Adhyaya 121
Purva BhagaFourth QuarterAdhyaya 121118 Verses

The Exposition of the Dvādaśī Vow for the Twelve Months (Dvādaśī-vrata-nirṇaya and Mahā-dvādaśī Lakṣaṇas)

Sanātana instruit Nārada sur les vrata-kalpa centrés sur la Dvādaśī, en commençant par le Madana-vrata à la Śukla Dvādaśī de Caitra : établir un ghaṭa purifié (riz, fruits, canne à sucre, étoffe blanche, pâte de santal), adorer Acyuta, jeûner, puis le lendemain nourrir des brāhmaṇa avec dakṣiṇā, et achever l’année par des dons de clôture (lit, vache, or, image de Kāmadeva). Il ajoute la Bhartṛ-dvādaśikā pour la stabilité conjugale : Hari avec Śrī sur un lit, veille nocturne avec musique et danse, offrande d’une image d’or de Hari et d’un lit. Le chapitre déroule ensuite, mois par mois, les formes de Viṣṇu (Mādhava, Trivikrama, Śrīdhara, Vāmana, Padmanābha, Dāmodara) avec les aliments prescrits, le nombre de brāhmaṇa (souvent douze), les vases, les vêtements et la dakṣiṇā en or ou en argent. En Kārttika, Govatsa-Dvādaśī introduit l’iconographie de la vache et du veau, le mantra d’arghya à Surabhī et l’abstinence de produits laitiers. Le Nīrājana-vrata s’élargit en Mahāśānti royale et publique : ārati de lampes à Hari et hommage à la hiérarchie cosmique (Soleil, Śiva, Mères, Pitṛ, Nāga), avec bétail et insignes royaux. Le Sādhya-vrata et le vœu des Douze Āditya systématisent douze noms et formes divines ; l’achèvement annuel par des images d’or et le repas offert aux brāhmaṇa mène de la jouissance en Sūrya-loka à la réalisation de Brahman. Sont détaillés l’Akhaṇḍa-vrata (image d’or de Janārdana ; repas nocturne pendant douze mois) et le Rūpa-vrata (108 boulettes de bouse de vache, homa avec le mantra dvādaśākṣarī, don de l’image au guru). Sujanma-Dvādaśī prescrit des aumônes mensuelles (ghee, grains, sésame, or/argent, étoffes, santal) et se conclut par une image d’or du Soleil. Enfin, à la question de Nārada, Sanātana donne les définitions techniques et les fruits des Mahā-dvādaśī (Trispṛśā, Unmīlinī, Vaṃjulī, Pakṣavardhinī, Jayā, Vijayā, Jayantī, Aparājitā), précise quand déplacer le jeûne d’Ekādaśī à Dvādaśī selon le chevauchement des tithi, et affirme qu’Ekādaśī–Dvādaśī est une discipline de toute une vie sans udyāpana distinct.

Shlokas

Verse 1

सनातन उवाच । अथ व्रतानि द्वादश्याः कथयामि तवानघ । यानि कृत्वा नरो लोके विष्णोः प्रियतरो भवेत् ॥ १ ॥

Sanātana dit : À présent, ô toi sans faute, je vais te dire les vœux observés au jour de Dvādaśī (le douzième jour lunaire) ; en les accomplissant, l’homme en ce monde devient plus cher encore à Viṣṇu.

Verse 2

चैत्रस्य शुक्लद्वादश्यां मदनव्रतमाचरेत् । स्थापयेदव्रणं कुंभं सिततंदुलपूरितम् ॥ २ ॥

Au jour de Dvādaśī claire (Śukla Dvādaśī) du mois de Caitra, qu’on observe le Madana-vrata. Qu’on établisse une jarre rituelle (kumbha) sans défaut, remplie de riz blanc.

Verse 3

नानाफलयुतं तद्वदिक्षुदंडसमन्वितम् । सितवस्त्रयुगच्छन्नं सितचंदनचर्च्चितम् ॥ ३ ॥

De même, qu’on l’orne de fruits variés et qu’on y joigne des tiges de canne à sucre ; qu’on le couvre d’une paire d’étoffes blanches et qu’on l’enduisse de pâte de santal blanc.

Verse 4

नानाभक्ष्यसमोपेतं सहिरण्यं स्वशक्तितः । ताम्रपात्रं गुडोपेतं तस्योपरि निवेशयेत् ॥ ४ ॥

Selon ses moyens, qu’on prépare une offrande accompagnée de mets variés et d’or; puis, par-dessus, qu’on dépose un vase de cuivre garni de jaggery (sucre brut).

Verse 5

तत्र संपूजयेद्देवं कामरूपिणमच्युतम् । गंधाद्यैरुपचारैस्तु सोपवासो परेऽहनि ॥ ५ ॥

Là, qu’on adore le Seigneur Acyuta, qui prend la forme désirée, par des services rituels commençant par les substances parfumées et autres offrandes; et le lendemain, qu’on observe le jeûne (upavāsa).

Verse 6

पुनः प्रातः समभ्यर्च्य ब्राह्मणाय निवेदयेत् । ब्रह्मणान्भोजयेच्चैव तेभ्यो दद्याच्च दक्षिणाम् ॥ ६ ॥

De nouveau au matin, après avoir rendu le culte comme il se doit, qu’on offre la nourriture consacrée (prasāda) à un brāhmaṇa; qu’on nourrisse aussi les brāhmaṇas, puis qu’on leur remette la dakṣiṇā prescrite.

Verse 7

वर्षमेवं व्रतं कृत्वा घृतधेनुसमन्विताम् । शय्यां तु दद्याद्गुरवे सर्वोपस्करसंयुताम् ॥ ७ ॥

Après avoir observé ainsi le vœu (vrata) pendant une année entière, qu’on donne au guru un lit muni de tous ses accessoires, accompagné d’une vache donnant du ghee.

Verse 8

कांचनं कामदेवं च शुक्तां गां च पयस्विनीम् । वासोभिर्द्विजदांपत्यं पूजयित्वा समर्पयेत् ॥ ८ ॥

Qu’on offre de l’or, une image de Kāmadeva, une śukti (coquille perlière) et une vache laitière; puis, après avoir honoré un couple de brāhmaṇas par des vêtements, qu’on leur remette ces présents.

Verse 9

प्रीयतां कामरूपी मे हरिरित्येवमुच्चरन् । यः कुर्याद्विधिनाऽनेन मदनद्वादशीव्रतम् ॥ ९ ॥

En prononçant : «Que Hari, prenant la forme de Kāma, soit satisfait de moi», quiconque accomplit selon la règle prescrite (vidhi) ce vœu de Madana-Dvādaśī obtient le fruit sacré recherché.

Verse 10

स सर्वपापनिर्भुक्तः प्राप्नोति हरिसाम्यताम् । अस्यामेव समुद्दिष्टं भर्तृद्वादशिकाव्रतम् ॥ १० ॥

Délivré de tous les péchés, il atteint la ressemblance avec Hari (Viṣṇu). En ce même contexte est prescrit le vœu nommé Bhartṛ-dvādaśikā-vrata.

