
Ce chapitre déploie un enseignement théologico-éthique en plusieurs plans. Nārada interroge Brahmā sur la conduite des savants maîtrisant la triple science védique (trai-vidyā) lorsque des divisions de parenté surgissent à Moheraka-pura. Brahmā décrit des communautés brahmaniques disciplinées, gardiennes de l’agnihotra, du yajña, des observances smārta et du raisonnement fondé sur les śāstra; il rapporte aussi comment les chefs Vāḍava exposent un dharma transmis (paramparāgata), enraciné dans le dharmaśāstra, la coutume locale (sthāna-ācāra) et la coutume de clan (kula-ācāra). Vient ensuite une « charte » normative : vénération des insignes liés à Rāma et d’un sceau de la main (mudrā), peines réglées pour les écarts de bonne conduite, règles d’éligibilité, sanctions sociales et évitement communautaire des fautifs. Le texte détaille encore les offrandes liées à la naissance (dont les observances du sixième jour), la répartition des parts de subsistance (vṛtti-bhāga) et les attributions aux divinités du clan, ainsi que l’idéal d’une adjudication équitable—avec mise en garde contre la partialité, la corruption et les verdicts iniques. Vyāsa évoque ensuite la dégradation du Kali-yuga—affaiblissement de l’observance védique et esprit de faction—tout en réaffirmant des marqueurs d’identité tels que gotra, pravara et avataṅka. Le récit culmine dans le rôle protecteur de Hanumān, gardien invisible de la justice : favoritisme et négligence du service dû entraînent la perte, tandis que la droiture est soutenue. La phalaśruti finale loue l’écoute et l’hommage rendu au récit de Dharmāraṇya comme purificateurs et dispensateurs de prospérité, et prescrit le respect dû à la récitation purānique et au don rituel.
Verse 1
नारद उवाच । ज्ञातिभेदे तु संजाते तस्मिन्मोहेरके पुरे । त्रैविद्यैः किं कृतं ब्रह्मंस्तन्ममाचक्ष्व पृच्छतः
Nārada dit : «Lorsque la division des clans survint dans cette cité de Moheraka, qu’accomplirent les Traividya, ô Brahmā ? Dis-le-moi, car je t’interroge.»
Verse 2
ब्रह्मोवाच । स्वस्थाने वाडवाः सर्वे हर्षनिर्भरमानसाः । अग्निहोत्रपरा केऽपि केऽपि यज्ञपरायणाः
Brahmā dit : «Tous les Vāḍava demeurèrent à leur juste place, l’esprit débordant de joie. Les uns étaient voués à l’Agnihotra, et les autres entièrement tournés vers les sacrifices (yajña).»
Verse 3
केऽपि चाग्निसमाधानाः केऽपि स्मार्ता निरंतरम् । पुराणन्यायवेत्तारो वेदवेदांगवादिनः
Les uns s’employaient à établir et à entretenir les feux sacrés ; les autres, sans relâche, maintenaient la tradition Smārta. Ils connaissaient les Purāṇa et l’art du raisonnement (nyāya), et exposaient les Veda ainsi que les Vedāṅga.
Verse 4
सुखेन स्वान्सदाचारान्कुर्वन्तो ब्रह्मवादिनः । एवं धर्मसमाचारान्कुर्वतां कुशलात्मनाम्
Ces expositeurs du Brahman accomplissaient paisiblement leurs bonnes coutumes. Ainsi, tandis que ceux dont l’âme est bien réglée pratiquaient les observances justes du dharma…
Verse 5
स्थानाचारान्कुलाचारानधिदेव्याश्च भाषितान् । धर्मशास्त्रस्थितं सर्वं काजेशैरुदितं च यत्
Ils observèrent les usages du lieu et ceux du clan, ainsi que les paroles de la Déesse tutélaire ; et tout ce qui est établi dans les Dharmaśāstras, et encore ce qu’énoncèrent les autorités (kājeśas).
Verse 6
परंपरागतं धर्म मूचुस्ते वाडवोत्तमाः
Ainsi, ces éminents Vāḍavas enseignèrent le dharma transmis par la tradition.
