
Le chapitre se déploie sous forme de questions–réponses théologiques : Devī demande comment adorer le Brahman non duel, manifesté à Prabhāsa comme Pitāmaha (Brahmā) sous l’aspect d’un enfant, quels mantras réciter et quelles règles rituelles observer. Elle interroge aussi les types de brahmanes qui résident dans le kṣetra et la manière dont leur séjour procure le fruit du lieu sacré (kṣetra-phala). Īśvara répond en réorientant le culte selon une logique rituelle à portée sociale et éthique : les brahmanes sont proclamés manifestation directe du divin sur la terre, et les honorer est tenu pour équivalent—voire, selon certains énoncés, supérieur—à l’hommage rendu aux formes iconiques. Le discours met en garde contre le fait d’éprouver, d’insulter ou de blesser les brahmanes, y compris les pauvres, les malades ou les infirmes, et annonce de lourdes conséquences pour la violence ou l’humiliation. Offrir nourriture et boisson est présenté comme un acte majeur de vénération. Le texte propose ensuite une typologie des modes de vie/vṛtti des brahmanes résidant dans le kṣetra (plusieurs catégories nommées), avec de brefs marqueurs : vœux, austérités et moyens de subsistance. Il conclut que les brahmanes disciplinés, engagés dans les Veda à Prabhāsa, sont les adorateurs légitimes de Pitāmaha sous forme d’enfant, tandis que ceux exclus pour de graves transgressions ne doivent pas s’approcher de ce culte.
Verse 1
देव्युवाच । एवमद्वैतभावेन यद्ब्रह्म परिकीर्तितम् । तस्य पूजा विधानं मे कथयस्व यथार्थतः
La Déesse dit : « Puisque le Brahman a été ainsi proclamé non-duel (advaita), dis-moi, avec vérité et précision, la règle et le rite de Son culte ».
Verse 2
क्षेत्रे प्राभासिके देव बालरूपी पितामहः । स कथं पूज्यते लोकैः परब्रह्मस्वरूपवान्
Ô Seigneur, dans la terre sainte de Prābhāsa, Pitāmaha (Brahmā) demeure sous la forme d’un enfant. Comment les hommes doivent-ils l’adorer, lui dont la nature véritable est le Brahman suprême ?
Verse 3
के मन्त्राः किं विधानं तद्बाह्मणास्तत्र कीदृशाः । तत्र स्थितानां विप्राणां कथं क्षेत्रफलं भवेत्
Quels mantras faut-il réciter, et quel est le rite prescrit ? Quels brāhmaṇas se trouvent là ? Et pour les vipras qui y demeurent, comment s’acquiert le mérite sacré du kṣetra ?
Verse 4
कतिप्रकारास्ते विप्रास्तत्र क्षेत्रनिवासिनः । किमाचारा महादेव किंशीलाः किंपरायणाः
Ô Mahādeva, de quelles sortes sont les brāhmaṇas qui demeurent dans ce kṣetra sacré ? Quelle est leur conduite ? Quel est leur caractère, et à quoi se vouent-ils comme à leur refuge suprême ?
Verse 5
एतद्विस्तरतो ब्रूहि ब्राह्मणानां महोदयम्
Expose-le en détail : la grande prééminence et la dignité exaltée des brāhmaṇas.
Verse 6
ईश्वर उवाच । साधुसाधु महादेवि सम्यक्प्रश्नविशारदे । शृणुष्वैकमना भूत्वा माहात्म्यं विप्रदैवतम्
Īśvara dit : « Très bien, très bien, ô Mahādevī, experte à poser les justes questions. Écoute d’un esprit unifié la grandeur des brāhmaṇas, qui sont eux-mêmes une forme de divinité ».
Verse 7
यच्छ्रुत्वा मानवो देवि मुच्यते सर्वपातकैः । ये केचित्सागरांतायां पृथिव्यां कीर्तिता द्विजाः
En entendant cela, ô Devī, l’être humain est délivré de tous les péchés. Quels que soient les Brāhmaṇas renommés sur la terre ceinte par l’océan, leur gloire est ici embrassée.
Verse 8
तद्रूपं मम देवेशि प्रत्यक्षं धरणीतले प्रत्यक्षं ब्राह्मणा देवाः परोक्षं दिवि देवताः
Ô Deveśī, cette forme même qui est mienne se voit sur la terre : les Brāhmaṇas sont les dieux manifestes ; les divinités du ciel ne sont perçues qu’indirectement.
