Adhyaya 261
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 261

Adhyaya 261

Dans le Nāgara Khaṇḍa, ce chapitre se présente comme un entretien théologique entre Brahmā et Nārada, inscrit dans un cadre lié aux tīrtha. Nārada demande comment Pārvatī, l’auguste et toujours propice Épouse divine, a obtenu une haute réalisation yogique durant les quatre mois du cāturmāsya grâce au mantrarāja de douze syllabes. Brahmā décrit le vrata rigoureux observé par Pārvatī pendant le sommeil cosmique de Hari : bhakti par la pensée, l’acte et la parole ; culte rendu aux devas, aux dvija, au feu sacré, à l’aśvattha et aux hôtes ; et japa du mantra selon l’enseignement de Śiva (Pinākin). Viṣṇu apparaît alors en théophanie éclatante—quatre bras, conque et disque, monté sur Garuḍa, irradiant la splendeur cosmique—et accorde son darśana. Pārvatī sollicite la connaissance sans tache qui empêche tout retour ; Viṣṇu renvoie l’exposé ultime à Śiva, affirmant le Suprême comme témoin intérieur et extérieur et comme fondement du dharma. Śiva survient, Viṣṇu se résorbe, et Śiva conduit Pārvatī sur un véhicule céleste à travers des paysages mythiques jusqu’à une rivière divine et un bosquet semblable à Śaravana, où les Kṛttikā révèlent un enfant resplendissant à six visages—Kārttikeya—que Pārvatī serre dans ses bras. Le récit se prolonge par un vol cosmographique au-dessus des dvīpa et des océans, jusqu’à la région lumineuse dite « Śveta » et un sommet éclatant. Là, Śiva transmet un enseignement secret, au-delà de la śruti : un mantra uni au pranava et une méthode de dhyāna (posture, adoration intérieure, yeux clos, mudrā, visualisation du puruṣa cosmique), dont l’effet proclamé est la purification et l’atténuation des impuretés, même par une brève contemplation durant le cāturmāsya.

Shlokas

Verse 1

नारद उवाच । कथं नित्या भगवती हरपत्नी यशस्विनी । योगसिद्धिं सुमहतीं प्राप मासचतुष्टये

Nārada dit : Comment la Déesse toujours de bon augure—la glorieuse épouse de Hara—atteignit-elle une très grande perfection yogique durant l’observance des quatre mois ?

Verse 2

मन्त्रराजमिमं जप्त्वा द्वादशाक्षरसंभवम् । एतन्मे विस्तरेण त्वं कथयस्व यथातथम्

Après avoir récité ce « roi des mantras », né de douze syllabes, je t’en prie, explique-le-moi en détail—tel qu’il est, fidèlement.

Verse 3

ब्रह्मोवाच । चातुर्मास्ये हरौ सुप्ते पार्वती नियतव्रता । मनसा कर्मणा वाचा हरिभक्तिपरायणा

Brahmā dit : Durant le Cāturmāsya, lorsque l’on dit que Hari repose dans le sommeil, Pārvatī—ferme dans ses vœux—se consacra entièrement à la bhakti envers Hari, par la pensée, l’acte et la parole.

Verse 4

चारुशृंगे पितुर्नित्यं तिष्ठंती तपसि स्थिता । देवद्विजाग्निगोऽश्वत्थातिथिपूजापरायणा

Demeurant sans cesse sur le Cāruśṛṅga de son père, établie dans l’austérité, elle se vouait à honorer les dieux, les brahmanes, le feu sacré, les vaches, l’arbre aśvattha et les hôtes.

Verse 5

चातुर्मास्येऽथ संप्राप्ते विमले हरिवासरे । जजाप परमं मंत्रं यथादिष्टं पिनाकिना

Puis, lorsque vint le Cāturmāsya, en un jour de Hari, pur et faste, elle récita le mantra suprême, exactement selon l’instruction du Porteur du Pināka (Śiva).

Verse 6

शंखचक्रधरो विष्णुश्चतुर्हस्तः किरीटधृक् । मेघश्यामोंऽबुजाक्षश्च सूर्यकोटिसमप्रभः

Viṣṇu apparut, portant la conque et le disque, à quatre bras et couronné : sombre comme un nuage de pluie, aux yeux de lotus, rayonnant comme dix millions de soleils.

