
Le chapitre se déploie en trois mouvements étroitement liés. (1) Pour dissiper les doutes sur l’au-delà et le scepticisme, Kamatha systématise les “lakṣaṇa” du karma-phala sous forme de catalogue d’instruction : des états corporels observables—maladie, infirmité, marginalisation sociale—sont mis en relation avec des fautes précises telles que la violence, le vol, la tromperie, l’inconduite sexuelle, l’irrespect envers les maîtres, et les torts causés aux vaches ou aux personnes sacrées. (2) Vient ensuite une clôture didactique centrée sur le dharma : le bonheur dans les deux mondes naît du dharma, tandis que l’adharma engendre la souffrance ; même une vie brève, marquée par l’action “blanche” (pure), vaut mieux qu’une longue existence opposée aux deux mondes. (3) Le récit se tourne alors vers l’institution du sacré : Nārada et les brāhmaṇa louent l’enseignement de Kamatha ; Sūrya, la divinité solaire, apparaît, approuve et accorde une grâce. Les brāhmaṇa demandent sa présence permanente ; Sūrya accepte, devient connu sous le nom de Jayāditya et promet de soulager pauvreté et maladies chez les adorateurs. Kamatha récite un hymne formel (de type Jayādityāṣṭaka), puis Sūrya précise les temps rituels (notamment les dimanches et le mois d’Āśvina), les offrandes, le bain à Koṭitīrtha, et les fruits—purification et accès à Sūryaloka ; le chapitre s’achève par une équivalence de mérite avec de célèbres tīrtha.
Verse 1
अतिथिरुवाच । यदेतत्परलोकस्य स्वरूपं व्याहृतं त्वया । आगमं समुपाश्रित्य तत्तथैव न संशयः
Atithi dit : «Ce que tu as exposé sur la véritable nature de l’autre monde, en t’appuyant sur les Āgamas, est bien exactement ainsi ; il n’y a aucun doute.»
Verse 2
किंत्वत्र नास्तिकाः पापाः सन्दिह्यन्तेऽल्पचेतनाः । तेषां निःसंशयकृते वद कर्मफलं हि यत्
Pourtant, ici même, des incrédules pécheurs, d’intelligence bornée, demeurent dans le doute. Afin de lever leur incertitude, dis clairement quel est, en vérité, le fruit des actes (karma).
Verse 3
इहैव कस्य कस्यैव कर्मणः पापकस्य च । प्रभावात्कीदृशो जायेत्कमठैतद्वदास्ति चेत्
Et ici même, sous l’influence de quelles actions pécheresses en particulier, avec quel état du corps naît-on ? Ô Kamaṭha, dis-le, si cela peut être su.
Verse 4
कमठ उवाच । सर्वमेतत्प्रवक्ष्यामि स्थिरो भूत्वा शृणुष्व तत् । यथा मम गुरुः प्राह यन्मे चेतसि संस्थितम्
Kamaṭha dit : «Je vais tout expliquer ; demeure ferme et écoute. Je parlerai comme mon maître me l’a enseigné, selon ce qui est solidement établi dans mon esprit.»
Verse 5
ब्रह्महा क्षयरोगी स्यात्सुरापः श्यावदंतकः । सुवर्णचौरः कुनखी दुश्चर्मा गुरुतल्पगः
Le meurtrier d’un brāhmaṇa devient atteint de consomption ; le buveur d’alcool a les dents noircies ; le voleur d’or naît avec des ongles difformes ; et celui qui souille la couche du maître est frappé de maladie de peau.
Verse 6
संसर्गी सर्वरोगी स्यात्पंचपातकिनस्त्वमी । निंदामाकर्ण्य साधूनां बधिरः संप्रजायते
Celui qui fréquente de tels pécheurs est atteint de toutes les maladies ; tels sont les cinq grands péchés. Et celui qui prête l’oreille à la calomnie contre les saints naît sourd.
Verse 7
स्वयं प्रकीर्तयेच्चापि मूकः पापोऽभिजायते । आज्ञालोपी गुरूणां च अपस्मारी भवेन्नरः
Celui qui se glorifie lui-même renaît pécheur et muet. Et l’homme qui transgresse les ordres de ses maîtres (gourous) est frappé d’épilepsie.
Verse 8
अवज्ञाकारकस्तेषां कृमिरेवाभिजायते । उपेक्षतः पूज्यकार्यं दुष्प्रज्ञत्वं च जायते
Celui qui les méprise renaît sous forme de ver. Et en négligeant ce qui doit être accompli pour les vénérables, naît la sottise de l’esprit.
