Adhyaya 133
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 133

Adhyaya 133

Le chapitre 133 présente l’origine et la procédure rituelle liées à Ajāgṛhā dans le Hāṭakeśvara-kṣetra. Sūta raconte aux auditeurs érudits qu’une divinité nommée Ajāgṛhā est renommée pour atténuer les afflictions. Un brāhmaṇa pèlerin, arrivé épuisé, se repose près d’un troupeau de chèvres et se réveille atteint de trois maladies nommées : rājayakṣmā, kuṣṭha et pāmā. Une figure rayonnante se manifeste alors comme le roi Aja (Ajapāla) et explique qu’il protège les êtres en maîtrisant les souffrances symbolisées sous forme de chèvres. Les maladies déclarent que deux d’entre elles sont liées par un brahmaśāpa et résistent donc aux remèdes ordinaires, tandis que la troisième peut être soulagée par mantra et médecine ; elles avertissent aussi que le contact avec le sol en ce lieu peut transmettre une affliction semblable. Le roi accomplit un homa soutenu et des rites de bhakti, incluant des récitations d’inspiration atharvique et des hymnes au kṣetrapāla/vāstu, faisant surgir de la terre la kṣetradevatā. La divinité proclame le site purifié de la faute de maladie et prescrit une suite de remèdes : adorer Ajāgṛhā, se baigner à Candrakūpikā et Saubhāgya-kūpikā, contempler ou approcher Khaṇḍaśilā, puis se baigner à Apsarasāṃ Kuṇḍa un dimanche pour apaiser pāmā. Le brāhmaṇa suit la règle, se délivre peu à peu des maux et repart rétabli ; le chapitre réaffirme enfin l’efficacité durable d’Ajāgṛhā pour les dévots qui y vénèrent avec discipline.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । तथाऽन्यापि च तत्रास्ति देवता द्विजसत्तमाः । अजागृहेति विख्याता सर्वरोगक्षयावहा

Sūta dit : Et là aussi, ô meilleurs des deux-fois-nés, se trouve une autre divinité, célèbre sous le nom d’Ajāgṛhā, qui anéantit toutes les maladies.

Verse 2

अजापालो यदा राजा सर्वलोकहिते रतः । अजारूपाः प्रयांति स्म व्याधयः सकला द्विजाः । तदा रात्रौ समानीय तस्मिन्स्थाने दधाति सः

Lorsque le roi Ajāpāla se vouait au bien de tous les êtres, ô deux-fois-nés, toutes les maladies venaient sous la forme de chèvres. Alors, la nuit, il les rassemblait et les déposait (les confinait) en ce lieu même.

Verse 3

ततस्तदाश्रयात्स्थानमजागृहमिति स्मृतम् । सर्वैर्जनैर्धरा पृष्ठेदर्शनाद्व्याधिनाशनम्

Ainsi, parce qu’il devint un lieu de refuge, cet endroit fut mémorisé sous le nom d’« Ajāgṛha » (l’Abri des chèvres). Pour tous les hommes sur la terre, le seul fait de le contempler détruit la maladie.

Verse 4

तत्रैश्वर्यमभूत्पूर्वं यत्तद्ब्राह्मणसत्तमाः । अहं वः कीर्तयिष्यामि श्रोतव्यं सुसमाहितैः

Ô meilleurs des brāhmaṇas, en ce lieu jadis se produisit une remarquable manifestation de la puissance divine. Je vais vous la raconter : écoutez d’un esprit stable et recueilli.

Verse 5

तत्रागतो द्विजः कश्चित्क्षेत्रे तापसरूपधृक् । तीर्थयात्राप्रसंगेन रात्रौ प्राप्तः श्रमान्वितः

Là vint un certain brāhmaṇa en ce territoire sacré, revêtu de l’apparence d’un ascète. Au cours de son pèlerinage vers les tīrthas, il parvint de nuit en ce lieu, accablé de fatigue.

Verse 6

अजावृंदमथालोक्य निविष्टं सुसुखान्वितम् । रोमंथ कर्मसंयुक्तं विश्वस्तमकुतोभयम्

Alors, voyant un troupeau de chèvres assis là dans une grande quiétude—ruminant—calme, confiant et sans crainte de tous côtés,

Verse 7

स ज्ञात्वा मानुषेणात्र भवितव्यमसंशयम् । न शून्याः पशवो रात्रौ स्थास्यंति विजने वने

Il comprit, sans aucun doute, qu’une présence humaine devait se trouver ici ; car les bêtes ne demeurent pas la nuit, sans gardien, dans une forêt déserte.

