
Sanatkumāra enseigne à Brahmā la technique rituelle de la «Triple Forme» (tri-rūpa), centrée sur Sūrya (Śeṣoditya) et étendue à Soma et aux Grahas. Le chapitre donne les métadonnées des mantras (ṛṣi/chandas/devatā) : Devabhāga–Gāyatrī–Ravi pour la vidyā solaire ; Bhṛgu–Paṅkti–Soma pour le mantra lunaire ; Virūpākṣa–Gāyatrī–Kuja pour Mars. Il prescrit ensuite le ṣaḍaṅga-nyāsa, le maṇḍala-nyāsa (Soma–Sūrya–Agni), la récitation vyāpaka, la dhyāna de Ravi dans le lotus du cœur, un japa étendu et le homa du daśāṁśa. Sont décrits le culte du pīṭha, les divinités et śaktis de l’āvaraṇa, les placements selon les directions et interdirections, ainsi que l’arghya quotidien, simple mais puissant. La fin expose les rites mensuels d’arghya à Soma et le Bhauma-vrata (vœu du mardi) pour la descendance et l’allègement des dettes, avec matériaux rouges, agencements en 21, louanges, circumambulations et dons/dakṣiṇā. Le chapitre se clôt par des indications de culte mantra pour Budha, Guru et Śukra, et par des règles de secret et d’éligibilité à la transmission.
Verse 1
सनत्कुमार उवाच । अथ वक्ष्ये त्रयीमूर्तेर्विधानं त्वब्जिनीपतेः । मन्त्राणां यत्समाराध्य सर्वेष्टं प्राप्नुयाद्भुवि ॥ १ ॥
Sanatkumāra dit : À présent, ô seigneur du lotus, je t’exposerai le vidhāna concernant la Forme Triple (Trayī-mūrti). En l’adorant dûment par ces mantras, on peut obtenir sur terre tout ce que l’on souhaite.
Verse 2
तारो रेचिकया युक्तो मेधानेत्रयुता रतिः । ससर्गा वामकर्णोढ्यो भृगुर्वढ्यासनो मरुत् ॥ २ ॥
Tāra est uni à Recikā ; Rati est pourvu de Medhā et de Netra. Sasargā est doté de « l’oreille gauche » ; Bhṛgu est assis sur Vaḍhyā ; et Marut est également mentionné dans cette suite.
Verse 3
शेषोदित्य इति प्रोक्तो वस्वर्णो भुक्तिमुक्तिदः । देवभागो मुनिश्छन्दो गायत्री देवता रविः ॥ ३ ॥
Il est déclaré « Śeṣoditya », d’un éclat d’or rayonnant, dispensateur à la fois des jouissances du monde et de la délivrance (mukti). Le ṛṣi est Devabhāga, le mètre est Gāyatrī, et la divinité présidante est Ravi (le Soleil).
Verse 4
माया बीजं रमा शक्तिर्दृष्टादृष्टे नियोगकः । सत्याय हृदयं पश्चाद्ब्रह्मणे शिर ईरितम् ॥ ४ ॥
Māyā est déclarée être la « semence » ; Ramā (Lakṣmī) est la Puissance (Śakti) ; et Lui dirige le visible comme l’invisible. Ensuite, le « Cœur » (hṛdaya) est dit pour Satya, et la « Tête » (śiras) est proclamée pour Brahmā.
Verse 5
विष्णवे तु शिखावर्म रुद्राय परिकीर्तितम् । नेत्रं स्यादग्रये पश्चात्शर्वायास्रमुदाहृतम् ॥ ५ ॥
L’« armure de śikhā » (śikhā-varma) doit être assignée à Viṣṇu, et elle est aussi déclarée pour Rudra. Le « netra » (œil) se place à l’avant, puis l’« astra » (arme-mantra) est proclamée pour Śarva.
Verse 6
नेत्रो ज्वाला मनो हुं फट्स्वाहांता मनवो गणाः । पुनः षडर्णैर्ह्री लक्ष्म्याः कृत्वांतः स्थैः षडंगकम् ॥ ६ ॥
« Netra », « Jvālā » et « Mano », avec les mantras se terminant par « huṃ », « phaṭ » et « svāhā », constituent les groupes de mantras. Puis, en utilisant le « Hrīṃ » à six syllabes (ṣaḍarṇa) de Lakṣmī, on doit accomplir le rite auxiliaire en six membres (ṣaḍaṅga), en l’établissant intérieurement en soi.
Verse 7
शिष्टारौजठरे पृष्टे तयोर्ङेंताख्यया न्यसेत् । आदित्यं च रविं पश्चाद्भानुं भास्करमेव च ॥ ७ ॥
Sur le dos, dans la région du bas-ventre (jaṭhara), on doit établir (nyāsa) la formule appelée « ṅeṃtā » pour ces deux emplacements. Ensuite, on placera les noms du Soleil : Āditya, Ravi, puis Bhānu, et aussi Bhāskara.
Verse 8
सूर्यं च मूर्ध्नि वदने हृदि गुह्ये च पादयोः । सद्यादिपञ्च ह्रस्वाद्यान् न्यसेन्ङे हृदयोंऽतिमान् ॥ ८ ॥
Qu’il accomplisse le nyāsa en plaçant Sūrya, le Soleil, sur le sommet de la tête, dans la bouche, au cœur, dans la région secrète et aux pieds; puis qu’il installe aussi les cinq mantras commençant par « sadya… », avec les voyelles brèves et les autres sons, achevant ainsi le hṛdaya-nyāsa selon l’ordre prescrit.
Verse 9
ह्रीं रमामध्यगामष्टौ वर्णांस्तारादिकान्न्यसेत् । मूर्द्धास्यकंठहृत्कुक्षिनाभिलिंगगुदेषु च ॥ ९ ॥
Par le nyāsa, qu’il installe les huit syllabes commençant par la Tārā (oṁ) et portant Ramā (Śrī/Lakṣmī) en leur milieu, en les plaçant sur la tête, la bouche, la gorge, le cœur, le ventre, le nombril, l’organe générateur et l’anus.
Verse 10
सचंद्रस्वरपूर्वं तु ङेतं शीतांशुमण्डलम् । मूर्द्धादिकंठपर्यंतं न्यसेञ्चांद्रिमनुस्प्ररन् ॥ १० ॥
Ensuite, ayant d’abord saisi le phonème lunaire (candra), qu’il accomplisse le nyāsa en plaçant le disque de la lune aux rayons frais depuis le sommet du crâne jusqu’à la gorge, tout en se souvenant intérieurement de la clarté lunaire.
Verse 11
स्पर्शान्सेंदून्समुञ्चार्य ङेंतं भास्करमण्डलम् । न्यसेत्कंठादिनाभ्यंतं ध्यायन्प्रद्योतनं हृदि ॥ ११ ॥
Après avoir correctement prononcé les consonnes de contact (sparśa) avec les voyelles, qu’il accomplisse le nyāsa en plaçant le disque solaire rayonnant (bhāskara-maṇḍala) de la gorge jusqu’à la région du nombril, tout en méditant dans le cœur son éclat illuminant.
Verse 12
यादीन्सचंद्रानुञ्चार्य ङेतं च वह्निमंडलम् । नाभ्यादिपादपर्यंतं न्यसेद्वह्निमनुस्मरन् ॥ १२ ॥
Après avoir prononcé les syllabes commençant par « ya » avec l’appoint lunaire (candra), ainsi que la syllabe « ṅe », qu’il visualise le cercle d’Agni, le maṇḍala du feu (vahni-maṇḍala), puis accomplisse le nyāsa du nombril jusqu’aux pieds, en méditant sans cesse sur le principe du feu.
Verse 13
प्रोक्तोऽयं मण्डलन्यासो महातेजोविधायकः । आदिठांतार्णपूर्वं ङेंनमोंतं सोममण्डलम् ॥ १३ ॥
Ainsi a été enseigné ce maṇḍala-nyāsa, pratique qui confère une grande radiance spirituelle. Le Soma-maṇḍala doit être disposé en commençant par le son-graine initial, précédé de la suite syllabique indiquée, et s’achevant par le mantra qui se termine par « namo ».
Verse 14
मूर्द्धादिहृदयांतं तु विन्यसेत्साधकोत्तमः । डकारादिक्षकारांतवर्णाद्यं वह्निमण्डलम् ॥ १४ ॥
Le pratiquant éminent doit accomplir le nyāsa du sommet de la tête jusqu’au cœur. Le Cercle du Feu (Vahni-maṇḍala) se place en commençant par les syllabes depuis « ḍa » jusqu’à « kṣa ».
