
Ce chapitre est un māhātmya à visée prescriptive : Prahlāda s’adresse aux dvija et les détourne des autres fleuves renommés pour les conduire à la confluence de la Gomati et de l’Océan, en affirmant que le mérite rituel y est sans égal et que ce lieu détruit les péchés. Il établit un parcours en plusieurs degrés : arrivée à la confluence et louange de sa puissance purificatrice ; puis offrande d’arghya au Seigneur de l’Océan et à la rivière Gomati, avec des paroles de dévotion précisément indiquées. Viennent ensuite les règles d’orientation pour le bain, suivies des rites aux ancêtres (tarpana et śrāddha), en soulignant la dakṣiṇā et des dons particuliers, notamment l’or. Le chapitre dresse aussi un catalogue de dāna—tulāpuruṣa, don de terres, kanyā-dāna, vidyā-dāna, et dons symboliques de ‘dhenu’—avec les fruits annoncés pour chacun. Le texte insiste sur l’intensification selon le calendrier, surtout à l’amāvāsyā durant le śrāddha-pakṣa et à d’autres moments favorables, allant jusqu’à dire qu’un śrāddha imparfait devient complet en ce lieu. Il inclut en outre un large éventail de bénéficiaires, y compris des êtres dans diverses conditions post mortem, qui obtiendraient la délivrance par le simple snāna. Enfin, une théologie propre à Cakra-tīrtha est exposée : des pierres marquées du chakra, leurs configurations numérotées de 1 à 12, et les résultats de bhukti/mukti qui y sont liés. Le chapitre s’achève en assurant que le darśana, le sparśa et le souvenir de Hari à l’instant de la mort procurent purification et libération.
Verse 1
प्रह्लाद उवाच । मा गच्छध्वं सुरनदीं कालिंदीं मा सरस्वतीम् । गच्छध्वं च द्विजश्रेष्ठा गोमत्युदधिसंगमे
Prahlāda dit : «N’allez pas au fleuve divin, la Gaṅgā ; n’allez pas à la Kāliṇdī (Yamunā), ni à la Sarasvatī. Allez plutôt, ô meilleurs des brāhmaṇas, au confluent de la Gomati et de l’Océan.»
Verse 2
प्राप्यते हेलया यत्र सर्वे कामा न संशयः । गोमतीजलकल्लोलैः क्रीडते यत्र सागरः
Là où, même sans effort, tous les désirs sont obtenus—sans aucun doute ; là où l’Océan semble jouer parmi les crêtes des vagues des eaux de la Gomati.
Verse 3
पापघ्नं गोमतीतीरं प्राप्यते पुण्यवन्नरैः । सागरेण च संमिश्रं महापातकनाशनम्
La rive de la Gomati, qui détruit le péché, est atteinte par les hommes méritants ; et lorsqu’elle se mêle à l’Océan, elle devient destructrice même des fautes les plus graves.
Verse 4
गोमती संगता यत्र सागरेण द्विजोत्तमाः । मुक्तिद्वारं तु तत्प्रोक्तं कलिकाले न संशयः
Ô meilleurs des brāhmaṇas, là où la Gomati rejoint l’Océan—ce lieu est proclamé «porte de la délivrance», surtout en l’âge de Kali ; il n’y a nul doute.
Verse 5
यत्पुण्यं लभते तूर्णं गंगासागरसंगमे । तत्पुण्यं समवाप्नोति गोमत्युदधिसंगमे
Le mérite que l’on acquiert promptement à la confluence du Gaṅgā et de l’Océan, ce même mérite s’obtient à la confluence de la Gomatī et de l’Océan.
Verse 6
नमस्कृत्य च तोयेशं गोमतीं च सरिद्वराम् । अर्घ्यं दद्याद्विधानेन कृत्वा च करयोः कुशान्
Après s’être prosterné devant le Seigneur des eaux (l’Océan) et devant la Gomatī, la plus excellente des rivières, qu’on offre l’arghya selon le rite, en plaçant de l’herbe kuśa dans les deux mains.
