Adhyaya 9
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 9

Adhyaya 9

L’adhyāya se présente comme un dialogue d’instruction : Śivaśarmā s’enquiert de femmes célestes d’une beauté incomparable, richement parées. Les Gaṇa expliquent qu’il s’agit de figures semblables aux apsaras, expertes en musique, danse, parole raffinée et arts, puis exposent les causes d’une résidence en Apsaroloka : observances rituelles, manquements occasionnels à la continence sous l’effet du destin, et vœux orientés par le désir menant aux jouissances divines. Le texte passe ensuite à l’énumération d’apsaras nommées, à la description de leurs ornements célestes, et à des pratiques méritoires liées aux transitions solaires (saṅkramaṇa), au don de jouissances (bhogadāna) et aux offrandes encadrées par des mantras. Une seconde partie élève théologiquement Sūrya et surtout le mantra Gayatrī : une hiérarchie des savoirs est affirmée, culminant en Gayatrī comme suprême parmi les mantras. La discipline du tri-kāla et le respect strict des heures de sandhyā sont présentés comme non négociables selon la logique du kāla-śāstra. Des détails rituels sont donnés : offrir l’arghya avec un récipient de cuivre propre, de l’eau, des fleurs, du kuśa/dūrvā et de l’akṣata, avec des salutations mantrées à l’aube et au crépuscule. De nombreux épithètes du Soleil (nāma-stuti) sont récités, promettant bien-être terrestre (santé, prospérité) et, après la mort, l’élévation à Sūryaloka ; l’adhyāya s’achève sur le mérite de l’écoute (śravaṇa-phala) et l’approbation d’Agastya quant à sa valeur éthique et purificatrice.

Shlokas

Verse 1

शिवशर्मोवाच । का इमा रूपलावण्य सौभाग्यनिधयः स्त्रियः । दिव्यालंकारधारिण्यो दिव्यभोगसमन्विताः

Śivaśarmā dit : «Qui sont ces femmes—trésors de beauté, de grâce et de bonne fortune—parées d’ornements divins et comblées de jouissances célestes ?»

Verse 2

गणावूचतुः । एता वारविलासिन्यो यज्ञभाजां प्रियंकराः । गीतज्ञा नृत्यकुशला वाद्यविद्या विचक्षणाः

Les deux gaṇas dirent : «Ce sont des courtisanes de la cité, qui réjouissent ceux qui ont acquis le mérite du yajña ; savantes en chant, habiles en danse et avisées dans les arts de la musique instrumentale.»

Verse 3

कामकेलिकलाभिज्ञा द्यूतविद्याविशारदाः । रसज्ञा भाववेदिन्यश्चतुराश्चोचितोक्तिषु

Elles connaissent les arts des jeux d’amour, excellent dans la science du jeu, sont fines connaisseuses du rasa (saveur esthétique), sensibles aux émotions et habiles en paroles justes et gracieuses.

Verse 4

नानादेश विशेषज्ञा नानाभाषा सुकोविदाः । संकेतोदंतनिपुणा नैकास्वैरचरा मुदा

Elles sont expertes des usages de maints pays, très versées en de nombreuses langues, habiles aux signes et allusions secrètes, et—dans la joie—se meuvent librement de bien des façons.

Verse 5

लीलानर्मसुसाभिज्ञाः सुप्रलापेषु पंडिताः । यूनां मनांसि सततं स्वैर्हावै रमयंत्यमूः

Versées dans les arts du jeu et de la plaisanterie amoureuse, savantes en propos délicats, ces Apsarās réjouissent sans cesse l’esprit des jeunes hommes par leurs gestes gracieux et leur coquetterie.

Verse 6

निर्मथ्यमानात्क्षीरोदात्पूर्वमप्सरसस्त्वमूः । निःसृतास्त्रिजगज्जेतुर्मोहनास्त्रमनोभुवः

Lorsque l’Océan de Lait fut d’abord baratté, ces Apsarās en jaillirent. Elles sont l’arme d’enchantement de Manobhū (Kāma), le vainqueur des trois mondes.

Verse 7

उर्वशी मेनका रंभा चंद्रलेखा तिलोत्तमा । वपुष्मतीकांतिमती लीलावत्युत्पलावती

Urvaśī, Menakā, Rambhā, Candralekhā, Tilottamā; ainsi que Vapuṣmatī, Kāntimatī, Līlāvatī et Utpalāvatī—(telles sont, parmi d’autres, les Apsarās).

Verse 8

अलंबुषा गुणवती स्थूलकेशी कलावती । कलानिधिर्गुणनिधिः कर्पूरतिलकोर्वरा

Alambuṣā, Guṇavatī, Sthūlakeśī, Kalāvatī; Kalānidhi, Guṇanidhi, Karpūratilakā et Orvarā—(celles-ci aussi comptent parmi les Apsarās).

