
Cet adhyāya prend la forme d’un enseignement théologique sur les supports de la bhakti et la logique du mérite, principalement formulé par Prahlāda, puis clos par la transition narrative de Sūta vers l’action pèlerine. Il commence par énumérer des pratiques de culte au moyen des feuilles de tulasī, louées comme offrandes d’efficacité universelle, capables d’exaucer les désirs et de sacraliser les restes du rite. Le texte établit ensuite une typologie des mérites attachés aux substances liées à Viṣṇu : pādodaka (eau des pieds), śaṅkhodaka (eau de la conque), naivedya-śeṣa (restes de nourriture offerte) et nirmālya (restes floraux), chacune étant comparée à l’équivalence de grands sacrifices. Il aborde aussi le protocole du temple, en particulier la sonnerie de la cloche (ghaṇṭā-vādya) durant le bain rituel et l’adoration, présentée comme substitut aux autres instruments et comme source d’un mérite immense. Une section importante glorifie le bois de tulasī (tulasī-kāṣṭha) et la pâte de santal issue de tulasī comme moyens de purification et comme agents sacramentels dans le contexte funéraire : offerts aux dieux et aux ancêtres, utilisés lors de la crémation, ils sont dits conduire à des fruits orientés vers la délivrance et à la reconnaissance divine. Enfin, les sages et Bali, réjouis par la grandeur de Dvārakā, se rendent à Dvārakā, se baignent dans la Gomatī, adorent Kṛṣṇa, accomplissent correctement la yātrā, font des dons et reviennent, donnant ainsi un modèle d’éthique pèlerine mise en acte.
Verse 1
प्रह्लाद उवाच । सावित्रीं च भवानीं च दुर्गां चैव सरस्वतीम् । योऽर्चयेत्तुलसीपत्रैः सर्वकामसमन्वितः
Prahlāda dit : Celui qui vénère Sāvitrī, Bhavānī, Durgā et Sarasvatī avec des feuilles de tulasī se trouve comblé de tous les buts désirés.
Verse 2
गृहीत्वा तुलसीपत्रं भक्त्या विष्णुं समर्चयेत् । अर्चितं तेन सकलं सदेवासुरमानुषम्
Prenant une feuille de tulasī, qu’on adore Viṣṇu avec dévotion. Par cet acte, tous les êtres—dieux, asuras et humains—sont comme adorés.
Verse 3
चतुर्द्दश्यां महेशानं पौर्णमास्यां पितामहम् । येऽर्चयन्ति च सप्तम्यां तुलस्या च गणाधिपम्
Ceux qui vénèrent Maheśāna au quatorzième jour lunaire, Pitāmaha (Brahmā) à la pleine lune, et Gaṇādhipa (Gaṇeśa) au septième—en offrant la tulasī—acquièrent du mérite.
Verse 4
शंखोदकं तीर्थवराद्वरिष्ठं पादोदकं तीर्थवराद्वरिष्ठम् । नैवेद्यशेषं क्रतुकोटितुल्यं निर्माल्यशेषं व्रतदानतुल्यम्
L’eau du śaṅkha (śaṅkhodaka) est le plus excellent des tīrtha; l’eau qui a lavé les pieds du Seigneur est pareillement le plus excellent des tīrtha. Les restes du naivedya (nourriture offerte) valent le mérite de myriades de sacrifices, et les restes du nirmālya (guirlandes sacrées) égalent le fruit des vœux et des dons.
Verse 5
मुकुन्दाशनशेषं तु यो भुनक्ति दिनेदिने । सिक्थेसिक्थे भवेत्पुण्यं चान्द्रायणशताधिकम्
Celui qui, jour après jour, mange les restes de la nourriture offerte à Mukunda, acquiert à chaque bouchée un mérite surpassant cent vœux de Cāndrāyaṇa.
Verse 6
नैवेद्यशेषं तुलसीविमिश्रं विशेषतः पादजलेन विष्णोः । योऽश्नाति नित्यं पुरुषो मुरारेः प्राप्नोति यज्ञायुतकोटिपुण्यम्
Celui qui, chaque jour, prend les restes du naivedya offert à Murāri—mêlés au tulasī et surtout humectés de l’eau sacrée des pieds de Viṣṇu—obtient un mérite égal à des dizaines de millions de sacrifices accomplis.
