Adhyaya 13
Brahma KhandaDharmaranya MahatmyaAdhyaya 13

Adhyaya 13

Le chapitre se déploie en dialogue : Yudhiṣṭhira prie Vyāsa d’exposer l’origine des jumeaux Aśvin et la descente de la présence solaire sur la terre. Vyāsa raconte l’épisode de Saṃjñā et de Sūrya : Saṃjñā, ne pouvant supporter l’éclat de Sūrya, s’en va après avoir établi Chāyā comme substitut, lui enjoignant de préserver la conduite du foyer et de dissimuler l’échange. De la tension conjugale et des événements qui s’ensuivent naissent Yama et Yamunā ; plus tard, un conflit impliquant Yama conduit à la révélation de la véritable identité de Chāyā. Sūrya part à la recherche de Saṃjñā et la trouve accomplissant une austérité rigoureuse à Dharmāraṇya sous la forme d’une jument (vaḍavā). Par un motif d’union singulier du récit, lié à la région du nez, naissent les divins Nāsatya et Dasra, les Aśvinau. Le texte rattache ensuite le mythe à un lieu : les Ravikuṇḍa se manifestent, et une phalaśruti énumère les bienfaits du bain sacré, des offrandes, des rites aux ancêtres et du culte de Bakulārka. Sont promis purification, santé, protection, prospérité et accroissement du fruit rituel, avec une insistance sur Saptamī, les dimanches, les éclipses, saṅkrānti, vyatīpāta et vaidhṛti.

Shlokas

Verse 1

व्यास उवाच । शंभोश्च पश्चिमे भागे स्थापितः कश्यपात्मजः । तत्रास्ति तन्महाभाग रविक्षेत्रं तदुच्यते

Vyāsa dit : «À l’ouest de Śambhu est établi le fils de Kaśyapa. Là, ô noble, se trouve la contrée sacrée appelée Ravikṣetra».

Verse 2

तत्रोत्पन्नौ महादिव्यौ रूपयौवनसंयुतौ । नासत्यावश्विनौ देवौ विख्यातौ गदनाशनौ

Là naquirent les deux jumeaux Aśvin, suprêmement divins—Nāsatya et l’Aśvin—doués d’une beauté rayonnante et de la vigueur de la jeunesse, célèbres parmi les devas comme destructeurs des maladies.

Verse 3

युधिष्ठिर उवाच । पितामह महाभाग कथयस्व प्रसादतः । उत्पत्तिरश्विनोश्चैव मृत्युलोके च तत्कथम्

Yudhiṣṭhira dit : Ô vénérable Pitāmaha, ô très fortuné—par compassion, dis-moi : comment prirent naissance les jumeaux Aśvin, et comment cela advint-il dans le monde des mortels ?

Verse 4

रविलोकात्कथं सूर्यो धरायामवतारितः । एतत्सर्वं प्रयत्नेन कथयस्व प्रसादतः

Comment Sūrya fut-il amené du royaume du Soleil jusqu’à la terre ? Raconte tout cela avec soin et bienveillance.

Verse 5

यच्छ्रुत्वा हि महाभाग सर्वपापैः प्रमुच्यते

Car, ô noble seigneur, en entendant cela, on est véritablement délivré de tous les péchés.

Verse 6

व्यास उवाच । साधु पृष्टं त्वया भूप ऊर्ध्वलोककथानकम् । यच्छ्रुत्वा नरशार्दूल सर्वरोगात्प्रमुच्यते । विश्वकर्म्मसुता संज्ञा अंशुमद्रविणा वृता

Vyāsa dit : Tu as bien interrogé, ô roi, au sujet de ce récit des mondes supérieurs ; en l’entendant, ô tigre parmi les hommes, on est délivré de toute maladie. Saṃjñā, fille de Viśvakarman, fut unie en mariage à Aṃśumān (le Soleil).

Verse 8

सूर्य उवाच । मयि दृष्टे सदा यस्मात्कुरुषे स्वाक्षिसंयमम् । तस्माज्जनिष्यते मूढे प्रजासंयमनो यमः

Le Soleil dit : Puisque, lorsque tu me regardes, tu retiens sans cesse tes propres yeux, ainsi, ô égaré, naîtra Yama, le restricteur et le régent des êtres.

