Adhyaya 37
Prabhasa KhandaDvaraka MahatmyaAdhyaya 37

Adhyaya 37

Ce chapitre présente un ensemble d’enseignements rituels et théologiques étroitement liés à la géographie sacrée de Dvārakā. Il s’ouvre sur l’insistance de Prahlāda : à l’âge de Kali, le nāma-japa—la répétition ininterrompue du nom « Kṛṣṇa »—est une discipline constante, source de transformation intérieure et de mérite exceptionnel. Il précise ensuite des nuances calendaires autour d’Ekādaśī/Dvādaśī, en nommant des conditions particulières de tithi telles qu’Unmīlinī, et en exaltant le mérite accru de la veille nocturne (jāgaraṇa), y compris la rare configuration Vañjulī en l’âge de Kali. Le propos se tourne alors vers Cakra-tīrtha : s’y baigner est dit effacer les souillures morales et orienter le pratiquant vers la « demeure suprême » sans trouble. Le lieu est défini par la tradition selon laquelle Kṛṣṇa y lava le cakra. Vient ensuite un catalogue de pierres marquées du cakra, portant de une à douze marques, associées à des formes divines et à des fruits gradués—de la stabilité et de la prospérité mondaines jusqu’à la souveraineté, et finalement au nirvāṇa/mokṣa. La conclusion insiste sur le phala : le simple toucher ou le culte de ces pierres dissout de grands péchés, et leur souvenir à l’heure de la mort est présenté comme salvateur ; les bains à Gomati-saṅgama et à Bhṛgu-tīrtha sont aussi affirmés comme neutralisant de lourdes impuretés, élevant la bhakti, même mêlée, vers la pureté sāttvika.

Shlokas

Verse 1

श्रीप्रह्लाद उवाच । कृष्णकृष्णेति कृष्णेति श्वपचो जागरन्निशि । जपेदपि कलौ नित्यं कृष्णरूपी भवेद्धि सः

Śrī Prahlāda dit : Même un caṇḍāla, veillant la nuit, s’il répète sans cesse en l’âge de Kali—« Kṛṣṇa, Kṛṣṇa, Kṛṣṇa »—devient vraiment de forme kṛṣṇique, obtenant la ressemblance au Seigneur par le japa continuel.

Verse 2

कृष्णकृष्णेति कृष्णेति कलौ वदत्यहर्निशम् । नित्यं यज्ञायुतं पुण्यं तीर्थकोटिसमुद्भवम्

En l’âge de Kali, celui qui prononce sans relâche « Kṛṣṇa, Kṛṣṇa—Kṛṣṇa » jour et nuit acquiert continuellement un mérite égal à dix mille sacrifices, une sainteté issue de crores de tīrthas sacrés.

Verse 3

संपूर्णैकादशी भूत्वा द्वादश्यां वर्द्धते यदि । उन्मीलिनीति विख्याता तिथीनामुत्तमा तिथिः

Lorsque l’Ekādaśī est pleinement accomplie et qu’elle se prolonge pourtant jusqu’au Dvādaśī, ce tithi d’exception est connu sous le nom d’« Unmīlinī », le plus excellent des tithis.

Verse 4

वंजुलीवासरे ये वै रात्रौ कुर्वंति जागरम् । यज्ञायुतायुतं पुण्यं मुहूर्तार्द्धेन जायते

Ceux qui veillent toute la nuit au jour de Vaṃjulī obtiennent, en à peine un demi-muhūrta, un mérite égal à dix mille fois dix mille sacrifices.

Verse 5

संपूर्णा द्वादशी भूत्वा वर्द्धते चापरे दिने । त्रयोदश्यां मुनिश्रेष्ठा वंजुली दुर्ल्लभा कलौ

Ô meilleur des sages, lorsque la Dvādaśī est accomplie et qu’elle se prolonge au jour suivant jusqu’à la Trayodaśī, une telle occurrence de Vaṃjulī est rare en l’âge de Kali.

Verse 6

उन्मीलिनीमनुप्राप्य ये प्रकुर्वंति जागरम् । निमिषार्द्धेन तत्पुण्यं गवां कोटिफलप्रदम्

Ceux qui, parvenus au tithi Unmīlinī, accomplissent la veille sacrée (jāgara)—ne fût-ce qu’un demi-instant—reçoivent un mérite donnant le fruit du don d’un crore de vaches.

