Adhyaya 8
Kashi KhandaUttara ArdhaAdhyaya 8

Adhyaya 8

Le chapitre 8 se déploie sous forme de dialogue : Agastya interroge Skanda sur les actes de Śiva lorsqu’il demeure à Mandara, et Skanda répond en rapportant un récit tourné vers Kāśī, réputé détruire les souillures. S’y insère un enseignement attribué à Viṣṇu : l’efficacité des rites dépend de la dévotion et du souvenir; l’effort est requis, mais le fruit ultime relève du Divin, témoin et moteur. Les actes accomplis en se souvenant de Śiva réussissent, tandis que ceux faits sans ce souvenir, même correctement, sont dits voués à l’échec. Le récit passe ensuite au départ de Viṣṇu de Mandara vers Vārāṇasī, à son bain au seuil/à la confluence de la Gaṅgā, et à l’établissement ou reconnaissance du Pādodaka-tīrtha. Le chapitre dresse un itinéraire serré de tīrtha et de sanctuaires liés à Keśava (dont Ādikeśava et des tīrtha nommés Śaṅkha, Cakra, Gadā, Padma, Mahālakṣmī, Tārkṣya, Nārada, Prahlāda, Ambārīṣa, etc.), chacun associé à des observances—snāna, boire le pādodaka, śrāddha, tarpaṇa, dāna—et à des mérites : purification, relèvement des ancêtres, prospérité, santé et fruits orientés vers la délivrance. Une partie ultérieure introduit le discours d’un « saugata » (ascète/enseignant), insistant sur des principes éthiques universels, surtout l’ahiṃsā (non-violence) comme dharma suprême et la compassion comme norme la plus haute. Le chapitre se clôt par une phalaśruti promettant que lire ou entendre ce récit accomplit les buts, à l’image de Viṣṇu exauçant les vœux et de Śiva « accomplisseur de la pensée ».

Shlokas

Verse 1

अगस्त्य उवाच । किं चकार हरः स्कंद मंदराद्रिगतस्तदा । विलंबमालंबयति तस्मिन्नपि गजानने

Agastya dit : «Ô Skanda, que fit alors Hara (Śiva), lorsqu’il se rendit au mont Mandara, tandis que Celui au visage d’éléphant (Gaṇeśa) tardait encore ?»

Verse 2

स्कंद उवाच । शृण्वगस्त्य कथां पुण्यां कथ्यमानां मयाधुना । वाराणस्येकविषयामशेषाघौघनाशिनीम्

Skanda dit : «Écoute, ô Agastya, ce récit sacré que je te rapporte à présent—portant uniquement sur Vārāṇasī—qui anéantit tout le déluge des péchés.»

Verse 3

करींद्रवदने तत्र क्षेत्रवर्येऽविमुक्तके । विलंबभाजित्र्यक्षेण प्रैक्षिक्षिप्रमधोक्षजः

Là, dans ce lieu sacré par excellence—Avimukta—tandis que l’Elephantin tardait, Adhokṣaja (Viṣṇu) tourna promptement son regard vers le Seigneur aux Trois Yeux (Śiva).

Verse 4

प्रोक्तोथ बहुशश्चेति बहुमानपुरःसरम् । तथा त्वमपि माकार्षीर्यथा प्राक्प्रस्थितैः कृतम्

«Cela, en vérité, a été dit maintes fois», dit-il, faisant précéder ses paroles d’un respect convenable. «Toi aussi, n’agis pas autrement ; fais comme l’ont fait ceux qui sont partis auparavant.»

Verse 5

श्रीविष्णुरुवाच । उद्यमः प्राणिभिः कार्यो यथाबुद्धि बलाबलम् । परं फलंति कर्माणि त्वदधीनानि शंकर

Śrī Viṣṇu dit : «Les êtres doivent faire effort selon leur intelligence de la force et de la faiblesse. Mais le fruit ultime des actes dépend de toi, ô Śaṅkara.»

Verse 6

अचेतनानि कर्माणि स्वतंत्राः प्राणिनोपि न । त्वं च तत्कर्मणां साक्षी त्वं च प्राणिप्रवर्तकः

«Les actes sont sans conscience, et les êtres vivants eux-mêmes ne sont pas vraiment indépendants. Tu es le témoin de ces actes, et tu es l’inspirateur qui met les êtres en mouvement.»

Verse 7

किंतु त्वत्पादभक्तानां तादृशी जायते मतिः । यया त्वमेव कथयेः साध्वनेनत्वनुष्ठितम्

Mais chez ceux qui sont dévoués à Tes pieds sacrés naît une telle intelligence, par laquelle Toi-même déclares : «Il l’a accompli comme il se doit».

Verse 8

यत्किंचिदिह वै कर्मस्तोकं वाऽस्तोकमेव वा । तत्सिद्ध्यत्येव गिरिश त्वत्पादस्मृत्यनुष्ठितम्

Toute action accomplie ici—petite ou grande—ô Seigneur de la Montagne, atteint assurément le succès lorsqu’elle est faite dans le souvenir de Tes pieds sacrés.

Verse 9

सुसिद्धमपि वै कार्यं सुबुद्ध्यापि स्वनुष्ठितम् । अत्वत्पदस्मृतिकृतं विनश्यत्येव तत्क्षणात्

Même une œuvre bien établie, accomplie avec une intelligence juste, périt à l’instant si elle est faite sans le souvenir de Tes pieds.

