Adhyaya 35
Prabhasa KhandaDvaraka MahatmyaAdhyaya 35

Adhyaya 35

Cet adhyāya prend la forme d’un dialogue où Prahlāda exalte la sainteté incomparable de Dvārakā et la puissance de transformation qu’apporte le simple darśana—la vision—de ses dévots et habitants vaiṣṇavas, marqués par l’iconographie aux quatre bras. Il affirme que la sacralité de Dvārakā s’étend largement et demeure visible même aux êtres célestes; jusqu’aux pierres, à la poussière et aux petites créatures, tout y devient un moyen de délivrance, renforçant le caractère salvifique du kṣetra. Vient ensuite une régulation éthique: la faute de dénigrer les habitants de Dvārakā, c’est-à-dire l’offense de blâmer les Vaiṣṇava (Vaiṣṇava-nindā), est sévèrement condamnée. Le rôle punitif de Jayanta sert d’exemple, et il est déclaré que cette censure entraîne de grandes souffrances. Puis l’enseignement prescriptif s’élève: servir Kṛṣṇa à Dvārakā, y demeurer avec bhakti, et faire le dāna même en petite quantité donnent des fruits amplifiés, supérieurs aux rites réputés d’ailleurs (tels les dons à Kurukṣetra ou les mérites du Godāvarī). Le texte ajoute des indications calendaires et rituelles, notamment le bain dans la Gomati lorsque Guru (Jupiter) se tient dans le Lion, ainsi qu’une efficacité accrue en certains mois. Il se conclut par une éthique des infrastructures: bâtir des abris, des ouvrages d’eau et des maisons de repos, réparer étangs et puits, installer des images de Viṣṇu—autant d’actes menant à des jouissances célestes graduées et à l’accès à Viṣṇuloka; et il s’achève sur la question de savoir pourquoi Dvārakā accélère singulièrement le puṇya et empêche la « germination » du pāpa.

Shlokas

Verse 1

प्रह्लाद उवाच । अहो क्षेत्रस्य माहात्म्यं समंताद्दशयोजनम् । दिविष्ठा यत्र पश्यंति सर्वानेव चतुर्भुजान्

Prahlāda dit : Ah ! merveilleuse est la grandeur de ce kṣetra, s’étendant sur dix yojanas de tous côtés, où les habitants du ciel voient tous les êtres pourvus de quatre bras, en forme divine.

Verse 2

अहो क्षेत्रस्य माहात्म्यं दृष्ट्वा नित्यं चतुर्भुजान् । द्वारकावासिनः सर्वान्नमस्यंति दिवौकसः

Ah ! merveilleuse est la grandeur de cette région sainte : voyant tous les habitants de Dvārakā toujours pourvus de quatre bras, les habitants du ciel se prosternent devant eux tous.

Verse 3

अहो क्षेत्रस्य माहात्म्यं सर्वशास्त्रेषु विश्रुतम् । अहो क्षेत्रस्य माहात्म्यं शृण्वंतु ऋषयोऽमलाः

Ô ! La grandeur de ce kṣetra sacré est renommée dans toutes les śāstras. Ô ! Que les ṛṣi sans tache entendent encore la grandeur de ce kṣetra.

Verse 4

मुक्तिं नेच्छंति यत्रस्थाः कृष्णसेवोत्सुकाः सदा । यत्रत्याश्चैव पाषाणा यत्र क्वापि विमुक्तिदाः

Là, ceux qui demeurent—toujours avides de servir Kṛṣṇa—ne désirent même pas la délivrance. Même les pierres qu’on y trouve, où que ce soit, deviennent dispensatrices de libération.

Verse 5

अपि कीट पतंगाद्याः पशवोऽथ सरीसृपाः । विमुक्ताः पापिनः सर्वे द्वारकायाः प्रसादतः । किं पुनर्मानवा नित्यं द्वारकायां वसंति ये

Même les insectes et les papillons de nuit, les bêtes et les reptiles—fussent-ils pécheurs—sont tous délivrés par la grâce de Dvārakā. Combien plus encore les humains qui demeurent sans cesse à Dvārakā !

Verse 6

या गतिः सर्वजंतूनां द्वारकापुरवासिनाम् । सा गतिर्दुर्लभा नूनं मुनीनामूर्द्ध्वरेतसाम्

La destinée atteinte par tous les êtres qui demeurent dans la cité de Dvārakā—cet état même—est assurément difficile à obtenir, même pour les munis ascètes à la semence maîtrisée.