Verse 9

ततः सा चपलं देवी ददर्श च भयाकुलम् । विलोलितदृशं दृष्ट्वा पुनराह च तां रविः

Alors la déesse le vit agité et saisi de crainte ; et voyant ses yeux vacillants, Ravi (le Soleil) lui parla de nouveau.

Verse 10

यस्माद्विलोलिता दृष्टिर्मयि दृष्टे त्वया धुना । तस्माद्विलोलितां संज्ञे तनयां प्रसविष्यसि

Parce que ton regard est devenu vacillant en me contemplant à présent, ainsi, ô Saṃjñā, tu enfanteras une fille nommée Vilolitā, « l’Instable ».

Verse 11

व्यास उवाच । ततस्तस्यास्तु संजज्ञे भर्तृशापेन तेन वै । यमश्च यमुना येयं विख्याता सुमहानदी

Vyāsa dit : Ensuite, par cette même malédiction de son époux, naquit Yama ; et naquit aussi Yamunā, ce fleuve illustre et immensément grand.

Verse 12

सा च संज्ञा रवेस्तेजो महद्दुःखेन भामिनी । असहंतीव सा चित्ते चिंतयामास वै तदा

Et Saṃjñā, la dame rayonnante, souffrit d’une grande douleur devant l’éclat brûlant de Ravi ; comme incapable de le supporter, elle se mit alors à réfléchir profondément en son cœur.

Verse 13

किं करोमि क्व गच्छामि क्व गतायाश्च निर्वृतिः । भवेन्मम कथं भर्तुः कोपमर्कस्य नश्यति

«Que dois-je faire ? Où irai-je ? Et lorsque je serai partie, où trouverai-je la paix ? Comment l’ire de mon époux — la colère de Sūrya — pourra-t-elle jamais s’apaiser et s’éteindre ?»

Verse 14

इति संचिंत्य बहुधा प्रजापतिसुता तदा । साधु मेने महाभागा पितृसंश्रयमापसा

Ainsi, après avoir longuement réfléchi de bien des façons, la noble fille de Prajāpati estima qu’il était juste de chercher la protection et le refuge de son père.

Verse 15

ततः पितृगृहं गंतुं कृतबुद्धिर्यशस्विनी । छायामाहूयात्मनस्तु सा देवी दयिता रवेः

Alors, ayant pris la ferme résolution de se rendre à la demeure paternelle, la déesse illustre — bien-aimée de Sūrya — appela Chāyā pour être son substitut.

Verse 16

तां चोवाच त्वया स्थेयमत्र भानोर्यथा मया । तथा सम्यगपत्येषु वर्तितव्यं तथा रवौ

Et elle lui dit : «Tu demeureras ici à ma place auprès de Bhānu, comme si c’était moi. Conduis-toi avec droiture envers les enfants, et de même envers Ravi lui-même.»

Verse 17

दुष्टमपि न वाच्यं ते यथा बहुमतं मम । सैवास्मि संज्ञाहमिति वाच्यमेवं त्वयानघे

«Même si quelque chose d’inconvenant survient, tu ne devras pas en parler, car telle est ma décision inébranlable. Tu diras : “Je suis Saṃjñā elle-même” ; ainsi parleras-tu, ô irréprochable.»

Verse 18

छायासंज्ञोवाच । आकेशग्रहणाच्चाहमाशापाच्च वचस्तथा । करिष्ये कथयिष्यामि यावत्केशापकर्षणा त्

Chāyā dit : «Parce que tu m’as saisie par les cheveux, et par ton ordre, je ferai ce que tu dis et parlerai en conséquence—jusqu’au moment où cette traction des cheveux portera son fruit.»

Verse 19

इत्युक्ता सा तदा देवी जगाम भवनं पितुः । ददर्श तत्र त्वष्टारं तपसा धूतकिल्बिषम्

Ainsi interpellée, la Déesse se rendit alors à la demeure de son père. Là, elle vit Tvaṣṭṛ (Viśvakarmā), dont les austérités avaient lavé toute souillure.

