Adhyaya 52
Purva BhagaSecond QuarterAdhyaya 5296 Verses

Vyākaraṇa-saṅgraha: Pada–Vibhakti–Kāraka–Lakāra–Samāsa

Sanandana expose à Nārada un abrégé de grammaire, « bouche » interprétative du Veda. Il définit le pada comme un mot terminé par sup/tiṅ, explique le prātipadika, et relie les sept vibhakti aux kāraka (karma, karaṇa, sampradāna, apādāna, sambandha/ṣaṣṭhī, adhikaraṇa), en signalant des exceptions marquantes. Il passe en revue les sens des upasarga (notamment « upa ») et la régence particulière du datif dans des formules telles que namaḥ, svasti, svāhā. L’enseignement se tourne ensuite vers le système verbal : personnes, parasmaipada/ātmanepada, dix lakāra et leurs emplois (mā sma + aoriste ; loṭ/liṅ pour la bénédiction ; liṭ pour le passé lointain ; lṛṭ/lṛṅ pour le futur), gaṇa et dérivations (causatif, desideratif, intensif, yaṅ-luk), avec une réflexion sur l’agentivité et la transitivité. Le chapitre s’achève sur les types de composés (avyayībhāva, tatpuruṣa, karmadhāraya, bahuvrīhi), les affixes taddhita de lignée et des listes lexicales, puis affirme que des noms divins composés comme « Rāma–Kṛṣṇa » sont une unique adoration bhakti du Brahman unique.

Shlokas

Verse 1

सनंदन उवाच । अथ व्याकरणं वक्ष्ये संक्षेपात्तव नारद । सिद्धरूपप्रबंधेन मुखं वेदस्य सांप्रतम् ॥ १ ॥

Sanandana dit : Maintenant, ô Nārada, je t’enseignerai la grammaire en bref, au moyen d’un compendium ordonné des formes établies ; car, à présent, elle est la « bouche », la porte d’entrée, du Veda.

Verse 2

सुप्तिङंतं पदं विप्र सुपां सप्त विभक्तयः । स्वौजसः प्रथमा प्रोक्ता सा प्रातिपदिकात्मिका ॥ २ ॥

Ô brāhmaṇa, un « pada » (mot) est ce qui se termine par sup (désinences nominales) ou par tiṅ (désinences verbales). Les désinences sup sont ordonnées en sept vibhaktis (cas). « Su–au–jas » est déclaré être le premier cas (nominatif), fondé sur le prātipadika, la base nominale.

Verse 3

संबोधने च लिंगादावुक्ते कर्मणि कर्तरि । अर्थवत्प्रातिपदिकं धातुप्रत्ययवर्जितम् ॥ ३ ॥

Le thème nominal porteur de sens (prātipadika) est celui qui s’emploie dans l’adresse (vocatif) et où s’expriment le genre et autres marques; il se rapporte à l’objet (karman) ou à l’agent (kartṛ), et il est dépourvu de racines verbales et de suffixes de flexion.

Verse 4

अमौसशो द्वितीया स्यात्तत्कर्म क्रियते च यत् । द्वितीया कर्मणि प्रोक्तान्तरांतरेण संयुते ॥ ४ ॥

Le cas accusatif (dvitīyā) s’emploie pour l’objet : ce en vue de quoi l’action est accomplie. Ainsi, la dvitīyā est déclarée signifier le karma (objet), même lorsqu’elle est reliée par des mots ou des syntagmes interposés.

Verse 5

टाभ्यांभिसस्तृतीया स्यात्करणे कर्तरीरिता । येन क्रियते तत्करणं सः कर्ता स्यात्करोति यः ॥ ५ ॥

Le troisième cas est enseigné avec les affixes ṭā, bhyām et bhis : il sert au sens instrumental et, dans certaines tournures, aussi à l’agent. Ce par quoi l’action s’accomplit est appelé karaṇa (instrument) ; celui qui agit est appelé kartā (agent).

Verse 6

ङेभ्यांभ्यसश्चतुर्थो स्यात्संप्रदाने च कारके । यस्मै दित्सा धारयेद्वै रोचते संप्रदानकम् ॥ ६ ॥

Le quatrième cas (datif) s’exprime par les affixes ṅe, bhyām et bhyas, et s’emploie pour le kāraka nommé sampradāna (le récipiendaire). Celui à qui l’on veut donner, ou pour qui l’on entreprend une action, est appelé sampradāna.

Verse 7

पंचमी स्यान्ङसिभ्यांभ्यो ह्यपादाने च कारके । यतोऽपैति समादत्ते अपदत्ते च यं यतः ॥ ७ ॥

Le cinquième cas (pañcamī) s’emploie avec les affixes ṅasi, bhyām et bhyas pour le kāraka nommé apādāna (point de séparation). Ce d’où quelque chose s’éloigne, d’où l’on prend, et d’où l’on reçoit, est appelé apādāna.

Verse 8

ङसोसामश्च षष्ठी स्यात्स्वामिसंबंधमुख्यके । ङ्योस्सुपः सप्तमी तु स्यात्सा चाधिकरणे भवेत् ॥ ८ ॥

La désinence casuelle (vibhakti) enseignée par les affixes Ṅas et Osām est le sixième cas (génitif), exprimant surtout le lien de maître et de possession. La désinence indiquée par Ṅyos et Sup est le septième cas (locatif) ; elle sert à marquer le lieu ou le support, l’adhikaraṇa.

Verse 9

आधारे चापि विप्रेंद्र रक्षार्थानां प्रयोगतः । ईप्सितं चानीप्सितं यत्तदपादानकं स्मृतम् ॥ ९ ॥

Ô le meilleur des brahmanes, dans l’usage effectif, même à propos d’un support (ādhāra), lorsqu’une chose est employée en vue de la protection — qu’elle soit désirée ou non — cela est tenu pour l’apādāna, la relation ablative de « séparation depuis la source ».

Verse 10

पंचमी पर्यणङ्योगे इतरर्तेऽन्यदिङ्मुखे । एतैर्योगे द्वितीया स्यात्कर्मप्रवचनीयकैः ॥ १० ॥

Quand paryaṇañ est employé au sens de « autrement / sauf », et aussi lorsqu’il est tourné vers une autre direction, on emploie le cinquième cas (ablatif). Mais lorsque ces particules se trouvent dans une construction dite karma-pravacanīya, on utilise le deuxième cas (accusatif).

Verse 11

लक्षणेत्थंभूतोऽभिरभागे चानुपरिप्रति । अंतरेषु सहार्थे च हीने ह्युपश्च कथ्यते ॥ ११ ॥

Le préverbe (upasarga) « upa » est enseigné comme exprimant l’indication (lakṣaṇa), « être ainsi » (itthaṃbhūta), « vers/près de » (abhi), « part/portion » (bhāga), et aussi « suivant/autour/vers » (anu, pari, prati). De plus, il s’emploie au sens de « entre/au-dedans » (antara), de « avec » (saha) et de « manque/infériorité » (hīna).

