
Agastya demande à Skanda d’identifier Harikeśa : sa lignée, ses austérités, et la manière dont il devient cher au Seigneur tout en se trouvant lié à l’autorité civique (motifs de daṇḍanāyaka/daṇḍapāṇi). Skanda raconte alors une généalogie de yakṣas issue de Gandhamādana : Ratnabhadra et son fils Pūrṇabhadra. Bien que prospère, Pūrṇabhadra souffre de l’absence d’enfant ; il se lamente que richesse et splendeur du palais sont vaines sans un « garbha-rūpa », un héritier. Son épouse Kanakakuṇḍalā lui donne un conseil théologique et pragmatique : l’effort humain et le karma antérieur se rencontrent, mais le remède décisif est de prendre refuge en Śaṅkara ; la bhakti envers Śiva accorde à la fois les buts mondains et les accomplissements suprêmes. Des exemples (Mṛtyuñjaya, Śvetaketu, Upamanyu) sont cités pour attester l’efficacité du service rendu à Śiva. Pūrṇabhadra adore Nādeśvara/Mahādeva et reçoit un fils nommé Harikeśa. L’enfant se distingue par une dévotion exclusive à Śiva : il façonne des liṅga de poussière, récite les noms de Śiva et ne reconnaît de réalité que le Seigneur aux Trois Yeux. Le conflit naît lorsque le père l’exhorte à l’apprentissage domestique et à la gestion des richesses ; Harikeśa, affligé, quitte la maison. Se souvenant de l’adage selon lequel ceux qui sont sans refuge trouvent en Vārāṇasī leur refuge, il se rend à Kāśī, décrite comme Ānandavana/Ānandakānana, où mourir procure la délivrance. Le discours de Śiva à Pārvatī loue la puissance libératrice de Kāśī—jusqu’à la libération en une seule vie et la protection des renonçants du kṣetra—préparant l’élévation future de Harikeśa.
Verse 1
अगस्त्य उवाच । बर्हियान समाचक्ष्व हरिकेशसमुद्भवम् । कोसौ कस्य सुतः श्रीमान्कीदृगस्य तपो महत्
Agastya dit : Ô Barhiyāna, raconte-moi celui qui est né de Harikeśa. Qui est cet être illustre, de qui est-il le fils, et quelle est la nature de sa grande austérité ?
Verse 2
कथं च देवदेवस्य प्रियत्वं समुपेयिवान् । काशीवासिजनीनोभूत्कथं वा दंडनायकः
Comment obtint-il la faveur chérie du Dieu des dieux ? Et comment naquit-il parmi les habitants de Kāśī, et comment, en vérité, devint-il le Daṇḍanāyaka, détenteur de l’autorité et du châtiment ?
Verse 3
एतदिच्छाम्यहं श्रोतुं प्रसादं कुरु मे विभो । अन्नदत्वं च संप्राप्तः कथमेष महामतिः
C’est cela que je désire entendre ; sois bienveillant envers moi, ô Seigneur. Comment cet être à la grande âme obtint-il l’état d’Annada, celui qui donne la nourriture et soutient la vie ?
Verse 4
संभ्रमो विभ्रमश्चोभौ कथं तदनुगामिनौ । विभ्रांतिकारिणौ क्षेत्रवैरिणां सर्वदा नृणाम्
Et comment ‘Saṃbhrama’ et ‘Vibhrama’, tous deux, sont-ils devenus ses suivants ? Comment demeurent-ils sans cesse des égareurs, semant la confusion chez les hommes ennemis du saint Kṣetra, Kāśī ?
Verse 5
स्कंद उवाच । सम्यगापृच्छि भवता काशीवासिसमाहितम् । कुंभसंभव विप्रर्षे दंडपाणि कथानकम्
Skanda dit : Tu as bien interrogé, ô Kumbha-sambhava, le meilleur des brāhmaṇas, au sujet du récit de Daṇḍapāṇi, dévoué à Kāśī et recueilli dans sa sainteté.
Verse 6
यदाकर्ण्य नरः प्राज्ञ काशीवासस्य यत्फलम् । निष्प्रत्यूहं तदाप्नोति विश्वभर्त्तुरनुग्रहात्
Ô sage, en entendant le fruit du séjour à Kāśī, l’homme obtient ce mérite sans obstacle, par la grâce du Soutien de l’univers.
Verse 7
रत्नभद्र इति ख्यातः पर्वते गंधमादने । यक्षः सुकृतलक्षश्रीः पुरा परम धार्मिकः
Autrefois, sur le mont Gandhamādana, vivait un Yakṣa renommé Ratnabhadra, comblé de la prospérité issue de maintes bonnes actions et d’une droiture suprême.
Verse 8
पूर्णभद्रं सुतं प्राप्य सोऽभूत्पूर्णमनोरथः । वयश्चरममासाद्य भुक्त्वा भोगाननेकशः
Ayant obtenu un fils nommé Pūrṇabhadra, il vit ses désirs comblés ; et parvenu au dernier âge de la vie, il avait goûté en abondance à maints plaisirs.
Verse 9
शांभवेनाथ योगेन देहमुत्सृज्य पार्थिवम् । आससादाशवं शांतं शांतसर्वेंद्रियार्थकः
Alors, par le yoga śāmbhava, délaissant le corps terrestre, il atteignit un état de paix, les sens et leurs objets étant entièrement apaisés.