Verse 7

गरुडाधिष्ठितो हृष्टो वसन्व्याप्य जगत्त्रयम् । श्रीवत्सकौस्तुभयुतः पीतकौशेयवस्त्रकः

Assis sur Garuḍa, joyeux et pénétrant les trois mondes, il portait le Śrīvatsa et le joyau Kaustubha, et revêtait des vêtements de soie jaune.

Verse 8

सर्वाभरणशोभाभिरभिदीप्तमहावपुः । बभाषे पार्वतीं विष्णुः प्रसन्नवदनः शुभाम् । देवि तुष्टो ऽस्मि भद्रं ते कथयस्व तवेप्सितम्

Son grand corps flamboyant de l’éclat de tous les ornements, Viṣṇu, au visage paisible, s’adressa à l’auspicieuse Pārvatī : «Déesse, je suis satisfait ; bénédiction sur toi. Dis-moi ce que tu désires.»

Verse 9

पार्वत्युवाच । तज्ज्ञानममलं देहि येन नावर्त्तनं भवेत् । इत्युक्तः स महाविष्णुः प्रत्युवाच हरप्रियाम्

Pārvatī dit : «Accorde-moi cette connaissance sans tache, par laquelle il n’y aura plus de retour (à la renaissance).» Ainsi sollicité, Mahāviṣṇu répondit à la bien-aimée de Hara.

Verse 10

स एव देवदेवेशस्तव वक्ष्यत्यसंशयम् । स एव भगवान्साक्षी देहांतरबहिःस्थितः

Ce même Seigneur, Seigneur des dieux, te l’enseignera sans aucun doute. Ce même Bienheureux est le Témoin, demeurant au-dedans du corps et aussi au-delà de lui.

Verse 11

विश्वस्रष्टा च गोप्ता च पवित्राणां च पावनः । अनादिनिधनो धर्मो धर्मादीनां प्रभुर्हि सः

Il est le créateur de l’univers et son protecteur, le purificateur même des purs. Il est le Dharma lui-même, sans commencement ni fin, et véritablement le Seigneur du Dharma et de tout ce qui en procède.

Verse 12

अक्षरत्रयसेव्यं यत्सकलं ब्रह्म एव सः । मूर्त्तामूर्त्तस्वरूपेण योऽजो जन्मधरो हि सः

Il est ce Brahman total, adoré par les trois syllabes (Oṃ). Sous la forme et au-delà de la forme, il demeure ; bien qu’inengendré, il assume la naissance pour le bien du monde.

Verse 13

ममाधिकारो नैवास्ति वक्तुं तव न संशयः । इत्युक्त्वा भगवानीशो विरराम प्रहृष्टवान्

«Je n’ai pas autorité pour te l’exposer ; de cela il n’y a point de doute», dit-il. Ayant ainsi parlé, le Seigneur Bienheureux se tut, demeurant dans la joie.

Verse 14

एतस्मिन्नंतरे शंभुर्गिरिजाश्रममभ्यगात् । सर्वभूत गणैर्युक्तो विमाने सार्वकामिके

À cet instant, Śambhu (Śiva) parvint à l’ermitage de Girijā, escorté de multitudes d’êtres, sur le vimāna céleste qui exauce tous les vœux.

Verse 15

तया वै भगवान्देवः पूजितः परमेश्वरः । सखीनामपि प्रत्यक्षमाश्चर्यं समजायत

Par elle, le Dieu Bienheureux, le Seigneur Suprême, fut honoré par le culte; et même pour ses compagnes, un prodige se manifesta à vue directe.

Verse 16

स्तुत्वाऽथ तं महादेवं विष्णुर्देहे लयं ययौ । अथोवाच महेशानः पार्वतीं परमेश्वरः

Après avoir loué ce Grand Dieu, Mahādeva, Viṣṇu se résorba de nouveau dans son propre corps. Alors Maheśāna, le Seigneur Suprême, s’adressa à Pārvatī.

Verse 17

विमानवरमारुह्य तुष्टोऽहं तव सुव्रते । गत्वैकांतप्रदेशं ते कथये परमं महः

«Ô toi aux vœux nobles, monte sur ce vimāna d’excellence. Je suis satisfait de toi; allant avec toi en un lieu retiré, je te dirai la suprême gloire sacrée.»