Verse 20

बहुमानाच्च तेनापि पूजिता विश्व कर्म्मणा । तत्स्थौ पितृगृहे सा तु किंचित्कालमनिंदिता

Par grande considération, elle fut aussi honorée et vénérée par Viśvakarmā. Elle demeura donc quelque temps dans la maison paternelle, irréprochable et sans blâme.

Verse 21

ततः प्राह स धर्मज्ञः पिता नातिचिरोषिताम् । विश्वकर्मा सुतां प्रेम्णा बहुमा नपुरस्सरम्

Alors son père, Viśvakarmā, connaisseur du dharma, s’adressa à sa fille, qui n’était pas restée longtemps, avec des paroles affectueuses pleines d’honneur et d’égards.

Verse 22

त्वां तु मे पश्यतो वत्से दिनानि सुबहून्यपि । मुहूर्तेन समानि स्युः किंतु धर्मो विलुप्यते

«Mais, mon enfant chérie, tandis que je te regarde, même de nombreux jours passent comme un seul instant ; et pourtant, en cette situation, le dharma s’amoindrit et s’efface.»

Verse 23

बांधवेषु चिरं वासो न नारीणां यशस्करः । मनोरथो बांधवानां भार्या पितृगृहे स्थिता

Demeurer longtemps parmi ses propres parents n’est pas tenu pour ce qui accroît la renommée d’une épouse; au contraire, cela devient le désir des siens lorsque la femme demeure établie dans la maison de son père.

Verse 24

स त्वं त्रैलोक्यनाथेन भर्त्रा सूर्येण संगता । पितुर्गृहे चिरं कालं वस्तुं नार्हसि पुत्रिके

Toi qui es unie à Sūrya, seigneur des trois mondes, comme à ton époux, tu ne dois pas demeurer longtemps dans la maison de ton père, chère enfant.

Verse 25

अतो भर्तृगृहं गच्छ दृष्टोऽहं पूजिता च मे । पुनरागमनं कार्यं दर्शनाय शुभेक्षणे

Va donc à présent dans la demeure de ton époux. Tu m’as vue et tu m’as honoré comme il se doit; pourtant reviens encore, ô toi au regard auspiceux, pour une nouvelle visite et darśana.

Verse 26

व्यास उवाच । इत्युक्ता सा तदा क्षिप्रं तथेत्युक्ता च वै मुने । पूजयित्वा तु पितरं सा जगामोत्तरान्कुरून्

Vyāsa dit : Ainsi interpellée, elle répondit aussitôt : « Qu’il en soit ainsi », ô sage. Après avoir honoré son père, elle se rendit chez les Kurus du Nord.

Verse 27

सूर्यतापमनिच्छती तेजसस्तस्य बिभ्यती । तपश्चचार तत्रापि वडवारूपधारिणी

Ne voulant pas endurer l’ardeur brûlante du Soleil et craignant son éclat flamboyant, elle y pratiqua encore des austérités, ayant pris la forme d’une jument.

Verse 28

संज्ञामित्येव मन्वानो द्वितीयायां दिवस्पतिः । जनयामास तनयौ कन्यां चैकां मनोरमाम्

Pensant : «C’est bien Saṃjñā», le Seigneur du Jour (Sūrya), avec la seconde épouse, engendra deux fils et aussi une fille d’une grâce exquise.

Verse 29

छाया स्वतनयेष्वेव यथा प्रेष्णाध्यवर्तत । तथा न संज्ञाकन्यायां पुत्रयोश्चाप्यवर्तत । लालनासु च भोज्येषु विशेषमनुवासरम्

Chāyā témoignait une tendre préférence à ses propres enfants ; mais elle n’agissait pas de même envers la fille de Saṃjñā ni envers ses fils. Jour après jour, elle marquait des distinctions dans les caresses et dans la nourriture.

Verse 30

मनुस्तत्क्षांतवानस्या यमस्तस्या न चाक्षमत् । ताडनाय ततः कोपात्पादस्तेन समुद्यतः । तस्याः पुनः क्षांतमना न तु देहे न्यपातयत्

Manu le supporta, mais Yama ne put l’endurer. Alors, dans sa colère, il leva le pied pour la frapper ; puis, se maîtrisant à nouveau, il ne l’abattit pas sur son corps.

