
Agastya interroge Skanda sur ce qui advint dans le très méritoire « Jyeṣṭha-sthāna », cher au Seigneur. Skanda raconte que, lorsque Śiva était parti vers Mandara, les brāhmaṇa résidents et les renonçants des champs, soutenus par l’économie du kṣetra sacré, creusèrent un beau bassin nommé Daṇḍakhātā et établirent tout autour de nombreux mahāliṅga, en observant les disciplines śaiva : vibhūti, rudrākṣa, culte du liṅga et récitation du Śatarudrīya. À l’annonce du retour de Śiva, d’immenses foules de brāhmaṇa viennent pour le darśana depuis de nombreux tīrtha/kuṇḍa nommés—Mandākinī, Haṃsatīrtha, Kapālamocana, Ṛṇamocana, Vaitaraṇī, Lakṣmītīrtha, Piśācamocana, etc.—et se rassemblent sur la rive de la Gaṅgā avec offrandes et hymnes de bon augure. Śiva les rassure et expose la doctrine : Kāśī est « kṣema-mūrti » (forme incarnée de sûreté) et « nirvāṇa-nagarī » (cité de la délivrance) ; se souvenir de « Kāśī » comme d’un mantra protège et transforme. Le Seigneur confirme la valeur salvatrice des bhakta de Kāśī, avertit contre le fait d’y vivre sans bhakti, et accorde des grâces : le Seigneur ne doit pas abandonner Kāśī ; les dévots doivent garder une bhakti inébranlable et résider continûment à Kāśī ; et la présence de Śiva demeurera dans les liṅga établis par les dévots. Le chapitre énonce ensuite des règles éthiques pour les habitants—service, adoration, maîtrise de soi, charité, compassion, parole non nuisible—et décrit les conséquences karmiques des fautes commises à Kāśī, y compris des états intermédiaires sévères dits « rudra-piśāca » et des souffrances correctrices avant la libération. Il se conclut par la promesse unique d’Avimukta : nul ne tombe en enfer en mourant là ; Śiva confère le tāraka-brahma au moment du départ ; même de petits dons donnent un grand mérite ; et réciter ou enseigner ce « récit secret » délivre des péchés et mène au royaume de Śiva.
Verse 1
अगस्त्य उवाच । दृष्ट्वा भूदेवताः शंभुं किमाचख्युः षडानन । कानिकानि च लिंगानि तत्र तान्यपिचक्ष्व मे
Agastya dit : «Ô Ṣaḍānana, lorsque les bhūdevatā (les brāhmaṇa) virent Śambhu, que proclamèrent-ils ? Et quels liṅga se trouvaient là ? Dis-le-moi aussi.»
Verse 2
ज्येष्ठस्थाने महापुण्ये देवदेवस्य वल्लभे । आश्चर्यं किमभूत्तत्र तदाचक्ष्व षडानन
«À Jyeṣṭhasthāna, d’un mérite très grand et cher au Dieu des dieux, quel prodige advint là ? Ô Ṣaḍānana, décris-le-moi.»
Verse 3
स्कंद उवाच । शृण्वगस्त्य यथा पृच्छि भवता तद्ब्रवीम्यहम् । मंदराद्रिं यदा देवो गतवान्ब्रह्मगौरवात्
Skanda dit : «Écoute, ô Agastya ; comme tu l’as demandé, je te le dirai. Lorsque le Seigneur se rendit au mont Mandara, par égard pour l’honneur de Brahmā…»
Verse 4
तदा निराश्रया विप्राः क्षेत्रसंन्यासिनोनघाः । उपाकृताश्चाविरतं महाक्षेत्रप्रतिग्रहात्
Alors les brāhmaṇas irréprochables —renonçants voués au saint kṣetra— se trouvèrent sans refuge mondain ; pourtant, ils étaient sans cesse soutenus par les offrandes reçues dans ce grand domaine sacré (Kāśī).
Verse 5
खातंखातं च दंडाग्रैर्भूमिं कंदादिवृत्तयः । चक्रुः पुष्करिणीं रम्यां दंडखाताभिधां मुने
Creusant la terre encore et encore avec la pointe de leurs bâtons, ces ascètes vivant de racines et d’aliments semblables façonnèrent un charmant bassin, ô sage, renommé sous le nom de Daṇḍakhātā.
Verse 6
तत्तीर्थं परितः स्थाप्य महालिंगान्यनेकशः । महेशाराधनपरास्तपश्चक्रुः प्रयत्नतः
Après avoir établi tout autour de ce tīrtha de nombreux grands liṅgas, ils accomplirent des austérités avec ardeur, entièrement voués à l’adoration de Maheśa (Śiva).
Verse 7
विभूतिधारिणो नित्यं नित्यरुद्राक्षधारिणः । लिंगपूजारता नित्यं शतरुद्रियजापिनः
Ils portaient toujours la cendre sacrée (vibhūti) ; portaient toujours les perles de rudrākṣa ; demeuraient sans cesse adonnés au culte du liṅga ; et récitaient continuellement le Śatarudrīya.