Verse 15
ङेंतं हृदादिपादान्तं विन्यसेत्सुसमाहितः । अग्रीषोमात्मको न्यासः कथितः सर्वसिद्धिदः ॥ १५ ॥
Avec une concentration parfaite, on doit placer (les syllabes du mantra) depuis le cœur jusqu’aux pieds. Ce nyāsa, de nature Agni et Soma, est déclaré dispensateur de toutes les réussites spirituelles.
Verse 16
न्यसेत्सेंदून्मातृकार्णाञ्जयांतपुरुषात्मने । नमोंते व्यापकं मंत्री हंस्नयासोऽयमीरितः ॥ १६ ॥
On doit accomplir le nyāsa avec les bīja et les lettres de la Mātṛkā, pour le Soi intérieur qui est le Jayanta-Puruṣa. Puis le récitant du mantra dira : « Hommage à Toi, ô Toi qui pénètres tout ». Cela est proclamé comme le Haṃsa-nyāsa.
Verse 17
अष्टावष्टौ स्वराञ्शेषान्पंचपञ्च मितान्पुनः । उक्तादित्यमुखानेतान्विन्यसेञ्च नवग्रहान् ॥ १७ ॥
Ensuite, place les voyelles restantes —huit et huit encore— puis les groupes mesurés de cinq et de cinq. Les ayant disposés en commençant par Āditya (le Soleil), qu’on établisse aussi, dans l’ordre, les neuf Grahas (divinités planétaires).
Verse 18
आधारलिंगयोर्नाभौ हृदि कंठे मुखांतरे । भ्रूमध्ये च तथा भाले ब्रह्मरंघ्रे न्यसेत्क्रमात् ॥ १८ ॥
Qu’on accomplisse le nyāsa successivement : au nombril (entre l’ādhāra et le liṅga), puis au cœur, à la gorge, à l’intérieur de la bouche, entre les sourcils, sur le front, et enfin au brahma-randhra (l’orifice du sommet du crâne).
Verse 19
हंसाख्यमग्नीषोमाख्यं मंडलत्रयमेव च । पुनर्न्यासत्रयं कुर्यान्मूलेन व्यापकं चरेत् ॥ १९ ॥
Qu’il établisse d’abord les trois maṇḍalas—connus sous les noms de Haṃsa et d’Agnīṣoma—puis qu’il accomplisse à nouveau le triple nyāsa ; ensuite, au moyen du mūla-mantra, qu’il pratique la pose/récitation vyāpaka, qui pénètre tout.
Verse 20
एवं न्यासविधिं कृत्वा ध्यायेत्सूर्यं हृदबुजे । दानाभयाब्जयुगलं धारयंतं करै रविम् ॥ २० ॥
Ainsi, après avoir accompli le nyāsa prescrit, qu’il médite sur Sūrya dans le lotus du cœur : sur Ravi, qui de ses mains porte une paire d’emblèmes de lotus accordant dāna (don, grâce) et abhaya (absence de crainte).
Verse 21
कुंडलां गदकेयूरहारिणं च त्रयीतनुम् । ध्यात्वैवं प्रजपेन्मंत्री वसुलक्षं दशांशतः ॥ २१ ॥
Ayant ainsi médité sur le Seigneur—paré de boucles d’oreilles, portant la massue, orné de bracelets et d’un collier, et dont le corps même est l’incarnation des Trois Vedas—le pratiquant du mantra doit accomplir le japa huit cent mille fois, puis offrir le dixième en oblation prescrite (daśāṁśa).
Verse 22
रक्तांभोजैस्तिलैर्वापि जुहुयाद्विधिवद्वसौ । प्रथमं पीठयजने धर्मादीनां स्थले यजेत् ॥ २२ ॥
Qu’il offre selon le rite des oblations dans le feu avec des lotus rouges ou des graines de sésame. Dans le pīṭha-yajana, qu’il accomplisse d’abord le culte aux sièges de Dharma et des autres divinités accompagnatrices.
Verse 23
प्रभूतं विमलं शारं समाराध्यमनंतरम् । परमादिमुखं मध्ये खबिंबांतं प्रपूजयेत् ॥ २३ ॥
Ensuite, qu’on adore ce Principe essentiel, surabondant et sans tache, aussitôt accessible à la vénération, dont le Visage suprême et primordial est établi au milieu et s’étend jusqu’à l’orbe du ciel (la sphère céleste).
Verse 24
सोमाग्निमंडलं पूज्यरविमंडलमर्चयेत् । दीप्ता सूक्ष्मा जया भद्रा विभूतिर्विमला तथा ॥ २४ ॥
Après avoir vénéré le maṇḍala de la Lune et du Feu, qu’on vénère ensuite le maṇḍala du Soleil. (Les puissances divines se nomment) Dīptā, Sūkṣmā, Jayā, Bhadrā, Vibhūti, et de même Vimalā.
Verse 25
अमोघा विद्युता सर्वतोमुखी पीठशक्तयः । ह्रस्वत्रयोक्तिजाः क्लीबही ना वह्नींदुसंयुताः ॥ २५ ॥
Les Piṭha-Śaktis se nomment Amoghā, Vidyutā et Sarvatomukhī. Elles sont produites/indiquées par l’énonciation de trois brèves syllabes, et sont jointes aux syllabes klīṃ, hīṃ, nā, avec les éléments vahni (feu) et indu (lune).
Verse 26
स्वरा बीजानि शक्तीनां तदाद्याः पूजयेत्तुः ताः । ब्रह्मविष्णुशिवात्मा ते सृष्टिः शेषान्विताप्यसौ ॥ २६ ॥
Les accents (svaras) sont les syllabes-semences (bījas) des puissances-mantra (śaktis) ; c’est pourquoi il faut les vénérer dès l’abord. Ils incarnent Brahmā, Viṣṇu et Śiva ; et par eux, toute cette manifestation—avec ce qui demeure (śeṣa)—est également soutenue.
Verse 27
एवं चान्ते योग पीठात्मने हृदयमीरयेत् । ताराद्योऽयं पीठमंत्रस्त्वनेनासनमादिशेत् ॥ २७ ॥
Ainsi, à la fin, qu’on prononce (qu’on invoque) la formule du cœur adressée au Soi du Yoga-Pīṭha. C’est le mantra du Pīṭha commençant par « tārā » ; par lui, on prescrit/établit le siège rituel (āsana).
Verse 28
ध्रुवो वियद्बिंदुयुतं खं खखोल्काय दृन्मनुः । नवार्णाय च मनवे मूर्तिं संकल्पयेत्सुधीः ॥ २८ ॥
Le pratiquant avisé doit, en son esprit, visualiser la forme sacrée (mūrti) du mantra à neuf syllabes : la syllabe « kha », jointe à « viyat » (le ciel) et au bindu, fermement fixée (dhruva) dans la contemplation ; puis il appliquera, selon la règle, la formation du mantra « kha-kholkā » et du mantra dṛn, tels qu’ils sont prescrits.
Verse 29
साक्षिणं जगतां तस्यामावाह्य विधिवद्यजेत् । ततः षडंगामाराध्य द्विक्ष्वष्टांगं प्रपूजयेत् ॥ २९ ॥
Après avoir invoqué en cela (autel/diagramme) le Témoin des mondes, qu’on L’adore selon la règle rituelle. Ensuite, après avoir accompli avec révérence le rite aux six membres (ṣaḍaṅga), qu’on honore dûment la forme aux huit membres (aṣṭāṅga) dans les deux emplacements ou ensembles.
Verse 30
संपूज्य मध्ये वादित्यं रविं भानुं च भास्करम् । सूर्यं दिशासु सद्यादिपंच ह्रस्वादिकानिमान् ॥ ३० ॥
Après avoir dûment adoré Āditya au centre—comme Ravi, Bhānu, Bhāskara et Sūrya—qu’on dispose ensuite dans les directions ces ensembles commençant par « sad- » (le groupe quintuple), ainsi que ces formes de voyelles brèves (hrasva) et celles qui s’y rattachent.
Verse 31
स्वस्वनामादिवर्णाद्याः शक्तयोऽर्च्या विदिक्षु च । उषां प्रज्ञां प्रभां संध्यां ततो ब्रह्मादिकान्यजेत् ॥ ३१ ॥
Dans les directions intermédiaires (vidik) aussi, qu’on adore les Śakti commençant par les syllabes initiales de leurs noms respectifs. Puis qu’on rende un culte à Uṣā (l’Aurore), Prajñā (la Sagesse), Prabhā (la Radiance) et Sandhyā (le Crépuscule) ; ensuite, à Brahmā et aux autres divinités selon l’ordre prescrit.