Verse 10
पितर्युपरतेसोऽथ पूर्णभद्रो महायशाः । सुकृतोपात्तविभव भवसंभोगभुक्तिभाक्
Lorsque son père eut quitté ce monde, l’illustre Pūrṇabhadra, possesseur d’une fortune acquise par le mérite, devint celui qui goûtait aux expériences et aux plaisirs de l’existence mondaine.
Verse 11
सर्वान्मनोरथांल्लेभे विना स्वर्गैकसाधनम् । गार्हस्थ्याश्रम नेपथ्यं पथ्यं पैतामहं महत्
Il obtint tous les buts qu’il désirait, sauf cet unique moyen d’accéder au ciel. Il revêtit l’allure et observa la discipline de l’āśrama du maître de maison, voie salutaire et vénérable transmise par les ancêtres.
Verse 12
संसारतापसंतप्तावयवामृतसीकरम् । अपत्यं पततां पोतं बहुक्लेशमहार्णवे
Un enfant est comme une rosée d’amṛta sur des membres brûlés par la chaleur du monde; pour ceux qui sombrent, il est une barque sur l’immense océan des multiples épreuves.
Verse 13
पूर्णभद्रोऽथ संवीक्ष्य मंदिरं सर्वसुंदरम् । तद्बालकोमलालाप विकलं त्यक्तमंगलम्
Alors Pūrṇabhadra, ayant contemplé le manoir, beau en tout, fut saisi de peine; car il lui manquait le tendre et doux babil d’un enfant, et l’auspice semblait s’en être retiré.
Verse 14
शून्यं दरिद्रहृदिव जीर्णारण्यमिवाथवा । पांथवत्प्रांतरमिव खिन्नोऽतीवानपत्यवान्
Pour celui qui n’avait pas d’enfant, tout semblait vide : tel le cœur du pauvre, telle une forêt usée par le temps, tel un désert solitaire pour le voyageur ; ainsi fut-il accablé de tristesse.
Verse 15
आहूय गृहिणी सोऽथ यक्षः कनककुंडलाम् । उवाच यक्षिणीं श्रेष्ठां पूर्णभद्रो घटोद्भव
Alors ce Yakṣa, Pūrṇabhadra—né d’une jarre—fit appeler son épouse, la noble Yakṣiṇī aux boucles d’oreilles d’or, et lui adressa la parole.
Verse 16
न हर्म्यं सुखदं कांते दर्पणोदरसुंदरम् । मुक्ता गवाक्षसुभगं चंद्रकांतशिलाजिरम्
Bien-aimée, ce palais n’est pas, en vérité, dispensateur de bonheur — bien qu’il soit charmant par ses salles intérieures semblables à des miroirs, orné de fenêtres comme des perles, et incrusté de dalles de pierre de lune.
Verse 17
पद्मरागेंद्रनीलार्चिरर्चिताट्टालकं क्वणत् । विद्रुमस्तंभशोभाढ्यं स्फुरत्स्फटिककुड्यवत्
Ses hautes terrasses résonnent, étincelant de la splendeur des rubis et des saphirs ; il s’enrichit de la beauté de colonnes de corail, et ses murs luisent comme un cristal fulgurant.
Verse 18
प्रेंखत्पताकानिकरं मणिमाणिक्यमालितम् । कृष्णागुरुमहाधूप बहुलामोदमोदितम्
Des grappes d’étendards se balancent ; il est guirlandé de gemmes et de pierres précieuses ; et il se réjouit d’un parfum abondant, né du grand encens d’agar noir.
Verse 19
अनर्घ्यासनसंयुक्तं चारुपर्यंकभूषितम् । रम्यार्गलकपाटाढ्यं दुकूलच्छन्नमंडपम्
Il est pourvu de sièges inestimables et orné de beaux lits de repos ; il possède de belles portes aux verrous, et des pavillons voilés de tissus fins.
Verse 20
सुरम्यरतिशालाढ्यं वाजिराजिविराजितम् । दासदासीशताकीर्णं किंकिणीनादनादितम्
Il abonde en salles de délices d’un charme exquis ; il resplendit de rangées de chevaux splendides ; il est rempli de centaines de serviteurs et servantes, et résonne du tintement des clochettes.
Verse 21
नूपुरारावसोत्कंठ केकिकेकारवाकुलम् । कूजत्पारावत कुलं गुरुसारीकथावरम्
Il soupire au tintement des nūpura; il est tout rempli des cris des paons; des volées de colombes y roucoulent, et l’aimable et grave causerie des mainates s’y fait entendre.
Verse 22
खेलन्मरालयुगलं जीवं जीवककांतिमत् । माल्याहूत द्विरेफाणां मंजुगुंजारवावृतम्
On y voyait des couples de cygnes jouant, et les oiseaux jīva—brillants comme la jīvakā—tandis que les abeilles, appelées par les guirlandes, enveloppaient le lieu d’un doux bourdonnement.
Verse 23
कर्पूरैण मदामोद सोदरानिलवीजितम् । क्रीडामर्कटदंष्ट्राग्री कृतमाणिक्यदाडिमम्
Des brises, parfumées comme le camphre et l’ivresse miellée, l’éventaient; et les grenades, telles des rubis, semblaient taillées par les dents aiguës de singes joueurs.