Verse 7
ब्राह्मणा ऊचुः । उपास्ते यश्च लिखितं रक्तपादैस्तु वाडवाः । ज्ञातिश्रेष्ठः स विज्ञेयो वलिर्देयस्ततः परम्
Les brāhmaṇas dirent : «Celui qui vénère cet écrit rédigé par les Vāḍavas, aux pieds peints de rouge, doit être reconnu comme le premier du clan ; ensuite, l’offrande—le bali—doit être donnée.»
Verse 8
रक्तचंदनं प्रसाध्याथ प्रसिद्धं स्वकुलं तथा । कुंकुमारक्तपादैस्तैर्गंधपुष्पादिचर्चितैः
Puis, après avoir oint les marques de santal rouge, ils rendirent pareillement illustre leur propre lignée : par ces empreintes de pieds rouges, teintes de kuṅkuma, honorées de parfums, de fleurs et autres offrandes.
Verse 9
संभूय लिखितं तच्च रक्तपादं तदुच्यते । रामस्य लेख्यं ते सर्वे पूजयंतु समाहिताः
Ce qui fut rédigé ensemble, en assemblée, est appelé «Raktapāda». Que tous, recueillis et attentifs, vénèrent cet écrit de Rāma.
Verse 10
रामस्य करमुद्रां च पूजयंतु द्विजाः सदा । येषां दोषाः सदाचारे व्यभिचारादयो यदि
Que les deux-fois-nés vénèrent sans cesse la sainte karamudrā, le sceau de la main de Rāma. Mais s’il se trouve des fautes dans leur bonne conduite—adultère et autres—qu’ils ne la portent pas sans juste rectification.
Verse 11
तेषां दण्डो विधेयस्तु य उक्तो विधिवद्विजैः । चिह्नं न राममुद्राया यावद्दंडं ददाति न
Pour de tels hommes, la peine doit assurément être infligée selon la règle, ainsi que l’ont énoncé les savants deux-fois-nés. Tant que la peine n’est pas acquittée, qu’on ne porte pas le signe de la mudrā de Rāma.
Verse 12
विना दण्डप्रदानेन मुद्राचिह्नं न धार्यते । मुद्राहस्ताश्च विज्ञेया वाडवा नृपसत्तम
Sans l’acquittement de la peine, le signe de la mudrā ne doit pas être porté. Et ceux qui portent la mudrā sur la main doivent être reconnus comme des « Vāḍavas », ô meilleur des rois.
Verse 13
पुत्रे जाते पिता दद्द्याच्छ्रीमात्रे तु बलिं सदा । पलानि विंशतिः सर्प्पिर्गुडः पंचप लानि च
Quand un fils naît, le père doit toujours offrir un bali (oblation) à Śrīmātṛ. (L’offrande comprendra) vingt palas de ghee et aussi cinq palas de jaggery.
Verse 14
कुंकुमादिभिरभ्यर्च्य जातमात्रः सुतस्तदा । षष्ठे च दिवसे राजन्षष्ठीं पूजयते सदा
Après avoir honoré (la Déesse) avec du kuṅkuma et d’autres offrandes lorsque le fils vient de naître, alors, le sixième jour, ô roi, on doit toujours vénérer Ṣaṣṭhī, la déesse du sixième jour.
Verse 15
दद्यात्तत्र बलिं साज्यं कुर्याद्धि बलिपंचकम् । पंचप्रस्थान्बलीन्दद्यात्सवस्त्राञ्छ्रीफलैर्युतान्
Là, qu’on offre un bali avec du ghee, et qu’on accomplisse vraiment l’ensemble des cinq balis. Qu’on donne cinq prasthas en offrande, avec des étoffes, accompagnées de fruits de bon augure.
Verse 16
कुंकुमादिभिरभ्यर्च्य श्रीमात्रे भक्तिपूर्वकम् । वितशाठ्यं न कुर्वीत कुले संततिवृद्धये
En vénérant Śrīmātṛ avec du kuṅkuma et autres offrandes, avec dévotion, qu’on ne commette aucune tromperie dans la dépense ni dans ce qui doit être offert, pour l’accroissement de la descendance du clan.
