Adhyaya 12
Kashi KhandaUttara ArdhaAdhyaya 12

Adhyaya 12

Agastya demande à Skanda un récit détaillé de la convergence divine à Kāśī : l’arrivée de Śiva (Vṛṣadhvaja) et le protocole pour l’honorer, en présence de Viṣṇu, Brahmā, Ravi (le Soleil), des gaṇa et des yoginī. Skanda décrit l’étiquette de l’assemblée—prosternations, ordre des sièges, bénédictions—puis apporte une clarification doctrinale : Śiva rassure Brahmā sur la juste conduite, souligne la gravité des offenses envers les brahmanes et la puissance purificatrice de l’installation des liṅga de Śiva. Ravi explique qu’il attendit avec discipline hors de Kāśī sous la règle de Divodāsa ; Śiva présente cela comme un aspect de l’administration divine. Vient ensuite l’origine d’un tīrtha majeur : cinq vaches célestes venues de Goloka, dont le lait forme un lac ; Śiva le nomme Kapilā-hrada, faisant naître un tīrtha suprême. Les Pitṛ apparaissent, demandent une grâce, et Śiva promulgue les règles du śrāddha et des offrandes de piṇḍa en ce lieu, en insistant sur la satisfaction « akṣaya », surtout lors des conjonctions lunaires (Kuhū/Soma) et à la nouvelle lune. De nombreux noms du tīrtha sont énumérés—Madhusravā, Kṣīranīradhi, Vṛṣabhadhvaja-tīrtha, Gadādhara, Pitṛ-tīrtha, Kapiladhārā, Śivagayā, etc.—et l’éligibilité est déclarée très large, étendant les bienfaits à diverses catégories de défunts. Le chapitre s’achève sur des images de mise en mouvement rituelle et une phalaśruti promettant la destruction des grands péchés et l’union à Śiva (Śiva-sāyujya) par l’écoute ou la récitation, reliant le récit à la tradition du japa-akhyāna de « Kāśī-praveśa ».

Shlokas

Verse 1

अगस्त्य उवाच । श्रुत्वा स्कंद न तृप्तोस्मि तव वक्त्रेरितां कथाम् । अत्याश्चर्यकरं प्रोक्तमाख्यानं बैंदुमाधवम्

Agastya dit : Ô Skanda, même après avoir entendu de ta propre bouche ce récit, je ne suis pas rassasié. L’akhyāna de Bindu-Mādhava que tu as exposé est d’un merveilleux extrême.

Verse 2

इदानीं श्रोतुमिच्छामि देवदेवसमागमम् । तार्क्ष्यात्त्र्यक्षः समाकर्ण्य दिवोदासस्य चेष्टितम्

À présent, je souhaite entendre la rencontre du Dieu des dieux. Comment le Seigneur aux Trois Yeux, l’ayant appris de Tārkṣya (Garuḍa), répondit-il au sujet des actes de Divodāsa ?

Verse 3

विष्णुमायाप्रपंचं च किमाह गरुडध्वजम् । के के च शंभुना सार्धं समीयुर्मंदराद्गिरेः

Et que dit-il à Celui dont l’étendard est Garuḍa au sujet des multiples déploiements de la māyā de Viṣṇu ? Et qui donc partit avec Śambhu depuis le mont Mandara ?

Verse 4

ब्रह्मणेशः कथं दृष्टस्त्रपाकुलित चक्षुषा । किमाह देव ब्रह्माणं किमुक्तं भास्वतापि च

Comment Brahmaṇeśa fut-il contemplé, les yeux troublés par la crainte révérencielle et la pudeur ? Que dit le Seigneur à Brahmā, et que fut-il dit aussi à Bhāsvat, le Soleil ?

Verse 5

योगिनीभिः किमाख्यायि गणाह्रीणाः किमब्रुवन् । एतदाख्याहि मे स्कंद महत्कौतूहलं मयि

Que rapportèrent les Yoginīs, et que dirent les Gaṇas, tout confus ? Dis-le-moi, ô Skanda, car une grande curiosité s’est éveillée en moi.

Verse 6

इमं प्रश्नं निशम्यैशिर्मुनेः कलशजन्मनः । प्रत्युवाच नमस्कृत्य शिवौ प्रणतसिद्धिदौ

Entendant cette question du sage né de la jarre, le Seigneur répondit—après s’être prosterné devant les deux Śivas, dispensateurs d’accomplissement à ceux qui s’inclinent.

Verse 7

स्कंद उवाच । मुने शृणु कथामेतां सर्वपातकनाशिनीम् । अशेषविघ्नशमनीं महाश्रेयोभिवर्धिनीम्

Skanda dit : Ô sage, écoute ce récit—qui détruit tous les péchés, apaise tout obstacle et accroît le bien suprême.

Verse 8

अथ देवोऽसुररिपुः श्रुत्वा शंभुसमागमम् । द्विजराजाय स मुदा समदात्पारितोषिकम्

Alors le divin ennemi des Asuras, ayant appris l’assemblée de Śambhu, accorda avec joie une récompense au roi parmi les brahmanes.