Verse 24
दाडिमीबीजसंभ्रांतशुकतुंडात्तमौक्तिकम् । धनधान्यसमृद्धं च पद्मालयमिवापरम्
Des perles semblaient prises aux becs des perroquets, affolés par les graines de grenade; et le lieu était riche en biens et en moissons, tel un autre séjour de Lakṣmī.
Verse 25
कमलामोदगर्भं च गर्भरूपं विना प्रिये । गर्भरूपमुखं प्रेक्ष्ये कथं कनककुडले
«Bien-aimée : bien que je contemple le visage “Garbha-rūpa”, empli du parfum du lotus, je n’ai pas la forme même de l’enfant. Comment, ô Kanakakuṇḍala, pourrai-je jamais voir cette forme d’enfant ?»
Verse 26
यद्युपायोऽस्ति तद्ब्रूहि धिगपुत्रस्य जीवितम् । सर्वशून्यमिवाभाति गृहमेतदनंगजम्
«S’il existe un moyen, dis-le-moi. Honte à la vie de celui qui n’a pas de fils ! Cette demeure paraît comme entièrement vide, privée d’un enfant.»
Verse 27
पुण्यवानितरो वापि मम क्षेत्रस्य सेवया । मुक्तो भवति देवेशि नात्र कार्या विचारणा
«Qu’il soit vertueux ou non, en servant Mon kṣetra sacré il obtient la délivrance, ô Dame du Seigneur ; ici, nul besoin d’hésiter.»
Verse 28
प्रलपंतमिव प्रोच्चैः प्रियं कनककुंडला । बभाषेंऽतर्विनिःश्वस्य यक्षिणी सा पतिव्रता
Comme s’il se lamentait à haute voix, cette Yakṣiṇī, fidèle à son époux, parla à son bien-aimé Kanakakuṇḍala, en poussant au fond d’elle un profond soupir.
Verse 29
कनककुंडलोवाच । किमर्थं खिद्यसे कांत ज्ञानवानसि यद्भवान् । अत्रोपायोऽस्त्यपत्याप्त्यै विस्रब्धमवधारय
Kanakakuṇḍala dit : «Pourquoi t’attristes-tu, ô bien-aimée, toi qui es sage ? Ici se trouve un moyen d’obtenir une descendance ; écoute-le en toute confiance.»
Verse 30
किमुद्यमवतां पुंसां दुर्लभं हि चराचरे । ईश्वरार्पितबुद्धीनां स्फुंरंत्यग्रे मनोरथाः
«Pour les hommes d’effort, qu’y a-t-il donc de difficile dans les mondes du mobile et de l’immobile ? Pour ceux dont l’esprit est offert au Seigneur, leurs desseins resplendissent au-devant d’eux et s’accomplissent.»
Verse 31
दैवं हेतुं वदंत्येवं भृशं कापुरुषाः पते । स्वयं पुराकृतं कर्म दैवं तच्च न हीतरत्
«Le destin est la cause», disent les timorés, ô Seigneur, et ils le répètent à l’excès. Mais ce «destin» n’est rien d’autre que son propre karma accompli jadis—rien de plus.
Verse 32
ततः पौरुषमालंब्य तत्कर्म परिशांतये । ईश्वरं शरणं यायात्सर्वकारणकारणम्
Ainsi, s’appuyant sur son juste effort, afin d’apaiser les conséquences de ces actes, qu’on prenne refuge en le Seigneur, la Cause de toutes les causes.
Verse 33
अपत्यं द्रविणं दारा हारा हर्म्य हया गजाः । सुखानि स्वर्गमोक्षौ च न दूरे शिवभक्तितः
Enfants, richesses, épouse, parures, demeures, chevaux et éléphants—les plaisirs du monde, et même le ciel et la délivrance—ne sont pas loin de celui qui voue sa dévotion à Śiva.
Verse 34
विधातुः शांभवीं भक्तिं प्रिय सर्वे मनोरथाः । सिद्धयोष्टौ गृहद्वारं सेवंते नात्र संशयः
Ô bien-aimé, pour le Créateur (Brahmā), par la dévotion à Śambhu, tous les désirs deviennent accessibles; et les huit siddhis eux-mêmes se tiennent au seuil de la demeure—sans aucun doute.
Verse 35
नारायणोपि भगवानंतरात्मा जगत्पतिः । चराचराणामविता जातः श्रीकंठसेवया
Même le Seigneur Nārāyaṇa—le Soi intérieur et Maître de l’univers, protecteur de tout ce qui bouge et ne bouge pas—a atteint sa condition sublime par le service rendu à Śrīkaṇṭha (Śiva).
Verse 36
ब्रह्मणः सृष्टिकर्त्तृत्वं दत्तं तेनैव शंभुना । इंद्रादयो लोकपाला जाता शंभोरनुग्रहात्
À Brahmā, ce même Śambhu accorda la charge de Créateur ; et Indra ainsi que les autres gardiens des mondes naquirent par la grâce de Śambhu.
Verse 37
मृत्युंजयं सुतं लेभे शिलादोप्यनपत्यवान् । श्वेतकेतुरपि प्राप जीवितं कालपाशतः
Śilāda, bien que sans enfant, obtint un fils — Mṛtyuñjaya ; et Śvetaketu, lui aussi, retrouva la vie, délivré du nœud du Temps (Kāla).