Verse 12

द्वितीया च चतुर्थी स्याञ्चेष्टायां गतिकर्मणि । अप्राणिषु विभक्ती द्वे मन्यकर्मण्यनादरे ॥ १२ ॥

Dans les expressions d’effort et avec les verbes qui signifient mouvement ou action, on peut employer aussi bien le deuxième cas (accusatif) que le quatrième (datif). Avec les choses inanimées également, ces deux désinences sont utilisées, surtout dans les tours avec manyat (« considérer ») et pour marquer le dédain ou le manque d’égard.

Verse 13

नमःस्वस्तिस्वधास्वाहालंवषड्योग ईरिता । चतुर्थी चैव तादर्थ्ये तुमर्थाद्भाववाचिनः ॥ १३ ॥

Les formules « namaḥ », « svasti », « svadhā », « svāhā », « alam » et l’exclamation rituelle « vaṣaṭ » sont dites régir le datif (quatrième cas). De même, le quatrième cas sert à exprimer « pour cela », le but; et l’infinitif en -tum, issu d’une racine verbale, désigne le bhāva comme action voulue.

Verse 14

तृतीया सहयोगे स्यात्कुत्सितेंऽगे विशेषणे । काले भावे सप्तमी स्यादेतैर्योगे च षष्ठ्यपि ॥ १४ ॥

La troisième désinence (instrumental) sert à exprimer l’association, le fait d’être avec. Elle s’emploie aussi lorsqu’on mentionne un membre méprisable, et lorsqu’un qualificatif (adjectif) se rapporte à ce membre. La septième désinence (locatif) indique le temps et l’état/condition; et dans des constructions semblables, la sixième (génitif) peut également être employée.

Verse 15

स्वामीश्वरोधिपतिभिः साक्षिदायादसूतकैः । निर्धारणे द्वे विभक्ती षष्टी हेतुप्रयोगके ॥ १५ ॥

Avec des termes tels que « svāmī » (maître), « īśvara » (Seigneur), « adhipati » (suzerain), « sākṣī » (témoin), « dāyāda » (héritier) et « sūtaka » (personne en impureté rituelle), dans les expressions de détermination/spécification (nirdhāraṇa) on emploie deux désinences. Mais dans l’usage causal, on recourt à la sixième, le génitif (ṣaṣṭhī).

Verse 16

स्मृत्यर्थकर्मणि तथा करोतेः प्रतियत्नके । हिंसार्थानां प्रयोगे च कृतिकर्मणि कर्तरि ॥ १६ ॥

De même, lorsqu’un acte est accompli en vue du souvenir (smṛty-artha), et lorsque le verbe √kṛ « faire » implique un effort délibéré; ainsi que dans l’emploi d’expressions signifiant la blessure; et dans les actes suscités par l’entreprise intentionnelle de l’agent—l’agent (kartṛ) est compris comme le support, le sujet de l’action.

Verse 17

न कर्तृकर्मणोः षष्टी निष्टादिप्रतिपादिका । एता वै द्विविधा ज्ञेयाः सुबादिषु विभक्तिषु । भूवादिषु तिङतेषु लकारा दश वै स्मृताः ॥ १७ ॥

La sixième désinence (ṣaṣṭhī, génitif) n’a pas pour fonction d’indiquer l’agent et l’objet; elle exprime plutôt des valeurs participiales, telles que celles de niṣṭā et autres. Ainsi, parmi les flexions nominales commençant par su, ces désinences doivent être comprises comme de deux sortes. Et dans le système verbal—dans les terminaisons tiṅ fondées sur des racines comme bhū—dix lākāras (marqueurs de temps et de mode) sont traditionnellement retenus.

Verse 18

तिप्त संतीति प्रथमो मध्यमः सिप्थस्थोत्तमः । मिव्वस्मसः परस्मै तु पादानां चा मपनेदम् ॥ १८ ॥

« Tipta » et « saṃtīti » doivent être compris comme la première et la forme médiane ; « sipthastha » est la meilleure (forme finale). Pour le parasmaipada (emploi actif), il est aussi enseigné l’effacement (élision) des éléments du pāda, c’est-à-dire des terminaisons—telle est la règle énoncée.

Verse 19

त आतेंऽते प्रथमो मध्वः से आथे ध्वे तथोत्तमः । ए वहे मह आदेशा ज्ञेया ह्यन्ये लिङादिषु ॥ १९ ॥

Le premier ensemble est constitué des désinences « ta, āte, ṁ’te » ; puis viennent « se, āthe », et « dhve » comme la plus haute. De même, il faut connaître les formes de substitution « e, vahe, maha », ainsi que d’autres encore dans les questions commençant par le liṅga (genre grammatical) et les sujets connexes.

Verse 20

नाम्नि प्रयुज्यमाने तु प्रथमः पुरुषो भवेत् । मध्यमो युष्मदि प्रोक्त उत्तमः पुरुषोऽस्मदि ॥ २० ॥

Lorsqu’un nom est employé (comme sujet du discours), il est traité comme la première personne. La deuxième personne est dite être la forme « yuṣmad » (toi/vous), et la troisième (l’autre) personne la forme « asmad » (moi/nous).

Verse 21

भूवाद्या धातवः प्रोक्ताः सनाद्यन्तास्तथा ततः । लडीरितो वर्तमाने भूतेऽनद्यतने तथा ॥ २१ ॥

Sont enseignées les racines verbales commençant par « bhū », ainsi que celles qui se terminent avec les affixes san-ādi. Ensuite, le lakāra « laṭ » est prescrit pour le présent, et de même pour le passé non éloigné (anadyatana).

Verse 22

मास्मयोगे च लङ् वाच्यो लोडाशिषि च धातुतः । विध्यादौ स्यादाशिषि च लिङितो द्विविधो मुने ॥ २२ ॥

Ô sage, dans les constructions avec « mā sma » (« ne… pas »), il faut employer le laṅ (aoriste) ; et pour les bénédictions (āśiṣ), on use du loṭ (impératif) à partir de la racine verbale. De même, le liṅ (optatif) s’emploie dans les injonctions et aussi au sens bénédictif — ainsi le liṅ est de deux sortes.

Verse 23

लिडतीते परोक्षे स्यात् श्वस्तने लुङ् भविष्यति । स्यादनद्यतने लृटू च भविष्यति तु धातुतः ॥ २३ ॥

Pour une action du passé lointain, non vue directement, on emploie le liṭ ; pour l’action de demain, on recourt au luṅ. Pour l’avenir non immédiat aussi, on use du lṛṭ et du lṛṅ, selon la racine verbale.

