
Le chapitre s’ouvre sur Skanda qui énumère les liṅga secondaires autour de Jyeṣṭheśvara, disposés selon les directions et la proximité, formant ainsi un itinéraire de pèlerinage concret. Il décrit Apsaraseśvara et le puits Apsaras-kūpa (Soubhāgya-udaka), où le bain rituel et le darśana sont associés à l’évitement du malheur. Vient ensuite Kukkuteśa près d’une vāpī, dont le fruit est l’accroissement du foyer; Pitāmaheśvara, sur la rive de la Jyeṣṭha-vāpī, est désigné comme lieu de śrāddha pour la joie des pitṛ, puis Gadādhareśvara comme dispensateur de satisfaction aux ancêtres. Le récit se tourne vers les sites liés aux Nāga : Vāsukīśvara et le Vāsukī-kuṇḍ prescrivent snāna et dāna, et mettent en avant Nāga-pañcamī comme repère calendaire de protection contre la peur des serpents et le poison; Takṣakeśvara et le Takṣaka-kuṇḍ prolongent ce thème protecteur. Un domaine de Bhairava apparaît ensuite : Kapālī Bhairava dissipe la crainte des dévots et l’on affirme qu’il accorde la vidyā-siddhi en six mois; Caṇḍī Mahāmuṇḍā est honorée par bali et offrandes, et le pèlerinage de Mahāṣṭamī promet renommée et prospérité. Le chapitre revient à la topographie des eaux : la Catuḥsāgara-vāpikā et quatre liṅga placés par les océans; Vṛṣabheśvara (installé par le vṛṣabha de Hara) promet la délivrance en six mois par le darśana. Gandharveśvara et son kuṇḍ sont liés aux offrandes et à la jouissance « avec les Gandharva », tandis que Karkoteśvara et la Karkota-vāpī rattachent le culte à l’honneur en Nāga-loka et à l’immunité contre le poison. D’autres liṅga—Dhuṃdhumāriśvara, Purūraveśvara et Supratīkeśvara—élargissent encore l’itinéraire. S’ajoutent des protecteurs : Vijayabhairavī à la porte nord, et les Gaṇa Huṇḍana et Muṇḍana, qui arrêtent les obstacles; leur darśana apporte le bien-être. Le texte glisse ensuite vers une légende sur la rive de la Varaṇā, avec Menā, Himavān et le récit d’un mendiant au sujet de la présence de Viśveśvara et d’une construction splendide due à Viśvakarman; il se conclut par une phalaśruti : entendre cette grandeur mène vers le royaume de Śiva et efface le péché.
Verse 1
स्कन्द उवाच । ज्येष्ठेश्वरस्य परितो लिंगान्यन्यानि यानि तु । तानि ते कथयिष्यामि शृणु वातापितापन
Skanda dit : « Ô Vātāpitāpana, écoute. Je vais maintenant te raconter les autres liṅgas sacrés qui se trouvent tout autour de Jyeṣṭheśvara. »
Verse 2
ज्येष्ठेशाद्दक्षिणे भागे लिंगमप्सरसां शुभम् । तत्रैवाप्सरसः कूपः सौभाग्योदकसंज्ञकः
Au sud de Jyeṣṭheśvara se trouve un liṅga de bon augure nommé Apsaraseśvara, le Seigneur des Apsaras. Là même est aussi le puits des Apsaras, renommé sous le nom de Saubhāgyodaka, « l’eau de la bonne fortune ».
Verse 3
तत्कूपजलसुस्नातो विलोक्याप्सरसेश्वरम् । न दौर्भाग्यमवाप्नोति नारी वा पुरुषोथवा
Quiconque se baigne comme il se doit dans l’eau de ce puits et contemple Apsaraseśvara ne tombe pas dans l’infortune, qu’il soit femme ou homme.
Verse 4
तत्रैव कुक्कुटेशाख्यं लिंगं वापीसमीपगम् । तस्य पूजनतः पुंसां कुटुंबं परिवर्धते
Là même, près de l’étang, se trouve le liṅga nommé Kukkuṭeśa. Par son culte, le foyer et la lignée d’un homme prospèrent et s’accroissent.
Verse 5
पितामहेश्वरं लिंगं ज्येष्ठवापीतटे शुभम् । तत्र श्राद्धं नरः कृत्वा पितॄणां मुदमर्पयेत्
Sur la rive bénie de l’étang de Jyeṣṭha se dresse le liṅga nommé Pitāmaheśvara. Celui qui y accomplit le śrāddha offre joie et apaisement aux ancêtres.
Verse 6
पितामहेशान्नैरृत्यां पूजनीयं प्रयत्नतः । गदाधरेश्वरं लिंगं पितॄणां परितृप्तिदम्
Au sud-ouest de Pitāmaheśvara, il faut vénérer avec soin le liṅga nommé Gadādhareśvara, dispensateur de pleine satiété aux ancêtres.
Verse 7
दिशि पुण्यजनाख्यायां लिंगाज्ज्येष्ठेश्वरान्मुने । वासुकीश्वरसंज्ञं च लिंगमर्च्यं समंततः
Ô sage, dans la direction dite Puṇyajana, depuis le liṅga de Jyeṣṭheśvara se trouve aussi un liṅga nommé Vāsukīśvara, digne d’être adoré par tous, de toutes parts.