Verse 32
पुरतोऽरुणमभ्यर्च्य सोमं ज्ञं च गुरुं भृगुम् । दिक्ष्वर्यमादिकानिष्ट्वा भूमिजं च शनैश्चरम् ॥ ३२ ॥
D’abord, qu’on adore Aruṇa devant soi ; puis qu’on apaise Soma (la Lune), Jña (Mercure), Guru (Jupiter) et Bhṛgu (Vénus). Ensuite, après avoir accompli les offrandes prescrites aux divinités restantes selon leurs directions propres, qu’on adore aussi Bhūmija (Mars) et Śanaiścara (Saturne).
Verse 33
राहुं केतुं च कोणेषु पूर्ववत्परिपूजयेत् । इंद्राद्यानपि वज्राद्यान्पूजयेत्पूर्ववत्सुधीः ॥ ३३ ॥
De même, qu’il rende un culte à Rāhu et à Ketu dans les directions d’angle, comme il a été enseigné auparavant. De la même manière, le sage doit aussi vénérer Indra et les autres divinités (portant le vajra et d’autres insignes), selon la prescription antérieure.
Verse 34
इत्थं संपूज्य विधिवद्भास्करं भक्तवत्सलम् । समाहितो दिनेशाय दद्यादर्ध्यं दिने दिने ॥ ३४ ॥
Après avoir ainsi vénéré selon le rite Bhāskara (le Soleil), plein d’affection pour les dévots, qu’il offre, l’esprit recueilli, l’arghya (l’offrande d’eau révérencielle) à Dineśa, Seigneur du jour, jour après jour.
Verse 35
प्राणानायम्य सद्भूमौ न्यासान्कृत्वा पुरोदितान् । विधाय मंडलं भानोः पीठं पूर्ववदर्चयेत् ॥ ३५ ॥
Après avoir réglé le souffle (prāṇāyāma) sur un sol pur, et après avoir accompli les nyāsas prescrits auparavant, qu’il trace le maṇḍala du Soleil, puis qu’il vénère le pīṭha (siège sacré) de Bhānu comme il a été dit plus haut.
Verse 36
ध्यात्वार्कं प्रयजेद्द्विव्यैर्मानसैरुपचारकैः । पात्रं ताम्रमयं प्रस्थतोयग्राहि सुशोभनम् ॥ ३६ ॥
Après avoir médité sur Arka (le Soleil), qu’il l’adore par des offrandes divines, offertes en esprit. Qu’il utilise un beau récipient de cuivre, pouvant contenir un prastha d’eau.
Verse 37
निधाय मंडले रक्तचंदनादिविनिर्मिते । विलोममातृकामूलमुञ्चरन्पूरयेज्जलैः ॥ ३७ ॥
L’ayant placé dans un maṇḍala fait de santal rouge et d’autres substances, qu’il le remplisse d’eau en prononçant la bīja racine des Mātr̥kās dans l’ordre inverse.
Verse 38
सूर्यबिंबविनिर्गच्छत्सुधांबुधिविभावितैः । कुंकुमं रोजनां राजीं चंदनं रक्तचंदनम् ॥ ३८ ॥
Les substances parfumées—rendues puissantes comme imprégnées par l’océan d’ambroisie qui jaillit de l’orbe du Soleil—sont : le safran, la rocanā, des pigments ou traits odorants, le santal et le santal rouge.
Verse 39
करवीरं जपाशालिकुशश्यामाकतंडुलान् । तिलवेणुयवांश्चैव निक्षिपेत्सलिले शुभे ॥ ३९ ॥
Dans l’eau de bon augure, qu’on dépose : le karavīra (laurier-rose), la japā (hibiscus), du riz, l’herbe kuśa, des grains de millet śyāmāka, du sésame, du bambou, et aussi de l’orge.
Verse 40
सांगं सावरणं तत्रावाह्यार्कं पूर्ववद्यजेत् । गंधपुष्पधूपदीपनैवेद्याद्यै र्विधानतः ॥ ४० ॥
Là, après avoir invoqué (āvāhya) le Soleil, Arka, qu’on l’adore comme auparavant—avec ses membres et ses assistants (sāṅga) et avec son entourage qui l’enveloppe (sāvaraṇa)—selon la règle, par les parfums, les fleurs, l’encens, les lampes, les offrandes de nourriture (naivedya) et le reste.
Verse 41
प्राणायामत्रयं कृत्वा कुर्यादंगानि पूर्ववत् । सुधाबीजं चंदनेन दक्षे करतले लिखेत् ॥ ४१ ॥
Après avoir accompli le prāṇāyāma en trois temps, qu’on exécute comme auparavant les rites des membres (aṅga-nyāsa et autres) ; puis, avec de la pâte de santal, qu’on inscrive le « sudhā-bīja » sur la paume de la main droite.
Verse 42
तेनाच्छाद्यार्ध्यपात्रं च जपेन्मनुमनन्यधीः । अष्टोत्तरशतावृत्त्या पुनः संपूज्य भास्करम् ॥ ४२ ॥
Ensuite, en recouvrant de cela le vase d’arghya, le pratiquant—l’esprit sans partage—doit réciter le mantra en japa ; et, l’ayant répété cent huit fois, qu’il rende de nouveau un culte dû à Bhāskara (le Soleil).
Verse 43
हस्ताभ्यां पात्रमादाय जानुभ्यामवनीं गतः । आमूर्ध्नि पात्रमुद्धृत्यांबरेण वरणे रवेः ॥ ४३ ॥
Prenant le vase à deux mains, qu’il s’abaisse jusqu’au sol en s’agenouillant. Puis, élevant le vase jusqu’au sommet de la tête, au moment où le Soleil doit être voilé (lors de l’éclipse), qu’il accomplisse le rite de le couvrir d’un tissu.
Verse 44
दृष्टिं चाधाय मनसा पूजयित्वा रविं पुनः । साधकेन स्वकैक्येन मूलमंत्रं धिया जपन् ॥ ४४ ॥
Ensuite, fixant le regard et apaisant le mental, après avoir de nouveau honoré le Soleil, le pratiquant—établi dans l’unité intérieure avec son propre Soi—doit réciter en esprit le mantra racine, avec une intelligence recueillie.
Verse 45
अर्ध्यं दद्याद्रविं ध्यायव्रक्तचंदनमंडले । दत्त्वा पुष्पांजलिं भूयो जपेदष्टोत्तरं शतम् ॥ ४५ ॥
Méditant sur Ravi (le Soleil) demeurant dans un cercle de pâte de santal rouge, qu’il offre l’arghya (libation d’eau révérencielle). Puis, après avoir de nouveau offert une poignée de fleurs, qu’il récite cent huit répétitions du mantra.
Verse 46
नित्यं वा तद्विनेऽप्येवमर्ध्यं दद्याद्विवस्वते । तेन तुष्टो दिनेशोऽस्मै दद्याद्वित्तं यशः सुखम् ॥ ४६ ॥
Ou bien, même sans ce rite complet, qu’il offre chaque jour l’arghya à Vivasvān (le Soleil) de la même manière. Satisfait, le Seigneur du jour lui accorde richesse, renommée et bonheur.
Verse 47
पुत्रान्पौत्रानभीष्टं च यद्यत्सर्वं प्रयच्छति । अर्ध्यदानमिदं प्रोक्तमायुरारोग्यवर्द्धनम् ॥ ४७ ॥
On dit que cette offrande d’arghya accorde fils et petits-fils, et donne tout ce que l’on souhaite ; elle accroît aussi la longévité et la santé.
Verse 48
धनधान्यपशुक्षेमक्षेत्रमित्रकलत्रदम् । तेजोवीर्ययशःकीर्तिविद्याविभवभोगदम् ॥ ४८ ॥
Elle accorde richesse et grains, bétail et sécurité; terres, amis et épouse. Elle confère aussi éclat et force, renommée et gloire, savoir, prospérité et les jouissances de l’existence.
Verse 49
गायत्र्याराधनासक्तः संध्यावंदनतत्परः । एवं मनुं जपन्विप्रो दुःखं नैवाप्नुयात्क्वचित् ॥ ४९ ॥
Un brāhmaṇa, voué au culte de Gāyatrī et assidu au Sandhyā-vandana—récitant ainsi ce mantra—ne subit la souffrance nulle part et en aucun temps.