Verse 8
ते श्रुत्वा देवदेवस्य पुनरागमनं मुने । तपःकृशा अतितरामासुरानंद मेदुराः
En entendant, ô sage, le retour du Dieu des dieux, ces ascètes—bien que amaigris par les austérités—furent d’autant plus comblés, comme gonflés de joie.
Verse 9
द्विजाः पंचसहस्राणि चरतो विपुलं तपः । दंडखातान्महातीर्थादाजग्मुर्देवदर्शने
Cinq mille dvija, voués à de vastes austérités, vinrent du grand tīrtha nommé Daṇḍakhāta, en quête de l’auspicieux darśana du Seigneur à Kāśī.
Verse 10
तीर्थान्मंदाकिनी नाम्नो द्विजाः पाशुपतव्रताः । शिवैकाराधनपराः समेता अयुतोन्मिताः
Du tīrtha nommé Mandākinī vinrent des dvija observant le vœu pāśupata; n’ayant pour unique dessein que l’adoration de Śiva, ils s’assemblèrent au nombre de dix mille.
Verse 11
हंसतीर्थात्परिप्राप्ता अयुतं त्रिशतोत्तरम् । शतदुर्वाससस्तीर्थादेकादश शताधिकम्
De Haṃsatīrtha arrivèrent dix mille trois cents; et du tīrtha de Śata-Durvāsas vinrent mille cent et davantage.
Verse 12
मत्स्योदर्याः परापेतुः सहस्राणि षडेव हि । कपालमोचनात्सप्त शतान्यभ्यागता द्विजाः
De Matsyodarī vinrent, en vérité, six mille; et de Kapālamocana arrivèrent sept cents dvija.
Verse 13
ऋणमोचनतस्तीर्थात्सहस्रं द्विशताधिकम् । वैतरण्या अपि मुने द्विजानामयुतार्धकम्
Du tīrtha nommé Ṛṇamocana vinrent mille deux cents; et de Vaitaraṇī aussi, ô sage, vinrent cinq mille hommes deux fois nés.
Verse 14
ततः पृथूदकात्कुंडात्पृथुना परिखानितात् । अयासिषुर्द्विजानां च शतान्येव त्रयोदश
Puis, du réservoir nommé Pṛthūdaka—creusé et ceint de tranchées par le roi Pṛthu—vinrent treize cents hommes deux fois nés.
Verse 15
तथैवाप्सरसः कुंडान्मेनकाख्याच्छतद्वयम् । उर्वशीकुंडतः प्राप्ताः सहस्रं द्विशताधिकम्
De même, de l’étang des apsaras nommé Menakā vinrent deux cents; et de l’étang d’Urvaśī arrivèrent mille deux cents.
Verse 16
तथैरावतकुंडाच्च ब्राह्मणास्त्रिशतानि च । गंधर्वाप्सरसः सप्त शतानि द्विशतानि च
Du bassin d’Airāvata vinrent aussi trois cents brāhmaṇas; et arrivèrent gandharvas et apsaras, sept cents et deux cents (respectivement).
Verse 17
वृषेशतीर्थादाजग्मुर्नवतिः सशतत्रया । यक्षिणीकुंडतः प्राप्ताः सहस्रं त्रिशतोत्तरम्
Du Vṛṣeśa-tīrtha vinrent trois cent quatre-vingt-dix; et du Kuṇḍa de Yakṣiṇī arrivèrent mille trois cents.
Verse 18
लक्ष्मीतीर्थात्परं जग्मुः षोडशैव शतानि च । पिशाचमोचनात्सप्त सहस्राणि द्विजोत्तमाः
Depuis Lakṣmī-tīrtha ils poursuivirent leur marche—au nombre de mille six cents; et de Piśācamocana vinrent sept mille dvijas éminents, les deux-fois-nés.
Verse 19
पितृकुंडाच्छतंसाग्रं ध्रुवतीर्थाच्छतानि षट् । मानसाख्याच्च सरसो द्विशती सशतत्रया
De Pitṛ-kuṇḍa vint un peu plus d’une centaine; de Dhruva-tīrtha vinrent six centaines; et du lac nommé Mānasa arrivèrent deux cents, plus encore une centaine—grandes troupes attirées par la sainteté des tīrthas de Kāśī.
Verse 20
ब्राह्मणा वासुकिहृदात्सहस्राणि दशैव तु । तथैवाष्टशतं द्रष्टुं जानकीकुंडतो द्विजाः
De Vāsuki-hrada vinrent dix mille brāhmaṇas; de même, huit cents dvijas arrivèrent de Jānakī-kuṇḍa, tous désireux de contempler le Seigneur.
Verse 21
काशीनाथमनुप्राप्ताः परमानंददायिनम् । तथा गौतमकुंडाच्च शतानिनव चागताः
Ils atteignirent Kāśīnātha, dispensateur de la béatitude suprême; et de Gautama-kuṇḍa aussi arrivèrent neuf centaines.
Verse 22
तीर्थाद्दुर्गतिसंहर्तुर्बाह्मणाः प्रतिपेदिरे । एकादशशतान्येव द्रष्टुं देवमुमापतिम्
Du tīrtha du Destructeur des funestes destinées partirent les brāhmaṇas—onze centaines en vérité—afin de contempler le Dieu, Umāpati (Śiva).
