
L’adhyāya s’ouvre sur un long stotra de Dhruva adressé à Bhagavān Viṣṇu, suite de salutations où abondent épithètes et références aux avatāra. La louange va des fonctions cosmiques—création, maintien, dissolution—aux attributs iconiques tels que śaṅkha, cakra et gadā. Dhruva identifie ensuite le Seigneur aux réalités exemplaires de multiples domaines : les Veda, les fleuves et montagnes, la tulasī, la pierre sacrée śālagrāma, et des tīrtha comme Kāśī et Prayāga. Le propos se tourne alors vers l’éthique de la bhakti : le nāma-kīrtana (chant du Nom) et le souvenir constant sont décrits comme des moyens d’apaiser les maladies, de dissoudre les fautes accumulées et de recentrer l’esprit. Sont aussi mentionnés des signes et pratiques rituelles—culte de la tulasī et du śālagrāma, marques de gopīcandana, bains liés à la conque—présentés comme marques de dévotion dotées d’une vertu protectrice. Viṣṇu répond en reconnaissant l’intention intérieure de Dhruva et lui confère une charge cosmique : Dhruva devient le support immobile (ādhāra) du système céleste en rotation et règne sur le Dhruva-pada durant un kalpa entier. La phalaśruti affirme que réciter l’hymne trois fois par jour diminue les fautes, stabilise prospérité et concorde sociale, et procure des fruits tels que descendance, richesse et dévotion. Enfin, le chapitre se tourne explicitement vers Kāśī : Viṣṇu déclare vouloir se rendre à l’auspicieuse Vārāṇasī, où Viśveśvara demeure comme cause de mokṣa. Il évoque le mantra murmuré à l’oreille de l’affligé pour le sauver, et proclame Kāśī remède unique aux souffrances du monde. Des vers ajoutent des mérites liés au calendrier lunaire et aux dons à Brahmapurī/Kāśī, puis l’ensemble s’achève sur le mérite de se souvenir du récit de Dhruva.
Verse 1
ध्रुव उवाच । नमो हिरण्यगर्भाय सर्वसृष्टिविधायिने । हिरण्यरेतसे तुभ्यं सुहिरण्यप्रदायिने
Dhruva dit : Hommage à Hiraṇyagarbha, ordonnateur de toute la création ; hommage à Toi, Hiraṇyareta, dispensateur de l’or excellent, de la prospérité bénie et de l’abondance sacrée.
Verse 2
नमो हरस्वरूपाय भूतसंहारकारिणे । महाभूतात्मभूताय भूतानां पतये नमः
Hommage à Toi dont la forme est Hara, qui accomplis la dissolution des êtres ; hommage à Toi, qui es le Soi même des grands éléments, Seigneur et maître de toutes les créatures.
Verse 3
नमः स्थितिकृते तुभ्यं विष्णवे प्रभविष्णवे । तृष्णाहराय कृष्णाय महाभार सहिष्णवे
Hommage à Toi, auteur du maintien : Viṣṇu, Viṣṇu tout-puissant ; hommage à Kṛṣṇa, qui ôte la soif du désir, qui, avec une patience infaillible, porte le lourd fardeau du monde.
Verse 4
नमो दैत्यमहारण्य दाववह्निस्वरूपिणे । दैत्यद्रुमकुठाराय नमस्ते शार्ङ्गपाणये
Hommage à Toi, semblable à un feu de brousse dans la grande forêt des daityas ; hommage à la hache qui abat les arbres-démons—prosternation devant Toi, ô Śārṅgapāṇi, porteur de l’arc Śārṅga.
Verse 5
नमः कौमोदकीव्यग्र कराग्राय गदाधर । महादनुजनाशाय नमो नंदकधारिणे
Hommage au Porteur de la massue, dont la main brandit la Kaumodakī ; hommage au Destructeur des puissants Dānavas ; hommage à Celui qui manie Nandaka, l’épée sacrée.
