
Ce chapitre déploie un enseignement théologique à plusieurs niveaux, porté par la quête d’un chercheur désirant obtenir l’accomplissement « dans ce corps même » et par l’exceptionnelle sainteté d’Avimukta (Kāśī). Skanda rapporte un récit ancien, situé au temps du Padma-kalpa : Damana, fils de Bhāradvāja, voyant l’instabilité et la peine de l’existence mondaine, parcourt āśramas, cités, forêts, rivières et tīrtha, pratiquant des austérités sans parvenir à la stabilité intérieure. Par une rencontre providentielle, il atteint la rive de la Revā et découvre le sanctuaire lié à Oṃkāra ; il y voit des ascètes Pāśupata et s’approche de leur maître âgé, le muni Garga. Damana expose ses disciplines antérieures—pèlerinages, japa de mantras, havana, service du guru, nuits dans les lieux de crémation, pratiques médicinales et alchimiques, tapas rigoureux—mais avoue ne pas posséder la « semence » du siddhi ; il demande un upadeśa précis pour l’obtention dans le corps présent. Garga loue Avimukta comme kṣetra suprême, décrit par des images de délivrance hors du saṃsāra, et présente ses gardiens de frontière ainsi que ses lieux majeurs, dont Maṇikarṇikā et Viśveśvara. Il ancre ensuite la pratique dans l’Oṃkāra-liṅga : il cite des modèles Pāśupata ayant atteint le siddhi par son culte et raconte un épisode avertisseur où une grenouille mange le nirmālya (restes d’offrandes) de Śiva, meurt hors du kṣetra à cause de cette faute et renaît avec des marques mêlant bon et mauvais présages ; cela devient une règle morale et rituelle de respect des biens et offrandes du Seigneur. Le chapitre propose encore l’exemple de Mādhavī (renaissance de cette grenouille), dont la dévotion exclusive à Oṃkāra—souvenir constant, service et maîtrise des sens tournés vers le liṅga—aboutit à sa fusion dans le liṅga lors de la veille et du jeûne de la caturdaśī de Vaiśākha ; une manifestation lumineuse apparaît et une fête locale est évoquée. La conclusion, sous forme de phalaśruti, promet purification et accès à Śiva-loka à l’auditeur attentif, et rappelle la garde perpétuelle du kṣetra par les gaṇa.
Verse 1
स्कंद उवाच । शृणु वातापि संहर्तः काश्यां पातकतंकिनी । पद्मकल्पे तु या वृत्ता दमनस्य द्विजन्मनः
Skanda dit : Écoute, ô meurtrier de Vātāpi, ce récit lié à Kāśī qui anéantit le péché : l’histoire survenue dans le Padma-kalpa au sujet de Damana, le deux-fois-né (brāhmane).
Verse 2
भारद्वाजस्य तनयो दमनो नाम नामतः । कृतमौंजीविधिः सोथ विद्याजातं प्रगृह्य च
Damana, fils de Bhāradvāja, tel était son nom ; après avoir accompli selon la règle le rite de la ceinture sacrée (mauñjī) et saisi les disciplines de l’étude, il s’engagea sur sa voie.
Verse 3
संसारदुःखबहुलं जीवितं चापि चंचलम् । विज्ञाय दमनो विद्वान्निर्जगाम गृहान्निजात्
Reconnaissant, le savant Damana, que la vie dans le saṃsāra est pleine de souffrance et que l’existence est vacillante, il quitta sa demeure.
Verse 4
कांचिद्दिशं समालंब्य निर्वेदं परमं गतः । प्रत्याश्रमं प्रतिनगं प्रत्यब्धि प्रतिकाननम्
S’orientant vers quelque direction et parvenu au détachement suprême, il alla d’ermitage en ermitage, de montagne en montagne, de mer en mer et de forêt en forêt.
Verse 5
प्रतितीर्थं प्रतिनदि स बभ्राम तपोयुतः । यावंत्यायतनानीह तिष्ठंति परितो भुवम्
Doué d’austérité, il erra vers chaque tīrtha et chaque rivière—oui, vers tous les sanctuaires sacrés qui se dressent à travers la terre.
Verse 6
अध्युवास स तावंति संयतेंद्रियमानसः । परं न मनसः स्थैर्यं क्वापि प्रापि च तेन वै
Il demeura en tant de lieux saints, les sens et l’esprit maîtrisés; pourtant, nulle part il n’obtint la parfaite stabilité du mental.
Verse 7
मनोरथोपदेष्टा च कुत्रचित्क्वापि नेक्षितः । कदाचिद्दैवयोगात्स दमनो नाम तापसः
Nulle part il ne vit un maître capable de l’instruire sur la voie du véritable dessein de son cœur; mais un jour, par le jeu de la Providence, l’ascète nommé Damana (se présenta).
Verse 8
रेवातटे निरैक्षिष्ट तीर्थं चामरकंटकम् । महदायतनं पुण्यमोंकारस्यापि तत्र वै
Sur la rive de la Revā, il contempla le tīrtha nommé Āmarakaṇṭaka; là se trouvait aussi un grand et saint sanctuaire d’Oṃkāra.