Verse 31

ततः शशाप तं कोपाच्छायासंज्ञा यमं नृप । किंचित्प्रस्फुरमाणोष्ठी विचलत्पाणिपल्लवा

Alors, dans sa colère, Chāyā—dite Saṃjñā—maudit Yama, ô roi, les lèvres frémissantes et les mains délicates tremblantes.

Verse 32

पत्न्यां पितुर्मयि यदि पादमुद्यच्छसे बलात् । भुवि तस्मादयं पादस्तवाद्यैव भविष्यति

«Si, de force, tu lèves le pied contre moi, l’épouse de ton père, alors, pour cela, ce même pied, dès aujourd’hui, sera sur la terre (tombera au sol).»

Verse 33

इत्याकर्ण्य यमः शापं मातर्यतिविशंकितः । अभ्येत्य पितरं प्राह प्रणिपातपुरस्सरम्

Ayant entendu cette malédiction, Yama fut profondément troublé au sujet de sa mère. Il s’approcha de son père et parla, après s’être d’abord prosterné avec révérence.

Verse 34

तातैतन्महदाश्चर्यमदृष्टमिति च क्वचित् । माता वात्सल्यरूपेण शापं पुत्रे प्रयच्छति

«Père, voici une grande merveille, chose vraiment rarement vue : qu’une mère, même sous la forme de la tendresse, jette une malédiction sur son fils.»

Verse 35

यथा माता ममाचष्ट नेयं माता तथा मम । निर्गुणेष्वपि पुत्रेषु न माता निर्गुणा भवेत्

«Comme ma mère l’a déclaré, en ce sens elle n’est pas véritablement ma mère. Même si les fils sont dépourvus de qualités, une mère ne devrait pas être dépourvue de vertu.»

Verse 36

यमस्यैतद्वचः श्रुत्वा भगवांस्तिमिरापहः । छायासंज्ञामथाहूय पप्रच्छ क्वगतेति च

Entendant ces paroles de Yama, le Bienheureux, dissipateur des ténèbres, fit venir celle nommée Chāyā et demanda : «Où est-elle partie ?»

Verse 37

सा चाह तनया त्वष्टुरहं संज्ञा विभावसो । पत्नी तव त्वयापत्यान्येतानि जनितानि मे

Elle dit : «Je suis Saṃjñā, fille de Tvaṣṭṛ, ô Vibhāvasu. Je suis ton épouse, et ces enfants sont nés de moi par toi.»

Verse 38

इत्थं विवस्वतस्तां तु बहुशः पृच्छतो यदा । नाचचक्षे तदा क्रुद्धो भास्वांस्तां शप्तुमुद्यतः

Ainsi, lorsque Vivasvān l’interrogea maintes fois et qu’elle ne le dévoila point, le Resplendissant s’irrita et se prépara à la maudire.

Verse 39

ततः सा कथयामास यथावृत्तं विवस्वते । विदितार्थश्च भगवाञ्जगाम त्वष्टु रालयम्

Alors elle raconta à Vivasvān toute l’affaire telle qu’elle s’était déroulée. Ayant compris la vérité, le Seigneur se rendit à la demeure de Tvaṣṭṛ.

Verse 40

ततः संपूजयामास त्वष्टा त्रैलोक्यपूजितम् । भास्वन्किं रहिता शक्त्या निजगेहमुपागतः

Alors Tvaṣṭṛ rendit les honneurs dus au Resplendissant, adoré dans les trois mondes, et demanda : «Ô Bhāsvān, pourquoi es-tu venu en ta propre demeure comme privé de force ?»

Verse 41

संज्ञां पप्रच्छ तं तस्मै कथयामास तत्त्ववित् । आगता सेह मे वेश्म भवतः प्रेषिता रवे

Il l’interrogea au sujet de Saṃjñā, et le connaisseur de la vérité lui expliqua : «Elle est venue ici, dans ma demeure, ô Ravi, envoyée par toi».