Verse 7

संपूर्णैकादशी भूत्वा प्रत्यऽहं वर्द्धते यदि । दर्शश्च पौर्णमासी च पक्षवृद्धिस्तथोच्यते

Si l’Ekādaśī est complète et qu’ensuite elle se prolonge de jour en jour, alors la nouvelle lune (darśa) comme la pleine lune (paurṇamāsī) sont dites « pakṣavṛddhi », l’allongement de la quinzaine.

Verse 8

पक्षवृद्धिकरीं प्राप्य ये प्रकुर्वंति जागरम् । निमिषार्द्धार्द्धमात्रेण गवां कोटिफलप्रदम्

Ceux qui, lorsqu’advient un tithi produisant la pakṣavṛddhi, accomplissent la veille (jāgara)—ne fût-ce qu’un quart d’instant—reçoivent un mérite donnant le fruit du don d’un crore de vaches.

Verse 9

श्रीप्रह्लाद उवाच । चक्रतीर्थे नरः स्नात्वा मुच्यते सर्व किल्बिषैः । स याति परमं स्थानं दाहप्रलयवर्जितम्

Śrī Prahlāda dit : Celui qui se baigne à Cakratīrtha est délivré de toutes les fautes ; et il atteint la demeure suprême, épargnée par l’embrasement et la dissolution (pralaya).

Verse 10

चक्रं प्रक्षालितं यत्र कृष्णेन स्वयमेव हि । तेन वै चक्रतीर्थं हि पुण्यं च परमं हरेः । भवंति तत्र पाषाणाश्चक्रांका मुक्तिदायकाः

Là où Kṛṣṇa lui-même lava le disque (cakra), ce lieu est donc appelé Cakratīrtha, très saint et appartenant à Hari. Là apparaissent des pierres portant l’empreinte du cakra, dispensatrices de délivrance (mokṣa).

Verse 11

तत्रैव यदि लभ्यंते चक्रैर्द्वादशभिः सह । द्वादशात्मा स विज्ञेयो मोक्षदः परिकीर्तितः

Là même, si l’on trouve une pierre portant douze marques de disque (cakra), qu’on la reconnaisse comme « de nature douzefois » ; elle est célébrée comme dispensatrice de la délivrance (mokṣa).

Verse 12

एकचक्रेण पाषाणो द्वारवत्यां सुशोभनः । सुदर्शनाभिधेयोसौ मोक्षैकफलदायकः

À Dvāravatī, une belle pierre portant une seule marque de disque est appelée « Sudarśana » ; elle accorde l’unique fruit : la délivrance (mokṣa).

Verse 13

लक्ष्मीनारायणौ द्वौ तौ भुक्तिमुक्तिफलप्रदौ । त्रिभिश्चैवाच्युतं देवं सदेन्द्रपददायकम्

En prononçant deux fois le Nom divin, on atteint Lakṣmī–Nārāyaṇa, dispensateurs des fruits de la jouissance terrestre et de la délivrance. En le prononçant trois fois, on parvient à Acyuta, le Seigneur impérissable, qui accorde même la haute dignité d’Indra.

Verse 14

भूतिदो विघ्नहंता च चतुश्चक्रो जनार्द्दनः । पञ्चभिर्वासुदेवस्तु जन्ममृत्युभयापहः

Par quatre (prononciations), on atteint Janārdana—porteur du disque (aux quatre bras), dispensateur de prospérité et destructeur des obstacles. Par cinq, on atteint Vāsudeva, qui ôte la crainte de la naissance et de la mort.

Verse 15

प्रद्युम्नः षड्भिरेवासौ लक्ष्मीं कांतिं ददाति च । सप्तभिर्बलदेवस्तु गोत्रकीर्तिविवर्द्धनः

Par six (prononciations), ce Seigneur est Pradyumna, qui accorde Lakṣmī (la fortune) et l’éclat. Par sept, il est Baladeva, accroisseur de la lignée et de la bonne renommée.

