Adhyaya 101
Prabhasa KhandaPrabhasa Kshetra MahatmyaAdhyaya 101

Adhyaya 101

Ce chapitre met en scène un épisode théologico-éthique reliant conduite, conséquence karmique et remède par la dévotion. Nārada se rend à Dvāravatī et observe les jeux de cour parmi les Yādava ; l’irrévérence de Sāmba devient le déclencheur du récit. Nārada soulève un thème incisif : l’instabilité de l’attention sous l’effet de l’ivresse et des circonstances sociales, ce qui amène Kṛṣṇa à une réponse réfléchie et à un déroulement quasi probatoire. Lors d’une sortie de plaisir, Nārada fait venir Sāmba devant Kṛṣṇa et les femmes des appartements intérieurs ; dans l’agitation et la perte de retenue (accentuées par l’intoxication), le désordre éclate. Kṛṣṇa prononce une malédiction comme avertissement moral sur l’attention détournée, la vulnérabilité sociale et le prix karmique de la négligence ; certaines femmes sont dites déchoir des destinations promises et, plus tard, être saisies par des brigands, tandis que les reines principales sont protégées par leur fermeté. Sāmba est aussi frappé de lèpre, orientant le récit vers l’expiation. Sāmba accomplit de rudes austérités à Prabhāsa, installe et vénère Sūrya (le Dieu-Soleil) au moyen d’un hymne prescrit, et reçoit la grâce de la guérison avec des contraintes de conduite. Le chapitre fournit ensuite des listes doctrinales et rituelles : les douze noms de Sūrya, les douze Āditya associés aux mois, et une séquence de vrata (notamment du cinquième au septième jour de la quinzaine claire de Māgha) avec offrandes telles que la fleur de karavīra et le santal rouge, modalités du culte, repas offerts aux brāhmaṇa et fruits promis. La phalāśruti finale affirme que l’écoute de ce récit efface les péchés et accorde la santé.

Shlokas

Verse 1

ईश्वर उवाच । एतस्मिन्नेव काले तु नारदो भगवानृषिः । ब्रह्मणो मानसः पुत्रस्त्रिषु लोकेषु गर्वितः

Īśvara dit : «En ce même temps, le sage divin Nārada—fils né de la pensée de Brahmā—rayonnait de renommée dans les trois mondes.»

Verse 2

सर्वलोकचरः सोऽपि युवा देवनमस्कृतः । तथा यदृच्छया चायमटमानः समंततः

Lui aussi parcourait tous les mondes : jeune, et honoré même par les dieux. Ainsi, errant de toutes parts, il allait au gré de la rencontre fortuite.

Verse 3

वासुदेवं स वै द्रष्टुं नित्यं द्वारवतीं पुरीम् । आयाति ऋषिभिः सार्द्धं क्रोधेन ऋषि सत्तमः

Afin de contempler Vāsudeva, il venait sans cesse à la cité de Dvāravatī, accompagné des sages ; mais cette fois, le meilleur des ṛṣis arriva dans la colère.

Verse 4

अथाश्वागच्छतस्तस्य सर्वे यदुकुमारकाः । ये प्रद्युम्नप्रभृतयस्ते च प्रह्वाननाः स्थिताः

Alors, tandis qu’il s’approchait rapidement, tous les princes Yadu—Pradyumna et les autres—demeurèrent debout, le visage incliné (en marque de respect extérieur).

Verse 5

अभावाच्चार्घ्यपाद्यानां पूजां चक्रुः समंततः । सांबस्त्ववश्यभावित्वात्तस्य शापस्य कारणात्

Faute d’arghya et de pādya, ils accomplirent le culte comme ils le purent, de toutes les manières. Mais Sāmba—poussé par une destinée inévitable—devint la cause de cette malédiction.

Verse 6

अवज्ञां कुरुते नित्यं नारदस्य महात्मनः । रतक्रीडा स वै नित्यं रूपयौवनगर्वितः

Il témoignait sans cesse du mépris envers le magnanime Nārada. Toujours absorbé dans les jeux d’amour, il demeurait enivré d’orgueil pour sa beauté et sa jeunesse.

Verse 7

अविनीतं तु तं दृष्ट्वा चिन्तयामास नारदः । अस्याहमविनीतस्य करिष्ये विनयं शुभम्

Le voyant dépourvu d’humilité et de discipline, Nārada songea : «À cet indiscipliné, j’apporterai une correction salutaire : la juste retenue et l’humilité».