Verse 9
दृष्ट्वा हृष्टमना आसीच्चेतः स्थैर्यमवाप ह । अथ पाशुपतांस्तत्र स निरीक्ष्य तपोधनान्
À cette vue, il fut rempli de joie et son esprit acquit la stabilité. Puis il y observa les ascètes Pāśupata—trésors d’austérité—
Verse 10
विभूतिभूषिततनून्कृतलिंगसमर्चनान् । विहितप्राणयात्रांश्च कृतागमविचारणान्
—le corps paré de la cendre sacrée (vibhūti), ils rendaient un culte au liṅga ; observant les disciplines prescrites du souffle et de la conduite vitale, et se vouant à la méditation des Āgamas, les Écritures śaiva.
Verse 11
स्वस्थोपविष्टान्स्वपुरोरग्रतोऽचलमानसान् । प्रणम्योपाविशत्तत्र तदाचार्यस्य सन्निधौ
Les voyant assis paisiblement devant lui, l’esprit ferme et sans vaciller, il se prosterna d’abord avec révérence, puis s’assit là, en la présence même de ce maître vénérable.
Verse 12
प्रबद्धहस्तयुगलः प्रणमतरकंधरः । अथ पाशुपताचार्यो गर्गो नाम महामुनिः
Les deux mains jointes en signe de révérence, le cou incliné en salut, se tenait là le précepteur pāśupata, le grand sage nommé Garga.
Verse 13
वार्धकेन समाक्रांतस्तपसा कृशविग्रहः । शंभोराराधनेनिष्ठः श्रेष्ठः सर्वतपस्विषु
Bien que la vieillesse l’eût saisi et que l’austérité (tapas) eût rendu son corps maigre, il demeurait inébranlable dans l’adoration de Śambhu, le plus éminent de tous les ascètes.
Verse 14
पप्रच्छ दमनं चेति कस्त्वं कस्मादिहागतः । तरुणोपि विरक्तोसि कुतस्तद्वद सत्तम
Il interrogea Damana : « Qui es-tu, et d’où es-tu venu ici ? Bien que jeune, tu es détaché ; d’où cela te vient-il ? Dis-le-moi, ô le meilleur des hommes. »
Verse 15
इति प्रणयपूर्वं स निशम्य दमनोऽब्रवीत् । भगोः पाशुपताचार्य सर्वज्ञाराधनप्रिय
Ainsi, interpellé avec tendresse, Damana écouta et répondit : «Ô vénérable maître pāśupata, cher à l’adoration du Seigneur Omniscient…»
Verse 16
कथयामि यथार्थं ते निजचेतोविचेष्टितम् । अहं ब्राह्मणदायादो वेदशास्त्रकृतश्रमः
«Je te dirai en vérité les mouvements de mon propre esprit. Je suis brahmane de lignée, et j’ai peiné dans l’étude des Veda et des śāstra.»
Verse 17
संसारासारतां ज्ञात्वा वानप्रस्थमशिश्रियम् । अनेनैव शरीरेण महासिद्धिमभीप्सता
«Ayant reconnu la vanité du saṃsāra, j’ai embrassé la vie de vānaprastha, l’ermite des forêts ; et, avec ce même corps, j’ai désiré atteindre la grande siddhi.»
Verse 18
स्नातं बहुषु तीर्थेषु मंत्रा जप्तास्तु कोटिशः । देवताः सेविता बह्व्यो हवनं च कृतं बहु
«Je me suis baigné en maints tīrtha ; j’ai récité des mantras par millions. J’ai servi de nombreuses divinités et accompli bien des havan, des offrandes au feu.»
Verse 19
शुश्रूषिताश्च गुरवो बहवो बह्वनेहसम् । महाश्मशानेषु निशा भूयस्योप्यतिवाहिताः
«J’ai servi de nombreux gurus durant de longues années ; et dans de grands śmaśāna, lieux de crémation, j’ai aussi passé d’innombrables nuits.»
Verse 20
शिखराणि गिरींद्राणां मया चाध्युषितान्यहो । दिव्यौषधि सहस्राणि मया संसाधितान्यपि
Hélas ! J’ai même demeuré sur les sommets des montagnes souveraines ; et j’ai aussi maîtrisé des milliers d’herbes médicinales merveilleuses.
Verse 21
रसायनानि बहुशः सेवितानि मया पुनः । महासाहसमालंब्य सिद्धाध्युषितकंदराः
J’ai maintes fois pris de nombreux rasāyana, élixirs de rajeunissement ; et, m’appuyant sur une grande audace, je suis entré dans des grottes et des ravins habités par les siddhas, les êtres accomplis.
Verse 22
मया प्रविष्टा बहुशः कृतांतवदनोपमाः । तपश्चापि महत्तप्तं बहुभिर्नियमैर्यमैः
Bien des fois je suis entré en des lieux semblables à la bouche même de la Mort ; et j’ai aussi accompli une grande austérité (tapas), soutenu par de nombreuses observances et maîtrises, niyama et yama.