Verse 9

अनंगलतिका चापि तथा मदनमोहिनी । चकोराक्षी चंद्रकला तथा मुनिमनोहरा

Anaṅgalatikā aussi, ainsi que Madanamohinī ; Cakorākṣī, Candrakalā, et de même Munimanoharā — telles sont comptées parmi les Apsarās.

Verse 10

ग्रावद्रावा तपोद्वेष्टी चारुनासा सुकर्णिका । दारुसंजीविनी सुश्रीः क्रतुशुल्का शुभानना

Grāvadrāvā, Tapodveṣṭī, Cārunāsā, Sukarṇikā ; Dārusaṃjīvinī, Suśrī, Kratuśulkā et Śubhānanā — elles aussi sont parmi les Apsarās.

Verse 11

तपःशुल्का तीर्थशुल्का दानशुल्का हिमावती । पंचाश्वमेधिका चैव राजसूयार्थिनी तथा

Tapaḥśulkā, Tīrthaśulkā, Dānaśulkā, Himāvatī ; et encore Paṃcāśvamedhikā, ainsi que Rājasūyārthinī — elles sont parmi les Apsarās.

Verse 12

अष्टाग्निहोमिका तद्वद्वाजपेयशतोद्भवा । इत्याद्यप्सरसां श्रेष्ठं सहस्रं षष्टिसंमितम्

Aṣṭāgnihomikā, et de même Vājapeyaśatodbhavā — et ainsi de suite. Les plus éminentes des Apsarās sont au nombre de mille soixante.

Verse 13

एतस्मिन्नप्सरोलोके वसंत्यन्या अपिस्त्रियः । सदा स्खलितलावण्याः सदास्खलितयौवनाः

En ce monde des Apsarās demeurent encore bien d’autres femmes : toujours débordantes de beauté, toujours pleines d’une jeunesse inépuisable.

Verse 14

दिव्यांबरा दिव्यमाल्या दिव्यगंधानुलेपनाः । दिव्यभोगैः सुसंपन्नाः स्वेच्छाविधृतविग्रहाः

Revêtues d’habits divins, parées de guirlandes célestes et ointes de parfums du ciel, elles sont comblées de jouissances supraterrestres et prennent la forme selon leur volonté.

Verse 15

कृत्वा मासोपवासानि स्खलंति ब्रह्मचर्यतः । सकृदेव द्विकृत्वो वा त्रिःकृत्वो दैवयोगतः

Même après avoir gardé des jeûnes d’un mois, il peut leur arriver de faillir au vœu de brahmacarya—une fois, deux fois, voire trois—sous l’emprise du destin (daiva).

Verse 16

ता इमा दिव्यभोगिन्यो रूपलावण्यसंपदः । निवसंत्यप्सरोलोके सर्वकामसमन्विताः

Ces femmes, jouissant des plaisirs célestes et comblées de beauté et de grâce, demeurent dans le monde des Apsaras, pourvues de tout ce que l’on peut désirer.

Verse 17

कृत्वा व्रतानि सांगानि कामिकानि विधानतः । भवंति स्वैरचारिण्यो देवभोग्या इहागताः

Ayant accompli selon la règle les vœux qui exaucent les désirs, avec tous leurs membres auxiliaires, elles deviennent ici des femmes allant librement, dignes d’être goûtées dans la jouissance divine.

Verse 18

पतिव्रतधृता नार्यो बलेन बलिना धृताः । भर्तबुद्ध्यारमंतेतं कदाचित्ता इमा द्विज

Ces femmes—fermes dans le pativratā, la fidélité à l’époux—sont maintenues par une force puissante; et, ô deux-fois-né (dvija), parfois elles se réjouissent en lui, le tenant pour leur mari.

Verse 19

भर्तरि प्रोषिते याश्च ब्रह्मचर्यव्रताः सदा । विप्लवं ते सकृद्दैवात्ता एता वामलोचनाः

Et celles dont les époux étaient au loin, toujours établies dans le vœu de continence : par décret du destin elles connurent une unique défaillance ; ainsi devinrent-elles ces femmes aux beaux yeux.

Verse 20

कुसुमानि सुगंधीनि सुवासं चंदनं तथा । सुगौरं चापि कर्पूरं सुसूक्ष्माण्यंबराणि च

Des fleurs odorantes, des parfums exquis, ainsi que le santal ; du camphre d’une blancheur éclatante, et des étoffes d’une finesse extrême—(tels sont les offrandes à disposer).

Verse 21

पर्णानि ऋजुताराणि जीर्णानि कठिनानि च । साग्राणि स्वर्णवर्णानि स्थूलनीलशिराणि च

Des feuilles : droites et fermes ; anciennes et dures ; aux pointes aiguës ; d’une teinte dorée ; et encore marquées de grosses nervures bleues—(telles sont celles qu’on choisit).