Verse 7
मंत्रेणानेन विप्रेंद्रा दद्यादर्घ्यं विधानतः । ब्राह्मणैः सह संगत्य सदा तत्तीर्थवासिभिः
Ô le meilleur des brāhmaṇas, c’est avec ce mantra même qu’il faut offrir l’arghya selon la règle, toujours en compagnie des brāhmaṇas et de ceux qui demeurent en ce tīrtha sacré.
Verse 8
भक्त्या चार्घ्यं प्रदास्यामि देवाय परमा त्मने । त्राहि मां पापिनं घोरं नमस्ते सुररूपिणे
Avec dévotion, j’offrirai cet arghya à la Divinité, au Soi suprême. Sauve-moi, moi, pécheur terrible. Hommage à Toi qui te manifestes en forme divine.
Verse 9
तीर्थराज नमस्तुभ्यं रत्नाकर महार्णव । गोमत्या सह गोविंद गृहाणार्घ्यं नमोऽस्तु ते
Ô Roi des tīrthas, salut à Toi — ô grand océan, trésor de gemmes. Ô Govinda, avec la Gomatī, reçois cet arghya ; hommage à Toi.
Verse 10
दत्त्वा चार्घ्यं शिखां बद्ध्वा संस्मृत्य जलशायिनम् । कुर्याच्च प्राङ्मुखः स्नानं ततः प्रत्यङ्मुखस्तथा
Après avoir offert l’arghya et noué la mèche du sommet, se souvenant du Seigneur qui repose sur les eaux, qu’on se baigne tourné vers l’est; puis, de même, tourné vers l’ouest.
Verse 11
स्नात्वा च परया भक्त्या पितॄन्संतर्पयेत्ततः । विश्वेदेवादि संपूज्य पितॄणां श्राद्धमाचरेत्
Après le bain, avec une dévotion suprême, qu’on apaise les ancêtres par les offrandes de tarpaṇa. Après avoir honoré comme il se doit les Viśvedevas et les autres, qu’on accomplisse le śrāddha pour les pères.
Verse 12
यथोक्तां दक्षिणां दद्याद्विष्णुर्मे प्रीयतामिति । विशेषतः प्रदातव्यं सुवर्णं विप्रसत्तमाः
Qu’on donne la dakṣiṇā selon l’ordonnance, en disant : «Que Viṣṇu soit satisfait de moi.» Ô brāhmanes excellents, qu’on offre tout particulièrement de l’or comme don éminent.
Verse 13
दंपत्योर्वाससी चैव कंचुकोष्णीषमेव च । लक्ष्म्या सह जगन्नाथो विष्णुर्मे प्रीयतामिति
Qu’on offre aussi des vêtements pour un couple, ainsi qu’une tunique (kañcuka) et un turban (uṣṇīṣa), en disant : «Que Viṣṇu, le Jagannātha, avec Lakṣmī, soit satisfait de moi.»
Verse 14
महादानानि सर्वाणि गोमत्युदधिसंगमे । सप्तद्वीपपतिर्भूत्वा विष्णुलोके महीयते
Tous les grands dons (mahādānas) offerts au confluent de la Gomatī et de l’océan accordent le fruit de devenir seigneur des sept continents, et l’on est honoré dans le monde de Viṣṇu.
Verse 15
यस्तुलापुरुषं दद्याद्गोमत्युदधिसंगमे । सप्तद्वीपपतिर्भूत्वा विष्णुलोके महीयते
Celui qui accomplit l’offrande sacrée du tulāpuruṣa au confluent de la Gomātī et de l’océan devient seigneur des sept continents et est honoré dans le séjour de Viṣṇu.
Verse 16
आत्मानं तोलयेद्यस्तु स्वर्णेन रजतेन वा । वस्त्रैर्वा कुंकुमैर्वापि फलैर्वापि तथा रसैः
Mais celui qui se pèse lui-même—avec de l’or ou de l’argent, ou avec des étoffes, ou avec le kunkuma (safran), ou avec des fruits, et de même avec des sucs—et donne selon ce poids (en charité tulāpuruṣa).