Verse 9
चौर्याय साधुद्रव्याणां दद्याद्यावत्पदानि च । तावद्वर्षाणि पंगुत्वं स प्राप्नोति नराधमः
Pour avoir volé les biens des saints—à mesure du nombre de pas qu’il fait—durant autant d’années, cet homme vil subit la claudication.
Verse 10
दत्त्वा हरति तद्भूयो जायते कृकलासकः । कुपितानप्रसाद्यैव पूज्यान्स्याच्छीर्षरोगवान्
Celui qui, après avoir donné, reprend encore, renaît en lézard. Et celui qui, sans rechercher la réconciliation, laisse les vénérables mécontents, souffre de maladies de la tête.
Verse 11
रजस्वलामभिगच्छंश्च चंडालः संप्रजायते । वस्त्रापहारी चित्री स्यात्कृष्णकुष्ठी तथाग्निदः
Celui qui s’approche d’une femme durant ses menstrues renaît en Chandala (paria). Le voleur de vêtements est atteint d’une maladie de peau tachetée ; de même, l’incendiaire souffre de lèpre noire.
Verse 12
दर्दुरो रूप्यहारी स्यात्कूटसाक्षी मुखारुजः । परदारांश्च कामेन द्रष्टा स्यादक्षिरोगवान्
Celui qui dérobe l’argent renaît en grenouille. Le faux témoin souffre d’un mal de la bouche. Celui qui, par désir, regarde l’épouse d’autrui est frappé de maladies des yeux.
Verse 13
प्रतिज्ञायाप्रयच्छन्यो ह्यल्पायुर्जायते नरः । विप्रवृत्त्यपहारी स्यादजीर्णी सर्वदाऽधमः
L’homme qui promet puis ne donne pas ce qu’il a voué renaît avec une vie brève. Celui qui vole le moyen de subsistance d’un brāhmane souffre sans cesse d’indigestion et est tenu pour vil.
Verse 14
नैष्ठिकान्नाशनाद्भूयो निवृत्तो रोगवान्सदा । पत्नीबहुत्वे त्वेकस्यां रेतोमोक्षः क्षयी भवेत्
Celui qui, à maintes reprises, se détourne de nourrir l’ascète ferme dans son vœu demeure toujours malade. Et celui qui a plusieurs épouses, mais n’émet sa semence qu’avec une seule, tombe dans le dépérissement et le déclin.
Verse 15
स्वामिना धर्मयुक्तो यस्त्वन्यायेन समाचरेत् । स्वयं वा भक्षयेद्द्रव्यं स मूढः स्याज्जलोदरी
Même au service d’un maître établi dans le dharma, celui qui agit avec injustice—ou qui consomme lui-même les biens confiés—devient un homme égaré et souffre d’hydropisie (enflure de liquides).
Verse 16
दुर्बलं पीड्यमानं यो बलवान्समुपेक्षते । अंगहीनः स च भवेदन्नहृत्क्षुधितो भवेत्
L’homme fort qui néglige le faible opprimé devient estropié. Et celui qui vole la nourriture demeure toujours affamé.
Verse 17
व्यवहारे पक्षपाती जिह्वारोगी भवेन्नरः । धर्मप्रवृत्तिं सञ्चार्य पत्न्यादीष्टवियोगकृत्
L’homme qui se montre partial dans les jugements contracte une maladie de la langue. Et celui qui trouble la pratique du dharma devient la cause de la séparation d’avec les êtres aimés—l’épouse et les autres.
Verse 18
स्वयं पाकाग्रभोजी यो गलरोगमवाप्नुयात् । पंचयज्ञानकृत्वैव भुञ्जानो ग्रामशूकरः
Celui qui mange le premier de la nourriture en cuisson, avant de servir les autres, contracte une maladie de la gorge. Et celui qui mange sans accomplir les cinq sacrifices quotidiens (pañca-yajña) devient tel un porc de village.
Verse 19
पर्वमैथुन कृन्मेही परित्यज्य स्वगेहिनीम् । वेश्यादिरक्तो मूढात्मा खल्वाटो जायते नरः
L’homme qui s’adonne à l’union charnelle en des temps interdits contracte des maux urinaires ou sexuels. Délaissant sa propre épouse et s’attachant aux prostituées et autres, cet être égaré naît chauve.
Verse 20
परिक्षीणान्मित्रबन्धून्स्वामिनं दयितानुगान् । अवमन्य निवृत्तात्मा क्लिष्टवृत्तिः सदा भवेत्
Celui qui, le cœur détourné, méprise des amis et des parents affaiblis, ainsi que son maître et ses dépendants dévoués, vit toujours dans une condition de vie troublée et douloureuse.