Verse 22

सुवासोपस्कराढ्यानि नागवल्ल्या द्विजोत्तम । शय्याविचित्राभरणा रतिशालोचितानि च

Richement pourvus de beaux vêtements et d’objets de luxe, avec la liane de bétel, ô meilleur des deux-fois-nés ; ornés de lits splendides et de parures, et de tout ce qui sied aux chambres du plaisir.

Verse 23

बहुकौतुकवस्तूनि समर्च्यद्विजदंपती । भोगदानमिदं काम्यं प्रतिसंक्रमणं रवेः

Après avoir dûment honoré le couple de brahmanes par de nombreux objets réjouissants, on accomplira ce « don des jouissances » tant désiré lors du saṃkramaṇa de Ravi, le passage du Soleil.

Verse 24

किंवा प्रतिव्यतीपातमेकसंवत्सरावधि । कोदादिति च मंत्रेण या दद्याद्वरवर्णिनी

Ou bien, durant une année entière, à chaque occurrence de prativyatīpāta, la femme noble et belle qui fait l’aumône en récitant le mantra « kodāditi » obtient le mérite énoncé.

Verse 25

कामरूपधरो देवः प्रीयतामिति वादिनी । सा श्रेष्ठाऽप्सरसां मध्ये वसेत्कल्पमिहांगना

Disant : « Que le dieu qui prend des formes à volonté soit satisfait », cette femme—la plus éminente parmi les Apsaras—demeura là pendant un kalpa entier.

Verse 26

कन्यारूपधराकाचिद्याभुक्ता केनचित्क्वचित् । देवरूपेण तं कालमारभ्य ब्रह्मचारिणी

Une certaine femme, ayant pris la forme d’une jeune fille, fut un jour goûtée par quelqu’un quelque part ; dès lors—puisque cela advint sous une forme divine—elle vécut en brahmacāriṇī, dans la chasteté.

Verse 27

तदेव वृत्तं ध्यायंती निधनं याति कालतः । दिव्यरूपधरा सेह जायते दिव्य भोगभाक्

Méditant sur cet événement même, elle parvint à la mort en son temps ; puis, revêtue d’une forme divine, elle naquit ici et jouit des délices célestes.

Verse 28

निदानमप्सरोलोकस्येतिशृण्वन्द्विजाग्रणीः । सौरं लोकमथ प्राप्य क्षणेन स विमानगः

Ayant ainsi entendu la cause d’obtenir le monde des Apsaras, ô meilleur des deux-fois-nés, lui—monté sur un vimāna céleste—atteignit en un instant le monde solaire.

Verse 29

यथा कदंबकुसुमं किंजल्कैः सर्वतोवृतम् । देदीप्यमानं हि तथा समंताद्भानुभानुभिः

Tel le bouton de kadamba, enveloppé de toutes parts par ses filaments de pollen, il resplendit ; ainsi, de tous côtés, cela flamboyait de rayons sur rayons de lumière.

Verse 30

दूराद्रविं स विज्ञाय धृततामरसद्वयम् । नवभिर्योजनानां च सहस्रैः संमितेन ह

Reconnaissant le Soleil de loin, il tenait une paire de lotus ; et le disque du Soleil, dit-on, mesurait neuf mille yojanas.

Verse 31

विचित्रेणैकचक्रेण सप्तसप्तियुतेन च । अनूरुणाधिष्ठितेन पुरतोधृतरश्मिना

Avec un merveilleux char à une seule roue, attelé de sept chevaux ; avec Anūruṇa pour cocher, et les rayons déployés en avant—

Verse 32

अप्सरोमुनिगंधर्व सर्पग्रामणि नैरृतैः । स्यंदनेनातिजविना प्रणनाम कृतांजलिः

Entouré d’Apsaras, de munis, de Gandharvas, de seigneurs des serpents et de Nairṛtas, lui—sur un char d’une extrême vitesse—se prosterna, les paumes jointes.

Verse 33

तस्य प्रणामंदेवोपि भ्रूभंगेनानुमन्य च । अतिदूरं नभोवर्त्म व्यतिचक्राम सक्षणात्

Même le dieu agréa sa prosternation d’un simple mouvement des sourcils ; et, en un instant, il franchit la lointaine voie du ciel.

Verse 34

प्रक्रांते द्युमणौ दूरं शिवशर्मातिशर्मवान् । प्रोवाच भगवद्भक्तौ कथं लभ्यं रवेः पदम्

Quand le Resplendissant fut allé loin devant, Śivaśarman, rempli d’une grande joie, demanda : «Par la bhakti envers le Seigneur, comment obtient-on la demeure du Soleil ?»