Verse 23
परं किंचित्क्वचिन्नैक्षि सिद्ध्यंकुरमपि प्रभो । इदानीं त्वामनुप्राप्य महीं पर्यटता मया
Pourtant, nulle part je n’ai aperçu ne fût-ce qu’un germe de réussite, ô Seigneur. Mais à présent, t’ayant atteint tandis que j’errais sur la terre, l’espérance s’est levée en moi.
Verse 24
मनसः स्थैर्यमापन्नमिव संप्राप्तसिद्धिना । अवश्यं त्वन्मुखांभोजाद्यद्वचो निःसरिष्यति
Mon esprit semble avoir trouvé la stabilité, comme si la siddhi était déjà obtenue ; car assurément, toute parole qui jaillira de ta bouche semblable au lotus sera pleine d’efficacité.
Verse 25
तेनैव महती सिद्धिर्भवित्री मम नान्यथा । तद्ब्रूहि सूपदेशं च कथं सिद्धिर्भवेन्मम
Par cela seul viendra pour moi la grande réussite, et non autrement. Dis-moi donc l’enseignement excellent : comment l’accomplissement naîtra-t-il en moi ?
Verse 26
अनेनैव शरीरेण पार्थिवेन प्रथीयसी । दमनस्य निशम्येति गर्गाचार्यो वचस्तदा
Entendant les paroles de Damanā, le maître Garga dit alors : «Avec ce même corps terrestre, tu atteindras assurément l’éminence et l’accomplissement».
Verse 27
प्रत्यक्षदृष्टं प्रोवाच महदाश्चर्यमुत्तमम् । सर्वेषां शृण्वतां तत्र शिष्याणां स्थिरचेतसाम् । मुमुक्षूणां धृतवतां महापाशुपतं व्रतम्
Il proclama alors un enseignement suprême et merveilleux, attesté par l’expérience directe, tandis que tous les disciples au mental stable écoutaient là—aspirants à la délivrance, fermes dans leur résolution—, à savoir le grand vœu pāśupata.
Verse 28
गर्ग उवाच । अनेनैवेह देहेन यदि त्वं सिद्धिकामुकः । शृणुष्वावहितो भूत्वा तदा ते कथयाम्यहम्
Garga dit : «Si tu désires l’accomplissement ici même avec ce corps, écoute avec une attention entière ; alors je te l’expliquerai».
Verse 29
अविमुक्ते महाक्षेत्रे सर्वसिद्धिप्रदे सताम् । धर्मार्थकाममोक्षाख्य रत्नानां परमाकरे
«Dans Avimukta, le grand domaine sacré qui accorde toute siddhi aux justes, se trouve la mine suprême de joyaux nommés Dharma, Artha, Kāma et Mokṣa».
Verse 30
समाश्रितानां जंतूनां सर्वेषां सर्वकर्मणाम् । शलभानां प्रदीपाभे तमःस्तोम महाद्विपि
Pour tous les êtres qui s’y réfugient—de toute espèce et de toute action—Avimukta est comme une lampe pour les papillons de nuit ; tel un grand éléphant, il écrase les amas de ténèbres.
Verse 31
कर्मभूरुह दावाग्नौ संसाराब्ध्यौर्वशोचिपि । निर्वाणलक्ष्मी क्षीराब्धौ सुखसंकेतसद्मनि
Ô Kāśī — tel un feu de forêt pour l’arbre du karma, tel le feu sous-marin pour l’océan du saṃsāra ; ô demeure où se révèle la béatitude de la délivrance, semblable à l’Océan de Lait qui porte la fortune du nirvāṇa.
Verse 32
दीर्घनिद्रा प्रसुप्तानां परमोद्बोधदायिनि । यातायातश्रमापन्नप्राणिमार्गमहीरुहि
Ô Kāśī, qui donnes l’éveil suprême à ceux que plonge un long sommeil d’ignorance ; ô grand arbre qui abrites la voie des êtres lassés par les allées et venues sans fin (naissance et mort).
Verse 33
अनेकजन्मजनित महापापाद्रिवज्रिणि । नामोच्चारकृतां पुंसां महाश्रेयो विधायिनि
Ô Kāśī, foudre qui brise la montagne des grands péchés amassés au fil de nombreuses naissances ; ô dispensatrice du bien suprême aux hommes par la seule profération de ton Nom.
Verse 34
विश्वेशितुः परेधाम्नि सीम्नि स्वर्गापवर्गयोः । स्वर्धुनी लोलकल्लोला नित्यक्षालित भूतले
Dans la demeure suprême de Viśveśvara, à la frontière même du ciel et de la délivrance, la terre est sans cesse lavée par le fleuve céleste, dont les vagues jouent sans repos.
Verse 35
एवंविधे महाक्षेत्रे सर्वदुःखौघहारिणि । प्रत्यक्षं मम यद्वृत्तं तद्ब्रवीमि महामते
En un tel mahākṣetra, champ sacré qui dissipe le flot de toutes les douleurs, ô esprit magnanime, je vais te dire ce qui m’est advenu, ce que j’ai su de façon directe.
Verse 36
यत्र कालभयं नास्ति यत्र नास्त्येनसो भयम् । तत्क्षेत्रमहिमानं कः सम्यग्वर्णयितुं क्षमः
Là où il n’est point de crainte du Temps (Kāla), et où il n’est point de crainte du péché—qui donc serait capable de décrire comme il faut la grandeur de ce champ sacré ?
