Adhyaya 38
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 38

Adhyaya 38

Ce chapitre présente un exposé théologico‑éthique concis attribué à Skanda, décrivant les classifications normatives et les conséquences des conduites dans la vie domestique. Il s’ouvre sur une typologie en huit formes de mariage (vivāha), distinguant les formes conformes au dharma—telles que brāhma, daiva, ārṣa, prājāpatya—des formes blâmées ou moralement inférieures—telles que āsura, gāndharva, rākṣasa, paiśāca—et reliant chacune à des effets purificateurs ou délétères. Le discours s’élargit ensuite à la discipline du maître de maison : régulation de l’union conjugale avec insistance sur le temps approprié (ṛtu-kāla), mises en garde contre les moments et contextes impropres, et ensemble de règles d’ācāra concernant pureté, parole, retenue et relations sociales. Une section majeure détaille le pañca‑yajña et l’éthique de l’hospitalité, soulignant le poids moral de l’honneur rendu à l’hôte (atithi), les offrandes quotidiennes (vaiśvadeva) et les conséquences de la négligence. Le chapitre donne aussi des indications sur la charité (dāna) et ses fruits, avertit des conditions d’anadhyāya (temps où l’étude ou l’enseignement ne conviennent pas), et propose des maximes : dire la vérité de manière bénéfique et éviter les fréquentations nuisibles. La conclusion revient au cadre de Kāśī, préparant l’éloge ultérieur de l’importance d’Avimukta.

Shlokas

Verse 1

स्कंद उवाच । विवाहा ब्राह्म दैवार्षाः प्राजापत्यासुरौ तथा । गांधर्वो राक्षसश्चापि पैशाचोऽष्टम उच्यते

Skanda dit : Les formes de mariage sont appelées Brāhma, Daiva, Ārṣa, ainsi que Prājāpatya et Āsura ; de même Gāndharva et Rākṣasa — et la huitième est dite Paiśāca.

Verse 2

स ब्राह्मो वरमाहूय यत्र कन्या स्वलंकृता । दीयते तत्सुतः पूयात्पुरुषानेकविंशतिम्

On appelle cela le mariage Brāhma : là où, après avoir convié l’époux, la jeune fille—parée—lui est donnée. Le fils né de cette union purifie vingt et une générations d’hommes.

Verse 3

यज्ञस्थायर्त्विजे दैवस्तज्जःपाति चतुर्दश । वरादादाय गोद्वंद्वमार्षस्तज्जः पुनाति षट्

Le mariage Daiva est celui où l’épouse est donnée à un prêtre officiant au sacrifice ; le fils qui en naît protège quatorze générations. Le mariage Ārṣa est celui où l’on reçoit de l’époux une paire de vaches ; le fils qui en naît purifie six générations.

Verse 4

सहोभौ चरतां धर्ममित्युक्त्वा दीयतेर्थिने । यत्र कन्या प्राजापत्यस्तज्जो वंशान्पुनाति षट्

Là où la jeune fille est donnée à un prétendant digne après avoir dit : «Puissiez-vous tous deux pratiquer ensemble le dharma», tel est le mariage Prājāpatya ; le fils qui en naît purifie six lignées.

Verse 5

चत्वार एते विप्राणां धर्म्याः पाणिग्रहाः स्मृताः । आसुरः क्रयणाद्द्रव्यैर्गांधर्वोन्योन्य मैत्रतः

Ces quatre-là sont tenus pour les formes de mariage conformes au dharma chez les brāhmanes. Le mariage Āsura procède d’un achat par les richesses, tandis que le Gāndharva naît de l’affection réciproque.

Verse 6

प्रसह्यकन्याहरणाद्राक्षसो निंदितः सताम् । छलेन कन्याहरणात्पैशाचो गर्हितोऽष्टमः

Le mariage Rākṣasa, issu de l’enlèvement forcé d’une jeune fille, est blâmé par les gens vertueux. Le Paiśāca —le huitième—, né de l’enlèvement par la ruse, est pareillement réprouvé.

Verse 7

प्रायः क्षत्रविशोरुक्ता गांधर्वासुरराक्षसाः । अष्टमस्त्वेष पापिष्ठः पापिष्ठानां च संभवेत्

Le plus souvent, les formes de mariage dites Gāndharva, Āsura et Rākṣasa sont déclarées pour les Kṣatriya et les Vaiśya. Mais ce huitième type est le plus pécheur : il naît chez les plus pervers.

Verse 8

सवर्णया करो ग्राह्यो धार्यः क्षत्रियया शरः । प्रतोदो वैश्यया धार्यो वासोंतः पज्जया तथा

Avec une femme de sa propre varṇa, on doit prendre la main (en mariage). Avec une femme Kṣatriya, on tient une flèche ; avec une femme Vaiśya, un aiguillon ; et de même, avec une femme Śūdra, on tient l’ourlet d’un vêtement.

Verse 9

असवर्णस्त्वेष विधिः स्मृतो दृष्टश्च वेदने । सवर्णाभिस्तु सर्वाभिः पाणिर्ग्राह्यस्त्वयं विधिः

Ce procédé est rappelé et se trouve aussi dans l’enseignement faisant autorité pour les unions entre varṇa différents. Mais pour toutes les femmes de même varṇa, la règle ici est que seule la main doit être prise, selon le rite juste.

Verse 10

धर्म्यैर्विवाहैर्जायंते धर्म्या एव शतायुषः । अधर्म्यैर्धर्मरहिता मंदभाग्यधनायुषः

Des mariages conformes au dharma naissent des enfants vertueux, vivant longuement jusqu’à cent ans. Des mariages contraires au dharma naissent des êtres privés de dharma, pauvres en chance, en richesse et en durée de vie.