Verse 9

आयानं शंसते शंभोरुपवाराणसिप्रियम् । ब्रह्माणमग्रतः कृत्वा ततश्चाभ्युद्ययौ हरिः

Il annonça l’approche de Śambhu, cher à la sainte Upavārāṇasī; puis Hari se mit en route, plaçant Brahmā à l’avant.

Verse 10

विवस्वता समेतश्च तैर्गणैः परितो वृतः । योगिनीभिरनूद्यातो गणेशमुपसंस्थितः

Accompagné de Vivasvān (le Soleil) et entouré de toutes parts par ces troupes, tandis que les Yoginīs le chantaient, Gaṇeśa s’avança et se tint en service devant le Seigneur.

Verse 11

अथनेत्रातिथीकृत्य देवदेवं वृषध्वजम् । मंक्षु तार्क्ष्यादवारुह्य प्रणनाम श्रियः पतिः

Alors il accueillit le Dieu des dieux—Śiva, au drapeau du taureau—par l’hospitalité même de ses yeux; et Viṣṇu, Seigneur de Śrī, descendit promptement de Tārkṣya (Garuḍa) et se prosterna.

Verse 12

पितामहोपि स्थविरो भृशं नम्रशिरोधरः । प्रणतेन मृडेनैव प्रणमन्विनिवारितः

Même Pitāmaha (Brahmā), vieilli et la tête profondément inclinée, fut empêché de se prosterner, car Mṛḍa (Śiva) lui-même, déjà courbé de révérence, l’en détourna.

Verse 13

स्वस्त्यभ्युदितपाणिश्च रुद्रसूक्तैरमंत्रयत् । अक्षतान्यथ सार्द्राणि दर्शयन्सफलान्यजः

La main levée en bénédiction, il invoqua l’auspice par les hymnes à Rudra; puis Aja, l’Inengendré, montra des akṣata humides—grains entiers et intacts—ainsi que des offrandes porteuses de fruit.

Verse 14

मौलिं पादाब्जयोः कृत्वा गणेशः सत्वरो नतः । मूर्ध्न्युपाजिघ्रयांचक्रे हरो हर्षाद्गजाननम्

Posant sa couronne sur les pieds de lotus, Gaṇeśa s’inclina promptement ; et Hara, dans la joie, le souleva et baisa (respira) la tête de Gajānanā.

Verse 15

अभ्युपावेशयच्चापि परिष्वज्य निजासने । सोमनंदि प्रभृतयः प्रणेमुर्दंडवद्गणाः

Il l’accueillit aussi et le fit asseoir, l’embrassant sur son propre siège ; et les gaṇas—menés par Somanandin—se prosternèrent de tout leur long, tels un bâton.

Verse 16

योगिन्योपि प्रणम्येशं चक्रुर्मंगलगायनम् । तरणिः प्रणनामाथ प्रमथाधिपतिं हरम्

Les Yoginīs aussi, s’étant inclinées devant le Seigneur, chantèrent des hymnes de bon augure ; puis Taraṇi, le Soleil, se prosterna devant Hara, maître des Pramathas.

Verse 17

खंडेंदुशेखरश्चाथ उपसिंहासनं हरिम् । समुपावेशयद्वामपार्श्वे मानपुरःसरम्

Alors Khaṇḍenduśekhara, couronné du croissant de lune, fit asseoir Hari sur un trône voisin, à sa gauche, l’honneur marchant devant lui.

Verse 18

ब्रह्माणं दक्षिणे भागे परिविश्राणितासनम् । दृष्ट्वा संभाविताः सर्वे शर्वेण प्रणता गणाः

À Brahmā, sur le côté droit, fut accordé un siège d’honneur ; voyant cela, tous les gaṇas—prosternés devant Śarva (Śiva)—se sentirent estimés et honorés.

Verse 19

मौलिचालनमात्रेण योगिन्योपि प्रसादिताः । संतोषितो रविश्चापि विशेति करसंज्ञया

Par le seul mouvement de la couronne, simple signe d’assentiment, les Yoginīs furent elles aussi apaisées et comblées de grâce ; et Ravi, le Soleil, satisfait, entra, sur l’indication du mudrā de la main du Seigneur.

Verse 20

अथ शंभुं शतधृतिः प्रबद्धकरसंपुटः । परिविज्ञापयांचक्रे प्रसन्नवदनांबुजम्

Alors Śatadhṛti (Brahmā), les mains jointes en supplication respectueuse, s’adressa à Śambhu, dont le visage-lotus rayonnait de sérénité et de grâce.

Verse 21

ब्रह्मोवाच । भगवन्देवदेवेश क्षंतव्यं गिरिजापते । वाराणसीं समासाद्य यदहं नागतः पुनः

Brahmā dit : Ô Seigneur Bienheureux, Dieu des dieux, ô Époux de Girijā, pardonne ceci : bien que je sois parvenu à Vārāṇasī, je ne suis pas revenu de nouveau comme il convenait.

Verse 22

प्रसंगतोपि कः काशीं प्राप्य चंद्रविभूषण । किंचिद्विधातुं शक्तोपि त्यजेत्स्थविरतां दधत्

Ô Toi qui portes la lune en diadème, qui donc, fût-ce par simple fréquentation, après avoir atteint Kāśī, renoncerait à la gravité de la maîtrise de soi ? Même capable d’agir autrement, nul ne ferait le mal, portant la stabilité de la maturité.