Verse 37
तीर्थानि यानि लोकेस्मिञ्जंतूनामघहान्यहो । तानि सर्वाणि शुद्ध्यर्थं काशीमायांति नित्यशः
Tous les tīrtha de ce monde qui effacent les péchés des êtres—oui, tous sans exception—viennent chaque jour à Kāśī pour leur propre purification.
Verse 38
अपि काश्यां वसेद्यस्तु सर्वाशी सर्वविक्रयी । स यां गतिं लभेन्मर्त्यो यज्ञैर्दानैर्न सान्यतः
Même si un homme demeure à Kāśī en mangeant de tout et en vendant tout, l’état qu’il atteint ne s’obtient nulle part ailleurs par les sacrifices (yajña) et les dons (dāna).
Verse 39
रागबीजसमुद्भूतः संसारविटपो महान् । दीर्घस्वाप कुठारेण च्छिन्नः काश्यां न वर्धते
Le grand arbre du saṃsāra, né de la semence de l’attachement (rāga), une fois tranché par la hache du long sommeil spirituel, ne croît plus à Kāśī.
Verse 40
सर्वेषामूषराणां तु काशी परम ऊषरः । वप्तुर्बीजमिदं तस्मिन्नुप्तं नैव प्ररोहति
Parmi toutes les terres stériles, Kāśī est la plus stérile ; là, la semence semée par le semeur du karma ne germe jamais.
Verse 41
स्मरिष्यंतीह ये काशीमवश्यं तेपि साधवः । तेप्यघौघ विनिर्मुक्ता यास्यंति गतिमुत्तमाम्
Même ceux qui, vivant ici, se souviendront assurément de Kāśī, ceux-là aussi deviennent véritablement vertueux. Délivrés des flots de péché, ils atteignent l’état suprême.
Verse 42
विभूतिः सर्वलोकानां सत्यादीनां सुभंगुरा । अभंगुरा विमुक्तस्य सा तु लभ्या शिवाज्ञया
La splendeur de tous les mondes—même de Satya-loka et des autres—est fragile et périssable. Mais pour le libéré, cette splendeur est impérissable ; elle ne s’obtient que par l’ordre et la grâce de Śiva.
Verse 43
कृमिकीटपतंगानामविमुक्ते तनुत्यजाम् । विभूतिर्दृश्यते या सा क्वास्ति ब्रह्मांडमंडले
Même pour les vers, les insectes et les êtres ailés qui quittent leur corps à Avimukta, une gloire se manifeste ; où donc, dans toute l’étendue de l’univers, trouve-t-on une telle gloire ?
Verse 44
वाराणसी यदा प्राप्ता कदाचित्कालपर्ययात् । स उपायो विधातव्यो येन नो निष्क्रमो बहिः
Quand on parvient à Vārāṇasī—un jour, par le retournement du destin—il faut adopter le moyen grâce auquel on ne sort plus au-delà d’elle.
Verse 45
पूर्वतो मणिकर्णीशो ब्रह्मेशो दक्षिणे स्थितः । पश्चिमे चैव गोकर्णो भारभूतस्तथोत्तरे
À l’est se tient Maṇikarṇīśa ; au sud demeure Brahmeśa. À l’ouest est Gokarṇa, et de même au nord, Bhārabhūta.
Verse 46
इत्येतदुत्तमं क्षेत्रमविमुक्ते महाफलम् । मणिकर्णी ह्रदे स्नात्वा दृष्ट्वा विश्वेश्वरंविभुम्
Ainsi est ce champ suprême—Avimukta—aux fruits immenses. Après s’être baigné dans l’étang de Maṇikarṇī et avoir contemplé Viśveśvara, le Seigneur qui pénètre tout, (on obtient ce mérite).
Verse 47
क्षेत्रं प्रदक्षिणीकृत्य राजसूयफलं लभेत् । तत्र श्राद्धप्रदातुश्च मुच्यंते प्रपितामहाः
En faisant la circumambulation de la région sacrée, on obtient le fruit du sacrifice Rājasūya. Et pour celui qui y offre le śrāddha, même les ancêtres sont délivrés.
Verse 48
अविमुक्त समं क्षेत्रमपि ब्रह्मांडगोलके । न विद्यते क्वचित्सत्यं सत्यं साधकसिद्धिदम्
Dans toute la sphère du cosmos, il n’est nulle terre sainte égale à Avimukta ; c’est la vérité, la vérité, car elle accorde l’accomplissement aux aspirants spirituels.
Verse 49
रक्षंति सततं क्षेत्रं यत्र पाशासिपाणयः । महापारिषदा उग्राः क्रूरेभ्योऽक्रूरबुद्धयः
Cette terre sainte est gardée sans cesse par de farouches grands serviteurs, tenant lacs et épées : terribles pour les cruels, mais bienveillants dans leur dessein.
Verse 50
प्राग्द्वारमट्टहासश्च गणकोटिपरीवृतः । रक्षेदहर्निशं क्षेत्रं दुर्वृत्तेभ्यो विभीषणः
À la porte de l’Est, Aṭṭahāsa—entouré de crores de gaṇas—veille jour et nuit sur le kṣetra sacré, épouvante des méchants.
