Adhyaya 85
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 85

Adhyaya 85

Le chapitre est construit en dialogue : Yudhiṣṭhira interroge Mārkaṇḍeya au sujet d’un tīrtha de la Narmadā (Revā), réputé égal à Vārāṇasī en mérite et capable d’effacer le grave péché de brahmahatyā. Mārkaṇḍeya déroule une généalogie cosmogonique menant à Dakṣa et à Soma, divinité lunaire, puis raconte la malédiction de Dakṣa qui entraîne le déclin de Soma. Soma implore Brahmā, et Brahmā lui prescrit de rechercher les rares points sacrés de la Revā, notamment le saṅgama (confluence), afin d’y pratiquer l’ascèse et le culte. Soma s’adonne longtemps à une dévotion fervente envers Śiva ; Śiva se manifeste et un liṅga puissant, nommé Somanātha, est établi, dit-on, pour dissiper souffrance et fautes majeures. Un récit exemplaire suit : le roi Kaṇva, compromis dans la brahmahatyā pour avoir tué un brāhmaṇa sous forme de cerf, atteint la confluence de la Revā, s’y baigne, adore Somanātha, et rencontre Brahmahatyā personnifiée en jeune fille vêtue de rouge ; par la puissance du tīrtha, il est délivré de l’affliction. La partie prescriptive énumère les éléments du vrata : jeûne à certaines dates lunaires, veille nocturne, abhiṣeka au pañcāmṛta, offrandes, lampes, musique, honneur rendu aux brāhmaṇas qualifiés et conduite éthique réglée. La phalaśruti affirme que la circumambulation, l’écoute et la pratique disciplinée au tīrtha de Somanātha purifient les grands péchés et accordent santé, prospérité et mondes supérieurs ; il est aussi noté que Soma installa plusieurs liṅgas en divers lieux, reliant le pèlerinage local à un vaste réseau śaiva.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेत्तु राजेन्द्र नर्मदायाः पुरातनम् । ब्रह्महत्याहरं तीर्थं वाराणस्या समं हि तत्

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ensuite, ô roi, il faut se rendre à l’antique gué sacré de la Narmadā, un tīrtha qui anéantit le péché du meurtre d’un brāhmane, et qui est véritablement l’égal de Vārāṇasī.

Verse 2

युधिष्ठिर उवाच । आश्चर्यं कथ्यतां ब्रह्मन्यद्वृत्तं नर्मदातटे । वाराणस्या समं कस्मादेतत्कथय मे प्रभो

Yudhiṣṭhira dit : Ô brāhmane, qu’on raconte ce prodige : que s’est-il passé sur la rive de la Narmadā ? Pourquoi cela est-il l’égal de Vārāṇasī ? Dis-le-moi, ô seigneur.

Verse 3

निमग्नो दुःखसंसारे हृतराज्यो द्विजोत्तम । युष्मद्वाणीजलस्नातो निर्दुःखः सह बान्धवैः

Ô le meilleur des brāhmanes, un homme plongé dans le douloureux cycle du monde, privé de son royaume—s’étant baigné dans les eaux de votre parole sacrée—fut délivré de la peine, avec ses proches.

Verse 4

श्रीमार्कण्डेय उवाच । साधु साधु महाबाहो सोमवंशविभूषण । पृष्टोऽस्मि दुर्लभं तीर्थं गुह्याद्गुह्यतरं परम्

Śrī Mārkaṇḍeya dit : « Bien, bien, ô toi aux bras puissants, ornement de la lignée lunaire ! Tu m’as interrogé sur un tīrtha rare — suprême, et plus secret encore que ce qu’on nomme secret. »

Verse 5

आदौ पितामहस्तावत्समस्तजगतः प्रभुः । मनसा तस्य संजाता दशैव ऋषिपुंगवाः

Au commencement, le Pitāmaha, Seigneur de l’univers entier, fit naître par la seule pensée dix rishis éminents.

Verse 6

मरीचिमत्र्यङ्गिरसौ पुलस्त्यं पुलहं क्रतुम् । प्रचेतसं वसिष्ठं च भृगुं नारदमेव च

Marīci, Atri et Aṅgiras ; Pulastya, Pulaha, Kratu ; Pracetas (Dakṣa) ; Vasiṣṭha, Bhṛgu, et aussi Nārada — tels sont les vénérables ancêtres et sages ici énumérés.

Verse 7

जज्ञे प्राचेतसं दक्षं महातेजाः प्रजापतिः । दक्षस्यापि तथा जाताः पञ्चाशद्दुहिताः किल

De Pracetas naquit Dakṣa, le Prajāpati au grand éclat et à la haute puissance. Et l’on dit que Dakṣa eut aussi cinquante filles.

Verse 8

ददौ स दश धर्माय कश्यपाय त्रयोदश । तथैव स महाभागः सप्तविंशतिमिन्दवे

Il en donna dix à Dharma et treize à Kaśyapa. De même, ce très fortuné en offrit vingt-sept à la Lune, Soma.