Verse 23
असीसंभेदमारभ्य गंगातीरस्थिता द्विजाः । आसंगमेश्वरात्तत्र परिप्राप्ता घटोद्भव
Depuis la confluence de l’Asī, les deux-fois-nés demeurant sur la rive de la sainte Gaṅgā arrivèrent là depuis Āsaṅgameśvara—ô Né-du-Vase (Agastya).
Verse 24
अष्टादशसहस्राणि तथा पंचशतान्यपि । ब्राह्मणाः पंचपंचाशद्गंगातीरात्समागताः
Dix-huit mille, et cinq cents de plus : des brāhmaṇa, en cinquante-cinq groupes, s’assemblèrent depuis la rive sacrée de la Gaṅgā.
Verse 25
सार्द्रदूर्वाक्षतकरैः सपुष्पफलपाणिभिः । सुगंधमाल्यहस्तैश्च ब्राह्मणैर्जयवादिभिः
Ces brāhmaṇa vinrent, les mains tenant de la dūrvā humide et du riz intact, des fleurs et des fruits dans les paumes, des guirlandes parfumées—en proférant des cris de victoire et des acclamations de bon augure.
Verse 26
स्तुतो मंगलसूक्तैश्च प्रणतश्च पुनःपुनः । तेभ्यो दत्ताभयः शंभुः पप्रच्छ कुशलं मुदा
Loué par des hymnes de bon augure et salué par des prosternations répétées, Śambhu leur accorda l’intrépidité; puis, dans la joie, Il s’enquit de leur bien-être.
Verse 27
ततस्ते ब्राह्मणाः प्रोचुः प्रबद्धकरसंपुटाः । क्षेत्रे निवसतां नाथ सदानः कुशलोदयः
Alors ces brāhmaṇa parlèrent, les mains jointes en signe de révérence : «Ô Seigneur, pour nous qui demeurons en ce saint kṣetra, le bien-être ne cesse de s’élever».
Verse 28
विशेषतः कृतोऽस्माभिः साक्षान्नयनगोचरः । त्वं यत्स्वरूपं श्रुतयो न विदुः परमार्थतः
Tout particulièrement, Tu t’es rendu directement visible à nos yeux—Toi dont la vraie nature, même les Śrutis (les Védas), ne la connaissent pas pleinement au sens le plus élevé.
Verse 29
सदैवाकुशलं तेषां ये त्वत्क्षेत्रपराङ्मुखाः । चतुर्दशापि वै लोकास्तेषां नित्यं पराङ्मुखाः
Le malheur s’attache sans cesse à ceux qui se détournent de Ton kṣetra sacré (Kāśī). En vérité, même les quatorze mondes leur restent à jamais contraires, ne leur offrant aucun soutien propice.
Verse 30
येषां हृदि सदैवास्ते काशीत्वाशीविषां गद । संसाराशीविषविषं न तेषां प्रभवेत्क्वचित्
Ô sage, pour ceux dont le cœur abrite toujours la « kāśītva »—tel un remède au venin du serpent—le poison du saṃsāra, pareil au venin, ne les subjugue jamais, en aucun temps.
Verse 31
गर्भरक्षामणिर्मंत्रः काशीवर्णद्वयात्मकः । यस्य कंठे सदा तिष्ठेत्तस्याकुशलता कुतः
Le mantra, joyau de protection—tel un gardien du sein maternel—est constitué des deux syllabes de « Kāśī ». Pour celui dans la gorge duquel il demeure toujours, d’où viendrait le malheur ?
Verse 32
सुधां पिबति यो नित्यं काशीवर्णद्वयात्मिकाम् । स नैर्जरीं दशां हित्वा सुधैव परिजायते
Quiconque, chaque jour, « boit » l’amṛta qu’est la bisyllabe « Kāśī », abandonne la condition mortelle et renaît comme le nectar même, immortel en son essence.
Verse 33
श्रुतं कर्णामृतं येन काशीत्यक्षरयुग्मकम् । न समाकणर्यत्येव स पुनर्गर्भजां कथाम्
Celui qui a entendu le nectar de l’oreille—les deux syllabes « Kāśī »—n’entend plus vraiment le récit d’un nouvel entrer dans le sein (renaissance).
Verse 34
काशी रजोपि यन्मूर्ध्नि पतेदप्यनिलाहतम् । चंद्रशेखरतन्मूर्धा भवेच्चंद्रकलांकितः
Quand bien même un grain de poussière de Kāśī, poussé par le vent, tomberait sur la tête, sa tête devient telle celle de Candraśekhara (Śiva), ornée du croissant de lune.
Verse 35
प्रसंगतोपि यन्नेत्रपथमानंदकाननम् । यातं तेत्र न जायंते नेक्षेरन्पितृकान नम्
Même par simple hasard, si le Bois de Béatitude (Ānandakānana) vient au regard, on ne retourne plus au domaine où l’on renaît; et l’on ne revoit plus la « forêt des Pères » (monde des ancêtres).