Verse 8

ततः फूत्कृत्य फूकृत्य दिवं यावन्न संदधे । कश्चिद्वाचं प्रसुप्तश्च तावत्तत्रैव चिंतयन्

Puis, après avoir poussé à plusieurs reprises un puissant reniflement d’appel, il ne put, un moment, se résoudre au sommeil ; mais, tandis qu’il réfléchissait sur place, sa voix s’éteignit et il s’assoupit.

Verse 9

अवश्यं मानुषेणात्र पशूनां रक्षणाय च । आगंतव्यं कुतोऽप्याशु तस्मात्तिष्ठामि निर्भयः

Assurément, pour la protection de ces bêtes, quelque homme viendra ici promptement de quelque part ; c’est pourquoi je demeurerai ici sans crainte.

Verse 10

एवं तस्य प्रसुप्तस्य गता सा रजनी ततः । ततस्त्वरितवत्तस्य सुश्रांतस्य द्विजोत्तमाः

Ainsi, tandis qu’il dormait, cette nuit s’écoula. Puis—ô le meilleur des brāhmaṇas—sur cet homme accablé de fatigue, les événements survinrent avec promptitude.

Verse 11

अथ यावत्प्रभाते स प्रपश्यति निजां तनुम् । तावत्कुष्ठादिभी रोगैः समंतात्परिवारिताम्

Puis, à l’aube, lorsqu’il contempla son propre corps, il le vit entouré de toutes parts par des maladies telles que la lèpre et d’autres afflictions.

Verse 12

अशक्तश्चलितुं स्थानादपि चैकं पदं क्वचित् । तेजो हीनोऽपि रौद्रेण चिन्तयामास वै ततः

Incapable de bouger de cet endroit, pas même d’un seul pas, bien que sa vigueur se fût éteinte, il se mit alors à réfléchir avec intensité, dans une angoisse âpre et brûlante.

Verse 13

किमिदं कारणं येन ममैषा संस्थिता तनुः । अकस्मादेव रोगोऽयं चलितुं नैव च क्षमः

«Quelle est la cause qui a conduit mon corps à cet état ? Soudain cette maladie est survenue, et je ne puis absolument plus bouger.»

Verse 14

एवं चिन्तयमानस्य तस्य विप्रस्य तत्क्षणात् । द्वादशार्कप्रतीकाशः पुरुषः समुपागतः

Tandis que ce brāhmane pensait ainsi, à cet instant même s’approcha de lui un homme rayonnant comme douze soleils.

Verse 15

तं यूथं कालयामास ततः संज्ञाभिराह्वयन् । पृथक्त्वेन समादाय यष्टिं सव्येन पाणिना

Alors, les appelant par des signes, il fit s’écarter ce troupeau ; puis, les séparant, il prit un bâton de la main gauche.

Verse 16

अथापश्यत्स तं विप्रं व्याधिभिः सर्वतो वृतम् । अशक्तं चलितुं क्वापि ततः प्रोवाच सादरम्

Alors il vit ce brāhmane, environné de maladies de toutes parts, incapable d’aller où que ce soit ; et il lui adressa la parole avec respect.

Verse 17

कस्त्वमेवंविधः प्राप्तः स्थाने चात्र द्विजोत्तम । नास्ति राज्ये मम व्याधिः कस्यचित्कुत्रचित्स्फुटम्

«Qui es-tu, venu ici dans un tel état, ô meilleur des deux-fois-nés ? Dans mon royaume, nulle maladie manifeste n’afflige qui que ce soit, où que ce soit.»

Verse 18

अजोनाम नरेन्द्रोऽहं यदि ते श्रोत्रमागतः । व्याधींश्च च्छागरूपेण रक्षामि जनकारणात्

«Je suis le roi nommé Ajo, si mon nom est parvenu à tes oreilles. Pour le bien du peuple, je tiens les maladies en respect en prenant la forme d’un bouc.»

Verse 19

तस्माद्ब्रूहि शरीरस्थो यस्ते व्याधिर्व्यवस्थितः । येनाऽहं निग्रहं तस्य करोमि द्विजसत्तम

«Dis-moi donc quelle maladie s’est établie dans ton corps, afin que je la réprime, ô le plus éminent des brāhmanes.»