Verse 24

भूते लुङ् तिपस्यपौ च क्रियायां लृङ् प्रकीर्तितः । सिद्धोदाहरणं विद्धि संहितादिपुरः सरम् ॥ २४ ॥

Pour les actions au passé, on enseigne le luṅ (aoriste), avec les désinences tip, tas et jhi. Pour l’action à accomplir sous condition, on proclame le lṛṅ. Sache que ceci est l’exemple établi, résumé avec concision d’après la Saṃhitā et les enseignements grammaticaux connexes.

Verse 25

दंडाग्रं च दधीदं च मधूदकं पित्रर्षभः । होतॄकारस्तथा सेयं लांगलीषा मनीषया ॥ २५ ॥

Ô le meilleur parmi les Pitṛ, il y a aussi « l’extrémité du bâton » (daṇḍāgra), « celui qui donne le caillé » (dadhīda) et « l’eau au miel » (madhūdaka). De même, la formule du Hotṛ (hotṝkāra) et cette « lāṅgalīṣā » se saisissent par une intelligence méditative.

Verse 26

गंगोदकं तवल्कार ऋणार्णं च मुनीश्वर । शीतार्तश्च मुनिश्रेष्ट सेंद्रः सौकार इत्यपि ॥ २६ ॥

Ô seigneur parmi les sages, sont mentionnés « l’eau du Gaṅgā », les « vêtements d’écorce » et le « fardeau de la dette ». Et encore, ô le meilleur des munis, « celui que le froid accable », avec Indra, et même la syllabe « sau ».

Verse 27

वध्वासनं पित्रर्थो नायको लवणस्तथा । त आद्या विष्णवे ह्यत्र तस्मा अर्घो गुरा अधः ॥ २७ ॥

Ici, le siège nuptial, le rite destiné aux Pitṛ, le conducteur du rite et le sel — tout cela doit d’abord être offert à Viṣṇu. C’est pourquoi l’offrande d’arghya doit être placée en bas, avec le poids convenable de respect et de vénération.

Verse 28

हरेऽव विष्णोऽवेत्येषादसोमादप्यमी अधाः । शौरी एतौ विष्णु इमौ दुर्गे अमू नो अर्जुनः ॥ २८ ॥

«Hare !» et «Ô Viṣṇu !»—telle est cette parole de protection. Même depuis la région de Soma, et même contre ceux d’en bas, que les deux—Śaurī et Viṣṇu—nous gardent. Dans le péril et l’épreuve, que ces deux-là nous sauvegardent ; et qu’Arjuna, le vaillant, soit pour nous un défenseur.

Verse 29

आ एवं च प्रकृत्यैते तिष्टंति मुनिसत्तम । षडत्र षण्मातरश्च वाक्छुरो वाग्धस्रिथा ॥ २९ ॥

Ainsi, ô le plus excellent des sages, ceux-ci demeurent établis selon leur propre nature. Ici il y en a six—les Six Mères—avec les puissances de la parole (vāk) et de l’ouïe (śrotra), qui résident comme appuis du son articulé.

Verse 30

हरिश्शेते विभुश्चिंत्यस्तच्छेषो यञ्चरस्तंथा । प्रश्नस्त्वथ हरिष्षष्ठः कृष्णष्टीकत इत्यपि ॥ ३० ॥

On l’appelle «Hari» parce qu’il repose (recline) ; il est le Seigneur qui pénètre tout, digne d’être contemplé. Il est aussi connu comme «Śeṣa» et comme Celui qui se meut partout. De plus, on le nomme «Praśna» ; aussi «Hari-ṣaṣṭha» ; et pareillement «Kṛṣṇa-ṣṭīkata».

Verse 31

भवान्षष्ठश्च षट् सन्तः षट्ते तल्लेप एव च । चक्रिंश्छिंधि भवाञ्छौरिर्भवाञ्शौरिरित्यपि ॥ ३१ ॥

«Tu es le sixième ; il y a six “saints” ; et pour toi il existe aussi l’“onction/marque sextuple”. Tranche (les ennemis) en tant que Porteur du disque ; tu es Śauri—oui, tu es aussi appelé Śauri».

Verse 32

सम्यङ्ङनंतोंगच्छाया कृष्णं वंदे मुनीश्वर । तेजांसि मंस्यते गङ्गा हरिश्छेत्ता मरश्शिवः ॥ ३२ ॥

Ô seigneur des sages, je me prosterne devant Kṛṣṇa—l’Infini qui pénètre tout—dont la seule ombre fait atteindre le Suprême. La Gaṅgā est vénérée comme son rayonnement; Hari est celui qui retranche le péché; et Śiva est l’Auspice qui accorde le bien-être.

Verse 33

राम ँकाम्यः कृप ँपूज्यो हरिः पूज्योऽर्च्य एव हि । रोमो दृष्टोऽबला अत्र सुप्ता इष्टा इमा यतः ॥ ३३ ॥

Rāma est l’objet de dévotion le plus désirable; par compassion, Il doit être adoré. En vérité, Hari seul est digne de culte et d’arcana. Ici l’on voit les poils se hérisser sous l’élan de la bhakti, et ces femmes sans défense reposent endormies; ainsi ce prodige est chéri en ce lieu.

Verse 34

विष्णुर्नभ्यो रविरयं गी फलं प्रातरच्युतः । भक्तैर्वद्योऽप्यंतरात्मा भो भो एष हरिस्तथा । एष शार्ङ्गी सैष रामः संहितैवं प्रकीर्तिता ॥ ३४ ॥

« Voici Viṣṇu; du nombril (nābhi) surgit le Soleil. Voici le chant de louange; voici son fruit; au matin il faut se souvenir d’Acyuta. Bien qu’Il soit le Soi intérieur, les dévots doivent s’écrier: “Ô! Ô! C’est bien Hari!” Voici le porteur de l’arc Śārṅga; voici Rāma. Ainsi la Saṃhitā est proclamée. »

Verse 35

रामेणाभिहितं करोमि सततं रामं भजे सादरम् । रामेणापहृतं समस्तदुरितं रामाय तुभ्यं नमः । रामान्मुक्तिमभीप्सिता मम सदा रामस्य दासोऽस्म्यहम् । रामे रंजत् मे मनः सुविशदं हे राम तुभ्यं नमः ॥ ३५ ॥

Je fais sans cesse ce que Rāma a prescrit; je vénère Rāma avec respect. Par Rāma, toutes mes fautes ont été effacées—ô Rāma, je me prosterne devant Toi. De Rāma seul je désire toujours la délivrance; je suis à jamais le serviteur de Rāma. Mon esprit se réjouit en Rāma et devient parfaitement limpide—ô Rāma, je me prosterne devant Toi.