Verse 19

एवमुक्त्वा भगवतीं करे गृह्य मुदान्वितः । विमानवरमारोप्य लीलया प्रययौ तदा

Ayant ainsi parlé, le Seigneur, rempli de joie, prit la Déesse par la main, la fit asseoir sur l’excellent vimāna, puis s’en alla alors, dans un jeu divin et gracieux.

Verse 21

दर्शन्यकर्णिकारांश्च कोविदारान्महाद्रुमान् । तालांस्तमालान्हिंतालान्प्रियंगून्पनसानपि

Il lui montra les agréables arbres karṇikāra, les grands arbres kovidāra, ainsi que des palmiers, des arbres tamāla, des palmes hiṃtāla, des arbustes priyaṅgu et des jacquiers.

Verse 22

तिलकान्बकुलांश्चैव बहूनपि च पुष्पितान् । क्षेत्राणि कलनाभानि पिञ्जराणि विदर्शयन्

Il lui montra aussi les arbres tilaka et les arbres bakula—nombreux et en fleurs—ainsi que des champs paraissant d’un bleu sombre et d’un fauve doré.

Verse 23

ययौ देवनदीतीरे गतं शरवणं महत् । फुल्लकाशं स्वर्णमयं शरस्तंबगणान्वितम्

Il se rendit sur la rive de la Devanadī, au grand bosquet de Śaravaṇa : éclatant de l’herbe kāśa en fleur, doré de splendeur, et rempli de touffes de tiges de roseaux.

Verse 24

हेम भूमिविभागस्थं वह्निकांतिमृगद्विजम् । तत्र तीरगतानां च मुनीनामूर्ध्वरेतसाम्

Là, le bosquet reposait sur des étendues de terre dorée ; cerfs et oiseaux y luisaient comme le feu. Et sur la rive se tenaient des munis, ascètes à l’énergie vitale maîtrisée.

Verse 25

आश्रमान्स विमानाग्रे तिष्ठन्पत्न्यै प्रदर्शयत् । षट्कृत्तिकाश्च ददृशे पार्वती वनसन्निधौ

Debout à l’avant du vimāna, il montra à son épouse les āśramas. Près de la forêt, Pārvatī aperçut alors les Six Kṛttikā.

Verse 26

स्नाताः स्वलंकृताश्चन्द्रपत्न्यस्ता विरजांबराः । ऊचुस्ता योजितकरा केऽयं पुत्राय गम्यते

Après s’être baignées, parées avec grâce et vêtues d’habits sans tache, les épouses de la Lune dirent, les mains jointes en vénération : «Qui est donc celui qu’on conduit vers notre fils ?»

Verse 27

तत्कथ्यतां महाभागे स च ते दर्शनं गतः

«Ô toi la très fortunée, que cela soit expliqué ; et lui, en vérité, est déjà parvenu à ta vue.»

Verse 28

पार्वत्युवाच । मम भाग्यवशात्पुत्रः कथमुत्संगमाहरेत् । न ह्यभाग्यवशात्पुंसां क्वापि सौख्यं निरन्तरम्

Pārvatī dit : «Par la force de ma bonne fortune, comment mon fils pourrait-il venir sur mes genoux ? Car pour ceux que la fortune délaisse, nulle part ne se trouve un bonheur durable.»

Verse 29

सुतनाम्नाप्यहं दृष्ट्वा भवतीनां च दर्शनात् । किमर्थमिह संप्राप्ताः कथ्यतामविलंबितम्

«Même en voyant celui qu’on nomme “mon fils”, et en vous voyant toutes, pourquoi êtes-vous venues ici ? Dites-le-moi sans tarder.»

Verse 30

कृत्तिका ऊचुः । वयं तव सुतं न्यस्तं प्रदातुमिह सुन्दरि । चातुर्मास्ये रवौ स्नातुमागता देवनिम्नगाम्

Les Kṛttikās dirent : «Ô belle, nous sommes venues ici pour te rendre le fils qui nous avait été confié. En la saison de Cāturmāsya, un dimanche, nous sommes venues nous baigner dans le fleuve divin.»