Verse 36
गच्छता तिष्ठता वापि स्वपता जाग्रताथवा । काशीत्येष महामंत्रो येन जप्तः सनिर्भयः
Qu’il marche ou qu’il demeure debout, qu’il dorme ou qu’il veille, celui qui récite ce grand mantra, « Kāśī », devient sans crainte.
Verse 37
येन बीजाक्षरयुगं काशीति हृदि धारितम् । अबीजानि भवंत्येव कर्मबीजानि तस्य वै
Pour celui qui porte dans le cœur la paire de syllabes-semence « Kāśī », les semences mêmes du karma deviennent sans semence, incapables de germer.
Verse 38
काशी काशीति काशीति जपतो यस्य संस्थितिः । अन्यत्रापि सतस्तस्य पुरो मुक्तिः प्रकाशते
Pour celui dont l’état stable est de répéter : « Kāśī, Kāśī, Kāśī », la délivrance brille devant lui, même s’il demeure ailleurs.
Verse 39
क्षेममूर्तिरियं काशी क्षेममूर्तिर्भवान्भव । क्षेममूर्तिस्त्रिपथगा नान्यत्क्षेमत्रयं क्वचित्
Cette Kāśī est l’incarnation même du kṣema, sûreté spirituelle et bien-être propice. Toi aussi, ô Bhava (Śiva), tu es kṣema en personne ; et Tripathagā, la Gaṅgā qui coule dans les trois mondes, est pareillement kṣema incarné. Nulle part il n’existe d’autre « triple kṣema » que ceux-ci.
Verse 40
ब्राह्मणानामिति वचः क्षेत्रभक्तिविबृंहितम् । निशम्य गिरिजाकांतस्तुतोष नितरां हरः
Entendant ces paroles des brāhmaṇas—paroles rendues éclatantes par la dévotion au kṣetra sacré—Hara, l’aimé de Girijā (Pārvatī), en fut grandement réjoui.
Verse 41
प्रोवाच च प्रसन्नात्मा धन्या यूयं द्विजर्षभाः । येषामिहेदृशी भक्तिर्मम क्षेत्रेतिपावने
Et, le cœur plein de grâce, il dit : « Bienheureux êtes-vous, ô meilleurs des brāhmaṇas, car dans ce kṣetra qui est mien, souverainement purificateur, vous portez une telle dévotion. »
Verse 42
जाने सत्त्वमया जाताः क्षेत्रस्यास्य निषेवणात् । नीरजस्का वितमसः संसारार्णवपारगाः
« Je sais que, par le service et l’assiduité envers ce kṣetra, vous êtes devenus pleins de sattva ; délivrés de rajas et au-delà de tamas, vous avez gagné l’autre rive de l’océan de l’existence mondaine (saṃsāra). »
Verse 43
वाराणस्यास्तु ये भक्तास्ते भक्ता मम निश्चितम् । जीवन्मुक्ता हि ते नूनं मोक्षलक्ष्म्या कटाक्षिताः
Mais ceux qui sont dévots de Vārāṇasī, ceux-là sont assurément mes dévots. En vérité, ils sont des jīvanmukta, bénis par le regard de la Lakṣmī même de la mokṣa.
Verse 44
यैश्च काशीस्थितो जंतुरल्पकोपि विरोधितः । तैर्वै विश्वंभरा सर्वा मया सह विरोधिता
Et ceux par qui ne fût-ce qu’un seul être demeurant à Kāśī est contrarié ou blessé, fût-ce légèrement—par eux, en vérité, la Terre entière, Viśvambharā, avec moi, est mise en opposition.
Verse 45
वाराणस्याः स्तुतिमपि यो निशम्यानुमोदते । अपि ब्रह्मांडमखिलं ध्रुवं तेनानुमोदितम्
Quiconque, entendant ne serait-ce que la louange de Vārāṇasī, l’approuve et s’en réjouit—par lui, assurément, l’univers entier, le brahmāṇḍa tout entier, est approuvé et confirmé.
Verse 46
निवसंति हि ये मर्त्या अस्मिन्नानंदकानने । ममांतःकरणे ते वै निवसेयुरकल्मषाः
En vérité, les mortels qui demeurent en cet Ānandakānana, la Forêt de la Béatitude—eux, sans tache de faute, demeurent assurément au-dedans de mon propre cœur.
Verse 47
निवसंति मम क्षेत्रे मम भक्तिं प्रकुर्वते । मम लिंगधरा ये तु तानेवोपदिशाम्यहम्
Ceux qui demeurent dans mon kṣetra et cultivent avec ardeur la dévotion envers moi—ceux qui portent mon liṅga—ceux-là seuls, je les instruis moi-même.
Verse 48
निवसंति मम क्षेत्रे मम भक्तिं न कुर्वते । मम लिंगधरा ये नो न तानुपदिशाम्यहम्
Mais ceux qui demeurent dans mon kṣetra et ne pratiquent pas la dévotion envers moi—même s’ils portent mon liṅga—je ne les instruis pas.