Verse 50
विकर्तनाय निर्माल्यमेवं संपूज्य दापयेत् । वियद्वह्निमरुत्साद्यांतार्वीसेंदुसमन्वितम् ॥ ५० ॥
Ainsi, après avoir dûment adoré Vikartana (le Soleil), on doit offrir le nirmālya, les restes consacrés. Ensuite, on fera don d’un ensemble d’offrandes accompagné de représentations du ciel, du feu, du vent et des autres éléments, avec la terre, l’océan/la rivière et la lune.
Verse 51
मार्तंडभैरवाख्यं हि बीजं त्रैलोक्यमोहनम् । बिंबबीजेन पुटितं सर्वकामफलप्रदम् ॥ ५१ ॥
En vérité, le bīja-mantra nommé « Mārtaṇḍa-bhairava » ensorcelle les trois mondes; et lorsqu’il est enveloppé (renforcé) par le bīja « Biṃba », il devient dispensateur des fruits de tous les désirs.
Verse 52
पूर्ववत्सकलं चान्यदत्र ज्ञेयं मनीषिभिः । भृगुर्जलेंदुमन्वाढ्यः सोमाय हृदयांतिमः ॥ ५२ ॥
Ici encore, le reste doit être compris par les sages comme il a été dit auparavant : le ṛṣi Bhṛgu est à associer à Jalendu ; Anvāḍhya est à associer à Soma ; et Hṛdayāntima, de même, à Soma.
Verse 53
षडक्षरो मंत्रराजो मुनिरस्य भृगुर्मतः । छंदः पंक्तिस्तु सोमोऽस्य देवता परिकीर्तिता ॥ ५३ ॥
Pour ce mantra souverain de six syllabes, le voyant (ṛṣi) est tenu pour Bhṛgu ; son mètre est Paṅkti, et sa divinité présidente est proclamée être Soma.
Verse 54
आद्यं बीजं नमः शक्तिर्विनियोगोऽखिलाप्तये । षड्दीर्घेण स्वबीजेन षडंगानि समाचरेत् ॥ ५४ ॥
La syllabe-semence (bīja) première doit être précédée de « namaḥ » ; ainsi sa śakti est éveillée, et son viniyoga vise l’obtention de tous les buts. Avec son propre bīja uni aux six voyelles longues, qu’on accomplisse le nyāsa aux six membres (ṣaḍ-aṅga).
Verse 55
पूर्णेद्वास्यं स्फटिकभं नीलालकलसन्मुखम् । विभ्राणमिष्टं कुमुदं ध्यायेन्मुक्तास्रजं विधुम् ॥ ५५ ॥
Qu’on médite sur la Lune : visage tel un lotus pleinement épanoui, éclatant comme le cristal, embelli de boucles sombres ; il porte le lotus blanc bien-aimé et se pare d’une guirlande de perles.
Verse 56
ऋतुलक्षं जपेन्मंत्रं पायसेन ससर्पिषा । जुहुयात्तद्दशांशेन पीठे सोमांतपूजिते ॥ ५६ ॥
Qu’on récite le mantra en japa selon la mesure prescrite d’un « lakh saisonnier », puis qu’on offre le homa avec du pāyasa (riz au lait) mêlé de ghee. Le homa sera le dixième du nombre de japa, sur le pīṭha/autel consacré et honoré jusqu’au rite de Soma.
Verse 57
मूर्तिमूलेन संकल्प्य पूजयेद्विधिवद्विधुम् । केसरेष्वंगपूजा स्यात्पत्रेष्वेताश्च शक्तयः ॥ ५७ ॥
Après avoir d’abord établi le saṅkalpa au moyen du mantra-racine de la forme divine, qu’on adore Vidhū (la Lune) selon le rite prescrit. Sur les filaments du lotus (kesara) s’accomplit l’aṅga-pūjā, et sur les pétales qu’on place (qu’on invoque) ces mêmes śaktis.
Verse 58
रोहिणी कृत्तिका चैव रेवती भरणी पुरः । रात्रिरार्द्रा ततो ज्योत्स्ना कला हारसमप्रभा ॥ ५८ ॥
Rohiṇī et Kṛttikā, ainsi que Revatī—tandis que Bharaṇī est placée devant elles. Puis viennent Rātri et Ārdrā; ensuite (paraissent) Jyotsnā et Kalā, rayonnantes comme le fil d’un collier.
Verse 59
सुशुक्लमाल्यवसनामुक्ताहारविभूषिताः । सर्वास्स्तनभराक्रांता रचितांजलयः शुभाः ॥ ५९ ॥
Parées de guirlandes et de vêtements d’une blancheur éclatante, et ornées de colliers de perles, toutes—aux seins lourds—se tenaient de façon propice, les paumes jointes en signe de vénération.
Verse 60
स्वप्रियासक्तमनसो मदविभ्रममंथराः । समभ्यर्च्याः सरोजाक्ष्यः पूर्णेंदुसदृशाननाः ॥ ६० ॥
Ces femmes aux yeux de lotus—dont l’esprit demeure attaché à l’être aimé, qui se meuvent avec lenteur sous l’ondulation de l’ivresse amoureuse, et dont le visage ressemble à la pleine lune—doivent être honorées et vénérées par une adoration conforme.
Verse 61
दलाग्रेषु समभ्यर्च्यास्त्वष्टौ सूर्यादिका ग्रहाः । आदित्यभूसुतबुधमंददेवेज्यराहवः ॥ ६१ ॥
Sur les pointes des feuilles (rituelles), on doit adorer comme il se doit les huit grahas, à commencer par le Soleil—à savoir : le Soleil, Mars (fils de la Terre), Mercure, Saturne (le lent), Jupiter (précepteur des dieux) et Rāhu (causeur d’éclipses).
Verse 62
शुक्रकेतुयुता ह्येते पूज्याः पत्रग्रगाग्रहाः । रक्तारुणश्वेतनीलपीतधूम्रसिताऽसिताः ॥ ६२ ॥
Ces planètes, avec Vénus (Śukra) et Ketu, doivent assurément être honorées : ce sont les grahas qui cheminent selon leurs voies assignées. Leurs teintes sont le rouge, le fauve, le blanc, le bleu, le jaune, le fumé, le pâle et le sombre.
Verse 63
वामोरुन्यस्ततद्धस्ता दक्षिणेन धृताभयाः । सोकपालांस्तदस्त्राणि तद्वाह्ये पूजयेत्सुधीः ॥ ६३ ॥
Posant la main correspondante sur la cuisse gauche et tenant la droite dans le geste d’absence de crainte (abhaya-mudrā), le pratiquant avisé doit vénérer les gardiens des directions (lokapāla), avec leurs vases rituels (pātra) et leurs armes, ainsi que la monture sacrée (vāhana) de la Divinité.
Verse 64
एव संसाधितो मंत्रः प्रयच्छेदिष्टमात्मनः । पौर्णमास्यां जिताहारो दद्यादर्ध्यं विधूदये ॥ ६४ ॥
Ainsi parachevé, le mantra accorde au pratiquant le fruit désiré. Le jour de la pleine lune, après avoir maîtrisé son alimentation, qu’il offre l’arghya (offrande d’eau révérencielle) à Chandra, le Seigneur-Lune, au moment de son lever.
Verse 65
मंडलत्रितर्यं कुर्यात्प्राक्प्रत्यगायतं भुवि । पश्चिमे मंडले स्थित्वा पूजाद्रव्यं च मध्यमे ॥ ६५ ॥
Qu’on trace sur le sol un ensemble de trois maṇḍalas, disposés en longueur d’est en ouest. Se tenant dans le maṇḍala occidental, qu’on dépose les articles de pūjā dans le maṇḍala du milieu.
Verse 66
संस्थाप्य सोममन्यस्मिन्मंडलेऽब्जसमन्विते । समभ्यर्च्यं विधानेन पीठपूजनपूर्वकम् ॥ ६६ ॥
Après avoir installé Soma dans un autre maṇḍala orné d’un lotus, qu’on l’adore correctement selon le rite prescrit, en commençant par la vénération du pīṭha, le socle sacré.
Verse 67
स्थापयेद्राजतं पात्रं पुरतस्तत्र मंत्रवित् । सुरभीपयसापूर्य्य तं स्पृशन्प्रजपेन्मनुम् ॥ ६७ ॥
Là, le connaisseur des mantras doit placer devant lui un vase d’argent ; le remplissant du lait de la vache sacrée Surabhī et le touchant, qu’il récite le manu, le mantra prescrit.