Verse 36

सर्व इत्यादिका गोपाः सखा चैव पतिर्हरिः ॥ ३६ ॥

Les gopīs commencent leur adresse par « Ô Toi qui es Tout (sarva)… »; et pour elles, Hari est tout ensemble l’ami et le seigneur (époux).

Verse 37

सुश्रीर्भानुः स्वयंभूश्च कर्ता रौ गौस्तु नौरिति । अनङ्घान्गोधुग्लिट् च द्वे त्रयश्चत्वार एव च ॥ ३७ ॥

« (Les termes sont:) Suśrī, Bhānu, Svayaṃbhū, Kartā; ainsi que Rau; “Gauḥ” et “Nauḥ”. De plus, (les formes) Anaṅghān et Godhugliṭ; et aussi les groupes numériques deux, trois et quatre. »

Verse 38

राजा पंथास्तथा दंडी ब्रह्महा पंच चाष्ट च । अष्टौ अयं मुने सम्राट् सविभ्रद्वपुङ्मनः ॥ ३८ ॥

Ô sage, ce Souverain (Temps/Mort), dont le corps et l’esprit inspirent une crainte sacrée, est dit avoir huit formes : le roi, la voie, le châtieur portant le daṇḍa, le meurtrier d’un brāhmaṇa, les cinq éléments, et aussi le groupe des huit.

Verse 39

प्रत्यङ् पुमान्महान् धीमान् विद्वान्षट् पिपठीश्च दोः । उशनासाविंमे पुंसि स्यारक्तलविरामकाः ॥ ३९ ॥

La Personne tournée vers l’intérieur est grande, ferme d’intelligence et véritablement savante. En cet homme, les « six » (disciplines intérieures) sont dits bien récités, et les « deux » (organes extérieurs) maîtrisés. Ainsi s’y arrêtent les élans de passion et d’attachement.

Verse 40

राधा सर्वा गतिर्गोपी स्री श्रीर्धेनुर्वधूः स्वसा । गौर्नौरुपान् दूद्यौर्गोः क्षुत् ककुप्संवित्तु वा क्वचित् ॥ ४० ॥

Rādhā est la gopī, refuge total et but ultime de tous. Elle est Śrī (Lakṣmī) elle-même—elle est aussi la vache, l’épouse et la sœur. Elle devient vache, barque, chaussure, et même lait ; et parfois elle se manifeste comme la faim, comme une direction (quart), ou comme celle qui possède la conscience.

Verse 41

रुग्विडुद्भाः स्रियास्तपः कुलं सोमपमक्षि च । ग्रामण्यंबुरवलप्वेवं कर्तृ चातिरि वातिनु ॥ ४१ ॥

Il est la source du Ṛg-veda ; l’éclat manifesté ; Śrī (la prospérité) ; le tapas (l’austérité) ; la noble lignée ; le buveur de Soma ; l’œil qui voit tout ; le chef des communautés ; celui qui est comme l’océan ; le protecteur ; l’agent ; l’inégalé ; et le vent au mouvement rapide.

Verse 42

स्वनहुच्च विमलद्यु वाश्वत्वारीदमेव च । एतद्ब्रह्माहश्च दंडी असृक्किंचित्त्यदादि च ॥ ४२ ॥

« (Voici encore des expressions sacrées/techniques :) “svanahucca”, “vimaladyu”, “vāśvatvāri”, “idam eva”, “etad”, “brahmāha”, “daṇḍī”, “asṛk”, “kiñcit”, “tyad”, et d’autres du même ordre. »

Verse 43

एतद्वे भिद्गवाक्गवाङ् गोअक् गोङ्गोक् गोङ् । तिर्यग्यकृच्छकृच्चैव ददद्भवत्पचत्तुदत् ॥ ४३ ॥

En vérité, voici la division phonétique : « gavāk, gavāṅ ; go’ak ; goṅgok ; goṅ ». De même, dans les formes obliques/irrégulières et selon le modèle kṛccha, on donne : « dadad, bhavat, pacat, tudat ».

Verse 44

दीव्यद्धनुश्च पिपठीः पयोऽदःसुमुमांसि च । गुणद्रव्य क्रियायोगांस्रिलिंगांश्च कति ब्रुवे ॥ ४४ ॥

«Il est des mots tels que dīvyad-dhanuḥ, pipaṭhīḥ, payo’daḥ et su-mumāṁsi ; et il y a aussi les catégories des qualités, des substances, des actions, des relations/compounds, ainsi que les formes du féminin — combien de tout cela dois-je exposer ?»

Verse 45

शुक्तः कीलालपाश्चैव शुचिश्च ग्रामणीः सुधीः । पटुः स्वयंभूः कर्ता च माता चैव व पिता च ना ॥ ४५ ॥

Il est loué comme éloquent, comme l’essence d’une boisson douce, et comme pur ; comme le chef de tous, le vraiment sage, et le souverainement capable. Il est né de lui-même et l’auteur de tout ; pour nous, il est à la fois mère et père.

Verse 46

सत्यानाग्यास्तथा पुंसो मतभ्रमरदीर्घपात् । धनाकृसोमौ चागर्हस्तविर्ग्रथास्वर्णन्बहू ॥ ४६ ॥

De même, pour l’homme, sont prescrites la véracité et l’absence de tromperie ; et l’on doit éviter l’égarement des opinions et la longue chute vers la ruine. Qu’on fuie aussi la convoitise des richesses et l’affaiblissement de sa vigueur ; et qu’on ne s’adonne ni à un gagne-pain blâmable, ni à une conduite embrouillée, ni à un attachement excessif à l’or.

Verse 47

रिमपव्विषाद्वजातानहो तथा सर्वं विश्वोभये चोभौ अन्यांतरेतराणि च ॥ ४७ ॥

De même, de la joie et de l’abattement naissent leurs effets ; ainsi l’univers tout entier — les deux pôles des contraires, et aussi les relations d’interdépendance entre l’un et l’autre — se trouve éprouvé.

Verse 48

उत्तरश्चोत्तमो नेमस्त्वसमोऽथ समा इषः । पूर्वोत्तरोत्तराश्चैव दक्षिणश्चोत्तराधरौ ॥ ४८ ॥

Uttara est le plus élevé; Nemas est sans rival; puis Iṣa lui est égal. De même, Pūrvottara et Uttarā sont ainsi; et Dakṣiṇa est mis en paire avec Uttarādhara.

Verse 49

अपरश्चतुरोऽप्येतद्यावत्तत्किमसौ द्वयम् । युष्मदस्मञ्च प्रथमश्चरमोल्पस्तथार्धकः ॥ ४९ ॥

De plus, il existe quatre formes de «etad» jusqu’à «tat»; et aussi les deux pronoms «kim» et «asau». De même, «yuṣmad» et «asmad» —leurs formes première et dernière— ainsi que les formes «alpa» (petite/indéfinie) et «ardhaka» (demi/partielle) doivent être comprises.