Verse 38
क्षीरार्णवाधिपतितामुपमन्युरवाप्तवान् । अंधकोप्यभवद्भृंगी गाणपत्यपदोर्जितः
Upamanyu obtint la souveraineté sur l’Océan de Lait ; et même Andhaka devint Bhṛṅgī, remportant le rang éminent parmi les gaṇas de Śiva.
Verse 39
जिगाय शार्ङ्गिणं संख्ये दधीचिः शंभुसेवया । प्राजापत्यपदं प्राप दक्षः संशील्य शंकरम्
Dadhīci triompha de Śārṅgin au combat par le service rendu à Śambhu ; et Dakṣa obtint la dignité de Prajāpati en honorant avec ferveur Śaṅkara.
Verse 40
मनोरथपथातीतं यच्च वाचामगोचरम् । गोचरो गोचरीकुर्यात्तत्पदं क्षणतो मृडः
Cet état qui dépasse les sentiers du désir et demeure hors de portée des paroles, Mṛḍa, le Miséricordieux, le rend aussitôt accessible, en un instant.
Verse 41
अनाराध्य महेशानं सर्वदं सर्वदेहिनाम् । कोपि क्वापि किमप्यत्र न लभेतेति निश्चितम्
Sans adorer Maheśāna, dispensateur de tout à tous les êtres incarnés, nul, nulle part, n’obtient quoi que ce soit en ce monde ; cela est certain.
Verse 42
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन शंकरं शरणं व्रज । यदिच्छसि प्रियं पुत्रं प्रियसर्वजनीनकम्
C’est pourquoi, de tout ton effort, prends refuge en Śaṅkara. Si tu désires un fils bien-aimé, cher à tous, cherche en Lui ton abri.
Verse 43
इति श्रुत्वा वचः पत्न्याः पूर्णभद्रः स यक्षराट् । आराध्य श्रीमहादेवं गीतज्ञो गीतविद्यया
Ayant entendu les paroles de son épouse, Pūrṇabhadra, roi des Yakṣas, adora Śrī Mahādeva, expert en chant sacré et en la science des hymnes.
Verse 44
दिनैः कतिपयैरेव परिपूर्णमनोरथः । पुत्रकाममवापोच्चैस्तस्यां पत्न्यां दृढव्रतः
En quelques jours seulement, son vœu fut exaucé. Ferme dans sa résolution, il obtint, par cette épouse, la grâce tant désirée d’un fils.
Verse 45
नादेश्वरं समभ्यर्च्य कैः कैर्नापि स्वचिंतितम् । तस्मात्काश्यां प्रयत्नेन सेव्यो नादेश्वरो नृभिः
Sans honorer comme il se doit Nādeśvara, nul dessein chéri en son cœur n’aboutit. C’est pourquoi, à Kāśī, les hommes doivent s’appliquer à servir et adorer Nādeśvara.
Verse 46
अंतर्वत्न्यथ कालने तत्पत्नी सुषुवे सुतम् । तस्य नाम पिता चक्रे हरिकेश इति द्विज
En temps voulu, lorsqu’elle fut enceinte, son épouse enfanta un fils. Alors le père lui donna le nom de Harikeśa, ô deux-fois-né.
Verse 47
प्रीतिदायं ददौ चाथ भूरिपुत्राननेक्षणात् । पूर्णभद्रस्तथागस्त्य हृष्टा कनककुंडला
Alors, dans la joie de contempler le visage de sa nombreuse progéniture, Pūrṇabhadra fit des dons de réjouissance ; et Kanakakuṇḍalā se réjouit aussi, ô Agastya.
Verse 48
बालोऽपि पूर्णचंद्राभ वदनो मदनोपमः । वृद्धिं प्रतिक्षणं प्राप शुक्लपक्ष इवोडुराट्
Même enfant, son visage brillait comme la pleine lune, et sa beauté égalait celle de Kāma. À chaque instant il grandissait, tel l’astre lunaire croissant durant la quinzaine claire.
Verse 49
यदाष्टवर्षदेशीयो हरिकेशोऽभवच्छिशुः । नित्यं तदाप्रभृत्येवं शिवमेकममन्यत
Lorsque l’enfant Harikeśa eut environ huit ans, dès lors il ne reconnut sans cesse que Śiva seul comme unique refuge et réalité suprême.
Verse 50
पांसुक्रीडनसक्तोपि कुर्याल्लिंगं रजोमयम् । शाद्वलैः कोमलतृणैः पूजयेच्च स कौतुकम्
Même absorbé par ses jeux de sable, il façonnait un liṅga de poussière ; puis, avec des herbes fraîches et tendres, il l’adorait, tout empli d’une joyeuse ferveur.
Verse 51
आकारयति मित्राणि शिवनाम्नाऽखिलानि सः । चंद्रशेखरभूतेश मृत्युंजय मृडेश्वरः
Il appelait ses amis uniquement par les Noms de Śiva : « Candraśekhara », « Bhūteśa », « Mṛtyuṃjaya », « Mṛḍeśvara », et ainsi de suite.
Verse 52
धूर्जटे खंडपरशो मृडानीश त्रिलोचन । भर्गशंभोपशुपते पिनाकिन्नुग्रशंकर
Ô Dhūrjaṭa, ô brandisseur de la hache de guerre, ô Seigneur de Mṛḍānī, ô Toi aux Trois Yeux ; ô Bharga, ô Śambhu, ô Paśupati, ô porteur de l’arc Pināka — ô Śaṅkara, farouche et de bon augure !