Verse 8
तत्र वासुकिकुंडे च स्नानदानादिकाः क्रियाः । सर्पभीतिहराः पुंसां वासुकीशप्रभावतः
Là, au bassin de Vāsuki, des actes tels que le bain sacré et le don d’aumône dissipent la peur des serpents chez les hommes, par la puissance de Vāsukīśvara.
Verse 9
यः स्नातो नागपंचम्यां कुंडे वासुकिसंज्ञिते । न तस्य विषसंसर्गो भवेत्सर्पसमुद्भवः
Quiconque se baigne, au jour de Nāgapañcamī, dans le bassin nommé Vāsuki, ne sera pas atteint par un poison issu des serpents.
Verse 10
कर्तव्या नागपञ्चम्यां यात्रा वर्षासु तत्र वै । नागाः प्रसन्ना जायंते कुले तस्यापि सर्वदा
En la saison des pluies, il faut assurément accomplir là le pèlerinage au jour de Nāgapañcamī. Les Nāgas se montrent à jamais favorables à la lignée de cet homme.
Verse 11
तत्कुण्डात्पश्चिमे भागे लिंगं वै तक्षकेश्वरम् । पूजनीयं प्रयत्नेन भक्तानां सर्वसिद्धिदम्
À l’ouest de ce bassin sacré se tient le liṅga nommé Takṣakeśvara. Il doit être vénéré avec un effort sincère, car il accorde aux dévots toute réussite.
Verse 12
मुनेस्तस्योत्तरे भागे कुण्डं तक्षकसंज्ञितम् । कृतोदकक्रियस्तत्र न सर्पैरभिभूयते
Au nord de ce sage (et de ce lieu) se trouve un bassin nommé Takṣaka. Celui qui y accomplit les rites d’eau n’est pas dominé par les serpents.
Verse 13
तत्कुण्डादुत्तरे भागे क्षेत्रं क्षेमकरः सदा । भक्तानां साध्वसध्वंसी कपाली नाम भैरवः
Au nord de ce bassin s’étend un kṣetra sacré, toujours dispensateur de paix et de bien-être. Là demeure Bhairava nommé Kapālī, qui dissipe les craintes des dévots.
Verse 14
भैरवस्य महाक्षेत्रं तद्वै साधकसिद्धिदम् । तत्र संसाधिता विद्याः षण्मासातत्सिद्धिमाप्नुयुः
Tel est le grand kṣetra de Bhairava, qui accorde véritablement la siddhi aux pratiquants. Les vidyās qui y sont menées à terme y obtiennent leur accomplissement en six mois.
Verse 15
तत्र चण्डी महामुण्डा भक्तविघ्नोपशांतिदा । बलिपूजोपहाराद्यैः पूज्या स्वाभीष्टसिद्धये
Là demeure Caṇḍī Mahāmuṇḍā, celle qui apaise les obstacles troublant les dévots. Qu’on l’honore par des offrandes—telles le bali et les autres actes de pūjā—afin d’obtenir les accomplissements souhaités.
Verse 16
तस्या यात्रां तु यः कुर्यान्महाष्टम्यां नरोत्तमः । यशस्वी पुत्रपौत्राढ्यो लक्ष्मीवांश्चापि जायते
Mais le meilleur des hommes qui accomplit son yātrā lors de Mahāṣṭamī devient illustre, riche de fils et de petits-fils, et comblé de prospérité.
Verse 17
महामुण्डा प्रतीच्यां तु चतुःसागरवापिका । तस्यां स्नातो भवेत्स्नातः सागरेषु चतुर्ष्वपि
À l’ouest de Mahāmuṇḍā se trouve l’étang nommé Catuḥsāgara. Celui qui s’y baigne est réputé s’être baigné dans les quatre océans.
Verse 18
महाप्रसिद्धं तत्स्थानं चतुःसागरसंज्ञितम् । चत्वारि तत्र लिंगानि सागरैः स्थापितानि च
Ce lieu est grandement renommé sous le nom de Catuḥsāgara. On y trouve aussi quatre liṅgas, établis par les Océans.
Verse 19
तस्या वाप्याश्चतुर्दिक्षु पूजितानि दहंत्यघम् । तदुत्तरे महालिंगं वृषभेश्वरसंज्ञितम्
Vénérés dans les quatre directions autour de cet étang, ils consument le péché. Au nord de celui-ci se trouve un grand liṅga nommé Vṛṣabheśvara.
Verse 20
हरस्य वृषभेणैव स्थापितं तत्स्वभक्तितः । तस्य दर्शनतः पुंसां षण्मासान्मुक्तिरुद्भवेत्
Établi par le taureau même de Hara (Nandin) par pure dévotion, ce sanctuaire confère un grand fruit : par le seul fait de le contempler, la délivrance naît pour les hommes en l’espace de six mois.
Verse 21
वृषेश्वरादुदीच्यां तु गंधर्वेश्वरसंज्ञितम् । गंधर्वकुण्डं तत्प्राच्यां तत्र स्नात्वा नरोत्तमः
Au nord de Vṛṣeśvara se trouve le lieu sacré nommé Gandharveśvara ; à son orient est le Gandharva-kuṇḍa. En s’y baignant, l’homme d’élite est purifié et devient digne des fruits loués de ce saint lieu.
