Adhyaya 5
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 5

Adhyaya 5

Ce chapitre déploie un enseignement théologique à plusieurs niveaux sur la sainteté irremplaçable de Kāśī (Avimukta). Parāśara s’adresse à Lopāmudrā, médite sur un trouble naissant et sur le paradoxe de voir les régulateurs cosmiques sembler ne pas le contenir, puis ramène l’explication au destin exceptionnel de Kāśī et à l’inévitabilité des obstacles pour ses habitants. S’ensuit un éloge soutenu : quitter Kāśī est présenté comme une grave méprise, et Avimukta est proclamée sans égale quant au kṣetra, au liṅga et à la “gati” salvatrice. Le texte introduit des images de limites et de nāḍī (Varuṇā–Piṅgalā, Suṣumnā), ainsi que la doctrine de l’instruction tāraka au moment de la mort, attribuée à l’œuvre libératrice de Śiva en Avimukta. Le récit se tourne ensuite vers le départ d’Agastya et sa douleur ardente de la séparation d’avec Kāśī, jusqu’à l’épisode où Vindhya est contraint de s’abaisser et de demeurer bas jusqu’au retour d’Agastya, rétablissant l’équilibre cosmique. Puis Agastya rencontre Mahālakṣmī, lui offre un long hymne, reçoit assurances et parures pour Lopāmudrā, et demande une grâce : retrouver Vārāṇasī et accorder le bien-être à ceux qui récitent l’hymne (délivrance des afflictions et du dénuement, continuité de la prospérité et de la lignée).

Shlokas

Verse 1

पराशर उवाच । ततो ध्यानेन विश्वेशमालोक्य स मुनीश्वरः । सूत प्रोवाच तां पुण्यां लोपामुद्रामिदं वचः

Parāśara dit : Alors ce seigneur des sages, contemplant Viśveśa (Seigneur de l’Univers) par la méditation, adressa à la vertueuse Lopāmudrā ces paroles, ô Sūta.

Verse 2

अयि पश्य वरारोहे किमेतत्समुपस्थितम् । क्व तत्कार्यं क्व च वयं मुनिमार्गानुसारिणः

«Ô toi aux hanches gracieuses, regarde : qu’est-ce donc qui s’est présenté ainsi ? Où est cette affaire, et où sommes-nous, nous qui suivons la voie des sages ?»

Verse 3

येन गोत्रभिदा गोत्रा विपक्षा हेलया कृताः । भवेत्कुंठितसामर्थ्यः स कथं गिरिमात्रके

«Lui qui, en tant que souleveur de Govardhana, réduisit à néant les clans adverses par simple jeu—comment sa puissance pourrait-elle s’émousser à cause d’une montagne qui n’est qu’une mesure de pierre ?»

Verse 4

कल्पवृक्षोंऽगणे यस्य कुलिशं यस्य चायुधम् । सिद्ध्यष्टकं हि यद्द्वारि स सिद्ध्यै प्रार्थयेद्द्विजम्

«Pour celui dont la cour abrite le kalpavṛkṣa, l’arbre qui exauce les vœux, dont l’arme est le vajra (foudre), et devant la porte duquel se tiennent les huit siddhis—irait-il prier un brāhmaṇa pour la réussite ?»

Verse 5

क्रियंते व्याकुलाः शैला अहो दावाग्निना प्रिये । तद्वृद्धिस्तंभने शक्तिः क्व गतासाऽशुशुक्षणेः

Bien-aimée, les montagnes sont bouleversées—hélas—par l’incendie de la forêt. Où donc est passée la puissance qui pourrait en arrêter l’essor et l’assécher promptement ?

Verse 6

नियन्ता सर्वभूतानां योसौ दण्डधरः प्रभुः । स किं दंडयितुं नालमेकं तं ग्रावमात्रकम्

Ce Seigneur qui régit tous les êtres, ce Maître portant le bâton souverain : ne serait-il pas capable de châtier même celui-là, simple caillou à peine ?

Verse 7

आदित्या वसवो रुद्रास्तुषिताः स मरुद्गणाः । विश्वेदेवास्तथा दस्रौ ये चान्येपि दिवौकसः

Les Ādityas, les Vasus, les Rudras, les Tuṣitas, les cohortes des Maruts, les Viśvedevas, les deux Aśvins, et d’autres habitants du ciel…

Verse 8

येषां दृक्पातमात्रेण पतंति भुवनान्यपि । ते किं समर्था नो कांते नगवृद्धिनिषेधने

Ceux dont le seul regard fait choir même les mondes : ne seraient-ils pas capables, ô bien-aimée, d’empêcher l’enflure croissante de la montagne ?

Verse 9

आज्ञातं कारणं तच्च स्मृतं वाक्यं सुभाषितम् । काशीमुद्दिश्य यद्गीतं मुनिभिस्तत्त्वदर्शिभिः

La cause en a été connue, et l’on se souvient de cette parole bien dite, chantée par des sages voyants de la vérité, en ayant Kāśī pour dessein.

Verse 10

अविमुक्तं न मोक्तव्यं सर्वथैव मुमुक्षुभिः । किंतु विघ्ना भविष्यंति काश्यां निवसतां सताम्

Avimukta ne doit jamais être délaissée par ceux qui aspirent à la délivrance ; pourtant, des obstacles surgiront pour les justes qui demeurent à Kāśī.

Verse 11

उपस्थितोयं कल्याणि सोंऽतरायो महानिह । न शक्यतेऽन्यथाकर्तुं विश्वेशो विमुखो यतः

Ô toi l’auspicieuse, un grand empêchement s’est levé ici. Il ne peut être écarté autrement, car Viśveśa, le Seigneur de l’Univers, a détourné son visage (retiré sa grâce) en cette affaire.