Verse 17
तद्धि चार्पयता द्रव्यं वृद्धौ यद्ध्रीणितं पुनः । जन्मनो नंतरं कार्यं जातकर्म यथाविधि
En vérité, qu’on offre la substance de nouveau acquise dans la prospérité, sans la retenir. Et aussitôt après la naissance, qu’on accomplisse le rite du jātakarma selon la règle.
Verse 18
विप्रानुकीर्तिता याश्च वृत्तिः सापि विभज्यते । प्रथमा लभ्यमाना च वृत्तिर्वै यावती पुनः
Et le moyen de subsistance (vṛtti) enseigné par les brāhmanes doit aussi être réparti. La première part est le revenu tel qu’il est obtenu, quelle qu’en soit l’étendue.
Verse 19
तस्या वृत्तेरर्द्धभागो गोत्रदेव्यै तु कल्प्यताम् । द्विगुणं वणिजा चैव पुत्रं जाते भवेदिति
De ce revenu, qu’une moitié soit destinée à la gotradevī, la déesse du lignage. Et pour le marchand, le double (part/offrande) est prescrit, afin que la naissance d’un fils advienne comme fruit béni.
Verse 20
मांडलीयाश्च ये शूद्रास्तेषामर्ककरं त्विदम् । अडालजानां त्रिगुणं गोभुजानां चतुर्गुणम्
Pour les Śūdras appelés Māṇḍalīya, voici le prélèvement prescrit, nommé arkakara ; pour les Aḍālaja il est triple, et pour les Gobhuja il est quadruple.
Verse 21
इत्येतत्कथितं सर्वमन्यच्च शूद्रजातिषु । यस्य दोषस्तु हत्यायाः समुद्भूतो विधेर्वशात्
Ainsi tout a été exposé, avec d’autres points concernant les diverses communautés de Śūdras. Or, quant à celui en qui s’est levée la faute d’un meurtre, selon la rigueur de la règle prescrite—
Verse 22
दण्डस्तु विधिवत्तस्य कर्त्तव्यो वेदशास्त्रिभिः । अन्यायो न्यायवादी स्यान्निर्द्दोषे दोषदायकः
Que son châtiment soit infligé selon la règle par ceux qui sont versés dans le Veda et les śāstras. Sinon, l’injustice prend le masque de la justice, lorsque l’on fait porter la faute à l’innocent.
Verse 23
पंक्तिभेदस्य कर्ता च गोसहस्रवधः स्मृतः । वृत्तिभागविभजनं तथा न्यायविचारणम् । श्रीरामदूतकस्याग्रे कर्त्तव्यमिति निश्चयः
Celui qui brise la ligne du repas (la communion sociale) est tenu pour l’égal du tueur de mille vaches. Le partage des moyens d’existence et des parts, ainsi que l’examen de la justice, doivent assurément se faire en présence du messager de Śrī Rāma (Hanumān).
Verse 24
तस्य पूजां प्रकुर्वीत तदा कालेऽथवा सदा । तैलेन लेपयेत्तस्य देहे वै विघ्नशांतये
Qu’on accomplisse son culte au moment opportun, ou même en tout temps. Qu’on oigne son corps d’huile, en vérité, pour apaiser les obstacles.
Verse 25
धूपं दीपं फलं दद्यात्पुष्पैर्नानाविधैः किल । पूजितो हनुमानेव ददाति तस्य वांछितम्
Qu’on offre encens, lampe et fruits, ainsi que des fleurs de maintes sortes. Hanumān seul, lorsqu’il est vénéré, accorde au dévot ce qu’il désire.
Verse 26
प्रतिपुत्रं तु तस्याग्रे कुर्यान्नान्यत्र कुत्रचित् । श्रीमाताबकुलस्वामिभागधेयं तु पूर्वतः
Pour chaque fils, qu’on l’accomplisse en sa présence, et nulle part ailleurs. Et d’abord, qu’on mette à part la part due à Śrī Mātā Bakula Svāmī.
