतीनां ये प्रयच्छंति कौपीनाच्छादनादिकम् । वसतां द्वारकामध्ये यथाशक्त्या तु भोजनम् । शृणु पुण्यं प्रवक्ष्यामि समासेन हि दैत्यज
Ceux qui donnent aux ascètes le pagne, les couvertures et autres choses, et qui, selon leurs moyens, offrent la nourriture à ceux qui demeurent au cœur de Dvārakā—écoute, ô fils des Daitya : je dirai en bref leur mérite.
Verse 11
कोटिभिर्वेदविद्वद्भिर्गयायां पितृवत्सलैः । भोजितैर्यत्समाप्नोति तत्फलं दैत्यनायक
Ô chef des Daitya : le fruit obtenu en nourrissant (ici) est le même que celui qu’on acquiert à Gayā en nourrissant des millions de brahmanes connaissant les Veda et dévoués aux ancêtres.
Verse 12
एकस्मिन्भोजिते पौत्र भिक्षुके फलमीदृशम् । दातव्यं भिक्षुके चान्नं कुर्य्याद्वै चात्मविक्रयम्
Ô petit-fils, tel est le fruit spirituel lorsqu’on nourrit ne fût-ce qu’un seul mendiant. Aussi faut-il offrir de la nourriture au mendiant, fût-ce au prix d’une épreuve extrême, comme si l’on se vendait soi-même pour accomplir ce don.
Verse 13
धन्यास्ते यतयः सर्वे ये वसंति कलौ युगे । कृष्णमाश्रित्य दैत्येन्द्र द्वारकायां दिनेदिने
Bienheureux sont tous les ascètes qui demeurent en l’âge de Kali —ô seigneur des Daityas—, car jour après jour, à Dvārakā, ils prennent refuge en Kṛṣṇa.
Verse 14
प्राणिनो ये मृताः केचिद्द्वारकां कृष्णसन्निधौ । पापिनस्तत्पदं यांति भित्त्वा सूर्यस्य मंडलम्
Quels que soient les êtres qui meurent à Dvārakā, en la présence même de Kṛṣṇa —même chargés de péchés—, ils atteignent Sa demeure suprême, dépassant tout comme s’ils perçaient la sphère du soleil.
Verse 15
द्वारकाचक्रतीर्थे ये निवसंति नरोत्तमाः । तेषां निवारिताः सर्वे यमेन यमकिंकराः
Pour les meilleurs des hommes qui demeurent au Cakratīrtha de Dvārakā, tous les serviteurs de Yama sont retenus par Yama lui-même et ne les tourmentent point.
Verse 16
स्नात्वा पश्यंति गोमत्यां कृष्णं कलिमलापहम् । न तेषां विषये यूयं न चास्मद्विषये तु ते
Après s’être baignés dans la Gomātī, ils contemplent Kṛṣṇa, Celui qui ôte la souillure de l’âge de Kali. À leur égard, vous n’avez nulle juridiction ; et à notre égard, ils n’ont aucune raison d’hostilité ni de crainte.
Verse 17
अपि कीटः पतंगो वा वृक्षा वा ये तदाश्रिताः । यांति ते कृष्णसदनं संसारे न पुनर्हिं ते
Même un ver, un insecte, et jusqu’aux arbres qui s’y réfugient, parviennent à la demeure de Śrī Kṛṣṇa ; pour eux, il n’est plus de retour à l’errance du saṃsāra.
Verse 18
किं पुनर्द्विजवर्य्याश्च क्षत्रियाश्च विशेषतः । त्रिवर्णपूजासंयुक्ताः शूद्रास्तत्र निवासिनः
Combien plus encore les dvija d’élite et, tout particulièrement, les kṣatriya, recueillent-ils de mérite ! Et même les śūdra qui y demeurent, voués à l’honneur et au culte des trois varṇa supérieurs, en reçoivent le fruit.
Verse 19
गीतां पठंति कृष्णाग्रे कार्तिकं सकलं द्विजाः । एकभक्तेन नक्तेन तथैवायाचितेन च
Tout au long du mois de Kārtika, les dvija récitent la Gītā devant Śrī Kṛṣṇa, se contentant d’un seul repas par jour, ou ne mangeant que la nuit, et vivant aussi d’une nourriture reçue sans mendier.