Verse 6
नमः श्रीपतये तुभ्यं नमश्चक्रधराय च । धराधराय वाराह रूपिणे परमात्मने
Hommage à Toi, Seigneur de Śrī (Lakṣmī) ; hommage au Porteur du disque ; hommage à Celui qui releva la Terre en prenant la forme de Varāha—hommage au Soi suprême.
Verse 7
नमः कमलहस्ताय कमलावल्लभाय ते । नमो मत्स्यादिरूपाय नमः कौस्तुभवक्षसे
Hommage à Toi dont les mains portent le lotus ; hommage au Bien-aimé de Kamalā (Lakṣmī). Hommage à Toi qui prends des formes à commencer par Matsya ; hommage à Toi dont la poitrine est ornée du joyau Kaustubha.
Verse 8
नमो वेदांतवेद्याय नमः श्रीवत्सधारिणे । नमो गुणस्वरूपाय गुणिने गुणवर्जिते
Hommage à Celui que révèle le Vedānta ; hommage au Porteur de Śrīvatsa. Hommage à la forme même des guṇas, au Seigneur des guṇas—et pourtant, au-delà des guṇas.
Verse 9
नमस्ते पद्मनाभाय पांचजन्यधराय च । वासुदेव नमस्तुभ्यं देवकीनंदनाय च
Hommage à Toi, Padmanābha, et au Porteur de la Pāñcajanya (conque). Ô Vāsudeva, hommage à Toi ; hommage au Fils de Devakī.
Verse 10
प्रद्युम्नाय नमस्तुभ्यमनिरुद्धाय ते नमः । नमः कंसविनाशाय नमश्चाणूरमर्दिने
Hommage à Pradyumna ; hommage à Aniruddha. Hommage au Destructeur de Kaṃsa ; hommage à l’Écraseur de Cāṇūra.
Verse 11
दामोदरहृषीकेश गोर्विदाच्युतमाधव । उपेंद्रकैटभाऽराते मधुहंतरधोक्षज
Ô Dāmodara, Hṛṣīkeśa, Govinda, Acyuta, Mādhava ; ô Upendra ; ô Ennemi de Kaiṭabha ; ô Tueur de Madhu ; ô Adhokṣaja — hommage à Toi.
Verse 12
नारायणाय नरकहारिणे पापहारिणे । वामनाय नमस्तुभ्यं हरये शौरये नमः
Hommage à Nārāyaṇa, Celui qui ôte la souffrance des enfers et qui efface le péché. Hommage à Vāmana ; hommage à Hari ; hommage à Śauri.
Verse 13
अनंताय नमस्तुभ्यमनंतशयनाय च । रुक्मिणीपतये तुभ्यं रुक्मिप्रमथनाय च
Hommage à Ananta ; hommage à Celui qui repose sur Ananta. Hommage au Seigneur de Rukmiṇī ; hommage à Celui qui dompta Rukmī.
Verse 14
चैद्यहंत्रे नमस्तुभ्यं दानवारेसुरारये । मुकुंदपरमानंद नंदगोपप्रियाय च
Hommage à Toi, meurtrier de Caidya (Śiśupāla), ennemi des Dānavas et adversaire de ceux qui s’opposent aux devas. Ô Mukunda, Béatitude suprême : hommage aussi au Bien-Aimé de Nanda, le vacher.
Verse 15
नमस्ते पुंडरीकाक्ष दनुजेंद्र निषूदिने । नमो गोपालरूपाय वेणुवादनकारिणे
Hommage à Toi, Seigneur aux yeux de lotus, destructeur des rois-démons. Hommage à Toi qui te manifestes en Gopāla, le Pasteur divin, Celui qui fait résonner la flûte.
Verse 16
गोपीप्रियाय केशिघ्ने गोवर्धनधराय च । रामाय रघुनाथाय राघवाय नमोनमः
Hommage encore et encore au Bien-Aimé des Gopīs, au meurtrier de Keśī et au porteur du Govardhana—hommage à Rāma, au Seigneur de Raghu, à Rāghava.
