Adhyaya 27
Prabhasa KhandaDvaraka MahatmyaAdhyaya 27

Adhyaya 27

Ce chapitre propose un enseignement prescriptif et théologique sur l’efficacité suprême de la veille dévotionnelle (jāgaraṇa) au jour de Dvādaśī, surtout lorsqu’elle s’accompagne du culte de Hari/Viṣṇu et de l’écoute du Bhāgavata. Īśvara déclare que le dévot qui accomplit la Hari-pūjā et entend le Bhāgavata durant la veille de Dvādaśī obtient un mérite multiplié au-delà des grands sacrifices védiques, tranche les liens et atteint la demeure de Kṛṣṇa. Le texte affirme que même de lourdes accumulations de fautes sont neutralisées par l’audition du Bhāgavata et la veille consacrée à Viṣṇu, jusqu’à des images de délivrance—dépasser la sphère solaire. Il insiste aussi sur la précision du calendrier : l’entrée d’Ekādaśī dans Dvādaśī et les conjonctions favorables; et il exalte les dons offerts à Viṣṇu et aux ancêtres en Dvādaśī comme ayant une valeur « semblable au Meru ». Les rites aux ancêtres sont intégrés : libations d’eau et śrāddha près d’un grand fleuve procureraient une satisfaction durable aux aïeux et accorderaient des bienfaits. Enfin, le fruit de la veille de Dvādaśī est mis sur le même plan que diverses disciplines éthiques (vérité, pureté, maîtrise, pardon), de grandes aumônes et des actes renommés accomplis dans les tīrthas, confirmant la veille comme un substitut rituel concentré. Nārada est cité proclamant qu’aucun vœu n’égale Ekādaśī; la négliger mène à une détresse continue, tandis que l’observer est présenté comme un remède pour l’âge de Kali, dans un cadre dévotionnel normatif.

Shlokas

Verse 1

ईश्वर उवाच । स्थित्वा द्वादशिजागरे क्रतु समे दुःखापहे पुण्यदे रम्यं भागवतं शृणोति पुरुषः कृत्वा हरेः पूजनम् । पुण्यं वाजिमखस्य कोटिगुणितं संप्राप्य भक्तोत्तमश्छित्त्वा पाशसमूह पक्षनिचयं प्राप्नोति कृष्णालयम्

Īśvara dit : Celui qui observe la veille de Dvādaśī—rite égal à un grand sacrifice, qui ôte la peine et confère le mérite—et qui, après avoir adoré Hari, écoute le délicieux Bhāgavata, ce dévot éminent obtient un mérite multiplié par un crore, surpassant celui de l’Aśvamedha. Tranchant toute la masse des liens et des entraves, il atteint la demeure de Kṛṣṇa.

Verse 2

हत्यापापसमूहकोटिनिचयैर्गुर्वंगनाकोटिभिःस्तेयैर्लक्षगुणैर्गुरोर्वधकरैः संवेष्टितो यद्यपि । श्रुत्वा भागवतं छिनत्ति सकलं कृत्वा हरेर्जागरं मुक्तिं याति नरेन्द्र निर्मलवपुर्भित्त्वा रवेर्मंडलम्

Ô roi, même si un homme est entièrement enveloppé par des amas de péchés—des crores de meurtres, des crores d’offenses envers l’épouse du guru, des vols multipliés cent mille fois, et même le crime de tuer son guru—pourtant, en écoutant le Bhāgavata en entier et en veillant la nuit pour Hari, il tranche tout cela et obtient la délivrance, le corps pur, franchissant l’orbe du soleil.

Verse 3

एकादशी द्वादशिसंप्रविष्टा कृता नभस्ये श्रवणेन युक्ता । विशेषतः सोमसुतेन संगमे करोति मुक्तिं प्रपितामहानाम्

Lorsque le vœu d’Ekādaśī est observé de façon à se prolonger jusqu’à Dvādaśī, et qu’il est accompli au mois de Nabhas (Bhādrapada) conjointement à la nakṣatra Śravaṇa, alors—surtout au confluent lié à Somāsuta—il accorde la délivrance aux ancêtres, jusqu’aux arrière‑grands‑pères.