Verse 27
पश्चात्प्रतिग्रहं विप्रैः कर्त्तव्यमिति निश्चितम् । समागमेषु विप्राणां न्यायान्यायविनिर्णये
Après cela, il est établi qu’il convient que les brāhmaṇas acceptent l’offrande. Dans les assemblées des brāhmaṇas, on tranche le juste et l’injuste.
Verse 28
निर्णयं हृदये धृत्वा तत्रस्थं श्रावयेद्द्विजान् । केवलं धर्मबुद्ध्या च पक्षपातं विवर्जयेत्
Ayant fixé la décision dans son cœur, qu’on la proclame aux dvijas présents. Et, l’esprit tourné uniquement vers le dharma, qu’on renonce à tout parti pris.
Verse 29
सर्वेषां संमतं कार्यं तद्ध्यविकृतमेव च । आकारितस्ततो विप्रः सभायां भयमेति चेत्
Ce qui est approuvé par tous doit être accompli, car cela demeure sans altération. Mais si, convoqué, un brāhmaṇa vient à éprouver de la crainte dans l’assemblée—
Verse 30
न तस्य वाक्यं श्रोतव्यं निर्णीतार्थनिवारणे । यस्य वर्जस्तु क्रियते मिलित्वा सर्व वाडवैः
Qu’on n’écoute pas la parole de celui qui cherche à renverser une affaire déjà jugée avec droiture — celui que toute la communauté, assemblée, a solennellement exclu.
Verse 31
खानपानादिकं सर्वं कार्यं तेन विवर्जयेत् । तस्य कन्या न दातव्या तत्संसर्गी च तादृशः
Qu’on évite avec lui toute relation, telle que manger et boire. Qu’on ne lui donne pas sa fille en mariage, ni à celui qui le fréquente et lui ressemble.
Verse 32
ततो दंडं प्रकुर्वीत सर्वैरेव द्विजोत्तमैः । भोजनं कन्यकादानमिति दाशरथेर्मतम्
Ensuite, que tous les plus éminents des deux-fois-nés infligent la peine selon la règle. Quant au don de nourriture et au don d’une jeune fille en mariage, telle est l’opinion attribuée à Dāśarathi.
Verse 33
यत्किंचित्कुरुते पापं लब्धुं स्थलमथापि वा । शुष्कार्द्रं वसते चान्ने तस्मादन्नं परि त्यजेत्
Si quelqu’un commet quelque péché, fût-ce pour obtenir une charge ou une place, et qu’il continue pourtant à vivre de nourriture, sèche ou humide, alors qu’on renonce entièrement à recevoir de lui la nourriture.
Verse 34
कुर्वंस्तत्पापभागी स्यात्तस्य दंडो यथाविधि । न्यायं न पश्यते यस्तु शक्तौ सत्यां सदा यतः
Quiconque soutient une telle faute en devient le partageur; pour lui aussi il y a châtiment selon la règle. Et celui qui ne veille pas à la justice, bien qu’il en ait le pouvoir, demeure toujours blâmable.
Verse 35
पापभागी स विज्ञेय इति सत्यं न संशयः । उत्कोचं यस्तु गृह्णाति पापिनां दुष्टकर्मिणाम् । सकलं च भवेत्तस्य पापं नैवात्र सशयः
Qu’on le sache : il est partageur du péché ; c’est vérité, sans aucun doute. Et celui qui reçoit un pot-de-vin de pécheurs aux actes mauvais, sur lui retombe l’intégralité de ce péché ; ici, point de doute.
Verse 36
तस्यान्नं गृह्यते नैव कन्यापि न कदाचन । हितमाचरते यस्तु पुत्राणामपि वै नरः
Qu’on ne prenne jamais sa nourriture de lui, et qu’on ne lui donne une fille en mariage à aucun moment. Mais l’homme qui agit pour le vrai bien, fût-ce de ses propres fils, doit suivre ces règles.