Verse 31

पार्वत्युवाच । न हास्यावसरः सख्यः सत्यमेव हि कथ्यताम् । एकांतावसरे हास्यं जायते चेतरेतरम्

Pārvatī dit : «Amis, ce n’est pas l’heure de plaisanter ; dites seulement la vérité. Dans un moment retiré, le rire peut naître entre compagnons.»

Verse 32

कृत्तिका ऊचुः । सत्यं वदामहे देवि तव त्रैलोक्यशोभिते । अस्य स्तंबसमूहस्य मध्यस्थं बालकं वृणु

Les Kṛttikā dirent : «Déesse, nous disons vrai, ô toi qui embellis les trois mondes. Choisis l’enfant qui se tient au milieu de cette touffe de roseaux.»

Verse 33

कृत्तिकानां वचः श्रुत्वा शंकिता पार्वती तदा । ददर्श बालं दीप्ताभं षण्मुखं दीप्तवर्चसम्

Entendant les paroles des Kṛttikā, Pārvatī fut alors saisie d’appréhension ; et elle vit un enfant rayonnant, à six visages, flamboyant de splendeur.

Verse 34

तडित्कोटिप्रतीकाशं रूपदिव्यश्रिया युतम् । वह्निपुत्रं च गांगेयं कार्तिकेयं महाबलम्

Il brillait comme dix millions d’éclairs, paré de beauté et d’éclat divins — fils d’Agni, enfant de la Gaṅgā, Kārttikeya à la grande puissance.

Verse 35

सा वत्सेति गृहीत्वा तं कुमारं पाणिना मुदा । विमानमध्यमादाय कृत्वोत्संगे ह्युवाच ह

L’appelant «Mon enfant !», elle, toute joyeuse, prit le prince dans sa main, le souleva du milieu des roseaux, le posa sur ses genoux et parla.

Verse 36

चिरंजीव चिरं नन्द चिरं नंदय बाधवान् । इत्युक्त्वा गाढमालिंग्य मूर्ध्नि चाघ्राय तं सुतम्

Disant : «Vis longtemps ! Réjouis-toi longtemps ! Longtemps, apporte la joie aux tiens !», elle serra son fils dans une étreinte et baisa (respira) le sommet de sa tête.

Verse 37

संहृष्टा परमोदारं भास्वरं हृष्टमानसम् । कार्तिकेयो महाप्रेम्णा प्रणिपत्य महेश्वरम्

Transporté de joie, le rayonnant et souverainement noble Kārttikeya—le cœur en allégresse—se prosterna avec un grand amour devant Maheśvara (Śiva).

Verse 38

ततः प्रांजलिरव्यग्रः प्रहृष्टेनांतरात्मना । तद्विमानं ययौ शीघ्रं तीर्त्वा नदनदीपतीन्

Puis, les mains jointes en anjali, sans la moindre distraction et l’âme intérieure toute réjouie, il s’élança promptement dans ce vimāna céleste, franchissant au-delà les seigneurs des fleuves et des rivières.

Verse 39

जंबुद्वीपमतिक्रम्य लक्षयोजनमायतम् । ततः समुद्रं द्विगुणं लवणोदं तथैव च

Ayant dépassé Jambūdvīpa, qui s’étend sur cent mille yojanas, il atteignit ensuite l’océan deux fois plus vaste — la mer aux eaux salées.

Verse 41

दिव्यलोकसमाक्रांतं दिव्यपर्वतसंकुलम् । इक्षूदाद्विगुणं द्वीपं तद्द्वीपाद्द्विगुणः पुनः

Il est envahi de mondes célestes et foisonne de montagnes divines. Depuis l’océan de canne à sucre s’étend un continent deux fois plus vaste, et depuis ce continent, de nouveau, un autre deux fois plus grand.

Verse 42

तमतिक्रम्य तत्सिन्धोर्दविगुणं क्रौंचसंज्ञितम् । ततोऽपि द्विगुणः सिन्धुः सुरोदो यक्षसेवितः

Après avoir franchi cet océan, se trouve une autre contrée nommée Krauñca, mesurant le double de cette mer ; et au-delà s’étend un océan deux fois plus vaste encore : l’océan de Surā, fréquenté par les Yakṣas.