Verse 20

ब्राह्मण उवाच । तीर्थयात्रापरोऽहं च भ्रमामि क्षितिमंडले । क्रमेणाऽत्र समायातः क्षेत्रेऽस्मिन्हाटकेश्वरे

Le brāhmane dit : «Je suis voué au pèlerinage des tīrthas, errant sur le cercle de la terre. Au fil du chemin, je suis parvenu ici, en ce kṣetra sacré de Hāṭakeśvara.»

Verse 21

निशावक्त्रे नृपश्रेष्ठ वासः संचिंतितो मया । दृष्ट्वाऽमूंश्च पशून्भूप मानुषं भाव्यमेव हि

À la tombée de la nuit, ô roi le plus excellent, j’ai songé à demeurer ici. Voyant ces bêtes, ô maître de la terre, j’ai présumé qu’elles étaient assurément sous la garde des hommes.

Verse 22

ततश्चात्र प्रसुप्तोऽहं पशूनामंतिके नृप

Alors je m’endormis ici, ô roi, tout près des animaux.

Verse 23

अथ यावत्प्रभातेऽहं प्रपश्यामि निजां तनुम् । तावत्कुष्ठादिरोगैश्च समंतात्परिवारिताम्

Puis, à l’aube, dès que je vis mon propre corps, je le trouvai environné de toutes parts par des maladies, à commencer par la lèpre.

Verse 24

नान्यत्किंचिन्नृपश्रेष्ठ कारणं वेद्मि तत्त्वतः । किमेतेन नृपश्रेष्ठ भूयोभूयः प्रजल्पता । बहुत्वात्कुरु तस्मान्मे यथा स्यान्नीरुजा तनुः

Ô meilleur des rois, en vérité je ne connais aucune autre cause. À quoi bon répéter ces paroles, ô roi ? Aussi, par l’abondance de ta puissance, agis afin que mon corps soit délivré de la maladie.

Verse 25

ततस्ते व्याधयः प्रोक्ता अजापालेन भूभुजा । केनाज्ञा खंडिता मेऽद्य को वध्यः सांप्रतं मम

Alors le chevrier rapporta ces maladies au roi, protecteur de son peuple. Le roi déclara : «Qui donc a transgressé aujourd’hui mon ordre ? Qui dois-je châtier à présent ?»

Verse 26

व्याधय ऊचुः । मा कोपं कुरु भूपाल कृत्येऽस्मिंस्त्वं कथंचन । यस्मादेष द्विजो विष्टः सांप्रतं व्याधिभिस्त्रिभिः

Les maladies dirent : «Ô roi, ne te mets nullement en colère en cette affaire. Car ce brahmane est à présent entré en possession des trois maladies.»

Verse 27

राजयक्ष्मा च कुष्ठं च पामा च द्विजसत्तम । एते संसर्गजा दोषास्त्रयोऽद्यापि प्रकीर्तिताः

La consomption (rājayakṣmā), la lèpre et la gale—ô le meilleur des brahmanes—ces trois-là sont encore aujourd’hui réputés être des maux nés du contact (contagion).

Verse 28

एतेषां प्रथमौ यौ द्वौ निवृत्तिरहितौ स्मृतौ । औषधैश्चैव मंत्रैश्च शेषा नाशं व्रजंति च

Parmi elles, les deux premières sont tenues pour sans cessation (difficiles à retrancher) ; mais la dernière peut être détruite par les remèdes et aussi par les mantras.

Verse 29

आभ्यां च ब्रह्मशापोस्ति येन नास्ति निवर्तनम् । तस्मादत्र नृपश्रेष्ठ कुरु यत्ते क्षमं भवेत्

Et sur ces deux-là repose une malédiction de brahmane, par laquelle il n’est point de retour. C’est pourquoi ici, ô meilleur des rois, fais ce qui t’est convenable et possible.

Verse 30

एतेन ब्राह्मणेनैते स्पृष्टा राजंस्त्रयोपि च । तस्मात्तावत्तनुं चास्याविशतां तावसंशयम्

Ô roi, ces trois-là ont été touchés par ce brahmane ; c’est pourquoi, sans aucun doute, à cette mesure même ils sont entrés dans son corps.