Verse 11

स्वास्तृतां तत्र शय्यां तु कृत्वात्र श्रीयुतं हरिम् । संस्थाप्य मंडपं पुष्पैस्तदुपर्प्युपकल्पयेत् ॥ ११ ॥

Là, qu’on prépare une couche bien étendue; puis, y plaçant Hari accompagné de Śrī (Lakṣmī), qu’on dresse un pavillon (maṇḍapa) et qu’on dispose des fleurs au-dessus en offrande.

Verse 12

ततः संपूज्य गंधाद्यैर्व्रती जागरणं निशि । नृत्यवादित्रगीताद्यैस्ततः प्रातः परेऽहनि ॥ १२ ॥

Ensuite, après avoir rendu un culte dû avec parfums et autres offrandes, l’observant du vœu doit veiller durant la nuit, avec danse, musique instrumentale, chants et autres. Puis, à l’aube du jour suivant, (le rite se poursuit et s’accomplit).

Verse 13

सशय्यं श्रीहरिं हैमं द्विजग्र्याय निवेदयेत् । द्विजान्संभोज्य विसृजद्दक्षिणाभिः प्रतोषितान् ॥ १३ ॥

Qu’il offre au plus éminent des brāhmanes une image d’or de Śrī Hari avec un lit. Puis, après avoir nourri les brāhmanes, qu’il les congédie comblés, en leur donnant la dakṣiṇā (don d’honneur).

Verse 14

एवं कृतव्रतस्यापि दांपत्यं जायते स्थिरम् । सप्तजन्मसु भुंक्ते च भोगान् लोकद्वयेप्सितान् ॥ १४ ॥

Ainsi, même pour celui qui a observé le vœu selon la règle, la vie conjugale devient stable ; et durant sept naissances, il goûte les plaisirs désirés dans les deux mondes (ici-bas et dans l’au-delà).

Verse 15

वैशाखशुक्लद्वादश्यां सोपवासो जितेंद्रियः । संपूज्य माधवं भक्त्या गंधाद्यैरुपचारकैः ॥ १५ ॥

Au jour lumineux de Dvādaśī (le douzième) du mois de Vaiśākha, qu’on jeûne, les sens maîtrisés ; puis, avec bhakti, qu’on rende un culte complet à Mādhava par des offrandes et services, tels que parfums et autres soins rituels.

Verse 16

पक्कान्नं तृप्तिजनकं मधुरं सोदकुंभकम् । विप्राय दद्याद्विधिवन्माधवः प्रीयतामिति ॥ १६ ॥

Selon le rite prescrit, qu’on donne à un brāhmane une nourriture cuite, douce et rassasiante, avec un pot d’eau, en priant : «Que Mādhava soit satisfait».

Verse 17

द्वादश्यां ज्येष्ठशुक्लायां पूजयित्वा त्रिविक्रमम् । गंधाद्यैर्मधुरान्नाढ्यं करक विनिवेदयेत् ॥ १७ ॥

Au Dvādaśī de la quinzaine claire de Jyeṣṭha, après avoir honoré Trivikrama (Viṣṇu) par des parfums et autres offrandes, qu’on présente un récipient karaka rempli de mets doux.

Verse 18

व्रती द्विजाय तत्पश्चादेकभक्तं समाचरेत् । व्रतेनानेन संतुष्टो देवदेवस्त्रिविक्रमः ॥ १८ ॥

Ensuite, l’observant du vœu pratiquera l’ekabhakta, ne mangeant qu’une fois par jour, et offrira ce qui est dû à un dvija (brāhmane). Par ce vœu, Trivikrama —le Dieu des dieux— est satisfait.

Verse 19

ददाति विपुलान्भोगानंते मोक्षं च नारद । आषाढशुक्लद्वादश्यां द्विजान्द्वादश भोजयेत् ॥ १९ ॥

Ô Nārada, cela accorde d’abondantes jouissances et, à la fin, la délivrance aussi. Au Dvādaśī de la quinzaine claire (śukla) du mois d’Āṣāḍha, on doit nourrir douze « deux-fois-nés » (brāhmanes).

Verse 20

मधुरान्नेन तान्पूज्य पृथग्गंधादिकैः क्रमात् । तेभ्यो वासांसि दंडांश्च ब्रह्मसूत्राणि मुद्रिकाः ॥ २० ॥

Après les avoir honorés par des mets doux, on offrira ensuite, dans l’ordre prescrit, des parfums et autres présents, séparément. On leur donnera aussi des vêtements, des bâtons, des cordons sacrés (brahma-sūtra) et des anneaux.

Verse 21

पात्राणि च ददेद्भक्त्या विष्णुर्मे प्रीयतामिति । द्वादश्यां तु नभःशुक्ले श्रीधरं पूजयेद्व्रती ॥ २१ ॥

Avec dévotion, on donnera aussi des récipients (en don), en priant : «Que Viṣṇu soit satisfait de moi». Et au Dvādaśī de la quinzaine claire du mois de Nabhas (Śrāvaṇa), l’observant du vœu doit adorer Śrīdhara (Viṣṇu).

Verse 22

गंधाद्यैस्तत्परो भक्त्या दधिभक्तैर्द्विजोत्तमान् । संभोज्य दक्षिणा रौप्यां दत्वा नत्वा विसर्ज्जयेत् ॥ २२ ॥

L’esprit dévoué tourné vers Lui, on honorera les meilleurs des deux-fois-nés par des fragrances et autres offrandes, puis on les nourrira de riz et de lait caillé. Ensuite, après avoir donné une dakṣiṇā d’argent, on se prosternera et on les congédiera avec respect.

Verse 23

व्रतेनानेन देवेशः श्रीधरः प्रीयतामिति । द्वादश्यां नभस्यशुक्ले व्रती संपूज्य वामनम् ॥ २३ ॥

«Que Śrīdhara, Seigneur des dieux, soit satisfait par ce vœu.» Ainsi, au Dvādaśī de la quinzaine claire du mois de Nabhas, l’observant du vœu doit adorer Vāmana selon le rite.

Verse 24

तदग्रे भोजयेद्विप्रान्पायसैर्द्वादशैव च । सौवर्णी दक्षिणां दत्वा विष्णुप्रीतिकरो भवेत् ॥ २४ ॥

Ensuite, qu’il nourrisse les brāhmaṇa de riz au lait sucré (pāyasa), en douze parts; et, après avoir offert une dakṣiṇā d’or, il devient cause de la satisfaction du Seigneur Viṣṇu.

Verse 25

द्वादश्यामिषशुक्लायां पद्मनाभं समर्चयेत् । गंधाद्यैरुपचारैस्तु तदग्रे भोजयेद्द्विजान् ॥ २५ ॥

Au jour de Dvādaśī, dans la quinzaine claire (Śukla-pakṣa), qu’on adore Padmanābha (Viṣṇu) avec une entière révérence; puis, par des offrandes telles que des substances parfumées et d’autres services rituels, qu’on nourrisse les deux-fois-nés (brāhmaṇa) en Sa présence.