Verse 11

ऋतुकालाभिगमनं धर्मोयं गृहिणः परः । स्त्रीणां वरमनुस्मृत्य यथाकाम्यथवा भवेत्

S’unir à sa propre épouse au temps convenable est le dharma suprême du maître de maison. Se souvenant de ce qui est le meilleur pour la femme, qu’il agisse selon son désir libre—sinon, qu’il s’abstienne.

Verse 12

दिवाभिगमनं पुंसामनायुष्यं परं मतम् । श्राद्धाहः सर्वपर्वाणि यत्नात्त्याज्यानि धीमता

L’union en plein jour, pour les hommes, est tenue pour gravement nuisible à la longévité. Le sage doit s’en abstenir avec soin aux jours de śrāddha et à toutes les dates d’observance sacrée (parvan).

Verse 13

तत्र गच्छन्स्त्रियं मोहाद्धर्मात्प्रच्यवते परात्

En ces occasions, aller vers une femme par égarement fait déchoir du dharma suprême.

Verse 14

ऋतुकालाभिगामी यः स्वदारनिरतश्च यः । स सदा ब्रह्मचारी च विज्ञेयः सद्गृहाश्रमी

Celui qui ne s’approche (de son épouse) qu’au temps convenable et demeure attaché à sa propre épouse légitime doit être reconnu comme toujours brahmacārin, authentique observant de l’āśrama du maître de maison.

Verse 15

ऋतुः षोडशयामिन्यश्चतस्रस्ता सुगर्हिताः । पुत्रास्तास्वपि या युग्मा अयुग्माः कन्यका प्रजाः

La saison (ṛtu) se compose de seize nuits ; parmi elles, quatre sont fortement blâmées. Même parmi les autres, la conception aux nuits paires engendre des fils ; aux nuits impaires, des filles pour descendance.

Verse 16

त्यक्त्वा चंद्रमसं दुःस्थं मघां पौष्णं विहाय च । शुचिः सन्निर्विशेत्पत्नीं पुन्नामर्क्षे विशेषतः । शुचिं पुत्रं प्रसूयेत पुरुषार्थप्रसाधकम्

En évitant un jour lunaire néfaste et en écartant aussi les nakṣatras Maghā et Pauṣṇa, l’homme pur doit s’approcher de son épouse—surtout lorsque l’astérisme nommé Punnāma est présent. Ainsi peut naître un fils pur, accomplissant les buts de la vie humaine : dharma, artha, kāma et mokṣa.

Verse 17

आर्षे विवाहे गोद्वंद्वं यदुक्तं तन्न शस्यते । शुल्कमण्वपि कन्यायाः कन्या विक्रयपापकृत्

Dans le mariage Ārṣa, la « paire de vaches » mentionnée ne doit pas être tenue pour un prix ; il n’est donc pas louable d’en faire un échange marchand. Même la plus petite somme prise pour une jeune fille devient le péché de vendre sa propre fille.

Verse 18

अपत्यविक्रयी कल्पं वसेद्विट्कृमिभोजने । अतो नाण्वपि कन्याया उपजीवेत्पिता धनम्

Celui qui vend sa progéniture doit demeurer durant un kalpa dans un enfer où l’on se nourrit d’excréments et de vers. C’est pourquoi un père ne doit pas vivre, fût-ce du moindre bien tiré de sa fille.

Verse 19

स्त्रीधनान्युपजीवंति ये मोहादिह बांधवाः । न केवलं निरयगास्तेषामपि हि पूर्वजाः

Ces parents qui, par égarement, vivent ici en consommant les biens d’une femme vont en enfer ; et non seulement eux, mais encore leurs ancêtres sont entraînés dans la chute.

Verse 20

पत्या तुष्यति यत्र स्त्री तुष्येद्यत्र स्त्रिया पतिः । तत्र तुष्टा महालक्ष्मीर्निवसेद्दानवाऽरिणा

Là où l’épouse se réjouit de son époux, et là où l’époux se réjouit par son épouse, là demeure Mahālakṣmī, comblée de joie, avec le vainqueur des Dānavas (Viṣṇu) présent.

Verse 21

वाणिज्यं नृपतेः सेवा वेदानध्यापनं तथा । कुविवाहः क्रियालोपः कुले पतनहेतवः

Le négoce, le service auprès d’un roi et l’enseignement des Veda pour gagner sa vie, ainsi que le mariage impropre et l’abandon des rites prescrits—voilà les causes de la chute d’une lignée.

Verse 22

कुर्याद्वैवाहिके वह्नौ गृह्यकर्मान्वहं गृही । पंचयज्ञक्रियां चापि पक्तिं दैनंदिनीमपि

Le maître de maison doit, chaque jour, accomplir dans le feu sacré du mariage les rites domestiques, et exécuter aussi les devoirs des cinq yajña quotidiens, avec la cuisson et l’offrande journalières de la nourriture.

Verse 23

गृहस्थाश्रमिणः पंच सूना कर्म दिने दिने । कंडनी पेषणी चुल्ली ह्युदकुंभस्तु मार्जनी

Pour celui qui demeure dans l’āśrama du maître de maison, il existe cinq « abattages quotidiens » inhérents aux travaux de chaque jour : le vannage/le nettoyage, le broyage, le foyer, la jarre d’eau et le balayage.