Verse 7
यः श्राद्धकाले हरिभुक्तशेषं ददाति भक्त्या पितृदेवतानाम् । तेनैव पिंडात्सुतिलैर्विमिश्रादाकल्पकोटिं पितरः सुतृप्ताः
Celui qui, au moment du śrāddha, offre avec dévotion aux divinités Pitṛ les restes mangés par Hari—par ce même piṇḍa mêlé de sésame fin—laisse ses ancêtres pleinement rassasiés durant un crore de kalpas.
Verse 8
स्नानार्चनक्रियाकाले घंटावाद्यं करोति यः । पुरतो वासुदेवस्य गवां कोटिफलं लभेत्
Celui qui fait résonner une cloche durant les actes de bain et d’adoration (snāna-arcana), en présence de Vāsudeva, obtient un mérite équivalent au don d’un crore de vaches.
Verse 9
सर्ववाद्यमयी घंटा केशवस्य सदा प्रिया । वादनाल्लभते पुण्यं यज्ञकोटिफलं नरः
La cloche, qui contient en elle tous les instruments, est à jamais chère à Keśava ; en la faisant sonner, l’homme acquiert un mérite égal au fruit d’un crore de sacrifices (yajña).
Verse 10
वादित्राणामभावे तु पूजाकाले च सर्वदा । घंटावाद्यं नरैः कार्य्यं सर्ववाद्यमयी यतः
Quand les autres instruments font défaut, et même en tout temps du culte, les hommes doivent faire sonner la cloche, car elle représente l’offrande de tous les instruments.
Verse 11
तुलसीकाष्ठसंभूतं चन्दनं यच्छते हरेः । निर्द्दहेत्पातकं सर्वं पूर्वजन्मशतार्जितम्
Si l’on offre à Hari une pâte de santal faite de bois de tulasī, elle brûle et consume tous les péchés amassés au cours de centaines de vies passées.
Verse 12
ददाति पितृ पिंडेषु तुलसीकाष्ठचन्दनम् । पितॄणां जायते तृप्तिर्गयाश्राद्धेन वै तथा
Si l’on dépose sur les piṇḍa offerts aux ancêtres une pâte de santal faite de bois de tulasī, les Pitṛs en reçoivent une satisfaction égale à celle d’un śrāddha accompli à Gayā.
Verse 13
सर्वेषामेव देवानां तुलसीकाष्ठचन्दनम् । पितॄणां च विशेषेण सदाऽभीष्टं हरेः कलौ
La pâte de santal faite de bois de tulasī plaît à tous les dieux, et tout particulièrement aux Pitṛs ; en l’âge de Kali, elle est ce que Hari désire le plus, en tout temps.
Verse 14
हरेर्भागवता भूत्वा तुलसीकाष्ठचन्दनम् । नार्पयति सदा विष्णोर्न ते भागवताः कलौ
Même s’il se dit dévot de Hari, s’il n’offre pas constamment à Viṣṇu la pâte de santal faite de bois de tulasī, il n’est pas un véritable Bhāgavata en l’âge de Kali.
Verse 15
शरीरं दह्यते यस्य तुलसीकाष्ठवह्निना । नीयमानो यमेनापि विष्णुलोकं स गच्छति
Celui dont le corps est consumé dans le feu du bois de tulasī—même s’il est emmené par Yama—parvient au monde de Viṣṇu.
Verse 16
यद्येकं तुलसीकाष्ठं मध्ये काष्ठस्य यस्य हि । दाहकाले भवेन्मुक्तः पापकोटिशतायुतैः
Si, au moment de la crémation, ne fût-ce qu’un seul morceau de bois de tulasī est placé parmi le bois du bûcher, cet être est délivré, affranchi de péchés par dizaines de millions et davantage.
Verse 17
दह्यमानं नरं दृष्ट्वा तुलसीकाष्ठवह्निना । जन्मकोटिसहस्रैस्तु तोषितस्तैर्जनार्दनः
Voyant un homme brûler dans un feu nourri de bois de tulasī, Janārdana (Viṣṇu) s’en réjouit, comme si le mérite de milliers de crores de naissances lui avait été offert.