Verse 10

शंभुना प्रेषितेनाद्य सूद्यमः क्रियते मया । त्वद्भक्तिसंपत्तिमतां संपन्नप्राय एव नः

Aujourd’hui, sur l’ordre de Śambhu, j’entreprends un effort ardent ; car pour ceux qui possèdent la richesse de la dévotion envers Toi, l’accomplissement est presque assuré.

Verse 11

अतीव यदसाध्यं स्यात्स्वबुद्धिबलपौरुषैः । तत्कार्यं हि सुसिद्धं स्यात्त्वदनुध्यानतः शिव

Même ce qui serait tout à fait impossible par l’intellect, la force et l’effort humains, devient parfaitement accompli par la méditation sur Toi, ô Śiva.

Verse 12

यांति प्रदक्षिणीकृत्य ये भवंतं भवं विभो । भवंति तेषां कार्याणि पुरोभूतानि ते भयात्

Ceux qui, après t’avoir fait la circumambulation, ô Bhava, Seigneur tout-puissant, s’avancent, voient leurs œuvres déjà accomplies d’avance, comme si elles accouraient devant eux par crainte de ta puissance.

Verse 13

जातं विद्धि महादेव कार्यमेतत्सुनिश्चितम् । काशीप्रावेशिकश्चिंत्य शुभलग्नोदयः परम्

Sache, ô Mahādeva, que cette œuvre est déjà accomplie, résolue avec certitude. L’instant suprêmement propice pour entrer à Kāśī s’est levé; accueille-le sans hésitation.

Verse 14

अथवा काशिसंप्राप्तौ न चिंत्यं हि शुभाशुभम् । तदैव हि शुभः कालो यदैवाप्येत काशिका

Ou bien, une fois parvenu à Kāśī, nul besoin de s’inquiéter des signes favorables ou défavorables; car ce moment même est propice, précisément quand Kāśikā est atteinte.

Verse 15

शंभुं प्रदक्षिणीकृत्य प्रणम्य च पुनःपुनः । प्रतस्थेऽथ सलक्ष्मीको मंदराद्गरुडध्वजः

Après avoir fait la circumambulation de Śambhu et s’être prosterné maintes fois, Viṣṇu, au drapeau de Garuḍa, accompagné de Lakṣmī, partit alors du Mandara.

Verse 16

दृशोरतिथितां नीत्वा विष्णुर्वाराणसीं ततः । पुंडरीकाक्ष इत्याख्यां सफलीकृतवान्मुदा

Puis Viṣṇu, faisant de Vārāṇasī une « hôte » pour ses yeux en la contemplant, rendit avec joie pleinement véridique et accompli le nom de « Puṇḍarīkākṣa ».

Verse 17

गंगावरणयोर्विष्णुः संभेदे स्वच्छमानसः । प्रक्षाल्य पाणिचरणं सचैलः स्नातवानथ

Au confluent de la Gaṅgā et de la Varaṇā, Viṣṇu—l’esprit paisible et limpide—lava ses mains et ses pieds, puis s’y baigna, encore revêtu de ses vêtements.

Verse 18

तदाप्रभृति तत्तीर्थं पादोदकमितीरितम् । पादौ यदादौ शुभदौ क्षालितौ पीतवाससा

Dès lors, ce gué sacré fut nommé « Pādodaka », car c’est là, au tout commencement, que furent lavés les pieds de bon augure de Pītavāsā—Viṣṇu, revêtu de jaune.

Verse 19

तत्र पादोदके तीर्थे ये स्नास्यंतीह मानवाः । तेषां विनश्यति क्षिप्रं पापं सप्तभवार्जितम्

Ceux qui s’y baignent, au gué sacré de Pādodaka, détruisent promptement les péchés amassés au cours de sept naissances.

Verse 20

तत्र श्राद्धं नरः कृत्वा दत्त्वा चैव तिलोदकम् । सप्तसप्त तथा सप्त स्ववंश्यांस्तारयिष्यति

L’homme qui y accomplit le śrāddha et offre l’eau mêlée de sésame délivrera sa propre lignée—sept fois sept, et encore sept (générations).

Verse 21

गयायां यादृशी तृप्तिर्लभ्यते प्रपितामहैः । तीर्थे पादोदके काश्यां तादृशी लभ्यते ध्रुवम्

La même satisfaction que les ancêtres obtiennent à Gayā s’obtient assurément à Kāśī, au gué sacré de Pādodaka.

Verse 22

कृतपादोदक स्नानं पीतपादोदकोदकम् । दत्तपादोदपानीयं नरं न निरयः स्पृशेत्

Celui qui s’est baigné dans le saint Pādodaka, qui a bu cette eau de pādodaka et l’a offerte aussi comme boisson sacrée, l’enfer ne l’effleure point.

Verse 23

विष्णुपादोदके तीर्थे प्राश्य पादोदकं सकृत् । जातुचिज्जननीस्तन्यं न पिबेदिति निश्चितम्

Au gué sacré de Viṣṇu-Pādodaka, dès qu’on a goûté le pādodaka ne fût-ce qu’une seule fois, il est tenu pour certain qu’on ne doit plus jamais boire le lait de sa mère.

Verse 24

सचक्र शालग्रामस्य शंखेन स्नापितस्य च । अद्भिः पादोदकस्यांबु पिबन्नमृततां व्रजेत्

Qui boit l’eau de pādodaka—l’eau ayant servi à baigner le Śālagrāma marqué du disque, baigné au moyen d’une conque—parvient à l’immortalité (amṛtatva).

Verse 25

विष्णुपादोदके तीर्थे विष्णुपादोदकं पिबेत् । यदि तत्सुधया किं नु बहुकालीनयातया

Au gué sacré de Viṣṇu-Pādodaka, qu’on boive le pādodaka de Viṣṇu; car si cela est nectar en soi, à quoi bon un « amṛta » éventé, conservé trop longtemps ?