Verse 24

तासां च पंचसूनानां निराकरणहेतवः । क्रतवः पंच निर्दिष्टा गृहि श्रेयोभिवर्धनाः

Et pour effacer les fautes issues de ces cinq « abattages quotidiens », cinq sacrifices sont prescrits, qui accroissent la prospérité et le bien spirituel du maître de maison.

Verse 25

पाठनं ब्रह्मयज्ञः स्यात्तर्पणं च पितृ क्रतुः । होमो दैवो बलिर्भौतोऽतिथ्यर्चा नृक्रतुः क्रमात्

L’étude et la récitation sont le Brahma-yajña ; les libations (tarpana) sont le sacrifice aux Ancêtres ; l’oblation au feu (homa) est le sacrifice aux dieux ; les offrandes bali sont le sacrifice aux êtres ; et l’accueil honoré de l’hôte est le sacrifice aux hommes—ainsi, dans l’ordre.

Verse 26

पितृप्रीतिं प्रकुर्वाणः कुर्वीत श्राद्धमन्वहम् । अन्नोदकपयोमूलैः फलैर्वापि गृहाश्रमी

Désireux de réjouir les ancêtres, le maître de maison accomplira chaque jour le śrāddha, avec nourriture, eau, lait, racines ou même des fruits, selon ses moyens.

Verse 27

गोदानेन च यत्पुण्यं पात्राय विधिपूर्वकम् । सत्कृत्य भिक्षवे भिक्षां दत्त्वा तत्फलमाप्नुयात्

Le mérite acquis en offrant, selon le rite, une vache à un récipiendaire digne, on obtient ce même fruit en honorant un mendiant et en lui donnant l’aumône avec respect.

Verse 28

तपोविद्यासमिद्दीप्ते हुतं विप्रास्य पावके । तारयेद्विघ्नसंघेभ्यः पापाब्धेरपि दुस्तरात्

L’offrande versée dans le feu d’un brāhmaṇa, embrasé d’ascèse et de science sacrée, fait franchir les multitudes d’obstacles, et même l’océan du péché, si difficile à traverser.

Verse 29

अनर्चितोऽतिथिर्गेहाद्भग्नाशो यस्य गच्छति । आजन्मसंचितात्पुण्यात्क्षणात्स हि बहिर्भवेत्

Si un hôte, non honoré, quitte la maison le cœur brisé dans son attente, en un instant cette personne est dépouillée du mérite amassé depuis la naissance.

Verse 30

सांत्वपूर्वाणि वाक्यानि शय्यार्थे भूस्तृणोदके । एतान्यपि प्रदेयानि सदाभ्यागत तुष्टये

Qu’on offre des paroles apaisantes; et pour le repos, une place à même le sol, de l’herbe et de l’eau : même cela doit être donné, afin que tout hôte arrivant soit comblé.

Verse 31

गृहस्थः परपाकादी प्रेत्य तत्पशुतां व्रजेत् । श्रेयः परान्नपुष्टस्य गृह्णीयादन्नदो यतः

Le maître de maison qui vit en mangeant la nourriture cuite par autrui, après la mort, tombe à l’état de leur bétail. Qu’il saisisse donc ce qui est vraiment salutaire : qu’il devienne donateur de nourriture, non nourri des repas d’autrui.

Verse 32

आदित्योढोऽतिथिः सायं सत्कर्तव्यः प्रयत्नतः । असत्कृतोन्यतो गच्छन्दुष्कृतं भूरि यच्छति

L’hôte qui arrive le soir, comme porté par le coucher du Soleil, doit être honoré avec un effort particulier. S’il n’est pas honoré et s’en va ailleurs, il répand sur la maison une grande masse de démérite.

Verse 33

भुंजानोऽतिथिशेषान्नमिहायुर्धनभाग्भवेत् । प्रणोद्यातिथिमन्नाशी किल्बिषी च गृहाश्रमी

Celui qui mange ici la nourriture laissée après l’hôte obtient longue vie et prospérité. Mais le maître de maison qui mange en chassant l’hôte se souille de faute.

Verse 34

वैश्वदेवांत संप्राप्तः सूर्योढो वातिथिः स्मृतः । न पूर्वकाल आयातो न च दृष्टचरः क्वचित्

Celui qui arrive à la fin du rite de Vaiśvadeva, porté par le soleil couchant, est appelé « vā-atithi », l’hôte fortuit et non annoncé : il n’est pas venu plus tôt, et sa conduite n’est pas connue d’avance.

Verse 35

बलिपात्रकरे विप्रे यद्यन्योतिथिरागतः । अदत्त्वा तं बलिं तस्मै यथाशक्त्यान्नमर्पयेत्

Si, tandis qu’un brāhmaṇa tient le récipient de l’offrande bali, un autre hôte survient, on ne doit pas lui donner ce bali ; qu’on lui offre plutôt de la nourriture selon ses moyens.

Verse 36

कुमाराश्च स्ववासिन्यो गर्भिण्योऽतिरुजान्विताः । अतिथेरादितोप्येते भोज्या नात्र विचारणा

Les enfants, les femmes de la maison, les femmes enceintes et ceux que tourmente une grave maladie—eux aussi doivent être nourris d’abord, même avant l’hôte ; ici, point de place pour l’hésitation.

Verse 37

पितृदेवमनुष्येभ्यो दत्त्वाश्नात्यमृतं गृही । स्वार्थं पचन्नघं भुंक्ते केवलं स्वोदरंभरिः

Le maître de maison qui, après avoir d’abord offert la nourriture aux Ancêtres, aux Dieux et aux hommes, mange ensuite, goûte à l’amṛta. Mais celui qui ne cuit que pour son seul intérêt ne mange que le péché, simple remplisseur de son ventre.