Verse 9

रोहिणी नाम या तासामभीष्टा साभवद्विधोः । शेषासु करुणां कृत्वा शप्तो दक्षेण चन्द्रमाः

Parmi elles, celle nommée Rohiṇī devint la bien-aimée de la Lune. Pris de compassion pour les autres délaissées, Dakṣa maudit la Lune.

Verse 10

क्षयरोग्यभवच्चन्द्रो दक्षस्यायं प्रजापतेः । स च शापप्रभावेण निस्तेजाः शर्वरीपतिः

Par la malédiction de Dakṣa, la Lune—issue de ce Prajāpati—fut atteinte d’un mal qui consume. Sous l’effet du sort, le seigneur de la nuit perdit son éclat.

Verse 11

गतः पितामहं सोमो वेपमानोऽमृतांशुमान् । पद्मयोने नमस्तुभ्यं वेदगर्भ नमोऽस्तु ते । शरणं त्वां प्रसन्नोऽस्मि पाहि मां कमलासन

Tremblant, Soma aux rayons semblables au nectar se rendit auprès de l’Aïeul, Brahmā. «Ô Né du Lotus, hommage à toi; ô Matrice des Veda, hommage à toi. Je prends refuge en toi; sois favorable, protège-moi, ô Toi qui sièges sur le lotus.»

Verse 12

ब्रह्मोवाच । निस्तेजाः शर्वरीनाथ कलाहीनश्च दृश्यसे । उद्विग्नमानसस्तात संजातः केन हेतुना

Brahmā dit : «Ô seigneur de la nuit, tu parais sans éclat et privé de tes phases. Cher enfant, ton esprit est troublé : pour quelle raison cela est-il advenu ?»

Verse 13

सोम उवाच । दक्षशापेन मे ब्रह्मन्निस्तेजस्त्वं जगत्पते । निर्हारश्चास्य शापस्य कथ्यतां मे पितामह

Soma dit : «Ô Brahman, ô Seigneur du monde, par la malédiction de Dakṣa je suis devenu sans éclat. Dis-moi, ô Aïeul, le moyen d’être délivré de cette malédiction.»

Verse 14

ब्रह्मोवाच । सर्वत्र सुलभा रेवा त्रिषु स्थानेषु दुर्लभा । ओङ्कारेऽथ भृगुक्षेत्रे तथा चैवौर्वसंगमे

Brahmā dit : « La Revā se trouve aisément partout, mais elle est rare en trois lieux : à Oṅkāra, au saint domaine de Bhṛgu, et aussi au confluent avec Ūrvā. »

Verse 15

तत्र गच्छ क्षपानाथ यत्र रेवान्तरं तटम् । त्वरितोऽसौ गतस्तत्र यत्र रेवौर्विसंगमः

« Va là-bas, ô seigneur de la nuit, vers la rive où se trouve le Revāntara, le cours intérieur de la Revā. » Et, promptement, il s’y rendit, là où la Revā et Ūrvā se rejoignent.

Verse 16

काष्ठावस्थः स्थितः सोमो दध्यौ त्रिपुरवैरिणम् । यावद्वर्षशतं पूर्णं तावत्तुष्टो महेश्वरः

Soma, demeurant immobile tel un tronc de bois, médita sur l’Ennemi de Tripura (Śiva). Quand cent années entières furent accomplies, Maheśvara fut satisfait.

Verse 17

प्रत्यक्षः सोमराजस्य वृषासन उमापतिः । साष्टाङ्गं प्रणिपत्योच्चैर्जय शम्भो नमोऽस्तु ते

À Soma, le roi, apparut directement Umāpati, assis sur le taureau. Soma se prosterna de tout son être et s’écria : « Victoire à toi, ô Śambhu ! Hommage à toi ! »

Verse 18

जय शङ्कर पापहराय नमो जय ईश्वर ते जगदीश नमः । जय वासुकिभूषणधार नमो जय शूलकपालधराय नमः

Victoire et hommage à Śaṅkara, ô destructeur des péchés ! Victoire à toi, Īśvara, Seigneur du monde ! Victoire et hommage à Celui qui porte Vāsuki en ornement ! Victoire et hommage au Porteur du trident et du crâne !

Verse 19

जय अन्धकदेहविनाश नमो जय दानववृन्दवधाय नमः । जय निष्कलरूप सकलाय नमो जय काल कामदहाय नमः

Victoire et hommage au Destructeur du corps d’Andhaka ! Victoire et hommage au Pourfendeur des hordes d’asuras ! Victoire et hommage à l’Informe qui se manifeste en toute chose ! Victoire et hommage au Temps lui-même, le Brûleur de Kāma !

Verse 20

जय मेचककण्ठधराय नमो जय सूक्ष्मनिरञ्जनशब्द नमः । जय आदिरनादिरनन्त नमो जय शङ्कर किंकरमीश भज

Victoire et hommage à Celui qui porte la gorge d’une teinte sombre ! Victoire et hommage au Seigneur subtil et sans tache, connu par le son sacré ! Victoire et hommage au Premier, et pourtant sans commencement ni fin ! Victoire, ô Śaṅkara, ô Seigneur : reçois-moi comme ton serviteur ; je t’adore !