Verse 37
स एतान्नियमान्सर्वान्पालयेन्नात्र संशयः । एवं पत्रं लिखित्वा तु वाडवास्ते प्रह र्षिताः
Il doit garder toutes ces observances ; là-dessus, point de doute. Et après avoir ainsi rédigé un acte, ces vāḍavas furent remplis de joie.
Verse 38
प्राप्ते कलियुगे घोरे यथा पापं न कुर्वते । इति ज्ञात्वा तु सर्वे ते न्यायधर्मं प्रचक्रिरे
Ayant compris comment, lorsque survient l’effroyable âge de Kali, les hommes peuvent s’abstenir du péché, ils établirent tous le dharma de la justice.
Verse 39
व्यास उवाच । कलौ प्राप्ते द्विजाः सर्वे स्थानभ्रष्टा यतस्ततः । पक्षमुत्कलं ग्रहीष्यंति तथा स्युः पक्षपातिनः
Vyāsa dit : Lorsque Kali sera venu, tous les deux-fois-nés, déchus de leurs justes places çà et là, se rangeront en factions ; ainsi deviendront-ils partisans et biaisés.
Verse 40
भोक्ष्यंते म्लेच्छकग्रामान्कोलाविध्वंसिभिः किल । वेदभ्रष्टाश्च ते विप्रा भविष्यंति कलौ युगे
En vérité, dans l’âge de Kali, ces destructeurs des Kola dévoreront les villages des mleccha ; et ces brāhmaṇa déchoiront du Veda en ce temps obscur.
Verse 42
यस्मिन्गोत्रे समुत्पन्ना वाडवा ये महाबलाः
De quelle lignée (gotra) naquirent ces puissants Vāḍava ?
Verse 43
व्यास उवाच ज्ञायते गोत्रसंज्ञाऽथ केचिच्चैव पराक्रमैः । यस्ययस्य च यत्कर्म तस्य तस्यावटंककः
Vyāsa dit : On comprend l’appellation du gotra de chacun ; certains, en vérité, sont connus par leurs hauts faits. Et l’œuvre que chacun accomplit, ce signe même (avaṭaṃkaka) est le sien.
Verse 44
अवटंकैर्हि ज्ञायंते नान्यथा ज्ञायते क्वचित् । गोत्रैश्च प्रवरैश्चैव अवटंकैर्नृपात्मज
Car c’est par ces signes distinctifs (avaṭaṃkaka) qu’on les reconnaît, et nulle part on ne les connaît autrement. Par les gotra et par les pravara aussi, grâce à de telles marques, ô fils de roi.
Verse 47
व्यास उवाच । ज्ञायंते यत्रयत्रस्था माध्यंदिनीया महाबलाः । कौथमीं च समाश्रित्य केचिद्विप्रा गुणान्विताः
Vyāsa dit : Les puissants Mādhyaṃdina sont reconnus partout où ils demeurent. Et, prenant aussi refuge dans la tradition Kauthumī, on trouve certains brāhmaṇa pourvus de vertus.
Verse 48
ऋगथर्वणजा शाखा नष्टा सा च महामते । एवं वै वर्तमानास्ते वाडवा धर्मसंभवाः
Ô grand d’esprit, la branche issue du Ṛg et de l’Atharvan a péri. Ainsi, en vérité, les Vāḍavas—nés du dharma—demeurent de cette manière.
Verse 49
धर्मारण्ये महाभागाः पुत्रपौत्रान्विताऽभवन् । शूद्राः सर्वे महाभागाः पुत्रपौत्र समावृताः
Dans le Dharmāraṇya, ces bienheureux s’établirent avec fils et petits-fils. Tous—des Śūdras—furent pareillement fortunés, entourés de fils et de petits-fils.
Verse 50
धर्मारण्ये महातीर्थे सर्वे ते द्विजसेवकाः । अभवन्रामभक्ताश्च रामाज्ञां पालयंति च
Dans le Dharmāraṇya, ce grand tīrtha, tous devinrent serviteurs des dvijas. Ils devinrent dévots de Rāma et observent aussi l’ordre de Rāma.
