Adhyaya 41
Prabhasa KhandaDvaraka MahatmyaAdhyaya 41

Adhyaya 41

Ce chapitre présente un enseignement théologico‑rituel attribué à Prahlāda, qui exalte l’efficacité accrue des pratiques de bhakti et des rites ancestraux accomplis à Dvārakā, en particulier en lien avec la rivière Gomatī. Il est dit que celui qui se baigne dans la Gomatī et adore Kṛṣṇa en offrant, entre autres, la fleur ketakī et la tulasī obtient une auspiciosité exceptionnelle et se trouve protégé des cycles rigoureux du saṃsāra ; selon l’idiome de la phala‑śruti, ce mérite est décrit comme s’approchant de « l’immortalité ». Le texte affirme encore que nourrir ne serait‑ce qu’une seule personne à Dvārakā porte un fruit supérieur à celui de nourrir d’immenses foules ailleurs, et que le simple souvenir intérieur de Dvārakā consume les fautes passées, présentes et futures. Dans le contexte du Kali‑yuga, demeurer tourné vers Dvārakā est présenté comme un signe d’accomplissement du but de la vie humaine. Le chapitre relie aussi Dvārakā au bien‑être des ancêtres : les pitṛ‑gaṇas y résideraient, et les offrandes d’eau au sésame (tila) ainsi que le śrāddha avec piṇḍa‑dāna—après le bain dans la Gomatī—deviennent inépuisables, procurant une satisfaction durable aux aïeux. Des repères temporels (éclipses, vyatīpāta, saṅkrānti, vaidhr̥ti et observances calendaires) sont évoqués pour situer le temps rituel, tout en affirmant la supériorité de Dvārakā dans la géographie sacrée de l’Inde.

Shlokas

Verse 1

श्रीप्रह्लाद उवाच । धन्यास्तु नरलोकास्ते गोमत्यां तु कृतोदकाः । पूजयिष्यंति ये कृष्णं केतकीतुलसीदलैः

Śrī Prahlāda dit : Vraiment bénis sont, dans le monde des hommes, ceux qui font leurs ablutions dans la Gomati et qui adoreront Kṛṣṇa avec des fleurs de ketakī et des feuilles de tulasī.

Verse 2

न तेषां संभवोऽस्तीह घोरसंसा रगह्वरे । तेषां मृत्युः पुनर्नास्ति ह्यमरत्वं हि ते गताः

Pour eux, il n’y a plus de retour dans l’effroyable caverne du saṃsāra. Pour eux, la mort ne revient plus : ils ont, en vérité, atteint l’immortalité.

Verse 3

अन्यत्र वै यतीनां तु कोटीनां यत्फलं भवेत् । द्वारकायां तु चैकेन भोजितेन ततोऽधिकम्

Quel que soit le fruit obtenu ailleurs en nourrissant des millions d’ascètes—à Dvārakā, ce fruit est surpassé en nourrissant ne fût-ce qu’un seul.

Verse 4

अतीतं वर्त्तमानं च भविष्यद्यच्च पातकम् । निर्द्दहेन्नास्ति संदेहो द्वारका मनसा स्मृता

Les péchés du passé, du présent, et même ceux qui doivent encore venir—sans aucun doute—sont consumés lorsque Dvārakā est rappelée dans l’esprit.

Verse 5

ज्ञात्वा कलियुगे घोरे हाहाभूतमचेतनम् । द्वारकां ये न मुञ्चन्ति कृतार्थास्ते नरोत्तमाः

Sachant que, dans le redoutable Kali-yuga, les hommes deviennent hébétés, criant « hā hā » dans la détresse et privés du juste discernement, ceux qui, parmi les meilleurs des humains, n’abandonnent pas Dvārakā sont véritablement comblés dans leur vie.

Verse 6

मृतानां यत्र जंतूनां श्वेतद्वीपे स्थितिः सदा

Là, pour les êtres qui sont morts, il existe à jamais une demeure assurée en Śvetadvīpa.