Verse 21

एवं स्तुतो महादेवः सोमराजेन पाण्डव । तुष्टस्तस्य नृपश्रेष्ठ शिवया शङ्करोऽब्रवीत्

Ainsi loué par le roi Soma, ô Pāṇḍava, Mahādeva fut satisfait. Alors Śaṅkara—avec Śivā (Umā)—s’adressa à ce roi éminent.

Verse 22

ईश्वर उवाच । वरं प्रार्थय मे भद्र यत्ते मनसि वर्तते । साधु साधु महासत्त्व तुष्टोऽहं तपसा तव

Īśvara dit : «Ô être de bon augure, demande-moi la grâce qui demeure en ton cœur. Bien, bien, ô grande âme : ton ascèse m’a satisfait».

Verse 23

सोम उवाच । दक्षशापेन दग्धोऽहं क्षीणसत्त्वो महेश्वर । शापस्योपशमं देव कुरु शर्म मम प्रभो

Soma dit : «Ô Maheśvara, je suis brûlé par la malédiction de Dakṣa et ma force s’est amoindrie. Ô Deva, apaise cette malédiction et accorde-moi la paix, ô Seigneur».

Verse 24

ईश्वर उवाच । तव भक्तिगृहीतोऽहमुमया सह तोषितः । निष्पापः सोमनाथस्त्वं संजातस्तीर्थसेवनात्

Īśvara dit : « Ta dévotion m’a conquis, et avec Umā je suis comblé. Par le service du tīrtha, tu es devenu sans péché ; en vérité, tu es devenu “Somanātha”. »

Verse 25

इत्यूचे देवदेवेशः क्षणं ध्यात्वेन्दुना ततः । स्थापितं परमं लिङ्गं कामदं प्राणिनां भुवि । सर्वदुःखहरं तत्तु ब्रह्महत्याविनाशनम्

Ainsi parla le Seigneur des dieux ; puis, après avoir médité un instant, il fit établir (par Indu/Soma) sur la terre un liṅga suprême, exauçant les vœux des êtres, ôtant toute douleur et détruisant même le péché de brahma-hatyā.

Verse 26

युधिष्ठिर उवाच । सोमनाथप्रभावं मे संक्षेपात्कथय प्रभो । दुःखार्णवनिमग्नानां त्राता प्राप्तो द्विजोत्तम

Yudhiṣṭhira dit : « Ô Seigneur, dis-moi brièvement la grandeur de Somanātha. Ô meilleur des deux-fois-nés, tu es venu comme sauveur de ceux qui sombrent dans l’océan de la souffrance. »

Verse 27

श्रीमार्कण्डेय उवाच । शृणु तीर्थप्रभावं ते संक्षेपात्कथयाम्यहम् । यद्वृत्तमुत्तरे कूले रेवाया उरिसंगमे

Śrī Mārkaṇḍeya dit : « Écoute. Je te dirai brièvement la grandeur de ce tīrtha : ce qui advint sur la rive nord de la Revā (Narmadā), au confluent nommé Urisaṅgama. »

Verse 28

शम्बरो नाम राजाभूत्तस्य पुत्रस्त्रिलोचनः । त्रिलोचनसुतः कण्वः स पापर्द्धिपरोऽभवत्

Il y eut un roi nommé Śambara. Son fils était Trilocana ; et le fils de Trilocana était Kaṇva, qui s’adonna à l’accroissement et au gain pécheurs.

Verse 29

वने नित्यं भ्रमन्सोऽथ मृगयूथं ददर्श ह । मृगयूथं हतं तत्तु त्रिलोचनसुतेन च

Alors, errant chaque jour dans la forêt, il vit un troupeau de cerfs. Or ce troupeau avait, en vérité, été abattu par le fils de Trilocana (Kaṇva).

Verse 30

मृगरूपी द्विजो मध्ये चरते निर्जने वने । स हतस्तेन सङ्गेन कण्वेन मुनिसत्तम

Dans cette forêt déserte, un deux-fois-né, ayant pris la forme d’un cerf, allait parmi eux. Par cette fréquentation, Kaṇva le tua, ô meilleur des sages.

Verse 31

ब्रह्महत्यान्वितः कण्वो निस्तेजा व्यचरन्महीम् । व्यचरंश्चैव सम्प्राप्तो नर्मदामुरिसंगमे

Accablé par le péché du meurtre d’un brāhmane, Kaṇva, privé d’éclat, erra sur la terre ; et, au cours de son errance, il parvint à la Narmadā, à Urisaṅgama.

Verse 32

किंशुकाशोकबहले जम्बीरपनसाकुले । कदम्बपाटलाकीर्णे बिल्वनारङ्गशोभिते

C’était une forêt dense de kiṃśuka et d’aśoka, foisonnante de cédrats et de jacquiers ; jonchée de kadamba et de pāṭalā, et embellie de bilva et d’orangers.

Verse 33

चिञ्चिणीचम्पकोपेते ह्यगस्तितरुछादिते । प्रभूतभूतसंयुक्तं वनं सर्वत्र शोभितम्

Riche en tamariniers et en campakas, ombragée par des arbres agasti, cette forêt—peuplée d’innombrables êtres—était belle de toutes parts.