Verse 22
गंधर्वेश्वरमभ्यर्च्य दत्त्वा दानानि शक्तितः । सन्तर्प्य पितॄदेवांश्च गंधर्वैः सह मोदते
Après avoir vénéré comme il se doit Gandharveśvara, offert des dons selon ses moyens et comblé les ancêtres et les dieux, on se réjouit en la compagnie des Gandharvas.
Verse 23
कर्कोटनामा नागोस्ति गन्धर्वेश्वरपूर्वतः । तत्र कर्कोटवापी च लिंगं कर्कोटकेश्वरम्
À l’est de Gandharveśvara se trouve un Nāga nommé Karkoṭa. Là se trouvent aussi l’étang de Karkoṭa et le liṅga appelé Karkoṭakeśvara.
Verse 24
तस्यां वाप्यां नरः स्नात्वा कर्कोटेशं समर्च्य च । कर्कोटनागमाराध्य नागलोके महीयते
Après s’être baigné dans cet étang et avoir vénéré comme il se doit Karkoṭeśa, puis apaisé le Nāga Karkoṭa, on est honoré dans le royaume des Nāgas.
Verse 25
कर्कोट नागो यैर्दृष्टस्तद्वाप्यां विहितोदकैः । क्रमते न विषं तेषां देहे स्थावरजंगमम्
Ceux qui contemplent le Nāga Karkoṭa et usent de l’eau consacrée de cet étang, aucun poison—qu’il vienne d’êtres immobiles ou mobiles—n’agit sur leur corps.
Verse 26
कर्कोटेशात्प्रतीच्यां तु धुंधुमारीश्वराभिधम् । तल्लिंगाभ्यर्चनात्पुंसां न भवेद्वैरिजं भयम्
À l’ouest de Karkoṭeśa se trouve le sanctuaire nommé Dhuṃdhumārīśvara. Par l’adoration de ce liṅga, les hommes sont délivrés de la crainte suscitée par les ennemis.
Verse 27
पुरूरवेश्वरं लिंगं तदुदीच्यां व्यवस्थितम् । द्रष्टव्यं तत्प्रयत्नेन चतुर्वर्गफलप्रदम्
Au nord se tient le liṅga de Purūraveśvara. Il convient de le visiter avec ardeur, car il confère les fruits des quatre buts de la vie : dharma, artha, kāma et mokṣa.
Verse 28
दिग्गजेनार्चितं लिंगं सुप्रतीकेन तत्पुरः । सुप्रतीकेश्वरं नाम्ना यशोबलविवर्धनम्
Devant lui se trouve un liṅga vénéré par l’éléphant des directions, Supratīka. Nommé Supratīkeśvara, il accroît la renommée et la vigueur.
Verse 29
सरश्च सुप्रतीकाख्यं तत्पुरो भासते महत् । तत्र स्नात्वा च तल्लिंगं दृष्ट्वा दिक्पतितां लभेत्
Devant lui resplendit un grand lac nommé Supratīka. En s’y baignant et en contemplant ce liṅga, on obtient la dignité de seigneur d’une direction (dikpati).
Verse 30
तत्रास्त्येका महागौरी नाम्ना विजयभैरवी । रक्षार्थमुत्तराद्वारि स्थिता पूज्येष्टसिद्धये
Là se tient une unique forme de Mahāgaurī, nommée Vijayabhairavī. Postée à la porte du nord pour la protection, elle doit être adorée afin d’obtenir l’accomplissement des vœux chers.
Verse 31
वरणायास्तटे रम्ये गणौ हुंडनमुंडनौ । क्षेत्ररक्षां विधत्तस्तौ विघ्नस्तंभन कारकौ
Sur la belle rive de la Varaṇā se trouvent deux Gaṇas, Huṃḍana et Muṃḍana. Ils assurent la garde du kṣetra sacré et sont ceux qui arrêtent et figent les obstacles.
Verse 32
तौ द्रष्टव्यौ प्रयत्नेन क्षेत्रनिर्विघ्न हेतवे । हुंडनेशं मुंडनेशं तत्र दृष्ट्वा सुखी भवेत्
Afin que le kṣetra soit sans entraves, il faut s’efforcer de contempler ces deux-là : Huṃḍaneśa et Muṃḍaneśa. Les ayant vus en ce lieu, l’homme devient heureux et apaisé.
Verse 33
स्कंद उवाच । इल्वलारे कथामेकां शृणुष्वावहितो भव । वरणायास्तटे रम्ये यद्वृत्त पूर्वमुत्तमम्
Skanda dit : Ô Ilvalāra, écoute un récit ; sois attentif. Sur la belle rive de la Varaṇā advint jadis un événement excellent ; entends-le.
Verse 34
एकदाद्रींद्रमालोक्य मेना संहृष्टमानसम् । उमां संस्मृत्य निःश्वस्य प्रोवाचेति पतिव्रता
Un jour, voyant le Seigneur des Montagnes (l’Himālaya), le cœur de Menā fut transporté de joie. Se souvenant d’Umā, elle soupira, puis parla, elle l’épouse fidèle.