Verse 38

माध्याह्निकं वैश्वदेवं गृहस्थः स्वयमाचरेत् । पत्नी सायं बलिं दद्यात्सिद्धान्नैर्मंत्रवर्जितम्

À midi, le maître de maison doit accomplir lui-même l’offrande de Vaiśvadeva. Le soir, l’épouse déposera l’offrande bali avec des mets cuits, sans récitation de mantras.

Verse 39

एतत्सायंतनं नाम वैश्वदेवं गृहाश्रमे । सायंप्रातर्भवेदेव वैश्वदेवं प्रयत्नतः

Ceci est nommé le Vaiśvadeva du soir dans l’āśrama du maître de maison. En vérité, avec effort, on accomplira le Vaiśvadeva le soir comme le matin.

Verse 40

वैश्वदेवेन ये हीना आतिथ्येन विवर्जिताः । सर्वे ते वृषला ज्ञेयाः प्राप्तवेदा अपि द्विजाः

Ceux qui manquent au Vaiśvadeva et sont dépourvus d’hospitalité—sachez que tous sont des vṛṣalas, fussent-ils des deux-fois-nés et même instruits des Veda.

Verse 41

अकृत्वा वैश्वदेवं तु भुंजते ये द्विजाधमाः । इह लोकेन्नहीनाः स्युः काकयोनिं व्रजंत्यथ

Les plus vils parmi les deux-fois-nés, qui mangent sans accomplir l’offrande du Vaiśvadeva, sont privés de nourriture en ce monde ; puis ils vont à la condition des corbeaux.

Verse 42

वेदोदितं स्वकं कर्म नित्यं कुर्यादतंद्रितः । तद्धि कुर्वन्यथाशक्ति प्राप्नुयात्सद्गतिं पराम्

Chaque jour, sans relâche, qu’on accomplisse son devoir propre tel que l’ordonne le Veda. En l’accomplissant selon sa force, on obtient la suprême destinée bienheureuse.

Verse 43

षष्ठ्यष्टम्योर्वसेत्पापं तैले मांसे सदैव हि । पंचदश्यां चतुर्दश्यां तथैव च भगेक्षुरे

Aux sixième et huitième jours lunaires, on dit que le péché demeure assurément dans l’huile et la viande ; de même aux quatorzième et quinzième, et aussi dans l’abandon aux plaisirs sexuels.

Verse 44

उदयं तं न चेक्षेत नास्तं यंतं न मध्यगम् । न राहुणोपसृष्टं च नांबुसंस्थं दिवाकरम्

Qu’on ne fixe pas le Soleil à son lever, ni à son coucher, ni lorsqu’il est au zénith ; ni lorsqu’il est saisi par Rāhu (éclipse), ni lorsque le Divākara se tient reflété dans l’eau.

Verse 45

न वीक्षेतात्ममनोरूपमाशुधावेन्न वर्षति । नोल्लंघयेद्वत्सतंत्रीं न नग्नो जलमाविशेत्

Qu’on ne contemple pas sa propre image avec attachement ; qu’on ne coure pas à toute vitesse lorsqu’il ne pleut pas. Qu’on n’enjambe pas l’attache du veau, et qu’on n’entre pas dans l’eau nu.

Verse 46

देवतायतनं विप्रं धेनुं मधुमृदं घृतम् । जातिवृद्धं वयोवृद्धं विद्यावृद्धं तपस्विनम्

Le sanctuaire des dieux, le brāhmane, la vache, le miel, l’argile et le ghee ; ainsi que ceux qui sont aînés par la lignée, par l’âge, par le savoir, et les ascètes — tous doivent être honorés et protégés.

Verse 47

अश्वत्थं चैत्यवृक्षं च गुरुं जलभृतं घटम् । सिद्धान्नं दधिसिद्धार्थं गच्छन्कुर्यात्प्रदक्षिणम्

En marchant, qu’on accomplisse avec respect la pradakṣiṇā autour de l’aśvattha (figuier sacré), de l’arbre-sanctuaire consacré, de son guru, d’un vase rempli d’eau, des mets cuits, du caillé (yaourt) et de la moutarde, les honorant comme des appuis fastes du dharma.

Verse 48

रजस्वलां न सेवेत नाश्नीयात्सह भार्यया । एकवासा न भुंजीत न भुंजीतोत्कटासने

Qu’on ne s’unisse pas à une femme en période de menstruation ; qu’on ne mange pas non plus avec sa propre épouse. Qu’on ne prenne pas son repas vêtu d’un seul vêtement, ni assis en posture accroupie.

Verse 49

नाश्नंतीं स्त्रीं समीक्षेत तेजस्कामो द्विजोत्तमः । असंतर्प्य पितॄन्देवान्नाद्यादन्नं नवं क्वचित्

Le meilleur des dvija, aspirant à l’éclat spirituel, ne doit pas regarder une femme lorsqu’elle mange. Et sans avoir d’abord satisfait les Pitṛs et les Devas, qu’il ne prenne jamais de nourriture nouvellement préparée.

Verse 50

पक्वान्नं चापि नो मांसं दीर्घकालं जिजीविषुः । न मूत्रं गोव्रजे कुर्यान्न वल्मीके न भस्मनि

Celui qui souhaite vivre longtemps doit manger des aliments cuits et éviter la viande. Qu’il n’urine ni dans l’étable des vaches, ni sur une fourmilière, ni sur des cendres.