Verse 34

चित्रकैर्मृगमार्जारैर्हिंस्रैः शम्बरशूकरैः । शशैर्गवयसंयुक्तैः शिखण्डिखरमण्डितम्

Il était peuplé de bêtes tachetées et de chats sauvages, de farouches cerfs śambara et de sangliers; avec des lièvres et des gayals, et paré de paons et d’ânes.

Verse 35

प्रविष्टस्तु वने कण्वस्तृषार्तः श्रमपीडितः । स्नातो रेवाजले पुण्ये सङ्गमे पापनाशने

Entré dans cette forêt, Kaṇva, tourmenté par la soif et accablé de fatigue, se baigna dans les eaux saintes de la Revā, au confluent qui anéantit les péchés.

Verse 36

अर्चितः परया भक्त्या सोमनाथो युधिष्ठिर । पपौ सुविमलं तोयं सर्वपापक्षयंकरम्

Ô Yudhiṣṭhira, après avoir honoré Somanātha d’une dévotion suprême, il but une eau d’une pureté parfaite, eau qui détruit tous les péchés.

Verse 37

फलानि च विचित्राणि चखाद सह किंकरैः । सुप्तः पादपच्छायायां श्रान्तो मृगवधेन च

Il mangea des fruits variés avec ses serviteurs; puis, las de la chasse aux cerfs, il s’endormit à l’ombre d’un arbre.

Verse 38

तावत्तीर्थवरं विप्रः स्नानार्थं सङ्गमं गतः । मार्गगो ब्राह्मणो हर्षोद्युक्तस्तद्गतमानसः

À cet instant, un brāhmane se rendit au tīrtha d’excellence, au confluent sacré, pour s’y baigner. Cheminant, le brāhmane était rempli de joie, l’esprit tendu vers ce lieu saint.

Verse 39

अबला तमुवाचेदं तिष्ठ तिष्ठ द्विजोत्तम । त्रस्तो निरीक्षते यावद्दिशः सर्वा नरेश्वर

La femme sans défense lui dit : «Arrête, arrête, ô le meilleur des brāhmaṇas !» Et, saisie d’effroi, elle regardait de tous côtés, ô roi.

Verse 40

तावद्वृक्षसमारूढां स्त्रियं रक्ताम्बरावृताम् । रक्तमाल्यां तदा बालां रक्तचन्दनचर्चिताम् । रक्ताभरणशोभाढ्यां पाशहस्तां ददर्श ह

Alors il vit une femme montée dans un arbre, vêtue d’habits rouges ; une jeune fille parée d’une guirlande rouge, ointe de santal rouge ; resplendissante d’ornements rouges, tenant un lacet dans sa main.

Verse 41

स्त्र्युवाच । संदेशं श्रूयतां विप्र यदि गच्छसि सङ्गमे । मद्भर्ता तिष्ठते तत्र शीघ्रमेव विसर्जय

La femme dit : «Ô brāhmaṇa, écoute mon message. Si tu vas au saṅgama sacré, mon époux s’y trouve : transmets-le-lui sans tarder.»

Verse 42

एकाकिनी च ते भार्या तिष्ठते वनमध्यगा । इत्याकर्ण्य गतो विप्रः सङ्गमं सुरदुर्लभे

«Et ton épouse est seule, demeurant au cœur de la forêt.» À ces mots, le brāhmaṇa se rendit au saṅgama, rare à atteindre même pour les dieux.

Verse 43

वृक्षच्छायान्वितः कण्वो ब्राह्मणेनावलोकितः । उवाच तं प्रति तदा वचनं ब्राह्मणोत्तमः

Kaṇva, assis à l’ombre d’un arbre, fut aperçu par le brāhmaṇa ; alors le meilleur des brāhmaṇas lui adressa ces paroles.

Verse 44

ब्राह्मण उवाच । वनान्तरे मया दृष्टा बाला कमललोचना । रक्ताम्बरधरा तन्वी रक्तचन्दनचर्चिता

Le brāhmane dit : «Au cœur de la forêt, j’ai vu une jeune fille aux yeux de lotus—fine, vêtue de rouge, et ointe de santal rouge».

Verse 45

रक्तमाल्या सुशोभाढ्या पाशहस्ता मृगेक्षणा । वृक्षारूढावदद्वाक्यं मद्भर्ता प्रेष्यतामिति

Parée d’une guirlande rouge et d’une beauté éclatante, tenant un lacet (pāśa) en main et les yeux de biche, assise sur un arbre elle dit : «Que ce message soit porté à mon époux».

Verse 46

कण्व उवाच । कस्मिन्स्थाने तु विप्रेन्द्र विद्यते मृगलोचना । कस्य सा केन कार्येण सर्वमेतद्वदाशु मे

Kaṇva dit : «Ô le meilleur des brāhmanes, en quel lieu se trouve cette jeune fille aux yeux de biche ? À qui appartient-elle, et pour quel dessein est-elle ici ? Dis-moi tout cela sans tarder».