Verse 42

दिवाकरः समाधिस्थो वडवारूपधारिणीम् । तपश्चरंतीं ददृशे उत्तरेषु कुरुष्वथ

Le dieu Soleil, entrant en profonde contemplation, la vit accomplir des austérités, ayant pris la forme d’une jument, dans les contrées du nord parmi les Kurus.

Verse 43

असह्यमाना सूर्यस्य तेजस्तेनातिपीडिता । वह्न्याभनिजरूपं तु च्छायारूपं विमुच्य च

Ne pouvant supporter l’éclat brûlant du Soleil, et cruellement accablée par cette splendeur, elle rejeta sa forme d’ombre et reprit sa forme véritable, resplendissante comme le feu.

Verse 44

धर्मारण्ये समागत्य तप स्तेपे सुदुष्करम् । छायापुत्रं शनिं दृष्ट्वा यमं चान्यं च भूपते

Étant venue à Dharmāraṇya, elle entreprit des austérités extrêmement difficiles. Voyant Śani, fils de Chāyā, ainsi que Yama et un autre enfant, ô roi, la chose devint évidente.

Verse 45

तदैव विस्मितः सूर्यो दुष्टपुत्रौ समीक्ष्य च । ज्ञातुं दध्यौ क्षणं ध्यात्वा विदित्वा तच्च कारणम्

À cet instant même, le Soleil, stupéfait en voyant ces fils indociles, réfléchit pour comprendre. Après un bref recueillement, il en connut la cause.

Verse 46

घृण्यौष्ण्याद्दग्धदेहा सा तपस्तेपे पतिव्रता । येन मां तेजसा सह्यं द्रष्टुं नैव शशाक ह

Son corps brûlé par l’ardeur implacable, cette épouse fidèle accomplit des austérités, car elle n’avait pu me contempler, moi dont l’éclat est insoutenable.

Verse 47

पञ्चाशद्धायनेतीते गत्वा कौ तप आचरत् । प्रद्योतनो विचार्यैवं गत्वा शीघ्रं मनोजवः

Quand cinquante années se furent écoulées, il se rendit là où elle accomplissait ses austérités. Ainsi ayant réfléchi, le Resplendissant, rapide comme la pensée, s’y hâta.

Verse 48

धर्मारण्ये वरे पुण्ये यत्र संज्ञास्थिता तपः । आगतं तं रविं दृष्ट्वा वडवा समजायत

Dans le Dharmāraṇya, lieu excellent et sacré, où Saṃjñā demeurait établie dans l’austérité, voyant venir Ravi, le Soleil, elle devint une jument (vaḍavā).

Verse 49

सूर्यपत्नी सदा संज्ञा सूर्यश्चाश्वस्ततोऽभवत् । ताभ्यां सहाभूत्संयोगो घ्राणे लिंगं निवेश्य च

Saṃjñā fut toujours l’épouse du Soleil, et le Soleil en fut alors rasséréné. Puis eut lieu l’union avec elle, après qu’il eut placé son liṅga dans sa narine.

Verse 50

तदा तौ च समुत्पन्नौ युगलावश्विनौ भुवि । प्रादुर्भूतं जलं तत्र दक्षिणेन खुरेण च

Alors, sur la terre, naquirent les jumeaux Aśvin. Et là jaillit de l’eau, tirée par le sabot droit.

Verse 51

विदलिते भूमिभागे तत्र कुंडं समुद्बभौ । द्वितीयं तु पुनः कुंडं पश्चार्धचरणोद्भवम्

Quand cette portion de la terre se fendit, un bassin sacré (kuṇḍa) y surgit. Et de nouveau apparut un second kuṇḍa, né de la moitié arrière du pied/sabot.

Verse 52

उत्तरवाहिन्याः काश्या कुरुक्षेत्रादि वै तथा । गंगापुरीसमफलं कुण्डेऽत्र मुनिनोदितम्

Le sage proclame que le mérite de ce kuṇḍa est égal à celui de Kāśī, où le fleuve s’écoule vers le nord, ainsi qu’à celui de Kurukṣetra et des lieux semblables—oui, égal à celui de Gaṅgāpurī.