Verse 68
अष्टोत्तरशतं पश्चाद्विद्या मंत्रेण मंत्रवित् । दद्यान्निशाकरायार्ध्यं सर्वाभीष्टार्थसिद्धये ॥ ६८ ॥
Ensuite, le connaisseur des mantras doit réciter cent huit fois le vidyā-mantra, puis offrir l’arghya à Niśākara, Seigneur de la Lune, afin d’obtenir l’accomplissement de tous les buts désirés.
Verse 69
कुर्यादनेन विधिना प्रतिमासमतंद्रितः । वर्षांतरेण सवष्टं प्राप्नोति भुविमानवः ॥ ६९ ॥
Qu’un homme l’accomplisse chaque mois selon cette règle, sans négligence ; au terme d’une année, il obtient ici-bas l’accomplissement total et la prospérité.
Verse 70
विद्ये विद्यामालिनि स्यादंत चंद्रिणि कतवदेत् । चंद्रमुखि द्विठांतोऽयं विद्यामंत्र उदाहृतः ॥ ७० ॥
« (Qu’on l’invoque ainsi :) “Ô Vidyā, ô Guirlande de Connaissance, ô Splendeur semblable à la lune, ô Visage de lune !” » Ainsi, avec la terminaison formée des deux syllabes « ṭha », ceci est proclamé comme le vidyā-mantra.
Verse 71
एवं कुमुदिनीनाथमंत्रं यो जपति ध्रुवम् । धनं धान्यं सुतान्पौत्रान्सौभाग्यं लभतेऽचिरात् ॥ ७१ ॥
Ainsi, quiconque récite avec constance ce mantra de Kumudinīnātha obtient bientôt richesse, grains et provisions, fils et petits-fils, ainsi que la bonne fortune.
Verse 72
अथांगारकमंत्रं तु वक्ष्ये धनसुतप्रदम् । तारो दीर्घेंदुयुग्व्योम तदेवेंदुयुतः पुनः ॥ ७२ ॥
À présent, je vais énoncer le mantra d’Aṅgāraka (Mars), dispensateur de richesse et de fils : il se forme de « tāra » (la syllabe oṃ), puis de la voyelle longue « ī », puis de « indu » (ṃ), puis de « yug » (ga), puis de « vyoma » (ha) ; et de nouveau cette même suite jointe à « indu » (ṃ).
Verse 73
षांतः सर्गी च चंडीशौ क्रमार्दिदुविसर्गिणै । षडर्णोऽयं महामंत्रो मंगलस्याखिलेष्टदः ॥ ७३ ॥
Les syllabes « ṣāṃ », « taḥ », « sar », « gī », « ca » et « caṇḍīśa », disposées dans l’ordre et achevées par le visarga, constituent ce Mahāmantra de six syllabes, qui confère l’auspice et accomplit tous les vœux.
Verse 74
विरूपाक्षो मुनिश्छंदोगायत्रं देवता कुजः । मंत्रार्णैः षड्भिरंगानि क्रुर्वन्ध्यायेद्धरात्मजम् ॥ ७४ ॥
Le ṛṣi est Virūpākṣa ; le mètre est Gāyatrī ; la divinité présidante est Kuja (Mars). Après avoir accompli l’aṅga-nyāsa en six membres avec les syllabes du mantra, qu’on médite sur le Fils de la Terre (Mars).
Verse 75
मेषस्थं रक्तवस्रांगं शूलशक्तिगदावरान् । करैर्बिभ्राणमीशानस्वेदजं भूंसुतं स्मरेत् ॥ ७५ ॥
Qu’on se souvienne du Fils de la Terre (Mars) établi en Bélier : vêtu de rouge et au corps rouge, tenant en ses mains trident, lance (śakti) et massue ; né de la sueur d’Īśāna (Śiva).
Verse 76
रसलक्षं जपेन्मंत्रं दशांशं खदिरोद्भवैः । समिद्भिर्जुहुयादग्नौ शैवे पीठे यजेत्कुजम् ॥ ७६ ॥
Qu’on récite le mantra cent mille fois ; puis, en offrant le dixième en oblations au feu avec des baguettes de khadira (acacia), qu’on vénère Kuja (Mars) sur un pīṭha sacré śaiva.
Verse 77
प्रागंगानि समाराध्य ह्येकविंशतिकोष्टकम् । मंगलोभूमिपुत्रश्च ऋणहर्ता धनप्रदः ॥ ७७ ॥
Après avoir d’abord apaisé et honoré comme il se doit les membres préliminaires du rite, qu’on vénère l’agencement sacré en vingt et une parties ; alors Maṅgala (Mars), Fils de la Terre, devient celui qui ôte les dettes et donne la richesse.
Verse 78
स्थिरासनो महाकायः सर्वकर्मावरोधकः । लोहितो लोहिताक्षश्च सामगानां कृपाकरः ॥ ७८ ॥
Il siège avec fermeté, au corps immense ; Il entrave toutes les actions fautives. Il est le Rouge, aux yeux rougeoyants, et Il se montre plein de grâce envers ceux qui chantent les hymnes du Sāma.
Verse 79
धरात्मजः कुजो भौमो भूमिदो भूमिनंदनः । अंगारको महीसूनुः सर्वरोगापहारकः ॥ ७९ ॥
«Fils de la Terre : Kuja, Bhauma ; dispensateur de terres, joie de la Terre ; Aṅgāraka, fils de Mahī—(Mars), celui qui ôte toutes les maladies.»
Verse 80
वृष्टिकर्ता वृष्टिहर्ता सर्वकार्यार्थसिद्धिदः । इत्येक र्विशतिः प्रोक्ता मूर्तयो भूसुतस्य वै ॥ ८० ॥
«Il fait tomber la pluie, Il retire la pluie, et Il accorde la réussite en toute œuvre et tout dessein.» Ainsi sont proclamées, en vérité, les vingt et une manifestations (mūrti) de Bhūsuta.
Verse 81
मंगलादीन्यजेन्मंत्री स्वस्वस्थानस्थितान्क्रमात् । इंद्राद्यानपि वज्रादीनेवं सिद्धो भवेन्मनुः ॥ ८१ ॥
Le pratiquant du mantra doit vénérer Maṅgala et les autres, chacun établi en sa propre place, selon l’ordre prescrit. Il doit de même vénérer Indra et les autres, avec le Vajra et les armes divines. Ainsi le mantra devient accompli (siddha).
Verse 82
सुतकामा कुरंगाक्षी भौमव्रतमुपाचरेत् । मार्गशीर्षेऽथ वैशाखे व्रतारंभः प्रशस्यते ॥ ८२ ॥
La femme qui désire un fils, ô toi aux yeux de biche, doit observer le Bhauma-vrata (vœu du mardi). Le commencement de ce vœu est particulièrement loué aux mois de Mārgaśīrṣa et de Vaiśākha.
Verse 83
अरुणोदयवेलायामुत्थायावश्यकं पुनः । विनिर्वर्त्य रदान्धावेदपामार्गेण वाग्यता ॥ ८३ ॥
À l’heure de l’aurore (aruṇodaya), qu’on se lève et qu’on accomplisse de nouveau les rites purificatoires obligatoires ; après s’être correctement nettoyé les dents avec le rameau « Veda-pāmārga », qu’on observe la retenue de la parole et la maîtrise du verbe.
Verse 84
स्नात्वा रक्तांबरधरा रक्तमाल्यविलेपना । नैवेद्यादींश्च संभारान्रक्तान्सर्वान्प्रकल्पयेत् ॥ ८४ ॥
Après le bain, qu’elle revête des vêtements rouges, se pare de guirlandes rouges et d’onguents rouges ; puis qu’elle prépare tous les objets rituels—à commencer par le naivedya, l’offrande de nourriture—de sorte que tout soit de couleur rouge.
Verse 85
योग्यं विप्रं समाहूय कुजमर्चेत्तदाज्ञया । रक्तगोगोमयालिप्तभूमौ रक्तासने विशेत् ॥ ८५ ॥
Après avoir fait venir un brāhmaṇa qualifié, qu’on adore Kuja (Mars) selon ses instructions. Qu’on s’asseye sur un siège rouge, sur un sol enduit de bouse rouge (provenant d’une vache rousse).
Verse 86
आचम्य देशकालौ च स्मृत्वा काम्य समुच्चरन् । मङ्गलादीनि नामानि स्वकीयांगेषु विन्यसेत् ॥ ८६ ॥
Après avoir accompli l’ācamana et s’être souvenu du lieu et du temps, tout en énonçant le saṅkalpa désiré (l’intention), qu’on accomplisse l’aṅga-nyāsa en déposant sur ses propres membres les noms auspicieux commençant par « Maṅgala ».