Verse 35
मेनोवाच । आर्यपुत्र न जानामि प्रवृत्तिमपि कांचन । विवाहसमयादूर्ध्वं तस्या गौर्या गिरीश्वर
Menā dit : Ô noble fils—ô Seigneur des Montagnes—je ne sais absolument rien du cours des événements concernant cette Gaurī, depuis le moment de son mariage et au-delà.
Verse 36
स वृषेंद्रगतिर्देवो भस्मोरग विभूषणः । महापितृवनावासो दिग्वासाः क्वास्ति संप्रति
Ce Dieu—dont la monture est le Taureau souverain, paré de cendre et de serpents, demeurant dans la grande forêt des Pères et vêtu des directions (nu sous le ciel)—où est-il à présent ?
Verse 37
अष्टौ या मातरो दृष्टा ब्राह्मी प्रभृतयः प्रिय । स्वस्वरूपास्ता मन्येऽहं बालिकाः कष्टहेतवः
Ces huit Mères qui furent vues—à commencer par Brāhmī, ô bien-aimé—chacune dans sa propre forme : je pense qu’elles causent tourment à la jeune fille.
Verse 38
तस्यैकस्य न कोप्यन्योस्त्यद्वितीयस्य शूलिनः । तदुदंतप्रवृत्त्यै च क्रियतामुद्यमो विभो
Pour cet Unique—Śūlin, sans égal et sans second—il n’en est point d’autre. Aussi, ô Puissant, qu’un effort soit entrepris pour connaître la vérité de l’affaire et son déroulement.
Verse 39
तस्याः प्रियाया वाक्येन तदपत्यप्रियो गिरिः । उवाच वचनं सास्रमुमा वात्सल्यसन्नगीः
Ému par les paroles de son aimée, la Montagne—qui chérissait son enfant—parla en larmes, la voix étranglée par la tendresse pour Umā.
Verse 40
गिरिराज उवाच । अहमेव गमिष्यामि तस्या मेने गवेषणे । नितरां बाधते प्रेम तददृष्ट्यग्निदूषितम्
Le Roi des Montagnes dit : J’irai moi-même, ô Menā, à sa recherche. L’amour me tourmente cruellement, brûlé par le feu de ne pas la voir.
Verse 41
यदा प्रभृति सा गौरी निर्गता मम सद्मतः । मन्ये मेने तदारभ्य पद्मसद्मा विनिर्ययौ
Dès l’instant où Gaurī quitta ma demeure, j’ai senti que, depuis lors, la demeure de lotus de mon cœur et de ma félicité s’en était elle aussi allée, vidée par son absence.
Verse 42
तदालापामृतधयौ न मे शब्दग्रहौ प्रिये । प्राणेश्वरि तदारभ्य स्यातां शब्दांतरग्रहौ
Bien-aimée — ô maîtresse de ma vie — depuis qu’on m’a privé du nectar de sa parole, mes oreilles ne saisissent plus vraiment les sons ; dès lors elles ne prennent que des « sons autres », vides de sa voix.
Verse 43
जैवातृकी यतोह्नः स्याद्दूरीभूता दृशोर्मम । अहो जैवातृकी ज्योत्स्ना ततोह्नोति दुनोति माम्
Quand la clarté lunaire (jaivātṛkī) se retire de mes yeux, c’est comme si le jour survenait. Hélas ! cette même lueur, en s’en allant, fait que le jour me brûle et me tourmente.
Verse 44
इत्युक्त्वादाय रत्नानि वासांसि विविधानि च । धराधरेंद्रो निर्यातः शुभलग्नबलोदये
Ayant ainsi parlé, le seigneur parmi les porteurs de montagnes prit des joyaux et des vêtements variés, puis se mit en route à une heure propice, lorsque les signes favorables étaient puissants.
Verse 45
अगस्त्य उवाच । कानि कानि च रत्नानि कियंत्यपि च षण्मुख । यान्यादाय प्रतस्थे स तानि मे ब्रूहि पृच्छतः
Agastya dit : «Ô Ṣaṇmukha, quels étaient ces joyaux, et en quelle quantité ? Dis-le-moi, puisque je le demande : qu’emporta-t-il lorsqu’il se mit en route ?»
Verse 46
स्कंद उवाच । तुला मुक्ताफलानां तु कोटिद्वय परीमिताः । तथा वारितराणां च हीरकाणां तुला शतम्
Skanda dit : «Deux crores, au poids, de perles ; et de même, cent tulās, au poids, de diamants et d’autres gemmes d’excellence.»
Verse 47
नवलक्षाधिकं विप्र षडस्राणां सुतेजसाम् । लक्षद्वयं विदूराणां तुलाविमलवर्चसाम
«Ô brāhmane, un peu plus de neuf lakhs de gemmes hexagonales, éclatantes ; et deux lakhs de pierres vidūra (œil-de-chat), d’un lustre pur et lumineux, au poids de tulā.»
Verse 48
कोटयः पद्मरागाणां पंचावैहि तुला मुने । पुष्पराग तुलालक्षं गुणितं नवसंख्यया
«Ô sage, sache qu’il y avait cinq crores de padmarāga (rubis), selon la mesure/le poids ; et des puṣparāga (saphirs jaunes), un lakh de tulās, multiplié par neuf.»