Verse 18
दह्यमानं नरं सर्वे तुलसीकाष्ठवह्निना । विमानस्थाः सुरगणाः क्षिपंति कुसुमांजलीन्
Lorsqu’un homme est consumé dans le feu du bois de tulasī, les dieux, assis dans leurs vimānas célestes, lui lancent promptement des poignées de fleurs.
Verse 19
नृत्यंत्योऽप्सरसो हृष्टा गीतं गायन्ति सुस्वरम् । ज्वलते यत्र दैत्येन्द्र तुलसीकाष्ठपावकः
Ô seigneur des Daityas, là où flamboie le feu du bois de Tulasī, les Apsaras, transportées de joie, dansent et chantent des hymnes aux accents suaves.
Verse 20
कुरुते वीक्षणं विष्णुः सन्तुष्टः सह शंभुना
Viṣṇu, satisfait, avec Śambhu (Śiva), pose son regard de grâce sur ce rite et sur l’âme qui s’en est allée.
Verse 21
गृहीत्वा तं करे शौरिः पुरुषं स्वयमग्रतः । मार्जते तस्य पापानि पश्यतां त्रिदिवौकसाम् । महोत्सवं च कृत्वा तु जयशब्दपुरःसरम्
Śauri (Kṛṣṇa) lui-même prend cette personne par la main et la mène en avant; sous les yeux des habitants du ciel, il efface ses péchés, puis célèbre une grande fête, précédée de cris de « Victoire ! ».
Verse 22
सूत उवाच । प्रह्लादेनोदितं श्रुत्वा माहात्म्यं द्वारकाभवम् । प्रहृष्टा ऋषयः सर्वे तथा दैत्येश्वरो बलिः
Sūta dit : Ayant entendu la grandeur de Dvārakā proclamée par Prahlāda, tous les sages se réjouirent, et Bali, seigneur des Daityas, s’en réjouit aussi.
Verse 23
ततः सर्वेऽभिनन्द्यैनं प्रह्लादं दैत्यपुङ्गवम् । उद्युक्ता द्वारकां गत्वा द्रष्टुं कृष्णमुखाम्बुजम्
Alors tous, louant Prahlāda —le plus éminent des Daityas—, se mirent en route vers Dvārakā, désireux de contempler le visage-lotus de Kṛṣṇa.
Verse 24
ततस्ते बलिना सार्धं मुनयः संशितव्रताः । आगत्य द्वारकां स्नात्वा गोमत्यां विधिपूर्वकम्
Alors ces sages aux vœux austères, accompagnés de Bali, arrivèrent à Dvārakā et accomplirent le bain rituel dans la Gomātī, selon les prescriptions établies.
Verse 25
कृष्णं दृष्ट्वा समभ्यर्च्य कृत्वा यात्रां यथाविधि । दत्त्वा दानानि बहुशः कृतकृत्यास्ततोऽभवन्
Ayant contemplé Kṛṣṇa et l’ayant adoré comme il se doit, ils accomplirent le pèlerinage selon la règle; ils firent de nombreux dons, puis se tinrent pour comblés.
Verse 26
जग्मुः स्वीयानि स्थानानि बलिः पातालमाययौ । प्रह्लादं च प्रणम्याशु मेने स्वस्य कृतार्थताम्
Alors tous retournèrent à leurs demeures. Bali descendit vers Pātāla; et, s’inclinant aussitôt devant Prahlāda, il estima son dessein accompli.
Verse 43
इति श्रीस्कान्दे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे चतुर्थे द्वारकामाहात्म्ये द्वारकामाहात्म्यश्रवणादिफलश्रुतिवर्णनपुरःसरतुलसीपत्रकाष्ठमहिमवर्णनपूर्वकं प्रह्लादद्विजसंवाद समाप्त्यनंतरं बलिना सह द्विजकृतद्वारकायात्राविधिवर्णनंनाम त्रिचत्वारिंशत्तमोऽध्यायः
Ainsi, dans le vénérable Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers—dans le septième Prabhāsa-khaṇḍa, en la quatrième section du Dvārakā-māhātmya, s’achève le quarante-troisième chapitre : décrivant le mérite d’entendre le Dvārakā-māhātmya et les fruits qui s’y rattachent, précédé du récit de la grandeur des feuilles et du bois de tulasī; et, après la conclusion du dialogue entre Prahlāda et le brāhmane, exposant les règles du pèlerinage à Dvārakā accompli par le brāhmane avec Bali.