Verse 12

काशीद्विजाशीर्भिरहो यदाप्ता कस्तां मुमुक्षुर्यदिवामुमुक्षुः । ग्रासं करस्थं स विसृज्य हृद्यं स्वकूर्परं लेढि विमूढचेताः

Ah ! Ayant obtenu Kāśī—acquise par les bénédictions des brāhmaṇas de Kāśī—qui, qu’il cherche ou non la délivrance, l’abandonnerait ? Seul un esprit égaré laisserait tomber la douce bouchée déjà en main pour lécher son propre coude.

Verse 13

अहो जना बालिशवत्किमेतां काशीं त्यजेयुः सुकृतैकराशिम् । शालूककंदः प्रतिमज्जनं किं लभेत तद्वत्सुलभा किमेषा

Hélas ! Pourquoi les gens, tels des enfants, délaisseraient-ils cette Kāśī, unique amas de mérites amassés ? Obtient-on la racine de lotus sans plonger ? De même, cette (Kāśī) serait-elle si aisée à obtenir ?

Verse 14

भवांतरा वर्जित पुण्यराशिं कृच्छैर्महद्भिर्ह्यवगम् यकाशीम् । प्राप्यापि किं मूढधियोन्यतो वै यियासवो दुर्गतिमुद्यियासवः

Kāśī est un trésor de mérite que l’on ne délaisse pas même au fil de nombreuses vies, et qu’on n’atteint qu’au prix de grandes épreuves. L’ayant obtenue, pourquoi l’esprit obtus voudrait-il aller ailleurs, comme avide de courir vers l’infortune ?

Verse 15

क्व काशिका विश्वपदप्रकाशिका क्व कार्यमन्यत्परितोतिदुःखम् । तत्पंडितोन्यत्र कुतः प्रयाति किं याति कूष्मांडफलं ह्यजास्ये

Où est Kāśikā, qui illumine pour tous l’état suprême, et où quelque autre quête qui ne fait que tourner en souffrance ? Comment un sage véritable irait-il ailleurs ? Le fruit de la courge entre-t-il jamais dans la bouche d’une chèvre ?

Verse 16

काशीं प्रकाशीं कृतपुण्यराशिं हा शीघ्रनाशी विसृजेन्नरः किम् । नूनं स्वनूनं सुकृतं तदीयं मदीयमेवं विवृणोति चेतः

Pourquoi un mortel—hélas, si prompt à périr—abandonnerait-il la lumineuse Kāśī, trésor de mérites accomplis ? Assurément son propre esprit le proclame ainsi : «Ce mérite est le leur, non le mien».

Verse 17

नरो न रोगी यदिहाविहाय सहायभूतां सकलस्य जंतोः । काशीमनाशी सुकृतैकराशिमन्यत्र यातुं यततां न चान्यः

Vraiment l’homme est malade si, délaissant ici Kāśī—secours de toute créature, impérissable et unique trésor de mérite—il s’efforce d’aller ailleurs, ailleurs, et nulle part sinon ailleurs.

Verse 18

वित्रस्तपापां त्रिदशैर्दुरापां गंगां सदापां भवपाशशापाम् । शिवाविमुक्ताममृतैकशुक्तिं भुक्ताविमुक्तानपरित्यजन्ति

Ceux qui en ont goûté (la grâce) n’abandonnent pas la Gaṅgā—devant qui les péchés tremblent, que même les dieux peinent à atteindre, toujours dispensatrice de vie, qui maudit le nœud de l’esclavage au monde ; dite Śivāvimuktā, unique coquille d’ambroisie—et ils n’abandonnent pas non plus ceux qui lui sont dévoués.

Verse 19

हंहो किमंहो निचिताः प्रलब्धा बंहीयसायास भरेण काशीम् । प्रभूतपुण्यद्रविणैकपण्यां प्राप्यापि हित्वा क्व च गंतुमुद्यताः

Hélas, quel lourd péché ! Après avoir amassé (du mérite) et, au prix d’un effort immense, obtenu Kāśī—l’unique marché où la vraie richesse est l’abondance du mérite—, l’ayant pourtant atteinte, pourquoi s’apprêtent-ils à l’abandonner pour aller ailleurs ?

Verse 20

अहो जनानां जडता विहाय काशीं यदन्यत्र न यंति चेतः । परिस्फुरद्गांगजलाभिरामां कामारिशूलाग्रधृतां लयेपि

Hélas, quelle lourdeur chez les hommes ! Délaissant Kāśī, leur esprit s’en va ailleurs—cette Kāśī, charmante des eaux miroitantes de la Gaṅgā, et portée même lors de la dissolution sur la pointe du trident de l’ennemi de Kāma, Śiva.

Verse 21

रेरे भवे शोकजलैकपूर्णे पापेस्मलोकाः पतिताब्धिमध्ये । विद्राणनिद्राणविरोधिपापां काशीं परित्यज्यतरिं किमर्थम्

Hélas ! Dans ce devenir du monde, rempli des seules eaux du chagrin, les hommes sombrent dans l’océan du péché. Quand Kāśī est là—la barque qui brise le péché et dissipe le sommeil de l’ignorance—pourquoi l’abandonner et vouloir traverser autrement ?

Verse 22

न सत्पथेनापि न योगयुक्त्या दानैर्नवा नैव तपोभिरुग्रैः । काशी द्विजाशीर्भिरहो सुलभ्या किंवा प्रसादेन च विश्वभर्तुः

Ni par la voie droite, ni par la discipline du yoga, ni par les dons, ni par de rudes austérités n’obtient-on si aisément Kāśī ; elle devient plutôt facile d’accès par la bénédiction des deux-fois-nés, ou par la grâce du Seigneur qui soutient l’univers.