Verse 26

मधुरान्नेन वस्त्राढ्यां सौवर्णीं दक्षिणां ददेत् । व्रतेनैतेन संतुष्टः पद्मनाभो द्विजोत्तम ॥ २६ ॥

Qu’il donne une dakṣiṇā d’or, accompagnée de mets sucrés et de beaux vêtements. Par ce vœu, Padmanābha (Viṣṇu) est satisfait, ô meilleur des deux-fois-nés.

Verse 27

श्वेतद्वीपगतिं दद्याद्देहभोगांश्च वांछितान् । कार्तिके कृष्णपक्षे तु गोवत्सद्वादशीव्रतम् ॥ २७ ॥

Le vœu de Govatsa-Dvādaśī, observé dans la quinzaine sombre (Kṛṣṇa-pakṣa) de Kārttika, accorde l’accès à Śvetadvīpa et confère les jouissances et les conforts désirés de la vie incarnée.

Verse 28

तत्र वत्सयुतां गां तु समालिख्य सुगंधिभिः । चंदनाद्यैस्तथा पुष्पमालाभिः प्रार्च्य ताम्रके ॥ २८ ॥

Là, qu’on dessine une vache avec son veau, puis qu’on l’honore sur un récipient de cuivre, avec des substances parfumées —telles que le santal et autres— ainsi qu’avec des guirlandes de fleurs.

Verse 29

पात्रे पुष्पाक्षततिलैरर्घ्यं कृत्वा विधानतः । प्रदद्यात्पादमूलेऽस्या मन्त्रेणानेन नारद ॥ २९ ॥

Après avoir préparé selon la règle prescrite une offrande d’arghya dans un vase contenant des fleurs, de l’akṣata (riz intact) et du sésame, qu’on la dépose aux pieds d’Elle en récitant ce mantra, ô Nārada.

Verse 30

क्षीरोदार्णवसंभूते सुरासुरनमस्कृते । सर्वदेवमये देवि सर्वदेवैरलंकृते ॥ ३० ॥

Ô Déesse née de l’Océan de Lait, vénérée par les dieux comme par les asuras ; ô Devi qui renferme en elle toutes les divinités, parée et honorée par tous les dieux.

Verse 31

मातर्मातर्गवां मातर्गृहाणार्घ्यं नमोऽस्तु ते । ततो माषादिसंसिद्धान्वटकांश्च निवेदयेत् ॥ ३१ ॥

«Ô Mère—Mère des vaches—ô Mère, daigne accepter cet arghya ; salutations à Toi.» Ensuite, qu’on Lui présente des vada, gâteaux préparés avec du māṣa (haricot noir) et d’autres ingrédients.

Verse 32

एवं पञ्च दशैकं वा यथाविभवमात्मनः । सुरभि त्वं जगन्माता नित्यं विष्णुपदे स्थिता ॥ ३२ ॥

Ainsi, qu’on offre cinq, ou dix, ou même une seule—selon ses moyens. Ô Surabhi, Tu es la Mère du monde, demeurant à jamais dans le Viṣṇu-pada, la demeure de Viṣṇu.

Verse 33

सर्वदेवमये ग्रासं मया दत्तमिमं ग्रस । सर्वदेवमये देवि सर्वदेवैरलंकृते ॥ ३३ ॥

Ô Devi qui renfermes tous les dieux, parée par toutes les divinités : prends ce morceau que je T’ai offert, car ce morceau aussi est empli de la présence de tous les dieux.

Verse 34

मातर्ममाभिलषितं सफलं कुरु नंदिनी । तद्दिने तैलपक्वं च स्थालीपक्वं द्विजोत्तम ॥ ३४ ॥

Ô Mère Nandinī, fais que mon vœu chéri porte son fruit. Et ce même jour, ô meilleur des brāhmaṇas, prépare et offre des mets cuits dans l’huile et des mets cuits au pot.

Verse 35

गोक्षीरं गोघृतं चैव दधि तक्रं च वर्जयेत् । द्वादश्यामूर्जशुक्लायां देवं दामोदरं द्विज ॥ ३५ ॥

Qu’on s’abstienne de lait de vache, de ghee de vache, de caillé (dadhi) et de babeurre (takra). Au Dvādaśī de la quinzaine claire (Śukla) du mois d’Ūrja, ô brāhmaṇa, qu’on adore le Seigneur Dāmodara.

Verse 36

समभ्यर्च्योपचारैस्तु गंधाद्यैः सुसमाहितः । तदग्रे भोजयेद्विप्रान्पक्वान्नेनार्कसंख्यकान् ॥ ३६ ॥

Après avoir dûment adoré par des offrandes—parfums et autres—l’esprit bien recueilli, qu’on nourrisse ensuite, en Sa présence, des brāhmaṇas de mets cuits, en nombre égal au soleil, c’est-à-dire douze.

Verse 37

ततः कुंभानपांपूर्णान्वस्त्राच्छन्नान्समर्चितान् । सपूगमोदकस्वर्णांस्तेभ्यः प्रीत्या समर्पयेत् ॥ ३७ ॥

Ensuite, avec une bienveillance joyeuse, qu’on leur offre des cruches pleines d’eau—recouvertes d’un tissu et dûment honorées—avec des noix de bétel, des douceurs (modaka) et de l’or.

Verse 38

एवं कृते प्रियो विष्णोर्जायतेऽखिलभोगभुक् । देहांते विष्णुसायुज्यं लभते नात्र संशयः ॥ ३८ ॥

Ainsi accompli, on devient cher à Viṣṇu et l’on jouit de toute prospérité légitime ; et, au terme du corps, on obtient l’union avec Viṣṇu (viṣṇu-sāyujya). Il n’y a là aucun doute.

Verse 39

नीराजनव्रतं चात्र गदितं तन्निबोध मे । सुप्तोत्थितं जगन्नाथमलंकृत्य निशागमे ॥ ३९ ॥

Ici encore est enseigné le vœu du Nīrājana—comprends-le de ma bouche. Quand la nuit tombe, après avoir paré Jagannātha comme le Seigneur éveillé du sommeil, qu’on accomplisse le rite.

Verse 40

अलंकृतो नवं वह्निमुत्पाद्याभ्यर्च्य मन्त्रतः । हुत्वा तत्र समुद्दीप्ते रौप्य दीपिकया मुने ॥ ४० ॥

Paré et purifié, il allume un feu sacré nouveau, l’adore par les mantras et y verse les oblations; et lorsque ce feu flamboie, ô sage, il accomplit le rite avec une lampe d’argent.

Verse 41

गंधपुष्पाद्यर्चितया जनैर्नीराजयेद्धरिम् । तत्रैवानुगतां लक्ष्मीं ब्रह्माणीं चंडिकां तथा ॥ ४१ ॥

Après avoir adoré Hari avec parfums, fleurs et autres offrandes, que le peuple accomplisse le nīrājana (l’ondoiement des lumières) pour Hari; et là même qu’il honore aussi Lakṣmī qui l’accompagne, ainsi que Brahmāṇī et Caṇḍikā.