Verse 51

न गर्तेषु ससत्वेषु न तिष्ठन्न व्रजन्नपि । गोविप्रसूर्यवाय्वग्नि चंद्रर्क्षांबु गुरूनपि

Qu’on ne se soulage pas dans des fosses où vivent des êtres, ni debout ni même en marchant. Qu’on ne le fasse pas non plus face aux vaches, aux brāhmaṇas, au soleil, au vent, au feu, à la lune, aux étoiles, à l’eau, ni aux aînés et maîtres.

Verse 52

अभिपश्यन्न कुर्वीत मलमूत्रविसर्जनम् । तिरस्कृत्यावनिं लोष्टकाष्ठपर्णतृणादिभिः

Qu’on ne rejette ni selles ni urine sous le regard d’autrui. Qu’on voile le sol en le couvrant de mottes de terre, de bois, de feuilles, d’herbe et autres semblables.

Verse 53

प्रावृत्य वाससा मौलिं मौनी विण्मूत्रमुत्सृजेत् । यथासुखमुखो रात्रौ दिनेच्छायांधकारयोः

La tête couverte d’un tissu et gardant le silence, qu’on rejette selles et urine, tourné vers la direction la plus aisée. La nuit, qu’on le fasse ainsi, et le jour à l’ombre ou dans l’obscurité.

Verse 54

भीतिषु प्राणबाधायां कुर्यान्मलविसर्जनम् । मुखेनोपधमेन्नाग्निं नग्नां नेक्षेत योषितम्

Ce n’est qu’en cas de peur ou de péril pour la vie qu’on doit se soulager. Qu’on ne souffle pas le feu avec la bouche, et qu’on ne regarde pas une femme nue.

Verse 55

नांघ्री प्रतापयेदग्नौ न वस्त्वशुचि निक्षिपेत् । प्राणिहिंसां न कुर्वीत नाश्नीयात्संध्ययोर्द्वयोः

Qu’on ne réchauffe pas ses pieds au feu, et qu’on ne dépose aucun objet en un lieu impur. Qu’on ne fasse pas violence aux êtres vivants, et qu’on ne mange pas aux deux sandhyā, à l’aube et au crépuscule.

Verse 56

न संविशेत संध्यायां प्रत्यक्सौम्यशिरा अपि । विण्मूत्रष्ठीवनं नाप्सु कुर्याद्दीर्घजिजीविषुः

Qu’on ne s’allonge pas au temps du sandhyā, au crépuscule, même la tête tournée vers le nord. Celui qui souhaite longue vie ne doit ni déféquer, ni uriner, ni cracher dans l’eau.

Verse 57

नाचक्षीत धयंतीं गां नेंद्रचापं प्रदर्शयेत् । नैकः सुप्यात्क्वचिच्छून्ये न शयानं प्रबोधयेत्

Qu’on ne regarde pas la vache lorsqu’elle allaite son veau, et qu’on ne montre pas l’arc-en-ciel. Qu’on ne dorme pas seul en un lieu désert, et qu’on ne réveille pas brusquement celui qui dort.

Verse 58

पंथानं नैकलो यायान्न वार्यंजलिना पिबेत् । न दिवोद्भूत सारं च भक्षयेद्दधिनो निशि

Qu’on ne prenne pas la route seul, et qu’on ne boive pas l’eau en la puisant avec les paumes jointes. Et la nuit, qu’on ne mange pas l’« essence » montée durant le jour, c’est-à-dire le caillé (ou sa couche supérieure).

Verse 59

स्त्रीधर्मिण्या नाभिवदेन्नाद्यादातृप्ति रात्रिषु । तौर्यत्रिक प्रियो न स्यात्कांस्ये पादौ न धावयेत्

Qu’on ne rende pas salut à une femme durant ses règles. Qu’on ne mange pas jusqu’à satiété pendant les nuits. Qu’on ne s’attache pas aux divertissements musicaux—chant, danse et instruments—, et qu’on ne lave pas ses pieds dans un vase de bronze.

Verse 60

श्राद्धं कृत्वा पर श्राद्धे योऽश्नीयाज्ज्ञानवर्जितः । दातुः श्राद्धफलं नास्ति भोक्ता किल्बिषभुग्भवेत्

Après avoir accompli son propre śrāddha, si un homme sans discernement mange au śrāddha d’autrui, le donateur n’en reçoit aucun fruit, et le mangeur devient porteur de faute.

Verse 61

न धारयेदन्यभुक्तं वासश्चो पानहावपि । न भिन्न भाजनेश्नीयान्नासीताग्न्यादि दूषिते

Qu’on ne porte ni vêtement ni chaussure déjà utilisés par autrui. Qu’on ne mange pas dans un récipient brisé, et qu’on ne s’asseye pas en un lieu souillé par le feu et autres impuretés.

Verse 62

आरोहणं गवां पृष्ठे प्रेतधूमं सरित्तरम् । बालातपं दिवास्वापं द्यजेद्दीर्घं जिजीविषुः

Celui qui souhaite vivre longtemps doit éviter de monter sur le dos des vaches, la fumée des rites funéraires, de traverser les rivières à la hâte, l’ardeur du soleil, et le sommeil de jour.

Verse 63

स्नात्वा न मार्जयेद्गात्रं विसृजेन्न शिखां पथि । हस्तौ शिरो न धुनुयान्नाकर्षेदासनं पदा

Après le bain, qu’on ne frotte pas le corps pour le sécher; qu’on ne défasse ni ne laisse retomber le chignon sacré sur la route. Qu’on ne secoue pas les mains au-dessus de la tête, ni ne traîne un siège du pied.