Verse 4

यद्दीयते द्वादशिवासरे शुभे विष्णुं समुद्दिश्य तथा पितॄणाम् । पर्य्याप्तमिष्ठैः क्रतुतीर्थदानैर्भक्त्या प्रदत्तं खलु मेरुतुल्यम्

Quel que soit le don offert au jour faste de Dvādaśī, en le dédiant au Seigneur Viṣṇu et de même aux Pitṛs (ancêtres), s’il est donné avec dévotion, devient en mérite égal au mont Meru, suffisant et même supérieur aux fruits des sacrifices, des grands rites, des pèlerinages et des aumônes rituelles.

Verse 5

महानदीं प्राप्य दिनं च विष्णोस्तोयांजलिं यस्तुपितॄन्ददाति । श्राद्धं कृतं तेन समाः सहस्रं यच्छन्ति कामान्पितरः सुतृप्ताः

Parvenu au Mahānadī, au jour sacré de Viṣṇu, quiconque offre aux Pitṛs une poignée d’eau (tarpana), par cet acte un Śrāddha est tenu pour accompli durant mille ans; et les ancêtres, pleinement rassasiés, accordent les grâces désirées.

Verse 6

शरणागतानां परिपालनेन ह्यन्नप्रदानेन शृणुष्व पुत्र । ऋणप्रदाने द्विजदेवतानां तद्वै फलं जागरणेन् विष्णोः

Écoute, mon fils : le fruit obtenu en protégeant ceux qui cherchent refuge, en donnant de la nourriture et en acquittant les dettes envers les dvijas semblables aux dieux (brāhmaṇas), ce même mérite s’obtient en vérité par la veille nocturne sacrée pour Viṣṇu (à Dvārakā).

Verse 7

यः स्वर्णधेनुं मधुनीरधेनुं कृष्णाजिनं रौप्यसुवर्णमेरु । ब्रह्मांडदानं प्रददाति याति स वै फलं जागरणेन विष्णोः

Quiconque donne en aumône une vache d’or, une vache de miel et de lait, une peau d’antilope noire, un mont Meru d’argent et d’or, voire le don de l’œuf cosmique tout entier (brahmāṇḍa), obtient ce même mérite par la seule veille nocturne sacrée en l’honneur du Seigneur Viṣṇu.

Verse 8

सत्येन शौचेन दमेन यत्फलं क्षमादयादानबलेन षण्मुख । दशाश्वमेधैर्बहुदक्षिणैश्च तेषां फलं जागरणेन विष्णोः

Ô Ṣaṇmukha, tout mérite issu de la vérité, de la pureté, de la maîtrise de soi, du pardon et des autres vertus, ainsi que de la puissance du don généreux—jusqu’au fruit de dix sacrifices Aśvamedha avec d’abondantes dakṣiṇā—tout cela s’obtient par la veille (jāgaraṇa) pour le Seigneur Viṣṇu.

Verse 9

स्नानेन यत्प्राप्य नदीं वीरष्ठां यत्पिंडदानेन पितुर्गयायाम् । यद्धेमदानात्कुरुजांगले च तत्स्यात्फलं जागरणेन विष्णोः

Le mérite acquis en se baignant dans la rivière Vīraṣṭhā, en offrant des piṇḍa à son père à Gayā, et en donnant de l’or au Kuru-jāṅgala—ce même fruit s’obtient par la veille nocturne pour Viṣṇu.

Verse 10

हत्यायुतानां यदि संचितानिस्तेयानि रुक्मस्य तथामितानि । निहंत्यनेकानि पुराकृतानि श्रीजागरे ये प्रपठंति गीतम्

Quand bien même on aurait amassé des dizaines de milliers de meurtres et d’innombrables vols d’or, ces fautes anciennes sont anéanties pour ceux qui, durant la veille sacrée, récitent le chant saint à la louange du Seigneur.