Verse 42

आदित्यं शंकरं गौरीं यक्षं गणपतिं ग्रहान् । मातॄः पितॄन्नगान्नागान्सर्वान्नीराजयेत्क्रमात् ॥ ४२ ॥

Dans l’ordre prescrit, qu’on offre l’ārati (l’ondoiement rituel de la lumière) au Soleil, à Śaṅkara, à Gaurī, aux Yakṣas, à Gaṇapati, aux divinités planétaires, aux Mères, aux Pitṛ (ancêtres), aux montagnes et aux Nāgas—oui, à tous, successivement.

Verse 43

गवां नीराजनं कुर्यान्महिष्यादेश्च मंडलम् । नमो जयेति शब्दैश्च घंटाशंखा दिनिःस्वनैः ॥ ४३ ॥

Qu’on accomplisse le nīrājana pour les vaches, et qu’on trace de même un cercle protecteur pour les buffles et les autres bêtes; en clamant « Namo ! » et « Jaya ! », au son retentissant des cloches et des conques.

Verse 44

सिंदूरालिप्तश्रृङ्गाणां चित्राङ्गाणां च वर्णकैः । गवां कोलाहले वृत्ते नीराजनमहोत्सवे ॥ ४४ ॥

Lors de la grande fête du nīrājana (l’offrande des lumières), tandis que les troupeaux mugissaient dans une joyeuse clameur—les uns avec les cornes enduites de sindūra vermillon, les autres le corps peint de mille couleurs—une agitation sacrée emplissait tout alentour.

Verse 45

तुरगांल्लक्षणोपेताम् गजांश्च मदविप्लुतान् । राजचिह्नानि सर्वाणि च्छत्रादीनि च नारद ॥ ४५ ॥

Des chevaux pourvus de marques de bon augure, des éléphants débordant de musth; et encore toutes les insignes royales—parasols et autres—(sont évoqués), ô Nārada.

Verse 46

राजा पुरोधसा सार्धं मंत्रिभृत्यपरः सरः । पूजयित्वा यथान्यायं नीरज्य स्वयमादरात् ॥ ४६ ॥

Alors le roi—avec son purohita, entouré de ministres et de serviteurs—rendit le culte selon la règle, puis, avec un soin plein de révérence, accomplit lui-même le nīrājana.

Verse 47

शंखतूर्यादिघोषैश्च नानारत्नविनिर्मिते । सिंहासने नवे क्लृप्ते तिष्ठेत्सम्यगलंकृतः ॥ ४७ ॥

Au milieu des résonances des conques et des trompettes, il doit se tenir—dûment paré—sur un trône neuf préparé, façonné de gemmes variées.

Verse 48

ततः सुलक्षणैर्युक्ता वेश्या वाथ कुलांगना । शीर्षोपरि नरेंद्रस्य तया नीराजयेच्छनैः ॥ ४८ ॥

Ensuite, une courtisane—ou bien une dame de noble maison—pourvue de marques de bon augure doit, doucement, accomplir l’ārati (nīrājana) au-dessus de la tête du roi.

Verse 49

एवमेषा महासांतिः कर्तव्या प्रतिवत्सरम् । राज्ञा वित्तवतान्येन वर्षमारोग्यमिच्छता ॥ ४९ ॥

Ainsi, ce grand rite de pacification (Mahāśānti) doit être accompli chaque année par un roi, ou toute personne riche, désirant une année de santé et l'absence de maladie.

Verse 50

येषां राष्ट्रे पुरे ग्रामे क्रियते शांतिरुत्तमा । नीराजनाभिधा विप्र तद्रोगा यांति संक्षयम् ॥ ५० ॥

Ô Brahmane, dans tout royaume, ville ou village où est accompli le rite pacificateur suprême appelé Nīrājana, les maladies affligeant ce lieu sont détruites.

Verse 51

द्वादश्यां मार्गशुक्लायां साध्यव्रतमनुत्तमम् । मनोभवस्तथा प्राणो नरो यातश्च वीर्यवान् ॥ ५१ ॥

Le douzième jour clair (Dvādaśī) de Mārgaśīrṣa, l'observance insurpassable connue sous le nom de Sādhya-vrata doit être entreprise. Par elle, Manobhava, Prāṇa, Nara et le puissant Yāta sont propitiés.

Verse 52

चितिर्हयो नृपश्चैव हंसो नारायणस्तथा । विभुश्चापि प्रभुश्चैव साध्या द्वादश कीर्तिताः ॥ ५२ ॥

Citi, Haya, Nṛpa, Haṁsa, Nārāyaṇa, Vibhu, Prabhu et Sādhya — ces douze appellations divines sont ainsi proclamées.

Verse 53

पूजयेद्गंधपुष्पाद्यैरेतांस्तंदुलकल्पितान् । ततो द्विजाग्र्यान्संभोज्य द्वादशात्र सुदक्षिणाः ॥ ५३ ॥

On doit vénérer ces figures façonnées avec du riz, en utilisant des parfums, des fleurs et autres offrandes. Ensuite, après avoir nourri les meilleurs des deux-fois-nés (brāhmaṇas), on doit donner douze généreux dons sacerdotaux (dakṣiṇās).

Verse 54

दत्वा तेभ्यस्तु विसृजेत्प्रीयान्नारयणस्त्विति । एतस्यामेव विदितं द्वादशादित्यसंज्ञितम् ॥ ५४ ॥

Après leur avoir offert les oblations prescrites, on doit les congédier avec respect en disant : «Que Nārāyaṇa soit satisfait». Dans ce même contexte est aussi enseigné ce que l’on appelle «les douze Āditya».

Verse 55

व्रतं तत्रार्चयेद्धीमानादित्यान्द्वादशापि च । धातामित्रोऽर्यमा पूषा शक्रोंऽशो वरुणो भगः ॥ ५५ ॥

Là, le pratiquant avisé doit accomplir correctement le vœu et adorer aussi les douze Āditya : Dhātā, Mitra, Aryamā, Pūṣā, Śakra, Aṁśa, Varuṇa et Bhaga.

Verse 56

त्वष्टा विवस्वान्सविता विष्णुर्द्वादश ईरिताः । प्रतिमासं तु शुक्लायां द्वादश्यामर्च्य यत्नतः ॥ ५६ ॥

Ainsi ont été proclamées les douze formes (mensuelles) — parmi elles Tvaṣṭā, Vivasvān, Savitā et Viṣṇu. Chaque mois, au douzième jour lunaire de la quinzaine claire (Śukla Dvādaśī), on doit les adorer avec soin.

Verse 57

वर्षं नयेद्व्रतांते तु प्रतिमा द्वादशापि च । हैमीः संपूज्य विधिना भोजयित्वा द्विजोत्तमान् ॥ ५७ ॥

Il doit mener le vœu durant une année entière ; et, à la fin de l’observance, il doit, selon le rite, honorer douze images d’or, puis nourrir les plus éminents des « deux-fois-nés » (brāhmaṇa d’excellence).

Verse 58

मधुरान्नैः सुसत्कृत्य प्रत्येकं चार्पयेद्व्रती । एव व्रतं नरः कृत्वा द्वादशादित्यसंज्ञकम् ॥ ५८ ॥

Les ayant honorés avec des mets doux, l’observant du vœu doit offrir à chacun séparément. Ainsi, lorsqu’un homme accomplit ce vœu, on l’appelle le «vœu des Douze Āditya».