Verse 49
काशी निर्वाणनगरी येषां चित्ते प्रकाशते । ते मत्पुरः प्रकाशंते नैःश्रेयस्या श्रिया वृताः
Ceux dans le cœur desquels resplendit Kāśī, la Cité du Nirvāṇa, eux-mêmes resplendissent dans ma demeure, revêtus de l’éclat du bien suprême.
Verse 50
मोक्षलक्ष्मीरियं काशी न येभ्यः परिरोचते । स्वर्लक्ष्मीं कांक्षमाणेभ्यः पतितास्ते न संशयः
Cette Kāśī est la Lakṣmī même de la délivrance. Pour ceux à qui elle ne paraît pas désirable—et qui aspirent plutôt à la prospérité du ciel—ces âmes sont déchues, sans nul doute.
Verse 51
काथीं संकाक्षमाणानां पुरुषार्थचतुष्टयम् । पुरः किंकरवत्तिष्ठेन्ममानुग्रहतो द्विजाः
Ô brāhmanes, pour ceux qui désirent ardemment Kāśī, les quatre buts de l’homme—dharma, artha, kāma et mokṣa—se tiennent devant eux comme des serviteurs, par ma grâce.
Verse 52
आनंदकानने ह्यत्र ज्वलद्दावानलोस्म्यहम् । कर्मबीजानि जंतूनां ज्वालये न प्ररोहये
Ici, dans cette Forêt de Béatitude, je suis tel un incendie flamboyant : je brûle les semences du karma des êtres et ne les laisse pas germer de nouveau.
Verse 53
वस्तव्यं सततं काश्यां यष्टव्योहं प्रयत्नतः । जेतव्यौ कलिकालौ च रंतव्या मुक्तिरंगना
Il faut demeurer sans cesse à Kāśī ; Me vénérer avec un effort fervent ; vaincre les maux de l’âge de Kali ; et se réjouir en la Délivrance, l’Épouse noble.
Verse 54
प्राप्यापि काशीं दुर्बुद्धिर्यो न मां परिसेवते । तस्य हस्तगताप्याशु कैवल्यश्रीः प्रणश्यति
Même après avoir atteint Kāśī, l’homme à l’esprit égaré qui ne Me sert ni ne M’adore — la splendeur de la délivrance absolue, comme déjà en sa main, s’échappe vite.
Verse 55
धन्या मद्भक्तिलक्ष्माणो ब्राह्मणाः काशिवासिनः । यूयं यच्चेतसो वृत्तेर्न दूरेहं न काशिका
Bienheureux sont les brāhmaṇas demeurant à Kāśī, marqués par la richesse de la dévotion envers Moi. Pour vous, par le seul mouvement de l’esprit, ni Je ne suis loin, ni Kāśikā ne l’est.
Verse 56
दातव्यो वो वरः कोत्र व्रियतां मे यथारुचि । प्रेयांसो मे यतो यूयं क्षेत्रसंन्यासकारिणः
Quel bienfait dois-Je vous accorder ici ? Choisissez selon votre désir. Car vous m’êtes chers, puisque vous avez entrepris le renoncement en ce champ sacré.
Verse 57
इति पीत्वा महेशानमुखक्षीराब्धिजां सुधाम् । परितृप्ता द्विजाः सर्वे वव्रुर्वरमनुत्तमम्
Ainsi, ayant bu de la bouche de Maheśāna le nectar né de l’Océan de Lait, tous les brāhmaṇas furent pleinement rassasiés et choisirent un bienfait sans égal.
Verse 58
ब्राह्मणा ऊचुः । उमापते महेशान सर्वज्ञ वर एष नः । काशी कदापि न त्याज्या भवता भवतापहृत्
Les brāhmanes dirent : Ô Seigneur d’Umā, ô Maheśāna, ô Omniscient—voici notre grâce : que jamais tu n’abandonnes Kāśī, ô toi qui dissipes la souffrance du monde.
Verse 59
वचनाद्ब्राह्मणानां तु शापो मा प्रभवत्विह । कदाचिदपि केषांचित्काश्यां मोक्षांतरायकः
Que la malédiction issue des paroles des brāhmanes ne prenne jamais effet ici, et qu’en aucun temps elle ne devienne un obstacle à la délivrance de quiconque à Kāśī.
Verse 60
तव पादाबुंजद्वंद्वे निर्द्वंद्वा भक्तिरस्तु नः । आ कलेवरपातं च काशीवासोस्तु नोनिशम्
Puissions-nous avoir une dévotion sans vacillement envers Tes deux pieds de lotus ; et que la demeure à Kāśī soit nôtre sans interruption, jusqu’à la chute du corps (la mort).
Verse 61
किमन्येन वरेणेश देय एष वरो हि नः । अवधेह्यंधकध्वंसिन्वरमन्यं वृणीमहे
Quel besoin avons-nous d’une autre grâce, ô Seigneur des grâces ? Celle-ci seule est la grâce que nous demandons. Ô destructeur d’Andhaka, accorde-la : nous ne choisissons aucune autre bénédiction.