Verse 17
रावणारे नमस्तुभ्यं विभीषणशरण्यद । अजाय जयरूपाय रणांगणविचक्षण
Hommage à Toi, ennemi de Rāvaṇa, refuge accordé à Vibhīṣaṇa. Hommage à l’Inengendré, dont la nature est Victoire, sage stratège sur le champ de bataille.
Verse 18
क्षणादि कालरूपाय नानारूपाय शार्ङ्गिणे । गदिने चक्रिणे तुभ्यं दैत्यचक्रविमर्दिने
Hommage à Toi qui es le Temps lui-même—dès l’instant premier—et qui prends d’innombrables formes ; au porteur de Śārṅga, au détenteur de la massue et du disque ; à Toi qui écrases les rangs hostiles des daityas.
Verse 19
बलाय बलभद्राय बलारातिप्रियाय च । बलियज्ञप्रमथन नमो भक्तवरप्रद
Hommage au Puissant; à Balabhadra; et à Celui qui est cher à l’ennemi de Bala. Ô toi qui brisas le sacrifice de Bali, salutations à Toi, dispensateur de grâces aux dévots.
Verse 20
हिरण्यकशिपोर्वक्षो विदारण रणप्रिय । नमो ब्रह्मण्यदेवाय गोब्राह्मणहिताय च
Ô Toi qui déchiras la poitrine d’Hiraṇyakaśipu, aimant le combat juste—hommage au Dieu qui protège l’ordre sacré, et au bienfaiteur des vaches et des brāhmanes.
Verse 21
नमस्ते धर्मरूपाय नमः सत्त्वगुणाय च । नमः सहस्रशिरसे पुरुषाय पराय च
Salutations à Toi, qui es la forme même du Dharma; salutations à Toi, pure Sattva. Salutations au Puruṣa aux mille têtes, et au Suprême au-delà de tout.
Verse 22
सहस्राक्ष सहस्रांघ्रे सहस्रकिरणाय च । सहस्रमूर्ते श्रीकांत नमस्ते यज्ञपूरुष
Ô Toi aux mille yeux, aux mille pieds; ô Toi aux mille rayons; ô Seigneur aux mille formes, bien-aimé de Śrī—salutations à Toi, Yajña-Puruṣa, le Puruṣa qui est le Sacrifice même.
Verse 23
वेदवेद्यस्वरूपाय नमो वेदप्रियाय च । वेदाय वेदगदिने सदाचाराध्वगामिने
Hommage à Toi dont la nature est ce que les Veda révèlent; hommage à Toi qui aimes les Veda. Hommage à Toi qui es le Veda, qui l’énonces, et qui guides sur la voie de la juste conduite.
Verse 24
वैकुंठाय नमस्तुभ्यं नमो वैकुंठवासिने । विष्टरश्रवसे तुभ्यं नमो गरुडगामिने
Hommage à Toi, ô Vaikuṇṭha ; hommage à Toi qui demeures en Vaikuṇṭha. Hommage à Toi dont la renommée s’étend au loin ; hommage à Toi qui chevauches Garuḍa.
Verse 25
विष्वक्सेन नमस्तुभ्यं जगन्मय जनार्दन । त्रिविक्रमाय सत्याय नमः सत्यप्रियाय च
Hommage à Toi, Viṣvaksena—ô Janārdana qui pénètres l’univers tout entier. Hommage à Trivikrama, à la Vérité même, et à Celui qui se réjouit de la vérité.
Verse 26
केशवाय नमस्तुभ्यं मायिने ब्रह्मागायिने । तपोरूपाय तपसां नमस्ते फलदायिने
Hommage à Toi, Keśava—maître de la māyā divine, loué même par Brahmā. Hommage à Toi, forme même de l’austérité, et dispensateur des fruits de tout tapas.
Verse 27
स्तुत्याय स्तुतिरूपाय भक्तस्तुतिरताय च । नमस्ते श्रुतिरूपाय श्रुत्याचार प्रियाय च
Hommage à Toi, digne d’éloge, Toi qui es l’éloge même et qui te plais dans les louanges des dévots. Hommage à Toi, forme de la Śruti, qui chéris la conduite accordée à la Śruti.