Verse 23

धर्मस्तु संपत्तिभरैः किलोह्यतेप्यर्थो हि कामैर्बहुदानभोगकैः । अन्यत्रसर्वं स च मोक्ष एकः काश्यां न चान्यत्र तथायथात्र

Ailleurs, même le dharma est alourdi par le fardeau des richesses, et l’artha s’emmêle aux désirs qui courent après maints plaisirs et dépenses. Mais le mokṣa est une réalité unique : il se trouve à Kāśī—et non ailleurs—tel qu’il se trouve ici même.

Verse 24

क्षेत्रं पवित्रं हि यथाऽविमुक्तं नान्यत्तथायच्छ्रुतिभिः प्रयुक्तम् । न धर्मशास्त्रैर्न च तैःपुराणैस्तस्माच्छरण्यं हि सदाऽविमुक्तम्

Nul kṣetra sacré n’est aussi pur qu’Avimukta ; nul autre n’est loué de la même manière par les Veda. Ni les Dharmaśāstra ni les Purāṇa ne proclament son égal ; ainsi Avimukta est à jamais le refuge véritable.

Verse 25

सहोवाचेति जाबालिरारुणेसिरिडामता । वरणापिंगला नाडी तदंतस्त्वविमुक्तकम्

«Ainsi parla vraiment Jābāli à Āruṇi», telle est la tradition. Varaṇā et Piṅgalā sont les canaux; dans leurs limites demeure Avimukta.

Verse 26

सा सुषुम्णा परानाडी त्रयं वाराणसीत्वसौ । तदत्रोत्क्रमणे सर्वजंतूनां हि श्रुतौ हरः

Le canal suprême est Suṣumṇā; cette triade constitue Vārāṇasī. Et à l’instant du départ ici, pour tous les êtres, Hara (Śiva) est entendu à l’oreille comme l’enseignement qui sauve.

Verse 27

तारकं ब्रह्मव्याचष्टे तेन ब्रह्म भवंति हि । एवं श्लोको भवत्येष आहुर्वै वेदवादिनः

Il enseigne le Tāraka comme Brahman; par cela, les êtres deviennent vraiment Brahman. Tel est ce vers, ainsi que le proclament les interprètes du Veda.

Verse 28

भगवानंतकालेऽत्र तारकस्योपदेशतः । अविमुक्तेस्थिताञ्जन्तून्मोचयेन्नात्र संशयः

Ici, à l’ultime instant, le Seigneur Bienheureux—par l’enseignement du Tāraka—délivre les êtres qui demeurent en Avimukta; de cela, point de doute.

Verse 29

नाविमुक्तसमंक्षेत्रं नाविमुक्तसमा गतिः । नाविमुक्तसमं लिंगं सत्यं सत्यं पुनःपुनः

Nulle terre sainte n’égale Avimukta; nulle destinée n’égale Avimukta; nul liṅga n’égale Avimukta—vérité, vérité, encore et encore.

Verse 30

अविमुक्तं परित्यज्य योन्यत्र कुरुते रतिम् । मुक्तिं करतलान्मुक्त्वा सोन्यां सिद्धिं गवेषयेत्

Celui qui délaisse Avimukta et prend plaisir ailleurs est tel celui qui lâche la délivrance déjà posée dans la paume de sa main, pour courir après quelque autre accomplissement.

Verse 31

इत्थं सुनिश्चित्य मुनिर्महात्मा क्षेत्रप्रभावं श्रुतितः पुराणात् । श्रीविश्वनाथेन समं न लिंगं पुरी न काशी सदृशी त्रिकोट्याम्

Ainsi, ayant conclu avec certitude—selon l’autorité du Purāṇa et le témoignage de la tradition sacrée—le grand sage comprit la gloire du saint kṣetra de Kāśī : parmi les trois crores de tīrtha, nul liṅga n’égale Śrī Viśvanātha, et nulle cité n’est comparable à Kāśī.

Verse 32

श्रीकालराजं च ततः प्रणम्य विज्ञापयामास मुनीशवर्यः । आपृच्छनायाहमिहागतोस्मि श्रीकाशिपुर्यास्तु यतः प्रभुस्त्वम्

Puis, s’inclinant devant le vénérable Kālarāja, le plus éminent des sages fit sa requête : « Je suis venu ici pour prendre congé, car tu es véritablement le seigneur et le gardien de la cité sacrée de Kāśī ».

Verse 33

हा कालराजप्रति भूतमत्र प्रत्यष्टमिप्रत्यवनीसुतार्कम् । नाराधये मूलफलप्रसूनैः किं मय्यनागस्यपराधदृक्स्याः

Hélas, ô Kālarāja ! Quelle faute vois-tu en moi, qui suis sans culpabilité, pour qu’ici—à chaque Aṣṭamī et à chaque nouvelle lune—je ne t’aie pas adoré avec racines, fruits et fleurs ?

Verse 34

हा कालभैरव भवानभितो भयार्तान्माभैष्ट चे तिभणनैः स्वकरं प्रसार्य । मूर्तिं विधाय विकटां कटुपापभोक्त्रीं वाराणसीस्थितजनान्परिपाति किं न

Ô Kālabhairava ! Ne protèges-tu pas de toutes parts les gens de Vārāṇasī, accablés de peur—étendant ta propre main et disant : « N’ayez pas peur », et prenant une forme redoutable qui dévore les amers fruits du péché ?

Verse 35

हे यक्षराज रजनीकर चारुमूर्ते श्रीपूर्णभद्रसुतनायक दंडपाणे । त्वं वै तपोजनितदुःखमवैपि सर्वं किं मां बहिर्नयसि काशिनिवासिरक्षिन्

Ô roi des Yakṣa, à la forme gracieuse telle la lune; ô chef des fils de Śrī Pūrṇabhadra, toi qui portes le bâton ! Tu connais parfaitement toute souffrance née de l’ascèse; pourquoi donc me chasses-tu au dehors, ô protecteur des habitants de Kāśī ?