Verse 9
ब्राह्मणा मत्प्रिया नित्यं ब्राह्मणा मामकी तनुः । यस्तानर्चयते भक्त्या स मामर्चयते सदा
Les Brāhmaṇas me sont toujours chers ; les Brāhmaṇas sont mon propre corps. Celui qui les honore avec bhakti m’honore sans cesse.
Verse 11
ये ब्राह्मणाः सोऽहमसंशयं प्रिये तेष्वर्चितेष्वर्चितोऽहं भवेयम् । तेष्वेव तुष्टेष्वहमेव तुष्टो वैरं च तैर्यस्य ममापि वैरम्
Ces Brāhmaṇas, sans aucun doute, ô bien-aimée, c’est moi-même. Quand ils sont honorés, je suis honoré ; quand ils sont satisfaits, je suis satisfait. Et qui leur voue inimitié, m’en voue à moi aussi.
Verse 12
यश्चन्दनैः सागरुगन्धमाल्यै रभ्यर्चयेच्छैलमयीं ममार्चाम् । असौ न मामर्चयतेर्चयन्वै विप्रार्चनादर्चित एव चाहम्
Même si quelqu’un vénère avec profusion mon image de pierre, avec pâte de santal et guirlandes parfumées, il ne me vénère pas vraiment ainsi ; car je suis véritablement vénéré lorsque les Brāhmaṇas sont vénérés.
Verse 13
यावंतः पृथिवीमध्ये चीर्णवेदव्रता द्विजाः । अचीर्णव्रतवेदा वा तेऽपि पूज्या द्विजाः प्रिये
Tous les brāhmanes au sein de la terre—qu’ils aient accompli les vœux et disciplines védiques, ou même non—doivent être honorés, ô bien-aimée.
Verse 14
न ब्राह्मणान्परीक्षेत श्राद्धे क्षेत्रनिवासिनः । सुमहान्परिवादोऽस्य ब्राह्मणानां परीक्षणे
Dans le rite de Śrāddha, on ne doit ni examiner ni éprouver les brāhmanes qui résident dans le kṣetra sacré ; car éprouver les brāhmanes fait encourir une faute et un blâme très grands.
Verse 15
काणाः खञ्जाश्च कृष्णाश्च दरिद्रा व्याधितास्तथा । सर्वे श्राद्धे नियोक्तव्या मिश्रिता वेदपारगैः
Les borgnes, les boiteux, les gens au teint sombre, les pauvres et les malades—eux aussi doivent tous être conviés et employés au Śrāddha, assis mêlés aux brāhmanes versés dans les Veda.
Verse 16
ब्राह्मणा जातितः पूज्या वेदाभ्यासात्ततः परम् । ततोर्थं हव्यकव्येषु न निन्द्या ब्राह्मणाः क्वचित्
Les brāhmanes sont dignes d’honneur par la naissance ; plus encore par l’étude et la pratique des Veda. Aussi, surtout lors des offrandes havya et kavya aux dieux et aux ancêtres, les brāhmanes ne doivent jamais être dénigrés nulle part.
Verse 17
काणान्कुण्टांश्च कुब्जाश्च दरिद्रान्व्याधितानपि । नावमन्येद्द्विजान्प्राज्ञो मम रूपं यतः स्मृतम्
Le sage ne doit pas mépriser les dvija—même s’ils sont borgnes, mutilés, bossus, pauvres ou malades—car on se souvient qu’ils portent ma propre forme.
Verse 18
बहवो हि न जानंति नरा ज्ञानबहिष्कृताः । यथाहं द्विजरूपेण चरामि पृथिवीमिमाम्
Bien des hommes, écartés de la vraie connaissance, ignorent que Je parcours cette terre sous l’apparence même d’un dvija (brahmane).
Verse 19
मद्रूपान्घ्नन्ति ये विप्रान्विकर्म कारयंति च । अप्रेषणे प्रेषयंति दासत्वं कारयन्ति च
Ceux qui frappent les brāhmanes—qui sont de Ma propre forme—, les contraignent à des actes interdits, les envoient en commissions indignes et les réduisent en servitude, (encourent un péché très grave).
Verse 20
मृतांस्तान्करपत्रेण यमदूता महाबलाः । निकृंतंति यथा काष्ठं सूत्रमार्गेण शिल्पिनः
Après leur mort, les puissants messagers de Yama les taillent avec des lames de « karapatra », comme les artisans coupent le bois en suivant un trait mesuré.