Verse 17
भुक्त्वा भोगान्सुविपुलांस्तथा कामान्मनोहरान् । संपूज्यमानस्त्रिदशैर्याति विष्ण्वालयं नरः
Après avoir goûté d’abondantes jouissances et de charmantes satisfactions du désir, l’homme—honoré par les dieux—atteint la demeure de Viṣṇu.
Verse 18
हिरण्यरूप्यदानं च ह्यश्वं धेनुं तथैव च । गोमतीसंगमे दत्त्वा सर्वान्कामानवाप्नुयात्
En offrant au confluent de la Gomātī des dons d’or et d’argent, ainsi qu’un cheval et une vache, on obtient l’accomplissement de tous les désirs.
Verse 19
भूमिदानं च यो दद्याद्गोमत्युदधिसंगमे । स्नात्वा शुचिर्हरिं स्मृत्वा तस्माद्धन्यतरो नहि
Celui qui offre en don une terre au confluent de la Gomātī et de l’océan—s’y baignant, devenant pur et se souvenant de Hari—nul n’est plus béni que lui.
Verse 20
कन्यादानं च यः कुर्याद्विद्यादानमथापि वा । गोमत्याः संगमे स्नात्वा याति ब्रह्मपदं नरः
L’homme qui accomplit le kanyādāna (don de la jeune fille en mariage), ou encore le vidyādāna (don du savoir), après s’être baigné au confluent de la Gomātī, atteint le Brahmapada, l’état de Brahman.
Verse 21
यो दद्यात्स्वर्णधेनुं च घृतधेनुं समाहितः । ब्रह्माण्डदानमपि वा तस्य पुण्यमनंतकम्
Celui qui, l’esprit recueilli, offre une « vache d’or » et une « vache de ghee », ou même accomplit le don nommé brahmāṇḍa-dāna, voit son mérite sans fin.
Verse 22
तथा लवणधेनुं च जलधेनुमथापि वा । दत्त्वा याति परं स्थानं गोमत्युदधिसंगमे
De même, en offrant une « vache de sel » ou même une « vache d’eau » au confluent de la Gomātī et de l’océan, on parvient au séjour suprême.
Verse 23
युगादिषु च सर्वेषु गोमत्युदधिसंगमे । स्नात्वा संतर्प्य च पितॄनक्षयं लोकमाप्नुयात्
Lors de toutes les célébrations de Yugādi, celui qui se baigne au confluent de la Gomātī et de l’océan et accomplit le tarpaṇa pour apaiser les ancêtres, obtient un monde impérissable.
Verse 24
आषाढ्यां च तथा माघ्यां कार्तिक्यां संगमे नरः । पितॄणां तर्पणं स्नानं श्राद्धं पावकपूजनम् । कुर्याच्चैव तथा दानं यदीच्छेदक्षयं पदम्
Aux mois d’Āṣāḍha, de Māgha et de Kārtika, au confluent, l’homme doit se baigner, accomplir le tarpaṇa pour les ancêtres, célébrer le śrāddha, vénérer le feu sacré (pāvaka/agni) et faire l’aumône, s’il désire l’état impérissable.
Verse 25
पितॄणां चाक्षया तृप्तिर्गयाश्राद्धेन वै यथा । तद्वच्छ्राद्धान्महाभाग गोमत्युदधिसंगमे
De même que les ancêtres obtiennent une satisfaction impérissable par le śrāddha accompli à Gayā, de même, ô noble être, le śrāddha à la confluence de la Gomātī et de l’océan confère le même fruit.
Verse 26
कुर्य्यात्स्नानं तथा दानं पितॄणां तर्पणं तथा । पञ्चकासु द्विजश्रेष्ठास्तथा चैवाष्टकासु च
Que les meilleurs parmi les deux-fois-nés accomplissent le bain sacré, le don (dāna) et le tarpaṇa pour les ancêtres, durant les jours de Pañcakā, et de même lors des observances d’Aṣṭakā.