Verse 21
छद्मनोपचरेद्यस्तु पितरौ स्वामिनं गुरून् । प्राप्तव्यार्थस्यातिकष्टात्परिभ्रंशोर्थजो भवेत्
Quiconque se conduit avec tromperie envers ses parents, son maître ou ses enseignants—même s’il s’épuise à rechercher la prospérité—subit la ruine de cette même richesse, née de sa propre faute.
Verse 22
विश्रब्धस्यापहारी तु दुःखानां भाजनं भवेत् । धार्मिके क्षुद्रकारी यो नरः स वामनो भवेत्
Celui qui dérobe à celui qui se confie à lui devient un réceptacle de douleurs. Et l’homme qui agit avec bassesse envers un juste renaît sous la forme d’un nain.
Verse 23
दुर्बलवृषवाही यः कटिलूती भवेत्स च
Celui qui fait tirer ou surcharge un taureau faible renaît en kaṭilūtī, être vil et rampant, semblable à un parasite.
Verse 24
जात्यंधश्चापि यो गोघ्नो निःपशुर्दुःखकृद्गवाम् । निर्दयो गोषु घाताद्यैः सदा सोध्वसु कष्टगः
Celui qui tue les vaches, prive autrui de bétail et fait souffrir les bovins—les blessant sans pitié de mille façons—naît aveugle dès la naissance et rencontre sans cesse l’épreuve sur les routes et les sentiers de la vie.
Verse 25
निस्तेजकः सभायां यो गलगण्डी स जायते । सदा क्रोधी च चंडालः पूतिवक्त्रश्च सूचकः
Celui qui, dans l’assemblée, rabaisse la dignité d’autrui naît avec un goitre. Celui qui demeure toujours en colère devient caṇḍāla; et le dénonciateur naît à la bouche fétide.
Verse 26
अजविक्रयकृद्व्याधः कुण्डाशी भृतको भवेत् । नास्तिकस्तिल पिंडी स्यादश्रद्धो गीतजीवनः
Le boucher qui vit de la vente des chèvres renaît en kuṇḍāśī, mangeur d’aliments impurs, et en serviteur à gages. L’athée devient tila-piṇḍī, être diminué et pitoyable. Et l’homme sans foi vit du chant, simple performance sans ferveur intérieure.
Verse 27
अभक्ष्यादो गण्डमाली स्त्रीखादी चाऽसुतस्य कृत् । अन्यायतो ज्ञानग्राही मूर्खो भवति मानवः
Celui qui mange l’interdit tombe dans la maladie, portant des enflures comme une guirlande de tumeurs. Celui qui viole les femmes devient cause de stérilité. Et l’homme qui s’empare du savoir par des voies injustes devient, à la fin, insensé.
Verse 28
शास्त्रचौरः केकराक्षः कथां पुण्यां च द्वेष्टि यः । कृमिवक्त्रः स च भवेद्विभ्रष्टो नरकात्कुधीः
Le voleur des śāstra devient louche. Celui qui hait le discours sacré et méritoire naît avec la bouche rongée de vers ; cet être à l’esprit mauvais, même arraché à l’enfer, se manifeste ainsi dans la souffrance.
Verse 29
देवद्विजगवां वृत्तिहारको वांतभक्षकृत् । तडागारामभेत्ता यो भवेद्विकलपाणिकः
Celui qui prive les dieux, les brāhmanes ou les vaches de leur subsistance, celui qui mange le vomi, et celui qui détruit étangs et jardins, naît avec des mains estropiées ou infirme.
Verse 30
व्यवहारे च्छलग्राही भृत्यग्रस्तो भवेन्नरः । सदा पुरुषरोगी स्यात्परदाररतो नरः
L’homme qui, dans les affaires, s’attache à la fraude est accablé par ses serviteurs et dépendants. Et celui qui se complaît dans l’épouse d’autrui est sans cesse frappé de maux violents.
Verse 31
वात रोगी कुवैद्यः स्याद्दुश्चर्मा गुरुतल्पगः । मधुमेही खरीगामी गोत्रस्त्रीमैथुनोऽप्रसूः
Celui que tourmente le vāta devient un faux médecin. Le profanateur du lit du maître naît avec une peau malade. Celui qui s’unit à une ânesse devient diabétique. Et celui qui s’unit à une femme de son propre lignage demeure sans enfant : tels sont, dit-on, les signes visibles du péché.
Verse 32
स्वसारं मातरं पुत्रवधूं गच्छन्नबीजवान् । कृतघ्नः सर्व कार्याणां वैफल्यं समुपाश्नुते
Celui qui s’unit à sa propre sœur, à sa mère ou à l’épouse de son fils devient sans semence (impuissant ou stérile). Et l’ingrat, de surcroît, rencontre l’échec dans toutes ses entreprises.