Verse 23

स्वरूपतो ब्राह्मणत्वादपाकर्तुं न शक्यते । अथ शक्तो व्यपाकर्तुं कः पुण्ये संचिकीर्षति

Par sa nature même, l’état de brāhmaṇa ne peut être écarté. Et quand bien même quelqu’un le pourrait, qui voudrait l’abandonner en un lieu de mérite, empli de puṇya ?

Verse 24

विभोरपि समाज्ञेयं धर्मवर्त्मानुसारिणि । न किंचिदपकर्तव्यं जानता केनचित्क्वचित

Même le puissant doit discerner ce qui convient lorsqu’il suit la voie du dharma. Le sachant, nul, nulle part, ne doit accomplir le moindre acte nuisible.

Verse 25

कस्तादृशि महीजानौ पुण्यवर्त्मन्यतंद्रिते । काशीपाले दिवोदासे मनागपि विरुद्धधीः

Qui donc, sachant cela, nourrirait ne fût-ce qu’une pensée contraire envers Divodāsa, gardien de Kāśī, infatigable sur la voie du mérite ?

Verse 26

निशम्येति वचस्तुष्टः श्रीकंठोति विशुद्धधीः । हसन्प्रोवाच धातारं ब्रह्मन्सर्वमवैम्यहम्

Entendant ces paroles, Śrīkaṇṭha (Śiva), satisfait et d’intelligence parfaitement pure, sourit et dit à Dhātṛ (Brahmā) : « Ô Brahman, je comprends tout ».

Verse 27

देवदेव उवाच । आदौ तावददोषं हि ब्रह्मत्वं ब्राह्मणस्य ते । वाजिमेधाध्वराणां च ततोपि दशकं कृतम्

Le Seigneur des dieux dit : D’abord, ta condition de brāhmaṇa—ton état brahmique—est vraiment sans faute. De plus, tu as accompli jusqu’à dix sacrifices d’Aśvamedha.

Verse 28

ततोपि विहितं ब्रह्मन्भवता परमं हितम् । अपराधसहस्राणि यल्लिंगं स्थापितं मम

Et plus encore, ô Brahman, tu as accompli ce qui est souverainement salutaire : malgré des milliers de fautes, tu as établi mon liṅga.

Verse 29

येनैकमपि मे लिंगं स्थापितं यत्र कुत्रचित् । तस्यापराधलेशोपि नास्ति सर्वापराधिनः

Quiconque a établi ne fût-ce qu’un seul liṅga qui est le Mien—où que ce soit—pour lui, même chargé de toutes les fautes, il ne demeure pas la moindre trace d’offense.

Verse 30

अपराधसहस्रेपि ब्राह्मणं योपराध्नुयात् । दिनैः कतिपयैरेव तस्यैश्वर्यं विनश्यति

Quand bien même il aurait commis mille fautes, si quelqu’un offense un brāhmaṇa, en quelques jours seulement sa prospérité et sa fortune souveraine sont anéanties.

Verse 31

इति ब्रुवति देवेशेप्यंतरुच्छ्वसितं गणैः । समातृभिः समंताच्च विलोक्यास्यं परस्परम्

Lorsque le Seigneur des dieux parla ainsi, les gaṇas poussèrent de profonds soupirs; et, les Déesses-Mères tout autour, ils se regardèrent au visage les uns les autres de tous côtés.

Verse 32

अर्कोप्यवसरं ज्ञात्वा नत्वा शंभुं व्यजिज्ञपत् । प्रसन्नास्यमुमाकांतं दृष्ट्वा दृष्टचराचरः

Alors Arka (le Soleil) aussi, reconnaissant l’instant propice, se prosterna devant Śambhu et formula sa requête. Voyant l’Aimé d’Umā au visage apaisé—Lui qui voit tout, le mobile et l’immobile—il parla.

Verse 33

अर्क उवाच । नाथ काशीमितो गत्वा यथाशक्ति कृतोपधिः । अकिंचित्करतां प्राप्तः सहस्रकरवानपि

Arka dit : «Ô Seigneur, étant allé d’ici à Kāśī et y ayant agi selon la mesure de ma force, je suis parvenu à l’impuissance, moi pourtant qui suis aux mille rayons».

Verse 34

स्वधर्मपालके तस्मिन्दिवोदासे धरापतौ । निश्चितागमनं ज्ञात्वा देवस्याहमिह स्थितः

Lorsque Divodāsa, roi gardien de son propre dharma, régnait sur la terre, et sachant le décret certain de la venue du Seigneur, je suis demeuré ici.

Verse 35

प्रतीक्षमाणो देवेश त्वदामनमुत्तमम् । विभज्य बहुधात्मानं त्वदाराधनतत्परः

Dans l’attente, ô Seigneur des dieux, de ton ordre suprême, je me suis partagé en de multiples formes et suis demeuré voué à ton culte.

