Adhyaya 25
Prabhasa KhandaDvaraka MahatmyaAdhyaya 25

Adhyaya 25

Le chapitre se déploie sous forme d’enquête royale et de réponse d’un sage : le roi Indradyumna demande à Mārkaṇḍeya d’exposer en détail un tīrtha pur, destructeur de péché. Le sage établit alors une triade de cités exemplaires pour l’âge de Kali—Mathurā, Dvārakā et Ayodhyā—chacune liée à une présence divine (Hari/Kṛṣṇa, Rāma). Le discours développe ensuite une comparaison des mérites : un simple contact avec Dvārakā—y demeurer ne fût-ce qu’un instant, s’en souvenir ou en entendre la gloire—est magnifié au-dessus de longues austérités ou de pèlerinages à Kāśī, Prayāga, Prabhāsa ou Kurukṣetra. Sont mises au premier plan la vision sacrée de Kṛṣṇa (darśana), le kīrtana et la veille nocturne de Dvādaśī (jāgaraṇa), avec de fortes promesses de fruits (phalaśruti) : purification, délivrance, et bienfaits pour les ancêtres (piṇḍadāna près de la Gomati, offrandes auprès de la présence de Kṛṣṇa). Le texte souligne aussi des supports matériels de dévotion propres à Dvārakā—gopīcandana et tulasī—comme sanctificateurs portables, étendant le tīrtha jusque dans la maison. La conclusion réaffirme que le don accompli durant le Kṛṣṇa-jāgaraṇa voit son mérite accru, et que la veille rituelle de Dvādaśī est une pratique éthique et dévotionnelle de très haute valeur en l’âge de Kali.

Shlokas

Verse 1

इंद्रद्युम्न उवाच । कथयस्व मुनिश्रेष्ठ किंचित्कौतूहलं मम । पुण्यं पवित्रं पापघ्नं तीर्थं तु वद विस्तरात्

Indradyumna dit : Ô le plus excellent des sages, une curiosité habite mon esprit. Décris en détail un tīrtha, gué sacré, plein de mérite, purificateur et destructeur du péché.

Verse 2

मार्कण्डेय उवाच । मथुरा द्वारकाऽयोध्या कलिकाले पुरीत्रयम् । धर्मार्थकामदं भूप मोक्षदं हरिवल्लभम्

Mārkaṇḍeya dit : Mathurā, Dvārakā et Ayodhyā — à l’âge de Kali — sont les trois grandes cités. Ô roi, elles accordent dharma, artha et kāma, et donnent aussi mokṣa, car elles sont chères à Hari.

Verse 3

मधुरायां तु कालिंदी गोमती कृष्णसन्निधौ । अयोध्यायां तु सरयूर्मुक्तिदा सेविता सदा

À Mathurā se trouve la Kāliṇdī (Yamunā), et la Gomatī est auprès de Kṛṣṇa (à Dvārakā). À Ayodhyā coule la Sarayū, toujours vénérée, dispensatrice de délivrance.

Verse 4

द्रारवत्यामयोध्यायां कृष्णं रामं शुभप्रदम् । मथुरायां हरिं विष्णुं स्मृत्वा मुक्तिमवाप्नुयात्

À Dvāravatī (Dvārakā) et à Ayodhyā, quiconque se souvient de Kṛṣṇa et de Rāma, dispensateurs d’auspice, et à Mathurā se souvient de Hari, Viṣṇu, obtient la délivrance.

Verse 5

धन्या सा मथुरा लोके यत्र जातो हरिः स्वयम् । द्वारका सफला लोके क्रीडितं यत्र विष्णुना

Bénie est Mathurā en ce monde, car Hari lui-même y naquit. Accomplie et féconde est Dvārakā en ce monde, car Viṣṇu y déploya son līlā divin.

Verse 6

धन्यानामपि सा पूज्या अयोध्या सर्वकामदा । या स्वयं रामदेवेन पालिता धर्मबुद्धिना

Même parmi les bienheureux, Ayodhyā est digne d’adoration—dispensatrice de tous les vœux—car elle fut gouvernée et protégée par le Seigneur Rāma Lui‑même, dont l’esprit demeurait établi dans le Dharma.