Verse 47

ब्राह्मण उवाच । सङ्गमादर्धक्रोशे सा उद्यानान्ते हि विद्यते । वचनाद्ब्रह्मणस्यैषा न ज्ञाता पार्थिवेन तु

Le brāhmane dit : «À un demi-krośa du confluent, elle se trouve au bord d’un jardin. Par l’injonction de Brahmā, le roi ne la connaît pas».

Verse 48

तदा स कण्वभूपालः स्वकं दूतं समादिशत् कण्व उवाच । गच्छ त्वं पृच्छतां तां क्वागता क्वच गमिष्यसि । प्रेषितस्त्वरितो दूतो गतो नारीसमीपतः

Alors le roi Kaṇva donna ordre à son messager : «Va, interroge-la : “D’où es-tu venue, et où iras-tu ?”». Envoyé, le messager se hâta et s’approcha de la femme.

Verse 49

वृक्षस्थां ददृशो बालामुवाच नृपसत्तम । मन्नाथः पृच्छति त्वां तु कासि त्वं क्व गमिष्यसि

Voyant la jeune fille assise dans un arbre, le messager dit : « Ô le meilleur des rois, mon seigneur te demande : “Qui es-tu, et où vas-tu ?” »

Verse 50

कन्योवाच । गुरुरात्मवतां शास्ता राजा शास्ता दुरात्मनाम् । इह प्रच्छन्न पापानां शास्ता वैवस्वतो यमः

La jeune fille dit : «Pour ceux qui se maîtrisent, le maître est le correcteur; pour les méchants, le roi est le correcteur. Mais ici, pour les fautes dissimulées, le vrai châtieur est Yama, fils de Vivasvān.»

Verse 51

ब्रह्महत्या च संजाता मृगरूपधरद्विजात् । मया युक्तोऽपि ते राजा मुक्तस्तीर्थप्रभावतः

«Le péché du meurtre d’un brāhmaṇa naquit d’un deux-fois-né qui avait pris la forme d’un cerf. Pourtant, votre roi —bien qu’associé à moi— a été délivré par la puissance de ce tīrtha.»

Verse 52

अर्धक्रोशान्तरान्मध्ये ब्रह्महत्या न संविशेत् । सोमनाथप्रभावोऽयं वाराणस्याः समः स्मृतः

«Dans l’étendue d’un demi-krośa, le péché du meurtre d’un brāhmaṇa ne peut pénétrer. Telle est la puissance de Somanātha, tenue pour égale à celle de Vārāṇasī.»

Verse 53

गच्छ त्वं प्रेष्यतां राजा शीघ्रमत्र न संशयः । गतो भृत्यस्ततः शीघ्रं वेपमानः सुविह्वलः

«Va; que l’on fasse venir le roi ici sans tarder, sans aucun doute.» Alors le serviteur partit en hâte, tremblant et fort bouleversé.

Verse 54

समस्तं कथयामास यद्वृत्तं हि पुरातनम् । तस्य वाक्यादसौ राजा पतितो धरणीतले

Il rapporta en entier le récit ancien de ce qui s’était produit. À l’écoute de ses paroles, ce roi tomba à terre, terrassé.

Verse 55

भृत्य उवाच । कस्मात्त्वं शोचसे नाथ पूर्वोपात्तं शुभाशुभम् । इत्याकर्ण्य वचस्तस्य राजा वचनमब्रवीत्

Le serviteur dit : «Pourquoi t’affliges-tu, ô seigneur, du bien et du mal acquis jadis ?» L’ayant entendu, le roi répondit.

Verse 56

प्राणत्यागं करिष्यामि सोमनाथसमीपतः । शीघ्रमानीयतां वह्निरिन्धनानि बहूनि च

«Je renoncerai à ma vie auprès de Somanātha. Apportez vite le feu, et beaucoup de bois pour l’alimenter.»

Verse 57

आनीतं तत्क्षणात्सर्वं भृत्यैस्तद्वशवर्तिभिः । स्नानं कृत्वा शुभे तोये सङ्गमे पापनाशने

Tout fut apporté sur-le-champ par les serviteurs soumis à son ordre. Puis, après s’être baigné dans les eaux bénies du confluent, destructeur des péchés, il poursuivit.

Verse 58

अर्चितः परया भक्त्या सोमनाथो महीभृता । त्रिःप्रदक्षिणतः कृत्वा ज्वलन्तं जातवेदसम्

Le roi rendit un culte à Somanātha avec une dévotion suprême. Puis, après avoir fait trois circumambulations autour du feu flamboyant en signe de révérence, il poursuivit son vœu.

Verse 59

प्रविष्टः कण्वराजासौ हृदि ध्यात्वा जनार्दनम् । पीताम्बरधरं देवं जटामुकुटधारिणम्

Le roi Kaṇva entra dans le feu, méditant au fond de son cœur sur Janārdana, le Seigneur divin vêtu de jaune, portant pour diadème une couronne de cheveux nattés.

Verse 60

श्रिया युक्तं सुपर्णस्थं शङ्खचक्रगदाधरम् । सुरारिसूदनं दध्यौ सुगतिर्मे भवत्विति

Il médita sur le pourfendeur des ennemis des dieux : Viṣṇu uni à Śrī, assis sur Garuḍa, portant la conque, le disque et la massue, en se disant : «Puissé-je atteindre la voie heureuse».