Verse 49
तथा गोमेद रत्नानां तुलालक्षमिता मुनै । इंद्रनीलमणीनां च तुलाः कोट्यर्ध संमिताः
«De même, ô sage, il y avait un lakh de tulās de gemmes gomeda ; et des joyaux indranīla (saphirs bleus), des tulās totalisant un demi-crore.»
Verse 50
गरुडोद्गाररत्नानां तुलाः प्रयुतसंमिताः । शुद्धविद्रुमरत्नानां तुलाश्च नवकोटयः
Des gemmes dites garuḍodgāra, les tulās se comptaient par dizaines de milliers ; et des gemmes de corail pur, les tulās atteignaient neuf crores.
Verse 51
अष्टांगाभरणानां च संख्या कर्तुं न शक्यते । वाससां च विचित्राणां कोमलानां तथा मुने
Ô sage, il est impossible de compter les ornements qui parent chaque membre ; de même, les vêtements délicats, chatoyants et beaux, dépassent tout dénombrement.
Verse 52
चामराणि च भूयांसि द्रव्याण्यामोदवंति च । सुवर्णदासदास्यादीन्यसंख्यातानि वै मुने
Il y avait encore quantité de chāmaras (éventails de queue) et d’innombrables objets parfumés et délicieux ; et, ô sage, d’innombrables serviteurs d’or, hommes et femmes, s’y tenaient aussi.
Verse 53
सर्वाण्यपि समादाय प्रतस्थे भूधरेश्वरः । आगत्य वरणातीरं दूरात्काशीमलोकयत्
Ayant tout rassemblé, le seigneur de la montagne se mit en route. Parvenu sur la rive de la Varaṇā, il contempla Kāśī de loin.
Verse 54
अनेकरत्ननिचयैः खचिताऽखिलभूमिकाम् । नानाप्रासादमाणिक्यज्योतिस्ततततांबराम्
Il vit le sol tout entier incrusté d’amas de gemmes innombrables, et le ciel baigné de l’éclat des rubis provenant d’innombrables palais.
Verse 55
सौधाग्रविविधस्वर्णकलशोज्वलदिङ्मुखाम् । जयंतीवैजयंतीनां निकरैस्त्रिदिवस्थलीम्
Ses horizons étincelaient des nombreux kalashas d’or au faîte des hautes demeures; et, par les multitudes de guirlandes jayantī et vaijayantī, elle semblait le royaume même des devas.
Verse 56
महासिद्ध्यष्टकस्यापि क्रीडाभवनमद्भुतम् । जितकल्पदुमवनां वनैः सर्वफलावनैः
Là se trouvait aussi l’étonnante demeure de jeu des huit grandes Siddhis : des forêts surpassant les bosquets de kalpadrumas, portant des fruits de toute espèce.
Verse 57
इति काशीसमृद्धिं स विलोक्याभूद्विलज्जितः । उवाच च मनस्येव भूधरेंद्र इदं वचः
Ainsi, voyant la prospérité de Kāśī, il en fut confondu; et le seigneur des montagnes dit ces paroles, comme au-dedans de sa propre pensée.
Verse 58
प्रासादेषु प्रतोलीषु प्राकारेषु गृहेषु च । गोपुरेषु विचित्रेषु कपाटेषु तटेष्वपि
Dans les palais, dans les portails et les remparts, dans les maisons; dans les tours merveilleuses, dans les battants des portes, et même le long des digues—partout—
Verse 59
मणिमाणिक्यरत्नानामुच्छलच्चारुरोचिषाम् । ज्योतिर्जालैर्जटिलितं ययेदमवलोक्यते
…on le voyait enlacé de filets de lumière, jaillis de perles, de rubis et de joyaux dont la belle clarté jaillissait.
Verse 60
द्यावाभूम्योरंतरालं तथेति समवैम्यहम् । ईदृक्संपत्तिसंभारः कुवेरस्यापि नो गृहे
«Je tiens ceci pour l’espace même entre le ciel et la terre. Un tel trésor de prospérité ne se trouve pas même dans la demeure de Kubera.»
Verse 61
अपि वैकुंठभुवने नेतरस्येह का कथा । इति यावद्गिरींद्रोसौ संभावयति चेतसि
«Même à Vaikuṇṭha, rien n’est comparable ; que dire alors d’ailleurs en ce monde ?» Ainsi, tandis que le seigneur des montagnes le considérait en son esprit…
Verse 62
तावत्कार्पटिकः कश्चित्तल्लोचनपथं गतः । आहूय बहुमानं तमपृच्छच्चाचलेश्वरः
À cet instant, un certain mendiant errant entra dans le champ de sa vue. L’appelant près de lui avec égards, le Seigneur de la Montagne l’interrogea.
Verse 63
हिमवानुवाच । हंहो कार्पटिक श्रेष्ठ अध्यास्वैतदिहासनम् । स्वपुरोदंतमाख्याहि किमपूर्वमिहाध्वग
Himavān dit : «Hé, ô le meilleur des mendiants, assieds-toi ici sur ce siège. Dis-moi les nouvelles de ton pays : quel fait sans précédent est survenu ici, ô voyageur ?»