Verse 16

वांछितं चाष्टभिर्भक्त्या ददाति पुरुषोत्तमः । सर्वं दद्यान्नवव्यूहो दुर्ल्लभो यः सुरोत्तमैः

Avec dévotion, par huit récitations, Puruṣottama accorde la grâce désirée. Le Vyūha aux neuf aspects donne tout—Lui que même les plus grands des dieux peinent à atteindre.

Verse 17

राज्यप्रदो दशभिस्तु दशावतार एव च । एकादशभिरैश्वर्य्यमनिरुद्धः प्रयच्छति

Par dix récitations, Il devient le dispensateur de la royauté—oui, le Seigneur même des Dix Avatāras. Par onze récitations, Aniruddha accorde la souveraineté, la puissance et l’opulence divine.

Verse 18

निर्वाणं द्वादशात्मा तु चक्रैर्द्वादशभिः स्मृतम् । अत ऊर्ध्वमनंतोऽसौ सौख्यमोक्षप्रदायकः

Le Nirvāṇa est enseigné comme une réalité à douze aspects, rappelée par douze Cakras (formes de disque). Au-delà de cela, Ananta accorde à la fois la béatitude spirituelle et la délivrance (mokṣa).

Verse 19

ये केचित्तत्र पाषाणाः कृष्णचक्रेण मुद्रिताः । तेषां स्पर्शनमात्रेण मुच्यते सर्वकिल्बिषैः

Toutes les pierres qui s’y trouvent portent l’empreinte du disque de Kṛṣṇa. Par le seul fait de les toucher, on est délivré de toutes les fautes et souillures.

Verse 20

ब्रह्महत्यादिकं पापं मनोवाक्कायकर्मजम् । तत्सर्वं विलयं याति चक्रांकितप्रपूजनात्

Les péchés tels que le brahma-hatyā, et toutes les fautes nées de la pensée, de la parole et des actes du corps—tout cela se dissout par l’adoration dévote de ce qui porte la marque du Cakra.

Verse 21

म्लेच्छदेशे शुभे वाऽपि चक्रांको यत्र तिष्ठति । योजनानि दश द्वे च मम क्षेत्रं च सुन्दरि

Qu’il soit en terre étrangère ou en une contrée propice, là où demeure l’empreinte du Cakra, ô belle, dans un cercle de douze yojanas alentour se trouve Mon domaine sacré.

Verse 22

मृत्युकाले च संप्राप्ते हृदये यस्तु धारयेत् । चक्राकं पापदलनं स याति परमां गतिम्

Et lorsque survient l’heure de la mort, celui qui garde en son cœur l’empreinte du Cakra, qui broie le péché, atteint la suprême destinée.

Verse 23

गोमतीसंगमे स्नात्वा भृगुतीर्थे तथैव च । न मातुर्वसते कुक्षौ यद्यपि स्यात्स पातकी

Même si l’on est pécheur, après s’être baigné au confluent de la Gomatī et de même à Bhṛgu-tīrtha, on ne demeure plus à nouveau dans le sein d’une mère.

Verse 24

तामसं राजसं वापि यत्कृतं विष्णुपूजनम् । तत्सात्त्विकत्वमभ्येति निम्नगांभो यथार्णवे

Même l’adoration de Viṣṇu accomplie dans un esprit tamasique ou rajasique devient, dans son effet, sattvique—comme l’eau d’un fleuve qui, parvenue à l’océan, prend la nature de la mer.

Verse 37

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीति साहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे चतुर्थे द्वारकामाहात्म्ये द्वारकाक्षेत्रस्थसुदर्शनप्रमुखानन्तान्तचक्रचिह्नांकित पाषाणमाहात्म्यवर्णनपूर्वकतत्पूजनफलादिकथनंनाम सप्तत्रिंशत्तमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le trente-septième chapitre du vénérable Skanda Mahāpurāṇa, dans l’Ekāśīti-sāhasrī Saṃhitā, au sein du septième Prabhāsa Khaṇḍa et du quatrième Dvārakā Māhātmya, intitulé : «Exposé de la grandeur des pierres du kṣetra sacré de Dvārakā marquées du signe du disque—depuis Sudarśana jusqu’à Ananta—avec le récit des fruits de leur adoration et des sujets connexes».