Verse 7

यद्ददाति फलं काशी सेविता कल्पसंख्यया । कला ददाति मथुरा वासरेणापि तत्फलम्

Le fruit que Kāśī accorde lorsqu’elle est vénérée durant d’innombrables kalpas, Mathurā accorde ce même fruit en une simple fraction (kalā) ; en vérité, même en un seul jour elle dispense la même récompense.

Verse 8

मन्वंतरसहस्रे तु प्रयागे यत्फलं भवेत् । निमिषार्द्धेन वसतां द्वारकायां तु तत्फलम्

Quelque mérite qui naîtrait d’un séjour à Prayāga durant mille manvantaras, ce même fruit est obtenu par ceux qui demeurent à Dvārakā en un simple demi‑instant.

Verse 9

प्रभासे च कुरुक्षेत्रे यत्फलं वत्सरैः शतैः । वसतां निमिषार्द्धेन ह्ययोध्यायां च तद्भवेत्

Le mérite que l’on obtiendrait à Prabhāsa et à Kurukṣetra au bout de cent ans, ce même mérite naît du fait de demeurer à Ayodhyā pendant un simple demi‑instant.

Verse 10

अयोध्याधिपतिं रामं मथुरायां तु केशवम् । द्वारकावासिनं कृष्णं कीर्तनं चापि दुर्ल्लभम्

Rāma, seigneur d’Ayodhyā ; Keśava à Mathurā ; et Kṛṣṇa, qui demeure à Dvārakā — même le kīrtana, le chant de leur gloire, est difficile à obtenir pour qui manque de mérite.

Verse 11

मथुराकीर्तनेनापि श्रवणाद्द्वारकापुरः । अयोध्यादर्शनेनापि त्रिशुद्धं च पदं व्रजेत्

En glorifiant Mathurā, en entendant la grandeur de la cité de Dvārakā et en contemplant Ayodhyā, on atteint l’état/la demeure purifiée trois fois.

Verse 12

कृष्णं स्वयंभुवं देवं द्वारका त्रिदिवोपमा । श्रुता चाप्यथवा दृष्टा कुरुते जन्मसंक्षयम्

Dvārakā—pareille au ciel même des dieux—où l’on vénère Kṛṣṇa, le Seigneur auto-manifesté : qu’on n’en entende que le nom ou qu’on la voie de ses yeux, elle épuise la ronde des renaissances.

Verse 13

श्रुताभिलिखिता दृष्टा ह्ययोध्या मथुरापुरी । पापं हरति कल्पोत्थं द्वारका च तृतीयका

Ayodhyā et la cité de Mathurā—qu’on les entende, qu’on les consigne par écrit ou qu’on les contemple—effacent le péché accumulé au cours d’un éon; et Dvārakā est la troisième, célébrée à l’égal des deux.

Verse 14

कृष्णं विष्णुं हरिं देवं विश्रांतं च कलौ स्मृतम् । द्वादश्यां जागरे रात्रावश्वमेधायुतं फलम्

En l’âge de Kali, se souvenir de Kṛṣṇa—Viṣṇu, Hari, le Seigneur—que l’on dit ici « en repos », et veiller toute la nuit de Dvādaśī, donne le fruit de dix mille sacrifices Aśvamedha.

Verse 15

बालक्रीडनकं स्थानं ये स्मरंति दिनेदिने । स्वर्णशैलपदं नृणां जायते राजसत्तम

Ô le meilleur des rois, pour ceux qui, jour après jour, se souviennent du lieu où le Seigneur joua dans son enfance, naît l’obtention de l’état/de la demeure du « Mont d’Or ».

Verse 16

धन्यास्ते मानवा लोके कलिकाले नरोत्तम । प्लवनं सिंधुतोयेन गोमत्यां यैर्नरैः कृतम्

Ô meilleur des hommes ! En l’âge de Kali, bienheureux sont en ce monde ceux qui ont accompli le plavana — traversée ou immersion sacrée — dans la Gomati avec les eaux du Sindhu (la mer).