Verse 8

एवं स चिन्तयित्वातु वासुदेवमथाब्रवीत् । इमाः षोडशसाहस्राः स्त्रियो या देवसत्तम

Après avoir ainsi délibéré, Nārada s’adressa à Vāsudeva : «Ô le meilleur parmi les dieux, ces seize mille femmes…».

Verse 9

सर्वास्तासां सदा सांबे भावो देव समाश्रितः । रूपेणाप्रतिमः सांबो लोकेऽस्मिन्सचराचरे

Ô Seigneur, toutes ont sans cesse leur affection tournée vers Sāmba. Par la beauté, Sāmba est sans égal en ce monde des êtres mobiles et immobiles.

Verse 10

सदाऽर्हंति च तास्तस्य दर्शनं ह्यपि सत्स्त्रियः । श्रुत्वैवं नारदाद्वाक्यं चिन्तयामास केशवः

Et ces femmes vertueuses sont à jamais dignes, fût-ce seulement, de paraître en sa présence. Ayant entendu les paroles de Nārada, Keśava se mit à méditer.

Verse 11

यदेतन्नारदेनोक्तं सत्यमत्र तु किं भवेत् । एवं च श्रूयते लोके चापल्यं स्त्रीषु विद्यते । श्लोकाविमौ पुरा गीतौ चित्तज्ञैर्योषितां द्विजैः

«Ce que Nārada a dit ici serait-il donc vrai ? Pourtant, dans le monde, on entend que l’inconstance se trouve chez les femmes. Oui, ces deux ślokas furent jadis chantés par des brāhmaṇas clairvoyants, connaissant les voies du cœur féminin.»

Verse 12

पौंश्चल्यादतिचापल्यादज्ञानाच्च स्वभावतः । रक्षिता यत्नतो ह्येता विकुर्वंति हि भर्तृषु

«Par légèreté, par trop grande inconstance et par ignorance née de leur nature, même gardées avec soin, ces femmes agissent avec caprice envers leurs époux.»

Verse 13

नैता रूपं परीक्षंते नाऽसां वयसि संश्रयः । सुरूपं वा विरूपं वा पुमानित्येव भुंजते

«Elles n’examinent ni la beauté ni ne s’attachent à l’âge ; qu’un homme soit beau ou laid, elles s’unissent à lui simplement parce qu’il est “un homme”.»

Verse 14

ईश्वर उवाच । मनसा चिन्तयित्वैवं कृष्णो नारदमब्रवीत् । नह्यहं श्रद्दधाम्येतद्यदेतद्भाषितं पुरा

Le Seigneur dit : Après avoir ainsi réfléchi en son esprit, Kṛṣṇa s’adressa à Nārada : «Je ne tiens pas pour digne de foi ce qui fut dit ainsi depuis les temps anciens.»

Verse 15

ब्रुवाणमेवं देवं तु नारदः प्रत्युवाच ह । तथाहं तु करिष्यामि यथा श्रद्धास्यते भवान्

Ainsi parla le Seigneur, et Nārada répondit : «Fort bien — j’agirai de telle sorte que Tu croiras avec foi».

Verse 16

एवमुक्त्वा ययौ भूयो नारदस्तु यथागतम् । ततः कतिपयाहस्य द्वारकां पुनरभ्यगात्

Après ces paroles, Nārada repartit, s’en retournant comme il était venu. Puis, quelques jours plus tard, il se rendit de nouveau à Dvārakā.

Verse 17

तस्मिन्नहनि देवोऽपि सहांतःपौरकैर्जनैः । अनुभूय जलक्रीडां पानमासेवते रहः

Ce même jour, le Seigneur, avec les gens du palais intérieur, se réjouit de jeux d’eau, puis, à l’écart, prit la boisson.

Verse 18

रम्ये रैवतकोद्याने नानाद्रुमविभूषिते । सर्वर्तुकुसुमैर्नित्यं वासिते सर्वकामने

Dans le délicieux jardin de Raivataka, orné d’arbres de toutes sortes, toujours embaumé des fleurs de chaque saison, exauçant tout désir.

Verse 19

नानाजलजफुल्लाभिर्दीर्घिका भिरलंकृते । हंससारससंघुष्टे चक्रवाकोपशोभिते

Il était embelli de nombreux étangs allongés, pleins de lotus épanouis, retentissant des cris des cygnes et des grues, et paré de couples d’oiseaux cakravāka.