Verse 21
ये चैवाश्लक्ष्णया वाचा तर्जयन्ति नराधमाः । वदंति परुषं क्रोधात्पादेन निहनंति च
Ces hommes les plus vils, qui menacent d’une parole rude, qui profèrent des mots cruels sous l’emportement de la colère et vont jusqu’à frapper du pied—
Verse 22
मृतांस्तान्यमलोका हि निहत्य धरणीतले । क्रूरपादेन चाक्रम्य क्रोधसंरक्तलोचनाः
Quand ces hommes meurent, les êtres du royaume de Yama les abattent à terre, les foulent de pieds cruels, les yeux rougis par la colère.
Verse 24
अब्रह्मण्यास्तु ते बाह्या नित्यं ब्रह्मद्विषो नराः । तेषां घोरा महाकाया वज्रतुंडा भयानकाः । उद्धरंति मुहूर्तेन चक्षुः काका यमाज्ञया
Ces gens qui sont hostiles à l'ordre sacré des brahmanes sont des étrangers, haïssant toujours le Brahman. Pour eux, des corbeaux effroyables, au corps immense et au bec de foudre, sur l'ordre de Yama, leur arrachent les yeux en un instant.
Verse 25
यस्ताडयति विप्रं वै क्षते कुर्याद्धि शोणितम् । अस्थिभंगं च वा कुर्यात्प्राणैर्वापि वियोजयेत्
Quiconque frappe un Brāhmaṇa, causant des blessures et des saignements, ou brise ses os, ou même le sépare de la vie...
Verse 26
ब्रह्मघ्नः स तु विज्ञेयो न तस्मै निष्कृतिः स्मृता । पञ्चाशत्कोटिसंख्येषु नरकेष्वनुपूर्वशः
Sachez qu'il est un tueur de brahmane ; pour un tel homme, aucune expiation n'est enseignée. Dans l'ordre, il tombe à travers des enfers au nombre de cinquante crores.
Verse 27
स बहूनि सहस्राणि वर्षाणि पच्यते भृशम् । तस्माद्विप्रो वरारोहे नमस्कार्यो नृभिः सदा
Il est tourmenté intensément pendant plusieurs milliers d'années. C'est pourquoi, ô déesse aux belles hanches, un Brāhmaṇa doit toujours être salué par tous les hommes.
Verse 28
अन्नपानप्रदानैस्तु पूज्या हि सततं द्विजाः । सर्वेषां चैव दानानां विप्राः सर्वेऽधिकारिणः
En effet, les deux-fois-nés doivent toujours être honorés par des dons de nourriture et de boisson. Car parmi toutes les formes de charité, les brahmanes sont les destinataires légitimes.
Verse 29
नान्यः समर्थो देवेशि गृह्णन्यात्यधमां गतिम् । तपसा पावितो देवि ब्राह्मणो धृतकिल्विषः
Ô Devī, Souveraine du Seigneur des dieux, nul autre n’en est capable : celui qui reçoit des dons peut choir en une destinée inférieure. Mais le brāhmaṇa—purifié par l’austérité (tapas), ô Devī—même chargé de faute, est soutenu par ce tapas.
Verse 30
न सीदेत्प्रतिगृह्णानः पृथिवीमनुसागराम् । नास्ति किंचिन्महादेवि दुष्कृतं ब्राह्मणस्य तु
Quand bien même il accepterait (des dons) sur toute la terre jusqu’aux océans, il ne sombrerait pas. Car, ô Grande Déesse, aucune mauvaise action ne s’attache à un brāhmaṇa (ainsi pourvu).
Verse 31
यस्तु स्थितः सदाऽध्यात्मे नित्यं सद्भावभावितः । ब्राह्मणो हि महद्भूतं जन्मना सह जायते
Mais celui qui demeure sans cesse dans le Soi intérieur (adhyātma), et que façonne continûment une noble disposition—un tel brāhmaṇa naît avec la grandeur elle-même.
Verse 32
लोके लोकेश्वराश्चापि सर्वे ब्राह्मणपूजकाः । ततस्तान्नावमन्येत यदीच्छेज्जीवितं चिरम्
Même les souverains des mondes sont tous des adorateurs des brāhmaṇas. Aussi ne faut-il pas les mépriser, si l’on souhaite une longue vie.