Verse 17

पश्चिमाशां नरः स्नात्वा कृत्वा वै करसंपुटम् । द्वारकां ये स्मरिष्यंति तेषां कोटिगुणं फलम्

Après s’être baigné et avoir formé le geste des mains en coupe (karasaṃpuṭa), ceux qui se souviennent de Dvārakā tournés vers l’ouest obtiennent un fruit de mérite multiplié par un crore.

Verse 18

मनसा चिन्तयेद्यो वै कलौ द्वारवतीं पुरीम् । कपिलाऽयुतपुण्यं च लभते हेलया नरः

En l’âge de Kali, quiconque contemple en son esprit la cité de Dvāravatī (Dvārakā) obtient—comme sans peine—un mérite égal au don de dix mille vaches Kapilā.

Verse 19

गंगासागरजं पुण्यं गंगाद्वारभवं तथा । कलौ द्वारवतीं गत्वा प्राप्नोति मनुजाधिप

Ô seigneur parmi les hommes ! En l’âge de Kali, celui qui se rend à Dvāravatī (Dvārakā) obtient le mérite de Gaṅgā-sāgara ainsi que celui de Gaṅgā-dvāra (Haridvāra).

Verse 20

सप्तकल्पस्मरो भूप मार्कण्डेयः स्मराम्यहम् । समाना वाऽधिका वापि द्वारवत्या न कापि पूः

Ô roi, je suis Mārkaṇḍeya, le sage qui se souvient de sept kalpas. Je l’affirme : nulle cité, où que ce soit, n’est égale—ni supérieure—à Dvāravatī (Dvārakā).

Verse 21

दुर्वाससा समो धन्यो नास्ति नाप्यधिको नृप । भाषाबंधं येन कृत्वा द्वारकायां धृतो हरिः

Ô roi, nul n’est aussi béni que Durvāsā, et nul ne le surpasse ; car, par une parole scellée comme un vœu, il fit que Hari demeurât retenu à Dvārakā.

Verse 22

मा काशीं मा कुरुक्षेत्रं प्रभासं मा च पुष्करम् । द्वारकां गच्छ राजर्षे पश्य कृष्णमुखं शुभम्

Ni Kāśī, ni Kurukṣetra, ni Prabhāsa, pas même Puṣkara ; ô sage royal, va à Dvārakā et contemple le visage auspicious de Kṛṣṇa.

Verse 23

अश्वमेधसहस्रं तु राजसूयशतं कलौ । पदेपदे च लभते द्वारकां याति यो नरः

En l’âge de Kali, l’homme qui se rend à Dvārakā reçoit, à chaque pas, le mérite de mille sacrifices Aśvamedha et de cent rites Rājasūya.

Verse 24

सफलं जीवितं तेषां कलौ नृपवरोत्तम ये । षां न स्खलितं चित्तं द्वारकां प्रति गच्छताम्

Ô le meilleur des rois, en l’âge de Kali, la vie de ceux-là est vraiment accomplie : de ceux dont l’esprit ne chancelle pas lorsqu’ils se mettent en route vers Dvārakā.

Verse 25

माता च पुत्रिणी तेन पिता चैव पितामहाः । पिंडदानं कृतं येन गोमत्यां कृष्णसन्निधौ

Par lui, sa mère est bénie d’un fils digne, et de même son père et ses aïeux ; c’est lui qui offre le piṇḍa (oblations aux ancêtres) sur la Gomati, en la présence de Kṛṣṇa.

Verse 26

गोपीचन्दनमुद्रां तु कृत्वा भ्रमति भूतले । सोऽपि देशो भवेत्पूतः कि पुनर्यत्र संस्थितम्

Même si l’on ne fait que parcourir la terre en portant la marque tracée avec le gopī-candana, ce lieu même est purifié ; combien plus encore le lieu où elle est établie et portée avec dévotion.