Verse 27
वैधृतौ च व्यतीपाते छायायां कुंजरस्य च । षष्ठ्यां च कपिलाख्यायां तथा हि द्वादशीषु च
Lors des yogas Vaidhṛti et Vyatīpāta, au jour nommé « l’Ombre de l’Éléphant », au Ṣaṣṭhī appelé Kapilā, et de même aux jours de Dvādaśī — (le rite accompli en cette confluence sacrée est d’une efficacité particulière).
Verse 28
गोमत्यां संगमे स्नात्वा दद्याद्दानं विशेषतः । निर्मलं स्थानमाप्नोति यत्र गत्वा न शोचति
Après s’être baigné à la confluence de la Gomātī, qu’on fasse le don avec une intention toute particulière. On obtient une demeure sans tache ; une fois parvenu là, on ne s’afflige plus.
Verse 29
श्राद्धपक्षे त्वमावास्यां गोमत्युदधिसंगमे । हेलया प्राप्यते पुण्यं दत्त्वा पिण्डं गयासमम्
Au jour d’amāvasyā (nouvelle lune) de la quinzaine de Śrāddha, à la confluence de la Gomātī et de l’océan, le mérite s’obtient même avec peu d’effort ; en y offrant un piṇḍa, on reçoit un fruit égal à celui de Gayā.
Verse 30
तस्मात्सर्वं प्रयत्नेन त्वमावास्यां द्विजोत्तमाः । श्राद्धं हि पितृपक्षांते कार्य्यं गोमतिसंगमे
Ainsi donc, ô le meilleur des deux-fois-nés, avec tout effort il faut accomplir le śrāddha à la nouvelle lune, à la fin de Pitṛpakṣa, au confluent de la Gomatī.
Verse 31
यद्यप्यश्रोत्रियं श्राद्धं यद्यप्युपहतं भवेत् । पक्षश्राद्धकृतं पुण्यं दिनेनैकेन लभ्यते
Même si le śrāddha est accompli pour un récipiendaire non qualifié, même s’il est d’une manière ou d’une autre altéré, le mérite d’un śrāddha de toute une quinzaine s’obtient en un seul jour (ici).
Verse 32
श्रद्धाहीनं मन्त्रहीनं पात्रहीनमथापि वा । द्रव्यहीनं कालहीनं मनसः स्वास्थ्यवर्जितम्
(Même si le rite est) sans foi, sans mantras, sans récipiendaire approprié; ou sans offrandes, sans temps convenable, et accompli sans stabilité d’esprit—
Verse 33
श्राद्धपक्षे ह्यमायां तु गोमत्युदधिसंगमे । परिपूर्णं भवेत्सर्वं पितॄणां तृप्तिरक्षया
Mais à la nouvelle lune du Śrāddha-pakṣa, au confluent de la Gomatī et de l’océan, tout devient pleinement accompli, et la satisfaction des ancêtres devient inépuisable.
Verse 34
गोमती कमला चैव चंद्रभागा तथैव च । तिस्रस्तु संगता नद्यः प्रविष्टा वरुणालयम्
Gomatī, Kamalā et de même Candrabhāgā : ces trois rivières, s’étant réunies, entrent dans la demeure de Varuṇa, l’océan.
Verse 35
गयायां पिंडदानेन प्रयागे ह्यस्थिपातने । तत्पुण्यं समवाप्नोति पक्षांते श्राद्धकृन्नरः
En offrant des piṇḍa à Gayā et en déposant les ossements à Prayāga, on obtient ce même mérite; de même, l’homme qui accomplit le śrāddha à la fin de la quinzaine (ici) reçoit un fruit identique.