Verse 36

त्वमन्नदस्त्वं किल जीवदाता त्वं ज्ञानदस्त्वं किल मोक्षदोपि । त्वमंत्यभूषां कुरुषे जनानां जटाकलापैरुरगेंद्रहारैः

Tu es le dispensateur de nourriture; oui, tu es le dispensateur de la vie. Tu es le dispensateur de la connaissance; oui, tu es aussi le dispensateur de la délivrance. Tu deviens même l’ultime parure des hommes, par tes mèches emmêlées et tes guirlandes du roi des serpents.

Verse 37

गणौ त्वदीयौ किल संभ्रमोद्भ्रमावत्रस्थवृत्तांत विचारकोविदौ । संभ्रांतिमुत्पाद्यपरामसाधून्क्षेत्रात्क्षणं दूरयतस्त्वमुष्मात्

Car tes deux serviteurs, experts à examiner tout ce qui se passe ici, suscitent une grande confusion et, en un instant, éloignent les indignes de ce champ sacré, sur ton ordre.

Verse 38

शृणु प्रभो ढुंढिविनायक त्वं वाचं मदीयां तुरटाम्यनाथवत् । त्वत्स्थाः समस्ताः किल विघ्नपूगाः किमत्र दुर्वृत्तवदास्थितोहम्

Écoute-moi, ô Seigneur Ḍhuṃḍhi-Vināyaka; reçois mes paroles, car je crie comme un être sans refuge. Puisque toutes les troupes des obstacles demeurent sous ton pouvoir, pourquoi suis-je ici comme si j’étais un malfaiteur ?

Verse 39

शृण्वंत्वमी पंच विनायकाश्च चिंतामणिश्चापि कपर्दिनामा । आशागजाख्यौ च विनायकौ तौ शृणोत्वसौ सिद्धिविनायकश्च

Que ces cinq Vināyaka m’entendent : Cintāmaṇi et celui nommé Kapardi; et ces deux Vināyaka appelés Āśā et Gaja. Et que Siddhi-Vināyaka, lui aussi, m’entende.

Verse 40

परापवादो न मया किलोक्तः परापकारोपि मया कृतो न । परस्वबुद्धिः परदारबुद्धिः कृता मया नात्र क एष पाकः

Je n’ai point proféré de calomnie contre autrui, ni fait de tort à quiconque. Je n’ai pas convoité la richesse d’un autre, ni l’épouse d’un autre. Quel est donc ce fruit qui m’échoit ici ?

Verse 41

गंगा त्रिकालं परिसेविता मया श्रीविश्वनाथोपि सदा विलोकितः । यात्राः कृतास्ताः प्रतिपर्वसर्वतः कोयंविपाको मम विघ्नहेतुः

J’ai servi la Gaṅgā aux trois temps du jour ; j’ai sans cesse contemplé Śrī Viśvanātha. J’ai accompli des pèlerinages à chaque fête sacrée : quel fruit karmique est-ce donc, devenu pour moi cause d’entraves ?

Verse 42

मातर्विशालाक्षि भवानिमंगले ज्येष्ठेशिसौभाग्यविधानसुंदरि । विश्वेविधे विश्वभुजे नमोस्तु ते श्रीचित्रघंटे विकटे च दुर्गिके

Ô Mère aux grands yeux—Bhavānī, l’Auspicious ! Ô Souveraine Déesse, belle dispensatrice de bonne fortune ; ô ordonnatrice de l’univers, ô soutien du monde : salutations à Toi, ô Śrī Citraghaṇṭā, ô Vikaṭā, ô Durgā !

Verse 43

साक्षिण्य एता किलकाशिदेवताः शृण्वंतु न स्वार्थमहं व्रजाम्यतः । अभ्यर्थितो देवगणैः करो मि किं परोपकाराय न किं विधीयते

Que ces divinités de Kāśī entendent et témoignent : je ne pars pas pour mon propre avantage. Sollicité par les cohortes des dieux, que dois-je faire ? Pour le bien d’autrui, y a-t-il quelque chose qu’il ne faille entreprendre ?

Verse 44

दधीचिरस्थीनि न किं पुरा ददौ जगत्त्रयं किं न ददेऽर्थिने बलिः । दत्तः स्म किं नो मधुकैटभौ शिरो बभूव तार्क्ष्योपि च विष्णुवाहनम्

Dadhīci jadis n’a-t-il pas donné jusqu’à ses os ? Bali n’a-t-il pas offert les trois mondes à un suppliant ? La tête de Madhu et de Kaiṭabha n’a-t-elle pas été donnée ? Et Tārkṣya (Garuḍa) n’est-il pas devenu la monture même de Viṣṇu ?

Verse 45

आपृच्छ्य सर्वान्समुनीन्मुनीश्वरः सबालवृद्धानपि तत्रवासिनः । तृणानि वृक्षांश्चलताः समस्ताः पुरीं परिक्रम्य च निर्ययौ च

Après avoir pris congé de tous les sages et des habitants du lieu, jeunes et vieux, le muni souverain s’en alla ; ayant fait la circumambulation de la cité, il sortit, comme si même les herbes et les arbres se mettaient en marche avec lui.

Verse 46

प्रोषितस्य परितोपि लक्षणैर्नीचवर्त्मपरिवर्तिनोपि वा । चंद्रमौलिमवलोक्य यास्यतः कस्य सिद्धिरिह नो परिस्फुरेत्

Même celui qui fut longtemps éloigné, ou celui qui s’est égaré sur une voie basse, lorsqu’il se met en route après avoir contemplé le Seigneur au croissant de lune (Śiva), à qui donc la siddhi ne rayonnerait-elle pas en ce monde ?

Verse 47

वरं हि काश्यां तृणवृक्षगुल्मकाश्चरंति पापं न चरंति नान्यतः । वयं चराणां प्रथमा धिगस्तु नो वाराणसींहाद्य विहाय गच्छतः

«Mieux valent, en vérité, les herbes, les arbres et les buissons de Kāśī : ils y demeurent et ne vont nulle part ailleurs. Mais nous, les premiers parmi les errants — honte à nous ! — aujourd’hui nous quittons Vārāṇasī et nous en allons.»