Verse 53
त्वमंत्यभूषां कुरु काशिवासिनां गले सुनीलां भुजगेंद्र कंकणाम् । भालेसु नेत्रां करिकृत्तिवाससं वामेक्षणालक्षित वामभागाम्
Deviens l’ultime et suprême parure des habitants de Kāśī : Toi dont la gorge est d’un bleu profond, dont les bracelets sont le roi des serpents ; dont le front porte l’Œil ; vêtu de peau d’éléphant, et dont le flanc gauche est marqué par le regard de la Déesse à Ta gauche.
Verse 54
अजिनांबरदिग्वासः स्वर्धुनी क्लिन्नमौलिज । विरूपाक्षाहिनेपथ्य गृणन्नामावलीमिमाम्
Vêtu d’une peau et des directions mêmes pour vêtement, la chevelure emmêlée humide du fleuve céleste ; paré de serpents et porteur de l’Œil sans égal — ainsi doit-on chanter cette guirlande de Noms.
Verse 55
सवयस्कानिति मुहुः समाह्वयति लालयन् । शब्दग्रहौ न गृह्णीतस्तस्यान्याख्यां हरादृते
En roucoulant et en cajolant, il appelle sans cesse : « Ô compagnons de mon âge ! » — mais ses deux « capteurs de mots » (ses oreilles) ne saisissent pour lui aucun autre nom que « Hara ».
Verse 56
पद्भ्यां न पद्यते चान्यदृते भूतेश्वराजिरात् । द्रष्टुं रूपांतरं तस्य वीक्षणेन विचक्षणे
De ses pieds il ne foule nul autre lieu, sinon la cour de Bhūteśvara ; et, d’un regard pénétrant, il ne peut supporter de contempler une autre forme.
Verse 57
रसयेत्तस्य रसना हरनामाक्षरामृतम् । शिवांघ्रिकमलामोदाद्घ्राणं नैव जिघृक्षति
Sa langue goûte le nectar des syllabes du Nom de Hara ; et son odorat, enivré du parfum des pieds de lotus de Śiva, ne désire plus aucune autre senteur.
Verse 58
करौ तत्कौतुककरौ मनो मनति नापरम् । शिवसात्कृत्यपेयानि पीयते तेन सद्धिया
Ses mains ne se réjouissent que de ce service ; son esprit ne se tourne vers rien d’autre. D’une intelligence pure, il ne « boit » que ce qui fut d’abord offert à Śiva, comme chose sanctifiée.
Verse 59
भक्ष्यते सर्वभक्ष्याणि त्र्यक्षप्रत्यक्षगान्यपि । सर्वावस्थासु सर्वत्र न स पश्येच्छिवं विना
Il peut manger toutes sortes de mets — même ceux obtenus en la présence même du Seigneur aux Trois Yeux — pourtant, en tout état et partout, il ne voit rien en dehors de Śiva.
Verse 60
गच्छन्गायन्स्वपंस्तिष्ठञ्च्छयानोऽदन्पिबन्नपि । परितस्त्र्यक्षमैक्षिष्ट नान्यं भावं चिकेति सः
Qu’il marche, qu’il chante, qu’il dorme, qu’il se tienne debout, qu’il soit couché, qu’il mange ou qu’il boive — de toutes parts il contemple le Seigneur aux Trois Yeux ; il ne reconnaît nulle autre réalité.
Verse 61
क्षणदासु प्रसुप्तोपि क्व यासीति वदन्मुहुः । क्षणं त्र्यक्ष प्रतीक्षस्व बुध्यतीति स बालकः
Même endormi dans la nuit, il répète sans cesse : «Où vas-Tu ? Ô Tryakṣa, attends un instant !»—et ainsi l’enfant s’éveille (uniquement vers Śiva).
Verse 62
स्पष्टां चेष्टां विलोक्येति हरिकेशस्य तत्पिता । अशिक्षयत्सुतं सोऽथ गृहकर्मरतो भव
Voyant clairement la conduite de son fils Harikeśa, son père l’instruisit alors : «Sois assidu aux devoirs de la maison».
Verse 63
एते तुरंगमा वत्स तवैतेऽश्वकिशो रकाः । चित्राणीमानि वासांसि सुदुकूलान्यमूनि च
«Mon cher enfant, voici tes chevaux—de superbes jeunes coursiers. Et voici des vêtements aux couleurs variées, ainsi que ces étoffes de soie d’une grande finesse».
Verse 64
रत्नान्याकरशुद्धानि नानाजातीन्यनेकशः । कुप्यं बहुविधं चैतद्गोधनानि महांति च
«Voici des gemmes purifiées des mines, de maintes sortes et en abondance ; voici aussi des biens précieux de diverses espèces, ainsi que de grands troupeaux de bétail».
Verse 65
अमत्राणि महार्हाणि रौप्य कांस्यमयानि च । पणनीयानि वस्तूनि नानादेशोद्भवान्यपि
«Il y a aussi des vases précieux—faits d’argent et de bronze—ainsi que des marchandises destinées au négoce, venues de nombreux pays».
Verse 66
चामराणि विचित्राणि गंधद्रव्याण्यनेकशः । एतान्यन्यानि बहुशस्त्वनेके धान्यराशयः
Il y a des chāmaras richement ornés, maintes substances parfumées, et bien d’autres choses encore—oui, des monceaux de grains en profusion.