Verse 36

मनोरथद्रुमश्चाद्य फलितः श्रीमदीक्षशात् । किंचिद्भक्तिलवांभोभिः सिक्तो ध्यानेन पुष्पितः

À présent, l’arbre qui exauce les vœux a porté fruit par ton regard auspicious; arrosé de quelques gouttes de dévotion, il a fleuri par la méditation.

Verse 37

इत्युदीरितमाकर्ण्य रवेर्वैरविलोचनः । प्रोवाच देवदेवेशो नापराध्यसि भास्कर

Entendant ces paroles de Ravi, le Seigneur, dont les yeux sont terribles pour les ennemis, déclara : «Ô Bhāskara, tu n’as commis aucune faute».

Verse 38

ममैव कार्यं विह्तिं त्वं यदत्र व्यवस्थितः । यस्यां सुरप्रवेशो न तस्मिन्राजनि शासति

En vérité, en demeurant ici en sentinelle, tu accomplis mon œuvre même; car dans ce royaume où l’entrée des dieux n’est pas permise, ce roi règne.

Verse 39

इति सूरं समाश्वास्य देवदेव कृपानिधिः । गणानाश्वासयामास व्रीडा नम्रशिरोधरान्

Ainsi, après avoir réconforté le Soleil, le Seigneur des seigneurs—océan de compassion—réconforta aussi les gaṇas, la tête inclinée, courbés par la honte.

Verse 40

योगिन्योपि सुदृष्ट्वाथ शंभुना संप्रसादिताः । त्रपाभरसमाक्रांत कंधरा इव सं गताः

Même les yoginīs, ayant contemplé cette vision de bon augure, furent comblées par la grâce de Śambhu ; le cou fléchi comme sous le poids de la pudeur, elles se rassemblèrent dans une retenue révérencieuse.

Verse 41

ततो व्यापारयांचक्रे त्र्यक्षो नेत्राणि चक्रिणि । हरिर्न किंचिदप्यूचे सर्वज्ञाग्रे महामनाः

Alors le Seigneur aux trois yeux mit ses regards en mouvement vers le porteur du disque ; mais Hari, à la grande âme, ne prononça pas un seul mot en présence de l’Omniscient.

Verse 42

ईशोपि श्रुतवृत्तांतस्तार्क्ष्याद्गणप शार्ङ्गिणोः । मनसैव प्रसन्नोभून्न किंचित्पर्यभाषत

Īśa aussi, ayant entendu le récit—de Tārkṣya et de Gaṇapa au sujet du porteur de Śārṅga—se réjouit en son seul esprit et ne répondit rien.

Verse 43

एतस्मिन्नंतरे प्राप्ता गोलोकात्पंच धेनवः । सुनंदा सुमनाश्चापि सुशीला सुरभिस्तथा

Cependant, cinq vaches sacrées arrivèrent de Goloka : Sunandā, Sumanā, Suśīlā, et aussi Surabhi, avec une cinquième parmi elles.

Verse 44

पंचमी कपिला चापि सर्वाघौघविघट्टिनी । वात्सल्यदृष्ट्या भर्गस्य तासामूधांसि सुस्रुवुः

La cinquième, Kapilā aussi—celle qui brise les flots de tous les péchés—posa sur Bharga un regard de tendresse maternelle, et aussitôt leurs pis se mirent à couler.

Verse 45

ववर्षुः पयसां पूरैस्तदूधांसि पयोधराः । धारासारैरविच्छिन्नैस्तावद्यावद्ध्रदोऽभवत्

Leurs pis, tels des nuages porteurs de pluie, déversèrent des flots de lait en jets ininterrompus, jusqu’à ce qu’un lac prît forme.

Verse 46

पयःपयोधिरिव स द्वितीयः प्रैक्षि पार्षदैः । देवेश समधिष्ठानात्तत्तीर्थमभवत्परम्

Aux yeux des serviteurs du Seigneur, cela paraissait un second océan de lait; et parce que le Seigneur des dieux l’y consacra et y présida, ce lieu devint un tīrtha suprême.

Verse 47

कपिला ह्रद इत्याख्यां चक्रे तस्य महेश्वरः । ततो देवाज्ञया सर्वे स्नातास्तत्र दिवौकसः

Maheśvara donna à ce lac le nom de «Kapilā-hrada». Puis, sur l’ordre du Seigneur, tous les êtres célestes s’y baignèrent.

Verse 48

आविरासुस्ततस्तीर्थादथ दिव्यपितामहाः । तान्दृष्ट्वा ते सुराः सर्वे तर्पयांचक्रिरे मुदा

Alors, de ce tīrtha se manifestèrent les Pitṛs resplendissants, les Pères ancestraux. Les voyant, tous les dieux, dans la joie, accomplirent le tarpaṇa, les offrandes d’apaisement.

Verse 49

अग्निष्वात्ता बर्हिषद आज्यपाः सोमपास्तथा । इत्याद्या दिव्यपितरस्तृप्ताः शंभुं व्यजिज्ञपन्

Les Agniṣvātta, les Barhiṣad, les Ājyapa, les Somapa et d’autres Pères divins—rassasiés—vinrent alors informer et s’adresser à Śambhu.