Verse 51
तथैव भूतधात्रीशः क्षेत्रदक्षिणरक्षकः । गोकर्णः पश्चिमद्वारं पाति कोटिगणावृतः
De même, Bhūtadhātrīśa se tient comme gardien du côté sud du saint kṣetra (Kāśī) ; et Gokarṇa—entouré de crores de gaṇas—protège la porte de l’Ouest.
Verse 52
उदग्द्वारं तथा रक्षेद्घंटाकर्णो महागणः । ऐशंकोणं छागवक्त्रो भीषणो वह्निदिग्दलम्
De même, le grand Gaṇa nommé Ghaṇṭākarṇa garde la porte du Nord ; et le redoutable Chāgavaktra protège l’angle du Nord-Est, le secteur jouxtant la direction du Feu.
Verse 54
कालाक्षोरण भद्रस्तु कौलेयः कालकंपनः । एते पूर्वेण रक्षंति गंगापारे स्थिता गणाः
Kālākṣa, Oraṇabhadra, Kauleya et Kālakaṃpana : ces gaṇas, postés sur l’autre rive de la Gaṅgā, protègent le côté oriental.
Verse 55
वीरभद्रो नभश्चैव कर्दमालिप्तविग्रहः । स्थूलकर्णो महाबाहुरसिपारे व्यवस्थिताः
Vīrabhadra et Nabhas, ainsi que Kardamāliptavigraha, Sthūlakarṇa et Mahābāhu : ceux-ci sont postés sur l’autre rive de l’Asi (rivière).
Verse 56
विशालाक्षो महाभीमः कुंडोदरमहोदरौ । रक्षंति पश्चिमद्वारं देहलीदेशसंस्थिताः
Viśālākṣa, le redoutable Mahābhīma, et Kuṇḍodara avec Mahodara—postés dans la contrée de Dehalī—gardent la porte de l’Ouest.
Verse 57
नंदिसेनश्च पंचालः खरपादकरंटकः । आनंदोगोपको बभ्रू रक्षंति वरणातटे
Nandisena, Pañcāla, Kharapādakaraṇṭaka, Ānandogopaka et Babhrū gardent la berge de la rivière Varaṇā.
Verse 58
तस्मिन्क्षेत्रे महापुण्ये लिंगमोंकारसंज्ञकम् । तत्र सिद्धिं परां प्राप्ता देहेनानेन साधकाः
Dans ce kṣetra très méritoire et saint se dresse le liṅga nommé Oṃkāra ; là, les sādhakas obtinrent la perfection suprême tout en demeurant dans ce corps même.
Verse 59
कपिलश्चैव सावर्णिः श्रीकंठः पिगलोंशुमान् । एते पाशुपताः सिद्धास्तल्लिंगाराधनेन हि
Kapila, Sāvarṇi, Śrīkaṇṭha et Pigaloṃśumān—ces dévots pāśupata—devinrent assurément des êtres accomplis par l’adoration de ce liṅga.
Verse 60
एकदा तस्य लिंगस्य कृत्वा पंचापिपूजनम् । नृत्यतः सहुडुत्कारं तस्मिंल्लिंगे लयं ययुः
Un jour, après avoir accompli l’adoration en cinq actes de ce liṅga, ils dansèrent en s’écriant « huḍu ! », puis se résorbèrent, absorbés dans ce liṅga même.
Verse 61
अन्यच्च ते प्रवक्ष्यामि तत्र यद्वृत्तमद्भुतम् । निशामय महाबुद्धे दमन द्विजसत्तम
Je vais encore te dire autre chose : un événement merveilleux qui s’y produisit. Écoute attentivement, ô Damana à la haute intelligence, le meilleur des deux-fois-nés.
Verse 62
एका भेकी मुने तत्र चरंती लिंग सन्निधौ । प्रदक्षिणं सदा कुर्यान्निर्माल्याक्षतभक्षिणी
Ô sage, là se trouvait une certaine grenouille femelle qui allait et venait près du Śiva-liṅga ; sans cesse elle accomplissait la pradakṣiṇā (circumambulation), tout en se nourrissant du nirmālya et des grains de riz akṣata.
Verse 63
सा तत्र मृत्युं न प्राप शिवनिर्माल्यभक्षणात् । क्षेत्रादन्यत्र मरणं जातं तस्यास्तदेनसः
Parce qu’elle avait consommé le nirmālya de Śiva, elle ne rencontra pas la mort tant qu’elle demeura là, dans le kṣetra sacré ; mais hors du lieu saint, la mort l’atteignit, à cause de ce même péché.
Verse 64
वरं विषमपिप्राश्यं शिवस्वं नैव भक्षयेत् । विषमेकाकिनं हंति थिवस्वं पुत्रपौवकम्
Mieux vaut avaler du poison que de manger ce qui appartient à Śiva. Le poison ne détruit que celui qui le boit ; mais s’emparer du bien de Śiva détruit l’homme avec ses fils et ses petits-fils.