Verse 33
ब्राह्मणाः कुपिता हन्युर्भस्मीकुर्युः स्वतेजसा । लोकानन्यान्सृजेयुश्च लोकपालांस्तथाऽपरान्
Lorsqu’ils s’irritent, les brāhmaṇas peuvent tuer et réduire en cendres par leur propre splendeur spirituelle ; ils peuvent même créer d’autres mondes et d’autres gardiens des mondes.
Verse 34
अपेयः सागरो यैश्च कृतः कोपान्महात्मभिः । येषां कोपाग्निरद्यापि दंडके नोपशाम्यति
Par ces âmes magnanimes, dans leur courroux, l’océan fut rendu impropre à être bu ; et le feu de leur colère, aujourd’hui encore, dans le Daṇḍaka, ne s’est pas apaisé.
Verse 35
एते स्वर्गस्य नेतारो देवदेवाः सनातनाः । एभिश्चापि कृतः पंथा देवयानः स उच्यते
Ceux-ci sont les guides vers le ciel, les éternels « dieux des dieux ». Par eux aussi fut établi le sentier ; on l’appelle Devayāna, la voie divine.
Verse 36
ते पूज्यास्ते नमस्कार्यास्तेषु सर्वं प्रतिष्ठितम् । ते वै लोकानिमान्सर्वान्पारयंति परस्परम्
Ils sont dignes d’adoration, dignes de salutations révérencieuses ; sur eux tout est établi. En vérité, ils font franchir l’au-delà à tous ces mondes, se soutenant l’un l’autre selon l’ordre juste.
Verse 37
गूढस्वाध्यायतपसो ब्राह्मणाः शंसितव्रताः । विद्यास्नाता व्रतस्नाता अनपाश्रित्य जीविनः
Les brāhmaṇas, dont l’étude sacrée et l’ascèse demeurent cachées au-dedans, maîtrisées et retenues, sont loués pour leurs vœux. Baignés dans la connaissance sacrée et baignés dans la discipline, ils vivent sans dépendre d’autrui.
Verse 38
आशीविषा इव क्रुद्धा उपचर्या हि ब्राह्मणाः । तपसा दीप्यमानास्ते दहेयुः सागरानपि
Tels des serpents venimeux lorsqu’ils s’irritent, les brāhmaṇas doivent, en vérité, être approchés avec l’honneur qui convient. Flamboyants de la puissance de l’ascèse, ils pourraient brûler même les océans.
Verse 39
ब्राह्मणेषु च तुष्टुषु तुष्यंते सर्वदेवताः । ते गतिः सर्वभूतानामध्यात्मगतिचिन्तकाः
Quand les brāhmaṇas sont satisfaits, toutes les divinités le sont aussi. Ils sont le refuge et la voie de tous les êtres—ceux qui méditent le chemin spirituel intérieur.
Verse 40
आदिमध्यावसानानां ज्ञानानां छिन्नसंशयाः । परापरविशेषज्ञा नेतारः परमां गतिम् । अवध्या ब्राह्मणास्तस्मात्पापेष्वपि रताः सदा
Ils ont tranché le doute au sujet de la connaissance—son commencement, son milieu et sa fin. Connaissant la distinction entre le supérieur et l’inférieur, ils mènent vers le but suprême. Ainsi, les brāhmaṇas ne doivent pas être mis à mort, même s’ils s’adonnent sans cesse au péché.
Verse 41
यश्च सर्वमिदं हन्याद्ब्राह्मणं चापि तत्समम् । सोऽग्निः सोऽर्को महातेजा विषं भवति कोपितः
Quiconque détruirait tout ceci, et de même un brāhmaṇa—ce qui équivaut à une ruine totale—cette puissance au grand éclat, telle le feu et tel le soleil, lorsqu’elle s’irrite devient poison.
Verse 42
भूतानामग्रभुग्विप्रो वर्णश्रेष्ठः पिता गुरुः । न स्कन्दते न व्यथते न विनश्यति कर्हिचित्
Le brāhmaṇa reçoit la première part parmi les êtres; il est le plus éminent des varṇa—père et maître. Dans sa stature dharmique, il ne chancelle pas, ne souffre pas et ne périt jamais.
Verse 43
वरिष्ठमग्निहोत्राद्धि ब्राह्मणस्य मुखे हुतम् । विप्राणां वपुराश्रित्य सर्वास्तिष्ठंति देवताः
Plus excellent que l’agnihotra est ce qui est offert dans la bouche d’un brāhmaṇa. Prenant appui sur le corps des vipra, les savants, toutes les divinités y demeurent.