Verse 61

पपात पुष्पवृष्टिस्तु साधु साधु नृपात्मज । आश्चर्यमतुलं दृष्ट्वा निरीक्ष्य च परस्परम्

Une pluie de fleurs tomba, et des cris de «Bien, bien !» s’élevèrent, ô prince. Voyant cette merveille sans égale, ils se regardèrent les uns les autres, saisis d’étonnement.

Verse 62

मृतं तैः पावके भृत्यैर्हृदि ध्यात्वा गदाधरम् । विमानस्थास्ततः सर्वे संजाताः पाण्डुनन्दन

Lorsqu’il eut péri dans ce feu —tandis que les serviteurs méditaient en leur cœur sur Gadādhara—, tous se trouvèrent ensuite assis dans des vimānas célestes, ô fils de Pāṇḍu.

Verse 63

निष्पापास्ते दिवं याताः सोमनाथप्रभावतः । ब्राह्मणे सङ्गमे तत्र ध्यायमाने वृषध्वजम्

Purifiés de tout péché, ils gagnèrent le ciel par la puissance de Somanātha. Là, à cette confluence, tandis qu’un brāhmane méditait sur Vṛṣadhvaja (Śiva).

Verse 64

श्रीमार्कण्डेय उवाच । सोमनाथप्रभावोऽयं शृणुष्वैकमना विधिम् । अष्टम्यां वा चतुर्दश्यां सर्वकालं रवेर्दिने

Śrī Mārkaṇḍeya dit : « Telle est la puissance de Somanātha. Écoute, l’esprit fixé en un seul point, la règle du rite : au huitième tithi ou au quatorzième, à toute heure, le jour du Soleil (dimanche)… »

Verse 65

विशेषाच्छुक्लपक्षे चेत्सूर्यवारेण सप्तमी । उपोष्य यो नरो भक्त्या रात्रौ कुर्वीत जागरम्

«Et plus encore si, dans la quinzaine claire (śukla-pakṣa), le septième tithi coïncide avec le dimanche : l’homme qui jeûne avec dévotion et veille la nuit…»

Verse 66

पञ्चामृतेन गव्येन स्नापयेत्परमेश्वरम् । श्रीखण्डेन ततो गुण्ठ्य पुष्पधूपादिकं ददेत्

Qu’on baigne Parameśvara avec le pañcāmṛta issu de la vache. Puis qu’on L’oigne de pâte de santal, et qu’on offre fleurs, encens et les autres offrandes rituelles.

Verse 67

घृतेन बोधयेद्दीपं नृत्यं गीतं च कारयेत् । सोमवारे तथाष्टम्यां प्रभाते पूजयेद्द्विजान्

Qu’on allume la lampe avec du ghee, et qu’on fasse exécuter danse et chant. Le lundi, et de même au huitième tithi, qu’on vénère au matin les « deux-fois-nés » (dvija).

Verse 68

जितक्रोधानात्मवतः परनिन्दाविवर्जितान् । सर्वाङ्गरुचिराञ्छस्तान् स्वदारपरिपालकान्

Qu’ils soient de ceux qui ont vaincu la colère, maîtres d’eux-mêmes et exempts de médisance envers autrui : de conduite droite, d’allure agréable, et gardiens de leurs épouses légitimes.

Verse 69

गायत्रीपाठमात्रांश्च विकर्मविरतान् सदा । पुनर्भूवृषलीशूद्री चरेयुर्यस्य मन्दिरे

Et ceux qui ne font que réciter la Gāyatrī, tout en s’abstenant toujours des actes interdits : dans la demeure d’un tel homme, même les femmes remariées, les femmes tenues pour impures et les femmes śūdra peuvent aller et venir sans faute.

Verse 70

दूरतोऽसौ द्विजस्त्याज्य आत्मनः श्रेय इच्छता । हीनाङ्गानतिरिक्ताङ्गान् येषां पूर्वापरं न हि

Un tel « deux-fois-né » doit être évité de loin par celui qui cherche son propre bien : ceux dont les membres sont défectueux ou au contraire anormaux et en excès, et ceux qui n’ont nul sens de l’ordre ni de la bienséance.

Verse 71

व्रते श्राद्धे तथा दाने दूरतस्तान् विवर्जयेत् । आयसी तरुणी तुल्या द्विजाः स्वाध्यायवर्जिताः

Dans l’observance d’un vœu, dans le śrāddha et de même dans l’aumône, il faut les tenir à distance. Les deux-fois-nés privés d’étude védique sont semblables à une jeune femme de fer : séduisante d’aspect, mais stérile quant à sa vraie fonction.

Verse 72

आत्मानं सह याज्येन पातयन्ति न संशयः । शाल्मलीनावतुल्याः स्युः षट्कर्मनिरता द्विजाः

Ils précipitent, sans aucun doute, et eux-mêmes et celui pour qui le rite est accompli. Les deux-fois-nés voués seulement aux « six actes » sont comme le coton du śālmalī : foisonnant au dehors, mais sans véritable poids.