Verse 64

नोत्पाटयेल्लोमनखं दशनेन कदाचन । करजैः करजच्छेदं तृणच्छेदं विवर्जयेत्

Qu’on n’arrache jamais ses cheveux ni ne morde ses ongles avec les dents. Qu’on évite de déchirer les ongles avec les ongles, et qu’on s’abstienne d’arracher ou de briser l’herbe.

Verse 65

शुभायन यदायत्यां त्यजेत्तत्कर्म यत्नतः । अद्वारेण न गंतव्यं स्ववेश्मपरवेश्मनोः

Quand s’approche l’instant favorable, qu’on évite avec soin les actes qui le gâteraient. Qu’on n’entre ni dans sa propre demeure ni dans celle d’autrui par un passage autre que la porte.

Verse 66

क्रीडेन्नाक्षैः सहासीत न धर्मघ्नैर्न रोगिभिः । न शयीत क्वचिन्नग्नः पाणौ भुंजीत नैव च

Qu’on ne joue pas aux dés, qu’on ne fréquente ni ceux qui détruisent le dharma ni les malades. Qu’on ne dorme nulle part nu, et qu’on ne mange pas dans la main sans récipient convenable.

Verse 67

आर्द्रपादकरास्योश्नन्दीर्घकालं च जीवति । संविशेन्नार्द्रचरणो नोच्छिष्टः क्वचिदाव्रजेत्

On dit que celui qui mange alors que ses pieds, ses mains et sa bouche sont encore humides vit longtemps. Mais qu’il ne se couche pas les pieds mouillés, et qu’il n’aille nulle part en état d’impureté due aux restes de nourriture (ucchiṣṭa).

Verse 68

शयनस्थो न चाश्नीयान्नपिबेन्न जपेद्द्विजः । सोपानत्कश्चनाचामेन्न तिष्ठन्धारया पिबेत्

Un dvija (deux fois né) ne doit ni manger, ni boire, ni réciter le japa en étant couché. Nul ne doit accomplir l’ācamana en portant des chaussures ; et l’on ne doit pas boire l’eau en aspirant un filet continu tout en restant debout.

Verse 69

सर्वं तिलमयं नाद्यात्सायं शर्माभिलाषुकः । न निरीक्षेत विण्मूत्रे नोच्छिष्टः संस्पृशेच्छिरः

Celui qui recherche le bien-être ne doit pas, le soir, manger une nourriture faite entièrement de sésame. Qu’il ne regarde ni les excréments ni l’urine, et qu’il ne touche pas sa tête lorsqu’il est impur à cause des restes de nourriture (ucchiṣṭa).

Verse 70

नाधितिष्ठेत्तुषांगार भस्मकेशकपालिकाः । पतितैः सह संवासः पतनायैव जायते

Qu’on ne marche pas sur des balles, des braises, de la cendre, des cheveux ni des coupes de crâne. Demeurer en étroite compagnie des patita (déchu) ne mène qu’à sa propre chute.

Verse 71

श्रावयेद्वैदिकं मंत्रं न शूद्राय कदाचन । ब्राह्मण्याद्धीयते विप्रः शूद्रो धर्माच्च हीयते

Qu’on ne récite ni n’enseigne jamais un mantra védique pour qu’un Śūdra l’entende. Par une telle conduite, le brāhmaṇa déchoit de la brāhmanité, et le Śūdra, lui aussi, est dit déchoir du dharma.

Verse 72

धर्मोपदेशः शूद्राणां स्वश्रेयः प्रतिघातयेत् । द्विजशुश्रूषणं धर्मः शूद्राणां हि परो मतः

L’enseignement de (certains) dharma aux Śūdras est dit ici faire obstacle à leur propre bien. Le service et l’assistance attentive envers les deux-fois-nés sont tenus pour le plus haut dharma des Śūdras.

Verse 73

कंडूयनं हि शिरसः पाणिभ्यां न शुभं मतम् । आताडनं कराभ्यां च क्रोशनं केशलुंचनम्

Il n’est pas tenu pour de bon augure de se gratter la tête avec les mains; ni de se frapper des mains, ni de pousser des cris de lamentation, ni de s’arracher les cheveux.

Verse 74

अशास्त्रवर्तिनो भूपाल्लुब्धात्कृत्वा प्रतिग्रहम् । ब्राह्मणः सान्वयो याति नरकानेकविंशतिम्

Si un brāhmaṇa reçoit des dons d’un roi cupide qui ne se conforme pas au śāstra, lui—avec sa lignée—s’en va vers vingt et un enfers.

Verse 75

अकालविद्युत्स्तनिते वर्षर्तौ पांसुवर्षणे । महावातध्वनौ रात्रावनध्यायाः प्रकीर्तिताः

Quand éclairs et tonnerre surviennent hors saison, en la saison des pluies, lors de pluies de poussière, et la nuit au milieu du fracas des grands vents, ces moments sont proclamés anadhyāya, suspension de l’étude védique.

Verse 76

उल्कापाते च भूकंपे दिग्दाहे मध्यरात्रिषु । संध्ययोर्वृषलोपांते राज्ञोराहोश्च सूतके

Lors des chutes de météores, des tremblements de terre et des embrasements des directions; à minuit; aux sandhyā, jonctions du jour; à la fin d’un tumulte déréglé; et durant les temps de sūtaka (impureté) causés par la mort d’un roi ou par Rāhu—en ces moments aussi, l’étude sacrée doit être suspendue.