Verse 27

द्वारकायां समुद्भूतां तुलसीं कृष्णसेविताम् । नित्यं बिभर्ति शिरसा स भवेत्त्रिदशाधिपः

Celui qui, chaque jour, porte sur sa tête la tulasī née à Dvārakā et honorée par Kṛṣṇa, devient un seigneur parmi les dieux.

Verse 28

दैत्यारेर्भगवत्तिथिश्च विजया नीरं च गगोद्भवं नित्यंकाशिपुरी तथैव तुलसी धात्रीफलं वल्लभम्

Sont chers au Seigneur, ennemi des Daityas, son tithi sacré, la fête de Vijayā et l’eau née de la Gaṅgā céleste ; chère aussi est Kāśī, toujours sainte, ainsi que la Tulasī et le fruit d’āmalakī, aimés du Seigneur.

Verse 29

शास्त्रं भागवतं तथा च दयितं रामायणं द्वारका पुण्यं मालतिसम्भवं सुदयितं गीतं कृतं जागरम्

Chère est l’Écriture du Bhāgavata, et cher aussi le Rāmāyaṇa ; sainte est Dvārakā. Très chers sont le chant dévotionnel et la veille (jāgara) ; et l’offrande parfumée née de la Mālatī est également chérie.

Verse 30

गृहे यस्य सदा तिष्ठेद्गोपीचन्दनमृत्तिका । द्वारका तिष्ठते तत्र कृष्णेन सहिता कलौ

Dans la maison de celui qui conserve toujours l’argile de gopī-candana, là même demeure Dvārakā en l’âge de Kali, avec Kṛṣṇa.

Verse 31

कृतघ्नो वाऽथ गोघ्नोऽपि हैतुकः कृत्स्नपापकृत् । गोपीचन्दनसंपर्कात्पूतो भवति तत्क्षणात्

Même l’ingrat, voire le tueur d’une vache, oui, celui qui commet toutes sortes de péchés, est purifié à l’instant même par le contact du gopīcandana.

Verse 32

गोपीचन्दनखंडं तु यो ददातीह वैष्णवे । कुलमेकोत्तरं तेन शतं तारितमेव वा

Quiconque ici offre un fragment de gopīcandana à un vaiṣṇava, par cet acte, cent un membres de sa lignée sont conduits à traverser (vers le salut/la délivrance).

Verse 33

द्वारकासम्भवा भूप तुलसी यस्य मंदिरे । तस्य वैवस्वतो नित्यं बिभेति सह किंकरैः

Ô Roi, celui dont la demeure abrite la Tulasī née de Dvārakā, Yama, fils de Vivasvān, le craint sans cesse, avec ses serviteurs.

Verse 34

द्वारकासंभवा मृत्स्ना तुलसीकृष्णकीर्तनम् । क्रतुकोटिशतं पुण्यं कथितं व्याससूनुना

L’argile sacrée née de Dvārakā, la Tulasī et le chant des noms de Kṛṣṇa : le fils de Vyāsa a déclaré qu’ils confèrent le mérite de centaines de crores de sacrifices.

Verse 35

आलोड्य सर्वशास्त्राणि पुराणानि पुनःपुनः । मया दृष्टा महीपाल न द्वारकासमा पुरी

Après avoir longuement scruté tous les śāstras et les Purāṇa, encore et encore, ô souverain de la terre, j’ai vu qu’aucune cité n’égale Dvārakā.

Verse 36

द्वारकागमनं येन कृतं कृष्णस्य कीर्तनम् । स्नातं तीर्थसहस्रैस्तु तेनेष्टं क्रतुकोटिभिः

Celui qui s'est rendu à Dvārakā et a chanté les louanges de Kṛṣṇa a, pour ainsi dire, pris un bain dans des milliers de lieux saints et accompli des millions de sacrifices.

Verse 37

इद्रियाणां तु दमनं किं करिष्यति देहिनाम् । सांख्यमध्ययनं चापि द्वारकां गच्छते न चेत्

À quoi servira la maîtrise des sens pour les êtres incarnés, ou même l'étude du Sāṃkhya, si l'on ne se rend pas à Dvārakā ?