Verse 28
अंडजाय नमस्तुभ्यं स्वेदजाय नमोस्तु ते । जरायुज स्वरूपाय नम उद्भिज्जरूपिणे
Hommage à Toi comme à Celui qui naît de l’œuf ; hommage à Toi comme à Celui qui naît de la sueur. Hommage à Toi dont la nature est la naissance du sein maternel, et à Toi qui prends la forme de ce qui germe de la terre.
Verse 29
देवानामिंद्ररूपोसि ग्रहाणामसि भानुमान् । लोकानां सत्यलोकोऽसि सिंधूनां क्षीरसागरः
Parmi les dieux, tu es sous la forme d’Indra ; parmi les astres, tu es le Soleil rayonnant. Parmi les mondes, tu es Satyaloka ; parmi les océans, tu es l’Océan de Lait.
Verse 30
सुरापगाऽसि सरितां सरसां मानसं सरः । हिमवानसि शैलानां धेनूनां कामधुग्भवान्
Parmi les rivières, tu es Surāpagā, la divine Gaṅgā ; parmi les lacs, tu es le lac Mānasa. Parmi les montagnes, tu es Himavān ; parmi les vaches, tu es Kāmadhenu, celle qui exauce les vœux.
Verse 31
धातूनां हाटकमसि स्फटिकश्चोपलेष्वसि । नीलोत्पलं प्रसूनेषु वृक्षेषु तुलसी भवान्
Parmi les métaux, tu es l’or ; parmi les pierres, tu es le cristal. Parmi les fleurs, tu es le lotus bleu ; parmi les arbres, tu es la sainte Tulasī.
Verse 32
सर्वपूज्यशिलानां वै शालग्राम शिला भवान् । मुक्तिक्षेत्रेषु काशी त्वं प्रयागस्तीर्थपंक्तिषु
Parmi toutes les pierres dignes de vénération, tu es la pierre Śālagrāma. Parmi les lieux de délivrance, tu es Kāśī ; et parmi les rangs des tīrthas sacrés, tu es Prayāga.
Verse 33
वर्णेषु श्वेतवर्णोऽसि द्विपदां ब्राह्मणो भवान् । गरुडोस्यंडजेष्वीश व्यवहारेषु वाग्भवान्
Parmi les couleurs, tu es le blanc ; parmi les êtres à deux pieds, tu es le brāhmaṇa. Parmi ceux qui naissent de l’œuf, tu es Garuḍa, ô Seigneur ; et dans tout échange, tu es la Parole elle-même.
Verse 34
वेदेषूपनिषद्रूपा मंत्राणां प्रणवोह्यसि । अक्षराणामकारोसि यज्वनां सोमरूपधृक्
Dans les Veda, tu es la forme des Upaniṣad ; parmi les mantras, tu es vraiment le Praṇava (Oṃ). Parmi les lettres, tu es le son « A » ; et pour les sacrifiants, tu portes la forme de Soma.
Verse 35
प्रतापिनामग्निरसि क्षमाऽसि त्वं क्षमावताम् । दातॄणामसि पर्जन्यः पवित्राणां परोह्यसि
Pour les vaillants, tu es le feu lui-même ; pour les endurants, tu es leur pardon. Pour les généreux, tu es le nuage de pluie qui nourrit ; parmi les purs, tu es le Suprême—ô Seigneur de Kāśī.
Verse 36
चापोसि सर्वशस्त्राणां वातो वेगवतामसि । मनोसींद्रियवर्गेषु निर्भयाणां करोह्यसि
Parmi toutes les armes, tu es l’arc ; parmi les rapides, tu es le vent. Dans le mental et la troupe des sens, tu es la puissance qui rend sans peur—ô Seigneur.
Verse 37
व्योमव्याप्तिमतां त्वं वै परमात्माऽसि चात्मनाम् । संध्योपास्तिर्भवान्देव सर्वनित्येषु कर्मसु
Pour ceux qui méditent l’immense étendue qui pénètre tout, tu es vraiment le Soi suprême au cœur de tous les soi. Ô Dieu, dans chaque rite quotidien prescrit, tu es l’adoration même de la Sandhyā.