Verse 35

एतदिच्छाम्यहं श्रोतुमाचक्षाथां ममाग्रतः । सतां साप्तपदी मैत्री तन्मे मैत्र्या प्रणोदितौ

«Je désire entendre cela : dis-le-moi clairement, devant moi. Parmi les vertueux, l’amitié est scellée par les “sept pas” ; ainsi, poussés par l’amitié, dites-le-moi.»

Verse 36

गणावूचतुः । शृणु द्विज महाप्राज्ञ त्वय्यकथ्यं न किंचन । सत्संगादेव साधूनां सत्कथा संप्रवर्तते

Les Gaṇas dirent : «Écoute, ô brāhmane très sage ; il n’est rien qui ne doive t’être dit. En vérité, c’est de la seule compagnie des saints que naît et se déploie la parole sacrée.»

Verse 37

नियंता सर्वभूतानां य एकःकारणं परम् । अनामा गोत्ररहितो रूपादि परिवर्जितः

«Il est l’unique Cause suprême et le maître de tous les êtres : sans nom, sans lignée, au-delà de la forme et de tout attribut semblable.»

Verse 38

आविर्भाव तिरोभावौ यद्भूनर्तनवर्तिनौ । स एव वक्ति सततं सर्वात्मा वेदपूरुषः

«En Lui opèrent l’apparition et la disparition au sein de la danse des êtres ; Lui seul parle sans cesse comme le Soi intérieur de tous, le Puruṣa du Veda.»

Verse 39

योसावादित्यपुरुषः सोसावहमिति स्फुटम् । अंधतमः प्रविशंति ये चैवान्यमुपासते

Cette Personne dans le Soleil—c’est bien Lui qui est le « Je » : cela est évident. Ceux qui vénèrent autre chose entrent dans une ténèbre aveuglante.

Verse 40

निश्चितार्थां श्रुतिमिमां ब्राह्मणासो द्विजोत्तम । तमेकमुपतिष्ठंते निश्चित्येति पुनःपुनः

Ô meilleur des deux-fois-nés, les brāhmanes, ayant établi le sens arrêté de cette śruti, n’adorent que l’Unique, l’ayant reconnu encore et encore.

Verse 41

उपलभ्य च सावित्रीं नोपतिष्ठेत यः पराम् । काले त्रिकालं सप्ताहात्स पतेन्नात्र संशयः

Ayant reçu la suprême Sāvitrī (Gāyatrī), celui qui ne l’honore pas aux temps prescrits—trois fois par jour—tombe en sept jours; là-dessus, nul doute.

Verse 42

तावत्प्रातर्जपंस्तिष्ठेद्यावदर्धोदयो रवेः । आसनस्थो जपेन्मौनी प्रत्यगातारकोदयात्

Le matin, qu’on demeure dans le japa jusqu’à ce que le soleil soit à demi levé. Assis sur un siège convenable, en silence, qu’on poursuive le japa jusqu’à ce que le lever de l’étoile du matin soit passé.

Verse 43

सादित्यां मध्यमां संध्यां जपेदादित्यसंमुखः । काललोपो न कर्तव्यस्ततः कालं प्रतीक्षयेत्

À la sandhyā de midi, qu’on récite en faisant face au Soleil. Qu’on ne retranche pas le temps prescrit; qu’on attende donc l’instant juste et qu’on l’accomplisse.

Verse 44

काले फलंत्योषधयः काले पुष्पंति पादपाः । वर्षंति तोयदाः काले तस्मात्कालं न लंघयेत्

En son temps, les herbes portent fruit; en son temps, les arbres fleurissent; en son temps, les nuées versent la pluie; c’est pourquoi nul ne doit franchir le temps prescrit.

Verse 45

मंदेहदेहनाशार्थमुदयास्तमये रविः । समीहते द्विजोत्सृष्टं मंत्रतोयांजलित्रयम्

Au lever et au coucher du soleil, le Soleil s’emploie à détruire les corps des Mandéhas; c’est pourquoi il désire les trois poignées d’eau, sanctifiées par le mantra, offertes par un dvija, le « deux-fois-né ».

Verse 46

गायत्रीमंत्रतोयाढ्यं दत्तं येनांजलित्रयम् । काले सवित्रे किं न स्यात्तेन दत्तं जगत्त्रयम्

Celui qui, au moment prescrit, offre à Savitṛ trois poignées d’eau imprégnées du mantra Gāyatrī—qu’est-ce qui ne lui serait pas accordé ? C’est comme s’il avait fait don des trois mondes.

Verse 47

किं किं न सविता सूते काले सम्यगुपासितः । आयुरारोग्यमैश्वर्यं वसूनि सपशूनि च

Qu’est-ce que Savitṛ ne prodigue pas, lorsqu’il est honoré comme il se doit au temps prescrit ? Il accorde longue vie, santé, prospérité, richesses, et même le bétail.