Verse 59

सूर्यलोकं समासाद्य भुक्त्वा भोगांश्चरं ततः । जायते भुवि धर्मात्मा मानुष्ये रोगवर्जितः ॥ ५९ ॥

Parvenu au monde du Soleil et y ayant goûté ses jouissances pendant un temps, il renaît ensuite sur la terre comme un homme à l’âme droite, exempt de maladie.

Verse 60

ततो व्रतस्य पुण्येन पुनरेव लभेद्व्रतम् । तत्पुण्येन रवेन्भित्वा मंडलं द्विजसत्तम ॥ ६० ॥

Ensuite, par le mérite de ce vœu, il obtient de nouveau le vœu; et par ce même mérite—ô meilleur des deux-fois-nés—il perce l’orbe du Soleil (et le dépasse).

Verse 61

निरंजनं निरा कारं निर्द्वंद्वं ब्रह्म चाप्नुयात् । अत्रैवाखंडसंज्ञं च व्रतमुक्त द्विजोत्तम ॥ ६१ ॥

Il atteint le Brahman sans tache, sans forme, au-delà des dualités, non-duel. Ici même—ô le plus éminent des deux-fois-nés—le vœu nommé « Akhaṇḍa » a été proclamé.

Verse 62

मूर्तिं निर्माय सौवर्णीं जनार्दनसमाह्वयाम् । अभ्यर्च्य गन्धपुष्पाद्यैस्तदग्रे भोजयेद्द्विजान् ॥ ६२ ॥

Après avoir façonné une image d’or et y avoir invoqué Janārdana, qu’on l’adore avec parfums, fleurs et autres offrandes; puis, en sa présence, qu’on nourrisse les deux-fois-nés (brāhmanes).

Verse 63

द्वादश प्रतिमासं तु नक्ताशीः स्याज्जितेंद्रियः । ततः समांते तां मूर्तिं समभ्यर्च्य विधानतः ॥ ६३ ॥

Pendant douze mois, qu’il ne mange que la nuit, maître de ses sens. Puis, à l’achèvement de l’année, qu’il adore cette image sacrée selon les rites prescrits.

Verse 64

गुरवे धेनुसहितां दद्यात्संप्रार्थयेत्तथा । शतजन्मसु यत्किंचिन्मयाखंडव्रतं कृतम् ॥ ६४ ॥

Qu’on offre au guru une vache avec son veau, puis qu’on prie avec ferveur : «Quel que soit le vœu ininterrompu (akhaṇḍa-vrata) que j’ai accompli en cent naissances, que son mérite soit rendu complet et pleinement opérant.»

Verse 65

भगवंस्त्वत्प्रसादेन तदखंडमिहास्तु मे । ततः संभोज्य विप्राग्र्यान्सखंडाढ्यैस्तु पायसैः ॥ ६५ ॥

Ô Bhagavān, par ta grâce, que ce fruit demeure ici pour moi sans diminution. Ensuite, après avoir nourri les plus éminents brāhmaṇas, qu’on le fasse avec du pāyasa (riz au lait) richement mêlé de sucre.

Verse 66

द्वादशैव हि सौवर्णीं दक्षिणां प्रददेन्नमेत् । इति कृत्वा व्रतं विप्र प्रीणयित्वा जनार्दनम् ॥ ६६ ॥

En vérité, qu’on donne exactement douze pièces d’or en dakṣiṇā (rétribution sacrée), puis qu’on se prosterne. Ainsi, ô brāhmaṇa, après avoir observé le vœu et réjoui Janārdana (Viṣṇu), le rite est accompli.

Verse 67

सौवर्णेन विमानेन याति विष्णोः परं पदम् । पौषस्य कृष्णद्वादश्यां रूपव्रतमुदीरितम् ॥ ६७ ॥

Il s’élève dans un vimāna d’or et atteint la demeure suprême de Viṣṇu. Ainsi est proclamé le Rūpa-vrata, à observer lors de la Kṛṣṇa-dvādaśī (douzième du fortnuit sombre) du mois de Pauṣa.

Verse 68

दशम्यां विधिवत्स्नात्वा गृह्णीयाद्गोमयं व्रती । श्वेताया वैकवर्णाया अन्तरिक्षगतं द्विज ॥ ६८ ॥

Au dixième jour lunaire (daśamī), après s’être baigné selon la règle, l’observant du vœu doit prendre de la bouse de vache—d’une vache blanche ou d’une seule couleur, ô deux-fois-né—tenue pour pure comme si elle demeurait dans l’air, hors d’atteinte de toute souillure.

Verse 69

अष्टोत्तरशतं तेन पिंडिकाः कल्प्य नारद । शोषयेदातपे धृत्वा पात्रे ताम्रेऽथ मृन्मये ॥ ६९ ॥

Ô Nārada, avec cette préparation, qu’on façonne cent huit petites boulettes. Les plaçant dans un récipient de cuivre, ou dans un pot de terre, qu’on les fasse sécher au soleil.

Verse 70

एकादश्यां सोपवासः समभ्यर्च्य विधानतः । सौवर्णीं प्रतिमां विष्णोर्निशायां जागरं चरेत् ॥ ७० ॥

Au jour d’Ekādaśī, en observant le jeûne (upavāsa), qu’on adore Śrī Viṣṇu selon le rite prescrit ; puis, après avoir offert ou installé une effigie d’or de Viṣṇu, qu’on accomplisse la veille sacrée toute la nuit (jāgara).

Verse 71

सुमंगलैर्गीतवाद्यैः स्तोत्रपाठैर्जपादिभिः । ततः प्रभाते द्वादश्यां तिलपात्रोपरि स्थिताम् ॥ ७१ ॥

Avec des chants de bon augure et des instruments, avec la récitation des hymnes (stotra), avec le japa et les observances connexes—puis, à l’aube du jour de Dvādaśī, qu’on l’adore, placée sur un récipient rempli de graines de sésame.

Verse 72

अंबुपूर्णे घटे न्यस्य पूजयेदुपचारकैः । ततोऽग्निं नवमुत्पाद्य काष्ठसंघर्षणादिभिः ॥ ७२ ॥

En le plaçant dans un pot rempli d’eau, qu’on le vénère avec les offrandes rituelles usuelles. Ensuite, qu’on fasse naître un feu nouveau—par frottement de bois et par d’autres moyens prescrits—et l’on poursuivra le rite.

Verse 73

तं समभ्यर्च्य विधिवदेकैकां पिंडिकां सुधीः । होमयेत्सतिलाज्यां च द्वादशाक्षरविद्यया ॥ ७३ ॥

Après L’avoir honoré selon le rite, le sage doit offrir dans le feu du homa chaque boulette, l’une après l’autre, avec du ghee mêlé de sésame, tout en récitant la science-mantra aux douze syllabes (dvādaśākṣara).