Verse 87
मुखे प्रविन्यसेत्साध्वी सामगानां कृपाकरम् । धरात्मजं नसोरक्ष्णोः कुजं भौमं ललाटके ॥ ८७ ॥
La femme vertueuse doit accomplir le nyāsa : placer dans la bouche le Seigneur compatissant des chantres du Sāma ; placer le Fils de la Terre (Mars) aux narines et aux yeux ; et placer Kuja, fils de Bhūmi, sur le front.
Verse 88
भूमिदं तु भ्रुवोर्मध्ये मस्तके भूमिनन्दनम् । अङ्गारकं शिखायां च सर्वांगे च महीसुतम् ॥ ८८ ॥
Place (le mantra/nom) «Bhūmida» entre les sourcils; «Bhūminandana» sur le sommet de la tête; «Aṅgāraka» sur le chignon; et «Mahīsuta» dans tout le corps.
Verse 89
बाहुद्वये न्यसेत्पश्चात्सर्वरोगापहारकम् । मूर्द्धादि वृष्टिकर्तारमापादांतं न्यसेत्सुधीः ॥ ८९ ॥
Ensuite, place (la puissance du mantra) sur les deux bras comme celui qui ôte toutes les maladies. Que le pratiquant avisé le place de la tête jusqu’aux pieds comme l’auteur de la pluie, dispensateur d’averses vivifiantes.
Verse 90
विन्यसेद्रृष्टिहर्तारं मूर्द्धांतं चरणादितः । न्यसेदंते ततो दिक्षु सर्वकार्यार्थसिद्धिदम् ॥ ९० ॥
En partant des pieds et en montant jusqu’au sommet du crâne, accomplis le nyāsa de la divinité qui «dissipe les regards nuisibles». Puis, à la fin, place (cette puissance-mantra) dans les directions; elle confère l’accomplissement de tous les buts et de tous les rites.
Verse 91
नाभौ हृदि शिरस्यारं वक्रे भूमिजमेव च । विन्यस्यैवं निजे देहे ध्यायेत्प्राग्वद्धरात्मजम् ॥ ९१ ॥
Place le «rayon» (mystique) au nombril, au cœur et à la tête, et fixe de même le Né de la Terre (Dharā-putra) dans la région courbe. Ayant ainsi ordonné cela dans ton propre corps, médite sur le fils de Dharā comme il fut enseigné auparavant.
Verse 92
मानसैरुपचारैश्च संपूज्यार्ध्यं निधापयेत् । एकविंशतिकोष्ठाढ्ये त्रिकोणे ताम्रपत्रगे ॥ ९२ ॥
Après avoir adoré pleinement, y compris par des offrandes mentales, dépose l’arghya (eau d’hommage) dans un diagramme triangulaire sur une plaque de cuivre, marquée de vingt et une cases.
Verse 93
आवाह्याङ्गारकं तत्र रक्तपुष्पादिभिर्यजेत् । अङ्गानि पूर्वमाराध्य मङ्गलादीन्प्रपूजयेत् ॥ ९३ ॥
Là, après avoir invoqué Aṅgāraka (Mars), qu’on l’adore avec des fleurs rouges et des offrandes semblables. Ayant d’abord apaisé les parties auxiliaires du rite, qu’on rende ensuite un culte conforme à Maṅgala et aux autres grahas.
Verse 94
एकविंशतिकोष्ठेषु चक्रमारं च भूमिजम् । त्रिकोणेषु च सम्पूज्य बहिरष्टौ च मातृकाः ॥ ९४ ॥
Dans les vingt et un compartiments, qu’on place le Cakramāra et le Bhūmija (ce qui naît de la terre). Puis, après avoir dûment honoré les divinités dans les triangles, qu’on vénère aussi les huit Mātr̥kās à l’extérieur.
Verse 95
इंद्रादीनथ वज्रादीन्बाह्ये संपूजयेत्पुनः । धूपदीपौ समर्प्याथ गोधूमान्नं निवेदयेत् ॥ ९५ ॥
Ensuite, à l’extérieur (de l’autel principal), qu’on vénère de nouveau Indra et les autres divinités, ainsi que le Vajra et les autres armes divines. Après avoir offert l’encens et la lampe, qu’on présente une offrande de nourriture à base de blé.
Verse 96
ताम्रपात्रे शुद्धतोयपूरिते रक्तचंदनम् । रक्तपुष्पाक्षतफलान्याक्षिप्यार्ध्यं समर्पयेत् । मंगलाय ततो मंत्री इदं मंत्रद्वयं पठेत् ॥ ९६ ॥
Dans un vase de cuivre rempli d’eau pure, qu’on dépose du santal rouge, des fleurs rouges, de l’akṣata (riz intact) et des fruits, puis qu’on l’offre en ārghya. Ensuite, pour l’heureux augure, le mantrin (officiant) récitera cette paire de mantras.
Verse 97
भूमिपुत्र महातेजः स्वेदोद्भवपिनाकिनः । सुतार्थिनी प्रपन्ना त्वां गृहाणार्ध्यं नमोऽस्तु ते ॥ ९७ ॥
Ô fils de la Terre, ô toi dont l’éclat est immense—ô Pinākin, porteur de l’arc Pināka, né de la sueur—moi qui désire un fils, je me réfugie en toi. Reçois cet ārghya. Hommage à toi.
Verse 98
रक्तप्रवालसंकाश जपाकुसुमसन्निभ । महीसुत महाभाग गृहाणार्ध्यं नमोऽस्तु ते ॥ ९८ ॥
Ô toi qui resplendis tel le corail rouge, semblable à la fleur d’hibiscus ; ô illustre fils de la Terre, daigne accepter cet arghya (offrande rituelle d’eau). Salut à toi.
Verse 99
एकविंशतिपूर्वोक्तैर्ङेनमोंतैंश्च नामभिः । ताराद्यैः प्रणमेत्पश्चात्तावत्यश्च प्रदक्षिणाः ॥ ९९ ॥
Avec les vingt et un noms enseignés auparavant—commençant par la syllabe « ṅe » et incluant « namoṁ » et « taiṁ »—qu’on se prosterne ensuite, en commençant par le mantra « tārā… », et qu’on accomplisse le même nombre de pradakṣiṇā (circumambulations).
Verse 100
धरणीगर्भसंभूतं विद्युत्तेजः समप्रभम् । कुमारं शक्तिहस्तं च मङ्गलं प्रणमाम्यहम् ॥ १०० ॥
Je me prosterne devant Maṅgala : né du sein de la Terre, rayonnant comme l’éclat de l’éclair, d’aspect juvénile, portant une lance en sa main.
Verse 101
ततो रेखात्रयं कुर्यात्खदिरांगारकेण च । मार्जयेद्वामपादेन मंत्राभ्यां च समाहिता ॥ १०१ ॥
Ensuite, qu’elle trace trois lignes avec du charbon de bois de khadira ; puis, l’esprit recueilli, qu’elle les efface (ou les lisse) du pied gauche en récitant les deux mantras.
Verse 102
दुःखदौर्भाग्यनाशाय पुत्रसंतानहेतवे । कृतरेखात्रयं वामपादेनैतत्प्रमार्ज्म्यहम् ॥ १०२ ॥
Pour anéantir la peine et la mauvaise fortune, et pour obtenir des fils et une lignée, j’efface maintenant de mon pied gauche ces trois lignes tracées.
Verse 103
ऋणदुः खविनाशाय मनोभीष्टार्थसिद्धिये । मार्जयाम्यसिता रेखास्तिस्रो जन्मत्रयोद्भवाः ॥ १०३ ॥
Afin de détruire la souffrance née des dettes et d’accomplir les buts désirés par l’esprit, j’efface les trois sombres traces issues de trois naissances.
Verse 104
स्तुवीत धरणीपुत्रं पुष्पांजलिकरा ततः । ध्यायंती तत्पदांभोजं पूजासांगत्वसिद्धये ॥ १०४ ॥
Ensuite, les mains jointes tenant une offrande de fleurs, qu’elle loue le Fils de la Terre; méditant sur le lotus de Ses pieds, afin que le rite d’adoration soit accompli pleinement et parvienne à sa perfection.