Verse 50

नोरः कतिपयो द्वे च त्रयो शुद्धादयस्तथा । स्वेकाभुविरोधपरि विपर्ययश्चाव्ययास्तथा ॥ ५० ॥

«noraḥ», «katipayaḥ», «dve», «ca», «trayaḥ», ainsi que les mots commençant par «śuddha»; de même «sva», «eka», «abhu», «virodha», «pari» et «viparyaya»—tout cela doit être compris comme des indéclinables (avyaya).

Verse 51

तद्धिताश्चाप्यपत्यार्थे पांडवाः श्रैधरस्तथा । गार्ग्यो नाडायनात्रेयौ गांगेयः पैतृष्वस्रीयः ॥ ५१ ॥

Les affixes taddhita (dérivation secondaire) servent aussi à exprimer l’idée de lignée ou de descendance : ainsi naissent des formes telles que Pāṇḍava et Śraidhara; de même Gārgya, Nāḍāyana, Ātreya, Gāṅgeya et Paitṛṣvasrīya.

Verse 52

देवतार्थे चेदमर्थे ह्यैद्रं ब्राह्मो हविर्बली । क्रियायुजोः कर्मकर्त्रोर्धैरियः कौङ्कुमं तथा ॥ ५२ ॥

Si l’intention vise les divinités, l’offrande doit être comprise comme relevant de la sphère d’Indra; si elle est pour un dessein brahmanique et sacré, c’est une offrande de havis et un bali. De même, pour celui qui joint le rite à sa mise en œuvre et pour l’accomplisseur de l’acte, la fermeté (dhairya) est prescrite, ainsi que l’usage du kauṅkuma (safran/vermillon).

Verse 53

भवाद्यर्थे तु कानीनः क्षत्रियो वैदिकः स्वकः । स्वार्थे चौरस्तु तुल्यार्थे चंद्रवन्मुखमीक्षते ॥ ५३ ॥

Dans le sens qui commence par « bhava », selon certains emplois conventionnels, le terme est pris comme kānīna ; dans un autre emploi, comme kṣatriya ; et dans l’usage védique, comme svaka. Dans son sens propre et premier, il signifie caura (voleur) ; mais, en un sens figuré équivalent, on dit qu’il « contemple un visage pareil à la lune ».

Verse 54

ब्राह्मणत्वं ब्राह्मणता भावे ब्राह्मण्यमेव च । गोमान्धनी च धनवानस्त्यर्थे प्रमितौ कियान् ॥ ५४ ॥

« Brahmanité », « être brahmane » et « brahmanité » — tous ces termes désignent un même état. De même, « possesseur de vaches », « possesseur de grains/biens » et « homme riche » s’emploient pour un sens identique ; quelle différence de mesure y aurait-il donc dans le sens visé ?

Verse 55

जातार्थे तुंदिलः श्रद्धालुरौन्नत्त्ये तु दंतुरः । स्रग्वी तपस्वी मेधावी मायाव्यस्त्यर्थ एव च ॥ ५५ ॥

Dans le sens de la condition de naissance, on l’appelle Tuṇḍila (au ventre rebondi) ; dans celui de la foi, Śraddhālu (dévot, plein de śraddhā) ; dans celui de l’élévation, Dantura. On le nomme encore Sragvī (porteur de guirlande), Tapasvī (pratiquant le tapas), Medhāvī (doué d’intelligence) et Māyāvī (habile en stratagèmes) — tels sont bien les sens visés.

Verse 56

वाचालश्चैव वाचाटो बहुकुत्सितभाषिणि । ईषदपरिसमाप्तौ कल्पव्देशीय एव च ॥ ५६ ॥

On appelle aussi quelqu’un vācāla (bavard), vācāṭa (jacasseur), celui qui profère maintes paroles méprisables, celui qui laisse ses propos légèrement inachevés, et celui qui parle comme s’il ne donnait que des indications conjecturales (kalpadeśīya).

Verse 57

कविकल्पः कविदेश्यः प्रकारवचने तथा । पटुजातीयः कुत्सायां वैद्यपाशः प्रशंसने ॥ ५७ ॥

Les expressions « kavikalpa » et « kavideśya » s’emploient au sens de décrire une « manière » ou un « mode » (prakāra). De même, « paṭu-jātīya » est utilisé lorsqu’on exprime le blâme, tandis que « vaidya-pāśa » sert à exprimer l’éloge.

Verse 58

वैद्यरूपो भूतपूर्वे मतो दृष्टचरो मुने । प्राचुर्यादिष्वन्नमयो मृण्मयः स्रीमयस्तथा ॥ ५८ ॥

Ô sage, jadis on le tenait pour celui qui allait et venait sous l’apparence d’un médecin ; et, selon l’abondance d’un lieu ou d’un état, on dit qu’il est fait de nourriture, fait d’argile, et pareillement fait de prospérité.

Verse 59

जातार्थे लज्जितोऽत्यर्थे श्रेयाञ्छ्रेष्टश्च नारद । कृष्णतरः शुक्लतमः किम आख्यानतोऽव्ययान् ॥ ५९ ॥

Ô Nārada, on peut être profondément honteux des buts mondains et pourtant être appelé « plus bénéfique » et « le plus excellent ». À quoi bon alors raconter l’impérissable par de simples comparatifs tels que « plus sombre » ou « plus blanc » ?

Verse 60

किंतरां चैवातितरामभिह्युच्चैस्तरामपि । परिमाणे जानुदघ्नं जानुद्वयसमित्यपि ॥ ६० ॥

On les appelle aussi « kintarā », « atitarā » et même « abhihyuccais-tarā », c’est-à-dire « très élevé ». Quant à la mesure, on dit qu’ils atteignent le genou, et aussi qu’ils égalent les deux genoux (hauteur d’un genou ou de deux).

Verse 61

जानुमात्रं च निर्द्धारे बहूनां च द्वयोः क्रमात् । कतमः कतरः संख्येयविशेषावधारणे ॥ ६१ ॥

« Jusqu’au genou » s’emploie pour fixer une mesure. Lorsqu’on ordonne de nombreux éléments, et aussi lorsqu’on classe deux éléments, on use des termes « katama » et « katara » afin de déterminer un cas précis parmi des alternatives dénombrables.

Verse 62

द्वितीयश्च तृतीयश्च चतुर्थः षष्टपंचमौ । एतादशः कतिपयः कतिथः कति नारद ॥ ६२ ॥

« Le deuxième, le troisième et le quatrième ; le sixième et le cinquième » : ainsi, de cette manière, certains sont comptés comme « quelques-uns », d’autres comme « un nombre déterminé ». Combien y en a-t-il, ô Nārada ?