Verse 20
त्रिरात्रेणापि कृच्छ्रेण तथा चान्द्रायणेन च । यावकैस्तप्तकृच्छ्राद्यैः पक्षमासमुपोषणैः
Par des austérités telles que le kṛcchra de trois nuits, le vœu cāndrāyaṇa, la subsistance de bouillie d’orge, le kṛcchra « chauffé » et d’autres pénitences, et par des jeûnes d’une quinzaine ou d’un mois—
Verse 21
क्षपयंति च ये मासं कार्तिकं व्रतचारिणः । स्नात्वा वै गोमतीनीरे तथा वै रुक्मिणीह्रदे
Ceux qui observent les vœux et accomplissent la discipline durant le mois de Kārtika, après s’être baignés dans les eaux de la Gomātī et aussi dans le lac de Rukmiṇī—
Verse 22
शंखचक्रगदा हस्ताः कृष्णरूपा भवंति ते । उपोष्यैकादशीं शुद्धां दशमीसंगवर्जिताम्
Ils prennent une forme semblable à celle de Kṛṣṇa, tenant en leurs mains la conque, le disque et la massue—ayant jeûné lors de la pure Ekādaśī, sans aucune souillure due au lien avec la Daśamī (le jour précédent).
Verse 23
श्राद्धं कुर्वंति द्वादश्यां चक्रतीर्थे च निर्मले । ब्राह्मणान्भोजयित्वा च मधुपायससर्पिषा
Au jour de Dvādaśī, ils accomplissent le śrāddha au Cakratīrtha immaculé; puis, après avoir nourri les brāhmaṇas de miel, de pāyasa (riz au lait sucré) et de ghee—
Verse 24
संतर्प्य विधिवद्भक्त्या शक्त्या दत्त्वा तु दक्षिणाम् । गोभूहिरण्यवासांसि तांबूलं च फलानि च
Les ayant dûment comblés, avec dévotion et selon la règle, qu’on offre ensuite la dakṣiṇā selon ses moyens—vaches, terres, or, vêtements, ainsi que tāmbūla (bétel) et fruits.
Verse 25
उपानहौ च्छत्रसुमं जलपूर्णा घटास्तथा । पक्वान्नसंयुताः शुभ्राः सफला दक्षिणान्विताः
De même, qu’on offre des chaussures, une ombrelle et des jarres bien façonnées remplies d’eau—avec une nourriture cuite et pure, accompagnée de fruits et pourvue d’une dakṣiṇā convenable.
Verse 26
एवं यः कुरुते सम्यक्कृष्णमुद्दिश्य कार्तिके । मार्कंडेय समा प्रीतिः पितॄणां जायते ध्रुवम्
Ô Mārkaṇḍeya, celui qui accomplit ainsi correctement au mois de Kārtika, en l’offrant à Kṛṣṇa, fait naître à coup sûr chez les ancêtres (pitṛ) une satisfaction égale (à celle des plus grands rites).
Verse 27
कृष्णस्य त्रिदशैः सार्द्धं तुष्टिर्भवति चाक्षया
Kṛṣṇa, avec les dieux, se trouve comblé; et cette satisfaction devient impérissable.
Verse 28
ये कार्तिके पुण्यतमा मनुष्यास्तिष्ठंति मासं व्रतदानयुक्ताः । रथांगतीर्थे कृतपूतगात्रास्ते यांति पुण्यं पदमव्ययं च
Ceux qui, d’un mérite suprême, demeurent tout le mois de Kārtika, voués aux vœux et à l’aumône, et dont le corps est purifié à Rathāṅga-tīrtha, vont vers un état saint et impérissable.
Verse 40
इति श्रीस्कान्दे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे चतुर्थे द्वारकामाहात्म्ये कार्तिके चक्रतीर्थस्नानदानश्राद्धादिमाहात्म्यवर्णनंनाम चत्वारिंशत्तमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le quarantième chapitre, intitulé « Description de la grandeur du bain à Cakratīrtha au mois de Kārtika, ainsi que de la charité, du śrāddha et des rites connexes », dans le Dvārakā Māhātmya (quatrième subdivision) du Prabhāsa Khaṇḍa (septième livre) du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, compilation de quatre-vingt-un mille versets.