Verse 50

देवदेव जगन्नाथ भक्तानामभयप्रद । अस्मिंस्तीर्थे त्वदभ्याशाज्जाता नस्तृप्तिरक्षया

Ô Dieu des dieux, Seigneur de l’univers, dispensateur d’intrépidité aux dévots : en ce tīrtha sacré, par notre proximité avec Toi, une satiété inépuisable s’est levée en nous.

Verse 51

तस्माच्छंभो वरं देहि प्रसन्नेनांतरात्मना । इति दिव्यपितॄणां स श्रुत्वा वाक्यं वृषध्वजः

«C’est pourquoi, ô Śambhu, accorde une grâce, ton Soi intérieur devenu bienveillant.» Entendant ces paroles des Pitṛ célestes, Vṛṣadhvaja (Śiva) prêta une oreille attentive.

Verse 52

शृण्वतां सर्वदेवानामिदं वचनमब्रवीत् । शर्वः सर्वपितॄणां वै परतृप्तिकरं परम्

Tandis que tous les dieux écoutaient, Śarva (Śiva) prononça ces paroles, souverainement aptes à donner la plus haute satisfaction à tous les Pitṛ.

Verse 53

श्रीदेवदेव उवाच । शृणु विष्णो महाबाहो शृणु त्वं च पि तामह । एतस्मिन्कापिले तीर्थे कापिलेय पयोभृते

Śrī Devadeva dit : «Écoute, ô Viṣṇu aux bras puissants ; et toi aussi, ô Pitāmaha (Brahmā). En ce Kāpilatīrtha, nourri par les eaux de la Kāpilā…»

Verse 54

ये पिंडान्निर्वपिष्यंति श्रद्धया श्राद्धदानतः । तेषां पितॄणां संतृप्तिर्भविष्यति ममाज्ञया

Ceux qui, avec foi, offrent des piṇḍa dans le don du śrāddha : par Mon ordre, leurs ancêtres seront pleinement rassasiés.

Verse 55

अन्यं विशेषं वक्ष्यामि महातृप्तिकरं परम् । कुहूसोमसमायोगे दत्तं श्राद्धमिहाक्षयम्

Je vais dire une autre règle particulière, suprême et source d’une grande satiété : le śrāddha offert ici lors de la conjonction de Kuhū et de Soma devient impérissable.

Verse 56

संवर्तकाले संप्राप्ते जलराशिर्जलान्यपि । क्षीयंते न क्षयत्यत्र श्राद्धं सोमकुहू कृतम्

Quand survient l’heure de la dissolution cosmique, même les océans et toutes les eaux diminuent ; mais le śrāddha accompli ici à Soma–Kuhū ne diminue pas.

Verse 57

अमासोमसमायोगे श्राद्धं यद्यत्र लभ्यते । तीर्थे कापिलधारेस्मिन्गयया पुष्करेण किम्

Si, lors de la conjonction d’Amā et de Soma, le śrāddha est accompli ici—en ce tīrtha du courant de Kāpilā—à quoi bon Gayā ou Puṣkara ?

Verse 58

गदाधरभवान्यत्र यत्र त्वं च पितामह । वृषध्वजोस्म्यहं यत्र फल्गुस्तत्र न संशयः

Ici se tiennent Gadādhara et Bhavānī, et toi aussi, ô Pitāmaha. Là où Moi, Vṛṣadhvaja, suis présent, là se trouve Phalgu, sans aucun doute.

Verse 60

कुरुक्षेत्रे नैमिषे च गंगासागरसंगमे । ग्रहणे श्राद्धतो यत्स्यात्तत्तीर्थे वार्षभध्वजे

Quel que soit le fruit issu du śrāddha à Kurukṣetra, à Naimiṣa, au confluent du Gaṅgā et de l’océan, et lors d’une éclipse, ces mêmes fruits naissent en ce tīrtha de Vārṣabhadhvaja (Śiva).

Verse 61

अस्य तीर्थस्य नामानि यानि दिव्य पितामहाः । तान्यहं कथयिष्यामि भवतां तृप्तिदान्यलम्

Je vais maintenant vous dire les noms de ce tīrtha sacré, tels que les ont proclamés les Pitāmahas divins ; les entendre suffit à vous donner contentement et paix intérieure.

Verse 62

मधुस्रवेति प्रथममेषा पुष्करिणी स्मृता । कृतकृत्या ततो ज्ञेया ततोऽसौ क्षीरनीरधिः

Ce bassin sacré est d’abord rappelé comme « Madhusravā », celle dont le flot est miel. Ensuite, on doit le connaître comme « Kṛtakṛtyā », celle qui accomplit tous les buts. Puis on l’appelle « Kṣīra-nīrādhi », réservoir océanique d’eaux semblables au lait.

Verse 63

वृषभध्वजतीर्थं च तीर्थं पैतामहं ततः । ततो गदाधराख्यं च पितृतीर्थं ततः परम्

On l’appelle aussi « Vṛṣabhadhvaja-tīrtha », le gué de Śiva dont l’étendard porte le taureau, puis « Paitāmaha-tīrtha », le saint gué du Grand‑Père primordial. Ensuite il est connu comme « Gadādhara », le porteur de la massue, et au-delà comme le suprême « Pitṛ-tīrtha », le tīrtha des Ancêtres.