Verse 67
एतत्त्वदीयं सकलंवस्तुजातं समंततः । अर्थोपार्जनविद्याश्च सर्वाः शिक्षस्व पुत्रक
Tout cet ensemble de biens t’appartient entièrement, de toutes parts. Apprends, mon fils, toutes les sciences et disciplines par lesquelles on acquiert justement la richesse.
Verse 68
चेष्टास्त्यज दरिद्राणां धूलिधूसरिणाममूः । अभ्यस्यविद्याः सकला भोगान्निर्विश्य चोत्तमान्
Renonce à ces manières des indigents, poussiéreuses et basses. Exerce-toi à toutes les sciences, puis jouis des plaisirs les plus nobles.
Verse 69
तां दशां चरमां प्राप्य भक्तियोगं ततश्चर । असकृच्छिक्षितः पित्रेत्यवमन्य गुरोर्गिरम्
Parvenu au dernier état, pratique alors le yoga de la dévotion (bhakti). Ainsi, bien que son père l’eût instruit maintes fois, il méprisa la parole de son aîné et maître.
Verse 70
रुष्टदृष्टिं च जनकं कदाचिदवलोक्य सः । निर्जगाम गृहाद्भीतो हरिकेश उदारधीः
Un jour, voyant le regard courroucé de son père, Harikeśa—bien que d’esprit noble—prit peur et sortit de la maison.
Verse 71
ततश्चिंतामवापोच्चैर्दिग्भ्रांतिमपि चाप्तवान् । अहो बालिशबुद्धित्वात्कुतस्त्यक्तं गृहं मया
Alors il fut saisi d’une grande angoisse et devint même sans direction. «Hélas ! Par folle naïveté d’enfant, pourquoi ai-je quitté ma demeure ?»
Verse 72
क्व यामि क्व स्थिते शंभो मम श्रेयो भविष्यति । पित्रा निर्वासितश्चाहं न च वेद्म्यथ किंचन
«Où irai-je, et où pourrai-je demeurer, ô Śambhu ? Que deviendra mon véritable bien ? Mon père m’a chassé, et je ne sais absolument rien : que faire ensuite.»
Verse 73
इति श्रुतं मया पूर्वं पितुरुत्संगवर्तिना । गदतस्तातपुरतः कस्यचिद्वचनं स्फुटम्
«Autrefois, tandis que je reposais sur les genoux de mon père, j’ai entendu clairement quelqu’un prononcer ces paroles devant lui.»
Verse 74
मात्रा पित्रा परित्यक्ता ये त्यक्ता निजबंधुभिः । येषां क्वापि गतिर्नास्ति तेषां वाराणसी गतिः
«Ceux que la mère et le père ont délaissés, ceux que leurs propres proches ont rejetés—ceux qui n’ont nulle part où aller : pour eux, Vārāṇasī est le refuge.»
Verse 75
जरया परिभूता ये ये व्याधिविकलीकृताः । येषां क्वापि गतिर्नास्ति तेषां वाराणसी गतिः
«Ceux que la vieillesse accable, ceux que la maladie rend infirmes et affaiblis—ceux qui n’ont nulle part où aller : pour eux, Vārāṇasī est le refuge.»
Verse 76
पदे पदे समाक्रांता ये विपद्भिरहर्निशम् । येषां क्वापि गतिर्नास्ति तेषांवाराणसी गतिः
Ceux que, pas à pas, les calamités assaillent jour et nuit—ceux qui n’ont nulle part où aller : pour eux, Vārāṇasī est le refuge.
Verse 77
पापराशिभिराक्रांता ये दारिद्र्य पराजिताः । येषां क्वापि गतिर्नास्ति तेषां वाराणसी गतिः
Ceux qu’écrasent des monceaux de péchés, ceux que la pauvreté a vaincus—ceux qui n’ont nulle part où aller : pour eux, Vārāṇasī est le refuge.
Verse 78
संसार भयभीताय ये ये बद्धाः कर्मबंधनैः । येषां क्वापि गतिर्नास्ति तेषां वाराणसी गतिः
Ceux que la peur du saṃsāra fait trembler, ceux que l’entrave des actes (karma) enchaîne—ceux qui n’ont nulle part où aller : pour eux, Vārāṇasī est le refuge.
Verse 79
श्रुतिस्मृतिविहीना ये शौचाचारविवर्जिताः । येषां क्वापि गतिर्नास्ति तेषां वाराणसी गतिः
Ceux qui sont privés de la direction de la Śruti et de la Smṛti, ceux qui manquent de pureté et de juste conduite—ceux qui n’ont nulle part où aller : pour eux, Vārāṇasī est le refuge.
Verse 80
ये च योगपरिभ्रष्टास्तपो दान विवर्जिताः । येषां क्वापि गतिर्नास्ति तेषां वाराणसी गतिः
Ceux qui se sont égarés loin du yoga, ceux qui sont privés de tapas et de charité—ceux qui n’ont nulle part où aller : pour eux, Vārāṇasī est le refuge.
Verse 81
मध्ये बंधुजने येषामपमानं पदे पदे । तेषामानंददं चैकं शंभोरानंदकाननम्
Ceux qui, même parmi leurs proches, rencontrent l’humiliation à chaque pas—pour eux il n’est qu’un seul donateur de joie : l’Ānandakānana de Śambhu, le Bois de Béatitude (Kāśī).