Verse 33
इत्येष लक्षणोद्देशः पापिनां परिकीर्तितः । चित्रगुप्तोऽपि मुह्येत सकलस्यानुवर्णने
Ainsi a été énoncée, brièvement, l’indication des signes des pécheurs. Même Citragupta lui-même serait déconcerté s’il voulait tous les décrire en entier.
Verse 34
एते नरक विभ्रष्टा भुक्त्वा योनीः सहस्रशः । एवंविधैश्चिह्निताश्च जायंते लक्षणैर्नराः
Ceux-là, déchus de l’enfer après avoir connu des milliers de naissances, renaissent parmi les hommes, marqués de tels signes et caractères.
Verse 35
ये हि धर्मं न मन्यंते तथा ये व्यसनैर्जिताः । अनुमानेन बोद्धव्यं यदेते शेषपापिनः
Ceux qui n’honorent pas le dharma, et ceux que dominent les dépendances et les vices—qu’on comprenne par déduction qu’ils sont des pécheurs portant encore un reliquat de faute.
Verse 36
येषां त्वंतगतं पापं स्वर्गाद्वा ये समागताः । सर्वव्यसननिर्मुक्ता धर्ममेकं भजन्ति ते
Mais ceux dont le péché est arrivé à son terme, ou ceux qui sont revenus du ciel—délivrés de tout vice—se vouent au dharma seul.
Verse 37
भवंति चात्र श्लोकाः । धर्मादनवमं सौख्यमधर्माद्दुःखसम्भवः । तस्माद्धर्मं सुखार्थाय कुर्यात्पापं विवर्जयेत्
Et voici des stances : Du dharma naît un bonheur qui ne faiblit pas ; de l’adharma naît la souffrance. Ainsi, pour le bonheur, qu’on pratique le dharma et qu’on s’abstienne du péché.
Verse 38
लोकद्वयेऽपि यत्सौख्यं तद्धर्मात्प्रोच्यते यतः । धर्ममेकमतः कुर्यात्सर्वकार्यार्थसिद्धये
Tout bonheur, dans les deux mondes, est dit provenir du dharma. C’est pourquoi qu’on pratique le dharma seul, afin d’accomplir toute fin et toute œuvre.
Verse 39
मुहूर्तमपि जीवेत नरः शुक्लेन कर्मणा । न कल्पमपि जीवेत लोकद्वयविरोधिना
Qu’un homme vive ne fût-ce qu’un instant par une action pure et lumineuse ; qu’il ne vive pas même un éon par une conduite hostile aux deux mondes.
Verse 40
इति पृष्टं त्वया विप्र यथाशक्त्या मयेरितम् । असूक्तं सूक्तमथवा क्षंतव्यं किं वदामि च
Ainsi, ô brāhmane, ce que tu as demandé, je l’ai exposé selon mes forces. Que cela ait été bien ou mal dit, pardonne-le — que puis-je ajouter ?
Verse 41
नारद उवाच । कमठस्यैतदाकर्ण्य अष्टवर्षस्य भाषितम् । भगवान्भास्करः प्रीतो बभूवातीव विस्मितः
Nārada dit : Entendant ces paroles prononcées par Kamaṭha, l’enfant de huit ans, le Bienheureux Bhāskara, dieu Soleil, fut comblé de joie et profondément émerveillé.
Verse 42
प्रशशंस च तान्विप्रान्हारीतप्रमुखांस्तदा । अहो वसुमती धन्या द्विजैरेवंविधोत्तमैः
Alors il loua ces brāhmaṇa, avec Hārīta à leur tête : «Ah ! Bienheureuse est la terre, embellie par de tels “deux-fois-nés” d’excellence !».
Verse 43
अथ प्रजापतिर्धन्यो यन्मर्यादाभिपाल्यते । अमीभिर्ब्राह्मणवरैर्धन्या वेदाश्च संप्रति
Vraiment, Prajāpati est bienheureux, puisque les limites sacrées du dharma sont préservées ; et par ces brāhmaṇa d’élite, même les Veda sont aujourd’hui bénis et maintenus.
Verse 44
येषां मध्ये बालबुद्धिरियमेतादृशी स्फुटा । हारीतप्रमुखानां हि का वै बुद्धिर्भविष्यति
Si, parmi eux, même l’intelligence d’un enfant est si claire et distincte, quelle sera donc la sagesse de ceux que conduit Hārīta—à quoi ressemblera vraiment leur discernement !
Verse 45
असंशयं त्रिलोकस्थमेषामविदितं न हि । यथैतान्नारदः प्राह भूयस्तस्मादमी बहु
Sans aucun doute, rien de ce qui existe dans les trois mondes ne leur est inconnu. Comme Nārada a parlé d’eux, ainsi ces sages sont, en vérité, abondamment pourvus de savoir et de vertu.