Verse 36
यदीच्छेत्सर्वतीर्थेषु हेलया त्वभिषेचनम् । स्नानं कुर्वीत भक्त्या वै गोमत्युदधिसंगमे
Si l’on souhaite obtenir aisément le fruit comme si l’on s’était baigné dans tous les tīrtha, qu’on se baigne avec dévotion au confluent de la Gomatī et de l’océan.
Verse 38
श्राद्धे कृते त्वमावस्यां पितृपक्षे च वै द्विजाः । अपुत्रा चैव या नारी काकवंध्या च या भवेत्
Ô brāhmaṇa, lorsque le śrāddha est accompli—surtout au jour d’amāvasyā (nouvelle lune) et durant le Pitṛpakṣa—même une femme sans fils, et même celle frappée de stérilité (kākavandhyā), est dite ici entrer dans le domaine d’un mérite réparateur par ces rites.
Verse 39
मृतपुत्रा तथा विप्राः संगमे स्नानमाचरेत् । दोषैः प्रमुच्यते सर्वैर्गोमप्युदधिसंगमे । स्नात्वा सुखमवाप्नोति प्रजां च चिरजीविनीम्
De même, ô brāhmaṇa, une femme dont l’enfant est mort doit se baigner au confluent. Au confluent de la Gomatī et de l’océan, on est délivré de toutes les fautes. Après s’y être baigné, on obtient le bonheur et une descendance à longue vie.
Verse 40
यानि कानि च दानानि पृथिव्यां सम्भवंति हि । तानि सर्वाणि देयानि गोमत्युदधिसंगमे
Quels que soient les dons (dāna) possibles sur la terre—en vérité, tous doivent être offerts au confluent de la Gomatī et de l’océan.
Verse 41
सर्वदैव च विप्रेन्द्रा विशेषात्सर्वपर्वसु । स्नानं कुर्वीत नियतो गोमत्युदधिसंगमे
Ô meilleurs des brāhmanes, en tout temps—et plus encore lors de toutes les fêtes sacrées—qu’on accomplisse, avec discipline, le bain rituel au confluent de la Gomatī et de l’océan.
Verse 42
दर्शनादेव पापस्य क्षयो भवति भो द्विजाः । प्रणामे मनसस्तुष्टिर्मुक्तिश्चैवावगाहने
Ô brāhmanes, par la seule vision de ce lieu sacré, le péché s’amoindrit et se dissipe. Par la prosternation, l’esprit s’apaise; et par l’immersion dans ses eaux, on obtient la délivrance même (mokṣa).
Verse 43
श्राद्धे कृते पितॄणां तु तृप्तिर्भवति शाश्वती । दाने मनोरथावाप्तिर्जायते नात्र संशयः
Quand on accomplit le Śrāddha, les ancêtres obtiennent une satisfaction durable. Et lorsque l’on fait des dons, l’accomplissement des vœux du cœur advient—sans aucun doute.
Verse 44
कृतकृत्यास्तु ते धन्या यैः कृतं पितृतर्पणम् । श्राद्धं च ऋषिशार्दूला गोमत्युदधिसंगमे
Bienheureux, en vérité, ceux qui ont accompli ce qui devait l’être : ceux qui ont offert le pitṛ-tarpaṇa et aussi le Śrāddha, ô sages pareils au tigre, au confluent de la Gomatī et de l’océan.
Verse 45
पितृपक्षे च वै केचिन्मातृपक्षे तथैव च । तथा श्वशुरपक्षे च ये चान्ये मित्रबांधवाः
Certains relèvent du pitṛpakṣa, la lignée des ancêtres; et de même certains du mātṛpakṣa, la lignée maternelle. Ainsi encore du śvaśurapakṣa, la lignée du beau-père; et d’autres sont amis et parents.
Verse 46
स्थावरत्वं गता ये च पुद्गलत्वं च ये गताः । पिशाचत्वं गता ये च ये च प्रेतत्वमागताः
Ceux qui sont tombés dans l’état d’existence immobile, ceux qui sont entrés dans d’autres conditions incarnées, ceux qui sont devenus des piśācas et ceux qui sont devenus des pretas—tous sont compris dans la portée de la grâce de ce tīrtha.