Verse 74

वैष्णव्याथ च पूरणां च शतमष्टोत्तर ततः । भोजयेत्पायसैर्विप्रान्प्रीत्या सुस्निग्धमानसः ॥ ७४ ॥

Alors, après l’observance vaishnava et après l’accomplissement des cent huit parts/actes purāṇiques, le cœur adouci par l’affection, on doit, avec joie, nourrir les brāhmaṇas de pāyasa, le riz au lait sucré.

Verse 75

सहितां च घटेनैव प्रतिमां गुरवऽपेयेत् । विप्रेभ्यो दक्षिणां शक्त्या दत्वा नत्वा विसर्जयेत् । नरो वा यदि वा नारी व्रतं कृत्वैवमादरात् ॥ ७५ ॥

Avec le pot d’eau (ghaṭa), on doit remettre rituellement l’image de culte au guru. Ensuite, selon ses moyens, après avoir donné la dakṣiṇā aux brāhmaṇas, et s’être incliné, on accomplira le visarjana, la clôture et congé du rite. Homme ou femme, quiconque observe ainsi le vœu avec respect…

Verse 76

लभते रूपसौभाग्यं नात्र कार्या विचारणा । सहस्ये शुक्लपक्षे तु सुजन्मद्वादशीव्रतम् ॥ ७६ ॥

On obtient beauté et heureuse fortune — nul besoin d’en douter. Dans la quinzaine claire du mois de Sahasya, on doit observer le vœu nommé Sujanma-Dvādaśī.

Verse 77

स्नात्वा विधानेन गृह्णोयाद्वार्षिकव्रतम् । पीत्वा गश्रृंगवार्यादौ तां च कृत्वा प्रदक्षिणम् ॥ ७७ ॥

Après s’être baigné selon le rite prescrit, on doit entreprendre le vœu annuel. Puis, après avoir d’abord goûté l’eau sacrée — telle l’eau de Gaśṛṅga — on accomplira aussi la pradakṣiṇā, la circumambulation respectueuse de ce lieu saint.

Verse 78

प्रतिमासं ततः शुक्लेद्वादश्यां दानमाचरेत् । घृतप्रस्थं तच्चतुष्कं क्रमाद्वीहेर्यवस्य च ॥ ७८ ॥

Ensuite, chaque mois, à la Dvādaśī de la quinzaine claire, on doit accomplir l’aumône. Qu’on donne une mesure prastha de ghee (ghṛta) et, de même, quatre mesures selon l’ordre prescrit — de riz et d’orge également.

Verse 79

द्विरक्तिकं हेम तिलाढकार्द्धं पयसां घटम् । रौप्यस्य माषमेकं च तृप्तिकृन्मिष्टपक्वकम् ॥ ७९ ॥

Qu’on offre de l’or valant deux raktikās, un demi āḍhaka de sésame, un pot rempli de lait et un māṣa d’argent, avec une préparation de douceurs cuites qui rassasie et comble.

Verse 80

छत्रं माषार्धहेम्नश्च प्रस्थं फाणितमुत्तमम् । चंदनं पलिकं वस्त्रं पंचहस्तोन्मितं तनुम् ॥ ८० ॥

Un parasol ; de l’or pesant un demi māṣa ; un prastha de mélasse excellente ; du santal d’un pala ; et une étoffe fine de cinq hastas de long — tels sont les dons à offrir selon la règle.

Verse 81

एवं तु मासिकं दानं कृत्वा प्राश्य यथाक्रमम् । गोमूत्रं जलमाज्यं वा पक्त्वा शाकं चतुर्विधम् ॥ ८१ ॥

Ainsi, après avoir accompli l’aumône mensuelle, qu’on prenne le repas selon l’ordre prescrit ; et, après avoir cuit les légumes selon l’une des quatre manières—avec l’urine de vache, l’eau ou le ghee—qu’on en mange conformément à la règle.

Verse 82

दधियुक्तं च यावान्नं तिलाज्यं शर्करान्विताम् । दर्भांबुक्षीरमुदितं प्राशनं प्रतिमासिकम् ॥ ८२ ॥

Chaque mois, qu’on prenne la nourriture d’offrande prescrite : riz d’orge mêlé de caillé, sésame avec ghee et sucre, et la prise indiquée d’eau de kuśa (darbha) et de lait — telles sont les observances mensuelles.

Verse 83

एवं कृतव्रतो वर्षं सौवर्णीं प्रतिमां रवेः । कृत्वा वै ताम्रपात्रस्थां न्यस्याभ्यर्च्य विधानतः ॥ ८३ ॥

Ainsi, après avoir observé le vœu durant une année entière, qu’on façonne une image d’or du Soleil, qu’on la place sur un vase de cuivre, puis qu’on l’installe et l’honore selon le rite prescrit.

Verse 84

गुरवे धेनुसहितां प्रत्यर्प्य प्रणमेत्पुरः । विप्रान्द्रादश संभोज्य तेभ्यो दद्याच्च दक्षिणाम् ॥ ८४ ॥

Après avoir offert au guru une vache avec ses accompagnements appropriés, on doit se prosterner devant lui. Puis, après avoir nourri douze brāhmaṇas, on leur donnera aussi la dakṣiṇā prescrite.

Verse 85

एवं कृतव्रतो विप्र जन्माप्नोत्युत्तमे कुले । निरोगो धनधान्याढ्यो भवेच्चाविकलेद्रियः ॥ ८५ ॥

Ainsi, ô brāhmaṇa, celui qui observe le vœu de cette manière naît dans une famille excellente ; il est exempt de maladie, riche en biens et en grains, et vit avec des sens intacts.

Verse 86

माघस्य शुक्लद्वादश्यां शालग्रामशिलां द्विज । अभ्यच्य विधिवद्भक्त्या सुवर्णं तन्मुखे न्यसेत् ॥ ८६ ॥

Ô deux-fois-né, le douzième jour de la quinzaine claire du mois de Māgha, après avoir adoré avec bhakti la pierre de Śālagrāma selon le rite, on doit déposer de l’or à sa bouche.

Verse 87

तां स्थाप्य रौप्यपात्रे तु सितवस्त्रयुगावृताम् । प्रदद्याद्वेदविदुषे तं हि संभोजयेत्ततः ॥ ८७ ॥

En la plaçant dans un récipient d’argent et en la couvrant d’une paire de tissus blancs, on doit la donner à un connaisseur des Vedas ; ensuite, on honorera ce savant en lui offrant un repas.

Verse 88

पायसान्नेन खंडाज्यसहितेन हितेन च । एवं कृत्वैकभक्तः सन्विष्णु चिंतनतत्परः ॥ ८८ ॥

Il doit prendre du pāyasa (riz au lait sucré) avec du sucre et du ghee, d’une manière saine. Après cela, ce jour-là, il ne fera qu’un seul repas, demeurant appliqué à la contemplation du Seigneur Viṣṇu.

Verse 89

वैष्णवं लभते धाम भुक्त्वा भोगानिहेप्सितान् । अंत्ये सितायां द्वादश्यां सौवर्णीं प्रतिमां हरेः ॥ ८९ ॥

Après avoir goûté ici aux plaisirs mondains désirés, on atteint la Demeure vaiṣṇava. Cela s’obtient par le rite d’offrir une effigie d’or de Hari lors de la dernière Dvādaśī claire (douzième jour de la quinzaine croissante).