Verse 32

यत्र स्थानं चिरं तत्र मेदिन्यां विहितं नृप । पुरीषं च समाविद्धा तेनैषा मेदिनी द्रुतम्

Ô roi, partout où l’on demeura longtemps sur la terre, là même le sol fut vite souillé—maculé aussi d’excréments ; ainsi cette terre fut promptement profanée.

Verse 33

कालांतरेपि ये मर्त्या भूम्यामस्यां समागताः । भूमेः स्पर्शं करिष्यंति ते भविष्यंति चेदृशाः

Même dans les temps futurs, quels que soient les mortels qui viendront en ce lieu et toucheront la terre ici, eux aussi deviendront tels (affligés).

Verse 34

वयं शेषा महाराज व्याधयो ये व्यवस्थिताः । त्वया मुक्त्वा भविष्यामो मन्त्रौषधवशानुगाः

«Ô grand roi, nous sommes les maladies restantes qui demeurent encore ici. Une fois délivrées par toi, nous serons soumises aux mantras et aux remèdes (sans plus agir de notre propre gré)».

Verse 35

नैतौ पुनस्तु दुर्ग्राह्यौ ब्रह्मशाप समुद्भवौ

«Mais ces deux-là, en vérité, sont difficiles à conjurer, car ils sont nés de la malédiction de Brahmā».

Verse 36

तच्छ्रुत्वा पार्थिवः सोऽपि तस्मिन्स्थाने व्यवस्थितः । तं ब्राह्मणं पुनः प्राह न भेतव्यं त्वया द्विज

Ayant entendu cela, le roi, demeurant sur place en ce lieu sacré, s’adressa de nouveau au brāhmane : «Ô deux-fois-né, tu ne dois pas craindre».

Verse 37

अहं त्वां रक्षयिष्यामि व्याधेरस्मात्सुदारुणात् । अत्र तस्मात्प्रतीक्षस्व कञ्चित्कालं ममाज्ञया

«Je te protégerai de cette maladie des plus terribles. Aussi demeure ici et attends quelque temps, selon mon ordre.»

Verse 38

एवमुक्त्वा ततश्चक्रे तदर्थं सुमहत्तपः । आराधयन्प्रभक्त्या च सम्यक्तां क्षेत्रदेवताम्

Ayant ainsi parlé, il entreprit ensuite, pour ce dessein, une austérité immense, rendant un culte juste et fervent, avec une profonde dévotion, à la divinité qui préside à ce kṣetra sacré (kṣetra-devatā).

Verse 39

मुंडेनाथर्वशीर्षेण दिवारात्रमतंद्रितः । क्षेत्रपालोत्थसूक्तेन वास्तुसूक्तेन च द्विजाः

Avec le Muṇḍa et l’Atharvaśīrṣa, sans relâche jour et nuit; et aussi avec l’hymne qui s’élève pour Kṣetrapāla et avec le Vāstu-sūkta—ô brāhmanes—(il accomplit le rite).

Verse 41

अथ नक्तावसानेन तस्य होमस्य चोत्थिता । भित्त्वा धरातलं देवी मन्त्राकृष्टा विनिर्गता

Puis, à la fin de la nuit, lorsque s’acheva cette offrande au feu, la Déesse—attirée par le mantra—se leva, perça le sol et apparut.

Verse 42

देवता तस्य क्षेत्रस्य ततः प्रोवाच तं नृपम्

Alors, la divinité de ce lieu sacré s’adressa au roi.

Verse 43

एकाहं तव भूपाल होमस्यास्य प्रभावतः । विनिर्गता धरापृष्ठात्क्षेत्रस्यास्याधिपा स्मृता

Ô roi, en un seul jour, par la puissance de ce homa, je suis sortie de la surface de la terre, reconnue comme la divinité souveraine qui préside ce kṣetra sacré.

Verse 44

तस्माद्वद महाभाग यत्ते कृत्यं करोम्यहम् । परां तुष्टिमनुप्राप्ता तस्माद्ब्रूहि यदीप्सितम्

Ainsi, ô bienheureux, parle : quel devoir tien dois‑je accomplir ? Je suis comblée d’une joie suprême ; dis donc ce que tu désires.

Verse 45

राजोवाच । अत्र स्थाने सदा स्थेयं त्वया देवि विशेषतः । व्याधिसंसर्गजो दोषो भूमेरस्या यथा व्रजेत्

Le roi dit : «Ô Déesse, demeure en ce lieu—tout particulièrement et pour toujours—afin que la souillure née de la contagion des maladies s’éloigne de cette terre».