Verse 64

ततः कापिलधारं वै सुधाखनिरियं पुनः । ततः शिवगयाख्यं च ज्ञेयं तीर्थमिदं शुभम्

Ensuite, on l’appelle en vérité « Kāpiladhārā » ; de nouveau, ce lieu même est « Sudhākhani », une mine de nectar (amṛta). Puis il doit être connu comme « Śiva-gayā » : ce tīrtha de bon augure.

Verse 65

एतानि दश नामानि तीर्थस्यास्य पितामहाः । भवतां तृप्तिकारीणि विनापि श्राद्धतर्पणैः

Voici les dix noms de ce tīrtha, ô vénérable ; ils vous accordent la pleine satisfaction, même sans accomplir le śrāddha ni le tarpaṇa.

Verse 66

सूर्येंदु संगमे येत्र पितॄणां तृप्तिकामुकाः । ब्राह्मणान्भोजयिष्यंति तेषां श्राद्धमनंतकम्

En ce confluent du Soleil et de la Lune, ceux qui désirent la satisfaction des ancêtres et nourrissent les Brāhmaṇas voient leur śrāddha devenir inépuisable en mérite.

Verse 67

श्राद्धे पितॄणां संतृप्त्यै दास्यंति कपिलां शुभाम् । येत्र तेषां पितृगणो वसेत्क्षीरोदरोधसि

Dans le śrāddha, pour la pleine satisfaction des ancêtres, ceux qui offrent ici une vache kapilā, de bon augure, voient la troupe des Pitṛs demeurer pour eux sur les rives de l’Océan de Lait.

Verse 68

वृषोत्सर्गः कृतो यैस्तु तीर्थेस्मिन्वार्षभध्वजे । अश्वमेधपुरोडाशैः पितरस्तेन तर्पिताः

Ceux qui accomplissent le vṛṣotsarga, l’offrande par la libération d’un taureau, en ce tīrtha de Vṛṣabhadhvaja, satisfont ainsi leurs ancêtres comme par les gâteaux sacrificiels du Aśvamedha.

Verse 69

गयातोष्टगुणं पुण्यमस्मिंस्तीर्थे पितामहाः । अमायां सोमयुक्तायां श्राद्धैः कापिलधारिके

Ô Pitāmahas, en ce tīrtha le mérite est huit fois celui de Gayā, lorsque, à Kāpiladhārā, au jour d’amāvasyā uni à Soma (la Lune), on accomplit le śrāddha.

Verse 70

येषां गर्भेऽभवत्स्रावो येऽ दंतजननामृताः । तेषां तृप्तिर्भवेन्नूनं तीर्थे कापिलधारिके

Assurément, au tīrtha de Kāpiladhārā naît la plénitude de la satiété, même pour les êtres liés à des naissances tourmentées : ceux dont le sein connut l’écoulement ou la fausse couche, et ceux dont la vie ne fut « amṛta » qu’au temps de la poussée des dents, c’est‑à‑dire brisée dès l’enfance.

Verse 71

अदत्तमौंजीदाना ये ये चादारपरिग्रहाः । तेभ्यो निर्वापितं पिंडमिह ह्यक्षयतां व्रजेत्

Même pour ceux qui n’accomplirent jamais le mauñjī-dāna, le don de la ceinture sacrée, et pour ceux qui vécurent en acceptant des présents indus, le piṇḍa offert ici devient impérissable dans son fruit et leur accorde une satiété infaillible.

Verse 72

अग्निदाहमृता ये वै नाग्निदाहश्च येषु वै । ते सर्वे तृप्तिमायांति तीर्थे कापिलधारिके

Tous ceux qui moururent par le feu, et aussi ceux pour qui la crémation par le feu ne fut pas accomplie : tous, sans exception, parviennent à la satiété lorsque des offrandes sont faites au tīrtha de Kapiladhārikā.

Verse 73

और्द्ध्वदैहिकहीना ये षोडश श्राद्धवर्जिताः । ते तृप्तिमधिगच्छंति घृतकुल्यां निवापतः

Ceux qui furent privés des rites d’outre‑tombe, et ceux pour qui les seize śrāddhas ne furent pas accomplis : en offrant ici le piṇḍa à Ghṛtakulyā, ils obtiennent la satiété.

Verse 74

अपुत्राश्च मृता ये वै येषां नास्त्युकप्रदः । तेपि तृप्तिं परां यांति मधुस्रवसि तर्पिताः

Même ceux qui moururent sans fils, et ceux qui n’ont personne pour offrir les dons coutumiers du śrāddha : lorsqu’ils sont apaisés par le tarpaṇa à Madhusravā, ils parviennent à la suprême plénitude.

Verse 75

अपमृत्युमृता ये वै चोरविद्युज्जलादिभिः । तेषामिह कृतं श्राद्धं जायते सुगतिप्रदम्

Pour ceux qui périrent d’une mort prématurée—par des voleurs, la foudre, la noyade et autres—le śrāddha accompli ici devient dispensateur d’un bon passage et d’un destin propice.