Verse 51
आज्ञामत्याऽदरेणेह हनूमंतश्च वीर्यवान् । पालयेत्सोऽपि चेदानीं सुप्राप्ते वै कलौ युगे
Ici, avec assentiment fidèle et révérence, même le vaillant Hanūmān préserverait cet ordre; de même aujourd’hui, lorsque l’âge de Kali est pleinement advenu.
Verse 52
अदृष्टरूपी हनुमांस्तत्र भ्रमति नित्यशः । त्रैविद्या वाडवा यत्र चातुर्विद्यास्तथैव च
Là, Hanūmān—à la forme invisible—erre sans cesse; là où les Vāḍavas sont instruits des trois savoirs, et de même (certains) des quatre savoirs.
Verse 53
सभायामुपविष्टा येऽन्यायात्पापं प्रकुर्वते । जयो हि न्यायकर्तॄणामजयोऽन्यायकारिणाम्
Ceux qui, assis dans l’assemblée, commettent le péché par l’injustice : la victoire appartient vraiment aux artisans de la justice, et la défaite à ceux qui font l’injustice.
Verse 54
सापराधे यस्तु पुत्रे ताते भ्रातरि चापि वा । पक्षपातं प्रकुर्वीत तस्य कुप्यति वायुजः
Si quelqu’un, lorsque le fils, le père ou même le frère est en faute, fait preuve de favoritisme et de partialité, alors le Fils de Vāyu, Hanumān, s’irrite contre lui.
Verse 55
कुपितो हनुमानेष धननाशं करोति वै । पुत्रनाशं करोत्येव धामनाशं तथैव च
Quand ce Hanumān s’irrite, il cause vraiment la perte des richesses ; il cause aussi la perte des fils, et de même la ruine de la demeure et du domaine.
Verse 56
सेवार्थं निर्मितः शूद्रो न विप्रान्परिषेवते । वृत्तिं वा न ददात्येव हनुमांस्तस्य कुप्यति
Un Śūdra, créé pour le service, qui ne sert pas les Brāhmaṇas — ou qui ne leur accorde pas de moyens de subsistance —, Hanumān s’irrite contre lui.
Verse 57
अर्थनाशं पुत्रनाशं स्थाननाशं महा भयम् । कुरुते वायुपुत्रो हि रामवाक्यमनुस्मरन्
Le Fils de Vāyu inflige perte des richesses, perte des enfants, perte de la position et grande crainte, se souvenant de la parole de Rāma.
Verse 58
यत्र कुत्र स्थिता विप्राः शूद्रा वा नृपसत्तम । न निर्द्धना भवेयुस्ते प्रसादाद्राघवस्य च
Ô meilleur des rois, où que demeurent les brāhmanes —ou même les śūdras—, qu’ils ne tombent pas dans la misère, par la grâce de Rāghava (Rāma).
Verse 59
यो मूढश्चाप्यधर्मात्मा पापपाषंडमाश्रितः । निजान्विप्रान्परित्यज्य परज्ञातींश्च मन्यते
Cet homme, insensé et injuste, qui se réfugie dans l’hérésie pécheresse—délaissant ses propres brāhmanes—prend des étrangers pour parents.
Verse 60
तस्य पूर्वकृतं पुण्यं भस्मीभवति नान्यथा । अन्येषां दीयते दानं स्वल्पं वा यदि वा बहु
Tout le mérite acquis jadis se réduit en cendres—il n’en est pas autrement. L’aumône qu’il offre, petite ou grande, est comptée comme donnée à d’autres (non à son crédit).
Verse 61
यथा भवति वै पूर्वं ब्रह्मविष्णुशिवैः कृतम् । तस्य देवा न गृह्णंति हृव्यं कव्यं च पूर्वजाः
Ainsi qu’il fut établi jadis par Brahmā, Viṣṇu et Śiva : les dieux n’acceptent pas ses oblations, et les ancêtres n’acceptent pas ses offrandes (havya et kavya).
Verse 62
वंचयित्वा निजान्विप्रानन्येभ्यः प्रददेत्तु यः । तस्य जन्मार्जितं पुण्यं भस्मीभवति तत्क्षणात्
Quiconque, après avoir trompé ses propres brāhmanes, fait des dons à d’autres—le mérite acquis durant toute une vie devient cendre à l’instant même.