Verse 65
शिवस्य परिपुष्टांगाः स्पर्शनीया न साधुभिः । तेन कर्मविपाकेन ततस्ते रौरवौकसः
Ceux qui se sont ‘bien nourris’ de ce qui appartient à Śiva ne doivent pas être touchés par les vertueux. Par la maturation de ce karma, ils deviennent alors des habitants de Raurava.
Verse 66
कश्चित्काकः समालोक्य मंडूकीं तामितस्ततः । पोप्लूयमानामादाय चंच्वा क्षेत्राद्बहिर्गतः
Un certain corbeau, l’ayant aperçue, saisit cette grenouille femelle dans son bec tandis qu’elle se débattait, et s’envola au-delà de la limite du kṣetra sacré.
Verse 67
वर्षाभ्वी तेन सा क्षिप्ता काकेन क्षेत्रबाह्यतः । अथ सा कालतो भेकी तत्रैव क्षेत्रसत्तमे
À la saison des pluies, ce corbeau la jeta hors de l’enceinte sacrée. Puis, en son temps, cette grenouille y trouva la fin, en ce lieu même, bien que le kṣetra soit souverainement saint.
Verse 68
प्रदक्षिणीकरणतो लिंगस्यस्पर्शनादपि । पुण्यापुण्यवतीजाता कन्यापुष्पबटोर्गृहे
Par l’acte de la pradakṣiṇā —et même par le simple contact du liṅga— elle naquit comme une fillette portant à la fois mérite et démérite, dans la maison du brahmacārin nommé Kanyāpuṣpabaṭu.
Verse 69
शुभावयवसंस्थाना शुभलक्षणलक्षिता । परं गृध्रमुखी जाता निर्माल्याक्षतभक्षणात्
Son corps était bien proportionné et marqué de signes de bon augure; pourtant elle naquit avec un visage de vautour, pour avoir mangé le nirmālya et l’akṣata.
Verse 70
सम्यग्गीतरहस्यज्ञा नितरां मधुरस्वरा । सप्तस्वरास्त्रयो ग्रामा मूर्च्छनास्त्वैकविंशतिः
Elle connaissait parfaitement les arcanes du chant et possédait une voix d’une douceur extrême : les sept svaras, les trois grāmas et les vingt et une mūrcchanās.
Verse 71
ताना एकोनपंचाश ताला एकोत्तरंशतम् । रागाः षडेव तेषां तु पंचपंचापि चांगनाः
Il y avait quarante-neuf tānas et cent un tālas. Six étaient les rāgas principaux, et pour chacun d’eux il y avait aussi cinq et cinq « compagnes » (rāgas secondaires).
Verse 72
षड्विंशद्रागरागिण्य इति रागि मुदावहाः । देशकाल विभेदेन पंचषष्टिस्तथा पराः
Il est vingt-six rāgas et rāgiṇīs principaux qui réjouissent l’amateur éclairé ; et de plus, selon les différences de lieu et de temps, il existe encore soixante-cinq variantes supplémentaires.
Verse 73
यावंत एव तालाः स्यु रागास्तावंत एव हि । इति गीतोपनिषदा प्रत्यहं सा शुभव्रता
Autant il y a de tālas (mesures rythmiques), autant, en vérité, il y a de rāgas. Ainsi instruite par la «Gītopaniṣad», cette femme aux vœux bénis s’exerçait jour après jour.
Verse 74
माधवी मधुरालापा सदोंकारं समर्चयेत् । प्राप्याप्यनर्घ्यतारुण्यं सा तु पुष्पबटोः सुता
Mādhavī, à la parole suave, rendait sans cesse un culte à l’Oṃkāra. Bien qu’elle eût obtenu une jeunesse inestimable, elle —fille de Puṣpabaṭa— demeura vouée à cette adoration.
Verse 75
प्राग्जन्मवासनायोगादोंकारं बह्वमंस्त वै । स्वभाव चंचलं चेतस्तस्यास्तल्लिंग सेवनात्
Par la force des empreintes des naissances antérieures, elle contemplait intensément l’Oṃkāra. Bien que l’esprit soit par nature instable, chez elle il se fixa par le service rendu à ce liṅga.
Verse 76
दमनस्थैर्यमगमद्योगेनेव महात्मनः । न दिवा बाधयांचक्रे क्षुत्तृण्निद्रा क्षपा सुताम्
Elle atteignit la fermeté de la maîtrise de soi, comme par le yoga d’une grande âme. Le jour, ni la faim, ni la soif, ni le sommeil ne tourmentaient cette fille de Kṣapā.
Verse 77
अतंद्रितमना आसीत्सा तल्लिंग निरीक्षणे । अक्ष्णोर्निमेषा यावंतस्तस्या आसन्दिवानिशम्
Son esprit ne se lassait pas tandis qu’elle contemplait ce liṅga. Les clignements de ses yeux—si rares fussent-ils—se poursuivaient à peine, jour et nuit, car elle ne voulait pas se détourner.
Verse 78
तावत्कालस्तया साध्व्या महान्विघ्नोऽनुमीयते । निमेषांतरितः कालो यो यो व्यथोंगतो मम । लिंगानवेक्षणात्तत्र प्रायश्चित्तं कथं भवेत
Pour cette raison même, la sainte femme tenait même ce court instant pour un grand empêchement : «Quel que soit le moment qui s’est écoulé pour moi—fût-ce l’intervalle d’un clignement—sans contempler le liṅga, comment pourrait-il y avoir expiation pour cela ?»