Verse 90

अभ्यर्च्य गंधपुष्पाद्यैर्दद्याद्वेदविदे द्विज । द्विषट्कसंख्यान्विप्रांश्च भोजयित्वा च दक्षिणाम् ॥ ९० ॥

Après avoir adoré avec parfums, fleurs et autres offrandes, qu’on fasse un don à un brāhmane dvija versé dans les Veda. Puis, après avoir nourri douze brāhmanes, qu’on offre aussi la dakṣiṇā, l’honoraire sacrificiel.

Verse 91

दत्वा विसर्जयेत्पश्चात्स्वयं भुंजीत बांधवैः । त्रिस्पृशोन्मीलिनी पक्षवर्द्धिनी वंजुली तथा ॥ ९१ ॥

Après avoir fait l’offrande prescrite, qu’on conclue ensuite le rite par la congé formel (visarjana). Puis, qu’on prenne soi-même le repas avec ses proches. Cette observance est aussi appelée Trispṛśā, Unmīlinī, Pakṣavardhinī, et également Vaṃjulī.

Verse 92

जया च विजया चैव जयंती चापराजिता । एता अष्टौ सदोपोष्या द्वादश्यः पापहारिकाः ॥ ९२ ॥

Jaya, Vijaya, Jayantī et Aparājitā : ces huit observances de Dvādaśī doivent toujours être pratiquées comme il se doit. Les Dvādaśī sont celles qui ôtent le péché.

Verse 93

श्रीनारद उवाच । कीदृशं लक्षणं ब्रह्मन्नेतासां किं फलं तथा । तत्सर्वं मे समाचक्ष्व याश्चन्याः पुण्यदायिकाः ॥ ९३ ॥

Śrī Nārada dit : «Ô brahmane, quels sont les signes distinctifs de ces observances, et quel phala (fruit spirituel) donnent-elles ? Explique-moi tout cela—ainsi que d’autres pratiques qui confèrent du mérite».

Verse 94

सूत उवाच । इत्थं सनातनः पृष्टो नारदेन द्विजोत्तमः । प्रशस्य भ्रातरं प्राह महाभागवतं मुनिः ॥ ९४ ॥

Sūta dit : Ainsi interrogé par Nārada, Sanātana — le plus éminent des deux-fois-nés, le sage grand Bhāgavata — loua son frère et prit la parole.

Verse 95

सनातन उवाच । साधु पृष्टं त्वया भ्रातः साधूनां संशयच्छिदा । वक्ष्ये महाद्वादशीनां लक्षणं च फलं पृथक् ॥ ९५ ॥

Sanātana dit : Ô frère, tu as bien questionné ; c’est une demande qui tranche les doutes des vertueux. J’exposerai séparément les signes distinctifs et les fruits des Mahā-dvādaśī.

Verse 96

एकादशी निवृत्ता चेत्सूर्यस्योदयतः पुरा । तदा तु त्रिस्पृशा नाम द्वादशी सा महाफला ॥ ९६ ॥

Si le tithi d’Ekādaśī s’achève avant le lever du soleil, alors cette Dvādaśī est appelée Trispṛśā et porte un fruit immense pour les observances pieuses.

Verse 97

अस्यामुपोष्य गोविन्दं यः पूजयति नारद । अश्वमेधसहस्रस्य फलं लभते ध्रुवम् ॥ ९७ ॥

Ô Nārada, quiconque jeûne en ce jour sacré et adore Govinda obtient assurément un mérite égal à celui de mille sacrifices Aśvamedha.

Verse 98

यदारुणोदये विद्धा दशम्यैकादशी तिथिः । तदा तां संपरित्यज्य द्वादशीं समुपोषयेत् ॥ ९८ ॥

Lorsque, à l’aruṇodaya (l’aube), on constate que le tithi d’Ekādaśī est mêlé à Daśamī, il faut délaisser cette Ekādaśī et jeûner plutôt en Dvādaśī.

Verse 99

तत्रेष्ट्वा वासुदेवाख्यं सम्यक्पूजाविधानतः । राजसूयसहस्रस्य फलमुन्मीलिते लभेत् ॥ ९९ ॥

Là, après avoir adoré comme il se doit le Seigneur nommé Vāsudeva selon les règles justes du culte, au moment de l’éveil intérieur on obtient un mérite égal à mille sacrifices Rājasūya.

Verse 100

यदोदये तु सवितुर्याम्या त्वेकादशीं स्पृशेत् । तदा वंजुलिकाख्यां तु तां त्यक्त्वोपोषयेत्सदा ॥ १०० ॥

Mais si, au lever du soleil, la tithi « yāmyā » (méridionale) chevauche l’Ekādaśī, alors cette Ekādaśī—nommée Vaṃjulikā—doit être écartée, et l’on doit toujours jeûner au jour prescrit.

Verse 101

अस्यां संकर्षणं देवं गंधाद्यैरुपचारकैः । पूजयेत्सततं भक्त्या सर्वस्याभयदं परम् ॥ १०१ ॥

Dans cette observance, on doit vénérer sans cesse, avec bhakti, le dieu Saṅkarṣaṇa, par des services rituels tels que les offrandes de parfums et autres; Lui, le Suprême, accorde l’intrépidité à tous.

Verse 102

एषा महाद्वादशी तु सर्वक्रतुफलप्रदा । सर्वपापहरा प्रोक्ता सर्वसंपत्प्रदायिनी ॥ १०२ ॥

Cette Mahādvādaśī, en vérité, confère les fruits de tous les sacrifices; il est proclamé qu’elle efface tous les péchés et accorde toute prospérité.

Verse 103

कुहूराके यदा वृद्धे स्यातां विप्र यदा तदा । पक्षवर्द्धनिका नाम द्वादशी सा महाफला ॥ १०३ ॥

Ô brāhmane, lorsque Kuhū et Rākā sont toutes deux en phase croissante (dans la quinzaine claire), alors cette Dvādaśī est appelée Pakṣavarddhanikā; elle porte un fruit très grand.

Verse 104

तस्यां संपूजयेद्देवं प्रद्युम्नं जगतां पतिम् । सर्वैश्वर्य्यप्रदं साक्षात्पुत्र पौत्रविवर्धनम् ॥ १०४ ॥

En cette circonstance sacrée, qu’on adore dûment le dieu Pradyumna, Seigneur des mondes, qui accorde directement toutes les prospérités et fait croître fils et petits-fils, affermissant la lignée.

Verse 105

यदा तु धवले पक्षे द्वादशी स्यान्मधान्विता । तदा प्रोक्ता जया नाम सर्वशत्रुविनाशिनी ॥ १०५ ॥

Mais lorsque, dans la quinzaine claire, la Dvādaśī (douzième jour lunaire) coïncide avec Madhu (le mois de Caitra), cette observance est dite Jayā, celle qui anéantit tous les ennemis.