Verse 82
आनंदकानने येषां रुचिर्वै वसतां सताम् । विश्वेशानुगृहीतानां तेषामानंदजोदयः
Pour ces âmes vertueuses qui se plaisent véritablement à demeurer dans l’Ānandakānana, et que Viśveśa (Seigneur de l’Univers) comble de sa grâce, se lève une aurore de félicité spirituelle sans cesse grandissante.
Verse 83
भर्ज्यते कर्मबीजानि यत्र विश्वेशवह्निना । अतो महाश्मशानं तदगतीनां परा गतिः
Là, par le feu de Viśveśa, les semences mêmes du karma sont rôties et consumées ; c’est pourquoi ce lieu est nommé le Grand Champ de Crémation (Mahāśmaśāna), le refuge suprême de ceux qui n’ont nul autre recours.
Verse 84
हरिकेशो विचार्येति यातो वाराणसीं पुरीम् । यत्राविमुक्ते जंतूनां त्यजतां पार्थिवीं तनुम्
Ayant ainsi médité, Harikeśa se mit en route vers la cité de Vārāṇasī—Avimukta—où, pour les êtres qui déposent leur corps terrestre, prévaut la loi libératrice du saint kṣetra.
Verse 85
पुनर्नो तनुसंबंधस्तनुद्वेषिप्रसादतः । आनंदवनमासाद्य स तपः शरणं गतः
«Puissé-je n’avoir plus aucun lien avec un corps, par la grâce de Celui qui hait le corps (Śiva, qui dissout l’état incarné).» Parvenu à Ānandavana, il se réfugia dans le tapas, faisant de l’austérité son abri.
Verse 86
अथ कालांतरे शंभुः प्रविश्यानंदकानमम् । पार्वत्यै दर्शयामास निजमाक्रीडकाननम्
Puis, après quelque temps, Śambhu entra dans le bosquet de félicité nommé Ānandakānana et montra à Pārvatī son propre jardin de délices, sa forêt divine de jeu.
Verse 87
अमंदामोदमंदारं कोविदारपरिष्कृतम् । चारुचंपकचूताढ्यं प्रोत्फुल्लनवमल्लिकम्
Il était rempli d’arbres mandāra exhalant un parfum sans cesse, orné de kovidāras, riche de gracieux campakas et de manguiers, et lumineux de jasmin nouvellement éclos.
Verse 88
विकसन्मालतीजालं करवीरविराजितम् । प्रस्फुटत्केतकिवनं प्रोद्यत्कुरबकोर्जितम्
On y voyait des réseaux de lianes mālatī en fleurs, splendides de karavīra; des bosquets de ketakī éclataient en floraison, et le tout était vivifié par le kurabaka en plein essor.
Verse 89
जृंभद्विचकिलामोदं लसत्कंकेलिपल्लवम् । नवमल्लीपरिमलाकृष्टषट्पदनादितम्
Il embaumait du parfum naissant des aśokas en fleurs, brillait de jeunes pousses de kankeli, et résonnait du bourdonnement des abeilles attirées par l’arôme du jasmin nouvellement éclos.
Verse 90
पुष्प्यपुन्नागनिकरं बकुलामोदमोदितम् । मेदस्विपाटलामोद सदामोदित दिङ्मुखम्
Il portait des grappes de punnāga en fleurs, réjouies par le parfum du bakula; et l’on eût dit que les directions mêmes du monde se réjouissaient sans cesse du riche arôme des fleurs de pāṭalā.
Verse 91
बहुशोलंबिरोलंब मालामालितभूतलम् । चलच्चंदनशाखाग्र रममाणपि काकुलम्
Le sol était tapissé de guirlandes pendantes en maints festons balancés; et, lorsque les extrémités des branches de santal se mouvaient doucement, le lieu semblait vivant, joyeux et frémissant.
Verse 92
गुरुणाऽगुरुणामत्त भद्रजातिविहंगमम् । नागकेसरशाखास्थ शालभंजि विनोदितम्
Il montra un bosquet délicieux où des oiseaux de bon augure, enivrés de doux parfums, s’ébattaient; et où une jeune śālabhañjikā, posée sur la branche d’un nāgakesara, ensorcelait le paysage par son jeu.
Verse 93
मेरुतुंग नमेरुस्थच्छायाक्रीडितकिंनरम् । किंनरीमिथुनोद्गीतं गानवच्छुककिंशुकम्
Là, les Kiṃnaras jouaient dans l’ombre fraîche de pics élevés, pareils au Meru; et les arbres aśoka/kiṃśuka semblaient chanter, comme en écho aux mélodies entonnées par des couples de Kiṃnarīs en chœur.
Verse 94
कदंबानां कदंबेषु गुंजद्रोलंबयुग्मकम् । जितसौवर्णवर्णोच्च कर्णिकारविराजितम्
Parmi les kadambas, des couples d’abeilles bourdonnantes pendaient en grappes; et le bosquet rayonnait de fleurs de karṇikāra, dont l’éclat d’or semblait surpasser l’or lui-même.
Verse 95
शालतालतमालाली हिंताली लकुचावृतम् । लसत्सप्तच्छदामोदं खर्जूरीराजिराजितम् । नारिकेल तरुच्छन्न नारंगीरागरंजितम्
Il était ceint de rangées de śāla, de tāla et de tamāla, avec hiṃtāla et lakuca; embaumé par le saptacchada en fleur; orné d’alignements de palmiers-dattiers; ombragé de cocotiers et encore rehaussé par la rouge lueur des orangeraies.