Verse 26

काश्यां पादोदके तीर्थे यैः कृता नोदकक्रियाः । जन्मैव विफलं तेषां जलबुद्बुद सश्रियाम्

Ceux qui n’accomplissent pas les rites d’eau au saint Pādodaka de Kāśī—bien qu’ils aient l’éclat fugitif de la vie, tel une bulle sur l’eau—rendent vaine leur propre naissance.

Verse 27

कृतनित्यक्रियो विष्णुः सलक्ष्मीकः सकाश्यपिः । उपसंहृत्य तां मूर्तिं त्रैलोक्यव्यापिनीं तथा

Viṣṇu, ayant accompli ses rites quotidiens, avec Lakṣmī et aussi avec Kāśyapa, retira cette Forme qui se déployait à travers les trois mondes.

Verse 28

विधाय दार्षदीं मूर्तिं स्वहस्तेनादिकेशवः । स्वयं संपूजयामास सर्वसिद्धिसमृद्धिदाम्

Ayant façonné de Ses propres mains une image de pierre, Ādikeśava Lui-même l’adora, icône qui accorde la plénitude de toute réussite et l’abondance propice.

Verse 29

आदिकेशवनाम्नीं तां श्रीमूर्तिं पारमेश्वरीम् । संपूज्य मर्त्यो वैकुंठं मन्यते स्वगृहांगणम्

Après avoir dûment honoré cette glorieuse Image suprême nommée Ādikeśava, le mortel en vient à tenir même la cour de sa demeure pour Vaikuṇṭha lui-même.

Verse 30

श्वेतद्वीप इति ख्यातं तत्स्थानं काशिसीमनि । श्वेतद्वीपे वसंत्येव नरास्तन्मूर्तिसेवकाः

Ce lieu, aux confins de Kāśī, est renommé ‘Śvetadvīpa’. En vérité, les hommes qui servent cette sainte Image demeurent en Śvetadvīpa.

Verse 31

क्षीराब्धिसंज्ञं तत्रान्यत्तीर्थं केशवतोग्रतः । कृतोदकक्रियस्तत्र वसेत्क्षीराब्धिरोधसि

Là se trouve un autre tīrtha nommé ‘Kṣīrābdhi’, devant Keśava. Après y avoir accompli les rites de l’eau, qu’on demeure, en observance, sur la rive de Kṣīrābdhi.

Verse 32

तत्र श्राद्धं नरः कृत्वा गां दत्त्वा च पयस्विनीम् । यथोक्तसर्वाभरणां क्षीरोदे वासयेत्पितॄन्

Là, après avoir accompli le śrāddha et offert une vache laitière parée selon l’ordonnance, l’homme fait demeurer ses ancêtres, comblés, en Kṣīroda, le domaine de l’Océan de Lait.

Verse 33

एकोत्तरशतं वंश्यान्नवेत्पायस कर्दमम् । क्षीरोदरोधः पुण्यात्मा भक्त्या तत्रैकधेनुदः

Un seul don de vache, offert là avec dévotion par une âme méritante sur la rive de Kṣīroda, procure une pleine satiété—comme de payasa et d’offrandes sucrées—à cent un descendants de la lignée.

Verse 34

बह्वीश्च नैचिकीर्दत्त्वा श्रद्धयात्र सदक्षिणाः । शय्योत्तरांश्च प्रत्येकं पितॄंस्तत्र सुवासयेत्

En offrant là de nombreuses oblations naicikī, avec foi et la dakṣiṇā requise, et en donnant des lits ainsi que des présents supplémentaires, on fait demeurer chacun des ancêtres, à l’aise, dans ce séjour sacré.

Verse 35

क्षीरोदाद्दक्षिणे तत्र शंखतीर्थमनुत्तमम् । तत्रापि संतर्प्यपितॄन्विष्णुलोकेमहीयते

Au sud de Kṣīroda se trouve l’incomparable Śaṅkha-tīrtha. Là aussi, en comblant les ancêtres, on est honoré dans le monde de Viṣṇu.

Verse 36

तद्याम्यां चक्रतीर्थं च पितॄणामपि दुर्लभम् । तत्रापि विहितश्राद्धो मुच्यते पैतृकादृणात्

Plus au sud se trouve le Cakra-tīrtha, rare même pour les ancêtres. Là aussi, celui qui accomplit le śrāddha selon l’injonction est délivré de la dette envers les pères.

Verse 37

तत्संन्निधौ गदातीर्थं विष्वगाधिनिबर्हणम् । तारणं च पितॄणां वै कारणं चैनसां क्षये

Tout près de celui-là (Cakra-tīrtha) se trouve Gadā-tīrtha, qui anéantit les afflictions profondément enracinées. Il est vraiment cause de la délivrance des Pitṛs (ancêtres) et de l’extinction des péchés.

Verse 38

पद्मतीर्थं तदग्रे तु तत्र स्नात्वा नरोत्तमः । पितॄन्संतर्प्य विधिना पद्मयानेव हीयते

Devant celui-là se trouve Padma-tīrtha. Le meilleur des hommes, s’y étant baigné et ayant, selon le rite prescrit, comblé les Pitṛs, s’en va comme porté par un char aérien de lotus.

Verse 39

तत्रैव च महालक्ष्म्यास्तीर्थं त्रैलोक्यविश्रुतम् । स्वयं यत्र महालक्ष्मीः स्नाता त्रैलोक्यहर्षदा

Là même se trouve le tīrtha de Mahālakṣmī, renommé dans les trois mondes, où Mahālakṣmī elle-même se baigna jadis, donnant la joie aux trois mondes.