Verse 79
इति संचितयंत्येव सेवां तत्याज नोंकृतेः । जलाभिलाषिणी सा तु लिंगनामामृतं पिबेत्
Ainsi méditant, elle n’abandonna jamais son service, pas même pour l’Oṃkṛti (le son sacré Oṃ). Et lorsqu’elle désirait de l’eau, elle buvait le nectar du Nom du liṅga.
Verse 80
नान्य द्दिदृक्षिणी तस्या अक्षिणी श्रुतिगे अपि । विहाय लिंगमोंकारं हृद्विहायः स्थितं सताम्
Ses yeux ne désiraient rien voir d’autre, même lorsque d’autres sons parvenaient à ses oreilles. Car comment aurait-elle pu délaisser l’Oṃkāra-liṅga—Śiva—qui demeure comme le refuge du cœur des justes ?
Verse 81
तस्याः शब्दग्रहौ नान्य शब्दग्रहणतत्परौ । अतीव निपुणौ जातौ तत्सन्माल्यकरौकरौ
Ses facultés de « saisir le son » ne prenaient plus aucun autre son, tout entières vouées à recevoir la vibration sacrée. Et ses mains devinrent d’une habileté extrême, mains qui tressaient pour Lui de délicates guirlandes.
Verse 82
नान्यत्र चरणौ तस्याश्चरतः सुखवांछया । त्यक्त्वोंकाराजिरक्षोणीं क्षुण्णां निर्वाणपद्मया
En quête de béatitude, elle ne posait ses pieds nulle part ailleurs ; et le sol même marqué par la ligne sacrée de l’Oṃkāra, elle l’abandonna et le foula aux pieds—tel un lotus de délivrance.
Verse 83
ओंकारं प्रणवं सारं परब्रह्मप्रकाशकम् । शब्दब्रह्मत्रयीरूपं नादबिंदुकलालयम्
L’Oṃkāra—le Praṇava—est l’essence même, le révélateur du Brahman suprême ; il est la triade védique sous la forme de Śabda-Brahman, demeure du nāda (son), du bindu (point/semence) et de la kalā (puissance subtile).
Verse 84
सदक्षरं चादिरूपं विश्वरूपं परावरम् । वरं वरेण्यं वरदं शाश्वतं शांतमीश्वरम्
C’est le véritable Impérissable, la forme originelle, la forme cosmique, au-delà du supérieur et de l’inférieur ; l’Excellent, le plus digne d’être choisi, le dispensateur de grâces—éternel, paisible, et le Seigneur.
Verse 85
सर्वलोकैकजनकं सर्वलोकैकरक्षकम् । सर्वलोकैकसंहर्तृ सर्वलोकैकवंदितम्
L’unique géniteur de tous les mondes, l’unique protecteur de tous les mondes ; l’unique qui retire et résorbe tous les mondes, l’unique adoré par tous les mondes.
Verse 86
आद्यंतरहितं नित्यं र्शिवं शंकरमव्ययम् । एकगुणत्रयातीतं भक्तस्वांतकृतास्पदम्
Sans commencement ni fin, éternel—Śiva, Śaṅkara, impérissable; au-delà des trois guṇa, et pourtant Il siège dans le cœur purifié des dévots.
Verse 87
निरुपाधिं निराकारं निर्विकारं निरंजनम् । निर्मलं निरहंकारं निष्प्रपंचं निजोदयम्
Sans upādhi ni condition, sans forme, sans changement, sans tache; pur, sans ego, au-delà du déploiement du monde—auto-lumineux dans son propre surgissement.
Verse 88
स्वात्माराममनंतं च सर्वगं सर्वदर्शिनम् । सर्वदं सर्वभोक्तारं सर्वं सर्वसुखास्पदम्
Se réjouissant en son propre Ātman, infini; omniprésent et omnivoyant; dispensateur de tout, jouisseur de tout; le Tout lui-même et demeure de toute félicité.
Verse 89
वागिंद्रियं तदीयं च प्रोच्चरत्तदहर्निशम् । नामांतरं न गृह्णाति क्वचिदन्यस्यकस्यचित्
Son organe de parole, entièrement voué à Lui, prononçait ce Nom jour et nuit; jamais il ne prenait aucun autre nom de qui que ce soit.
Verse 90
एतन्नामाक्षररसं रसयंती दिवानिशम् । रसना नैव जानाति तस्या अन्यद्रसांतरम्
Goûtant jour et nuit l’essence nectarée des syllabes de ce Nom, sa langue ne connaissait plus aucun autre goût, quel qu’il fût.
Verse 91
संमार्जनं रंगमालाः प्रासादं परितः सदा । विदध्यान्माधवी तत्र तथार्चा पात्रशोधनम्
Mādhavī veillait sans cesse au balayage et aux guirlandes d’ornement tout autour du sanctuaire ; et là même elle accomplissait le culte ainsi que la purification des vases rituels.