Verse 46

अद्यप्रभृति देवेशि तथा नीतिर्विधीयताम् । नो चेदस्याः प्रसंगेन प्रभविष्यंति मानवाः

Dès ce jour, ô Souveraine divine, qu’une telle ordonnance soit établie ; sinon, par le contact avec cette souillure, les hommes seront atteints et dominés.

Verse 47

व्याधिग्रस्ता यथा विप्रो योऽयं संदृश्यते पुरः । मयात्र व्याधयः कालं चिरं संस्थापिता यतः । भविष्यति च मे दोषो नो चेद्देवि न संशयः

De même que ce brāhmaṇa, accablé par la maladie, se tient ici devant nous—ainsi, puisque c’est par moi que les maladies ont été longtemps logées en ce lieu ; si l’on n’y remédie pas, ô Déesse, une faute retombera sur moi, sans aucun doute.

Verse 48

तथायं ब्राह्मणो रोगात्त्वत्प्रसादात्सुरेश्वरि । मुक्तो भवतु मेदिन्यामत्र स्थेयं सदा त्वया

Ainsi donc, ô Déesse Souveraine, par ta grâce que ce brāhmane soit délivré de la maladie ; et sur cette terre, demeure ici à jamais.

Verse 49

क्षेत्रदेवतोवाच । एतत्स्थानं मया सर्वं व्याधिदोषविवर्जितम् । विहितं सर्वदैवात्र स्थास्येऽहमिह सर्वदा

La divinité du Kṣetra dit : « Tout ce lieu, je l’ai ordonné exempt du défaut de la maladie ; et ici même, en tout temps, je demeurerai à jamais. »

Verse 50

सांप्रतं योऽत्र मे स्थाने व्याधिग्रस्तः समेष्यति । पूजयिष्यति मां भक्त्या नीरोगः स भविष्यति

Désormais, quiconque viendra ici, en mon lieu, accablé par la maladie, et m’adorera avec dévotion, deviendra exempt de tout mal.

Verse 51

तस्मादद्य द्विजेंद्रोऽयं मां पूजयतु सादरम् । भक्त्या परमया युक्तः शुचिर्भूत्वा समाहितः

C’est pourquoi, qu’aujourd’hui ce brāhmane éminent m’adore avec respect, uni à la dévotion suprême, purifié et l’esprit recueilli.

Verse 52

अत्र क्षेत्रे पराऽन्यास्ति विख्याता चंद्रकूपिका तस्यां स्नातु यथान्यायं नित्यमेव महीपते

Dans cette contrée sacrée se trouve encore un autre lieu renommé : la Candra-kūpikā (le Puits de la Lune). Ô Roi, il convient de s’y baigner chaque jour selon la règle prescrite.

Verse 53

दक्षशापप्रशप्तेन या चंद्रेण पुरा कृता । स्वस्नानार्थं क्षयव्याधिप्रग्रस्तेन महात्मना

Autrefois, Candra (la Lune), frappé de la malédiction de Dakṣa, l’établit pour son propre bain, lorsque ce grand être était saisi par la maladie de dépérissement.

Verse 54

तथा खण्डशिलानाम देवता चात्र तिष्ठति । सौभाग्यकूपिकास्नानं कृत्वा तां च प्रपश्यतु

De même, une divinité nommée Khaṇḍa-śilā demeure ici. Après s’être baigné dans la Saubhāgya-kūpikā (le Puits de la Bonne Fortune), qu’on aille aussi contempler (visiter) cette divinité.

Verse 55

या कृता कामदेवेन कुष्ठग्रस्तेन वै पुरा । स्नपनार्थं च कुष्ठस्य विनाशाय च सादरम्

Ce puits sacré fut jadis établi par Kāmadeva, lorsqu’il était atteint de la lèpre ; avec révérence, pour s’y baigner et pour l’anéantissement complet de cette lèpre.

Verse 57

सूत उवाच । ततः स ब्राह्मणः प्राप्य सुपुण्यां चन्द्रकूपिकाम् । स्नानं कृत्वा च तां देवीं पूजयामास भक्तितः । यावन्मासं ततो मुक्तः सत्वरं राजयक्ष्मणा

Sūta dit : Alors ce brāhmane parvint à la très méritoire Candrakūpikā. S’y étant baigné et ayant vénéré cette Déesse avec dévotion, en l’espace d’un mois il fut promptement délivré du rājayakṣmā (phtisie, consomption).