Verse 63

विंशश्च विंशतितमस्तथा शततमादयः । द्वेधा द्वैधा द्विधा संख्या प्रकारेऽथ मुनीश्वर ॥ ६३ ॥

«Vingt, le vingtième, et de même le centième et les autres : les nombres sont énoncés de deux façons, sous des formes doubles, et aussi comme “dvidhā”, selon l’usage, ô seigneur des sages.»

Verse 64

क्रियावृत्तौ पंचकृत्वो द्विस्रिर्बहुश इत्यपि । द्वितयं त्रितपं चापि संख्यायां हि द्वयं त्रयम् ॥ ६४ ॥

«Dans le domaine des actes (l’accomplissement rituel et la répétition), on emploie les expressions “cinq fois”, “deux ou trois fois” et “bien des fois”. De même, dans le décompte, “une paire” et “une triade” signifient simplement “deux” et “trois”.»

Verse 65

कुटीरश्च शमीरश्च शुंडारोऽल्पार्थके मतः । त्रैणः पौष्णस्तुंडिभश्च वृंदारककृषीवलौ ॥ ६५ ॥

«Kuṭīra, Śamīra et Śuṇḍāra sont tenus pour des termes signifiant “de peu de valeur” (insignifiant). De même, Traiṇa, Pauṣṇa et Tuṇḍibha sont des synonymes ; et Vṛndāraka et Kṛṣīvala le sont aussi.»

Verse 66

मलिनो विकटो गोमी भौरिकीविधमुत्कटम् । अवटीटोवनाटे निबिडं चेक्षुशाकिनम् ॥ ६६ ॥

«Impurs, difformes et fétides — terrifiants d’aspect ; demeurant dans des fosses et des forêts, d’une obscurité épaisse, et hantant les bosquets de canne à sucre — tels sont les êtres effroyables décrits.»

Verse 67

निबिरीसमेषुकारी वित्तोविद्याञ्चणस्तथा । विद्याथुंचुर्बहुतिथं पर्वतः शृंगिणस्तथा ॥ ६७ ॥

«Sont aussi mentionnés Nibirīsa, Meṣukārī, Vitto-vidyāñcaṇa, Vidyāthuṃcu, Bahutitha, et de même la montagne nommée Śṛṃgin.»

Verse 68

स्वामी विषमरूप्यं चोपत्यकाधित्यका तथा । चिल्लश्च चिपिटं चिक्वं वातूलः कुतपस्तथा ॥ ६८ ॥

(On l’appelle) le Seigneur (Svāmī) ; Celui dont la forme est sans égale ; et aussi Upatyakā, Ādhityakā ; Cilla, Cipiṭa, Cikva ; Vātūla ; et de même Kutapa.

Verse 69

वल्लश्व हिमेलुश्च कहोडश्चोपडस्ततः । ऊर्णायुश्च मरूतश्चैकाकी चर्मण्वती तथा ॥ ६९ ॥

Puis sont mentionnés Vallaśva, Himelu, Kahoḍa, et ensuite Upaḍa ; ainsi que Ūrṇāyu, Marūta, Ekākī, et de même Carmaṇvatī.

Verse 70

ज्योत्स्ना तमिस्राऽष्टीवच्च कक्षीवद्य्रर्मण्वती । आसंदी वञ्च चक्रीवत्तूष्णीकां जल्पतक्यपि ॥ ७० ॥

La clarté lunaire se change en ténèbres ; même ce qui est ferme devient instable ; ce qui devait être refuge se révèle contraignant. Le siège devient un piège ; et même celui qui demeure silencieux « parle » encore, par l’agitation du dedans.

Verse 71

कंभश्च कंयुः कंवश्च नारदकेतिः कंतुः कंतकंपौ शंवस्तथैव च । शंतः शंतिः शंयशंतौ शंयोहंयुः शुभंयुवत् ॥ ७१ ॥

« (Voici d’autres épithètes sacrées à réciter :) Kambha, Kaṃyu, Kaṃva, Nārada-keti, Kaṃtu, Kantakaṃpa, et aussi Śaṃva ; ainsi que Śaṃta, Śaṃti, Śaṃyaśaṃta, Śaṃyohaṃyu et Śubhaṃyuvat. »

Verse 72

भवति बगभूव भविता भविष्यति भवत्वभवद्भघवेच्चापि ॥ ७२ ॥

« Il est, il fut, il sera, qu’il soit ; il ne fut pas — et pourtant, toutes ces formes verbales ne sont que des paroles adressées au Bienheureux, le Bhagavān. »

Verse 73

भूयादभूदभविष्यल्लादावेतानि रूपाणि । अत्ति जघासात्तात्स्यत्यत्त्वाददद्याद्द्विरघसदात्स्यत् ॥ ७३ ॥

«Qu’il advienne», «il advint» et «il adviendra»—telles sont les formes verbales commençant par les désinences en l- (lakāra). De même : «il mange» (atti), «il mangea» (jaghāsa), «il mangera» (tātsyat), «du fait de la nature d’être manger» (attvāt), «qu’il doive manger» (adadyāt), et «il mangera encore une fois» (dvir-aghāsadātsyat)—toutes sont des formes données à titre d’exemple.

Verse 74

जुहितो जुहाव जुहवांचकार होता होष्यति जुहोतु । अजुहोज्जुहुयाद्धूयादहौषीदहोष्यद्दीव्यति । दिदेव देविता देविष्यति च अदीव्यद्दीव्येद्दीव्याद्वै ॥ ७४ ॥

«(Des formes telles que :) ‘juhita’, ‘juhāva’, ‘juhavāṃcakāra’ ; ‘hotā’, ‘hoṣyati’, ‘juhotu’ ; ‘ajuhoḥ’, ‘juhuyāt’, ‘dhūyāt’, ‘ahauṣīt’, ‘ahoṣyat’ ; et ‘dīvyati’, ‘dideva’, ‘devitā’, ‘deviṣyati’, ‘adīvyat’, ‘dīvyet’, ‘dīvyāt’—oui, ce sont bien des formes verbales justes.»

Verse 75

अदेवीददेवीष्यत्सुनोति सुषाव सोता सोष्यति वै । सुनोत्वसुनोत्सुनुयात्सूयादशावीदसोष्युत्तुदति च ॥ ७५ ॥

«Il a pressé (le Soma) ; il pressera ; il presse. Il a bien pressé. Le presseur pressera, certes. “Qu’il presse” ; “il pressa” ; “il devrait presser” ; “il peut presser” ; “il a pressé” ; “il avait pressé” ; “il aura pressé” — et il pousse aussi (un autre) à presser.»