Verse 48

असिं ह्युपस्पृश्य पुनःपुनर्मुनिः प्रासादमालाः परितो विलोकयन् । उवाच नेत्रे सरले प्रपश्यतं काशीं युवां क्वक्व पुरी त्वियं बत

Touchant sans cesse la limite sacrée, le muni, contemplant tout autour les rangées de palais, dit : «Ô mes deux yeux simples, regardez bien Kāśī : où donc, où vraiment est-il une autre cité pareille à celle-ci ?»

Verse 49

स्वैरं हसंत्वद्य विधाय तालिकां मिथःकरेणापि करं प्रगृह्य । सीमाचरा भूतगणा व्रजाम्यहं विहाय काशीं सुकृतैकराशिम्

«Que les troupes d’esprits qui rôdent à la frontière rient librement aujourd’hui, en battant des mains et en se tenant les paumes l’une l’autre ; car je m’en vais, abandonnant Kāśī, cet unique amas de mérites amassés.»

Verse 50

इत्थं विलप्य बहुशः स मुनिस्त्वगस्त्यस्तत्क्रौंचयुग्मवदहो अबलासहायः । मूर्च्छामवाप महतीं विरही वजल्पन्हाकाशिकाशि पुनरेहि च देहि दृष्टिम्

Ainsi, se lamentant maintes fois, le sage Agastya—hélas, tel un oiseau krauñca séparé de son couple, privé de sa compagne—accablé par la séparation, tomba dans une grande syncope, criant : «Hā ! ô Kāśī, ô Kāśī, reviens encore et accorde-moi ta vision !»

Verse 51

स्थित्वा क्षणं शिवशिवेति शिवेति चोक्त्वा यावःप्रियेति कठिनाहि दिवौकसस्ते । किं न स्मरेस्त्रिजगती सुखदानदक्षं त्र्यक्षं प्रहित्यमदनं यदकारितैस्तु

T’arrêtant un instant, tu criais sans cesse : «Śiva ! Śiva !», puis : «Ô bien-aimé de Yāva !»—Ô dieux, que vous êtes durs de cœur ! Pourquoi ne vous souvenez-vous pas du Seigneur aux Trois Yeux, si apte à donner le bonheur aux trois mondes, Lui qui, par sa seule volonté, fit périr Madana (Kāma) ?

Verse 52

यावद्व्रजेत्त्रिचतुराणि पदानि खेदात्स्वेदोदबिंदुकणिकांचितभालदेशः । प्रत्युद्गमाऽकरणतः किल मे विनाशस्तावद्धराभयवरादिव संचुकोच

N’ayant fait que trois ou quatre pas, son front se moucheta de fines gouttes de sueur sous l’effort. «Vraiment, si je ne vais pas à sa rencontre, je suis perdu !»—à cette pensée, la montagne se rétracta aussitôt, comme par crainte du don de protection (et de sa force contraignante).

Verse 53

तपोयानमिवारुह्य निमेषार्धेन वै मुनिः । अग्रे ददर्श तं विंध्यं रुद्धांबरमथोन्नतम्

Comme s’il montait un char d’ascèse, le sage, en la moitié d’un battement de paupière, vit devant lui le Vindhya—haut dressé, comme s’il obstruait le ciel même.

Verse 54

चकंपे चाचलस्तूर्णं दृष्ट्वैवाग्रस्थितम मुनिम् । तमगस्त्यं सपत्नीकं वातापील्वल वैरिणम्

Et la montagne, aussitôt, se mit à trembler en voyant le sage debout devant elle : Agastya, avec son épouse, le fameux ennemi de Vātāpi et d’Ilvala.

Verse 55

तपःक्रोधसमुत्थाभ्यां काशीविरहजन्मना । प्रलयानलवत्तीव्रं ज्वलंतं त्रिभिरग्निभिः

Flamboyant avec violence tel le feu de la dissolution—attisé par l’austérité et la colère, né de la séparation d’avec Kāśī—il brûlait de trois feux.

Verse 56

गिरिः खर्वतरो भूत्वा विविक्षुरवनीमिव । आज्ञाप्रसादः क्रियतां किंकरोस्मीति चाब्रवीत

Devenu plus petit, le mont voulut, pour ainsi dire, s’enfoncer dans la terre. Alors il dit : «Que ton ordre bienveillant s’accomplisse ; quel service dois-je rendre ?»

Verse 57

अगस्त्य उवाच । विंध्य साधुरसि प्राज्ञ मां च जानासि तत्त्वतः । पुनरागमनं चेन्मे तावत्खर्वतरो भव

Agastya dit : «Ô Vindhya, tu es vertueux et sage, et tu me connais en vérité. Aussi, jusqu’à mon retour, demeure ainsi, abaissé.»

Verse 58

इत्युक्त्वा दक्षिणामाशां सनाथामकरोन्मुनिः । निजैश्चरणविन्यासैस्तया साध्व्या तपोनिधिः

Ayant ainsi parlé, le sage fit que le quartier du sud fût pourvu d’un protecteur. Ce trésor d’austérité s’avança de ses propres pas, accompagné de cette dame vertueuse.

Verse 59

गते तस्मिन्मुनिवरे वेपमानस्तदा गिरिः । पश्यत्युत्कंठमिव च गतश्चेत्साध्वभूत्ततः

Quand ce premier des sages fut parti, la montagne trembla, le regardant comme avec nostalgie ; mais, une fois qu’il s’en fut allé, elle demeura dès lors bien disciplinée.

Verse 60

अद्याजातः पुनरहं न शप्तो यदगस्तिना । न मया सदृशो धन्य इति मेने स वै गिरिः

«Aujourd’hui, c’est comme si je renaissais, puisque Agastya ne m’a point maudit. Nul n’est aussi béni que moi !»—ainsi, en vérité, pensa cette montagne.