Verse 63
ब्रह्मविष्णुशिवैश्चैव पूजिता ये द्विजोत्तमाः ते । षां ये विमुखाः शूद्रा रौरवे निवसंति ते
Les meilleurs parmi les deux-fois-nés, honorés même par Brahmā, Viṣṇu et Śiva : les Śūdras qui se détournent d’eux et leur témoignent de l’hostilité demeurent dans l’enfer nommé Raurava.
Verse 64
यो लौल्याच्च कुलाचारं गोत्राचारं प्रलोपयेत् । स्वाचारं यो न कुर्वीत कदाचिद्वै विमोहितः
Celui qui, par avidité, anéantit les coutumes de la famille et les usages du lignage ; et celui qui, égaré, néglige d’accomplir sa propre discipline légitime, (court à la perdition).
Verse 65
सर्वनाशो भवेत्तस्य भस्मीभवति तत्क्षणात् । तस्मात्सर्वः कुलाचारः स्थानाचारस्तथैव च
Pour un tel homme, la ruine totale s’élève : comme s’il était réduit en cendres à l’instant même. C’est pourquoi la coutume familiale et la conduite propre au lieu doivent assurément être maintenues.
Verse 66
गोत्राचारः पालनीयो यथावित्तानुसारतः । एवं ते कथितं राजन्धर्मारण्यं पुरातनम्
Les observances du lignage doivent être maintenues selon ses moyens et sa fortune. Ainsi, ô Roi, t’a été exposé l’antique Dharmāraṇya.
Verse 67
स्थापितं देवदेवैश्च ब्रह्मविष्णुशिवादिभिः । धर्मारण्यं कृतयुगे त्रेतायां सत्यमंदिरम् । द्वापरे वेदभवनं कालौ मोहेरकं स्मृतम्
Établi par les dieux des dieux—par Brahmā, Viṣṇu, Śiva et d’autres—ce lieu fut connu au Kṛta-yuga sous le nom de Dharmāraṇya ; au Tretā-yuga, Satyamandira ; au Dvāpara-yuga, Vedabhavana ; et au Kali-yuga, il est rappelé comme Moheraka.
Verse 68
ब्रह्मोवाच । य इदं शृणुयात्पुत्र श्रद्धया परया युतः । धर्मारण्यस्य माहात्म्यं सर्वकिल्बिषनाशनम्
Brahmā dit : Mon fils, quiconque écoute ceci avec une foi suprême—la grandeur de Dharmāraṇya, qui détruit toutes les souillures et les péchés—obtient la purification.
Verse 69
मनोवाक्कायजनितं पातकं त्रिविधं च यत् । तत्सर्वं नाशमायाति श्रवणात्कीर्तनात्सुकृत्
Tout péché triple né du mental, de la parole et du corps—tout cela est détruit par l’écoute et par la récitation (de ce māhātmya) ; cela devient mérite.
Verse 70
धन्यं यशस्यमायुष्यं सुखसंतानदायकम् । माहात्म्यं शृणुयाद्वत्स सर्वसौख्याप्तये नरः
Ce māhātmya est béni : il donne la renommée, accroît la longévité et accorde une descendance heureuse. Ô bien-aimé, qu’un homme l’écoute afin d’obtenir toute félicité.
Verse 71
सर्वतीर्थेषु यत्पुण्यं सर्वक्षेत्रेषु यत्फलम् । तत्फलं समवाप्नोति धर्मारण्यस्य सेवनात्
Le mérite présent dans tous les tīrthas et le fruit obtenu dans tous les kṣetras sacrés—ce même fruit est atteint par le service rendu à Dharmāraṇya.
Verse 72
नारद उवाच । धर्मारण्यस्य माहात्म्यं यच्छ्रुतं त्वन्मुखांबुजात् । धर्मवाप्यां यत्र धर्म्मस्तपस्तेपे सुदुष्कुरम्
Nārada dit : La grandeur de Dharmāraṇya que j’ai entendue de ta bouche de lotus—là, à Dharmavāpī, Dharma accomplit une austérité extrêmement difficile.