Verse 7

सर्वेषु क्षेत्रतीर्थेषु वसतां वर्षकोटिभिः । तत्फलं निमिषाद्धेंन द्वारकायां दिनेदिने

Le fruit acquis en demeurant des crores d’années dans tous les kṣetras et tīrthas sacrés—ce même fruit—s’obtient à Dvārakā, jour après jour, en un seul instant.

Verse 8

द्वारकायां स्थिताः सर्वे नरा नार्य्यश्चतुर्भुजाः । द्वारकावासिनः सर्वान्यः पश्येत्कलुषापहान् । सत्यंसत्यं द्विजश्रेष्ठाः कृष्णस्यातिप्रियो भवेत्

À Dvārakā, tous les hommes et toutes les femmes qui y demeurent sont vus comme pourvus de quatre bras. Celui qui considère tous les habitants de Dvārakā comme des ôteurs d’impureté—vraiment, vraiment, ô le meilleur des brahmanes—devient infiniment cher à Kṛṣṇa.

Verse 9

द्वारकावासिनो ये वै निंदंति पुरुषाधमाः । कृष्णस्नेहविहीनास्ते पतंति दुःखसागरे

Ces hommes abjects qui outragent les habitants de Dvārakā sont privés d’amour pour Kṛṣṇa ; ils tombent dans un océan de douleur.

Verse 10

जयंतेन भृशं त्रस्ताः शूलाग्रारोपिताश्चिरम् । कर्षितास्ताडितास्ते वै मूर्च्छिताः पुनरुत्थिताः

Terrifiés à l’excès par Jayanta, ils furent longtemps hissés sur la pointe d’une lance ; traînés et frappés, ils s’évanouissaient puis se relevaient encore.

Verse 11

त्राहित्राहि जयंत त्वं वदंतो हि भयातुराः । स्मरंतः पूर्वपापं ते जयंतेन प्रताडिताः

Accablés de peur, ils ne cessaient de crier : « Sauve-nous, sauve-nous, ô Jayanta ! » Se souvenant de leurs fautes anciennes, ils étaient frappés encore et encore par Jayanta.

Verse 12

जयंत उवाच । किं कृतं मंदभाग्यैर्वो यत्पापं च सुदारुणम् । सर्वं पुण्यफलं लब्ध्वा द्वारकावासमुत्तमम्

Jayanta dit : « Quel péché si terriblement cruel avez-vous commis, ô infortunés, après avoir obtenu le plein fruit du mérite, à savoir l’excellent privilège de demeurer à Dvārakā ? »

Verse 13

द्वारकावासिनां निंदा महापापाधिका ध्रुवम् । न निवर्तेत तत्पापं सा ज्ञेया परमेश्वरी

Médire des habitants de Dvārakā est assurément plus grave que les grands péchés. Ce péché ne s’efface pas aisément ; sachez que sa conséquence est d’une puissance souveraine.

Verse 14

अतः कृष्णाज्ञया सर्वान्पापिनो दंडयाम्यहम् । वैष्णवानां च निंदायाः फलं भुक्त्वा सुदारुणम्

Ainsi, sur l’ordre de Kṛṣṇa, je châtie tous ces pécheurs, afin qu’ils subissent le fruit terriblement cruel de l’outrage fait aux Vaiṣṇava.

Verse 15

ततस्तु द्वारकायां च पुण्यं जन्म भविष्यति । कृष्णं प्रतोष्य संसिद्धिर्भविष्यति सुदुर्ल्लभा

Ensuite, à Dvārakā, naîtra une naissance méritoire ; et, en réjouissant pleinement Kṛṣṇa, on obtiendra une perfection très difficile à atteindre.

Verse 16

तस्मात्तद्भुज्यतां पापं जातं वैष्णवनिंदनात् । तत्रत्यानां प्रभुर्नैव यम ईष्टे महेश्वरः

Ainsi, que soit enduré et consumé le péché né de l’outrage aux Vaiṣṇava. Pour ceux qui demeurent là, Yama n’est pas le maître ; Maheśvara y est honoré comme l’autorité suprême.

Verse 17

श्रीप्रह्लाद उवाच । तस्माद्द्वारवतीं गत्वा संसेव्यो देवनायकः

Śrī Prahlāda dit : «Ainsi, étant allé à Dvāravatī, qu’on serve avec dévotion le Seigneur, chef des dieux.»