Verse 62
तव प्रतिनिधी कृत्यास्माभिस्त्वद्भक्तिभावितैः । प्रतिष्ठितेषु लिंगेषु सान्निध्यं भवतोऽस्त्विह
Nous, animés par la dévotion envers Toi, établirons (ces liṅgas) comme Tes représentants ; que Ta présence divine demeure ici, dans ces liṅgas consacrés.
Verse 63
श्रुत्वेति तेषां वाक्यानि तथास्त्विति पिनाकिना । प्रोचेऽन्योपि वरो दत्तो ज्ञानं वश्च भविष्यति
Ayant entendu leurs paroles, Pinākin (Śiva) dit : « Qu’il en soit ainsi. » Et il déclara : « Un autre bienfait est aussi accordé : la connaissance s’éveillera également en vous. »
Verse 64
पुनः प्रोवाच देवेशो निशामयत भो द्विजाः । हितं वः कथयाम्यत्र तदनुष्ठीयतां ध्रुवम्
Alors le Seigneur des dieux parla de nouveau : « Écoutez, ô deux-fois-nés. Je vous dirai ici ce qui vous est vraiment salutaire ; mettez-le en pratique sans défaillir. »
Verse 65
सेव्योत्तरवहा नित्यं लिंगमर्च्यं प्रयत्नतः । दमो दानं दया नित्यं कर्तव्यं मुक्तिकांक्षिभिः
« Servez chaque jour l’Uttaravāhā et adorez avec effort le liṅga. La maîtrise de soi, le don et la compassion doivent être pratiqués sans cesse par ceux qui aspirent à la délivrance. »
Verse 66
इदमेव रहस्यं च कथितं क्षेत्रवासिनाम् । मतिः परहिता कार्या वाच्यं नोद्वेगकृद्वचः
« Voici le secret même, enseigné aux habitants du kṣetra sacré : que votre intention soit tournée vers le bien d’autrui, et que vos paroles ne suscitent point d’agitation. »
Verse 67
मनसापि न कर्तव्यमेनोत्र विजिगीषुणा । अत्रत्यमक्षयं यस्मात्सुकृतं सुकृतेतरम्
«Même en pensée, que celui qui recherche la vraie victoire ne commette ici aucune faute ; car en ce lieu les actes deviennent impérissables, qu’ils soient méritoires ou leur contraire. »
Verse 68
अन्यत्र यत्कृतं पापं तत्काश्यां परिणश्यति । वाराणस्यां कृतं पापमंतर्गेहे प्रणश्यति
Le péché commis ailleurs s’éteint lorsqu’on parvient à Kāśī ; mais le péché commis à Vārāṇasī ne se détruit que « dans la maison », par une difficile purification intérieure.
Verse 69
अंतर्गेहे कृतं पापं पैशाच्यनरकावहम् । पिशाचनरकप्राप्तिर्गच्छत्येव बहिर्यदि
Le péché commis dans l’enceinte intérieure mène à l’enfer nommé Paiśācya ; mais si l’on sort hors de la limite sacrée, on tombe assurément dans l’enfer des Piśāca.
Verse 70
न कल्पकोटिभिः काश्यां कृतं कर्म प्रमृज्यते । किंतु रुद्रपिशाचत्वं जायतेऽत्रायुतत्रयम्
Même en des crores d’âges, l’acte accompli à Kāśī ne s’efface pas ; au contraire, en ce lieu même, on devient un Rudra-Piśāca durant trente mille ans.
Verse 71
वाराणस्यां स्थितो यो वै पातकेषु रतः सदा । योनिं प्राप्यापि पैशाचीं वर्षाणामयुतत्रयम्
Quiconque demeure à Vārāṇasī et s’adonne sans cesse aux fautes—fût-il né d’un sein de Paiśācī—(le subit) durant trente mille ans.
Verse 72
पुनरत्रैव निवसञ्ज्ञानं प्राप्स्यत्यनुत्तमम् । तेन ज्ञानेथ संप्राप्ते मोक्षमाप्स्यत्यनुत्तमम्
Ensuite, demeurant ici de nouveau, il obtiendra la connaissance sans égale ; et, cette connaissance acquise, il atteindra la délivrance suprême (mokṣa).
Verse 73
दुष्कृतानि विधायेह बहिः पंचत्वमागताः । तेषां गतिं प्रवक्ष्यामि शृणुत द्विजसत्तमाः
Après avoir commis ici des actes mauvais et avoir rencontré la mort hors de la limite sacrée, je dirai leur destinée—écoutez, ô meilleurs des deux-fois-nés.
Verse 74
यामाख्या मे गणाः संति घोरा विकृतमूर्त्तयः । मूषायां ते धमंत्यादौ क्षेत्रदुष्कृतकारिणः
Il est des troupes à moi nommées les Yāmas, terribles, aux formes difformes. D’abord, ils les soufflent dans une fournaise, ceux qui ont fait le mal dans le kṣetra sacré.
Verse 75
नयंत्यनूपप्रायां च ततः प्राचीं दुरासदाम् । वर्षाकाले दुराचारान्पातयंति महाजले
Ensuite ils les mènent vers une contrée marécageuse, puis vers la région orientale, difficile d’accès; à la saison des pluies, ils précipitent les méchants dans une vaste crue d’eau.