Verse 20

तस्मिन्स रमते देवः स्त्रीभिः परिवृतस्तदा । हारनूपुरकेयूररसनाद्यैर्विभूषणैः

Là, le Seigneur se divertissait alors, entouré de femmes parées d’ornements : colliers, anneaux de cheville, bracelets, ceintures et autres parures.

Verse 21

भूषितानां वरस्त्रीणां सर्वांगीणां विशेषतः । तत्रस्थः पिबते पानं शुभगन्धान्वितं शुभम्

En compagnie de nobles femmes somptueusement parées, belles en chacun de leurs membres, il demeura là et but une boisson de bon augure, imprégnée de suaves parfums.

Verse 22

एतस्मिन्नंतरे बुद्ध्वा मद्यमत्तास्ततः स्त्रियः । उवाच नारदः सांबमस्मिंस्तिष्ठ कुमारक

Cependant, comprenant que les femmes s’étaient enivrées de vin, Nārada dit à Sāmba : «Reste ici, jeune prince».

Verse 23

त्वां समाह्वयते देवो न युक्तं स्थातुमत्र ते । तद्वाक्यार्थमबुद्ध्वैव नारदेनाथ नोदितः

«Le Seigneur t’appelle ; il ne convient pas que tu demeures ici.» Ne comprenant pas la portée de ces paroles, il fut alors pressé d’avancer par Nārada.

Verse 24

गत्वा तु सत्वरं सांबः प्रणाममकरोत्पितुः । निर्द्दिष्टमासनं भेजे यथाभावेन विष्णुना

Alors Sāmba s’y rendit en hâte et se prosterna devant son père. Il prit place sur le siège que Viṣṇu lui désigna, selon la bienséance requise.

Verse 25

एतस्मिन्नंतरे तत्र यास्तु वै चाल्पसात्त्विकाः । ता दृष्ट्वा सहसा सांबं सर्वाश्चुक्षुभिरे स्त्रियः

En cet instant, les femmes présentes, peu fermes en sattva, en voyant soudain Sāmba, furent toutes aussitôt bouleversées.

Verse 26

न स दृष्टः पुरा याभिरंतःपुरनिवासिभिः । मद्यदोषात्ततस्तासां स्मृतिलोपात्तथा बहु

Car ces femmes qui demeuraient dans les appartements intérieurs ne l’avaient jamais vu auparavant; et, par la faute de l’alcool, leur mémoire s’effaça grandement.

Verse 27

स्वभावतोऽल्पसत्त्वानां जघनानि विसुस्रुवुः । श्रूयते चाप्ययं श्लोकः पुराणप्रथितः क्षितौ

Par leur nature même, ceux qui ont peu de force intérieure deviennent chancelants des hanches. Et ce śloka, renommé dans les Purāṇa, se fait aussi entendre sur la terre.

Verse 29

लोकेऽपि दृश्यते ह्येतन्मद्यस्याप्यथ सेवनात् । लज्जां मुंचंति निःशंका ह्रीमत्यो ह्यपि च स्त्रियः

On le voit aussi dans le monde : par la consommation du vin, même les femmes pudiques, rejetant la honte, deviennent hardies et sans hésitation.

Verse 30

समांसैर्भोजनैः स्निग्धैः पानैः सीधुसुरासवैः । गंधैर्मनोज्ञैर्वस्त्रैश्च कामः स्त्रीषु विजृंभति

Par des mets de viande opulents, des nourritures grasses et des breuvages—sīdhu, surā et liqueurs fermentées—ainsi que par des parfums agréables et des vêtements, le désir s’épanouit et s’éveille chez les femmes.

Verse 31

मद्यं न देयमत्यर्थं पुरुषेण विपश्चिता । मदोन्मत्ताः स्वभावेन पूर्वं संति यतः स्त्रियः

L’homme avisé ne doit jamais donner de liqueur avec excès ; car les femmes, par leur disposition naturelle, sont déjà enclines à être emportées par l’ivresse.

Verse 32

नारदोऽप्यथ तं सांबं प्रेषयित्वा त्वरान्वितः । आजगामाथ तत्रैव सांबस्यानुपदेन तु

Alors Nārada aussi—ayant dépêché Sāmba—vint en hâte en ce lieu même, suivant de près les pas de Sāmba.