Verse 46
इति प्रशस्य तान्विप्रान्प्रहृष्टो रविरव्रवीत् । अहं सूर्यो विप्रमुख्या युष्माकं दर्शनात्कृते
Les ayant ainsi loués, Ravi (le Soleil), dans la joie, déclara : «Ô vous, les plus éminents des brāhmaṇa, je suis Sūrya ; je suis venu afin de vous contempler».
Verse 47
समागतः सूर्यलोकात्प्राप्तं नेत्रफलं च मे । भवद्विधैर्विप्रमुख्यैः संजल्पनसहासनात्
Je suis venu de Sūryaloka, et j’ai obtenu le fruit de mes yeux — la récompense de la vision — en conversant et en m’asseyant auprès de brāhmaṇas éminents tels que vous, ô très nobles.
Verse 48
अंत्यजा अपि पूयन्ते किं पुनर्मादृशा द्विजाः । सर्वथा नारदो धन्यो योऽसौ त्रैलोक्यतत्त्ववित्
Même ceux de naissance humble sont purifiés par le contact du sacré ; combien plus nous, les dvija ! En toute manière, Nārada est béni, car il connaît la vérité des trois mondes.
Verse 49
युष्माभिर्बध्यते श्रेयो यस्य वै धूतकिल्विषैः । प्रणमामि च वः सर्वान्मनोबुद्धिसमाधिभिः । तपो विद्या च वृत्तं च यतो वार्द्धक्यकारणम्
Par vous—dont les fautes ont été secouées—le bien-être est assuré et affermi. Je me prosterne devant vous tous avec l’esprit, l’intelligence et le samādhi de la dévotion. Car l’austérité, le savoir sacré et la conduite noble sont la cause de la vraie maturité vénérable.
Verse 50
वरं मत्तो वृणीध्वं च दुर्लभं यं हृदीच्छत । यूयं स्वयं हि वरदा मत्संगो मास्तु निष्फलः
Choisissez de moi une grâce, le don rare que votre cœur désire. Car vous-mêmes êtes dispensateurs de bénédictions ; que mon association avec vous ne soit pas sans fruit.
Verse 51
देवतानां हि संसर्गो निष्फलो नोपजायते । तस्मान्मत्तो वरं किंचिद्वृणुध्वं प्रददामि वः
La fréquentation des dieux ne se produit jamais sans fruit. Aussi, choisissez quelque grâce de moi : je vous l’accorderai.
Verse 52
श्रीनारद उवाच । इति सूर्यवचः श्रुत्वा प्रहृष्टास्ते द्विजोत्तमाः
Śrī Nārada dit : Ayant entendu ces paroles de Sūrya, les meilleurs des sages deux-fois-nés furent remplis de joie.
Verse 53
संपूज्य परया भक्त्या पाद्यार्घ्यस्तुतिवंदनैः । मंडलादीन्महाजप्यान्गृणंतः प्रोचिरे रविम्
L’ayant adoré avec une dévotion suprême—offrant l’eau pour les pieds (pādya) et l’arghya, avec hymnes et salutations révérencieuses—et récitant de grands mantras, à commencer par les Maṇḍala, ils s’adressèrent alors à Ravi, le Soleil.
Verse 54
जयादित्य जय स्वामिञ्जय भानो जयामल । जय वेदपते शश्वत्तारयास्मानहर्पते
Victoire à toi, Jayāditya ! Victoire, ô Seigneur ! Victoire, ô Bhānu ! Victoire, ô l’Immaculé ! Victoire, Maître des Veda—sauve-nous à jamais, ô Seigneur du Jour !
Verse 55
विप्राणां त्वं परो देवो विप्रसर्गोऽपि त्वन्मयः । नितरां पूतमेतन्नः स्थानं देव त्वयेक्षितम्
Pour les brāhmanes, tu es la Divinité suprême, et même la communauté des brāhmanes est pénétrée de toi. Ô Dieu, ce lieu qui est le nôtre a été grandement purifié par ton regard.
Verse 56
अद्य नः सफला वेदा अद्य नः सफलाः क्रियाः । अद्य नः सफलं गेहं त्वया संगम्य गोपते
Aujourd’hui nos Veda ont porté leur fruit ; aujourd’hui nos rites ont porté leur fruit. Aujourd’hui même notre demeure est devenue féconde, pour t’avoir rencontré, ô Seigneur et Protecteur.