Verse 48

मित्रपुत्र कलत्राणि क्षेत्राणि विविधानि च । भोगानष्टविधांश्चापि स्वर्गं चाप्यपवर्गकम्

Il accorde amis, fils et épouses; des terres de diverses sortes; les jouissances en huit formes également—ainsi que le ciel, et même la délivrance suprême, la mokṣa.

Verse 49

अष्टादश सुविद्यासु मीमांसातिगरीयसी । ततोपि तर्कशास्त्राणि पुराणं तेभ्य एव च

Parmi les dix-huit disciplines nobles, la Mīmāṃsā est la plus pondérée ; plus élevés encore sont les traités de logique, et plus élevé qu’eux est le Purāṇa.

Verse 50

ततोपि धर्मशास्त्राणि तेभ्यो गुर्वी श्रुतिर्द्विज । ततोप्युपनिषच्छ्रेष्ठा गायत्री च ततोधिका

Plus élevés encore que ceux-là sont les Dharmaśāstra ; plus pondérée qu’eux, ô deux-fois-né, est la Śruti. Plus hautes encore sont les Upaniṣad, et supérieure même à elles est la Gāyatrī.

Verse 51

दुर्लभा सर्वमंत्रेषु गायत्री प्रणवान्विता । न गायत्र्याधिकं किंचित्त्रयीषु परिगीयते

Parmi tous les mantras, la Gāyatrī—unie au Praṇava—est vraiment rare. Dans les trois Veda, rien n’est chanté comme supérieur à la Gāyatrī.

Verse 52

न गायत्री समो मंत्रो न काशी सदृशी पुरी । न विश्वेश समं लिंगं सत्यंसत्यं पुनःपुनः

Aucun mantra n’égale la Gāyatrī ; nulle cité ne ressemble à Kāśī ; nul liṅga n’est égal à Viśveśa : c’est vérité, vérité, encore et encore.

Verse 53

गायत्री वेदजननी गायत्री ब्राह्मणप्रसूः । गातारं त्रायते यस्माद्गायत्री तेन गीयते

La Gāyatrī est la mère des Veda ; la Gāyatrī enfante les brāhmaṇa. Parce qu’elle protège (trāyate) le chanteur/récitant (gātā), on la nomme donc « Gāyatrī ».

Verse 54

वाच्यवाचकसंबंधो गायत्र्याः सवितुर्द्वयोः । वाच्योसौ सविता साक्षाद्गायत्रीवाचिकापरा

Entre Gāyatrī et Savitṛ se tient le lien du « signifié » et du « signifiant ». Savitṛ est lui-même, directement, ce qui est signifié ; Gāyatrī est l’expression suprême qui signifie.

Verse 55

प्रभावेणैव गायत्र्याः क्षत्रियः कौशिको वशी । राजर्षित्वं परित्यज्य ब्रह्मर्षिपदमीयिवान्

Par la seule puissance de Gāyatrī, Kauśika, maître de lui-même—bien que Kṣatriya—délaissa l’état de rājārṣi et parvint au rang de Brahmarṣi.

Verse 56

सामर्थ्यं प्राप चात्युच्चैरन्यद्भुवनसर्जने । किं किं न दद्याद्गायत्री सम्यगेवमुपासिता

Il obtint une puissance extrêmement élevée, jusqu’à pouvoir créer d’autres mondes. Que ne donnerait donc pas Gāyatrī, lorsqu’on l’adore ainsi avec justesse ?

Verse 57

न ब्राह्मणो वेदपाठान्न शास्त्रपठनादपि । देव्यास्त्रिकालमभ्यासाद्बाह्मणः स्याद्धि नान्यथा

On ne devient pas un véritable Brāhmaṇa par la seule récitation des Veda, ni même par l’étude des śāstra. C’est par la pratique de la Déesse (Gāyatrī) trois fois par jour que l’on devient Brāhmaṇa, et non autrement.

Verse 58

गायत्र्येव परं विष्णुर्गायत्र्येव परःशिवः । गायत्र्येव परोब्रह्मा गायत्र्येव त्रयी ततः

Gāyatrī seule est le Viṣṇu suprême ; Gāyatrī seule est le Śiva suprême. Gāyatrī seule est le Brahmā suprême ; ainsi Gāyatrī seule est la Triade même et le Veda triple.

Verse 59

देवत्रयं स भगवानंशुमाली दिवाकरः । सर्वेषां महसां राशिः कालकालप्रवर्तकः

Ce Soleil bienheureux—ceint de rayons, artisan du jour—est à lui seul la triade des dieux. Il est le trésor de toutes les splendeurs et l’ordonnateur du temps et de ses cycles.

Verse 60

अर्कमुद्दिश्य सततमस्मल्लोकनिवासिनः । श्रुतिं ह्युदाहरंतीमां सारासारविवेकिनः

Ayant le Soleil pour objet, les sages discernants—qui distinguent l’essentiel du non-essentiel—récitent sans cesse, parmi les gens de notre monde, cette parole védique.