Verse 76

तुतोद तोत्ता तोत्स्यति तुदत्वतुदत्तुदेत्तुद्याद्धि । अतौत्सीदतोत्स्यदिति च रुणद्धि रूरोध रोद्धा रोत्स्यति वै ॥ ७६ ॥

«Du radical tud (“frapper”) : on dit tutoda (il frappa), tottā (le frappeur) et totsyati (il frappera) ; de même tudat (frappant), tudatva (l’état/l’acte de frapper), tudetta (qu’il frappe !) et tudyāt (il devrait frapper), certes. Et du radical rudh (“obstruer”) : atautsīt (il frappa—forme aoriste illustrative), atotsyat (il frappera—forme future illustrative) ; et encore ruṇaddhi (il obstrue), rūrodha (il obstrua), roddhā (l’obstructeur) et rotsyati (il obstruera), certes.»

Verse 77

रुणद्धु अरुणद्रुध्यादरौत्सीदारोत्स्यञ्च । तनोति ततान तनिता तनिष्यति तनोत्वतनोत्तनुयाद्धि ॥ ७७ ॥

«(Conjugaisons :) ruṇaddhu ; aruṇa ; (optatif) drudhyāt ; (aoriste) arautsīt ; et (futur) ārotsya. De même : tanoti ; (parfait) tatāna ; (nom d’agent) tanitā ; (futur) taniṣyati ; (impératif) tanotu ; (aoriste) vatanot ; et (optatif) tanuyāt, certes.»

Verse 78

अतनीञ्चातानीदतनिष्यत्क्रीणाति चिक्राय क्रेता क्रेष्यति क्रीणात्विति च । अक्रीणात्क्रीणात्क्रीणीयात्क्रीयादक्रैषीदक्रेष्यञ्चोरयति चोरयामास चोरयिता चोरयिष्यति चोरयतु ॥ ७८ ॥

“(Exemples de formes verbales :) ‘il étendit’, ‘il déploya’, ‘il étendra’; de même : ‘il achète’, ‘il acheta’, ‘acheteur’, ‘il achètera’, ‘qu’il achète’. Encore : ‘il n’acheta pas’, ‘il acheta’, ‘il devrait acheter’, ‘peut être acheté’, ‘il fit acheter’, ‘à acheter’. De même : ‘il vole’, ‘il vola’, ‘voleur’, ‘il volera’, ‘qu’il vole’.”

Verse 79

अचोरयञ्चोरयेच्चोर्यात् अचूचुरदचोरिष्यदित्येवं दश वै गणाः । प्रयोजके भावयति सनीच्छायां बुभूषति । क्रियासमभिहारे तु पंडितो बोभूयते मुने ॥ ७९ ॥

Ainsi, il existe bien dix classes de conjugaison (gaṇa), illustrées par des formes telles que : « qu’il fasse voler », « il peut faire voler », « il volerait », « ils volèrent » et « il ne volera pas ». Dans le causatif, le sens est « il fait agir autrui » ; dans le désidératif, « il désire devenir ou faire » ; et dans l’intensif (fréquentatif), il marque l’accomplissement répété ou appuyé d’une action, ô muni.

Verse 80

तथा यङ्लुकि बोभवीति च पठ्यते । पुत्रीयतीत्यात्मनीच्छायां तथाचारेऽपि नारद । अनुदात्तञितो धातोः क्रियाविनिमये तथा ॥ ८० ॥

De même, lorsque l’affixe yaṅ est élidé (yaṅ-luk), on lit aussi la forme « bobhavīti ». Et « putrīyati » s’emploie au sens du désir personnel (désirer un fils) ; ainsi encore dans l’usage établi, ô Nārada. Pareillement, pour une racine marquée d’un anudātta et de la lettre indicatrice Ñ (anudātta-Ñit), il y a permutation des actions (kriyā-vinimaya).

Verse 81

निविशादेस्तथा विप्र विजानीह्यात्मनेपदम् । परस्मैपदमाख्यातं शेषात्कर्तारि शाब्दिकैः ॥ ८१ ॥

De même, ô brāhmane, sache que les verbes commençant par « niviś- » (et semblables) doivent se mettre à l’Ātmanepada. Quant aux autres verbes, les grammairiens déclarent que le Parasmaipada s’emploie lorsque le sens est actif (kartari).

Verse 82

ञित्स्वरितेतश्च उभे यक्च स्याद्भावकर्मणोः । सौकर्यातिशयं चैव यदाद्योतयितुं मुने ॥ ८२ ॥

Et les marqueurs grammaticaux ñit et svarita, ainsi que les deux formes de yaK, s’emploient en référence au bhāva (état/action) et au karman (objet/acte), afin d’indiquer clairement—ô muni—une nuance singulière d’aisance et de facilité dans l’expression.

Verse 83

विवक्ष्यते न व्यापारो लक्ष्ये कर्तुस्तदापरे । लभंते कर्तृते पश्य पच्यते ह्योदनः स्वयम् ॥ ८३ ॥

Quand naît l’intention d’agir, il n’existe en vérité aucune ‘opération’ qui appartienne à l’agent comme but; les hommes ne font qu’attribuer l’agir à un faiseur. Vois : le riz cuit, pour ainsi dire, de lui-même.

Verse 84

साधु वासिश्छिनत्त्येवं स्थाली पचति वै मुने । धातोः सकर्मकाद्भावे कर्मण्यपि लप्रत्ययाः ॥ ८४ ॥

« Bien dit ! » Ainsi, ô sage : « l’herminette coupe » et « le pot cuit ». Même si la racine verbale est transitive (sakarmaka), l’affixe kṛt « la » peut s’employer au sens de l’action (bhāva) et aussi au sens de l’objet (karma).

Verse 85

तस्मै वाकर्मकाद्विप्र भावे कर्तरि कीर्तितः । फलव्यापरयोरेकनिष्टतायामकर्मकः ॥ ८५ ॥

Ainsi, ô brāhmane, un verbe est dit intransitif (akarmaka) lorsque, en exprimant un état (bhāva) ou un agent (kartṛ), le fruit (phala) et l’activité (vyāpāra) demeurent dans un seul et même support.

Verse 86

धातुस्तयोर्द्धर्मिभेदे सकर्मक उदाहृतः । गौणे कर्मणि द्रुह्यादेः प्रधाने नीहृकृष्वहाम् ॥ ८६ ॥

Lorsque, entre les deux (agent et objet), il y a différence de rôle (dharmī-bheda), la racine verbale est enseignée comme transitive (sakarmaka). Quand l’objet est secondaire, on cite des racines telles que druh (nuire) et autres; quand l’objet est principal, on cite nī (mener), hṛ (emporter), kṛṣ (tirer/traîner), vah (porter) et hā (abandonner).