Verse 7

अग्निष्वात्ता बर्हिषद आज्यपाः सोमपाश्च ये । एकविंशतिः पितृगणा द्वारकायां वसंति ते

Les cohortes des Pitṛ—Agniṣvāttas, Barhiṣads, Ājyapas et Somapās—oui, les vingt et un groupes d’ancêtres demeurent à Dvārakā.

Verse 8

पुष्करादीनि तीर्थानि गंगाद्याः सरितस्तथा । कुरुक्षेत्रादि क्षेत्राणि काश्यादीन्यूषराणि च

Puṣkara et les autres tīrtha de pèlerinage; la sainte Gaṅgā et les autres rivières sacrées; Kurukṣetra et les autres contrées consacrées; et Kāśī et d’autres terres saintes renommées—tout cela se trouve ici rassemblé.

Verse 9

गयादिपितृतीर्थानि प्रभासाद्यानि यानि च । स्थानानि यानि पुण्यानि ग्रामाश्च निवसंति वै

Les Pitṛ‑tīrtha à commencer par Gayā, et les lieux saints à commencer par Prabhāsa—quels que soient les sanctuaires méritoires et les villages sanctifiés qui existent—tout cela, en vérité, demeure ici.

Verse 10

काश्यादिपुर्यो या नित्यं निवसंति कलौ युगे । नित्यं कृष्णस्य सदने पापिनां मुक्तिदे सदा

Les cités sacrées à commencer par Kāśī, qui demeurent même au Kali‑yuga—de même, dans la demeure même de Kṛṣṇa (Dvārakā), la délivrance est sans cesse accordée, même aux pécheurs.

Verse 11

वैशाखशुक्लद्वादश्यां प्रबोधिन्यां शेषतः । वैशाख्यां दैत्यशार्दूल कल्पादिषु युगादिषु

Au clair Dvādaśī de Vaiśākha—en la sainte ‘Prabodhinī’, le Jour de l’Éveil—et aussi durant le mois de Vaiśākha, ô tigre parmi les Daityas; il en est de même aux commencements des kalpas et des yugas.

Verse 12

चंद्रसूर्योपरागेषु मन्वादिषु न संशयः । व्यतीपातेषु संक्रांतौ वैधृतौ दैत्यनायक

Lors des éclipses de lune et de soleil; aux jonctions des Manvantaras—sans aucun doute—et aussi à Vyatīpāta, à Saṅkrānti et à Vaidhṛti, ô chef des Daityas.

Verse 13

तिलोदकं च यद्दत्त तत्स्थले पितृभक्तितः । तत्सर्वमक्षयं प्रोक्तं गोमत्यां स्नानपूर्वकम्

Et toute offrande d’eau mêlée de sésame (tilodaka) donnée en ce lieu avec dévotion envers les ancêtres—lorsqu’elle est précédée du bain dans la Gomatī—est proclamée d’un fruit impérissable, inépuisable.

Verse 14

येऽत्र श्राद्धं प्रकुर्वंति पिंडदानपुरःसरम् । तेषामत्राक्षया तृप्तिः पितॄणामुपजायते

Ceux qui accomplissent ici le śrāddha, avec l’offrande de piṇḍa comme acte premier—pour eux, en ce lieu même, naît pour leurs ancêtres une satisfaction impérissable, inépuisable.

Verse 41

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे चतुर्थ द्वारकामाहात्म्ये गोमतीस्नान कृष्णपूजन यतिभोजन दान श्राद्धादिसत्फलवर्णनंनामैकचत्वारिंशोऽध्यायः

Ainsi, dans le saint Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers—dans le septième Prabhāsa-khaṇḍa, en la quatrième section, le Dvārakā Māhātmya, s’achève le quarante et unième chapitre, intitulé : «Description des fruits auspices du bain dans la Gomatī, du culte de Kṛṣṇa, du repas offert aux yati, de la charité, du śrāddha et des rites connexes».