Verse 40

तत्र तीर्थे कृतस्नानो दत्त्वा रत्नानि कांचनम् । पट्टांबराणि विप्रेभ्यो न लक्ष्म्या परिहीयते

S’étant baigné en ce tīrtha et ayant offert aux brāhmaṇas des joyaux, de l’or et de nobles étoffes de soie, sa Lakṣmī (prospérité) ne diminue jamais.

Verse 41

यत्रयत्र हि जायेत तत्रतत्र समृद्धिमान् । पितरोपि हि सुश्रीकास्तस्य स्युस्तीर्थगौरवात्

Où qu’il renaisse, là même il sera comblé de prospérité; et même ses ancêtres seront parés de richesse et d’éclat, par la majesté de ce tīrtha.

Verse 42

तत्रास्ति हि महालक्ष्म्या मूर्तिस्त्रैलोक्यवंदिता । तां प्रणम्य नरो भक्त्या न रोगी जायते क्वचित्

Là se tient une effigie de Mahālakṣmī, vénérée dans les trois mondes. Celui qui se prosterne devant Elle avec bhakti ne naît jamais atteint de maladie.

Verse 43

नभस्य बहुलाष्टम्यां कृत्वा जागरणं निशि । समभ्यर्च्य महालक्ष्मीं व्रती व्रतफलं लभेत्

Au jour de bahulāṣṭamī, la huitième nuit sombre du mois de Nabhas (Bhādrapada), en veillant toute la nuit et en honorant dûment Mahālakṣmī, l’ascète du vœu reçoit le fruit complet de son vrata.

Verse 44

तार्क्ष्य तीर्थं हि तत्रास्ति तार्क्ष्यकेशवसन्निधौ । तत्र स्नात्वा नरो भक्त्या संसाराहिं न पश्यति

Là se trouve aussi le Tārkṣya-tīrtha, près de Tārkṣya-Keśava. S’y baignant avec bhakti, l’homme ne voit plus le serpent du saṃsāra.

Verse 45

तदग्रे नारदं तीर्थं महापातकनाशनम् । ब्रह्मविद्योपदेशं च प्राप्तवान्यत्र नारदः

Au-delà se trouve le Nārada-tīrtha, qui détruit les grands péchés ; c’est là que Nārada reçut l’enseignement de la brahma-vidyā, la connaissance de Brahman.

Verse 46

तत्र स्नातो नरः सम्यग्ब्रह्मविद्यामवाप्नुयात् । केशवात्तेन तत्रोक्तः काश्यां नारदकेशवः

Celui qui s’y baigne obtient véritablement la brahma-vidyā. C’est pourquoi, à Kāśī, le Keśava de ce lieu est nommé « Nārada-Keśava ».

Verse 47

अर्चयित्वा नरो भक्त्या देवं नारदकेशवम् । जनन्या जठरं पीठमध्यास्ते न कदाचन

Après avoir adoré avec ferveur le Seigneur Nārada-Keśava, l’homme ne gît plus jamais dans le sein de sa mère, ni ne repose sur le siège de l’enfantement, à aucun moment.

Verse 48

प्रह्लादतीर्थं तस्याग्रे यत्र प्रह्लादकेशवः । तत्र श्राद्धादिकं कृत्वा विप्णुलोके महीयते

Devant ce sanctuaire se trouve le Prahlāda-tīrtha, où demeure Prahlāda-Keśava. Celui qui y accomplit le Śrāddha et les rites connexes est honoré dans le monde de Viṣṇu.

Verse 49

आंबरीषमहातीर्थमघघ्नं तस्य सन्निधौ । तत्रौदकीं क्रियां कुर्वन्निष्कालुष्यं लभेन्नरः

Tout près se trouve le grand Āmbārīṣa-tīrtha, qui détruit les péchés. En y accomplissant les rites d’eau, l’homme obtient une pureté sans tache ni souillure.

Verse 50

आदित्यकेशवः पूज्य आदिकेशव पूर्वतः । तस्य संदर्शनादेव मुच्यते चोच्चपातकैः

Āditya-Keśava est digne d’adoration, établi à l’est d’Ādi-Keśava. Par le seul fait de le contempler, on est délivré même des fautes les plus lourdes.

Verse 51

दत्तात्रेयेश्वरं तीर्थं तत्रैवादिगदाधरः । पितॄन्संतर्प्य तत्रैव ज्ञानयोगमवाप्नुयात्

Là se trouve le tīrtha de Dattātreyeśvara, et là même se tient Ādi-Gadādhara. Après y avoir comblé les Pitṛs (ancêtres), on obtient le yoga de la connaissance spirituelle.

Verse 52

भृगुकेशवपूर्वेण तीर्थं वै भार्गवं परम् । तत्र स्नातो नरः प्राज्ञो भवेद्भार्गववत्सुधीः

À l’est de Bhṛgu-Keśava se trouve, en vérité, le suprême Bhārgava-tīrtha. Celui qui s’y baigne, homme avisé, devient sage et clairvoyant, tel un Bhārgava.

Verse 53

तत्र वामनतीर्थं च प्राच्यां वामनकेशवात् । पूजयित्वा च तं विष्णुं वसेद्वामनसन्निधौ

Là se trouve aussi le Vāmana-tīrtha, à l’est de Vāmana-Keśava. Après avoir vénéré ce Viṣṇu, que le dévot demeure en la présence de Vāmana.