Verse 53

तत्फलं समवाप्नोति तप्तकुण्डे न संशयः । स्नानं विधाय तत्रैव सर्वपापैः प्रमुच्यते

Dans le Taptakuṇḍa, il obtient assurément ce même fruit, sans aucun doute. S’y étant baigné, il est délivré de tous les péchés.

Verse 54

न पुनर्जायते देहः कुष्ठादिव्याधिपीडितः । एतत्ते कथितं भूप दस्रांशोत्पत्तिकारणम्

On ne renaît plus avec un corps tourmenté par la lèpre et d’autres maladies. Ô Roi, je t’ai ainsi exposé la cause de la manifestation du Daśrāṃśa.

Verse 55

तदा ब्रह्मादयो देवा आगतास्तत्र भूपते । दत्त्वा संज्ञावरं शुभ्रं चिंतितादधिकं हि तैः

Alors Brahmā et les autres devas vinrent en ce lieu, ô Roi. Ils accordèrent à Saṃjñā la grâce propice, plus encore que ce qu’ils avaient souhaité.

Verse 56

स्थापयित्वा रविं तत्र बकुलाख्यवनाधिपम् । आनर्चुस्ते तदा संज्ञां पूर्वरूपाऽभवत्तदा

Après y avoir établi Ravi, seigneur du bois nommé Bakula, les devas adorèrent alors Saṃjñā ; et, en cet instant, elle retrouva sa forme première.

Verse 57

स्थापिता तत्र राज्ञी च कुमारौ युगलौ तदा । एतत्तीर्थफलं वक्ष्ये शृणु राजन्महामते

Là furent aussi établis la reine et les deux princes jumeaux. À présent, je vais dire le fruit de ce tīrtha ; écoute, ô Roi à la grande sagesse.

Verse 58

आदिस्थानं कुरुश्रेष्ठ देवैरपि सुदुर्लभम् । रविकुण्डे नरः स्नात्वा श्रद्धायुक्तो जितेंद्रियः

Ce lieu sacré primordial, ô le meilleur des Kuru, est extrêmement difficile à obtenir même pour les devas. L’homme qui se baigne dans le Ravikuṇḍa avec foi, ayant maîtrisé ses sens,

Verse 59

तारयेत्स पितॄन्सर्वान्महानरकगानपि । श्रद्धया यः पिबेत्तोयं संतर्प्य पितृदेवताः

délivre tous ses ancêtres, même ceux tombés dans les grands enfers. Quiconque, avec foi, boit cette eau après avoir rassasié et honoré les divinités Pitṛ,

Verse 60

स्वल्पं वापि बहुवापि सर्वं कोटिगुणं भवेत् । सप्तम्यां रविवारेण ग्रहणं चंद्रसूर्ययोः

qu’il y en ait peu ou beaucoup, tout devient multiplié par un crore. Le septième jour lunaire, un dimanche, et lors des éclipses de la Lune et du Soleil,

Verse 61

रविकुण्डे च ये स्नाताः न ते वै गर्भगामिनः । सक्रांतौ च व्यतीपाते वैधृतेषु च पर्वसु

ceux qui se sont baignés dans le Ravikuṇḍa ne retournent plus dans le sein (ils ne sont plus soumis à la renaissance). Et cela vaut tout particulièrement à Saṅkrānti, à Vyatīpāta, à Vaidhṛti et lors des parvans, les conjonctions festives,

Verse 62

पूर्णमास्याममावास्यां चतुर्द्दश्यां सितासिते । रविकुंडे च यः स्नातः क्रतुकोटिफलं लभेत्

à la pleine lune, à la nouvelle lune, et le quatorzième jour des quinzaine claire et sombre : quiconque se baigne dans le Ravikuṇḍa obtient le fruit de dix millions de sacrifices (kratu).

Verse 63

पूजयेद्बकुलार्कं च एकचित्तेन मानवः । स याति परमं धाम स यावत्तपते रविः

Celui qui vénère Bakulārka d’un esprit recueilli atteint la demeure suprême, qui demeure tant que le Soleil brille.