Verse 33

आयांतं ताः स्वयं दृष्ट्वा प्रियसौमनसं मुनिम् । सहसैवोत्थिताः सर्वा मदोन्मत्ता अपि स्त्रियः

L’ayant vu de leurs propres yeux, le sage qui s’avançait, au visage aimable et cher, toutes les femmes se levèrent d’un seul élan, bien qu’ivres.

Verse 34

तासामथोत्थितानां तु वासुदेवस्य पश्यतः । भित्त्वा वासांस्यनर्घाणि पात्रेषु पतितानि तु

Mais lorsqu’elles se levèrent—sous le regard de Vāsudeva—leurs vêtements inestimables se déchirèrent et tombèrent dans les vases qui s’y trouvaient.

Verse 35

जघनेषु विलग्नानि तानि पेतुः पृथक्पृथक् । तद्दृष्ट्वा तु हरिः कुद्धस्ताः शशाप ततोऽबलाः

Accrochés à leurs hanches, ces vêtements tombèrent l’un après l’autre. Voyant cela, Hari s’irrita et maudit alors ces femmes sans défense.

Verse 36

यस्माद्गतानि चेतांसि मां मुक्त्वाऽन्यत्र वः स्त्रियः । तस्मात्पतिकृतांल्लोकानायुषोंऽते न यास्यथ

«Parce que vos esprits, ô femmes, se sont tournés ailleurs en M’abandonnant, au terme de votre vie vous n’atteindrez pas les mondes acquis par la dévotion envers l’époux».

Verse 37

पतिलोकात्परिभ्रष्टाः स्वर्गमार्गात्तथैव च । भूत्वा ह्यशरणा भूयो दस्युहस्तं गमिष्यथ

«Déchues du monde de l’époux et tout autant du chemin du ciel, vous deviendrez sans refuge et retomberez encore entre les mains des brigands».

Verse 38

शापदोषात्ततस्तस्मात्ताः स्त्रियो गां गते हरौ । हृताः पांचनदैश्चौरैरर्जुनस्य प्रपश्यतः

Ainsi, sous l’effet de la souillure de cette malédiction, lorsque Hari (Viṣṇu) fut parti pour le ciel, ces femmes furent enlevées par des voleurs du pays de Pañcanada, sous les yeux d’Arjuna.

Verse 39

अल्पसत्त्वाश्च याश्चासंस्ता गता दूषणं स्त्रियः । रुक्मिणी सत्यभामा च तथा जांबवती प्रिये

Celles qui avaient peu de force intérieure et celles qui étaient tombées dans le blâme furent emmenées; mais Rukmiṇī, Satyabhāmā et aussi Jāmbavatī, ô bien-aimé, n’étaient pas du nombre.

Verse 40

न प्राप्ता दस्युहस्तं ताः स्वेन सत्त्वेन रक्षिताः । शप्त्वैवं ताः स्त्रियः कृष्णः सांबमप्यशपत्पुनः

Elles ne tombèrent pas aux mains des brigands, protégées par leur propre vertu inébranlable. Ainsi, après avoir maudit ces femmes, Kṛṣṇa maudit de nouveau Sāmba.

Verse 41

यस्मादतीव ते कांतं दृष्ट्वा रूपमिमाः स्त्रियः । क्षुब्धाः सर्वा यतस्तस्मात्कुष्ठरोगमवाप्नुहि

Parce qu’en voyant ta forme d’une beauté extrême, toutes ces femmes furent troublées par le désir; pour cette raison, puisse-tu encourir la maladie de la lèpre.

Verse 42

तस्य तद्वचनं श्रुत्वा सांबो लज्जासमन्वितः । उवाच प्रहसन्वाक्यं स स्मरन्नृषिसत्तमम्

Entendant ces paroles, Sāmba, rempli de honte, parla avec un demi-sourire, tout en se souvenant du plus éminent des sages.

Verse 43

अनिमित्तमहं तात भावदोषविवर्जितः । शप्तो न मेऽत्र वै कुद्धो दुर्वासा नान्यथा वदेत्

«Sans motif, père bien-aimé, moi qui suis exempt de toute faute d’intention, j’ai été maudit. En cela je ne suis pas vraiment courroucé : Durvāsā ne parlerait pas autrement».