Verse 18

गोमतीतीरमाश्रित्य द्वारकायां प्रयच्छति । यत्तु किंचिद्धनं विप्राः श्रूयतां तत्फलोदयम्

S’étant réfugié sur la rive de la Gomatī à Dvārakā, quelle que soit la richesse qu’un homme donne en offrande—ô brāhmaṇas, écoutez maintenant l’éclosion de ses fruits méritoires.

Verse 19

हेमभारसहस्रैस्तु रविवारे रविग्रहे । कुरुक्षेत्रे यदाप्नोति गजाश्वरथदानतः

Le mérite que l’on obtient à Kurukṣetra—un dimanche, lors d’une éclipse solaire—en offrant des éléphants, des chevaux et des chars (est ici donné comme étalon de comparaison).

Verse 20

सहस्रगुणितं तस्मात्सत्यंसत्यं मयोदितम् । हेममाषार्द्धमानेन द्वारकादानयोगतः

Ainsi, le mérite devient mille fois accru—vérité, vérité, telle est ma proclamation. Même par l’acte sacré de charité à Dvārakā, avec seulement une demi-mesure de māṣa d’or, on obtient ce fruit multiplié.

Verse 21

पत्राणां चैव पुष्पाणां नैवेद्यसिक्थसंख्यया । कृष्णदेवस्य पूजायामनंतं भवति द्विजाः

Ô brāhmaṇas, dans le culte du Seigneur Kṛṣṇa, le fruit devient sans fin—qu’on le mesure au nombre de feuilles et de fleurs offertes, ou aux offrandes de nourriture (naivedya) et de lampes de dévotion.

Verse 22

अन्नदानं तु यः कुर्य्याद्द्वारकायां तु तत्फलम् । नैव शक्नोम्यहं वक्तुं ब्रह्मा शेषमहेश्वरौ

Mais quiconque accomplit le don de nourriture (annadāna) à Dvārakā—je ne puis en dire le fruit; ni Brahmā, ni Śeṣa, ni Maheśvara ne sauraient l’exprimer pleinement.

Verse 23

ब्राह्मणः क्षत्रियो वैश्यः शूद्रो वाऽप्यथ वांऽत्यजः । नारी वा द्वारकायां वै भक्त्या वासं करोति वै

Qu’il soit brāhmane, kṣatriya, vaiśya, śūdra, ou même né dans une communauté dite dernière (marginalisée)—ou encore une femme—quiconque demeure à Dvārakā avec bhakti obtient véritablement le fruit sacré.

Verse 24

कुलकोटिं समुद्धृत्य विष्णुलोके महीयते । सत्यंसत्यं द्विजश्रेष्ठा नानृतं मम भाषितम्

Ayant relevé dix millions de son lignage, il est honoré dans le monde de Viṣṇu. Vraiment, vraiment, ô le meilleur des deux-fois-nés : ce que j’ai dit n’est point mensonge.

Verse 25

द्वारकावासिनं दृष्ट्वा स्पृष्ट्वा चैव विशेषतः । महापापविनिर्मुक्ताः स्वर्गलोके वसंति ते

Rien qu’en voyant un habitant de Dvārakā—et plus encore en le touchant—ils sont délivrés des grands péchés et demeurent dans les mondes célestes.

Verse 26

पांसुवो द्वारकाया वै वायुना समुदीरिताः । पापिनां मुक्तिदाः प्रोक्ताः किं पुनर्द्वारका भुवि

Même la poussière de Dvārakā, soulevée et portée par le vent, est dite accorder la délivrance aux pécheurs—combien plus encore Dvārakā elle-même sur la terre !

Verse 27

श्रीप्रह्लाद उवाच । श्रूयतां द्विजशार्दूला महामोहविनाशनम् । द्वारकायाश्च माहात्म्यं गोमतीकृष्णसन्निधौ

Śrī Prahlāda dit : Ô tigres parmi les brāhmanes, écoutez la grandeur de Dvārakā—qui détruit la grande illusion—là, en présence de la Gomati et du Seigneur Kṛṣṇa.

Verse 28

कुशावर्त्तात्समारभ्य यावद्वै सागरावधि । यस्यां तिथौ समायाति सिंहे देवपुरोहितः

Depuis Kuśāvarta jusqu’à la limite de l’océan—au tithi lunaire où le prêtre des dieux, Bṛhaspati, entre dans Siṃha (le Lion)…

Verse 29

तस्यां हि गोमतीस्नानं द्विषङ्गोदावरीफलम् । अवगाहिता प्रयत्नेन सिंहांते गौतमी सकृत्

En cette circonstance, se baigner dans la Gomati confère le fruit d’un mérite double de celui, fameux, de la Godāvarī. Celui qui, avec effort, s’immerge ne fût‑ce qu’une fois dans la Gautamī à la fin de Siṃha (le Lion) obtient ce même fruit.