Verse 61

अरुणोपि च तत्काले कालज्ञो ऽश्वानकालयत् । जगत्स्वास्थ्यमवापोच्चैः पूर्ववद्भानुसंचरैः

Alors Aruṇa aussi—connaisseur de l’heure propice—attela les chevaux du Soleil. Bhānu reprenant sa course comme auparavant, le monde retrouva santé et harmonie.

Verse 62

अद्य श्वो वा परश्वो वाप्यागमिप्यति वै मुनिः । इति चिंतामहाभारैर्गिरिराक्रांतवत्स्थितः

«Aujourd’hui, ou demain, ou après-demain—assurément le muni viendra.» Ainsi pensant, il demeura comme écrasé sous une montagne, accablé par le lourd fardeau de l’inquiétude.

Verse 63

नाद्यापि मुनिरायाति नाद्यापिगिरिरेधते । यथा खलजनानां हि मनोरथमहीरुहः

Même aujourd’hui le muni n’arrive pas ; même aujourd’hui la montagne ne croît pas—de même, en vérité, l’arbre des souhaits des méchants ne prospère point.

Verse 64

विवर्धिषति यो नीचः परासूयां समुद्वहन् । दूरे तद्वृद्धिवार्ताऽस्तां प्राग्वृद्धेरपि संशयः

Si un être vil cherche à s’élever en portant la jalousie envers autrui, qu’on ne parle point de sa «prospérité»—dès l’origine, sa croissance même est sujette au doute.

Verse 65

मनोरथा न सिद्ध्येयुः सिद्धा नश्यंत्यपि ध्रुवम् । खलानां तेन कुशलि विश्वं विश्वेशरक्षितम्

Les desseins des méchants n’aboutissent pas ; et même s’ils aboutissent, ils périssent à coup sûr. Ainsi le monde demeure en sûreté, gardé par Viśveśa, Seigneur de l’Univers.

Verse 66

विधवानां स्तना यद्वद्धृद्येव विलयंति च । उन्नम्योन्नम्य तत्रोच्चैस्तद्वत्खलमनोरथाः

De même que les seins des veuves se soulèvent encore et encore puis s’affaissent dans la poitrine, ainsi vont les ambitions du méchant : elles montent sans cesse, pour s’écrouler.

Verse 67

भवेत्कूलंकपा यद्वदल्पवर्षेणकन्नदी । खलर्धिरल्पवर्षेण तद्वत्स्यात्स्वकुलंकपा

De même qu’un mince ruisseau, avec peu de pluie, devient une crue qui rompt ses berges, ainsi la prospérité du méchant—issue de faibles causes—devient une honte qui brise l’honneur de sa lignée.

Verse 68

अविज्ञायान्य सामर्थ्यं स्वसामर्थ्यं प्रदर्शयेत । उपहासमवाप्नोति तथैवायमिहाचलः

Sans comprendre la puissance d’autrui, celui qui étale sa propre force ne récolte que la moquerie. Il en va de même pour cette montagne ici.

Verse 69

व्यास उवाच । गोदावरीतटं रम्यं विचरन्नपि वै मुनिः । न तत्याज च तं तापं काशीविरहजं परम्

Vyāsa dit : Même en errant sur la rive charmante de la Godāvarī, le sage n’abandonna pas cette brûlure ardente, née de la séparation d’avec Kāśī.

Verse 70

उदीची दिक्स्पृशमपि स मुनिर्मातरिश्वनम् । प्रसार्य बाहू संश्लिष्य काश्याः पृच्छेदनामयम्

Bien qu’il ne pût effleurer que la direction du nord, le sage, les bras déployés, étreignit le Vent et s’enquit de la santé et de la paix de Kāśī.

Verse 71

लोपामुद्रे न सा मुद्रा कापीह जगतीतले । वाराणस्याः प्रदृश्येत तत्कर्ता न यतो विधिः

Ô Lopāmudrā, sur la terre entière on ne voit nulle mudrā semblable à celle-ci : c’est le signe même de Vārāṇasī, car aucune règle ordinaire ni aucun faiseur ne l’aurait façonnée.

Verse 72

क्वचित्तिष्ठन्क्वचिज्जल्पन्क्वचिद्धावन्क्वचित्स्खलन् । क्वच्चिचोपविशंश्चेति बभ्रामेतस्ततो मुनिः

Tantôt il se tenait immobile, tantôt il parlait ; tantôt il courait, tantôt il trébuchait ; et parfois il s’asseyait : ainsi errait le sage, bouleversé par ce qu’il voyait.

Verse 73

ततो व्रजन्ददर्शाग्रे पुण्यराशिस्तपोधनः । चंचच्चंद्रगताभासां भाग्यवानिव सुश्रियम्

Puis, tandis qu’il avançait, le tapodhana—trésor d’ascèse—aperçut devant lui une splendeur sacrée, frémissante comme la clarté mouvante de la lune, comme si la bonne fortune elle-même avait pris corps.

Verse 74

विजित्यभानु नाभानुं दिवापि समुदित्वराम् । निर्वापयंतीमिव तां स्वचेतस्तापसंततिम्

Son éclat, comme s’il triomphait du soleil, se levait radieux même en plein jour, et semblait rafraîchir et éteindre la fièvre continue de l’esprit de l’ascète.

Verse 75

तत्रागस्त्यो महालक्ष्मीं ददृशे सुचिरं स्थिताम्

Là, Agastya contempla Mahālakṣmī, demeurant en ce lieu depuis un temps très long.

Verse 76

रात्रावब्जेषु संकोचो दर्शेष्वब्जः क्वचिद्व्रजेत् । क्षीरोदे मंदरत्रासात्तदत्राध्युषितामिव

De même que les lotus se referment la nuit et qu’à l’aube l’un d’eux s’ouvre de nouveau, ainsi paraissait-elle, comme si elle avait demeuré ici—telle Lakṣmī dans l’Océan de Lait après l’effroi causé par Mandara.