Verse 64

तस्य लक्ष्मीः स्थिरा नूनं लभते संततिं सुखम् । अरिवर्गः क्षयं याति प्रसादाच्च दिवस्पतेः

Pour lui, la Lakṣmī devient assurément stable; il obtient descendance et bonheur. Par la grâce du Seigneur du Jour, la troupe des ennemis est anéantie.

Verse 65

नाग्नेर्भयं हि तस्य स्यान्न व्याघ्रान्न च दंतिनः । न च सर्प्पभयं क्वापि भूतप्रेतादिभीर्नहि

Pour lui, il n’y aura crainte ni du feu, ni des tigres, ni des éléphants; nulle part il n’aura peur des serpents, ni des bhūtas, pretas et autres.

Verse 66

बालग्रहाश्च सर्वेऽपि रेवती वृद्धरेवती । ते सर्वे नाशमायांति बकुलार्क नमोस्तु ते

Toutes les afflictions qui saisissent les enfants — Revatī et aussi Vṛddha-Revatī — sont détruites; toutes prennent fin. Ô Bakulārka, salutations à toi !

Verse 67

गावस्तस्य विवर्द्धंते धनं धान्यं तथैव च । अविच्छेदो भवेद्वंशो बकुलार्के नमस्कृते

Ses vaches prospèrent, ainsi que sa richesse et son grain. Sa lignée demeure ininterrompue lorsqu’il s’incline devant Bakulārka.

Verse 68

काकवन्ध्या च या नारी अनपत्या मृतप्रजा । वन्ध्या विरूपिता चैव विषकन्याश्च याः स्त्रियः

Les femmes dites kāka-vandhyā (qui n’enfante que des enfants sans vie), celles sans descendance, celles dont les enfants sont morts, les stériles, les défigurées, et celles appelées viṣa-kanyā—de telles femmes...

Verse 69

एवं दोषैः प्रमुच्यंते स्नात्वा कुण्डे च भूपते । सौभाग्यस्त्रीसुतांश्चैव रूपं चाप्नोति सर्वशः

Ainsi, ô roi, ils sont délivrés de tels défauts en se baignant dans le kuṇḍa; ils obtiennent la bonne fortune, un époux, des enfants et la beauté en toute manière.

Verse 70

व्याधिग्रस्तोपि यो मर्त्यः षण्मासाच्चैव मानवः । रविकुण्डे च सुस्नातः सर्वरोगात्प्रमुच्यते

Même un mortel accablé par la maladie—s’il se baigne avec soin dans Ravikuṇḍa durant six mois—est délivré de tous les maux.

Verse 71

नीलोत्सर्गविधिं यस्तु रविक्षेत्रे करोति वै । पितरस्तृप्तिमायांति यावदाभूतसंप्लवम्

Quiconque accomplit le rite de nīlotsarga dans le champ sacré du Soleil, Ravikṣetra, les ancêtres y trouvent la pleine satisfaction—jusqu’à la dissolution cosmique.

Verse 72

कन्यादानं च यः कुर्यादस्मिन्क्षेत्रे च पुत्रक । उद्वाहपरिपूतात्मा ब्रह्मलोके महीयते

Et celui qui accomplit ici le kanyādāna, le don d’une fille, dans ce champ sacré, cher enfant—l’âme purifiée par le rite nuptial—est honoré en Brahmaloka.

Verse 73

धेनुदानं च शय्यां च विद्रुमं च हयं तथा । दासीमहिषीघण्टाश्च तिलं कांचनसंयुतम्

Le don d’une vache et d’un lit, de corail et d’un cheval; de même celui d’une servante, d’un buffle, de cloches, et de sésame mêlé d’or—tout cela est prescrit ici comme aumône hautement méritoire.

Verse 74

धेनुं तिलमयीं दद्यादस्मि न्क्षेत्रे च भारत । उपानहौ च छत्रं च शीतत्राणादिकं तथा

Ô Bhārata, en ce champ sacré, qu’on offre une vache faite de sésame; et qu’on donne aussi des chaussures, une ombrelle, et d’autres protections contre le froid.

Verse 75

लक्षहोमं तथा रुद्रं रुद्रातिरुद्रमेव च । तस्मिन्स्थाने च यत्किंचिद्ददाति श्रद्धयान्वितः

Qu’il s’agisse d’un lakṣa-homa, d’un rite de Rudra ou du Rudrātirudra, la grande adoration de Rudra, tout ce que l’on donne en ce lieu avec foi devient d’un mérite suprême.