Verse 76

आत्मघातेन निधनं यैषामिहविकमर्णाम् । तेपि तृप्तिं लभंतेत्र पिंडैः शिवगयाकृतैः

Même ceux qui rencontrèrent la mort par leur propre main—êtres au sort accablant—obtiennent ici la satiété grâce aux offrandes de piṇḍa accomplies à Śiva-Gayā.

Verse 77

पितृगोत्रे मृता ये वै मातृपक्षे च ये मृताः । तेषामत्र कृतः पिंडो भवेदक्षयतृप्तिदः

Ceux qui sont morts dans la lignée paternelle et ceux qui sont morts du côté maternel : lorsque le piṇḍa est offert ici pour eux, il devient donateur d’une satiété impérissable.

Verse 78

पत्नीवर्गे मृता ये वै मित्रवर्गे च ये मृताः । ते सर्वे तृप्तिमायांति तर्पिता वार्षभध्वजे

Ceux qui sont morts parmi les parents de l’épouse et ceux qui sont morts parmi les amis : lorsqu’ils sont apaisés à Vārṣabhadhvaja, tous parviennent à la satiété.

Verse 80

तिर्यग्योनि मृता ये वै ये पिशाचत्वमागताः । तेप्यूर्ध्वगतिमायांति तृप्ताः कापिलधारिके

Ceux qui sont morts et sont tombés dans des naissances animales, et ceux qui sont devenus des piśācas : une fois rassasiés à Kapiladhārikā, eux aussi obtiennent une voie ascendante et un sort plus élevé.

Verse 81

ये तु मानुषलोकेस्मिन्पितरो मर्त्ययोनयः । ते दिव्ययोनयः स्युर्वै मधुस्रवसि तर्पिताः

Les ancêtres qui, en ce monde des hommes, demeurent dans des naissances mortelles—lorsqu’ils sont rassasiés à Madhusravā, ils deviennent vraiment d’une naissance de nature divine.

Verse 82

ये दिव्यलोके पितरः पुण्यैर्देवत्वमागताः । ते ब्रह्मलोके गच्छंति तृप्तास्तीर्थे वृषध्वजे

Ces pitṛs qui, dans le monde céleste, ont atteint l’état divin par leurs mérites—lorsqu’ils sont comblés au tīrtha nommé Vṛṣadhvaja, ils s’acheminent vers le Brahmaloka.

Verse 83

कृते क्षीरमयं तीर्थं त्रेतायां मधुमत्पुनः । द्वापरे सर्पिषा पूर्णं कलौ जलमयं भवेत्

Au Kṛta Yuga, ce tīrtha est de nature lactée ; au Tretā, il redevient semblable au miel ; au Dvāpara, il est rempli de ghee ; et au Kali Yuga, il devient d’essence d’eau.

Verse 84

सीमाबहिर्गतमपि ज्ञेयं तीर्थमिदं शुभम् । मध्ये वाराणसि श्रेष्ठं मम सान्निध्यतो नरैः

Même s’il se trouve au-delà de la limite, ce lieu de bon augure doit être reconnu comme un tīrtha. Pourtant, au cœur même de Vārāṇasī, il est suprême pour les hommes, à cause de Ma présence particulière en ce lieu.

Verse 85

काशीस्थितैर्यतो दर्शि ध्वजो मेषवृषलांछनः । वृषध्वजेन नाम्नातः स्थास्याम्यत्र पितामहाः

Parce que ceux qui demeurent à Kāśī voient mon étendard marqué du bélier et du taureau, ainsi—ô Ancêtres—je demeurerai ici, renommé sous le nom de « Vṛṣadhvaja ».

Verse 86

पितामहेन सहितो गदाधरसमन्वितः । रविणा पार्षदैः सार्धं तुष्टये वः पितामहाः

Accompagné de Pitāmaha (Brahmā), entouré du porteur de la massue (Gadādhara), et avec Sūrya et les serviteurs divins, je suis ici pour votre contentement, ô Ancêtres.

Verse 87

इति यावद्वरं दत्ते पितृभ्यो वृषभध्वजः । तावन्नदी समागत्य प्रणम्येशं व्यजिज्ञपत्

Tandis que Vṛṣabhadhvaja accordait ainsi une grâce aux ancêtres, la rivière arriva, se prosterna devant le Seigneur et posa une question avec respect.

Verse 88

नंदिकेश्वर उवाच । विहितः स्यदनः सज्जस्ततोस्तु विजयोदयः । अष्टौ कंठीरवा यत्र यत्रोक्ष्णामष्टकं शुभम्

Nandīkeśvara dit : «Que le char soit préparé selon l’ordonnance sacrée et tenu prêt ; de là naîtront victoire et prospérité. Là où se trouvent huit lions, et là où demeure l’auspicieux groupe des huit taureaux…»

Verse 89

यत्रेभाः परिभांत्यष्टौ यत्राष्टौ जविनो हयाः । मनः संयमनं यत्र कशापाणि व्यवस्थितम्

Là où huit éléphants se tiennent resplendissants, là où se trouvent huit chevaux rapides ; là où la maîtrise de l’esprit est établie et où le fouet demeure prêt en main.