Verse 64
कोत्र संप्रत्यधिष्ठाता किमधिष्ठातृ चेष्टितम् । यदि जानासि तत्सर्वमिहाचक्ष्व ममाग्रतः
«Qui est à présent le souverain qui préside ici, et quels sont les actes de ce Seigneur présidant ? Si tu le sais, dis-le tout ici devant moi.»
Verse 65
सोपि कार्पटिकस्तस्य गिरिराजस्य भाषितम् । समाकर्ण्य समाचष्टुं मुने समुपचक्रमे
Ce mendiant aussi, ayant entendu les paroles du Roi des Montagnes, se mit, ô sage, à raconter l’histoire.
Verse 66
कार्पटिक उवाच । आचक्षे शृणु राजेंद्र यत्पृष्टोस्मि त्वयाखिलम् । अहानि पंचषाण्येव व्यतिक्रांतानि मानद
Le mendiant dit : «Je vais l’exposer ; écoute, ô seigneur des rois, tout ce que tu m’as demandé. Cinq ou six jours seulement se sont écoulés, ô dispensateur d’honneur».
Verse 67
समायाते जगन्नाथे पर्वतेंद्र सुतापतौ । सुंदरान्मंदरादद्रेर्दिवोदासे गते दिवि
Lorsque Jagannātha, le Seigneur de l’univers, l’époux de la fille du roi des montagnes, arriva, après que Divodāsa fut monté au ciel depuis le beau mont Mandara…
Verse 68
यो वै जगदधिष्ठाता सोधिष्ठातात्र सर्वगः । सर्वदृक्सर्वदः शर्वः कथं न ज्ञायते विभो
Celui qui préside à l’univers, préside aussi ici, lui qui pénètre tout. Śarva, qui voit tout et qui donne tout : comment ne serait-il pas reconnu, ô puissant ?
Verse 69
मन्ये दृषत्स्वरूपोसि दृषदोपि कठोरधीः । यतो विश्वेश्वरं काश्यां न वेत्सि गिरिजापतिम्
Je pense que tu as un corps de pierre—et même un esprit plus dur que la pierre—puisque, à Kāśī, tu ne reconnais pas Viśveśvara, le Seigneur de Girijā (Pārvatī).
Verse 70
स्वभावकठिनात्मापि स वरं हिमवान्गिरिः । प्राणाधिक सुता दानाद्यो धिनोद्विश्वनायकम्
Bien que, par nature, il fût ferme et inflexible, l’excellent mont Himavān obtint la prééminence, car il donna en mariage au Seigneur de l’univers sa fille, plus chère que la vie.
Verse 71
बिभ्रत्सहज काठिन्यं जातो गौरीगुरुर्गुरुः । शंभुं प्रपूज्य सुतया स्रजा विश्वगुरोरपि
Portant une austérité naturelle, il devint un maître vénérable, un précepteur même pour Gaurī. Après avoir dûment honoré Śambhu, il Lui offrit, par sa fille, une guirlande, bien que Śambhu soit Lui-même le Guru de l’univers.
Verse 72
चेष्टितं तस्य को वेद वेदवेद्यस्य चेशितुः । मनागिति च जानेहं तच्चेष्टितमिदं जगत्
Qui peut vraiment connaître les œuvres de ce Seigneur, le Souverain connaissable par les Veda ? Je ne saisis que ceci : ce monde entier n’est que le jeu de Son agir.
Verse 73
अधिष्ठाता मया ख्यातस्तथाधिष्ठातृ चेष्टितम् । अपूर्वं यत्त्वयापृष्टं तदाख्यामि च तच्छृणु
J’ai déjà fait connaître le Seigneur qui préside, ainsi que la manière d’agir du Présidant. Ce que tu as demandé est sans précédent ; je vais l’expliquer — écoute attentivement.
Verse 74
शुभे ज्येष्ठेश्वरस्थाने सांप्रतं स उमापतिः । काशीं प्राप्य मुदा तिष्ठेद्गिरिराजांगजा सखः
À présent, dans le lieu auspicious de Jyeṣṭheśvara, ce Seigneur — l’Époux d’Umā — étant parvenu à Kāśī, y demeure dans la joie, avec la Fille du Roi des Montagnes.
Verse 75
स्कंद उवाच । यदा यदा स गिरिजा मृदुनामाक्षरामृतम् । आविष्करोति पथिकोऽद्रींद्रो हृष्येत्तदातदा
Skanda dit : Chaque fois que ce pèlerin manifeste le nectar des syllabes douces — le Nom suave de Girijā — alors, à chaque fois, Himavān, seigneur des montagnes, exulte.
Verse 76
उमानामामृतं पीतं येनेह जगतीतले । न जातु जननीस्तन्यं स पिबेत्कुंभसंभव
Ô Kumbha-sambhava (Agastya), celui qui, ici sur la terre, a bu le nectar du Nom d’Umā ne devrait plus jamais boire le lait d’une mère.
Verse 77
उमेतिद्व्यक्षरं मंत्रं योऽहर्निशमनुस्मरेत् । न स्मरेच्चित्रगुप्तस्तं कृतपापमपि द्विज
Ô brāhmane, celui qui, jour et nuit, se remémore le mantra de deux syllabes « U-mā », Citragupta ne le consignera pas, fût-il auteur de fautes.