Verse 44

एवमुक्त्वा ततः सांबः कृष्णं कमललोचनम् । ततो वैराग्यसंयुक्तश्चिन्ताशोकपरायणः

Ayant ainsi parlé, Sāmba s’approcha de Kṛṣṇa aux yeux de lotus; puis, saisi de détachement, il se voua aux soucis et au chagrin.

Verse 45

प्रभासक्षेत्रमगमत्सर्वपातकनाशनम् । एवं तत्क्षेत्रमासाद्य तपस्तेपे सुदारुणम्

Il se rendit à Prabhāsa Kṣetra, le lieu sacré qui anéantit tous les péchés. Parvenu à ce saint domaine, il entreprit une austérité des plus rigoureuses.

Verse 46

प्रतिष्ठाप्य सहस्रांशुं देवं पापनिषूदनम् । ततश्चाराधयामास परं नियममाश्रितः

Après avoir établi Sahasrāṁśu (le Soleil), le dieu qui anéantit le péché, il l’adora ensuite, s’étant voué à la plus haute discipline et à la maîtrise de soi.

Verse 47

त्रिसंध्यं पूजयामास दिव्यगंधानुलेपनैः । स्तोत्रेणानेन भक्त्या वै स्तौति नित्यं दिनाधिपम्

Aux trois jonctions du jour, il rendit un culte avec des parfums divins et des onguents; et, par cet hymne, dans la dévotion, il louait chaque jour le Seigneur du Jour (le Soleil).

Verse 48

सांब उवाच । नमस्त्रैलोक्यदीपाय नमस्ते तिमिरापह । नमः पंकजनाथाय नमः कुमुदशत्रवे

Sāmba dit : «Hommage à Toi, lampe des trois mondes ; hommage à Toi, qui dissipes les ténèbres. Hommage au Seigneur du lotus ; hommage à Toi, ennemi du kumuda, le lotus de la nuit.»

Verse 49

नमो जगत्प्रतिष्ठाय जगद्धात्रे नमोऽस्तु ते । देवदेव नमस्यामि सूर्यं त्रैलोक्यदीपकम्

«Hommage à Toi, fondement de l’univers ; hommage à Toi, soutien du monde. Ô Dieu des dieux, je me prosterne devant Sūrya, lumière des trois mondes.»

Verse 50

आदित्यवर्णो भुवनस्य गोप्ता अपूर्व एष प्रथमः सुराणाम् । हिरण्यगर्भः पुरुषो महात्मा स पठ्यते वै तमसः परस्तात्

«Rayonnant tel Āditya, protecteur des mondes—sans égal, le premier parmi les dieux—, Il est Hiraṇyagarbha, le Purusha à la grande âme ; on dit en vérité qu’Il demeure au-delà des ténèbres.»

Verse 51

इति स्तुतस्तदा सूर्यः प्रसन्नेनांतरात्मना । उवाच दर्शनं गत्वा सांबं जांबवतीसुतम्

Ainsi loué, Sūrya—réjoui au plus profond de son être—apparut en vision et s’adressa à Sāmba, fils de Jāmbavatī.

Verse 52

सांबसांब महावाहो शृणु गोविन्दनन्दने । स्तोत्रेणानेन तुष्टोऽहं वरं ब्रूहि यदीप्सितम्

«Sāmba, Sāmba, ô toi aux bras puissants—écoute, ô descendant de Govinda. Ce chant de louange m’a comblé; dis le don que tu désires.»

Verse 53

सांब उवाच । कृष्णेनाहं सुरश्रेष्ठ शप्तः पापः सुदुर्मतिः । कुष्ठांतं कुरु मे देव यदि तुष्टोऽसि मे प्रभो

Sāmba dit : «Ô le meilleur parmi les dieux, moi—pécheur au jugement perverti—j’ai été maudit par Kṛṣṇa. Ô Seigneur, si tu es satisfait de moi, mets fin à ma lèpre.»

Verse 54

श्रीभानुरुवाच । भूय एव महाभाग नीरोगस्त्वं भविष्यसि । यादृग्रूपः पुरा ह्यासीर्मम चैव प्रसादतः

Śrī Bhānu (Sūrya) dit : «De nouveau, ô bienheureux, tu seras sans maladie ; par ma grâce tu retrouveras la forme même que tu avais jadis.»

Verse 55

अद्य प्रभृति नेक्ष्यास्ता विष्णुभार्याः कथंचन । न तासां दर्शने जातु स्थातव्यं यदुनन्दन

«Dès aujourd’hui, ne porte en aucune manière ton regard sur les épouses de Viṣṇu. Ô joie des Yadus, ne demeure jamais en leur présence.»