Verse 44
अतः पूज्यास्तु ते विप्रा अलाभे प्रतिमादयः
Ainsi, ces brāhmaṇa doivent être véritablement honorés et adorés ; lorsqu’ils ne sont pas disponibles, les images sacrées et autres supports semblables en tiennent lieu.
Verse 45
अविद्यो वा सविद्यो वा ब्राह्मणो मम दैवतम् । प्रणीतश्चाप्रणीतश्च यथाग्निर्दैवतं महत्
Qu’il soit ignorant ou savant, le brāhmaṇa est ma divinité. Qu’il soit allumé ou non, le feu demeure, en l’un et l’autre état, une grande puissance divine.
Verse 46
स्मशानेष्वपि तेजस्वी पावको नैव दुष्यति । हव्यकव्यव्यपेतोऽपि ब्राह्मणो नैव दुष्यति
Même dans les lieux de crémation, le feu flamboyant n’est pas souillé. De même, le brāhmaṇa, même privé des offrandes aux dieux et aux ancêtres (havya-kavya), n’en est pas entaché.
Verse 47
महापातकवर्ज्यं हि पूज्यो विप्रो वरानने । सर्वथा ब्राह्मणाः पूज्याः सर्वथा दैवतं महत् । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन रक्षेदापद्गतं द्विजम्
Ô toi au visage gracieux, le brāhmaṇa—tant qu’il est exempt des grands péchés—est digne d’adoration. Les brāhmaṇas doivent toujours être honorés ; en toute manière ils sont une grande divinité. C’est pourquoi, par tous les efforts, il faut protéger le deux-fois-né tombé dans le péril.
Verse 48
एवं विप्रा महादेवि पूज्याः सर्वत्र मानवैः । किं पुनः संजितात्मानो विशेषात्क्षेत्रवासिनः
Ainsi, ô Grande Déesse, les brāhmaṇas doivent être honorés partout par les hommes. À plus forte raison ceux qui se maîtrisent et demeurent dans ce kṣetra sacré, dignes d’une vénération particulière.
Verse 49
अथ क्षेत्रस्थितानां च चतुराश्रमवासिनाम् । विप्राणां वृत्तितो भेदं प्रवक्ष्याम्यानुपूर्व्यशः
À présent, j’exposerai dans l’ordre convenable les distinctions, selon le mode de subsistance, des brāhmaṇas qui demeurent dans le kṣetra sacré et vivent selon les quatre āśramas.
Verse 50
क्षेत्रस्य संन्यासविधिं ये जानंति द्विजातयः । वृत्तिभेदं क्रमाच्चैव ते क्षेत्रफलभागिनः
Ceux qui sont deux fois nés et connaissent la règle de renoncement (saṃnyāsa) du kṣetra, ainsi que, dans l’ordre, les distinctions du mode de subsistance, ceux-là participent véritablement aux fruits spirituels de ce champ sacré.
Verse 51
यथा क्षेत्रे निवसता वर्तितव्यं द्विजातिना । प्राजापत्यादिभेदेन तच्छृणु त्वं वरानने
Comment un deux fois né doit se conduire en demeurant dans le kṣetra sacré—selon la division en Prājāpatya et autres catégories—écoute cela, ô toi au beau visage.
Verse 52
प्राजापत्या महीपालाः कपोता ग्रंथिकास्तथा । कुटिकाश्चाथ वैतालाः पद्महंसा वरानने
Ô toi au beau visage, les catégories sont : les Prājāpatya, les Mahīpāla, les Kapota, les Granthika ; de même les Kuṭikā ; et encore les Vaitāla et les Padmahaṃsa.
Verse 53
धृतराष्ट्रा बकाः कंका गोपालाश्चैव भामिनि । त्रुटिका मठराश्चैव गुटिका दंडिकाः परे
Ô belle dame, il y a encore les Dhṛtarāṣṭra, les Baka, les Kaṅka et les Gopāla ; de même les Truṭikā et les Maṭhara ; et en outre les Guṭikā et les Daṇḍika.
Verse 54
क्षेत्रस्थानामिमे भेदा वृत्तिं तेषां शृणुष्व च
Telles sont les distinctions parmi ceux qui demeurent dans le kṣetra sacré ; écoute maintenant aussi leur mode de subsistance et la conduite qui leur revient.