Verse 57
वरं यदि प्रदातासि तदेनं प्रवृणीमहे । आस्माकीनमिदं स्थानं न हि त्याज्यं कथंचन
Si Tu dois accorder une grâce, voici celle que nous choisissons : que ce lieu qui est le nôtre ne soit jamais abandonné, d’aucune manière.
Verse 58
श्रीसूर्य उवाच । यस्माद्भवद्भिः पूर्वं हि जयादित्येति चोदितम् । जयादित्य इति ख्यातस्तस्मात्स्थास्येऽत्र सर्वदा
Śrī Sūrya dit : Puisque jadis vous m’avez acclamé par le nom de « Jayāditya », je serai renommé « Jayāditya » ; c’est pourquoi je demeurerai ici à jamais.
Verse 59
यावन्मही समुद्राश्च पर्वता नगराणि च । तावत्स्थानमिदं विप्रा न हि त्यक्ष्यामि कर्हिचित्
Tant que la terre subsistera—avec ses océans, ses montagnes et ses cités—autant de temps, ô brahmanes, ce lieu subsistera ; je ne l’abandonnerai jamais, en aucun moment.
Verse 60
दारिद्र्यरोगसंघातान्दद्रवो मंडलानि च । कुष्ठादीन्नाशयिष्यामि भजतामत्र संस्थितः
Demeurant ici, je détruirai pour ceux qui m’adorent : j’écraserai la pauvreté et les amas de maladies, y compris les éruptions semblables à la teigne, et même la lèpre et autres maux.
Verse 61
यो मामत्र स्थितं चापि पूजयिष्यति मानवः । सूर्यलोकमिवागम्य पूजां तस्य भजाम्यहम्
Quiconque, étant humain, me vénère tel que je suis établi ici—comme s’il était parvenu au royaume du Soleil—moi-même j’accueille et je prends part à son culte.
Verse 62
श्रीनारद उवाच । एवमुक्ते भगवता हारीताद्या द्विजोत्तमाः । मूर्तिं संस्थापयामासुर्वेदोदितविधानतः
Śrī Nārada dit : Lorsque le Seigneur eut ainsi parlé, les plus éminents des deux-fois-nés—Hārīta et les autres—installèrent l’icône sacrée selon les prescriptions énoncées dans les Veda.
Verse 63
ततो द्विजाः प्राहुरेवं कमठं त्वत्कृते रविः । अत्र स्वामी स्थितस्तस्मात्प्रथमं स्तुहि त्वं रविम्
Alors les brāhmaṇa dirent à Kamaṭha : «Pour toi, Ravi (le Soleil) est ici présent en tant que Seigneur. C’est pourquoi, loue d’abord le Soleil.»
Verse 64
इत्युक्तो ब्राह्मणैः सर्वैः कमठो वाग्ग्मिनां वरः । प्रणिपत्य जयादित्यं महास्तोत्रमिदं जगौ
Ainsi exhorté par tous les brāhmaṇa, Kamaṭha—le plus éminent des orateurs—se prosterna devant Āditya le Victorieux et récita ce grand hymne.
Verse 65
न त्वं कृतः केवलसंश्रुतश्च यजुष्येवं व्याहरत्यादिदेव । चतुर्विधा भारती दूरदूरं धृष्टः स्तौमि स्वार्थकामः क्षमैतत्
Ô Dieu primordial, Tu n’es pas une chose fabriquée, ni seulement une réalité rapportée par ouï-dire ; pourtant le Yajus Veda parle de Toi ainsi. La Parole, en ses quatre formes, n’atteint que de loin ; et cependant, poussé par mon propre besoin, j’ose Te louer—daigne pardonner cela.
Verse 66
मार्तंडसूर्यांशुरविस्तथेन्द्रो भानुर्भगश्चार्यमा स्वर्णरेताः
Tu es Mārtaṇḍa, Sūrya, Aṃśu, Ravi, et aussi Indra ; Tu es Bhānu, Bhaga, Aryaman, et Celui dont la semence est d’or, le Rayonnant.
Verse 67
दिवाकरो मित्रविष्णुश्च देव ख्यातस्त्वं वै द्वादशात्मा नमस्ते । लोकत्रयं वै तव गर्भगेहं जलाधारः प्रोच्यसे खं समग्रम्
Ô Dieu, Tu es célébré comme Divākara, comme Mitra et comme Viṣṇu ; en vérité, Tu es de nature douze fois—hommage à Toi. Les trois mondes sont réellement la chambre de Ton sein ; on Te nomme le soutien des eaux, et le ciel tout entier est Ton immensité qui enveloppe tout.
Verse 68
नक्षत्रमाला कुसुमाभिमाला तस्मै नमो व्योमलिंगाय तुभ्यम्
Paré de guirlandes de constellations, comme ceint de fleurs—salutation à Toi, Vyoma-liṅga, le Liṅga du Ciel.