Verse 78
पुनः शुश्राव हिमवान्हृष्टः कार्पटिकोदितम् । कार्पटिक उवाच । राजन्विश्वेश्वरार्थेयः प्रासादो विश्वकर्मणा
De nouveau, Himavān, tout réjoui, entendit ce que déclara le mendiant (kārpaṭika). Le kārpaṭika dit : « Ô Roi, pour Viśveśvara, Viśvakarman bâtit un palais-temple… »
Verse 79
निर्मीयते सुनिर्माणो जन्मि निर्वाणदायिनः । तदपूर्वं न कर्णाभ्यामप्याकर्णितवानहम्
On édifie un ouvrage splendide pour Celui qui accorde le nirvāṇa aux êtres incarnés. Une telle merveille — jamais auparavant je ne l’avais entendue, même de mes propres oreilles.
Verse 80
यत्रातिमित्रतेजोभिः शलाकाभिः समंततः । मणिमाणिक्यरत्नानां प्रासादेभित्तयः कृताः
Là, tout autour, par des incrustations semblables à des baguettes, flamboyantes d’un éclat plus que solaire, les murs mêmes du palais-temple sont façonnés de gemmes — rubis et autres joyaux précieux.
Verse 81
यत्र संति शतं स्तंभा भास्वंतो द्वादशोत्तराः । एकैकं भुवनं धर्तुमष्टाष्टाविति कल्पिताः
Là se dressent cent piliers resplendissants, chacun dépassant douze (en mesure et en splendeur). Chacun est conçu avec la force de huit et huit, comme s’il pouvait, à lui seul, soutenir un monde entier.
Verse 82
चतुर्दशसु या शोभा विष्टपेषु समंततः । तस्मिन्विमाने सास्तीह शतकोटिगुणोत्तरा
Toute la splendeur répandue à travers les quatorze mondes, en ce vimāna elle se trouve ici, cent millions de fois plus grande.
Verse 83
चंद्रकांतमणीनां च स्तंभाधार शिलाश्च याः । चित्ररत्नमयैस्तंभैः स्तंभितास्तत्प्रभाभराः
Et les pierres de socle qui portent les piliers sont faites de gemmes de pierre de lune ; soutenues par des piliers de joyaux bigarrés, elles sont chargées d’une profusion débordante de lumière.
Verse 84
पद्मरागेंद्रनीलानां शालीनाः शालभंजिकाः । नीराजयंत्यहोरात्रं यत्र रजप्रदीपकैः
Là, de gracieuses figures de śālabhañjikā, façonnées de rubis et de saphirs, accomplissent l’ārati jour et nuit avec des lampes à la lumière étincelante.
Verse 85
स्फुरत्स्फटिकनिर्माण श्लक्ष्ण पद्मशिलातले । अनेकरत्नरूपाणि विचित्राणि समंततः
Sur le sol de pierre lisse, semblable au lotus et façonné de cristal étincelant, de toutes parts apparaissaient d’innombrables formes de joyaux, merveilleuses et diverses.
Verse 86
आरक्तपीतमंजिष्ठ नीलकिर्मीरवर्णकैः । विन्यस्तानीव भासंते चित्रे चित्रकृतायतः
Aux teintes de rouge profond, de jaune doré, de garance, de bleu et de nuances mouchetées, ils brillaient comme s’ils avaient été incrustés à dessein, telle une fresque déployée, œuvre d’art.
Verse 87
दृक्पिच्छिला विलोक्यंते माणिक्यस्तंभराजयः । यतोऽविमुक्ते स्वक्षेत्रे मोक्षलक्ष्म्यंकुरा इव
Les rangées de piliers de rubis semblaient « coller au regard », tant elles captivaient ; telles des pousses de la prospérité même de la délivrance, surgissant à Avimukta, le domaine propre de Śiva.
Verse 88
रत्नाकरेभ्यः सर्वेभ्यो गणा रत्नोच्चयान्बहून् । राशींश्चक्रुः समानीय यत्राद्रिशिखरोपमान्
De toutes les mines de joyaux, les gaṇas rassemblèrent maints amas de gemmes et, les apportant là et les réunissant, formèrent des tas pareils à des sommets de montagne.
Verse 89
यत्र पातालतलतो नागानां कोशवेश्मतः । गणैर्मणिगणाः सर्वे समाहृत्य गिरीकृताः
Là, depuis les profondeurs de Pātāla—depuis les demeures-trésors des Nāgas—les gaṇas rassemblèrent toutes sortes de joyaux et les dressèrent en masses pareilles à des montagnes.
Verse 90
शिवभक्तः स्वयं यत्र पौलस्त्यः स्वद्रिकूटतः । कोटिहाटककूटानि आनयामास राक्षसैः
Là, Paulastya lui-même —dévot de Śiva— fit apporter par les Rākṣasas, depuis le sommet de sa propre montagne, des monceaux d’or par crores.