Verse 56

तासामीर्ष्यापरीतेन विष्णुना प्रभविष्णुना । कुष्ठं ते यादवश्रेष्ठ प्रदत्तं हि महात्मना

Ô le meilleur des Yadus ! Ce Viṣṇu au grand cœur—Prabhaviṣṇu—vaincu par la jalousie à cause d’elles, t’a véritablement accordé cette lèpre.

Verse 57

यो मां स्तोत्रेण चानेन समागत्य च स्तोष्यति । न तस्यान्वयसंभूतः कुष्ठी कश्चिद्भविष्यति

Quiconque vient et me loue par ce même hymne, nul né de sa lignée ne sera jamais atteint de la lèpre.

Verse 58

अथादित्यस्य नामानि सम्यग्जानीहि द्वादश । द्वादशैव तथान्यानि तानि वक्ष्याम्यशेषतः

À présent, connais correctement les douze noms d’Āditya (le Soleil). Il en est encore douze autres ; je te les énoncerai entièrement, sans rien omettre.

Verse 59

आदित्यः सविता सूर्यो मिहिरोऽर्कः प्रतापनः । मार्त्तंडो भास्करो भानुश्चित्रभानुर्द्दिवाकरः

Āditya, Savitṛ, Sūrya, Mihira, Arka, Pratāpana, Mārtaṇḍa, Bhāskara, Bhānu, Citrabhānu et Divākara : tels sont les noms illustres du Soleil.

Verse 60

रविर्द्वादशनामैवं ज्ञेयः सामान्यनामभिः । विष्णुर्धाता भगः पूषा मित्रोंऽशुर्वरुणो ऽर्यमा

Ainsi, Ravi (le Soleil) doit être connu par ces douze noms usuels : Viṣṇu, Dhātṛ, Bhaga, Pūṣan, Mitra, Aṃśu, Varuṇa et Aryaman.

Verse 61

इन्द्रो विवस्वांस्त्वष्टा च पर्जन्यो द्वादशः स्मृतः । इति ते द्वादशादित्याः पृथक्त्वेन प्रकीर्तिताः

Indra, Vivasvān, Tvaṣṭṛ et Parjanya sont rappelés pour parfaire le nombre de douze. Ainsi, ces douze Āditya ont été proclamés distinctement, chacun selon sa propre forme.

Verse 62

उत्तिष्ठंति सदा ह्येते मासैर्द्वादशभिः क्रमात् । विष्णुस्तपति वै चैत्रे वैशाखे चार्यमा सदा

En vérité, ces Āditya se lèvent sans cesse et président, l’un après l’autre, au cours des douze mois. Viṣṇu flamboie en Caitra, et Aryaman flamboie toujours en Vaiśākha.

Verse 63

विवस्वाञ्ज्येष्ठमासे तु आषाढे चांशुमांस्तथा । पर्ज्जन्यः श्रावणे मासि वरुणः प्रौष्ठसंज्ञिके

Vivasvān préside au mois de Jyeṣṭha ; de même Aṃśumān au mois d’Āṣāḍha. Parjanya, dispensateur des pluies, au mois de Śrāvaṇa ; et Varuṇa au mois nommé Prauṣṭha.

Verse 64

इन्द्रश्चाश्वयुजे मासि धाता तपति कार्तिके । मार्गशीर्षे तथा मित्रः पौषे पूषा दिवाकरः

Indra préside au mois d’Āśvayuja ; Dhātṛ flamboie au mois de Kārtika. De même Mitra au mois de Mārgaśīrṣa, et Pūṣan au mois de Pauṣa, ô Divākara (Soleil).

Verse 65

माघे भगस्तु विज्ञेयस्त्वष्टा तपति फाल्गुने । शतैर्द्वादशभिर्विष्णू रश्मीनां दीप्यते सदा

Bhaga doit être reconnu comme présidant au mois de Māgha ; Tvaṣṭṛ flamboie au mois de Phālguna. Et Viṣṇu resplendit sans cesse de douze centaines de rayons.

Verse 66

दीप्यते गोसहस्रेण शतैश्च त्रिभिरर्यमा । द्विसप्तकैर्विवस्वांस्तु अंशुमान्पञ्चकैस्त्रिभिः

Aryaman resplendit de mille rayons et de trois cents encore. Vivasvān, quant à lui, brille de deux fois sept (cents) ; et Aṃśumān de trois groupes de cinq (cents).