Verse 43

ततोऽपि द्विगुणं द्वीपं शाकद्वीपेतिसंज्ञितम् । अर्णवद्विगुणं तस्मादाज्यरूपं सुनिर्मितं

Au-delà s’étend un continent deux fois plus vaste, nommé Śākadvīpa ; et au-delà de celui-ci se trouve un océan de mesure double, harmonieusement façonné, ayant la nature du beurre clarifié (ghee).

Verse 44

परमस्वादसंपूर्णं यत्र सिद्धाः समंततः । तस्माच्च द्विगुणं द्वीपं शाल्मलीवृक्षसंज्ञितम्

Ce domaine est comblé de la plus haute douceur, et les Siddhas y demeurent de toutes parts. Au-delà se trouve un continent deux fois plus vaste, renommé du nom de l’arbre Śālmalī.

Verse 45

समुद्रो द्विगुणस्तत्र दधिमंडोदसंभवः । साध्या वसंति नियतं महत्तपसि संस्थिताः

Là, l’océan est double en étendue, né comme mer de caillé et de son essence. Les Sādhyas y demeurent sans cesse, établis dans une grande austérité.

Verse 47

ततोऽपि द्विगुणं द्वीपं प्लक्षनामेति विश्रुतम् । क्षीरोदो द्विगुणस्तत्र यत्रयत्रमहर्षयः । षडिमानि सुदिव्यानि भौमः स्वर्ग उदाहृतः । तत्र स्वर्णमयी भूमिस्तथा रजतसंयुता

Au-delà se trouve un autre continent, deux fois plus vaste, renommé Plakṣa. Là, l’océan de lait (Kṣīra) est double en étendue, et en maints lieux demeurent de grands sages. Ces six domaines sont dits éminemment divins, proclamés comme un ciel sur la terre, où le sol est d’or et paré aussi d’argent.

Verse 48

दृष्टवा मधूपलस्वादैः सर्वकामप्रदायका । यत्र स्त्रीपुरुषाणां च कल्पवृक्षा गृहे स्थिताः

Là se trouvent des merveilles douces comme le miel et le sucre, dispensant toute joie désirée; et là, pour les femmes comme pour les hommes, les arbres Kalpavṛkṣa, exauceurs de vœux, se dressent au cœur même de leurs demeures.

Verse 49

वासांसि भूषणानां च समूहान्हर्षयंति च । एतानि दक्षचिह्नानि द्वीपानि मुनिसत्तम

Là encore, les vêtements et les assemblées d’ornements réjouissent le cœur. Ceux-ci, ô le plus excellent des munis, sont les continents marqués des emblèmes de Dakṣa, distingués par des signes harmonieux.

Verse 51

तन्मध्ये सुमह्द्वीपं श्वेतं नाम सुनिश्चितम् । रम्यकः पर्वतस्तत्र शतशृंगोमितद्रुमः

En son milieu repose une île immense, assurément nommée Śveta, l’Île Blanche. Là se dresse la montagne charmante Ramyaka, aux cent sommets et aux arbres innombrables.

Verse 52

तस्य शृंगे महद्दिव्ये विमानं स्थापितं तदा । तदाऽमृतफलैर्वृक्षैः सेविते हेमवालुके

Sur ce grand sommet divin, fut alors établi un vimāna, palais céleste. Ce lieu aux sables d’or était embelli par des arbres portant des fruits semblables à l’amṛta, le nectar d’immortalité.

Verse 53

क्षीरच्छेदेन विहृते शिलातलसुसंवृते । विविक्ते सर्वसुभगे मणिरत्नसमन्विते

Ce lieu était paré de ruisseaux d’éclat semblables au lait, et recouvert d’un sol de pierre lisse; retiré, pleinement auspiceux, et enrichi de gemmes et de joyaux précieux.

Verse 54

उमायै कथयामास देवदेवः पिनाकधृक् । कार्तिकेयोऽपि शुश्राव गुह्याद्गुह्यतरं महत्

Le Dieu des dieux, porteur du Pināka, le révéla à Umā ; et Kārtikeya aussi écouta — un grand enseignement, plus secret que le secret même.

Verse 55

प्रणवेन युतं साग्रं सरहस्यं श्रुतेः परम्

Uni au Praṇava (Oṃ), accompli en toutes ses parties, c’est le secret suprême — au-delà même de ce qui est entendu dans le Veda.