Verse 58

ततः सौभाग्यकूपीं तां दृष्ट्वा कामविनिर्मिताम् । तथा स्नानं विधायाथ पश्यन्खंडशिलां च ताम्

Puis, voyant cette Saubhāgyakūpī, façonnée par Kāma, il y accomplit pareillement le bain rituel et contempla aussi la Khaṇḍa-śilā toute proche.

Verse 59

तद्वन्मासेन निर्मुक्तः कुष्ठेन द्विजसत्तमाः । तस्या देव्याः प्रभावेन कूपिकायां विशेषतः

De même, en l’espace d’un mois il fut délivré de la lèpre, ô le meilleur des deux-fois-nés ; et cela, tout particulièrement, par la puissance de cette Déesse en ce puits même.

Verse 60

ततश्चाप्सरसां कुंडे स्नात्वैकं रविवासरम् । पामया संपरित्यक्तो बुद्ध्येव विषयात्मकः

Puis, s’étant baigné dans le Kuṇḍa des Apsarās un seul dimanche, la pāma (maladie de peau) l’abandonna entièrement, comme l’esprit, par la juste connaissance, rejette les objets des sens.

Verse 61

ततः स ब्राह्मणो जातो द्वादशार्कसमप्रभः । तोषेण महता युक्तो दत्ताशीस्तस्य भूपतेः

Alors ce brāhmaṇa devint resplendissant comme douze soleils. Empli d’une grande satisfaction, il accorda des bénédictions à ce roi.

Verse 62

प्रययौ वांछितं देशमनुज्ञातश्च भूभुजा । देवतायां प्रणामं च ताभ्यां कृत्वा पुनःपुनः

Ayant reçu congé du roi, il partit vers la contrée qu’il désirait ; et, maintes et maintes fois, il se prosterna devant la divinité de ce lieu.

Verse 63

सोपि राजा सदोषांस्तानजारूपान्विलोक्य च । स्वस्यैव ब्राह्मणं दृष्ट्वा तं तथा संप्रहर्षितः

Ce roi aussi, voyant ces boucs marqués de défauts, puis voyant son propre brāhmaṇa ainsi rétabli, fut saisi d’une très grande joie.

Verse 64

स्वयं च प्रययौ तत्र यत्रस्थो हाटकेश्वरः । तेनैव च शरीरेण निजकांतासमन्वितः

Et lui-même se rendit en ce lieu où demeure Hāṭakeśvara—dans le même corps, et accompagné de sa reine bien-aimée.

Verse 65

अजागृहे स्थिता यस्मात्सा देवी क्षेत्रदेवता । अजागृहा ततः ख्याता सर्वत्रैव द्विजोत्तमाः

Parce que cette Déesse—divinité tutélaire de l’enceinte sacrée—demeure dans la « Maison de la Chèvre » (Ajāgṛha), ce lieu devint célèbre partout sous le nom d’Ajāgṛhā, ô le meilleur des brāhmaṇas.

Verse 66

अद्यापि यक्ष्मणा ग्रस्तो यस्तां पूजयते नरः । तैनैव विधिना सम्यक्स नीरोगो द्रुतं भवेत्

Aujourd’hui encore, l’homme atteint de yakṣmā (consomption) qui l’adore selon le rite prescrit et avec justesse, devient promptement exempt de maladie.

Verse 96

तथा चाप्सरसां कुण्डमत्रास्ति नृपसत्तम । तत्र स्नात्वा रवेरह्नि ततः पामा प्रशाम्यति

Et ici encore, ô le meilleur des rois, se trouve l’Étang des Apsarās. En s’y baignant un jour consacré au Soleil, la maladie de peau (pāmā) s’apaise ensuite.

Verse 133

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्येऽजागृहोत्पत्तिमाहात्म्यवर्णनंनाम त्रयस्त्रिंशदुत्तरशततमोऽध्यायः

Ainsi, dans le vénérable Skanda Mahāpurāṇa, dans l’Ekāśīti-sāhasrī Saṃhitā, au sixième livre—le Nāgara-khaṇḍa—au sein du Māhātmya du lieu sacré de Hāṭakeśvara, s’achève le cent trente-troisième chapitre, intitulé «Description de la grandeur de l’origine d’Ajāgṛha».