Verse 38

पशवस्ते न सन्देहो गर्दभेन समा जनाः । दृष्टं कृष्णमुखं यैर्न गत्वा द्वारवतीं पुरीम्

Ce sont sans aucun doute des bêtes, des gens pas mieux que des ânes, ceux qui ne se rendent pas à la cité de Dvārakā pour contempler le visage de Kṛṣṇa.

Verse 39

कृतकृत्यास्तु ते धन्या द्वादश्यां जागरे हरेः । कृत्वा जागरणं भक्त्या नृत्यमाना मुहुर्मुहुः

Bénis sont ceux qui ont accompli le but de la vie, ceux qui veillent avec dévotion pour Hari lors du sacré Dvādaśī, dansant dans une extase dévotionnelle.

Verse 40

कृष्णालयं तु यो गत्वा गोमत्यां पिंडपातनम् । करोति शक्त्या दानं च मुक्तास्तस्य पितामहाः

Quiconque se rend au Kṛṣṇālaya et, sur la Gomati, offre l'oblation de piṇḍa et fait la charité selon ses capacités, ses ancêtres sont ainsi libérés.

Verse 41

प्रेतत्वं च पिशा चत्वं न भवेत्तस्य देहिनः । जन्मजन्मनि राजेंद्र यो गतो द्वारकां पुरीम्

Ô roi des rois, pour l’être incarné qui s’est rendu à la cité de Dvārakā, vie après vie, ne surgira jamais le sort de devenir un preta ni un piśāca, esprit malfaisant.

Verse 42

अनशनेन यत्पुण्यं प्रयागे त्यजतस्तनुम् । द्वादश्यां निमिषार्द्धेन तत्फलं कृष्णसन्निधौ

Le mérite acquis par le jeûne et l’abandon du corps à Prayāga, au jour de Dvādaśī, ce même fruit s’obtient en un demi-instant en la présence de Kṛṣṇa.

Verse 43

सूर्यग्रहे गवां कोटिं दत्त्वा यत्फलमाप्नुयात् । तत्फलं कलिकाले तु द्वारवत्यां दिनेदिने

Le mérite qu’on obtiendrait en offrant un crore de vaches lors d’une éclipse solaire, ce même fruit s’acquiert, à l’âge de Kali, jour après jour, à Dvāravatī (Dvārakā).

Verse 44

कोटिभारं सुवर्णस्य ग्रहणे चंद्रसूर्ययोः । दत्त्वा यत्फलमाप्नोति तत्फलं कृष्णदर्शने

Le mérite obtenu en offrant un poids d’un crore d’or lors d’une éclipse de lune ou de soleil, ce même mérite s’acquiert par la seule vision de Kṛṣṇa.

Verse 45

दोलासंस्थं च ये कृष्णं पश्यंति मधुमाधवे । तेषां पुत्राश्च पौत्राश्च मातामहपितामहाः

Ceux qui contemplent Śrī Kṛṣṇa—Madhusūdana et Mādhava—assis sur la dolā (balançoire), reçoivent une bénédiction pour toute leur lignée : fils et petits-fils, et même les aïeux maternels et paternels sont élevés par ce mérite.

Verse 46

श्वशुराद्याः सभृत्याश्च पशवश्च नरोत्तम । क्रीडंति विष्णुना सार्द्धं यावदाभूतसंप्लवम्

Ô meilleur des hommes, le beau-père et les autres parents, avec les serviteurs et même les animaux, se divertissent avec Viṣṇu, demeurant en Sa compagnie jusqu’à la dissolution ultime des êtres.

Verse 47

या काचिद्द्वादशी भूप जायते कृष्णसन्निधौ । पश्यामि नांतरं किञ्चित्कलिकाले विशेषतः

Ô roi, quelle que soit la Dvādaśī —le saint douzième jour lunaire— qui advienne dans la présence même de Śrī Kṛṣṇa, je ne vois nulle observance qui lui soit égale, surtout à l’âge de Kali.