Verse 61

एषो ह देवः प्रदिशोनु सर्वाः पूर्वो ह जातः स उ गर्भे अंतः । स एव जातः स जनिष्यमाणः प्रत्यङ्जानास्तिष्ठति सर्वतोमुखः

Ce Deva même imprègne toutes les directions; né le premier, il demeure aussi au sein du ventre. Lui seul naît, et lui est encore à naître; tourné vers l’intérieur, il se tient avec des visages de tous côtés.

Verse 62

सदैवमुपतिष्ठेरन्सौरसूक्तैरतंद्रिताः । ये नमंत्यत्र ते विप्रा विप्रा भास्करसन्निभाः

Qu’ils le servent toujours, sans relâche, par les Saurasūktas. Les brāhmanes qui s’inclinent ici deviennent des brāhmanes resplendissants comme Bhāskara, le Soleil.

Verse 63

पुष्यार्केप्यथ हस्तार्के मूलार्केप्यथवा द्विज । उत्तरार्केऽथ यत्कार्यं तत्फलत्येव नान्यथा

Ô deux-fois-né, que ce soit un jour de Puṣya-Soleil, de Hasta-Soleil, de Mūla-Soleil ou d’Uttara-Soleil, tout rite accompli alors porte assurément son fruit, et non autrement.

Verse 64

पौषे मास्यर्कदिवसे यः स्नात्वा भास्करोदये । दानहोमंजपंकुर्यादर्चामर्कस्य सुव्रत

Ô toi qui observes un vœu parfait : au mois de Pauṣa, au jour sacré du Soleil, après t’être baigné à l’aurore de Bhāskara, quiconque accomplit l’aumône, l’offrande au feu et le japa, et vénère le Soleil, obtient le mérite annoncé.

Verse 65

श्रद्धावानेकभक्तश्च कामक्रोधविवर्जितः । सहाप्सरोभिर्द्युतिमान्स वसेदत्र भोगवान्

Celui qui est plein de foi, dévot d’un culte à l’unique intention, et délivré du désir et de la colère, demeure ici dans une splendeur rayonnante, jouissant des félicités divines avec les apsarās.

Verse 66

अयने विषुवे चापि षडशीतिमुखेषु वा । विष्णुपद्यां च ये दद्युर्महादानानि सुव्रताः

Ces observants au vœu discipliné qui offrent de grands dons aux solstices, aux équinoxes, à l’ouverture des quatre-vingt-six jonctions sacrées, et aussi en Viṣṇupadī, sont loués comme gardiens de vœux nobles.

Verse 67

तिलाञ्जुह्वति साज्यांश्च ब्राह्मणान्भोजयंति च । पितॄनुद्दिश्य च श्राद्धं ये कुर्वंति विपश्चितः

Les sages qui offrent du sésame au feu avec du ghee, qui nourrissent les brāhmaṇas et qui accomplissent le śrāddha destiné aux ancêtres : de tels actes sont tenus pour un dharma riche en mérite.

Verse 68

महापूजां च ये कुर्युर्महामंत्राञ्जपंति च । तेऽत्र वैकर्तने लोके विकर्तनसमप्रभा

Ceux qui accomplissent une grande pūjā et récitent les mahāmantras, ici, dans le monde lumineux de Vaikartana, resplendissent d’un éclat égal à celui de Vikartana, le Soleil.

Verse 69

न दरिद्रा न च दुःखार्ता न व्याधि परिपीडिताः । संक्रमेष्वर्कभक्ता ये न विरूपा न दुर्भगाः

Ceux qui, au moment de la saṅkrānti, sont dévots d’Arka (le Soleil) ne connaissent ni pauvreté, ni affliction de chagrin, ni tourment de maladie ; ils ne sont ni laids ni malheureux.

Verse 70

संक्रमेषु न यैर्दत्तं न स्नातं तीर्थवारिषु । विशेषहोमो न कृतः कपिलाज्याप्लुतैस्तिलैः

Ceux qui, à la saṅkrānti, ne font pas l’aumône, ne se baignent pas dans les eaux d’un tīrtha, et n’accomplissent pas le homa particulier avec du sésame trempé dans le ghee d’une vache kapilā—

Verse 71

ते दृश्यंते प्रतिद्वारं विहीन नयनाननाः । देहिदेहीति जल्पंतो देहिनः सपटच्चराः

On les voit à chaque porte, privés d’yeux et de visage, bredouillant : «Donne, donne !»—êtres incarnés errant, vêtus de haillons et de lambeaux.