Verse 54

नरनारायणं तीर्थं नरनारायणात्पुरः । तत्र तीर्थे कृतस्नानो नरो नारायणो भवेत्

Devant Nara-Nārāyaṇa se tient le Nara-Nārāyaṇa-tīrtha. Celui qui s’y baigne devient semblable à Nārāyaṇa, paré d’une auspiciosité divine.

Verse 55

यज्ञवाराह तीर्थं च तदग्रे पापनाशनम् । प्रतिमज्जनतस्तत्र राजसूय क्रतोः फलम्

Il y a aussi le Yajña-Vārāha-tīrtha, devant lui, qui anéantit les péchés. En s’y immergeant à maintes reprises, on obtient le fruit du sacrifice Rājasūya.

Verse 56

विदारनारसिंहाख्यं तत्र तीर्थं सुनिर्मलम् । स्नातो विदारयेत्तत्र पापं जन्मशतार्जितम्

Là se trouve le tīrtha très pur nommé Vidāra-Narasiṃha. Celui qui s’y baigne déchire et détruit les péchés amassés durant cent naissances.

Verse 57

गोपिगोविंद तीर्थं च गोपिगोविंदपूर्वतः । स्नात्वा तत्र समभ्यर्च्य विष्णुं विष्णुप्रियो भवेत्

Il est aussi un tīrtha nommé Gopī-Govinda, à l’est de Gopī-Govinda. En s’y baignant et en vénérant Viṣṇu avec respect, on devient cher à Viṣṇu.

Verse 58

तीर्थं लक्ष्मीनृसिंहाख्यं गोपिगोविंद दक्षिणे । न लक्ष्म्या त्यज्यते क्वापि तत्तीर्थं परिमज्जनात्

Au sud de Gopī-Govinda se trouve le tīrtha sacré nommé Lakṣmī-Nṛsiṃha. En s’y immergeant, Lakṣmī —fortune et grâce divine— ne délaisse jamais l’âme, en aucun lieu ni en aucun temps.

Verse 59

तदग्रे शेषतीर्थं च शेषमाधवसन्निधौ । तर्पितानां पितॄणां च यत्र तृप्तिर्न शिष्यते

Devant cela se trouve Śeṣa-tīrtha, près de Śeṣa-Mādhava. Là, lorsque l’on offre le tarpaṇa aux Pitṛs (ancêtres), leur contentement ne décroît pas et demeure accompli.

Verse 60

शंखमाधवतीर्थं च तदवाच्यां सुनिर्मलम् । कृतोदको नरस्तत्र भवेत्पापोपि निर्मलः

Et il y a le tīrtha de Śaṅkha-Mādhava, proclamé d’une pureté parfaite. Celui qui y accomplit le rite de l’eau, le bain sacré, devient pur, même chargé de fautes.

Verse 61

तदग्रे च हयग्रीवं तीर्थं परमपावनम् । तत्र स्नात्वा हयग्रीवं केशवं परिपूज्य च

Au-delà se trouve le tīrtha de Hayagrīva, souverainement purificateur. Après s’y être baigné, qu’on vénère aussi Keśava sous la forme de Hayagrīva, avec entière dévotion.

Verse 62

पिंडं च तत्र निर्वाप्य हयग्रीवस्य सन्निधौ । हायग्रीवीं श्रियं प्राप्य समुच्येत सपूर्वजः

Et, après y avoir offert le piṇḍa en la présence de Hayagrīva, on obtient la prospérité accordée par Hayagrīva et l’on est élevé avec ses ancêtres.

Verse 63

स्कंद उवाच । प्रसंगतो मयैतानि तीर्थानि कथितानि ते । भूमौ तिलांतरायां यत्तत्र तीर्थान्यनेशः

Skanda dit : Incidemment, je t’ai exposé ces tīrthas. Dans la contrée terrestre appelée Tilāntarā, il existe en vérité d’innombrables gués sacrés, ô Seigneur.

Verse 64

पातालं गमितः पूर्वं हरिणा विक्रमैस्त्रिभिः । वृत्तवानपि वै वृत्रः सुत्राम्णा विनिसूदितः

Autrefois, Hari atteignit Pātāla par ses trois enjambées ; et Vṛtra aussi, bien que redoutable, fut mis à mort par Sutrāman (Indra).

Verse 65

उद्दिष्टानां तु तीर्थानामेतेषां कलशोद्भव । नाममात्रमपि श्रुत्वा निष्पापो जायते नरः । इदानीं प्रस्तुतं विप्र शृणु वक्ष्यामि तेग्रतः । वैकुंठनाथो यच्चक्रे शंखचक्रगदाधरः

Ô Kalaśodbhava (Agastya), parmi ces tīrthas indiqués, le simple fait d’en entendre ne serait-ce que les noms rend l’homme sans péché. À présent, ô brāhmane, écoute ce qui s’impose ; je te dirai en ta présence ce que fit Vaikuṇṭhanātha, le Seigneur portant conque, disque et massue.

Verse 66

तस्यां मूर्तौ समावेश्य कैशव्यामथ केशवः । शंभोः कार्ये कृतमना अंशांशांशेन निर्गतः

Alors Keśava, s’étant introduit dans cette forme kaiśavī, et résolu à accomplir l’œuvre de Śambhu, se manifesta par une fraction d’une fraction d’une fraction de sa puissance.

Verse 67

अगस्त्य उवाच । अंशांशांशेन निश्चक्रे कुतो भोश्चक्रपाणिना । क्व निर्गतं च हरिणा प्राप्य काशीं षडानन

Agastya dit : Ô Ṣaḍānana, d’où Cakrapāṇi (Viṣṇu) surgit-il par cette infime parcelle ? Et, parvenu à Kāśī, en quel lieu précis Hari se manifesta-t-il ?