Verse 77

दर्शाष्टकासु भूतायां श्राद्धिकं प्रतिगृह्य च । प्रतिपद्यपि पूर्णायां गजोष्ट्राभ्यां कृतांतरे

Aux jours de Darśā et d’Aṣṭakā, au jour Bhūtā (néfaste), après avoir reçu des offrandes destinées au Śrāddha, et encore à la Pratipadā suivant la pleine lune—lorsque l’intervalle est troublé par des éléphants et des chameaux—qu’on tienne cela pour un temps d’interdiction de l’étude sacrée.

Verse 78

खरोष्ट्रक्रोष्ट्र विरुते समवाये रुदत्यपि । उपाकर्मणि चोत्सर्गे नाविमार्गे तरौ जले

Quand retentissent les braiements des ânes et des chameaux, quand il y a tumulte bruyant et même des pleurs, au temps des rites d’Upākarman et d’Utsarga, et lorsqu’on est sur une voie de bateau, sur un arbre ou dans l’eau—en ces occasions, l’étude sacrée doit être interrompue.

Verse 79

आरण्यकमधीत्यापि बाणसाम्नोरपि ध्वनौ । अनध्यायेषु चैतेषु नाधीयीत द्विजः क्वचित्

Même en étudiant les Āraṇyaka, si l’on entend le bruit des flèches et la psalmodie des Sāman, et dans toutes ces situations d’anadhyāya, le « deux-fois-né » (dvija) ne doit étudier nulle part.

Verse 80

कृतांतरायो न पठेद्भेकाखु श्वाहि बभ्रुभिः । भूताष्टम्योः पंचदश्योर्ब्रह्मचारी सदा भवेत्

Quand l’intervalle est troublé, qu’on ne récite pas au milieu des grenouilles, des souris, des chiens, des serpents et des bābhrū (mangoustes). Aux jours de Bhūtā et d’Aṣṭamī, et au quinzième tithi, l’étudiant doit demeurer constamment établi dans le brahmacarya.

Verse 81

अनायुष्यकरं चैव परदारोपसर्पणम् । तस्मात्तद्दूरतस्त्याज्यं वैरिणां चोपसेवनम्

S’approcher de l’épouse d’autrui abrège la durée de vie ; qu’on s’en détourne donc de loin, et qu’on évite de même la fréquentation des ennemis.

Verse 82

पूर्वर्द्धिभिः परित्यक्तमात्मानं नावमानयेत् । सदोद्यमवतां यस्माच्छ्रियो विद्या न दुर्लभाः

Même si l’ancienne prospérité s’est retirée, qu’on ne se méprise pas ; car pour ceux qui s’appliquent sans cesse, fortune et connaissance ne sont pas difficiles à obtenir.

Verse 83

सत्यं ब्रूयात्प्रियं ब्रूयान्नब्रूयात्सत्यमप्रियम् । प्रियं च नानृतं ब्रूयादेष धर्मो घटोद्भव

Dis la vérité ; dis ce qui est agréable. Ne dis pas une vérité blessante ; et ne dis pas un mensonge plaisant. Tel est le dharma, ô Né-du-Pot.

Verse 84

भद्रमेव वदेन्नित्यं भद्रमेव विचिंतयेत् । भद्रैरेवेह संसर्गो नाभद्रैश्च कदाचन

Dis toujours ce qui est de bon augure ; pense toujours ce qui est de bon augure. En ce monde, fréquente seulement les nobles, jamais les ignobles.

Verse 85

रूपवित्तकुलैर्हीनान्सुधीर्नाधिक्षिपेन्नरान् । पुप्पवंतौ न चेक्षेत त्वशुचिर्ज्योतिषां गणम्

Le sage ne doit pas outrager ceux qui manquent de beauté, de richesse ou de lignée. Et lorsqu’il est impur, qu’il ne regarde ni un couple livré aux jeux d’amour, ni la multitude des luminaires, les étoiles.

Verse 86

वाचोवेगं मनोवेगं जिह्वावेगं च वर्जयेत् । उत्कोच द्यूत दौत्यार्त द्रव्यं दूरात्परित्यजेत्

Qu’on réfrène l’élan de la parole, l’élan du mental et l’élan de la langue. Et qu’on rejette au loin les richesses acquises par pot-de-vin, jeu, entremise, ou par détresse et contrainte.

Verse 87

गोब्राह्मणाग्नीनुच्छिष्ट पाणिना नैव संस्पृशेत् । न स्पृशेदनिमित्ते नखानि स्वानि त्वनातुरः

Avec une main souillée par des restes, qu’on ne touche jamais une vache, un brāhmaṇa ni le feu sacré. Et sans motif légitime, qu’un homme sain ne touche pas (ne tripote pas) ses propres ongles.

Verse 88

गुह्यजान्यपि लोमानि तत्स्पर्शादशुचिर्भवेत् । पादधौतोदकं मूत्रमुच्छिष्टान्नोदकानि च

Même les poils des parties secrètes : en les touchant, on devient impur. De même sont impurs l’eau du lavage des pieds, l’urine et les eaux liées aux restes de nourriture.

Verse 89

निष्ठीवनं च श्लेष्माणं गृहाद्दूरं विनिक्षिपेत् । अहर्निशं श्रुतेर्जाप्याच्छौचाचारनिषेवणात् । अद्रोहवत्या बुद्ध्या च पूर्वं जन्म स्मरेद्द्विजः

Qu’on rejette loin de la demeure la salive et le flegme. Jour et nuit, par la récitation des enseignements védiques, par la pratique de la pureté et de la juste conduite, et avec un esprit sans malveillance, le deux-fois-né peut se souvenir de ses naissances passées.