Verse 76

एकैकस्य फलं तात वक्ष्यामि शृणु तत्त्वतः । दानेन लभते भोगानिह लोके परत्र च

Cher enfant, je vais dire le fruit véritable de chacun; écoute en vérité: par l’aumône on obtient des jouissances en ce monde et dans l’au-delà.

Verse 77

राज्यं च लभते मर्त्यः कृत्वोद्वाहं तु मानुषाः । जायातो धर्मकामार्थाः प्राप्यंते नात्र संशयः

Le mortel qui entre dans la vie de maître de maison par le mariage obtient souveraineté et stabilité; et par l’épouse s’acquièrent dharma, kāma et artha—là-dessus, point de doute.

Verse 78

पूजाया लभते सौख्यं भवेज्जन्मनिजन्मनि । सप्तम्यां रवियुक्तायां बकुलार्कं स्मरेत्तु यः

Par le culte, on obtient le bonheur, naissance après naissance. Et celui qui, au septième tithi conjoint au dimanche, se souvient de la forme sacrée nommée Bakulārka, acquiert un mérite particulier.

Verse 79

ज्वरादेः शत्रुतश्चैव व्याधेस्तस्य भयं नहि

Pour lui, il n’est point de crainte de la fièvre et autres maux, ni des ennemis, ni de la maladie.

Verse 80

युधिष्ठिर उवाच । बकुलार्केति वै नाम कथं जातं रवेर्मुने । एतन्मे वदतां श्रेष्ठ तत्त्वमाख्यातुमर्हसि

Yudhiṣṭhira dit : Ô sage, comment le Soleil en vint-il à porter le nom de « Bakulārka » ? Ô le meilleur des orateurs, daigne m’exposer cette vérité.

Verse 81

व्यास उवाच । यदा संज्ञा च राजेंद्र सूर्यार्थंं चैकचेतसा । तेपे बकुलवृक्षाधः पत्युस्तेजः प्रशां तये

Vyāsa dit : Ô roi, lorsque Saṃjñā, d’un esprit entièrement tourné vers le bien du Soleil, accomplit des austérités sous un bakula, ce fut afin d’apaiser l’ardente splendeur de son époux.

Verse 82

प्रादुर्भावं रवेर्दृष्ट्वा वडवा समजायत । अत्यंतं गोपतिः शांतो बकुलस्य समीपतः

Voyant la manifestation du Soleil, elle devint une jument (vaḍavā). Et près du bakula, le Seigneur du bétail devint extrêmement paisible et tranquille.

Verse 83

सुषुवे च तदा राज्ञी सुतौ दिव्यौ मनोहरौ । तेनास्य प्रथितं नाम बकुलार्केति वै रवेः

Alors la reine enfanta deux fils divins et ravissants. À la suite de cet événement, le Soleil (Ravi) y devint célèbre sous le nom illustre de « Bakūlārka ».

Verse 84

यस्तत्र कुरुते स्नानं व्याधिस्तस्य न पीडयेत् । धर्ममर्थं च कामं च लभते नात्र संशयः

Quiconque s’y baigne, la maladie ne l’accable point. Il obtient le dharma, la prospérité et la jouissance légitime — sans nul doute.

Verse 85

षण्मासात्सिद्धिमाप्नोति मोक्षं च लभते नरः । एतदुक्तं महाराज बकुलार्कस्य वैभवम्

En l’espace de six mois, l’homme obtient la siddhi et reçoit aussi la délivrance. Ainsi, ô grand roi, a été proclamée la gloire de Bakūlārka.

Verse 97

सूर्यं दृष्ट्वा सदा संज्ञा स्वाक्षिसंयमनं व्यधात् । यतस्ततः सरोषोऽर्कः संज्ञां वचनमब्रवीत्

Chaque fois que Saṃjñā voyait le Soleil, elle retenait sans cesse ses yeux. Voyant cela, le Soleil, irrité, adressa des paroles à Saṃjñā.