Verse 67

विवस्वानिव पर्जन्यो वरुणश्चार्यमा इव । इन्द्रस्तु द्विगुणैः षड्भिर्भात्येकादशभिः शतैः

Parjanya resplendit comme Vivasvān ; et Varuṇa resplendit comme Aryaman. Indra, lui, brille de onze centaines, accrues de deux fois six.

Verse 68

मित्रवच्च भगस्त्वष्टा सहस्रेण शतेन च । उत्तरोपक्रमेऽर्कस्य वर्धन्ते रश्मयः सदा । दक्षिणोपक्रमे भूयो ह्रसन्ते सूर्यरश्मयः

Mitra, Bhaga, Tvaṣṭṛ et les autres—au nombre de mille cent—sont les puissances solaires. Durant la course septentrionale du Soleil (uttarāyaṇa), ses rayons croissent sans cesse ; durant sa course méridionale (dakṣiṇāyana), les rayons du Soleil diminuent de nouveau.

Verse 69

एवं द्वादश मूर्तिस्थः प्रभासक्षेत्रमध्यतः । सांबादित्येति विख्यातः स्थास्ये मन्वन्तरान्तरे

Ainsi, demeurant ici en douze formes, au cœur même de Prabhāsa Kṣetra, je resterai à travers les Manvantaras, renommé sous le nom de « Sāṃbāditya ».

Verse 70

माघस्य शुक्लपक्षे तु पञ्चम्यां यादवोत्तम । एकभक्तं सदा ख्यातं षष्ठ्यां नक्तमुदाहृतम्

Dans la quinzaine claire de Māgha, ô le meilleur des Yādava, au cinquième jour qu’on observe le vœu nommé ekabhakta (un seul repas) ; au sixième jour est prescrit le naktavrata (ne prendre nourriture que la nuit).

Verse 71

सप्तम्यामुपवासं तु कृत्वा सांबार्कसंनिधौ । रक्तचन्दनमिश्रैस्तु करवीरैर्महाव्रतः

Le septième jour, après avoir observé le jeûne en présence de Sāṃbārka (Sūrya vénéré par Sāmba), l’ascète du grand vœu doit adorer avec des fleurs de laurier-rose mêlées à de la pâte de santal rouge.

Verse 72

दत्त्वा कुन्दरकं धूपं पूजयेद्भास्करं बुधः । ब्राह्मणान्दिव्यभोज्येन भोजयित्वाऽपि शक्तितः

Après avoir offert l’encens kundaraka, le sage doit adorer Bhāskara (le Soleil). Et, selon ses moyens, il doit aussi nourrir les brāhmaṇas d’une nourriture excellente.

Verse 73

एवं यः कुरुते सम्यक्सांबादित्यस्य पूजनम् । सम्यक्छ्रद्धासमायुक्तः संप्राप्स्यत्यखिलं फलम्

Celui qui, de cette manière, accomplit correctement le culte de Sāṃbāditya, animé d’une foi sincère, obtient pleinement le fruit (du rite).

Verse 74

ईश्वर उवाच । एवमुक्त्वा सहस्रांशुस्तत्रैवांतरधीयत । सांबोऽपि निर्जरो भूत्वा द्वारकां पुनरागमत्

Īśvara dit : Ayant ainsi parlé, Sahasrāṃśu (le Soleil aux mille rayons) disparut sur-le-champ. Et Sāmba aussi, délivré de l’affliction et de la décrépitude, retourna de nouveau à Dvārakā.

Verse 75

इत्येतत्कथितं देवि सांबादित्यमहोदयम् । श्रुतं हरति पापानि तथाऽरोग्यं प्रयच्छति

Ainsi, ô Déesse, a été racontée la grande exaltation de Sāṃbāditya. Le seul fait de l’entendre efface les péchés et accorde la santé, libre de maladie.

Verse 101

इति श्रीस्कान्दे महा पुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये सांबादित्यमाहात्म्यवर्णनंनामैकोत्तरशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le cent-unième chapitre, intitulé « Description de la Gloire de Sāṃbāditya », dans le Prabhāsa Khaṇḍa—au sein du Prabhāsa Kṣetra Māhātmya—du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, dans la compilation de quatre-vingt-un mille (vers).