Verse 76
जलौकाभिः सपक्षाभिर्दंदशूकैर्जलोद्भवैः । दुर्निवारैश्च मशकैर्दश्यंते ते दिवानिशम्
Jour et nuit, ils sont mordus par des sangsues, par des serpents ailés nés de l’eau, et par des moustiques irrésistibles et implacables.
Verse 77
ततो यामैर्हिमर्तौ ते नीयंतेऽद्रौ हिमालये । अशनावरणैर्हीनाः क्लेश्यंते ते दिवानिशम्
Puis, en la saison d’hiver, les Yāmas les conduisent sur une montagne de l’Himālaya; privés de nourriture et d’abri, ils souffrent jour et nuit.
Verse 78
मरुस्थले ततो ग्रीष्मे वारिवृक्षविवर्जिते । दिवाकरकरैस्तीव्रैस्ताप्यंते ते पिपासिताः
Puis, en été, dans un désert privé d’eau et d’arbres, ils sont brûlés par les rayons impitoyables du soleil, tourmentés par la soif.
Verse 79
क्लेशितास्ते गणैरुग्रैर्यातनाभिः समंततः । इत्थं कालमसंख्यातमानीयंते ततस्त्विह
Ainsi, tourmentés de toutes parts par de farouches serviteurs au moyen de supplices variés, ils demeurent dans la souffrance pendant un temps incalculable; puis, on les amène ici, en ce domaine sacré.
Verse 80
निवेदयंति ते यामाः कालराजांतिके ततः । कालराजोपि तान्द्रष्ट्वा कर्मसंस्मार्य दुष्कृतम्
Alors les Yāmas les signalent et les présentent devant le Seigneur du Temps, Yama. Et le Seigneur du Temps, les voyant, se remémore leurs actes, surtout leurs méfaits.
Verse 81
विवस्त्रान्क्षुत्तृषार्तांश्च लग्नपृष्ठोदरत्वचः । अन्यै रुद्रपिशाचैश्च सहसंयोजयत्यपि
Nus, tourmentés par la faim et la soif, la peau collée au dos et au ventre, il les attelle aussi de force avec d’autres Rudra-piśācas, esprits farouches.
Verse 82
ततो रुद्रपिशाचास्ते भैरवानुचराः सदा । सहंते क्लममत्यर्थं क्षुत्तृष्णोग्रत्वसंभवम्
Alors ces Rudra-piśācas, serviteurs constants de Bhairava, endurent une fatigue extrême née de la faim et de la soif violentes.
Verse 83
आहारं रुधिरोन्मिश्रं ते लभंते कदाचन । एवं त्र्ययुतसंख्याकं कालं तत्रातिदुःखिताः
Parfois ils n’obtiennent qu’une nourriture mêlée de sang ; et ainsi, durant un temps compté comme trois ayutas, ils demeurent là dans une douleur extrême.
Verse 84
श्मशानस्तंभमभितो नीयंते कंठपाशिताः । पिपासिता अपि न तेंऽबुस्पर्शमपि चाप्नुयुः
Traînés autour du « pilier du champ de crémation », le cou pris au lasso, bien qu’ardents de soif ils n’obtiennent même pas le simple contact de l’eau.
Verse 85
अथ संक्षीणपापास्ते कालभैरवदर्शनात् । इहैव देहिनो भूत्वा मुच्यंते ते ममाज्ञया
Puis, leurs péchés s’étant épuisés par la vision de Kālabhairava, ils prennent corps ici même et sont délivrés, par mon ordre.
Verse 86
तस्मान्न कामयेतात्र वाङ्मनःकर्मणाप्यघह म् । शुचौ पथि सदा स्थेयं महालाभमभीप्सुभिः
C’est pourquoi, là, qu’on ne désire pas le péché, ni par la parole, ni par la pensée, ni par l’acte. Ceux qui aspirent au plus grand gain doivent toujours demeurer sur la voie pure.
Verse 87
नाविमुक्ते मृतः कश्चिन्नरकं याति किल्बिषी । ममानुग्रहमासाद्य गच्छत्येव परां गतिम्
Aucun pécheur qui meurt à Avimukta ne va en enfer. Ayant obtenu ma grâce, il s’avance assurément vers l’état suprême.
Verse 88
अनाशनं यः कुरुते मद्भक्त इह सुव्रतः । न तस्य पुनरावृत्तिः कल्पकोटिशतैरपि
Celui qui, Mon dévot, ferme en de saints vœux, observe ici le jeûne, ne revient plus à la renaissance, fût-ce après des centaines de crores de kalpas.
Verse 89
अशाश्वतमिदं ज्ञात्वा मानुष्यं बहुकिल्विषम् । अविमुक्तं सदा सेव्यं संसारभयमोचकम्
Sachant cette condition humaine impermanente et chargée de maintes fautes, qu’on se tourne toujours vers Avimukta (Kāśī), qui délivre de la peur du saṃsāra.