Verse 55
अहिंसा गुरुशुश्रूषा स्वाध्यायः शौचसंयमः । सत्यमस्तेयमेतद्धि प्राजापत्यं व्रतं स्मृतम्
La non-violence, le service dévoué au maître, l’étude de soi (svādhyāya), la pureté et la maîtrise; la vérité et le non-vol : tel est, en vérité, le vœu dit Prājāpatya dont on se souvient.
Verse 56
क्षयपुष्ट्यर्थविद्वेषकर्मभिः शांतिकादिभिः । पालयंति महीं यस्मान्महीपालास्ततः स्मृताः
Parce qu’ils protègent la terre au moyen de rites tels que les śāntika (d’apaisement) et d’autres actes—visant à écarter le déclin, accroître la prospérité, assurer le bien-être et contrer l’hostilité—on se souvient d’eux comme des « mahīpāla », gardiens du royaume.
Verse 57
पतिता ये कणा भूमौ संहरंति कपोतवत् । उद्धृत्याजीवनं येषां कपोतास्ते तु साधकाः
Ceux qui, tels des colombes, ramassent les grains tombés à terre, et dont la subsistance se maintient par ce qu’ils recueillent ainsi—ces pratiquants sont appelés « Kapotāḥ », les sādhakas de type Colombe.
Verse 58
गृहं कृत्वा तु सद्ग्रंथाः सहसैव त्यजंति ये । कुटिका साधकास्ते वै शिवाराधनतत्पराः
Ceux qui, bien que capables et bien instruits, bâtissent une demeure puis l’abandonnent soudain—ces pratiquants sont appelés sādhakas « Kuṭikā », entièrement voués à l’adoration de Śiva.
Verse 59
तीर्थासक्ताः सपत्नीका यथालब्धोपजीविनः । महासाहसयुक्तास्ते वैतालाख्यास्तु साधकाः
Ceux qui sont attachés aux tīrtha (gués sacrés), vivent avec leurs épouses, subsistent de ce qui vient de soi, et sont doués d’une grande audace : de tels pratiquants sont appelés les sādhaka « Vaitāla ».
Verse 60
संयताः कामनासक्ता राज्यकामार्थसाधकाः । पद्मास्ते साधकाः ख्याता भिक्षाचर्यारताः सदा
Maîtres d’eux-mêmes mais encore attachés aux désirs, s’efforçant d’obtenir puissance royale et gains mondains : ces pratiquants sont connus comme les sādhaka « Padma », toujours voués à la discipline de vivre d’aumônes.
Verse 61
ज्ञानयोगसमायुक्ता द्वैताचाररताश्च ये । हंसास्ते साधकाः ख्याताः स्वयमुत्पन्नसंविदः
Ceux qui sont unis au jñāna-yoga (yoga de la connaissance) et se plaisent à une conduite disciplinée dans un cadre dualiste : ces pratiquants sont renommés comme les sādhaka « Haṃsa », dont l’intuition naît d’elle-même au-dedans.
Verse 62
ब्रह्मचर्येण सत्त्वेन तथाऽलुब्धतयापि वा । जितं जगद्धारयन्तो धृतराष्ट्रा मतास्तु ये
Ceux qui, par le brahmacarya (continence sacrée), la pureté d’être et l’absence de convoitise, maintiennent le monde stable comme s’il était vaincu—ceux-là sont tenus pour des « Dhṛtarāṣṭra », les soutiens du monde.
Verse 63
गूढाश्चरंति ये ज्ञानं व्रतं धर्ममथापि वा । स्वार्थैकागतनिष्ठास्तु बकास्ते साधका मताः
Ceux qui pratiquent la connaissance, les vœux (vrata) ou même le dharma d’une manière cachée, tout en demeurant fixés uniquement sur leur avantage personnel—sont tenus pour des sādhaka « Bakāḥ », semblables au héron.
Verse 64
जलाश्रयं समाश्रित्य स्थिता उत्कृष्टसिद्धये । बिसशृंगाटकाहारास्ते कंकाः साधकाः स्मृताः
Ceux qui prennent refuge près des eaux et y demeurent en quête des accomplissements suprêmes, se nourrissant de tiges de lotus et de châtaignes d’eau, sont mémorisés comme des sādhakas dits «Kaṅka».