Verse 48

कृष्णस्य सन्निधौ नित्यं वासरा द्वादशीसमाः । युगादिभिः समाः सर्वे नित्यं कृष्णस्य सन्निधौ

Dans la présence constante de Kṛṣṇa, chaque jour est toujours égal à Dvādaśī; et tous les temps sacrés—tels les commencements des yugas—s’y trouvent aussi, éternellement, dans la proximité de Kṛṣṇa.

Verse 49

कलौ द्वारवती सेव्या ज्ञात्वा पुण्यं विशेषतः । षटपुर्यश्चैव सुलभा दुर्ल्लभा द्वारका कलौ

Dans le Kali-yuga, connaissant son mérite exceptionnel, il faut se vouer à Dvāravatī (Dvārakā). Bien que les six cités sacrées soient accessibles, Dvārakā est difficile à atteindre au Kali-yuga.

Verse 50

स्मरणात्कीर्तनाद्यस्माद्भुक्तिमुक्ती सदा नृणाम् । दुर्वाससा तु ऋषिणा रक्षिता तिष्ठते पुरी

Car en s’en souvenant et en la célébrant par le chant, les hommes obtiennent toujours à la fois la prospérité terrestre et la délivrance; ainsi la cité demeure, protégée par le sage Durvāsā.

Verse 51

कलौ न शक्यते गंतुं विना कृष्णप्रसादतः । कृष्णस्य दर्शनं कर्तुं यान्ति रुद्रादयः सुराः

En l’âge de Kali, nul ne peut s’y rendre sans la grâce de Kṛṣṇa. Même les dieux—Rudra et les autres—viennent pour contempler Kṛṣṇa.

Verse 52

त्रिकालं जगतीनाथ रुक्मिणीदर्शनाय च । सफला भारती तस्य कृष्णकृष्णेति या वदेत्

Ô Seigneur du monde, aux trois moments du jour, et aussi pour contempler Rukmiṇī : féconde est la parole de celui qui dit : « Kṛṣṇa, Kṛṣṇa ».

Verse 53

द्वारका यायिनं दृष्ट्वा गायंति दिविसंस्थिताः । नरकात्पितरो मुक्ताः प्रचलंति हसंति च

Voyant un pèlerin en route vers Dvārakā, ceux qui demeurent au ciel chantent de joie ; et les ancêtres, délivrés de l’enfer, dansent et rient.

Verse 54

गोप्यं यत्पातकं पुंसां गोमती तद्व्यपोहति । स्मरणात्कीर्त्तनाद्वापि किं पुनः प्लवने कृते

Quel que soit le péché caché des hommes, la Gomati l’efface. Si tel est le fruit du simple souvenir ou de la louange, combien plus lorsqu’on s’y baigne et s’y immerge !

Verse 55

रुक्मिणीसहितं देवं शंखोद्धारे च शंखिनम् । पिंडारके चतुर्बाहुं दृष्ट्वाऽन्यैः किं करिष्यति

Ayant vu le Seigneur avec Rukmiṇī ; et à Śaṅkhoddhāra, le Porteur de la conque ; et à Piṇḍāraka, le Quatre-bras—quel besoin resterait-il d’autres observances ou d’autres lieux saints ?

Verse 56

रुक्मिणी देवकीपुत्रश्चक्रतीर्थं च गोमती । गोपीनां चंदनं लोके तुलसी दुर्लभा कलौ

Rukmiṇī ; Kṛṣṇa, fils de Devakī ; le Cakra-tīrtha ; et la Gomati—tous sont renommés. Dans le monde, la pâte de santal des gopīs et la tulasī sont difficiles à obtenir au Kali-yuga.