Verse 68

स्कंद उवाच । सामस्त्येन यदर्थं न निर्गतं विष्णुना मुने । ब्रुवे तत्कारणमिति क्षणमात्रं निशामय

Skanda dit : «Ô sage, écoute seulement un instant, tandis que j’expose la cause pour laquelle Viṣṇu ne s’en est pas allé entièrement, en plénitude».

Verse 69

संप्राप्य पुण्यसंभारैः प्राज्ञो वाराणसीं पुरीम् । न त्यजेत्सर्वभावेन महालाभैरपीरितः

Ayant atteint la cité de Vārāṇasī grâce à des réserves de mérite amassées, le sage ne doit jamais l’abandonner de tout son être, ni se laisser attirer même par de grands profits du monde.

Verse 70

अतः प्रतिकृतिः स्वीया तत्र काश्यां मुरारिणा । प्रतितस्थे कलशजस्तोकांशेन च निर्गतम्

Ainsi, à Kāśī, Murāri (Viṣṇu) y établit sa propre représentation; et le sage né du vase d’eau (Agastya) s’en alla, mais seulement pour une infime part.

Verse 71

किंचित्काश्या उदीच्यां च गत्वा देवेन चक्रिणा । स्वस्थित्यै कल्पितं स्थानं धर्मक्षेत्रमितीरितम्

S’étant avancé un peu au nord de Kāśī, le Seigneur porteur du disque (Cakrin) façonna un lieu pour sa propre demeure ; on le célèbre sous le nom de « Dharmakṣetra », le Champ du Dharma.

Verse 72

ततस्तु सौगतं रूपं शिश्राय श्रीपतिः स्वयम् । अतीव सुंदरतरं त्रैलोक्यस्यापिमोहनम्

Alors Śrīpati lui-même prit une forme Saugata, semblable à celle des bouddhistes : d’une beauté suréminente, enchanteresse même pour les trois mondes.

Verse 73

श्रीः परिव्राजिका जाता नितरां सुभगाकृतिः । यामालोक्य जगत्सर्वं चित्रन्यस्तमिवास्थितम्

Śrī (Lakṣmī) devint une renonçante errante, d’une beauté éminemment propice ; à sa vue, l’univers entier demeura immobile, comme posé sur une peinture.

Verse 74

विश्वयोनिं जगद्धात्रीं न्यस्तहस्ताग्रपुस्तकाम् । गरुत्मानपि तच्छिष्यो जातो लोकोत्तराकृतिः

Cette Mère du Monde—matrice de l’univers, soutien de la création—tenait un livre au bout de sa main abaissée ; et même Garuḍa devint son disciple, revêtant une forme au-delà du monde commun.

Verse 75

अत्यद्भुत महाप्राज्ञो निःस्पृहः सर्ववस्तुषु । गुरुशुश्रूषणपरो न्यस्तहस्ताग्रपुस्तकः

Il était des plus merveilleux et d’une grande sagesse, sans désir pour aucune chose ; voué au service du maître, tenant un livre au devant de sa main abaissée.

Verse 76

अपृच्छत्परमं धर्मं संसारविनिमोचकम् । आचार्यवर्यं सौम्यास्यं प्रसन्नात्मानमुत्तमम्

Il interrogea le maître éminent sur le dharma suprême qui délivre du saṃsāra ; ce maître, au visage doux, à l’âme paisible, d’une excellence parfaite.

Verse 77

धर्मार्थशास्त्रकुशलं ज्ञानविज्ञानशालिनम् । सुस्वरं सुपदव्यक्ति सुस्निग्धमृदुभाषिणम्

Il contempla le maître : expert des śāstra du dharma et de l’artha, riche de savoir et de compréhension réalisée ; à la voix harmonieuse, à l’expression limpide, parlant avec douceur, tendresse et bienveillance.

Verse 78

स्तंभनोच्चाटनाकृष्टि वशीकर्मादिकोविदम् । व्याख्यानसमयाकृष्ट पक्षिरोमांचकारिणम्

Il excellait en actes tels que l’immobilisation, l’éloignement, l’attraction et la subjugation ; et lorsqu’il commença son enseignement, même les oiseaux furent attirés et frémirent d’extase.

Verse 79

पीततद्गीतपीयूष मृगपूगैरुपासितम् । महामोदभराक्रांत वातचांचल्यहारिणम्

Des hardes de cerfs, ayant bu le nectar de son chant, le servaient ; submergés d’une grande joie, ils étaient délivrés de l’instabilité inquiète de l’esprit, semblable au vent.

Verse 80

वृक्षैरपि पतत्पुष्पच्छलैःकृतसमर्चनम् । ततःप्रोवाच पुण्यात्मा पुण्यकीर्तिः स सौगतः

Même les arbres, sous le prétexte de fleurs qui tombaient, semblaient accomplir une offrande de vénération. Alors prit la parole cet être vertueux, Puṇyakīrti, le bouddhiste à la renommée sainte.

Verse 81

शिष्यं विनयकीर्तिं तं महाविनयभूषणम्

Ce disciple, Vinayakīrti, était paré d’une grande humilité et d’une discipline exemplaire.

Verse 82

रत्नाकरे रत्नसंख्या संख्याविद्भिरपीष्यते । लिंगप्रतिष्ठा पुण्यस्य न तु संख्येति लिख्यते

Dans un océan de gemmes, même les maîtres du calcul reconnaissent le nombre des joyaux ; mais le mérite d’établir un Śiva-liṅga ne saurait s’écrire en nombre.