Verse 73
तस्य क्षेत्रस्य महिमा मया त्वत्तोऽवधारितः । स्वस्ति तेऽस्तु गमिष्यामि धर्मारण्यदिदृक्षया
Par toi, j’ai saisi la grandeur de ce saint domaine. Que l’auspice soit sur toi ; je pars à présent, désireux de contempler Dharmāraṇya.
Verse 74
तत्र वाक्यजलौघेन पावितोऽहं चतुर्मुख
Là, ô Toi aux quatre visages, j’ai été purifié par le flot de tes paroles.
Verse 75
व्यास उवाच । इदमाख्यानकं सर्वं कथितं पांडुनंदन । यच्छ्रुत्वा गोसहस्रस्य फलं प्राप्नोति मानवः
Vyāsa dit : Ô fils de Pāṇḍu, je t’ai exposé tout ce récit sacré. Quiconque l’entend obtient un mérite égal au don de mille vaches.
Verse 76
अपुत्रो लभते पुत्रान्निर्द्धनो धनवान्भवेत् । रोगी रोगात्प्रमुच्येत बद्धो मुच्येत बंधनात्
Celui qui est sans fils obtient des fils ; le pauvre devient riche. Le malade est délivré de la maladie, et l’enchaîné est libéré de ses liens.
Verse 77
विद्यार्थी लभते विद्यामुत्तमां कर्मसाधनाम् । तीर्थयात्राफलं तस्य कोटिकन्याफलं लभेत्
Le chercheur de science obtient un savoir excellent, qui accomplit de nobles buts. Il reçoit le fruit du pèlerinage aux tīrthas, et même le mérite dit « fruit d’un crore de jeunes filles ».
Verse 78
यः श्रृणोति नरो भक्त्या नारी वाथ नरोत्तम । निरयं नैव पश्यंति एकोत्तरशतैः सह
Ô le meilleur des hommes : qu’il soit homme ou femme, celui qui écoute avec dévotion ne voit pas l’enfer, avec cent un des siens.
Verse 79
शुभे देशे निवेश्याथ क्षौमवस्त्रादिभिस्तथा । पुराणपुस्तकं राजन्प्रयतः शिष्टसंमतः
Ô Roi, après avoir placé le livre du Purāṇa en un lieu propice et l’avoir paré de lin et d’autres étoffes, qu’on avance avec pureté et une conduite approuvée des sages.
Verse 80
अर्चयेच्च यथा न्यायं गंधमाल्यैः पृथक्पृथक् । समाप्तौ नृप ग्रंथस्य वाचकस्यानुपूजनम्
Et qu’on l’honore selon la règle, en offrant séparément parfums et guirlandes. À l’achèvement du livre, ô Roi, qu’on rende aussi un hommage convenable au récitant.
Verse 81
दानादिभिर्यथान्यायं संपूर्णफलहेतवे । मुद्रिकां कुंडले चैव ब्रह्मसूत्रं हिरण्मयम्
Afin d’obtenir le fruit accompli, qu’on offre, selon la règle, des dons et autres présents—tels qu’une bague, des boucles d’oreilles et le cordon sacré (brahmasūtra) d’or.
Verse 82
वस्त्राणि च विचित्राणि गंधमाल्यानुलेपनैः । देववत्पूजनं कृत्वा गां च दद्यात्पयस्विनीम्
Et (en offrant) des vêtements variés, avec parfums, guirlandes et onguents—après avoir accompli un culte comme envers une divinité—qu’on donne aussi en aumône une vache laitière.
Verse 83
एवं विधानतः श्रुत्वा धर्मारण्यकथानकम् । धर्मारण्यनिवासस्य फलमाप्नोत्यसंशयम्
Ainsi, après avoir écouté selon la règle le récit sacré de Dharmāraṇya, on obtient sans aucun doute le plein fruit spirituel promis à celui qui demeure à Dharmāraṇya.