Verse 92
तत्र पाशुपता ये वै प्रणवेशार्चने रताः । तांश्च शुश्रूषयेन्नित्यं पितृबुद्ध्याति भक्तितः
Là, les dévots pāśupata, voués au culte de Praṇaveśa, le Seigneur de l’Oṃkāra, doivent être servis sans cesse, les tenant pour ses propres pères, avec une dévotion suréminente.
Verse 93
वैशाखस्य चतुर्दश्यामेकदा सा तु माधवी । रात्रौ जागरणं कृत्वा दिवोपवसान्विता
Une fois, au quatorzième jour lunaire du mois de Vaiśākha, cette Mādhavī accomplit une veille nocturne, après avoir observé le jeûne durant le jour.
Verse 94
यात्रामिलितभक्तेषु प्रातर्यातेषु सर्वतः । संमार्जनादिकं कृत्वा लिंगमभ्यर्च्य हर्षतः
Quand les dévots rassemblés pour la procession de pèlerinage furent partis au matin de toutes parts, elle accomplit le balayage et les autres services, puis, dans la joie, adora le liṅga.
Verse 95
गायंती मधुरं गीतं नृत्यंती निजलीलया । ध्यायंती लिंगमोंकारं तत्र लिंगे लयं ययौ
Chantant de doux hymnes, dansant selon l’élan de sa propre ferveur, et méditant le liṅga comme l’Oṃkāra, elle atteignit là la dissolution, se fondant en ce liṅga même.
Verse 96
अनेनैव शरीरेण पार्थिवेन महामतिः । अस्मदाचार्यमुख्यानां पश्यतां च तपस्विनाम्
Avec ce même corps terrestre, ô grand sage, celle au noble esprit (Mādhavī) atteignit l’état divin, sous le regard de nos maîtres éminents et des ascètes.
Verse 97
प्रादुर्बभूव यल्लिंगाज्ज्योतिर्जटिलितांबरम् । तत्र ज्योतिषि सा बाला ज्योतिर्मय्यपि साप्यभूत्
De ce liṅga jaillit une splendeur dont le ciel même était tissé de lumière; et dans cette lumière, la jeune fille devint—elle aussi—tout entière de lumière.
Verse 98
राधशुक्लचतुर्दश्यामद्यापि क्षेत्रवासिनः । तत्र यात्रां प्रकुर्वंति महोत्सवपुरःसराः
Aujourd’hui encore, au quatorzième jour de la quinzaine claire du mois de Rādha, les habitants du kṣetra sacré (Kāśī) y accomplissent la yātrā, précédée d’une grande fête.
Verse 99
तत्र जागरणं कृत्वा चतुर्दश्यामुपोषिताः । प्राप्नुवंति परं ज्ञानं यत्रकुत्रापि वै मृताः
Ceux qui y veillent en vigilance et jeûnent au quatorzième jour obtiennent la connaissance suprême, même s’ils meurent en quelque lieu que ce soit.
Verse 100
ब्रह्मांडोदर मध्ये तु यानि तीर्थानि सर्वतः । तानि वैशाखभूतायामायांत्योंकृति दर्शने
Tous les tīrtha qui se trouvent partout dans le sein de l’univers viennent, pour ainsi dire, en Vaiśākha, à la vision de la Forme de l’Oṃkāra.
Verse 110
सर्वाण्यायतनान्याशु साब्धीनि स गिरीण्यपि । स नदीनि स तीर्थानि स द्वीपानि ययुस्ततः
Alors, promptement, tous les sanctuaires, les océans et même les montagnes—avec les rivières, les tīrtha (gués sacrés) et les îles—s’éloignèrent de là, comme attirés dans cette convergence divine.
Verse 120
ये निंदंति महादेवं क्षेत्रं निंदंति येऽधियः । पुराणं ये च निंदंति ते संभाष्या न कुत्रचित्
Ceux qui blasphèment Mahādeva, ceux dont l’intelligence égarée blasphème le saint Kṣetra (Kāśī), et ceux qui blasphèment le Purāṇa—avec de telles personnes, qu’on ne converse nulle part.
Verse 121
ओंकारसदृशं लिंगं न क्वचिज्जगतीतले । इति गौर्यै समाख्यातं देवदेवेन निश्चितम्
À la surface de la terre, nulle part il n’existe de Liṅga comparable à la forme de l’Oṃkāra. Ainsi le Deva des Devas l’énonça à Gaurī, comme une vérité arrêtée.
Verse 122
इममध्यायमाकर्ण्य नरस्तद्गतमानसः । विमुक्तः सर्वपापेभ्यः शिवलोकमवाप्नुयात्
Celui qui écoute ce chapitre, l’esprit entièrement recueilli en lui, est délivré de tous les péchés et parvient au monde de Śiva.
Verse 853
रक्षः काष्ठां शंकुकर्णो दृमिचंडो मरुद्दिशम् । इत्थं क्षेत्रं सदा पांति गणा एतेऽति भास्वराः
Śaṅkukarṇa garde le quartier des Rākṣasas, et Dṛmicaṇḍa la direction du dieu du Vent. Ainsi, ces Gaṇas d’un éclat suréminent protègent sans cesse le saint Kṣetra (Kāśī).