Verse 30

गोदावर्य्यां भवेत्पुण्यं वसतो वर्षसंख्यया । तत्फलं समवाप्नोति गोमतीसेवनाद्द्विजाः

Ô vous, deux‑fois‑nés : le mérite qui naît d’un long séjour, durant des années, sur la Godāvarī—ce même fruit s’obtient simplement en servant avec dévotion la sainte Gomati.

Verse 31

गोमत्यां श्रद्धया स्नानं पूर्णे सिंहस्थिते गुरौ । सहस्रगुणितं तत्स्याद्द्वारवत्यां दिनेदिने

Un bain dans la Gomati, accompli avec foi, lorsque Guru—Bṛhaspati (Jupiter)—demeure pleinement en Siṃha (le Lion), devient mille fois plus méritoire, jour après jour, à Dvāravatī (Dvārakā).

Verse 32

गच्छगच्छ महाभाग द्वारकामिति यो वदेत् । तस्यावलोकनादेव मुच्यते सर्वपातकैः

Quiconque dit : «Va, va, ô bienheureux, à Dvārakā»—rien qu’en posant les yeux sur cette personne, on est délivré de tous les péchés.

Verse 33

द्वारकेति च यो ब्रूयाद्द्वारकाभिमुखो नरः । कृपया कृष्णदेवस्य मुक्तिभागी भवेद्ध्रुवम्

Celui qui, tourné vers Dvārakā, prononce « Dvārakā », par la compassion du Seigneur Kṛṣṇa, devient assurément héritier de la délivrance (mokṣa).

Verse 34

द्वारकां गोमतीं पुण्यां रुक्मिणीं कृष्णमेव च । स्मरंति येऽन्वहं भक्त्या द्वारकाफलभागिनः

Ceux qui, jour après jour, avec dévotion, se souviennent de Dvārakā, de la sainte Gomati, de Rukmiṇī et du Seigneur Kṛṣṇa, deviennent participants au fruit de Dvārakā.

Verse 35

सहस्रयोजनस्थानां येषां स्यादिति मानसम् । द्वारवत्यां गमिष्यामो द्रक्ष्यामो द्वारकेश्वरम्

Même ceux qui se trouvent à mille yojanas, si naît en leur esprit cette résolution : « Nous irons à Dvāravatī ; nous contemplerons Dvārakeśvara », sont élevés spirituellement par cette intention.

Verse 36

सर्वपापैः प्रमुच्यंते धन्यास्ते लोकपावनाः । किं वाच्यं द्वारकायात्रां ये प्रकुर्वंति मानवाः । किं पुनर्द्वारकानाथं कृष्णं पश्यंति ये नराः

Ils sont délivrés de tous les péchés : bienheureux sont-ils, eux qui purifient le monde. Que dire de plus de ceux qui accomplissent le pèlerinage à Dvārakā ? Et combien plus de ceux qui contemplent Kṛṣṇa, le Seigneur de Dvārakā !

Verse 37

मित्रध्रुग्ब्रह्महा गोघ्नः परदारापहारकः । मातृहा पितृहा चैव ब्रह्मस्वापहरस्तथा

Celui qui trahit un ami, celui qui tue un brāhmaṇa, le tueur de vache, l’enleveur de l’épouse d’autrui ; le meurtrier de sa mère ou de son père, et de même le voleur des biens des brāhmaṇas—

Verse 38

एते चान्ये च पापिष्ठा महापापयुताश्च ये । सर्वपापैः प्रमुच्यंते कृष्णदेवस्य दर्शनात्

Ceux-ci et d’autres, les plus pécheurs, même chargés de grands péchés, sont délivrés de toute faute par le darśana, la vision sacrée, du Seigneur Kṛṣṇa.

Verse 39

किं वेदैः श्रद्धया हीनैर्व्याख्यानैरपि कृत्स्नशः । हेमभारसहस्रैः किं कुरुक्षेत्रे रविग्रहे

À quoi servent les Veda lorsqu’ils sont dépourvus de foi, même avec des commentaires complets ? À quoi servent des milliers de charges d’or à Kurukṣetra lors d’une éclipse solaire ?

Verse 40

गजाश्वरथदानैः किं किं मंदिरप्रतिष्ठया । तेषां पूजादिना सम्यगिष्टा पूर्तादिभिश्च किम्

À quoi bon offrir des éléphants, des chevaux et des chars, ou même consacrer des temples ? À quoi bon un culte élaboré, des sacrifices et des œuvres de mérite public, lorsque l’on obtient le fruit suprême célébré ici ?