Verse 96
फलिजंबीरनिकरं मधूकमधुपाकुलम् । शाल्मली शीतलच्छायं पिचुमंद महावनम्
Il montra une vaste forêt, épaisse d’arbres jambu chargés de fruits, bourdonnante d’abeilles attirées par les fleurs du madhūka; des śālmalī y répandaient une ombre fraîche, et de larges bosquets de pichumanda s’y étendaient.
Verse 97
मधुरामोद दमनच्छन्नं मरुबनोदितम् । लवलीलोललीलाभृन्मंदमारुतलोलितम्
Il était couvert de plantes damana et rempli d’un parfum suave; il prospérait tel un bosquet du désert rendu à la vie, tandis que les lianes lavalī se balançaient avec grâce, agitées par une brise légère.
Verse 98
भिल्ली हल्लीसकप्रीति झिल्लीरावविराविणम् । क्वचित्सरः परिसरक्रीडत्क्रोडकदंबकम्
Il réjouissait les lianes bhillī et hallīsaka, et retentissait du chant des grillons; et par endroits se trouvaient des lacs, autour desquels des hardes de sangliers jouaient au milieu de bouquets de kadamba.
Verse 99
मरालीगलनालीस्थ बिसासक्तसितच्छदम् । विशोककोकमिथुनक्रीडाक्रेंकारसुंदरम्
Là, des oiseaux aux plumes blanches s’accrochaient aux tiges de lotus près des haṃsa; et le lac était embelli par les couples joueurs de koka, dont les cris résonnaient, doux et sans chagrin.
Verse 100
बकशावकसंचारं लक्ष्मणासक्त सारसम् । मत्तबर्हिणसंघुष्टं कपिंजलकुलाकुलम्
Il était animé par le va-et-vient des jeunes hérons; par les sārasas attachés à leurs compagnes; retentissant des paons comme ivres d’allégresse; et rempli de volées d’oiseaux kapiñjala.
Verse 110
चंद्रकांतशिलासुप्तकृष्णैणहरितोडुपम् । तरुप्रकीर्णकुसुम जितस्वर्लोकतारकम् । दर्शयन्नित्थमाक्रीडं देव्यै देवोविशद्वनम्
Ainsi le Dieu montra à la Déesse ce bosquet de délices : des dalles de pierre candrakānta, luisant comme des astres verdoyants, comme si des antilopes noires y dormaient ; et les arbres, semant des fleurs de toutes parts, surpassaient même les étoiles du ciel — tant cette forêt limpide était sacrée.
Verse 120
ब्रह्मज्ञानं न विंदंति योगैरेकेन जन्मना । जन्मनैकेन मुच्यंते काश्यामंतकृतो जनाः
Même par les disciplines du yoga, on n’obtient pas en une seule vie la connaissance de Brahman ; mais ceux dont la fin advient à Kāśī sont délivrés en cette même existence.
Verse 130
विधाय क्षेत्रसंन्यासं ये वसंतीह मानवाः । जीवन्मुक्तास्तु ते देवि तेषां विघ्नं हराम्यहम्
Ô Déesse, ceux qui accomplissent le renoncement à l’égard de ce kṣetra sacré et demeurent ici deviennent jīvanmukta, libérés de leur vivant ; moi-même, j’écarte leurs obstacles.
Verse 140
सत्वावलंबितप्राणमायुःशेषेणरक्षितम् । निःश्वासोच्छासपवनवृत्तिसूचितजीवितम्
La vie, portée par le souffle vital appuyé sur la stabilité intérieure, n’est gardée que par le reste du temps imparti ; et sa persistance n’est indiquée que par le mouvement du vent, l’expiration et l’inspiration.
Verse 150
श्रुत्वोदितां तस्य महेश्वरो गिरं मृद्वीकया साम्यमुपेयुषीं मृदु । भक्तस्य धीरस्य महातपोनिधे ददौ वराणां निकर तदा मुदा
Entendant sa parole, douce et tendre comme le raisin, Maheśvara, dans la joie, accorda à ce dévot constant —trésor de grandes austérités— une multitude de grâces.
Verse 160
मद्भक्तियुक्तोपि विना त्वदीयां भक्तिं न काशी वसतिं लभेत । गणेषु देवेषु हि मानवेषु तदग्रमान्यो भव दंडपाणे
Même celui qui m’est dévot n’obtiendrait pas demeure à Kāśī sans dévotion envers toi. C’est pourquoi, ô Daṇḍapāṇi, parmi mes gaṇas, parmi les dieux et parmi les hommes aussi, sois le premier et le plus honoré.
Verse 170
धन्यो यक्षः पूर्णभद्रो धन्या कांचनकुंडला । ययोर्जठरपीठेभूर्दंडपाणे महामते
Béni est le Yakṣa Pūrṇabhadra, et bénie est Kāñcanakuṇḍalā ; ô sage Daṇḍapāṇi, car sur le siège de leur ventre repose la terre elle-même.
Verse 217
धिगेतत्सौधसौंदर्यं धिगेतद्धनसंचयम् । विनापत्यं प्रियतमे जीवितं च धिगावयोः
Honte à la beauté des palais, honte à l’amoncellement des richesses. Ô bien-aimé, sans enfants—honte même à notre vie.