Verse 72

समं कृष्णलकेनापि यो दद्यात्कांचनं कृती । सूर्यग्रहे कुरुक्षेत्रे स वसेदत्र पुण्यभाक्

Fût-ce seulement à la mesure d’une graine noire, l’homme capable qui offre de l’or à Kurukṣetra lors d’une éclipse solaire demeure ici, participant d’un grand mérite.

Verse 73

सर्वं गंगासमं तोयं सर्वे ब्रह्मसमा द्विजाः । सर्वं देयं स्वर्णसमं राहुग्रस्ते दिवाकरे

Quand le faiseur du jour (le Soleil) est saisi par Rāhu, toute eau devient égale au Gaṅgā, tous les brāhmaṇas égaux à Brahmā, et tout don égal à l’offrande d’or.

Verse 74

दत्तं जप्तं हुतं स्नातं यत्किंचित्सदनुष्ठितम् । भानूपरागे श्राद्धादि तद्धेतुर्ब्रध्न संनिधे

Tout ce qui est accompli selon le dharma—dāna (aumône), japa (récitation), homa (oblation), bain rituel, et rites tels que le śrāddha—lorsqu’il est fait durant une éclipse solaire, devient souverainement efficace en la présence de Bradhna (le Soleil).

Verse 75

रविवारे संक्रमश्चेदुपरागोऽथवाभवेत् । तदा यदर्जितं पुण्यं तदिहाक्षयमाप्यते

Si le jour de Ravi (dimanche) coïncide avec un saṃkrānti (passage solaire) ou une éclipse, alors le puṇya acquis en ce moment devient impérissable, ici même en cette vie.

Verse 76

भानुवारो यदा षष्ठ्यां सप्तम्यामथ जायते । तदा यत्सुकृतं कर्म कृतं तदिह भुज्यते

Lorsque le dimanche tombe au sixième ou au septième tithi lunaire (ṣaṣṭhī ou saptamī), l’action méritoire accomplie alors porte son fruit, à goûter ici même.

Verse 77

हंसो भानुः सहस्रांशुस्तपनस्तापनो रवि । विकर्तनो विवस्वांश्च विश्वकर्मा विभावसुः

Haṃsa, Bhānu, Sahasrāṃśu, Tapana, Tāpana, Ravi ; Vikartana, Vivasvān, Viśvakarmā et Vibhāvasu : tels sont les noms de Sūrya.

Verse 78

विश्वरूपो विश्वकर्ता मार्तंडो मिहिरोंऽशुमान् । आदित्यश्चोष्णगुः सूर्योऽर्यमा ब्रध्नो दिवाकरः

Viśvarūpa, Viśvakartā, Mārtaṇḍa, Mihira, Aṃśumān ; Āditya, Uṣṇagu, Sūrya, Aryamā, Bradhna et Divākara : tels sont les noms du Soleil.

Verse 79

द्वादशात्मा सप्तहयो भास्करो हस्करः खगः । सुरः प्रभाकरः श्रीमांल्लोकचक्षुर्ग्रहेश्वरः

Dvādaśātmā, Saptahaya, Bhāskara, Haskara, Khaga ; Sura, Prabhākara, Śrīmān, Lokacakṣus et Graheśvara — tels sont les noms sacrés du Soleil.

Verse 80

त्रिलोकेशो लोकसाक्षीतमोरिः शाश्वतः शुचिः । गभस्तिहस्तस्तीव्रांशुस्तरणिः सुमहोरणिः

Trilokeśa, Lokasākṣin, Tamori, Śāśvata, Śuci ; Gabhastihasta, Tīvrāṃśu, Taraṇi et Sumahoraṇi — tels sont les noms sacrés du Soleil.

Verse 81

द्युमणिर्हरिदश्वोर्को भानुमान्भयनाशनः । छन्दोश्वो वेदवेद्यश्च भास्वान्पूषा वृषाकपिः

Dyumaṇi, Haridaśva, Arka, Bhānumān, Bhayanāśana ; Chandōśva, Vedavedya, Bhāsvān, Pūṣā et Vṛṣākapi — tels sont les noms sacrés du Soleil.

Verse 82

एकचक्ररथो मित्रो मंदेहारिस्तमिस्रहा । दैत्यहा पापहर्ता च धर्मोधर्म प्रकाशकः

Ekacakraratha, Mitra, vainqueur des Mandeha, dissipateur des ténèbres ; meurtrier des daityas, ôteur du péché, révélateur du dharma et de l’adharma — tels sont les noms du Soleil.

Verse 83

हेलिकश्चित्रभानुश्च कलिघ्नस्तार्क्ष्यवाहनः । दिक्पतिः पद्मिनीनाथः कुशेशयकरो हरिः

Helika, Citrabhānu, destructeur de Kali, celui dont la monture est Tārkṣya ; seigneur des directions, seigneur des bosquets de lotus, créateur du lotus kuśeśaya, Hari — tels sont les noms du Soleil.