Verse 105
ऋणहर्त्रे नमस्तुभ्यं दुःखदारिद्र्यनाशिने । सौभाग्यसुखदो नित्यं भव मे धरणीसुत ॥ १०५ ॥
Hommage à Toi, ô ôteur des dettes, destructeur de la peine et de la pauvreté. Ô Fils de la Terre, sois à jamais pour moi le dispensateur de bonne fortune et de joie.
Verse 106
तप्तकांचनसंकाश तरुणार्कसमप्रभ । सुखसौभाग्यधनद ऋणदारिद्य्रनाशक ॥ १०६ ॥
Ô (Divinité) dont l’éclat ressemble à l’or en fusion et dont la splendeur est celle du soleil naissant : dispensateur de bonheur, de bonne fortune et de richesse ; destructeur des dettes et de la pauvreté.
Verse 107
ग्रहराज नमस्तेऽस्तु सर्वकल्याणकारक । प्रसादं कुरु देवेश सर्वकल्याणभाजन ॥ १०७ ॥
Ô Roi des planètes, salut à Toi, artisan de tout bien auspice. Ô Seigneur des dieux, accorde-moi Ta grâce, Toi qui es le réceptacle de toute félicité.
Verse 108
देवदानवगंधर्वयक्षराक्षसपन्नगाः । आप्नुवन्ति शिवं सर्वे सदा पूर्णमनोरथाः ॥ १०८ ॥
Devas, Dānavas, Gandharvas, Yakṣas, Rākṣasas et Nāgas : tous parviennent à Śiva, l’auguste auspice, et demeurent à jamais comblés dans leurs vœux.
Verse 109
आचिरादेव लोकेऽस्मिन्यस्याराधनतो जनाः । प्राप्नुवन्ति सुखं तस्मै नमो धरणिसूनवे ॥ १०९ ॥
À Lui—fils de la Terre—par l’adoration duquel les hommes en ce monde obtiennent promptement le bonheur, à Lui j’adresse ma prosternation respectueuse.
Verse 110
यो वक्रगतिमापन्नो नृणां दुःखं प्रयच्छति । पूजितः सुखसौभाग्यं तस्मै क्ष्मासूनवे नमः ॥ ११० ॥
Hommage au fils de la Terre : lorsqu’il adopte une marche rétrograde et sinueuse, il apporte la peine aux hommes ; mais, honoré comme il se doit, il accorde bonheur et bonne fortune.
Verse 111
नभसि द्योतमानाय सर्वकल्याणहेतवे । मङ्गलाय नमस्तुभ्यं धनसंतानहेतवे ॥ १११ ॥
Salut à Maṅgala (Mars), resplendissant dans le ciel, cause de tout bon augure, dispensateur de richesse et de descendance.
Verse 112
प्रसादं कुरु मे भौममंगलप्रद मंगल । मेषवाहन रुद्रात्मन्देहि पुत्रान्धनं यशः ॥ ११२ ॥
Ô Bhauma (Mars), toi l’auspicieux qui dispenses l’auspice, fais-moi grâce. Ô cavalier du Bélier, à l’âme de Rudra, accorde-moi des fils, la richesse et la bonne renommée.
Verse 113
एवं स्तुत्वा प्रणम्याथ विसृज्य धरणीसुतम् । यथाशक्त्या प्रदाय स्वं गृह्णीयाद्ब्रणाशिषः ॥ ११३ ॥
Ainsi, après avoir loué, s’être prosterné et avoir congédié avec respect le « fils de la Terre », qu’on offre son don selon ses moyens et qu’on reçoive les bénédictions du brāhmaṇa.
Verse 114
गुरवे दक्षिणां दत्त्वा भुञ्जीयात्तन्निवेदितम् ॥ ११४ ॥
Après avoir offert la dakṣiṇā au maître, qu’on prenne la nourriture qu’il a offerte et approuvée.
Verse 115
एवमावत्सरं कुर्यात्प्रतिमंगलवासरम् । तिलैर्होमं विधायाथ शतार्द्धं भोजयोद्द्विजान् ॥ ११५ ॥
Ainsi, qu’on observe ce vœu pendant une année entière, chaque mardi. Puis, après avoir accompli un homa avec des graines de sésame, qu’on nourrisse deux fois cinquante, c’est-à-dire cent, brāhmaṇas.
Verse 116
भौममूर्तिं स्वर्णमयीमाचार्याय समर्पयेत् । मंडलस्थे घटेऽभ्यर्च्येत्सुतसौभाग्यसिद्धये ॥ ११६ ॥
Qu’on remette à l’ācārya une effigie d’or de Bhauma (Mars). Après avoir adoré Bhauma dans un vase (ghaṭa) placé au sein du maṇḍala rituel, on obtient l’accomplissement de la bonne fortune et du bien-être du fils.
Verse 117
एवं व्रतपरा नारी प्राप्नुयात्सुभगान्सुतान् । ऋणनाशाय वित्तार्थं व्रतं कुर्यात्पुमानपि ॥ ११७ ॥
Ainsi, la femme vouée à ce vœu obtient des fils heureux et de bon augure. Et l’homme aussi doit entreprendre ce vœu pour la destruction des dettes et l’acquisition des richesses.
Verse 118
ब्राह्मणः प्रजपेन्मन्त्रंमग्निर्मूर्द्धेति वैदिकम् । अंगारकस्य गायत्रीं वक्ष्ये यजनसिद्धये ॥ ११८ ॥
Un brāhmaṇa doit réciter le mantra védique qui commence par : « Agni est au sommet de la tête (mūrdhan) ». À présent, pour la pleine réussite du yajña, je vais énoncer le Gāyatrī-mantra d’Aṅgāraka (Mars).
Verse 119
अंगारकाय शब्दांते विद्महे पदमीरयेत् । शक्तिहस्ताय वर्णांते धीमहीति समुञ्चरेत् ॥ ११९ ॥
À la fin du nom « Aṅgāraka », qu’on prononce le pada « vidmahe » ; et à la fin des syllabes de « Śaktihasta », qu’on récite correctement « dhīmahi ».
Verse 120
तन्नो भौमः प्रचोवर्णान्दयांदिति च संवदेत् । भौमस्यैषा तु गायत्री जप्तुः सर्वेष्टसिद्धिदा ॥ १२० ॥
Qu’on récite : « Que Bhauma (Mars) inspire nos lettres (notre parole) et qu’il accorde la compassion ». Telle est la Gāyatrī de Bhauma ; répétée en japa, elle confère l’accomplissement de tous les vœux.
Verse 121
भौमोपासनमेतद्धि बुधमन्त्रमथोच्यते । फांतः कर्णेंदुसंयुक्तो बुधो ङेंते हदंतिमः ॥ १२१ ॥
Telle est, en vérité, la manière d’adorer Bhauma (Mars). À présent est énoncé le mantra de Budha (Mercure) : il se compose de « phāṃ », joint aux signes de l’oreille et de la lune, avec « Budha » ; il se termine par « ṅeṃte », et prend « ha » pour consonne finale.
Verse 122
रसाणों बुधमन्त्रोऽयं मुनिब्रह्मास्य कीर्तितः । पंक्तिश्छैदो देवता तु बुधः सर्वेष्टदो नृणाम् ॥ १२२ ॥
Voici le mantra de Budha (Mercure) ; il est dit que son ṛṣi, parmi les sages, est Brahmā. Son mètre est Paṅkti, et sa divinité présidante est Budha, qui accorde aux hommes l’accomplissement de tous les souhaits.
Verse 123
आद्यं बीजं नमः शक्तिर्विनियोगोऽखिलाप्तये । वंदे बुधं सदा भक्त्या पीताम्बरविभूषणम् ॥ १२३ ॥
La syllabe-semence primordiale est proclamée ; la śakti est « namaḥ » ; son emploi vise l’obtention de tous les buts. Avec une bhakti constante, je me prosterne devant Budha (Mercure), paré de vêtements jaunes et d’ornements.
Verse 124
जानुस्थवामहस्ताढ्यं साभयेतरपाणिकम् । ध्यात्वेवं प्रजपेसहस्रं विजितेंद्रियः ॥ १२४ ॥
Après avoir ainsi médité la divinité—riche de forme, la main gauche posée sur le genou et l’autre montrant le mudrā qui ôte la peur—celui qui a maîtrisé les sens doit réciter le mantra mille fois.
Verse 125
दशांशं जुहुयादाज्यैः पीठे पूर्वोदितेऽर्चयेत् । अङ्गमातृदिशापालहेतिभिर्बुधमर्चयेत् ॥ १२५ ॥
Qu’on offre un dixième en oblations au feu avec du ghee, puis qu’on adore sur le pīṭha (siège-altar) prescrit auparavant. Qu’on vénère Budha avec ses aṅga (puissances auxiliaires), les Déesses-Mères, les gardiens des directions et les armes divines, comme énergies associées.