Verse 38
क्रतूनामश्वमेधोसि दानानामभयं भवान् । लाभानां पुत्रलाभोसि वसंतस्त्वमृतुष्वहो
Parmi les sacrifices, tu es l’Aśvamedha ; parmi les dons, tu es le don de l’intrépidité. Parmi les gains, tu es l’obtention d’un fils ; et parmi les saisons—ah !—tu es le printemps.
Verse 39
युगानां प्रथमोसि त्वं तिथीनां त्वं कुहूर्ह्यसि । पुष्योसि नक्षत्रगणे संक्रमः सर्वपर्वसु
Parmi les âges, tu es le premier ; parmi les jours lunaires, tu es Kuhū. Dans la troupe des constellations, tu es Puṣya ; et en chaque jour sacré d’observance, tu es Saṅkrama, la transition du Soleil.
Verse 40
योगेषु व्यतिपातस्त्वं तृणेषु हि कुशो भवान् । उद्यमानां हि सर्वेषां निर्वाणं त्वमसि प्रभो
Parmi les yogas marqués, tu es Vyatipāta ; parmi les herbes, tu es Kuśa. Pour tous ceux qui s’efforcent, ô Seigneur, tu es la délivrance ultime — le nirvāṇa.
Verse 41
सर्वासामिह बुद्धीनां धर्मबुद्धिर्भवानज । अश्वत्थः सर्ववृक्षेषु सोमवल्ली लतासु च
De toutes les intelligences ici, tu es l’intelligence du dharma, ô Inengendré. Parmi tous les arbres, tu es l’Aśvattha ; et parmi les lianes, tu es la liane de Soma.
Verse 42
प्राणायामोसि सर्वेपु साधनेषु शुचिष्वहो । सर्वदः सर्वलिंगेषु श्रीमान्विश्वेश्वरो भवान्
Parmi toutes les disciplines, tu es le prāṇāyāma — ah, ô Pur ! Dans tout liṅga, tu es le dispensateur de tout ; tu es le glorieux Viśveśvara.
Verse 43
मित्राणां हि कलत्रं त्वं धर्मस्त्वं सर्वबंधुषु । त्वत्तो नान्यज्जगत्यस्मिन्नारायण चराचरे
Pour les amis, tu es cher comme l’époux ; parmi tous les proches, tu es le dharma lui-même. En dehors de toi, il n’est rien en ce monde, ô Nārāyaṇa — mobile et immobile.
Verse 44
त्वमेव माता त्वं तातस्त्वं सुतस्त्वं महाधनम् । त्वमेव सौख्यसंपत्तिस्त्वमायुर्जीवनेश्वरः
Toi seul es la Mère ; Toi es le Père ; Toi es le Fils ; Toi es la grande richesse. Toi seul es le trésor de la félicité ; Toi es la durée même de la vie, le Seigneur des êtres vivants.
Verse 45
सा कथा यत्र ते नाम तन्मनो यत्त्वदर्पितम् । तत्कर्म यत्त्वदर्थं वै तत्तपो यद्भवत्स्मृतिः
Seul est saint le récit où Ton Nom est prononcé ; seul est esprit celui qui T’est offert. Seule est action celle accomplie pour Toi ; seule est austérité celle qui est souvenir de Toi.
Verse 46
तद्धनं धनिनां शुद्धं यत्त्वदर्थे व्ययीकृतम् । स एव सकलः कालो यस्मिञ्जिष्णो त्वमर्च्यसे
La richesse des riches est vraiment purifiée lorsqu’elle est dépensée pour Toi. Seul est temps pleinement accompli—tout le temps—celui durant lequel, ô Vainqueur, Tu es adoré.
Verse 47
तावच्च जीवितं श्रेयो यावत्त्वं हृदि वर्तसे । रोगाः प्रशममायांति त्वत्पादोदक सेवनात्
La vie n’est vraiment bénie que tant que Tu demeures dans le cœur. Les maladies s’apaisent et se dissipent en buvant l’eau qui a lavé Tes pieds.