Verse 73

दातारं च तथात्मानं तारयन्ति तरन्ति च । श्राद्धं सोमेश्वरे पार्थ यः कुर्याद्गतमत्सरः

Ils délivrent le donateur, et eux-mêmes aussi, et ils traversent. Ô Pārtha, quiconque accomplit le śrāddha à Someshvara, ayant rejeté toute jalousie, obtient ce mérite qui sauve.

Verse 74

प्रेतास्तस्य हि सुप्रीता यावदाभूतसम्प्लवम् । अन्नं वस्त्रं हिरण्यं च यो दद्यादग्रजन्मने

En vérité, ses ancêtres défunts demeurent pleinement satisfaits jusqu’à la dissolution du cosmos. Celui qui donne nourriture, vêtements et or à un premier-né (un brāhmane) leur assure cette joie durable.

Verse 75

स याति शाङ्करे लोक इति मे सत्यभाषितम् । हयं यो यच्छते तत्र सम्पूर्णं तरुणं सितम्

Il parvient au monde de Śaṅkara : telle est ma parole véridique. Et celui qui y fait don d’un cheval entier, jeune et blanc, reçoit lui aussi ce fruit sublime.

Verse 76

रक्तं वा पीतवर्णं वा सर्वलक्षणसंयुतम् । कुङ्कुमेन विलिप्ताङ्गावग्रजन्महयावपि

Que l’offrande soit rouge ou jaune, pourvue de tous les signes de bon augure ; et que même le premier-né (brāhmane) et le cheval aient les membres oints de safran (kuṅkuma).

Verse 77

स्रग्दामभूषितौ कार्यौ सितवस्त्रावगुण्ठितौ । अङ्घ्रिः प्रदीयतां स्कन्धे मदीये हयमारुह

Qu’ils soient tous deux parés de guirlandes et de chapelets de fleurs, et voilés de vêtements blancs. Pose ton pied sur mon épaule et monte le cheval.

Verse 78

आरूढे ब्राह्मणे ब्रूयाद्भास्करः प्रीयतामिति । स याति शांकरं लोकं सर्वपापविवर्जितः

Quand le brāhmane est monté, qu’on dise : « Que Bhāskara (le Soleil) soit satisfait ». Délivré de tout péché, il atteint le monde de Śaṅkara.

Verse 79

उपरागे तु सोमस्य तीर्थं गत्वा जितेन्द्रियः । सत्यलोकाच्च्युतश्चापि राजा भवति धार्मिकः

Mais au temps de l’éclipse de la Lune, s’étant rendu au tīrtha, les sens maîtrisés, même celui qui est déchu de Satyaloka devient un roi juste et dharmique.

Verse 80

तस्य वासः सदा राजन्न नश्यति कदाचन । दीर्घायुर्जायते पुत्रो भार्या च वशवर्तिनी

Ô Roi, sa demeure ne périt jamais en aucun temps ; un fils à longue vie lui naît, et son épouse devient accordée, soumise et dévouée.

Verse 81

जीवेद्वर्षशतं साग्रं सर्वदुःखविवर्जितः । सोपवासो जितक्रोधो धेनुं दद्याद्द्विजन्मने

Il vit pleinement cent ans, exempt de toute souffrance. Ayant observé le jeûne et vaincu la colère, qu’il donne en aumône une vache à un deux-fois-né (brāhmane).

Verse 82

सवत्सां क्षीरसंयुक्तां श्वेतवस्त्रावलोकिताम् । शबलां पीतवर्णां च धूम्रां वा नीलकर्बुराम्

Qu’on offre une vache avec son veau, riche de lait, présentée avec un tissu blanc ; qu’elle soit tachetée, ou jaune, ou gris fumée, ou bleue mouchetée.

Verse 83

कपिलां वा सवत्सां च घण्टाभरणभूषिताम् । रूप्यखुरां कांस्यदोहां स्वर्णशृङ्गीं नरेश्वर

Ô seigneur des hommes, on peut aussi offrir une vache kapilā, fauve, avec son veau, ornée de clochettes et de parures : sabots plaqués d’argent, récipient de traite en bronze, et cornes coiffées d’or.

Verse 84

श्वेतया वर्धते वंशो रक्ता सौभाग्यवर्धिनी । शबला पीतवर्णा च दुःखघ्न्यौ संप्रकीर्तिते

En offrant une vache blanche, la lignée prospère ; la rouge accroît la bonne fortune. La vache tachetée et celle de couleur jaune sont toutes deux proclamées destructrices de la peine.

Verse 85

। अध्याय

Fin du chapitre.

Verse 86

पक्षान्तेऽथ व्यतीपाते वै धृतौ रविसंक्रमे । दिनक्षये गजच्छायां ग्रहणे भास्करस्य च

À la fin d’une quinzaine, lors du yoga Vyatīpāta, du yoga Dhṛti, au passage du Soleil, à la clôture du jour, au temps nommé « l’ombre de l’éléphant », et aussi durant une éclipse solaire : ce sont des instants particulièrement puissants pour les actes sacrés au tīrtha.