Verse 77

यदारभ्य दधारैनां माधवो मानतः किल । तदारभ्य स्थितां नूनं सपत्नीर्ष्यावशादिव

Depuis que Mādhava l’accueillit et l’honora, depuis lors, assurément, elle demeure ici, comme retenue par la jalousie d’une coépouse.

Verse 78

त्रैलोक्यं कोलरूपेण त्रासयंतं महासुरम् । विनिहत्य स्थितां तत्र रम्ये कोलापुरे पुरे

Après avoir abattu le grand asura qui, sous la forme d’un sanglier, terrorisait les trois mondes, elle demeura là, dans la belle cité nommée Kolāpura.

Verse 79

संप्राप्याथ महालक्ष्मीं मुनिवर्यः प्रणम्य च । तुष्टाव वाग्भिरिष्टाभिरिष्टदां हृष्टमानसः

S’étant approché de Mahālakṣmī, le sage éminent se prosterna; puis, le cœur ravi, il la loua par des paroles chéries, elle qui accorde ce qui est désiré.

Verse 80

अगस्तिरुवाच । मातर्नमामि कमले कमलायताक्षि श्रीविष्णुहृत्कमलवासिनि विश्वमातः । क्षीरोदजे कमलकोमलगर्भ गौरि लक्ष्मि प्रसीद सततं नमतां शरण्ये

Agastya dit : Ô Mère, je me prosterne devant toi, Dame née du lotus, aux yeux de lotus ; toi qui demeures dans le lotus du cœur de Śrī Viṣṇu, Mère de l’univers. Ô Lakṣmī, née de l’Océan de Lait, Gaurī au teint lumineux, au sein tendre comme le lotus : sois toujours bienveillante, refuge de ceux qui s’inclinent devant toi.

Verse 81

त्वं श्रीरुपेंद्रसदने मदनैकमातर्ज्योत्स्नासि चंद्रमसि चंद्रमनोहरास्ये । सूर्ये प्रभासि च जगत्त्रितये प्रभासि लक्ष्मि प्रसीद सततं नमतां शरण्ये

Tu es Śrī dans la demeure d’Upendra (Viṣṇu), ô Mère de Kāma ; tu es la clarté lunaire dans la lune, toi dont le visage charme comme la lune. Tu flamboyes dans le soleil et tu illumines les trois mondes. Ô Lakṣmī, sois toujours favorable, refuge de ceux qui se prosternent devant toi.

Verse 82

त्वं जातवेदसि सदा दह्नात्मशक्तिर्वेधास्त्वया जगदिदं विविधं विदध्यात् । विश्वंभरोपि बिभृयादखिलं भवत्या लक्ष्मि प्रसीद सततं नमतां शरण्ये

Tu es Jātavedas lui-même, le Feu omniscient, et tu es à jamais la puissance qui est l’âme du feu. Par toi le Créateur (Brahmā) ordonne cet univers aux formes multiples ; par toi même Viśvambhara, le Soutien, porte l’ensemble. Ô Lakṣmī, sois toujours favorable, refuge de ceux qui se prosternent devant toi.

Verse 83

त्वत्त्यक्तमेतदमले हरते हरोपि त्वं पासि हंसि विदधासि परावरासि । ईड्यो बभूव हरिरप्यमले त्वदाप्त्या लक्ष्मि प्रसीद सततं नमतां शरण्ये

Ô Immaculée : ce que tu délaisses, même Hara (Śiva) l’emporte. Tu protèges, tu retires, tu accordes ; tu es le supérieur et l’inférieur, toutes les conditions de l’existence. Ô Lakṣmī sans tache, même Hari (Viṣṇu) devient digne d’adoration en t’obtenant. Ô Lakṣmī, sois toujours favorable, refuge de ceux qui se prosternent devant toi.

Verse 84

शूरः स एव स गुणी बुधः धन्यो मान्यः स एव कुलशील कलाकलापैः । एकः शुचिः स हि पुमान्सकलेपि लोके यत्रापतेत्तव शुभे करुणाकटाक्षः

Lui seul est vraiment héroïque ; lui seul est vertueux, sage, béni et honoré, pourvu d’une noble lignée, d’une conduite droite et de tous les arts. En vérité, l’unique homme pur dans le monde entier est celui sur qui, ô Déesse de bon augure, se pose ton regard de compassion.

Verse 85

यस्मिन्वसेः क्षणमहोपुरुषे गजेऽश्वे स्त्रैणे तृणे सरसि देवकुले गृहेऽन्ने । रत्ने पतत्त्रिणि पशौ शयने धरायां सश्रीकमेव सकले तदिहास्तिनान्यत्

Là où Tu demeures—ne fût-ce qu’un instant—dans un homme, un éléphant ou un cheval, dans une femme, dans l’herbe, dans un lac, au sein des lignées divines, dans une demeure, dans la nourriture, dans les joyaux, dans les oiseaux, dans le bétail, sur un lit ou sur la terre, tout y devient paré de Śrī, la prospérité. En ce monde, rien d’autre que Toi ne rend les choses auspiciées.

Verse 86

त्वत्स्पृष्टमेव सकलं शुचितां लभेत त्वत्त्यक्तमेव सकलं त्वशुचीह लक्ष्मि । त्वन्नाम यत्र च सुमंगलमेव तत्र श्रीविष्णुपत्नि कमले कमलालयेऽपि

Tout ce que Tu effleures devient entièrement pur; tout ce que Tu délaisses devient ici impur, ô Lakṣmī. Là où se trouve Ton Nom, là seulement est le vrai bon augure : ô Kamalā, épouse de Śrī Viṣṇu, Toi qui demeures dans le lotus.