Verse 11

मार्गं न ते सौरपुरस्य दूतान्वनांतरं षण्मुख किंचिदन्यत् । स्वप्ने न पश्यंति च ते मनुष्या येषां गता जागरणेन निद्रा

Ô Ṣaṇmukha, ceux dont le sommeil a été chassé par la veille ne voient, même en rêve, ni les messagers de la cité de Yama, ni quelque autre sentier effrayant de la forêt sauvage.

Verse 12

काषायवस्त्रैश्च जटाभरैश्च पूर्ताग्निहोत्रैः किमु चान्य मन्त्रैः । धर्मार्थकामवरमोक्षकरीं च भद्रामेकां भजस्व कलिकालविनाशिनीं च

À quoi bon les robes couleur safran et les cheveux en nattes, les œuvres publiques et les offrandes de feu (agnihotra), ou d’autres mantras? Vénère cette seule observance auspicious: la pratique bénie qui accorde dharma, artha, kāma et la mokṣa suprême, et qui détruit les maux de l’âge de Kali.

Verse 13

इत्युक्तपूर्वं किल नारदेन श्रेयोर्थबुद्ध्या विनतासुताय । कृष्णात्परं नान्यदिहास्ति दैवं व्रतं तदह्नः परमं न किंचित्

Ainsi, en vérité, Nārada avait jadis déclaré, pour le plus grand bien, au fils de Vinatā (Garuḍa) : «Ici, il n’est pas de divinité plus haute que Kṛṣṇa, et nul vœu n’est supérieur au vœu de ce jour-là.»

Verse 14

भोभोः सुराः शृणुत नारद इत्यवोचद्भोभोः खगेन्द्रऋषिसिद्धमुनीन्द्रसंघाः । उत्क्षिप्य बाहुमथ भक्तजनेन चोक्तं नैकादशीव्रतसमं व्रतमस्ति किंचित्

«Écoutez, ô dieux !» déclara Nārada. «Écoutez, ô assemblées de Garuḍa, de ṛṣi, de siddha et de grands sages !» Puis, levant le bras, il proclama ce que les dévots attestent : «Nul vœu n’égale le vœu d’Ekādaśī.»

Verse 15

पक्षीन्द्र पापपुरुषा न हरिं भजंति तद्भक्तिशास्त्रनिरता न कलौ भवंति । कुर्वंति मूढमनसो दशमीविमिश्रामेकादशीं शुभदिनं च परित्यजंति

Ô seigneur des oiseaux, les hommes pécheurs ne vénèrent pas Hari, et, en l’âge de Kali, ils ne s’attachent pas aux śāstra de Sa bhakti. L’esprit égaré, ils souillent Ekādaśī en la mêlant à Daśamī, et délaissent ce jour auspicious.

Verse 16

आर्त्तः सदा चैव सदा च रोगी पापी सदा चैव सदा च दुःखी । सदा कुलघ्नोऽथ सदा च नारकी विद्धं मुरारेर्दिनमाश्रयेत्तु यः

Celui qui se réfugie dans le « jour percé » de Murāri (le Seigneur) demeure toujours affligé, toujours malade, toujours pécheur, toujours dans la peine ; toujours destructeur de sa lignée, et toujours voué à l’enfer.

Verse 27

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहिताया सप्तमे प्रभासखंडे चतुर्थे द्वारकामाहात्म्ये द्वादशीजागरणस्य सर्वतोवरेण्यत्ववर्णनंनाम सप्तविंशतितमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le vingt-septième chapitre, intitulé «Description de la suprématie universelle de la veille nocturne de Dvādaśī», dans la quatrième partie, Dvārakā Māhātmya, du septième livre, Prabhāsa Khaṇḍa, au sein du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille versets.