Verse 47
तिर्य्यग्योनिगता ये च ये च कीटत्वमागताः । स्नानमात्रेण ते सर्वे मुक्तिं यांति न संशयः
Ceux qui sont allés naître dans des matrices animales et ceux qui sont parvenus à l’état d’insectes—même eux, par le seul bain, tous vont à la délivrance; il n’y a aucun doute.
Verse 48
किं पुनः श्राद्धदानादि गोमतीसंगमे तथा । कृत्वा मुक्तिमवाप्नोति मानवो नात्र संशयः
Combien plus grand est le mérite lorsque, à la confluence de la Gomati, une personne accomplit des rites tels que le śrāddha et des dons de charité ; l’ayant fait, l’être humain obtient la délivrance—sans aucun doute.
Verse 49
श्रवणद्वादशीयोगे गोमत्युदधिसंगमे । स्नात्वा मुक्तिमवाप्नोति यत्र गत्वा न शोचति
Lorsque la constellation Śravaṇa coïncide avec Dvādaśī, à la confluence de la Gomati et de l’océan—celui qui s’y baigne obtient la délivrance, atteignant l’état où, une fois parvenu, on ne s’afflige plus.
Verse 50
सन्त्यज्य सर्वतीर्थानि गोमत्युदधिसंगमे । स्नानं कृत्वा तथा श्राद्धं कृतकृत्यो भवेन्नरः । परं लोकमवाप्नोति ह्यर्चयित्वा तु वामनम्
Renonçant à tous les autres tīrthas, à la confluence de la Gomati et de l’océan, un homme devient « celui qui a accompli son devoir » en se baignant et en accomplissant le śrāddha ; et, en y vénérant Vāmana, il atteint le monde suprême.
Verse 51
सम्यक्स्नात्वा नरो यस्तु पूजयेद्गरुडध्वजम् । पीतांबरधरो भूत्वा दिव्याभरणभूषितः
Mais l’homme qui se baigne selon le rite et vénère Celui dont l’étendard est Garuḍa (Viṣṇu) se trouve vêtu de jaune et paré d’ornements divins.
Verse 52
वीक्ष्यमाणः सुरस्त्रीभिर्नागारिकृतकेतनः । चतुर्भुजधरो भूत्वा वनमालाविभूषितः । संस्तूयमानो मुनिभिर्याति विष्ण्वालयं नरः
Vu par les femmes célestes, demeurant en une demeure du ciel, devenu aux quatre bras et orné d’une guirlande sylvestre; loué par les sages, l’homme gagne la demeure de Viṣṇu.
Verse 53
गोमतीसंगमे स्नात्वा कृतकृत्यो भवेन्नरः । यत्र दैत्यवधं कृत्वा विष्णुना प्रभविष्णुना
S’étant baigné au confluent de la Gomati, l’homme devient celui dont les devoirs sacrés sont accomplis—en ce lieu même où Viṣṇu, le Très-Puissant, terrassa jadis les démons.
Verse 54
चक्रं प्रक्षालितं पूर्वं कृष्णेन स्वयमेव हि । तेनैव चक्रतीर्थं हि ख्यातं लोकत्रये द्विजाः
Autrefois, Kṛṣṇa lui-même y lava son disque (cakra) ; c’est pourquoi ce lieu est renommé Cakratīrtha dans les trois mondes, ô deux-fois-nés.
Verse 55
भवंति यत्र पाषाणाश्चक्रांका मुक्तिदायकाः । यैः पूजितैर्जगन्नाथः कृष्णः सांनिध्यमाव्रजेत्
Là se trouvent des pierres portant la marque du disque, dispensatrices de délivrance; en les vénérant, Jagannātha Kṛṣṇa vient en la sainte présence du dévot.