Verse 87

बुद्धिभक्षार्थयोः शब्दकर्मकाणां निजेच्छया । प्रयोज्य कर्मण्यन्येषां ण्यंतानां लादयो मताः ॥ ८७ ॥

Dans les verbes dont le sens est « faire savoir » ou « faire manger », et dans ceux qui prennent pour objet une parole, on peut employer à son gré le causatif (ṇyanta). Et pour d’autres verbes encore, on comprend que les terminaisons en la- (la-ādi) s’appliquent à ces formes causatives lorsqu’elles sont utilisées au sens de faire agir autrui.

Verse 88

फलव्यापारयोर्द्धातुराश्रये तु तिङः स्मृताः । फले प्रधानं व्यापारस्तिङ्र्थस्तु विशेषणम् ॥ ८८ ॥

Quant à la racine (dhātu), support à la fois du fruit (phala) et de l’acte/processus (vyāpāra), on enseigne les désinences verbales (tiṅ). Lorsqu’on exprime le fruit, l’acte est premier, tandis que le sens porté par la désinence tiṅ sert de qualificatif.

Verse 89

एधितव्यमेधनीयमिति कृत्ये निदर्शनम् । भावे कर्मणि कृत्याः स्युः कृतः कर्तरि कीर्तिताः ॥ ८९ ॥

«Il doit être accru» et «il est digne d’être allumé» : tels sont des exemples des formes de type kṛtya. Les affixes kṛtya s’emploient lorsque le sens vise l’action en elle-même (bhāva) ou lorsque l’objet est mis au premier plan (karmaṇi) ; tandis que la forme kṛt, le participe passé «kṛta», est enseignée quand on vise l’agent (kartari).

Verse 90

कर्ता कारक इत्याद्या भूते भूतादि कीर्तितम् । गम्यादिगम्ये निर्दिष्टं शेषमद्यतने मतम् ॥ ९० ॥

Au temps passé (bhūta), des sens tels que «agent» (kartṛ) et «relation casuelle/kāraka» (kāraka) sont expliqués sous l’intitulé «bhūta», avec les formes qui s’y rattachent. De même, la série commençant par «gamya» est prescrite pour ce qui doit être atteint ou compris. Les formes restantes sont tenues pour relever du présent (adyatana).

Verse 91

अधिस्रीत्यव्ययीभावे यथाशक्ति च कीर्तितम् । रामाश्रितस्तत्पुरुषे धान्यार्थो यूपदारु च ॥ ९१ ॥

Dans le composé indéclinable (avyayībhāva), l’usage «adhisrītya» a été énoncé autant que possible. Dans un tatpuruṣa, on a pour exemples «rāmāśrita», “celui qui a pris refuge en Rāma”, ainsi que des mots exprimant le sens du grain (dhānya) et du bois du poteau sacrificiel (yūpa-dāru).

Verse 92

व्याघ्रभी राजपुरुषोऽक्षशौंडो द्विगुरुच्यते । पंचगवं दशग्रामी त्रिफलेति तु रूढितः ॥ ९२ ॥

Un homme «qui craint le tigre» est appelé un officier royal ; un joueur est nommé «celui qui a deux maîtres». Le mélange des cinq produits de la vache est connu sous le nom de «pañcagavya» ; «daśagrāmī» désigne une mesure liée à dix villages ; et «triphala» est l’appellation conventionnelle établie pour les trois fruits.

Verse 93

नीलोत्पलं महाषष्टी तुल्यार्थे कर्मधारयः । अब्राह्मणो न ञि प्रोक्तः कुंभकारादिकः कृता ॥ ९३ ॥

Dans des composés tels que nīlotpala (« lotus bleu »), la relation est tenue pour une “grande génitive” (mahā-ṣaṣṭhī) ; et lorsque le sens est celui de la ressemblance (tulya-artha), il s’agit d’un composé karmadhāraya. De plus, l’affixe taddhita Ñi n’est pas enseigné après “a-brāhmaṇa” (non-brāhmaṇa) ; tandis que des formes comme kumbhakāra (« potier ») et autres sont admises comme dérivés déjà établis.

Verse 94

अन्यार्थे तु बहुव्रीहौ ग्रामः प्राप्तोदको द्विज । पंचगू रूपवद्भार्यो मध्याह्नः ससुतादिकः ॥ ९४ ॥

Mais lorsqu’un composé bahuvrīhi porte un sens autre que celui, littéral, de ses constituants, ô deux-fois-né, il désigne : « un village qui a obtenu l’eau », « celui qui possède cinq vaches », « celui qui a une épouse belle », et « le midi avec ses éléments qui l’accompagnent (tel le soleil au zénith) ».

Verse 95

समुच्चये गुरुं चेशं भजस्वान्वाचये त्वट ॥ च द्वयोः क्रमात् । भिक्षामानय गां चापि वाक्यमेवानयोर्भवेत् ॥ ९५ ॥

Dans une injonction conjointe (samuccaya), il faut vénérer le Guru et le Seigneur (Īśa) ; et lorsqu’il y a deux injonctions alternatives, l’ordre doit être observé. De même, dans des ordres tels que « Apporte l’aumône (bhikṣā) » et « Apporte une vache », la force prescriptive réside dans l’énoncé verbal lui-même.

Verse 96

इतरेतरयोगे तु रामकृष्णौ समाहृतौ । रामकृष्णं द्विज द्वै द्वै ब्रह्म चैकमुपास्यते ॥ ९६ ॥

Mais dans la conjonction réciproque (itaretara-yoga), les noms « Rāma » et « Kṛṣṇa » sont réunis. Ô deux-fois-né, en vénérant « Rāma-Kṛṣṇa »—bien que prononcé comme deux—on vénère l’unique Brahman.

Frequently Asked Questions

Because Vyākaraṇa supplies the operative access-point for Vedic meaning: it determines correct word-forms, case-relations, verb-usage, and derivation, without which mantra, ritual injunctions, and doctrinal statements can be misread or misapplied.

It presents each vibhakti as a marker of a kāraka relation—accusative for karma (object), instrumental for karaṇa (instrument) and sometimes kartṛ (agent), dative for sampradāna (recipient/purpose), ablative for apādāna (separation/source), genitive for sambandha (possession/relation), and locative for adhikaraṇa (locus), including stated exceptions based on particles and pragmatic intent.

Ritual speech and injunctions depend on correct tense/mood: prohibitions (mā sma) align with aorist usage, blessings align with loṭ/liṅ, narrative temporality uses liṭ/luṅ/lṛṭ/lṛṅ distinctions, and these choices affect how commands, permissions, and intended actions are construed in Vrata-kalpa and Mokṣa-dharma contexts.