Verse 83

अनादिसिद्धः संसारः कर्तृकर्मविवर्जितः । स्वयं प्रादुर्भवेदेष स्वयमेव विलीयते

Le saṃsāra est établi sans commencement, dépourvu de véritable agent et d’acte ; de lui-même il surgit, et de lui-même il se résorbe.

Verse 84

ब्रह्मादिस्तंबपर्यंतं यावद्देहनिबंधनम् । आत्मैवैकेश्वरस्तत्र न द्वितीयस्तदीशिता

De Brahmā jusqu’à une simple touffe d’herbe, tant qu’il y a lien au corps, là le Soi seul est l’unique Seigneur ; il n’est point de second maître en dehors de Cela.

Verse 85

यद्ब्रह्मविष्णुरुद्राद्यास्तथाख्या देहिनामिमाः । आख्या यथास्मदादीनां पुण्यकीर्त्यादिरुच्यते

De même que les êtres incarnés sont désignés par des noms tels que « Brahmā », « Viṣṇu » et « Rudra », de même, pour des gens comme nous, il est des noms—tel « Puṇyakīrti »—que l’usage courant prononce.

Verse 86

देहो यथा स्मदादीनां स्वकालेन विलीयते । ब्रह्मादि मशकांतानां स्वकालाल्लीयते तथा

De même que le corps de gens comme nous se défait en son temps, de même les corps de tous—de Brahmā jusqu’au moustique—se résorbent lorsque leur heure advient.

Verse 87

विचार्यमाणे देहेस्मिन्नकिंचिदधिकं क्वचित् । आहारो मैथुनं निद्रा भयं सर्वत्र यत्समम्

Lorsqu’on examine ce corps, on ne trouve nulle part rien de supérieur : nourriture, union charnelle, sommeil et crainte sont semblables chez tous les êtres.

Verse 88

निजाहारपरीमाणं प्राप्य सर्वोपि देहभृत् । सदृशीमेव संतृप्तिं प्राप्नुयान्नाधिकेतराम्

Tout être incarné, ayant obtenu la juste mesure de sa propre nourriture, atteint une satiété conforme à cette mesure, ni plus grande ni autre que ce qui convient.

Verse 89

यथा वितृषिताः स्याम पीत्वा पेयं मुदा वयम् । तृषितास्तु तथान्येपि न विशेषोल्पकोधिकः

De même que, assoiffés, nous apaisons notre soif en buvant avec joie une boisson, de même les autres assoiffés ; en cela, nulle différence particulière, ni petite ni grande.

Verse 90

संतु नार्यः सहस्राणि रूपलावण्यभूमयः । परं निधुवने काले ह्येकैवेहोपयुज्यते

Quand bien même il y aurait des milliers de femmes, riches de beauté et de grâce, à l’heure de l’union intime, ici une seule est réellement engagée.

Verse 91

अश्वाः परः शताः संतु संत्वनेकेप्यनेकषाः । अधिरोहे तथाप्येको न द्वितीयस्तथात्मनः

Quand bien même il y aurait plus de cent chevaux, nombreux et de maintes sortes, pour monter et chevaucher on n’en use que d’un seul ; point de second en même temps.

Verse 92

पर्यंकशायिनां स्वापे सुखं यदुपपद्यते । तदेव सौख्यं निद्रायामिह भूशायिनामपि

La félicité qui surgit dans le sommeil de ceux qui reposent sur une couche est la même félicité, dans le sommeil, même pour ceux qui gisent à même le sol.

Verse 93

यथैव मरणाद्भीतिरस्मदादि वपुष्मताम् । ब्रह्मादिकीटकांतानां तथा मरणतो भयम्

De même que la crainte de la mort habite les êtres incarnés tels que nous, de même la crainte de la mort existe pour tous, de Brahmā jusqu’au plus infime insecte.

Verse 94

सर्वेतनुभृतस्तुल्या यदि बुद्ध्या विचार्यते । इदं निश्चित्य केनापि नो हिंस्यः कोपि कुत्रचित्

Si l’on réfléchit avec discernement, tous les êtres incarnés sont égaux. Ayant établi cela avec certitude, que nul ne blesse jamais aucun être, en aucun lieu.

Verse 95

धर्मो जीवदया तुल्यो न क्वापि जगतीतले । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन कार्या जीवदया नृभिः

Sur la face de la terre, il n’est point de dharma égal à la compassion envers les êtres vivants. C’est pourquoi, de tout effort, les hommes doivent pratiquer la bienveillance envers la vie.

Verse 96

एकस्मिन्रक्षिते जीवे त्रैलोक्यं रक्षितं भवेत् । घातिते घातितं तद्वत्तस्माद्रक्षेन्न घातयेत्

Lorsqu’une seule vie est protégée, c’est comme si les trois mondes étaient protégés ; lorsqu’une vie est tuée, c’est comme si les trois mondes étaient tués. Ainsi, qu’on protège et qu’on ne fasse pas tuer.

Verse 97

अहिंसा परमो धर्म इहोक्तः पूर्वसूरिभिः । तस्मान्न हिंसा कर्तव्या नरैर्नरकभीरुभिः

La non-violence (ahiṃsā) est le dharma suprême—ainsi l’ont déclaré ici les sages d’autrefois. C’est pourquoi ceux qui craignent le naraka ne doivent jamais commettre de violence.

Verse 98

न हिंसा सदृशं पापं त्रैलोक्ये सचराचरे । हिंसको नरकं गच्छेत्स्वर्गं गच्छेदहिंसकः

Dans les trois mondes, parmi les êtres mobiles et immobiles, nul péché n’égale la violence. Le violent va au naraka; le non-violent va au ciel.