Verse 90

वृद्धान्प्रयत्नाद्वंदेत दद्यात्तेषां स्वमासनम् । विनम्रधमनिस्तस्मादनुयायात्ततश्च तान्

Avec soin, qu’on s’incline devant les anciens et qu’on leur offre son propre siège. Avec une attitude humble, qu’on les accompagne ensuite, en marque de respect.

Verse 91

श्रुति भूदेव देवानां नृप साधु तपस्विनाम् । पतिव्रतानां नारीणां निंदां कुर्यान्न कर्हिचित्

Qu’on ne blâme jamais, en aucun temps, la Śruti (les Veda), les brāhmanes, les dieux, les rois, les saints et ascètes, ni les femmes pativratā, vouées à leur époux.

Verse 92

न मनुष्यस्तुतिं कुर्यान्नात्मानमपमानयेत् । अभ्युद्यतं न प्रणुदेत्परमर्माणि नोच्चरेत्

Qu’on ne s’adonne pas à louer les hommes (du monde), ni ne s’avilisse soi-même. Qu’on ne repousse pas celui qui s’approche avec respect, et qu’on ne divulgue pas les secrets sensibles d’autrui.

Verse 93

अधर्मादेधते पूर्वं विद्वेष्टॄनपि संजयेत् । सर्वतोभद्रमाप्यापि ततो नश्येच्च सान्वयः

De l’adharma, d’abord, on peut sembler prospérer, allant jusqu’à dompter ceux qui haïssent. Mais même après avoir obtenu la « bonne fortune de tous côtés », on finit par périr, avec sa lignée.

Verse 94

उद्धृत्य पंच मृत्पिंडान्स्नायात्परजलाशये । अनुद्धृत्य च तत्कर्तुरेनसः स्यात्तुरीयभाक्

Après avoir retiré cinq mottes de terre (de l’eau), on peut se baigner dans l’étang ou le réservoir d’autrui. Mais s’il s’y baigne sans cela, le baigneur prend le quart du péché de celui qui a causé l’impureté.

Verse 95

श्रद्धया पात्रमासाद्य यत्किंचिद्दीयते वसु । देशे काले च विधिना तदानंत्याय कल्पते

Toute richesse donnée —fût-elle minime—, lorsqu’elle est offerte avec foi à un récipiendaire digne, selon la règle, le lieu et le temps convenables, devient un don qui mène à un mérite sans fin.

Verse 96

भूप्रदो मंडलाधीशः सर्वत्रसुखिनोन्नदाः । तोयदाता सदा तृप्तो रूपवान्रूप्यदो भवेत्

Celui qui donne la terre devient maître d’un domaine, répandant joie et bien-être en tous lieux. Celui qui offre l’eau demeure toujours comblé. Celui qui donne des présents d’ornement devient beau; et celui qui donne l’argent (l’argent-métal) obtient prospérité et richesse.

Verse 97

प्रदीपदो निर्मलाक्षो गोदाताऽर्यमलोकभाक् । स्वर्णदाता च दीर्घायुस्तिलदः स्यात्तु सुप्रजाः

Celui qui offre une lampe obtient une vue claire et purifiée. Celui qui donne une vache atteint le monde de Yama. Celui qui donne de l’or devient longévif; et celui qui donne du sésame est béni d’une noble descendance.

Verse 98

वेश्मदो ऽत्युच्चसौधेशो वस्त्रदश्चंद्रलो कभाक् । हयप्रदो दिव्ययानो लक्ष्मीवान्वृषभप्रदः

Celui qui donne une demeure devient maître d’un palais très élevé. Celui qui offre des vêtements atteint le monde de la Lune. Celui qui donne un cheval obtient un char divin; celui qui donne un taureau est comblé de prospérité.

Verse 99

सुभार्यः शिबिका दाता सुपर्यंक प्रदोपि च । धान्यैः समृद्धिमान्नित्यमभयप्रद ईशिता

Celui qui donne une litière (palanquin) obtient une épouse vertueuse; de même celui qui offre un lit excellent. Par le don de grains, on demeure toujours dans l’abondance; et celui qui donne l’absence de crainte obtient souveraineté et pouvoir.

Verse 100

ब्रह्मदो ब्रह्मलोकेज्यो ब्रह्मदः सर्वदो मतः । उपायेनापि यो ब्रह्म दापयेत्सोपि तत्समः

Celui qui donne la connaissance de Brahman (sagesse sacrée) est honoré dans le monde de Brahmā; en vérité, celui qui donne à Brahman est tenu pour le donateur de tout. Même celui qui, par quelque moyen, fait offrir à Brahman, est l’égal de ce donateur.

Verse 110

सा च वाराणसी लभ्या सदाचारवता सदा । मनसापि सदाचारमतो विद्वान्न लंघयेत्

Vārāṇasī s’obtient véritablement par celui qui demeure toujours dans la juste conduite. Aussi le sage ne doit-il pas franchir le sadācāra, fût-ce en pensée.

Verse 115

इति श्रुत्वा वचः स्कंदो मैत्रावरुणिभाषितम् । अविमुक्तस्य माहात्म्यं वक्तुं समुपचक्रमे

Ayant ainsi entendu les paroles prononcées par Maitrāvaruṇi, Skanda entreprit de dire la grandeur (māhātmya) d’Avimukta.