Verse 56
तत्रैव यदि लभ्येत चक्रैर्द्वादशभिः सह
Et si, là même, on l’obtient avec douze marques du disque sacré (cakra)…
Verse 57
द्वादशात्मा स विज्ञेयो मोक्षदः सर्वदेहिनाम् । एकचक्रांकितो यस्तु द्वारवत्यां सुशोभनः
Cela doit être compris comme « de douze formes », dispensateur de délivrance à tous les êtres incarnés. Mais ce qui porte une seule marque du disque, et qui resplendit de beauté à Dvāravatī…
Verse 58
सुदर्शनाभिधानोऽसौ मोक्षैकफलदो हि सः । लक्ष्मीनारायणो द्वाभ्यां भुक्तिमुक्तिफलप्रदः
Celui qu’on nomme Sudarśana accorde l’unique fruit suprême : la délivrance. Avec deux (marques ou formes), il est Lakṣmī-Nārāyaṇa, donnant pour fruits à la fois la jouissance en ce monde et la libération ultime.
Verse 59
त्रिभिस्त्रिविक्रमश्चैव त्रिवर्गफलदायकः । श्रीप्रदो रिपुहन्ता च चतुर्भिः संयुतः स हि
Avec trois (marques ou formes), il est vraiment Trivikrama, dispensateur des fruits des trois buts de la vie. Pourvu de quatre, il accorde la prospérité et anéantit les ennemis : ainsi est-il déclaré.
Verse 60
पञ्चभिर्वासुदेवस्तु जन्ममृत्युभयापहः । प्रद्युम्नः षड्भिरेवासौ लक्ष्मीं कांतिं ददाति यः
Avec cinq (marques ou formes), il est Vāsudeva, qui ôte la crainte de la naissance et de la mort. Avec six, il est Pradyumna, celui qui donne Lakṣmī (fortune) et éclat.
Verse 61
सप्तभिर्बलभद्रश्च चक्रगोऽत्र प्रकीर्तितः । लाच्छितश्चाष्टभिर्भक्तिं ददाति पुरुषोत्तमः
Avec sept marques, Il est Balabhadra, ici proclamé comme Celui qui demeure dans le Cakra. Avec huit marques, le Puruṣottama, le Suprême Être, porteur d’un signe distinct, accorde la bhakti, la dévotion.
Verse 62
सर्वं दद्यान्नवव्यूहो दुर्लभो यः सुरैरपि । दशावतारो दशमी राज्यदो नात्र संशयः
Avec neuf marques, Il est la manifestation en neuf aspects (navavyūha), qui donne tout et demeure difficile à atteindre même pour les dieux. Avec dix marques, Il est les Dix Avatāra (Daśāvatāra) ; la dixième marque confère la royauté, sans aucun doute.
Verse 63
एकादशभिरैश्वर्यं चक्रगः संप्रयच्छति । निर्वाणं द्वादशात्मा च द्वादशभिर्ददाति च
Avec onze marques, le Seigneur lié au Cakra accorde l’aiśvarya : souveraineté, puissance et prospérité. Avec douze marques, comme le Soi aux douze aspects (dvādaśātmā), Il donne le nirvāṇa, également par ces douze marques.
Verse 64
अत ऊर्ध्वं महाभागाः सौख्यमोक्षप्रदायकाः यतोऽत्र ते च पाषाणाः कृष्णचक्रेण चित्रिताः
Ainsi, ô bienheureux, dès lors ces objets accordent bonheur et délivrance (mokṣa), car ces pierres, ici, sont ornées du Cakra de Kṛṣṇa.
Verse 65
तेषां स्पर्शनमात्रेण मुच्यते सर्वकिल्बिषैः । चक्रतीर्थे नरः स्नात्वा कृष्णचक्रेण चिह्नितः
Par le seul fait de les toucher, on est délivré de toutes les fautes. Après s’être baigné à Cakratīrtha, l’homme est marqué du Cakra de Kṛṣṇa, signe de purification et de protection.