Verse 69
त्वं देवदेवस्त्वमनाथनाथस्त्वं प्राप्यपालः कृपणे कृपालुः । त्वं नेत्रनेत्रं जनबुद्धिबुद्धिराकाशकाशो जय जीवजीवः
Tu es le Dieu des dieux ; Tu es le refuge de ceux qui n’ont point de refuge. Tu protèges celui qui vient à Toi, compatissant envers l’impuissant. Tu es l’œil de l’œil, l’intelligence au cœur de l’intelligence des hommes ; Tu es la splendeur de l’espace—victoire à Toi, ô vie même de tous les êtres vivants.
Verse 70
दारिद्र्यदारिद्र्य निधे निधीनाममंगलामंगल शर्मशर्म । रोगप्ररोगः प्रथितः पृथिव्यां चिरं जयादित्य जयाप्रमेय
Ô trésor parmi les trésors—Toi qui dissipes la pauvreté et même la « pauvreté » de la pauvreté ; ô auspice des auspices, ô paix de la paix. Ô remède renommé contre les maladies sur la terre—victoire à Toi, ô Āditya ; victoire, ô Incommensurable, pour de longs âges.
Verse 71
व्याधिग्रस्तं कुष्ठरोगाभिभूतं भग्न प्राणं शीर्णदेहं विसंज्ञम् । माता पिता बांधवाः संत्यजंति सर्वैस्त्यक्तं पासि कोस्ति त्वदन्यः
Celui que la maladie accable, que la lèpre submerge, dont le souffle se brise, le corps se flétrit et la conscience s’éteint—quand même mère, père et proches l’abandonnent, Toi seul protèges l’abandonné. Qui donc existe en dehors de Toi ?
Verse 72
त्वं मे पिता त्वं जननी त्वमेव त्वं मे गुरुर्बान्धवाश्च त्वमेव । त्वं मे धर्मस्त्वं च मे मोक्षमार्गो दासस्तुभ्यं त्यज वा रक्ष देव
Tu es mon père ; Tu es ma mère—Toi seul. Tu es mon maître spirituel et aussi ma parenté. Tu es mon dharma et le chemin vers la délivrance. Je suis Ton serviteur—ô Deva, délaisse-moi ou protège-moi, selon Ton vouloir.
Verse 73
पापोऽस्मि मूढोऽस्मि महोग्रकर्मा रौद्रोऽस्मि नाचारनिधानमस्मि । तथापि तुभ्यं प्रणिपत्य पादयोर्जयं भक्तानामर्पय श्रीजयार्क
Je suis pécheur ; je suis égaré ; mes actes sont terriblement farouches. Je suis rude et ne suis pas un réceptacle de juste conduite. Pourtant, prosterné à Tes pieds, ô glorieux Jayārka, accorde victoire et bien-être à Tes dévots.
Verse 74
नारद उवाच । एवं स्तुतो जयादित्यः कमठेन महात्मना । स्निग्धगंभीरया वाचा प्राह तं प्रहसन्निव
Nārada dit : Ainsi loué par le magnanime Kamaṭha, Jayāditya lui parla d’une voix à la fois tendre et profonde, comme s’il souriait.
Verse 75
जयादित्याष्टकमिदं यत्त्वया परिकीर्तितम् । अनेन स्तोष्यते यो मां भुवि तस्य न दुर्लभम्
Ce « Jayādityāṣṭaka » que tu as récité : quiconque sur la terre Me loue par lui, pour celui-là rien n’est difficile à obtenir.
Verse 76
रविवारे विशेषेण मां समभ्यर्च्य यः पठेत् । तस्य रोगा न शिष्यंति दारिद्र्यं च न संशयः
Surtout le dimanche, quiconque M’adore comme il se doit et récite ceci : ses maladies ne demeurent pas, et la pauvreté aussi s’éloigne, sans aucun doute.
Verse 77
त्वया च तोषितो वत्स तव दद्मि वरंत्वमुम् । सर्वज्ञो भुवि भूत्वा त्वं ततो मुक्तिमवाप्स्यसि
Ô cher enfant, tu M’as comblé; c’est pourquoi Je t’accorde cette grâce : devenu omniscient sur la terre, tu atteindras ensuite la délivrance (mokṣa).
Verse 78
त्वत्पिता स्मृतिकारश्च भविष्यति द्विजार्चितः । स्थानस्यास्य न नाशश्च कदाचित्प्रभविष्यति
Ton père aussi deviendra le rédacteur d’une Smṛti, honoré par les dvija (les « deux-fois-nés ») ; et la ruine de ce lieu sacré ne surviendra jamais, en aucun temps.