Verse 65
गोभिः सार्द्धं व्रजंत्यत्र गोष्ठे च निवसंति ये । पंचगव्यरसा ये वै गोपालास्ते तु साधकाः
Ceux qui, ici, vont avec les vaches et demeurent dans le hameau des bouviers, vivant des essences du pañcagavya, sont véritablement appelés sādhakas «Gopāla».
Verse 66
कृच्छ्रचांद्रायणैश्चैव क्षपयंति स्वकं वपुः । त्रुटिमात्राशनास्ते तु त्रुटिकाः साधका मताः
Par des austérités rigoureuses telles que les vœux de Kṛcchra et de Cāndrāyaṇa, ils amaigrissent leur propre corps. Ceux qui ne prennent qu’une nourriture d’une mesure infime, comme une «truṭi», sont tenus pour des sādhakas «Truṭikā».
Verse 67
कृत्वा कुशमयीं पत्नीं मठे ये गृहमेधिनः । भैक्षवृत्तिरताः शुद्धा मठरास्ते तु साधकाः
Les chefs de maison qui, demeurant dans un maṭha, se façonnent une «épouse» d’herbe kuśa, vivent d’aumônes et demeurent purs—ces pratiquants sont connus comme des sādhakas «Maṭharā».
Verse 68
ग्रासमात्रसमानाभिर्गुटिकाभिरथाष्टभिः । कन्दमूलफलोत्थाभिर्गुटिकास्ते द्विजातयः
Les «deux fois nés» qui se nourrissent de huit petites boulettes, chacune équivalant à une seule bouchée, préparées de racines, tubercules et fruits, sont appelés pratiquants «Guṭikā».
Verse 69
स्वदेहदण्डनैर्युक्ता रात्रौ वीरासने स्थिताः । दंडिनस्ते समाख्याताः सर्वमेतत्तवोदितम्
S’exerçant à l’ascèse sur leur propre corps et demeurant la nuit assis dans la posture du vīrāsana, on les appelle Daṇḍins. Tout cela, tu l’as proclamé.
Verse 70
सामान्योऽपि विशेषश्च वृत्तिनो गृहिणोऽपि वा । तेषां भेदो मया ख्याताः सम्यक्क्षेत्रनिवासिनाम्
Qu’ils soient ordinaires ou éminents, qu’ils vivent de mendicité ou même qu’ils soient maîtres de maison, j’ai exposé les distinctions de ceux qui résident véritablement dans le kṣetra sacré selon la juste manière.
Verse 71
एवमादिधर्मयुक्ताः प्रभासक्षेत्रवासिनः । तैः पूज्यो भगवान्देवो बालरूपी पितामहः
Ainsi, les habitants du Prabhāsa-kṣetra, pourvus du dharma primordial, rendent un culte au Seigneur Bienheureux — Pitāmaha (Brahmā) sous la forme d’un enfant.
Verse 72
महापातकिनो ये तु ये तु विप्रैर्बहिष्कृताः । न च ते संस्पृशेयुर्वै ब्रह्माणं बालरूपिणम्
Mais ceux qui sont de grands pécheurs, et ceux que les brāhmaṇas ont exclus, ne doivent même pas toucher Brahmā sous sa forme d’enfant.
Verse 73
ब्रह्मचारी सदा दांतो जितक्रोधो जितेंद्रियः । एवं ते ब्राह्मणाः ख्याताः क्षेत्रमध्यनिवासिनः
Toujours établis dans le brahmacarya, toujours maîtres d’eux-mêmes, ayant vaincu la colère et dompté les sens — tels sont connus ces brāhmaṇas qui demeurent au cœur du kṣetra sacré.
Verse 74
तैः पूज्यो भगवान्देवो बालरूपी पितामहः । ये वेदाध्ययने युक्तास्तैः प्रपूज्यः पितामहः
Par eux doit être adoré le Seigneur Bienheureux—Pitāmaha (Brahmā) sous la forme d’un Enfant. Et par ceux qui se vouent à l’étude des Veda, Pitāmaha doit être honoré d’une vénération particulière.
Verse 106
इति श्रीस्कान्दे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये मध्ययात्रायां ब्राह्मणप्रशंसा वर्णनंनाम षडुत्तरशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le cent-sixième chapitre, intitulé «Récit de la louange des brāhmaṇa», dans le Prabhāsa Khaṇḍa—au sein du Prabhāsakṣetra Māhātmya, dans le cadre du Pèlerinage médian (Madhya-yātrā)—du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, dans l’Ekāśīti-sāhasrī Saṃhitā.