Verse 87

लक्ष्मीं श्रियं च कमलां कमलालयां च पद्मां रमां नलिनयुग्मकरां च मां च । क्षीरोदजाममृतकुंभकरामिरां च विष्णुप्रियामिति सदाजपतां क्व दुःखम्

Pour ceux qui répètent sans cesse Tes Noms—«Lakṣmī, Śrī, Kamalā, Kamalālaya, Padmā, Ramā, Toi dont les mains portent une paire de lotus, Mā, Kṣīrodajā née de l’Océan de Lait, Toi qui tiens la jarre d’amṛta, Irā, et Viṣṇupriyā, bien-aimée de Viṣṇu»—où la douleur pourrait-elle demeurer ?

Verse 88

इति स्तुत्वा भगवतीं महालक्ष्मीं हरिप्रियाम् । प्रणनाम सपत्नीकः साष्टांगं दंडवन्मुनिः

L’ayant ainsi louée, la Bienheureuse Déesse Mahālakṣmī, bien-aimée de Hari, le sage—avec son épouse—se prosterna entièrement, en daṇḍavat, tel un bâton.

Verse 89

श्रीरुवाच । उत्तिष्ठोत्तिष्ठ भद्रं ते मित्रावरुणसंभव । पतिव्रते त्वमुत्तिष्ठ लोपामुद्रे शुभव्रते

Śrī dit : «Lève-toi, lève-toi ; que la bénédiction soit sur toi, ô né de Mitra et de Varuṇa. Ô épouse fidèle, lève-toi, Lopāmudrā, toi aux vœux auspiciés».

Verse 90

स्तुत्यानया प्रसन्नोहं व्रियतां यद्धृदीप्सितम् । राजपुत्रि महाभागे त्वमिहोपविशामले

Par cet hymne je suis comblé. Choisis ce que ton cœur désire. Ô princesse, ô très fortunée, assieds-toi ici, ô dame sans tache.

Verse 91

त्वदंगलक्षणैरेभिः सुपवित्रैश्च ते व्रतैः । निर्वापयितुमिच्छामि दैत्यास्त्रैस्तापितां तनुम्

Par ces signes auspicieux de ton corps et par tes vœux très purifiants, je veux rafraîchir et apaiser ce corps mien, brûlé par les armes des Daityas.

Verse 92

इत्युक्त्वा मुनिपत्नीं तां समालिंग्य हरिप्रिया । अलंचकार च प्रीत्या बहुसौभाग्यमंडनैः

Ayant ainsi parlé, Haripriyā embrassa l’épouse du sage et, avec tendresse, la para de nombreux ornements porteurs de bon augure.

Verse 93

पुनराह मुने जाने तव हृत्तापकारणम् । सचेतनं दुनोत्येव काशीविश्लेषजोऽनलः

Elle dit encore : «Ô sage, je connais la cause de l’embrasement de ton cœur. Le feu né de la séparation d’avec Kāśī tourmente vraiment même celui qui demeure conscient et ferme».

Verse 94

यदा स देवो विश्वेशो मंदरं गतवान्पुरा । तदा काशीवियोगेन जाता तस्येदृशी दशा

«Autrefois, lorsque ce Seigneur Viśveśa se rendit à Mandara, alors—par la séparation d’avec Kāśī—un tel état s’empara de lui».

Verse 95

तत्प्रवृत्तिं पुनर्ज्ञातुं ब्रह्माणं केशवं गणान् । गणेश्वरं च देवांश्च प्रेषयामास शूलधृक्

Afin de connaître de nouveau et pleinement cette affaire, le Porteur du Trident dépêcha Brahmā, Keśava, les Gaṇas, Gaṇeśvara et les autres dieux.

Verse 96

ते च काशीगुणान्सर्वे विचार्य च पुनःपुनः । व्रजंत्यद्यापि न क्वापि तादृगस्ति क्व वा पुरी

Et eux, après avoir médité maintes et maintes fois toutes les vertus de Kāśī, errent encore aujourd’hui, car nulle part il n’est de cité pareille à elle.

Verse 97

इति श्रुत्वाथ स मुनिः प्रत्युवाच श्रियं ततः । प्रणिपत्य महाभागो भक्तिगर्भमिदं वचः

Ayant entendu cela, le sage fortuné répondit alors à Śrī ; s’inclinant en prosternation, il prononça ces paroles empreintes de dévotion.

Verse 98

यदि देयो वरो मह्यं वरयोग्योस्म्यहं यदि । तदा वाराणसी प्राप्तिः पुनरस्त्वेष मे वरः

«Si une grâce doit m’être accordée—si je suis digne d’une grâce—alors que ceci soit ma grâce : puissé-je atteindre de nouveau Vārāṇasī.»

Verse 99

ये पठिष्यंति च स्तोत्रं त्वद्भक्त्या मत्कृतं सदा । तेषां कदाचित्संतापो मास्तु मास्तु दरिद्रता

«Et ceux qui réciteront toujours cet hymne que j’ai composé par dévotion envers toi : qu’aucune souffrance ne les atteigne jamais ; que la pauvreté ne soit jamais leur lot.»

Verse 100

मास्तु चेष्टवियोगश्च मास्तु संपत्ति संक्षयः । सर्वत्र विजयश्चास्तु विच्छेदो मास्तु संततेः

Qu’ils ne soient point séparés de leurs justes entreprises; qu’il n’y ait nulle perte de prospérité. Et que la victoire soit partout; que leur lignée ne soit jamais rompue.

Verse 109

इति लब्ध्वा वरं सोथ महालक्ष्मीं प्रणम्य च । ययावगस्तिर्यत्रास्ति कुमारशिखिवाहनः

Ainsi, ayant obtenu la grâce, il se prosterna devant Mahālakṣmī et se mit en route vers le lieu où demeure Agastya, là où se tient Kumāra (Skanda), le cavalier du paon.