Verse 66
पूजयित्वा चक्रधरं हरिं ध्यायेत्सनातनम् । नापुत्रो नाधनो रोगी न स संजायते नरः
Après avoir vénéré Hari, le Porteur du Cakra, qu’on médite sur l’Éternel. Un tel homme ne naît ni sans descendance, ni pauvre, ni malade.
Verse 67
ब्रह्महत्यादिकं पापं मनोवाक्कायकर्मजम् । तत्सर्वं विलयं याति सकृच्चक्रांकदर्शनात्
Les péchés tels que le meurtre d’un brahmane, nés de la pensée, de la parole et des actes du corps, s’évanouissent tous à la seule vue, une fois, du signe du Cakra.
Verse 68
म्लेच्छ देशे शुभे वापि चक्रांको दृश्यते यदि । तत्र चैव हरिक्षेत्रं मुक्तिदं नात्र संशयः
Même en terre étrangère ou en une contrée bénie, si l’on voit le signe du Cakra, ce lieu même devient Harikṣetra, le domaine sacré de Hari qui donne la délivrance — sans aucun doute.
Verse 69
मृत्युकालेऽपि सम्प्राप्ते यदि ध्यायेद्धरिं नरः । चक्रांकं धारयेदंगे स याति परमं पदम्
Même lorsque l’heure de la mort est venue, si l’homme médite sur Hari et porte sur son corps le signe du Cakra, il atteint l’État suprême.
Verse 70
हृदयस्थे च चक्रांके पूतो भवति तत्क्षणात् । नोपसर्पंति तं भीता दूताः कृष्णायुधं तदा । वैष्णवं लोकमा प्नोति नात्र कार्या विचारणा
Quand le signe du Cakra demeure dans le cœur, on est purifié à l’instant même. Alors les messagers redoutables n’osent l’approcher, car l’arme de Kṛṣṇa est présente. Il atteint le monde vaiṣṇava — nul besoin d’en débattre davantage.
Verse 71
अपि पापसमाचारः किं पुनर्धार्मिकः शुचिः । गोमती संगमे स्नात्वा चक्रतीर्थे तथैव च । मुच्यते पातकैर्घोरै र्मानवो नात्र संशयः
Même celui qui est accoutumé aux actes de péché—à plus forte raison l’homme juste et pur—après s’être baigné au confluent de la Gomatī et de même à Cakratīrtha, est délivré des fautes redoutables ; il n’y a là aucun doute.
Verse 72
राजसाः सत्त्वमायांति विष्णुधर्मं सनातनम् । क्षेत्रस्य तस्य माहात्म्यात्सत्यमेतत्प्रकीर्तितम्
Ceux que domine le rajas (la passion) parviennent au sattva (la pureté) et au dharma éternel de Viṣṇu, grâce à la grandeur de ce lieu sacré ; telle est la vérité proclamée.
Verse 73
तामसं राजसं चापि यत्किञ्चिद्विष्णुपूजने । तच्च सत्त्वत्वमायाति निम्नगा च यथार्णवे
Dans l’adoration de Viṣṇu, tout ce qui est entaché de tamas (obscurité) ou de rajas (passion) se change aussi en sattva (pureté), comme la rivière qui, parvenue à l’océan, ne fait plus qu’un avec lui.
Verse 74
दुर्लभा द्वारका विप्र दुर्लभं गोमतीजलम् । दुर्लभं जागरो रात्रौ दुर्लभं कृष्णदर्शनम्
Ô brāhmane, Dvārakā est rare ; rare est l’eau de la Gomatī ; rare est la veille nocturne ; et rare est la vision de Kṛṣṇa.
Verse 317
पक्षेपक्षे समग्रा तु पितृपूजा कृता च यैः । सम्पूर्णा जायते तेषां गोमत्युदधिसंगमे
Pour ceux qui accomplissent intégralement le culte aux ancêtres (pitṛ-pūjā) à chaque quinzaine, ce rite devient véritablement parfait au confluent où la Gomatī rejoint l’océan.