Verse 57

दुर्लभास्ते सुता ज्ञेया धरणीपापनाशकाः । गयां गत्वा तु ये पिंडं द्वारकां कृष्णदर्शनम् । करिष्यंति कलौ प्राप्ते वंजुलीसमुपोषणम्

Rares, en vérité, sont ces fils—sachez qu’ils détruisent les péchés de la terre—qui, au Kali-yuga advenu, iront à Gayā offrir le piṇḍa, puis à Dvārakā pour la vision de Kṛṣṇa, et observeront le jeûne de Vaṃjulī.

Verse 58

समं पुण्यफलं तेषां वंजुली द्वारका समा । येन न्यूना नाधिकाऽपि कथितं विष्णुना स्वयम्

Le fruit de mérite (puṇya) qu’ils obtiennent est égal : Vaṃjulī est égale à Dvārakā. Ni moindre ni plus grand—ainsi l’a déclaré Viṣṇu Lui-même.

Verse 59

वंजुली चाधिकां राजञ्छृणु वक्ष्यामि कारणम् । द्वादश्यामुपवासेन द्वादश्यां पारणेन तु । प्राप्यते हेलया चैव तद्विष्णोः परमं पदम्

Et Vaṃjulī est même supérieure, ô Roi—écoute, je vais en dire la raison. En jeûnant à Dvādaśī et en rompant le jeûne à cette même Dvādaśī, fût-ce avec peu d’effort, on atteint la demeure suprême de Viṣṇu.

Verse 60

गृहेषु वसतां तीर्थं गृहेषु वसतां तपः । गृहेषु वसतां मोक्षो वंजुलीसमुपोषणात्

Pour ceux qui demeurent dans leurs maisons, l’observance de Vaṃjulī devient un tīrtha ; pour ceux qui demeurent dans leurs maisons, elle devient ascèse (tapas) ; pour ceux qui demeurent dans leurs maisons, elle devient délivrance (mokṣa)—par le jeûne et la discipline liés à Vaṃjulī.

Verse 61

वंजुली द्वारका गंगा गया गोविंदकीर्त्तनम् । गोमती गोकुलं गीता दुर्ल्लभं गोपिचन्दनम्

Vaṃjulī ; Dvārakā ; le fleuve Gaṅgā ; Gayā ; le kīrtana du Nom de Govinda ; la Gomati ; Gokula ; la Gītā ; et le rare gopī-candana — tout cela est proclamé comme souverainement méritoire.

Verse 62

एतच्छृणोति यो भक्त्या कृत्वा मनसि केशवम् । अश्वमेधसहस्रस्य फलमाप्नोति मानवः

Quiconque écoute ceci avec dévotion, en établissant Keśava dans son cœur, obtient le fruit de mille sacrifices Aśvamedha.

Verse 63

श्रोष्यंति जागरे ये वै माहात्म्यं केशवस्य च । सर्वपापविनिर्मुक्ताः पदं यास्यंति वैष्णवम्

Ceux qui écoutent la grandeur de Keśava en veillant (jāgaraṇa) sont délivrés de tous les péchés et parviennent à l’état, à la demeure vaiṣṇava.

Verse 64

पठिष्यंति नरा नित्यं ये वै श्रोप्यंति भक्तितः । तुलापुरुषदानस्य फलं ते प्राप्नुवंति हि

Ceux qui le récitent chaque jour et ceux qui l’écoutent avec dévotion obtiennent assurément le fruit du tulāpuruṣa-dāna, l’aumône du « don au poids ».

Verse 65

कृष्णजागरणे दानं यच्चाल्पमपि दीयते । सर्वं कोटिगुणं ज्ञेयमित्याहुः कवयो नृप

Ô Roi, toute aumône donnée durant la vigile de Kṛṣṇa, fût-elle infime, doit être tenue pour multipliée en mérite par un koṭi ; ainsi l’affirment les sages.

Verse 66

मानकूटं तुलाकूटं कन्याहयगवां क्रयात् । तत्सर्वं विलयं याति द्वादश्यां जागरे कृते

La fraude dans les mesures, la fraude dans les poids, et la faute née de l’achat ou de la vente de jeunes filles, de chevaux ou de bovins—tout cela se dissout lorsque l’on accomplit la veille sacrée de Dvādaśī.