Verse 99

संति दानान्यनेकानि किं तैस्तुच्छ फलप्रदैः । अभीति दानसदृशं परमेकमपीह न

Il est bien des dons, mais à quoi servent ceux qui ne donnent que des fruits dérisoires ? Ici, pas un seul don n’égale le don suprême de l’intrépidité (abhaya).

Verse 100

इह चत्वारि दानानि प्रोक्तानि परमर्षिभिः । विचार्य नानाशास्त्राणि शर्मणेत्र परत्र च

Ici, les grands ṛṣi, après avoir médité sur maintes śāstra, ont proclamé quatre sortes de dons, qui apportent le bien-être en ce monde et dans l’autre.

Verse 110

वृक्षांश्छित्त्वा पशून्हत्वा कृत्वा रुधिरकर्दमम । दग्ध्वा वह्नौ तिलाज्यादि चित्रं स्वर्गोऽभिलप्यते

Après avoir abattu des arbres, tué des bêtes et fait une fange de sang—puis brûlé dans le feu sésame, ghee et autres—les gens, chose étrange, parlent du « ciel » comme d’un but.

Verse 120

मुधा जातिविकल्पोयं लोकेषु परिकल्प्यते । मानुष्ये सति सामान्ये कोधमः कोथ चोत्तमः

Vaîne est la notion des « distinctions de caste » que l’on forge dans les mondes. Si l’humanité est commune à tous, qui donc est vraiment vil, et qui, en vérité, supérieur ?

Verse 130

वंध्यानां चापि वंध्यात्वं सा परिव्राजिकाहरत् । तैस्तैश्च कार्मणोपायैरसौ भाग्यवतीः स्त्रियः

Cette nonne errante ôta même la stérilité des femmes stériles ; par divers moyens occultes, elle rendit les femmes «fortunées», comme bénies d’un heureux destin.

Verse 140

विलोक्य तं समायातं दूरादुत्कंठितो नृपः । मेने भवेद्गुरुरयं युक्तो मदुपदेशने

Le voyant s’approcher de loin, le roi, le cœur tendu d’attente, pensa : «Celui-ci serait un guru digne de m’instruire».

Verse 150

अधुना गुरुरेधित्वं मम भाग्योदयागतः । राज्यं तु प्रकरोम्येवं न्यक्कृतांतकसाध्वसम्

À présent, par l’essor de ma bonne fortune, la grandeur d’un guru est entrée dans ma vie. Ainsi administrerai-je mon royaume, ayant dompté la crainte de Yama, la Mort.

Verse 160

विरिंचिं सारथिं कृत्वा कृत्वा विष्णुं च पत्त्रिणम् । रथचक्रे पुष्पवंतौ प्रतोदं प्रणवात्मकम्

Faisant de Viriñci (Brahmā) le cocher, et de Viṣṇu l’oiseau (monture/étendard), avec des roues de char pleines de fleurs et un aiguillon formé du sacré Praṇava (Oṃ)…

Verse 170

इदानीं दिश मे तात कर्मनिर्मूलनक्षमम् । उपायं त्वमुपायज्ञ येन निर्वृतिमाप्नुयाम्

À présent, cher père, indique-moi un moyen capable d’arracher le karma jusqu’à sa racine. Toi qui es expert en upāya, par lui puissé-je obtenir la paix et la délivrance.

Verse 180

संख्यास्ति यावती देहे देहिनो रोमसंभवा । तावतोप्यपराधा वै यांति लिंग प्रतिष्ठया

Autant il naît de poils sur le corps d’un être incarné, autant, en vérité, d’offenses sont anéanties par l’établissement d’un Śiva-liṅga.

Verse 190

अहो उदर्क एतस्य न कैश्चित्प्रतिपद्यते । अस्माकमपि यद्दूरमदवीयस्तदस्य यत्

Hélas ! Nul ne saisit vraiment l’ultime issue de cela. Même ce qui nous paraît lointain est, pour lui, plus lointain encore.

Verse 200

विलोक्य काशीं परितो मायाद्विजवपुर्हरिः । भूयोभूयो विचार्यापि किमत्रातीव पावनम्

Hari, ayant revêtu par sa māyā le corps d’un brāhmaṇa, contempla Kāśī de tous côtés. Réfléchissant encore et encore, il se demanda : «Qu’y a-t-il ici de souverainement purificateur ?»

Verse 210

अभिषिच्य महाबुद्धिः पौराञ्जानपदानपि । प्रसादीकृत्य पुण्यात्मा पुनः काशीमगान्नृपः

Le roi à la grande intelligence, après avoir accompli l’onction sacrée (abhiṣeka) et s’être concilié les citadins comme les gens des campagnes, ce souverain à l’âme méritante retourna de nouveau à Kāśī.

Verse 220

दिव्यैर्दुकूलनेपथ्यैरलंचक्रे मुदान्वितैः । त्रिनेत्रीकृतसद्भाल श्यामीकृतशिरोधरम्

De vêtements divins et d’ornements, dans la joie il le para : sur le beau front il traça le signe du Dieu aux Trois Yeux, et il assombrit la chevelure de sa tête.

Verse 229

अस्याख्यानस्य पठनाद्विष्णोरिव मनोरथाः । संपूर्णतां गमिष्यंति शंभोश्चिंतितकारिणः

Par la lecture de ce récit sacré, les vœux chéris s’accomplissent—comme ceux accordés par Viṣṇu—car Śambhu accomplit ce que l’on médite.