Verse 41

राजसूयाश्वमेधाद्यैः सर्वयज्ञैश्च किं भवेत् । सेवनैः क्षेत्रतीर्थानां तपोभिर्विविधैस्तु किम्

Que gagne-t-on même par le Rājasūya, l’Aśvamedha et tous les sacrifices ? Et à quoi bon servir tant de lieux saints et de tīrtha, ou pratiquer diverses austérités, lorsque le mérite suprême proclamé ici est à portée ?

Verse 42

किं मोक्षसाधनैः क्लेशैर्ध्यानयोगसमाधिभिः । द्वारकेश्वरकृष्णस्य दर्शनं यस्य जायते

À quoi bon les disciplines douloureuses dites moyens de libération—méditation, yoga et samādhi—pour celui à qui advient la vision de Kṛṣṇa, Seigneur de Dvārakā ?

Verse 43

माहात्म्यं द्वारकायास्तु अथवा यः शृणोति च । विशेषेण तु वैशाख्यां जयंत्याश्चैव जागरे

Ou quiconque écoute la grandeur de Dvārakā—surtout au mois de Vaiśākha et lors de la veille nocturne de Jayantī—obtient un mérite tout à fait exceptionnel.

Verse 44

माघ्यां च फाल्गुने चैत्रे ज्येष्ठे चैव विशेषतः । अद्यापि द्वारका पुण्या कलावपि विशेषतः

En Māgha, en Phālguna, en Caitra et en Jyeṣṭha—tout particulièrement—Dvārakā est sainte ; aujourd’hui encore, même à l’âge de Kali, elle demeure sainte d’une manière spéciale.

Verse 45

यस्यां सत्रं प्रपां कृत्वा प्रासादं मंचमेव च । यतीनां शरणं कृत्वा तीरे मंडपमेव च

Dans cette cité sainte (Dvārakā), après avoir établi un satra (distribution gratuite de nourriture), une prapā (don d’eau), un sanctuaire ou une salle, ainsi que des lieux de repos ; après avoir offert refuge aux yati (renonçants), et aussi un pavillon sur le rivage—

Verse 46

वापीकूपतडागानां जीर्णोद्धारमथापि वा । मूर्तिं विष्णोः प्रतिष्ठाप्य दत्त्वा वा भोगसाधनम्

Ou bien, ayant restauré de vieux puits, des puits à degrés (vāpī) et des étangs ; ou ayant consacré (pratiṣṭhā) une image de Viṣṇu ; ou ayant offert les moyens nécessaires aux offrandes et au culte—

Verse 47

श्रूयतां तत्फलं विप्राः सर्वोत्कृष्टं वदाम्यहम् । संप्राप्य वांछितान्कामान्कृष्णानुग्रहभाजनम्

Écoutez, ô brāhmaṇas, le fruit de cela : je vais dire le résultat le plus excellent—l’on obtient les buts désirés et l’on devient un réceptacle digne de la grâce de Kṛṣṇa.

Verse 48

तेजोमयेषु लोकेषु भुक्त्वा भोगाननुक्रमात् । प्राप्नोति विष्णुलोकं वै नरो देवनमस्कृतम्

Après avoir goûté, selon l’ordre, aux jouissances dans les mondes de splendeur, cet homme atteint véritablement le séjour de Viṣṇu, vénéré même par les dieux.

Verse 49

स्थापयेद्द्वारकायां वै मूर्तिं दारुशिलामयीम् । त्रैलोक्यं स्थापितं तेन विष्णोः सायुज्यतामियात्

Qu’on installe à Dvārakā une image (du Seigneur) faite de bois ou de pierre. Par cet acte, c’est comme s’il avait établi les trois mondes, et il obtient le sāyujya, l’union avec Viṣṇu.

Verse 50

प्ररोहो नास्ति पापस्य पुण्यस्य वृद्धिरुत्तमा । द्वारकायां कथं जातं वैलक्षण्यमिदं प्रभो । क्षेत्रेभ्यः सर्वतीर्थेभ्य आश्चर्य्यं कथयंति ते

Ô Seigneur ! À Dvārakā, le péché ne germe plus, tandis que le mérite croît de la manière la plus haute. Comment cette singularité est-elle née à Dvārakā ? On la dit merveilleuse, surpassant tous les lieux saints et tous les tīrthas.