Verse 106

अस्यां संपूजयेद्देवमनिरुद्धं रमापतिम् । सर्वकामप्रदं नॄणां सर्वसौभाग्यदायकम् ॥ १०६ ॥

En cette observance, qu’on adore dûment le Seigneur Aniruddha, l’Époux de Ramā (Lakṣmī), qui accorde aux hommes tous les désirs et dispense toute forme de bonne fortune.

Verse 107

श्रवणर्क्षयुता चेत्स्याद्द्वादशी धवले दले । तदा सा विजया नाम तस्यामचेद्गदाधरम् ॥ १०७ ॥

Si la Dvādaśī de la quinzaine claire coïncide avec la nakṣatra Śravaṇa, elle est alors appelée Vijayā. Ce jour-là, qu’on adore Gadādhara (Viṣṇu, le Porteur de la massue).

Verse 108

सर्वसौख्यप्रदं शश्वत्सर्वभोगपरायणम् । सर्वतीर्थफलं विप्र तां चोपोष्याप्नुयान्नरः ॥ १०८ ॥

Ô brāhmaṇa, cette observance dispense à jamais toute félicité, conduit à la jouissance de toutes les bénédictions légitimes et confère le fruit de tous les pèlerinages sacrés. En jeûnant pour elle, l’homme obtient ce mérite.

Verse 109

यदा स्याच्च सिते पक्षे प्राजापत्यर्क्षसंयुता । द्वादशी सा महापुण्या जयंती नामतः स्मृता ॥ १०९ ॥

Lorsque, durant la quinzaine claire, la Dvādaśī (douzième jour lunaire) se trouve conjointe au nakṣatra Prājāpatya, cette Dvādaśī est d’un mérite suprême et l’on s’en souvient sous le nom de « Jayantī ».

Verse 110

यस्यां समर्च्चयेद्देवं वामनं सिद्धिदं नृणाम् । उपोषितैषा विप्रेंद्र सर्वव्रतफलप्रदा ॥ ११० ॥

Ô le meilleur des brāhmaṇas, en ce jour d’observance sacrée, si l’on jeûne et que l’on vénère le Seigneur Vāmana—dispensateur d’accomplissement aux hommes—, ce vœu accorde les fruits de tous les vœux.

Verse 111

सर्वदानफला चापि भुक्तिमुक्तिप्रदायिनी । यदा तु स्यात्सिते पक्षे द्वादशी जीवभान्विता ॥ १११ ॥

Cette observance confère aussi le fruit de tous les dons et accorde à la fois la jouissance en ce monde et la délivrance. Et lorsque, durant la quinzaine claire, la Dvādaśī est jointe à Jupiter (Guru) et au Soleil, son efficacité devient tout particulièrement grande.

Verse 112

तदापराजिता प्रोक्ता सर्वज्ञानप्रदायिनी । अस्यां समर्चयेद्देवं नारायणमनामयम् ॥ ११२ ॥

Alors, elle est déclarée « Aparājitā », l’Invaincue, dispensatrice de toute connaissance. En elle, il convient de vénérer selon le rite le Seigneur Nārāyaṇa, exempt de toute affliction.

Verse 113

संसारपाशविच्छित्तिकारकं ज्ञानसागरम् । अस्यास्तूपोषणादेव मुक्तः स्याद्विप्र भोजनः ॥ ११३ ॥

C’est un océan de connaissance qui tranche les liens du saṃsāra. Par le seul fait d’entretenir et de soutenir son stūpa (sanctuaire mémorial), celui qui nourrit les brāhmaṇas obtient la délivrance.

Verse 114

यदा त्वाषाढशुक्लायां द्वादश्यां मैत्रभं भवेत् । तदा व्रतद्वयं कार्य्यं न दोषोऽत्रैकदैवतम् ॥ ११४ ॥

Lorsque, dans la quinzaine claire d’Āṣāḍha, le douzième jour lunaire (Dvādaśī) tombe sous le nakṣatra Maitra, il convient d’accomplir les deux observances; en ce cas, il n’y a aucune faute à n’avoir qu’une seule divinité présidente pour le rite conjoint.

Verse 115

श्रवणर्क्षयुतायां च द्वादश्यां भाद्रशुक्लके । ऊर्ज्जे सितायां द्वादश्यामंत्यभे च व्रतद्वयम् ॥ ११५ ॥

Dans la quinzaine claire de Bhādrapada, lorsque Dvādaśī est jointe au nakṣatra Śravaṇa; et dans la quinzaine claire d’Ūrja (Āśvina), lorsque Dvādaśī tombe sous le dernier nakṣatra (Revatī), deux vœux (vrata) distincts doivent être observés.

Verse 116

एताभ्योऽन्त्र विप्रेंद्र द्वादश्यामेकभुक्तकम् । निसर्गतः समुद्दिष्टं व्रतं पातकनाशनम् ॥ ११६ ॥

Ô meilleur des brāhmaṇas, parmi ces observances, le vœu de « repas unique » au jour de Dvādaśī est proclamé, de par sa nature même, comme un vrata qui anéantit les péchés.

Verse 117

एकादश्या व्रतं नित्यं द्वादश्याः सहितं यतः । नोद्यापनमिहोद्दिष्टं कर्त्तव्यं जीविताविधि ॥ ११७ ॥

Puisque le vœu d’Ekādaśī doit être observé constamment, avec les observances de Dvādaśī, aucun rite de clôture (udyāpana) distinct n’est indiqué ici; il doit être pratiqué comme une règle de vie durant toute l’existence.

Verse 118

इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे बृहदुपाख्याने पूर्वभागे चतुर्थपादे द्वादशमासस्य द्वादशीव्रतनिरूपणं नामैकविंशत्यधिकशततमोऽध्यायः ॥ १२१ ॥

Ainsi s’achève, dans le Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa, dans le Grand Récit, au Pūrva-bhāga (Section antérieure), dans le quatrième Pāda, le cent vingt et unième chapitre intitulé : « Exposé du vœu de Dvādaśī pour les douze mois ».

Frequently Asked Questions

The chapter frames Dvādaśī as a bhakti-amplifying tithi where pūjā plus self-restraint (upavāsa/eka-bhukta) is sealed by dāna and brāhmaṇa-bhojana, repeatedly stating Viṣṇu-prīti as the immediate aim and viṣṇu-sāyujya/mokṣa as the culminating fruit.

Mahā-dvādaśī status is defined by tithi/nakṣatra/graha junctions (e.g., Ekādaśī ending before sunrise = Trispṛśā; aruṇodaya mixtures; specific nakṣatra conjunctions like Śravaṇa; and Jupiter–Sun conjunction for Aparājitā). These rules can require shifting the fast from Ekādaśī to Dvādaśī or rejecting an improper Ekādaśī, with worship directed to specific Vyūha/Viṣṇu forms.

It expands private worship into a civic/royal rite: fresh fire, lamp ārati, sequential honoring of a cosmic hierarchy (Hari with Lakṣmī, then Sun, Śiva, Mothers, Pitṛs, Nāgas, etc.), and protective rites for cattle and royal insignia—claimed to avert disease for the locality when performed annually.