Verse 87

ये व्रजन्ति महात्मानः सङ्गमे सुरदुर्लभे । मृदावगुण्ठयित्वा तु चात्मानं सङ्गमे विशेत्

Les êtres magnanimes qui se rendent à la confluence divine, si difficile à atteindre, doivent se couvrir de terre, puis entrer dans la confluence pour le bain sacré.

Verse 88

हृदयान्तर्जले जाप्या प्राणायामोऽथवा नृप । गायत्री वैष्णवी चैव सौरी शैवी यदृच्छया । तेऽपि पापैः प्रमुच्यन्त इत्येवं शङ्करोऽब्रवीत्

Ô Roi, même le japa accompli avec « l’eau intérieure » du cœur, ou bien le prāṇāyāma ; et la Gāyatrī—qu’elle soit Vaiṣṇavī, Saurī ou Śaivī—lorsqu’on la pratique spontanément avec foi, même ceux-là sont délivrés des péchés. Ainsi parla Śaṅkara.

Verse 89

जगतीं सोमनाथस्य यस्तु कुर्यात्प्रदक्षिणाम् । प्रदक्षिणीकृता तेन सप्तद्वीपा वसुंधरा

Quiconque accomplit la pradakṣiṇā de la sainte jagatī de Soma-nātha, c’est comme s’il avait fait le tour de toute la terre aux sept continents.

Verse 90

ब्रह्महत्या सुरापानं गुरुदारनिषेवणम् । भ्रूणहा स्वर्णहर्ता च मुच्यन्ते नात्र संशयः

Même ceux chargés du péché de tuer un brāhmane, de boire l’alcool, de souiller la couche du maître, de tuer un embryon et de voler l’or, ici sont délivrés—sans aucun doute.

Verse 91

तीर्थाख्यानमिदं पुण्यं यः शृणोति जितेन्द्रियः । व्याधितो मुच्यते रोगी चारोगी सुखमाप्नुयात्

Quiconque, maître de ses sens, écoute ce récit sacré du tīrtha : s’il est malade, il est délivré de la maladie ; s’il est sain, il obtient le bonheur.

Verse 92

यत्ते संदह्यते चेतः शृणु तन्मे युधिष्ठिर । नैकापि नृप लोकेऽस्मिन् भ्रूणहत्या सुदुस्त्यजा

Ce qui embrase ton cœur, écoute-le de ma bouche, ô Yudhiṣṭhira. Ô Roi, en ce monde nul péché n’est aussi difficile à rejeter que le bhrūṇahatya, le meurtre de l’embryon.

Verse 93

किमु षड्विंशतिं पार्थ प्राप याः क्षणदाकरः । सोऽपि तीर्थमिदं प्राप्य तपस्तप्त्वा सुदुश्चरम्

Que dire, ô Pārtha, des vingt-six souillures qu’encourut le « faiseur de la nuit » ? Même lui, parvenu à ce tīrtha et ayant accompli une austérité très difficile, fut purifié.

Verse 94

विमुक्तः सर्वपापेभ्यः शीतरश्मिरभूत्सुखी । श्रूयते नृप पौराणी गाथा गीता महर्षिभिः

Délivré de tous les péchés, celui aux rayons frais —la Lune— devint heureux. Ô Roi, on entend ce chant purāṇique ancien, chanté par les grands ṛṣi.

Verse 95

लिङ्गं प्रतिष्ठितं ह्येकं दशभ्रूणहनं भवेत् । अतो लिङ्गत्रयं सोमः स्थापयामास भारत

En vérité, un seul liṅga dûment établi ferait expiation de dix actes de meurtre d’embryon. C’est pourquoi Soma érigea trois liṅga, ô Bhārata.

Verse 96

रेवौरिसंगमे ह्याद्यं द्वितीयं भृगुकच्छके । ततः सिद्धिं परां प्राप्य प्रभासे तु तृतीयकम्

Le premier est au confluent de la Revā et de la mer ; le second, à Bhṛgukaccha. Ayant ainsi obtenu la siddhi suprême, le troisième est à Prabhāsa.

Verse 97

इति ते कथितं सर्वं तीर्थमाहात्म्यमुत्तमम् । धर्म्यं यशस्यमायुष्यं स्वर्ग्यं संशुद्धिकृन्नृणाम्

Ainsi t’a été entièrement dite la suprême grandeur de ce tīrtha. Elle apporte dharma, renommée, longue vie, ciel, et purification intérieure aux êtres humains.

Verse 98

पुत्रार्थी लभते पुत्रान्निष्कामः स्वर्गमाप्नुयात् । मुच्यते सर्वपापेभ्यस्तीर्थं कृत्वा परं नृप

Celui qui désire un fils obtient des fils ; celui qui est sans désir atteint le ciel. Et, après avoir accompli ce pèlerinage suprême, ô Roi, on est délivré de tous les péchés.

Verse 99

एतत्ते सर्वमाख्यातं सोमनाथस्य यत्फलम् । श्रुत्वा पुत्रमवाप्नोति स्नात्वा चाष्टौ न संशयः

Tout cela t’a été exposé : le fruit sacré de Somanātha. Rien qu’en l’entendant, on obtient un fils ; et en s’y baignant, on acquiert un mérite octuple — sans aucun doute.