Verse 79
न चैतत्स्थानकं वत्स परित्यक्ष्यामि कर्हिचित् । एवमुक्ता स भगवान्ब्राह्मणैरर्चितः स्तुतः
Et, cher enfant, Je n’abandonnerai jamais cette demeure sainte. Ayant ainsi parlé, le Seigneur Bienheureux fut adoré et loué par les brāhmaṇa.
Verse 80
अनुज्ञाप्य द्विजेद्रांस्तांस्तत्रैवांतर्दधे प्रभुः । एवं पार्थ समुत्पन्नो जयादित्योऽत्र भूतले
Après avoir pris congé de ces éminents dvija, le Seigneur disparut sur-le-champ, en ce lieu même. Ainsi, ô Pārtha, Jayāditya se manifesta ici sur la terre.
Verse 81
आश्विने मासि संप्राप्ते रविवारे च सुव्रत । आश्विने भानुवारेण यो जयादित्यमर्चयेत्
Ô toi au vœu noble, lorsque le mois d’Āśvina est arrivé et que c’est un dimanche — quiconque, un dimanche d’Āśvina, adore Jayāditya (le Soleil Victorieux) …
Verse 82
कोटितीर्थे नरः स्नात्वा ब्रह्महत्यां व्यपोहति । पूजनाद्रक्तमाल्यैश्च रक्तचंदनकुंकुमैः
Celui qui se baigne à Koṭitīrtha efface même le péché du meurtre d’un brahmane. Et par le culte—avec des guirlandes rouges, du santal rouge et du kuṅkuma (safran sacré)—
Verse 83
लेपनाद्गंधधूपाद्यै नैवेद्येर्घृतपायसैः । ब्रह्मघ्नश्च सुरापश्च स्तेयी च गुरुतल्पगः
Par l’onction (de la divinité), par les parfums, l’encens et autres offrandes, et par les nourritures offertes telles que le ghee et le riz au lait sucré—même le meurtrier d’un brahmane, le buveur d’alcool, le voleur et celui qui souille la couche du maître—
Verse 84
मुच्यते सर्वपापेभ्यः सूर्यलोकं च गच्छति । पुत्रदारधनान्यायुः प्राप्य सां सारिकं सुखम्
…est délivré de tous les péchés et gagne le monde du Soleil. Ayant obtenu fils, épouse, richesse et longue vie, il goûte aussi le bonheur dans l’existence terrestre.
Verse 85
इष्टकामैः समायुक्तः सूर्यलोके चिरं वसेत्
Comblé de ses vœux désirés, il demeure longtemps dans le monde du Soleil.
Verse 86
सर्वेषु रविवारेषु जयादित्यस्य दर्शनम् । कीर्तनं स्मरणं वापि सर्व रोगोपशांतिदम्
Chaque dimanche, contempler Jayāditya—et de même le louer par le chant ou ne serait-ce que s’en souvenir—apaise toutes les maladies.
Verse 87
अनादिनिधनं देवमव्यक्तं तेजसां निधिम् । ये भक्तास्ते च लीयंते सौरस्थाने निरामये
Cette Divinité est sans commencement ni fin, non manifestée, trésor de splendeurs. Ceux qui Lui sont dévots se résorbent eux aussi dans la demeure du Soleil, exempte de toute affliction.
Verse 88
सूर्योपरागे संप्राप्ते रविकूपे समाहितः । स्नानं यः कुरुते पार्थ होमं कुर्यात्प्रयत्नतः
Quand survient l’éclipse solaire, ô Pārtha, celui qui, à Ravikūpa, l’esprit recueilli, accomplit le bain sacré, doit aussi, avec effort, accomplir le homa, l’offrande au feu.
Verse 89
दानं चैव यथाशक्त्या जयादित्याग्रतः स्थितः । तस्य पुण्यस्य माहात्म्यं शृणुष्वैकमना जय
Et, se tenant devant Jayāditya, qu’on fasse l’aumône selon ses moyens. Écoute, l’esprit unifié, ô Jaya, la grandeur de ce mérite.
Verse 90
कुरुक्षेत्रेषु यत्पुण्यं प्रभासे पुष्करेषु च । वाराणस्यां च यत्पुण्यं प्रयागे नैमिषेऽपि वा । तत्पुण्यं लभते मर्त्यो जयादित्यप्रसादतः
Tout mérite que l’on trouve à Kurukṣetra, à Prabhāsa et à Puṣkara; tout mérite que l’on trouve à Vārāṇasī, ou à Prayāga, ou même à Naimiṣa—ce même mérite, le mortel l’obtient par la grâce de Jayāditya.