Verse 126
एवं सिद्धे मनौ मंत्री साधयेत्स्वमनोरथान् । सहस्रं प्रजपेन्मंत्रं नित्यं दशदिनावधि ॥ १२६ ॥
Lorsque le mantra a été ainsi rendu parfait, le pratiquant doit accomplir ses propres desseins. Ensuite, qu’il récite régulièrement le mantra mille fois par jour, en poursuivant cette pratique durant dix jours.
Verse 127
तस्याशु ग्रहजा पीडा नश्यत्येव न संशयः । बुधस्याराधनं प्रोक्तं गुरोराराधनं श्रृणु ॥ १२७ ॥
Pour lui, l’affliction née des graha (planètes) disparaît promptement, sans aucun doute. Le culte de Budha a été enseigné ; écoute maintenant le culte de Guru (Jupiter).
Verse 128
बृंहस्पतिपदं ङेंऽतं सेंद्वाद्यर्णाघमंडितम् । नमोंतो वसुवर्णोऽयं मुनिर्ब्रह्मास्य संमतः ॥ १२८ ॥
Ce sage—agréé par Brahmā—rayonne d’un éclat d’or. Son nom se compose du mot « Bṛhaspati », s’achève par la syllabe « ṅeṃ », s’orne des lettres initiales « seṃ » et « dvā », et se conclut par « namoṃ ».
Verse 129
छन्दोऽनुष्टुप्सुराचार्यो देवता बीजमादिमम् । हृच्छक्तिर्दीर्घवह्नींदुयुगलेनांगकल्पना ॥ १२९ ॥
Le mètre est l’Anuṣṭubh ; la divinité présidante est Surācārya, le précepteur des dieux ; et la syllabe-semence primordiale est le bīja. La hṛcchakti, puissance du cœur, est indiquée, et l’aṅga-nyāsa doit être accompli au moyen de la paire de syllabes « vahnī » et « indu » en forme longue (dīrgha).
Verse 130
न्यस्तवामकरं राशौ रत्नानां दक्षिणात्करात् । किरंतं पीतपुष्पालंकारालेपांशुकार्चितम् ॥ १३० ॥
La main gauche posée sur un amas de joyaux, et la droite les répandant, il fut honoré par des fleurs jaunes, des parures, des onguents et de précieux vêtements.
Verse 131
सर्वविद्यानिधिं देवगुरुं स्वर्णद्युतिं स्मरेत् । लक्षं जपो दशांशेन घृतेनान्नेन वा हुनेत् ॥ १३१ ॥
Qu’on médite sur le Guru divin—trésor de toutes les sciences—resplendissant comme l’or. Qu’on accomplisse cent mille récitations, puis qu’on offre au feu une oblation égale au dixième, avec du ghee ou de la nourriture cuite.
Verse 132
धर्मादिपीठे प्रयजेदंगदिक्पालहेतिभिः । एवं सिद्धे मनौ मंत्री साधयेदिष्टमात्मनः ॥ १३२ ॥
Sur le siège d’autel commençant par Dharma, qu’on accomplisse le culte avec les membres rituels, les gardiens des directions (dikpāla) et leurs armes. Ainsi le mantra étant accompli, le pratiquant obtiendra pour lui-même le but désiré.
Verse 133
विपरोगादिपीडासु कलहे स्वजनोद्भवे । पिप्पलोत्थसमिद्भिश्च जुहुयात्तन्निवृत्तये ॥ १३३ ॥
Lorsqu’on est accablé par de graves maladies et des peines connexes, ou lorsque des querelles surgissent au sein de sa propre famille, qu’on verse des āhuti dans le feu en utilisant des brindilles de pippala (figuier sacré), afin que ces afflictions s’apaisent.
Verse 134
हुत्वा दिनत्रयं मन्त्री निशापुष्पैर्घृतप्लुतैः । स विंशतिशतं शीघ्रं वासांसि लभते महीम् ॥ १३४ ॥
Après avoir accompli les offrandes durant trois jours, le pratiquant du mantra—avec des fleurs nocturnes baignées de ghee—obtient promptement deux mille vêtements, ainsi que des terres.
Verse 135
गुरोराराधनं प्रोक्तं श्रृणु शुक्रस्य सांप्रतम् । वस्रं मे देहि शुक्राय ठद्वयांतो ध्रुवादिकः ॥ १३५ ॥
Le culte et l’hommage approprié au guru ont été exposés. Écoute maintenant la procédure concernant Śukra (Vénus). Il faut dire : «Accorde-moi un vêtement pour Śukra», en commençant par Dhruvā et le reste, jusqu’à la finale marquée par les deux ṭha (ṭhadvaya).
Verse 136
रुद्रार्णोऽयं मनुर्ब्रह्मा मुनिश्छन्दो विराहुत । दैत्येज्यो देवता बीजं ध्रुवः शक्तिर्वसुप्रिया ॥ १३६ ॥
Dans cette vidyā/mantra, le son présidant est Rudra ; le voyant (ṛṣi) est Manu ; Brahmā est proclamé Seigneur ; le sage est Muni ; le mètre est Chandas ; la forme de l’oblation est Virāhuta ; la divinité est Daityejya ; la syllabe-graine est Bīja ; Dhruva est la puissance (śakti) ; et Vasupriyā est la bien-aimée, l’énergie associée.
Verse 137
भूनेत्र चन्द्रनेत्राग्निनेत्रार्णैः स्यात्षडंगकम् । शुक्लांबरालेपभूषं करेण ददतं धनम् ॥ १३७ ॥
Avec les syllabes ‘bhū’, ‘netra’, ‘candra’, ‘netra’, ‘agni’ et ‘netra’, on obtient la formule à six membres (ṣaḍaṅga). Qu’on médite la divinité : vêtue de blanc, ointe et parée, et d’une main accordant la richesse.
Verse 138
वामेन शुक्रं व्याख्यानमुद्रादोषं स्मरेत्सुधीः । अयुतं प्रजपेन्मन्त्रं दशांशं जुहुयाद् घृतैः ॥ १३८ ॥
Le pratiquant avisé doit se souvenir et réparer la faute née d’une mudrā d’explication mal exécutée, liée à Śukra, lorsqu’elle est faite de la main gauche. En expiation, qu’il récite le mantra dix mille fois, puis qu’il offre au feu, avec du ghee, le dixième de ce nombre.
Verse 139
धर्मादिपीठे प्रयजेदंगेंद्रादितदायुधैः । श्वेतपुष्पैः सुगंधैश्च जुहुयाद् भृगुवासरे ॥ १३९ ॥
Au jour de Bhṛgu (vendredi), qu’on accomplisse le culte sur le pīṭha en commençant par Dharma, en offrant les armes d’Aṅgendra et des autres; et qu’on fasse les oblations avec des fleurs blanches et parfumées.
Verse 140
एकविंशतिवारं यो लभतेसोंऽशुकं मणीन् । मनवोऽमो सदा गोप्या न देया यस्य कस्यचित् ॥ १४० ॥
Quiconque obtient ceci (rite/mantra) vingt et une fois acquiert vêtements et joyaux. Ce mantra doit toujours être gardé secret et ne doit pas être donné à n’importe qui.
Verse 141
भक्तियुक्ताय शिष्याय देया वा निजसूनवे ॥ १४१ ॥
On doit le donner à un disciple pourvu de bhakti, ou bien à son propre fils.
Nyāsa is presented as the mechanism that internalizes the deity and the mantra-grid by installing phonemes, bījas, and maṇḍala principles (Soma–Sūrya–Agni) onto bodily loci and ritual space. In Śāstric terms, it converts recitation into embodied worship (arcana) and prepares the practitioner for vyāpaka-japa and fruit-bearing homa.
It explicitly allows a simplified regimen: daily arghya to Vivasvān/Sūrya even without the full mandala and homa. This is framed as sufficient to yield prosperity, fame, happiness, longevity, and health when performed consistently.
It gives a full vow-architecture: timing (Tuesday; favored months), color-coded materials (red garments, red flowers, red seat), body-nyāsa with Mars epithets, a 21-compartment ritual diagram, arghya mantras, circumambulations, symbolic wiping of three lines for debt/sorrow, year-long observance, final homa, feeding brāhmaṇas, and gifting a gold icon—typical of Purāṇic vrata manuals.