Verse 91
प्रासादनिर्मितिं श्रुत्वा भक्ता द्वीपांतरस्थिताः । माणिक्यानि समाजह्रुर्यथासंख्यान्यहो नृप
Ayant appris la construction du palais-temple, des dévots demeurant dans des îles lointaines rassemblèrent des rubis selon leurs moyens—merveilleux, en vérité, ô Roi.
Verse 92
चिंतामणिः स्वयं यत्र कमर्णे विश्वकर्मणे । विश्राणयेदहोरात्रं विचित्रांश्चिं तितान्मणीन्
Là, la Cintāmaṇi elle-même, la gemme exauçant les vœux, prodigue jour et nuit à Viśvakarman, l’artisan divin, des joyaux merveilleux selon le désir même.
Verse 93
नानावर्णपताकाश्च यत्र कल्पमहीरुहः । अनल्पाः कल्पयंत्येव नित्यभक्तिसमन्विताः
Là, des arbres semblables aux kalpa-arbres exauçant les vœux offrent sans cesse d’abondantes bannières de mille couleurs, toujours unies à une dévotion inébranlable.
Verse 94
अब्धयो यत्र सततं दधिक्षीरेक्षुसर्पिषाम् । पंचामृतानां कलशैः स्नपयंति दिनेदिने
Là se trouvent sans cesse des océans de lait caillé, de lait, de jus de canne à sucre et de ghee; et, jour après jour, on baigne le Seigneur avec des jarres de pañcāmṛta.
Verse 95
यत्र कामदुघा नित्यं स्नपयेन्मधुधारया । स्वदुग्धया स्वयं भक्त्या विश्वेशं लिंगरूपिणम्
Là, la vache exauçant les vœux baigne chaque jour Viśveśvara—manifesté sous la forme du Liṅga—de flots de miel et de son propre lait, par dévotion.
Verse 96
गंधसाररसैर्यं च सेवते मलयाचलः । कर्पूररंभा कर्पूरपूरैर्भक्त्या निषेवते
Le mont Malaya Le sert des essences les plus exquises et parfumées; et Karpūra-Rambhā L’adore avec des monceaux de camphre, par dévotion.
Verse 97
इत्याद्य पूर्वं यत्रास्ति प्रत्यहं शंकरालये । कथं तं त्वमुमाकातं न वेत्सि कठिनाशय
Ainsi et bien davantage s’y trouve depuis longtemps, chaque jour, dans la demeure de Śaṅkara; comment ne connais-tu pas ce Seigneur, bien-aimé d’Umā, ô cœur endurci ?
Verse 98
इति तस्य समृद्धिं तां दृष्ट्वा जामातुरद्रिराट । त्रपया परिभूतोभून्नितरां कुंभसंभव
Voyant une telle prospérité chez son gendre, le roi des montagnes fut accablé de honte; et Kumbhasambhava (Agastya) en fut d’autant plus confondu.
Verse 99
तस्मै कार्पटिकायाथ स दत्त्वा पारितोषिकम् । पुनश्चिंतापरोजातोऽद्रिराट्कार्पटिके गते
Puis, après avoir donné une gratification à ce mendiant, le roi des montagnes fut de nouveau saisi d’inquiétude lorsque le mendiant s’en fut allé.
Verse 100
उवाचेति मनस्येव विस्मयोत्फुल्ललोचनः । अहो भद्रमिदं जातं यत्त्वया श्रावि शर्मभाक्
Il parla en son propre esprit, les yeux épanouis d’émerveillement : «Ah ! tout s’est bien accompli ; grâce à toi je l’ai entendu et j’ai obtenu le soulagement».
Verse 110
यस्य देशो न विदितो यस्तु वृत्तिपराङ्मुखः । आचारहीनमिव यं पुराऽपश्यं कठोरधीः
Celui dont la patrie était inconnue, et qui s’était détourné du juste moyen de subsistance et de la bonne conduite — je l’ai vu jadis, comme dépourvu de la juste observance, l’esprit dur et inflexible.
Verse 120
सुपर्वणि सुपात्राय सुताथ श्रद्धयाधिकम् । येन स्ववित्तमानेन धर्मोपार्जित वित्ततः
En un jour de fête propice, à un récipiendaire digne, et avec une foi surabondante, il donna — selon ses moyens — de la richesse acquise par le dharma.
Verse 130
प्रणम्य दंडवद्भूमौ कृतांजलिपुटौ गणौ । कृताभ्यनुज्ञो भ्रूक्षेपाद्विज्ञप्तिमथ चक्रतुः
Après s’être prosternés à terre comme un bâton et avoir joint les mains en vénération, les deux gaṇas — ayant reçu l’assentiment d’un simple mouvement des sourcils — formulèrent alors leur requête.
Verse 140
उमा श्रुत्येति संहृष्टा कदंबकुसुमश्रियम् । आनंदांकुरलक्ष्मीवदंगेषु परिबिभ्रती
À ces paroles, Umā se réjouit, portant sur ses membres l’éclat des fleurs de kadamba, telle la prospérité même de la joie qui germe.
Verse 149
श्रुत्वा शैलेश माहात्म्यं श्रद्धया परया नरः । पापकंचुकमुत्सृज्य शिवलोकमवाप्नुयात्
L’homme qui entend, avec une foi suprême, la grandeur de Śaileśa, rejette le vêtement du péché et parvient au monde de Śiva.