Verse 84

घर्मरश्मिर्दुर्निरीक्ष्यश्चंडांशुः कश्यपात्मजः । एभिः सप्ततिसंख्याकैः पुण्यैः सूर्यस्य नामभिः

Gharmaraśmi, Durnirīkṣya, Caṇḍāṃśu et Kaśyapātmaja : par ces Noms méritoires de Sūrya, au nombre de soixante-dix, on le célèbre.

Verse 85

प्रणवादि चतुर्थ्यंतैर्नमस्कार समन्वितैः । प्रत्येकमुच्चरन्नाम दृष्ट्वादृष्ट्वा दिवाकरम्

En commençant par Oṁ et en finissant par le datif (—āya), accompagné d’actes de salutation révérencieuse, qu’on prononce chaque Nom à son tour, en contemplant sans cesse le Soleil, le Faiseur du jour.

Verse 86

विगृह्य पाणियुग्मेन ताम्रपात्रं सुनिर्मलम् । जानुभ्यामवनिं गत्वा परिपूर्य जलेन च

Saisissant des deux mains un vase de cuivre très pur, et s’abaissant au sol sur les genoux, qu’on le remplisse entièrement d’eau.

Verse 87

करवीरादि कुसुमै रक्तचंदनमिश्रितैः । दूर्वांकुरैरक्षतैश्च निक्षिप्तैः पात्रमध्यतः

Avec des fleurs telles que le karavīra (laurier-rose), mêlées de santal rouge, et avec des pousses de dūrvā et des grains de riz intacts déposés au milieu du vase—

Verse 88

दद्यादर्घ्यमनर्घ्याय सवित्रे ध्यानपूर्वकम् । उपमौलि समानीय तत्पात्रं नान्यदृङ्मनाः

Qu’on offre l’arghya—d’un prix inestimable—à Savitṛ, après la méditation; portant ce vase jusqu’au sommet de la tête, le regard et l’esprit fixés sur rien d’autre.

Verse 89

प्रतिमंत्रं नमस्कुर्यादुदयास्तमये रविम् । अनया नामसप्तत्या महामंत्ररहस्यया

À chaque mantra, qu’on se prosterne devant Ravi au lever et au coucher du soleil ; par cet ensemble de soixante-dix Noms, secret du grand mantra.

Verse 90

एवं कुर्वन्नरो जातु न दरिद्रो न दुःखभाक् । व्याधिभिर्मुच्यते घोरैरपिजन्मांतरार्जितैः

Celui qui agit ainsi n’est jamais pauvre ni chargé de peine ; il est délivré des maladies terribles, même de celles acquises dans des naissances antérieures.

Verse 91

विनौषधैर्विना वैद्यैर्विनापथ्यपरिग्रहैः । कालेन निधनं प्राप्तः सूर्यलोके महीयते

Sans remèdes, sans médecins, et sans suivre de règles de diète, lorsqu’il atteint la mort en son temps, il est honoré dans le monde du Soleil.

Verse 92

इत्येकदेशः कथितो भानुलोकस्य सत्तम । महातेजोनिधेरस्य कोविशेषमवैत्यहो

Ainsi, ô meilleur des vertueux, seule une infime part du royaume de Bhānu a été dite. Qui donc pourrait saisir pleinement la grandeur de ce trésor d’immense splendeur ?

Verse 93

स्वकर्णविषयीकुर्वन्नितिपुण्यकथामिमाम् । क्षणादालोकयांचक्रे महेंद्रस्य महापुरीम्

Ayant ainsi fait entrer en son oreille ce récit méritoire, en un instant il contempla la grande cité de Mahendra (Indra).

Verse 94

अगस्तिरुवाच । श्रुत्वा सौरीं कथमेतामप्सरोलोकसंयुताम् । न दरिद्रो भवेत्क्वापि नाधर्मेषु प्रवर्तते

Agastya dit : Ayant entendu ce récit sacré de Saurī, lié au monde des Apsaras, nul ne devient pauvre où que ce soit, et nul ne s’incline vers les actes d’adharma.

Verse 95

ब्राह्मणैः सततं श्राव्यमिदमाख्यानमुत्तमम् । वेदपाठेन यत्पुण्यं तत्पुण्यफलदायकम्

Ce récit sacré, excellent entre tous, doit être sans cesse récité et entendu par les brāhmaṇas. Il accorde le fruit du mérite même qui naît de la récitation des Veda.

Verse 96

ब्राह्मणाः क्षत्रिया वैश्याः शृण्वंतोऽध्यायमुत्तमम् । पातकानि विसृज्येह गतिं यास्यंत्यनुत्तमाम्

Les brāhmaṇas, kṣatriyas et vaiśyas qui écoutent ce chapitre excellent rejettent ici même leurs péchés et atteignent une destinée spirituelle sans égale.