Verse 57

ईश्वर उवाच । अक्षरत्रयसंयुक्तो मन्त्रोऽयं सकृदक्षरः । माघमासहितश्चायममाक्षोहेनश्चायममायो विश्वपावनः । विष्णुगम्यो विष्णु मध्यो मन्त्रत्रयसमन्वितः । तुरीयकलयाऽशेषब्रह्मांडगणसेवितः

Īśvara dit : Ce mantra est uni à trois syllabes, et pourtant il est un seul son impérissable, proféré une fois. Il est lié au mois de Māgha ; il est vaste au-delà de toute mesure, sans māyā, et purificateur du monde entier. Il mène à Viṣṇu, a Viṣṇu pour centre, et est pourvu d’une triade de mantras. Par la puissance du Quatrième (turīya), il est honoré par toutes les cohortes à travers les innombrables sphères cosmiques.

Verse 59

ओंकारेति प्रियोक्तिस्ते महादुःखविनाशनः । तं पूर्वं प्रणवं ध्यात्वा ज्ञानरूपं सुखाश्रयम्

L’aimée parole « Oṃkāra » est celle qui détruit la grande souffrance. D’abord, médite sur ce Praṇava — dont la nature est connaissance, refuge même de la béatitude.

Verse 60

पद्मासनपरो भूत्वा संपूज्य ज्ञानलोचनः

Assis fermement en Padmāsana, et après avoir accompli le culte comme il se doit, le chercheur — dont les yeux sont guidés par la connaissance — (doit poursuivre la pratique).

Verse 61

नेत्रे मुकुलिते कृत्वा शुरो करौ कृत्वा तु संहतौ । चेतसि ध्यानरूपेण चिंतयेच्छिवमंगलम्

Les yeux clos et les mains jointes avec recueillement, le pratiquant constant doit contempler en son cœur—par la forme de la méditation—Śiva, l’Auspiciosité même.

Verse 62

तडित्कोटिप्रतीकाशं सूर्यकोटिसमच्छविम् । चन्द्रलक्षसमच्छन्नं पुरुषं द्योतिताखिलम् १

Qu’il contemple ce Suprême Personne : éclatant comme dix millions d’éclairs, brillant comme dix millions de soleils, et doucement frais comme baigné par cent mille lunes, illuminant l’univers entier.

Verse 63

मूर्त्तामूर्त्तवैराजं तं सदसद्रूप मव्यम् । चिंतयित्वा विराड्रूपं न भूयःस्तनपो भवेत् । चातुर्मास्ये सकृदपि ध्यानात्कल्मषसंक्षयः

Médite sur le Seigneur impérissable—Virāj—à la fois doté de forme et au-delà de toute forme, dont la nature embrasse l’être et le non-être. Après avoir contemplé sa forme cosmique (Virāṭ), on ne renaît plus dans l’existence incarnée. Même une seule méditation durant la saison sacrée de quatre mois (Cāturmāsya) consume les souillures du péché.

Verse 64

विलोकयेद्योऽघविनाशनाय क्षणं प्रभुर्जन्मशतोद्भवाय

Quiconque contemple le Seigneur ne fût-ce qu’un instant, dans l’intention de détruire le péché, obtient un mérite qui autrement ne naîtrait qu’après des centaines de vies.

Verse 261

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये शेषशाय्युपाख्याने ब्रह्मनारदसंवादे चातुर्मास्यमाहात्म्ये ध्यानयोगोनामैकषष्ट्युत्तरद्विशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa—au sein de l’Ekāśīti-sāhasrī Saṃhitā—du sixième livre, le Nāgara-khaṇḍa : dans le Māhātmya du Hāṭakeśvara-kṣetra, dans l’épisode de Śeṣaśāyī, dans le dialogue de Brahmā et Nārada, dans le Māhātmya de Cāturmāsya, le chapitre intitulé « Dhyāna-yoga », le deux-cent-soixante-et-unième.

Verse 988

निष्कामैर्मुनिभिः सेव्यो महाविद्यादिसेवितः । नाभितः शिरसि व्याप्त अखण्डसुखदायकः

Il est adoré par les munis sans désir et servi par les grandes Vidyās et autres puissances divines. Pénétrant de l’ombilic jusqu’au sommet de la tête, Il accorde une béatitude ininterrompue.