Verse 90

गंगायमुनयोरीषे चक्रे पवनदेवता । सायंप्रातर्मये चक्रे छत्रं द्यौर्मंडलं शुचि

Le dieu du Vent façonna les rênes pour (les puissances de) Gaṅgā et Yamunā. Il fit aussi un dais : la sphère céleste immaculée, tissée du soir et du matin.

Verse 91

तारावलीमयाः कीला आहेया उपनायकाः । श्रुतयो मार्गदर्शिन्यः स्मृतयो रथगुप्तयः

Les chevilles étaient faites de rangées d’étoiles ; les serpents servaient d’assistants-guides. Les Śruti indiquaient la voie, et les Smṛti protégeaient le char sacré.

Verse 92

दक्षिणाधूर्दृढा यत्र मखा यत्राभिरक्षकाः । आसनं प्रणवो यत्र गायत्रीपादपीठभूः

Là, la dakṣiṇā, le don sacrificiel, demeure inébranlable, et les sacrifices y sont gardés. Là, le siège est le Praṇava (Oṃ), et le sol même devient le marchepied des quatre pieds de la Gāyatrī.

Verse 93

सांगा व्याहृतयो यत्र शुभा सोपानवीथिकाः । सूर्याचंद्रमसौ यत्र सततं द्वाररक्षकौ

Là, les saintes Vyāhṛtis, avec leurs aṅgas, deviennent des escaliers et des voies de bon augure ; et là, le Soleil et la Lune se tiennent sans cesse comme gardiens du portail.

Verse 94

अग्निर्मकरतुंडश्च रथभूः कौमुदीमयी । ध्वजदंडो महामेरुः पताका हस्करप्रभा

Là se tiennent Agni et la puissance au visage de Makara ; le sol du char est fait de clarté lunaire. La hampe de l’étendard est comme le grand Meru, et la bannière rayonne d’un éclat resplendissant.

Verse 95

स्वयं वाग्देवता यत्र चंचच्चामरधारिणी । स्कंद उवाच । शैलादिनेति विज्ञप्तो देवदेव उमापतिः

Là, la Déesse même de la Parole, Vāgdevatā, tient en service un cāmara frémissant. Skanda dit : Lorsque le Seigneur des seigneurs, Umāpati (Śiva), fut imploré par les mots « Śailādi… », il répondit.

Verse 96

कृतनीराजनविधिरष्टभिर्देवमातृभिः । पिनाकपाणिरुत्तस्थौ दत्तहस्तोथ शार्ङ्गिणा

Lorsque les huit Mères divines eurent accompli le rite d’ārati (nīrājana), le Seigneur au Pināka, Śiva, se leva ; puis, tenant la main du porteur de Śārṅga, Viṣṇu, il s’avança—signe d’harmonie entre les plus hauts dieux dans le drame sacré de Kāśī.

Verse 97

निनादो दिव्यवाद्यानां रोदसी पर्यपूरयत् । गीतमंगलगीर्भिश्च चारणैरनुवर्धितः

Le fracas des instruments célestes emplit le ciel et la terre ; et il enfla davantage par des chants de bon augure et des paroles bénies, amplifiés par les Cāraṇas—faisant de cet instant une fête des mondes.

Verse 98

तेन दिव्यनिनादेन बधिरीकृतदिङ्मुखाः । आहूता इव आजग्मुर्विष्वग्भुवनवासिनः

Par ce tonnerre divin, les faces de toutes les directions furent comme assourdies ; et les habitants des mondes, de tous côtés, accoururent comme appelés—attirés irrésistiblement vers le centre sacré.

Verse 99

दिव्यांतरिक्षभौमानि यानि तीर्थानि सर्वतः । तान्यत्र निवसिष्यंति दर्शे सोमदिनान्विते

Quels que soient les gués sacrés (tīrthas) existant partout—célestes, de l’espace et de la terre—ils demeureront ici, surtout lors de l’observance de la nouvelle lune jointe au lundi—proclamant alors la convergence de tout mérite de pèlerinage en Kāśī.

Verse 100

षडाननाः कुमाराश्च मयूरवरवाहनाः । ममानुगाः समायाताः कोटयोष्टौ महाबलाः

Les Kumāras aux six visages, montés sur d’excellents paons—mes suivants—sont arrivés : ils sont huit koṭis, d’une force immense—signe de l’immense cortège qui entoure la présence sacrée de Skanda.

Verse 110

स्कंद उवाच । श्रुत्वाख्यानमिदं पुण्यं कोटिजन्माघनाशनम् । पठित्वा पाठयित्वा च शिवसायुज्यमाप्नुयात्

Skanda dit : Entendre ce récit sacré détruit les péchés amassés au cours de dizaines de millions de naissances. Et en le récitant—et en faisant réciter autrui—on obtient l’union avec Śiva (śiva-sāyujya).

Verse 116

अलभ्यलाभो देवस्य जातोत्र हि यतः परः । ततः काशी प्रवेशाख्यं जप्यमाख्यानमुत्तमम्

Puisque, dès lors, le Seigneur obtint ici ce qui est autrement introuvable, c’est pourquoi ce récit sacré suprême—nommé « Entrée dans Kāśī »—doit être récité en japa, répétition dévotionnelle.