Verse 90
नान्यत्पश्यामि जंतूनां मुक्त्वा वाराणसीं पुरीम् । सर्वपापप्रशमनीं प्रायश्चित्तं कलौ युगे
Je ne vois pour les êtres aucun autre remède, hormis la cité de Vārāṇasī, qui apaise tous les péchés, prāyaścitta même en l’âge de Kali.
Verse 91
जन्मांतरसहस्रेषु यत्पापं समुपार्जितम् । अविमुक्तं प्रविष्टस्य तत्सर्वं व्रजति क्षयम्
Quel que soit le péché amassé au cours de milliers de naissances, en entrant dans Avimukta, tout cela s’en va à la destruction.
Verse 92
जन्मांतरसहस्रेषु युंजन्योगी यदाप्नुयात् । तदिहैव परो मोक्षो मरणादधि गम्यते
Cette libération suprême qu’un yogin n’obtiendrait qu’après l’effort de milliers de naissances, ici même elle est atteinte, fût-ce par la mort (en Avimukta).
Verse 93
तिर्यग्योनिगताः सत्त्वा ये विमुक्तकृतालयाः । कालेन निधनं प्राप्तास्तेपि यांति परां गतिम्
Même les êtres nés d’un ventre animal—s’ils ont fait de Vimukta (Avimukta) leur demeure—lorsque, en son temps, la mort les atteint, eux aussi parviennent à l’état suprême.
Verse 94
अविमुक्तं न सेवंते ये मूढास्तमसावृताः । विण्मूत्ररेतसां मध्ये ते वसंति पुनः पुनः
Ces insensés, enveloppés de ténèbres, qui ne se tournent pas vers Avimukta—sans cesse ils demeurent au milieu de l’impureté : excréments, urine et semence, c’est-à-dire des naissances incarnées répétées.
Verse 95
अविमुक्तं समासाद्य यो लिंगं स्थापयेत्सुधीः । कल्पकोटिशतैर्वापि नास्ति तस्य पुनर्भवः
Le sage qui parvient à Avimukta et y établit un Śiva-liṅga—fût-ce au long de centaines de crores de kalpas—n’a plus de renaissance.
Verse 96
ग्रहनक्षत्रताराणां कालेन पतनं ध्रुवम् । अविमुक्ते मृतानां तु पतनं नैव विद्यते
Avec le temps, la chute des planètes, des constellations et des étoiles est certaine ; mais pour ceux qui meurent à Avimukta, il n’y a aucune déchéance de l’état obtenu.
Verse 97
ब्रह्महत्यां नरः कृत्वा पश्चात्संयतमानसः । प्राणांस्त्यजति यः काश्यां स मुक्तो नात्र संशयः
Même si un homme a commis le meurtre d’un brahmane, s’ensuite il maîtrise son esprit et abandonne sa vie à Kāśī, il est délivré ; là-dessus, nul doute.
Verse 98
स्त्रियः पतिव्रता याश्च मम भक्तिसमाहिताः । अविमुक्ते मृता विप्रा यांति ताः परमां गतिम्
Les femmes fidèles à leur époux et profondément recueillies dans la dévotion envers Moi—ô brāhmane—si elles meurent à Avimukta, elles atteignent la suprême destinée.
Verse 99
अत्रोत्क्रमणकालेहं स्वयमेव द्विजोत्तमाः । दिशामि तारकं ब्रह्म देही स्याद्येन तन्मयः
Ô le meilleur des deux-fois-nés, ici à Kāśī, à l’instant de quitter le corps, Moi-même je confère le Tāraka-Brahman, le mantra libérateur, par lequel l’âme incarnée devient une avec Cela (la Réalité suprême).
Verse 100
मन्मना मम भक्तश्च मयि सर्वार्पितक्रियः । यथा मोक्षमिहाप्नोति न तथान्यत्रकुत्रचित्
Celui dont l’esprit demeure fixé sur Moi, qui M’est dévoué et qui M’offre toutes ses actions, obtient ici (à Kāśī) la délivrance d’une manière qu’on ne trouve nulle part ailleurs.
Verse 110
महादानेन चान्यत्र यत्फलं लभ्यते नरैः । अविमुक्ते तु काकिण्यां दत्तायां तदवाप्यते
Le fruit que les hommes obtiennent ailleurs par un grand don, ici à Avimukta on l’obtient pareillement en offrant ne fût-ce qu’une kākiṇī, une infime pièce.
Verse 120
तेपि साक्षाद्विरूपाक्षं प्रत्यक्षीकृत्य वाडवाः । प्रहृष्टमनसोऽत्यंतं प्रययुः स्वस्वमाश्रयम्
Eux aussi—les Vāḍavas—ayant vu directement Virūpākṣa (Śiva) et l’ayant rendu manifeste à leurs yeux, s’en allèrent vers leur propre demeure, le cœur comblé d’une joie extrême.
Verse 122
स्कंद उवाच । पठित्वा पाठयित्वा च रहस्याख्यानमुत्तमम् । श्रद्धालुः पातकैर्मुक्तः शिवलोके महीयते
Skanda dit : Celui qui lit, et fait aussi lire à d’autres, cet enseignement secret suprême, s’il est plein de foi, est délivré des péchés et honoré dans le monde de Śiva.