Verse 48
महापापानि गोविंद बहुजन्मार्जितान्यपि । सद्यो विलयमायांति वासुदेवेति कीर्तनात्
Ô Govinda, même les plus grands péchés amassés au fil de nombreuses naissances se fondent sur-le-champ par le chant du Nom « Vāsudeva ».
Verse 49
अहो पुंसां महामोहस्त्वहो पुंसां प्रमादता । वासुदेवमनादृत्य यदन्यत्र कृतश्रमाः
Hélas, quelle grande illusion chez les hommes, quelle grande négligence ! Délaissant Vāsudeva, ils peinent et s’épuisent ailleurs pour des buts inférieurs.
Verse 50
इदमेव हि मांगल्यमिदमेव धनार्जनम् । जीवितस्य फलं चैतद्यद्दामोदरकीर्तनम्
Ceci seul est la véritable auspiciosité ; ceci seul est le vrai « gain de richesse » : le fruit même de la vie, c’est cela—chanter et glorifier Dāmodara.
Verse 51
अधोक्षजात्परोधर्मो नार्थो नारायणात्परः । न कामः केशवादन्यो नापवर्गो हरिं विना
Il n’est pas de dharma plus élevé que la dévotion à Adhokṣaja ; il n’est pas de but de richesse au-delà de Nārāyaṇa. Nul désir n’est supérieur à Keśava, et point de délivrance sans Hari.
Verse 52
इयमेव परा हानिरुपसर्गो यमेवहि । अभाग्यं परमं चैतद्वासुदेवं न यत्स्मरेत्
Ceci seul est la perte suprême ; ceci seul est, en vérité, l’affliction : le malheur le plus grand est de ne pas se souvenir de Vāsudeva.
Verse 53
हरेराराधनं पुंसां किं किं न कुरुते बत । पुत्रमित्रकलत्रार्थ राज्यस्वर्गापवर्गदम्
L’adoration de Hari—que ne fait-elle pas pour les hommes ! Elle accorde fils, amis, épouse et prospérité ; elle donne royaume, ciel, et même la délivrance.
Verse 54
हरत्यघं ध्वंसयति व्याधीनाधीन्नियच्छति । धर्मं विवर्धयेत्क्षिप्रं प्रयच्छति मनोरथम्
Elle ôte le péché, le détruit entièrement et réfrène les maladies ainsi que les tourments de l’esprit. Elle accroît promptement le dharma et accorde les vœux du cœur.
Verse 55
भगवच्चरणद्वंद्वं निर्द्द्वंद्व ध्यानमुत्तमम् । पापिनापि प्रसंगेन विहितं स्वहितं परम्
La méditation sur la paire de pieds du Seigneur—exempte de tout conflit intérieur—est la contemplation la plus haute. Même un pécheur, s’il y est conduit par quelque rencontre providentielle, s’assure ainsi le Bien suprême.
Verse 56
पापिनां यानि पापानि महोपपदभांज्यपि । सुलीनध्यानसंपन्नो नामोच्चारो हरेर्हरेत्
Quels que soient les péchés des pécheurs—même ceux qui entraînent vers une grande chute—l’énonciation du Nom de Hari, jointe à une méditation stable et recueillie, les emporte au loin.
Verse 57
प्रमादादपि संस्पृष्टो यथाऽनलकणो दहेत् । तथौष्ठपुटसंस्पृष्ट हरिनाम हरेदघम्
De même qu’une étincelle de feu brûle même lorsqu’on la touche par inadvertance, de même le Nom de Hari—dès qu’il effleure les lèvres—consume et ôte le péché.
Verse 58
नितांतं कमलाकांते शांतचित्तं विधाय यः । संशीलयेत्क्षणं नूनं कमला तत्र निश्चला
Celui qui, rendant l’esprit profondément paisible, le fixe sur Kamalākānta (le Bien-aimé de Lakṣmī) et demeure ne fût-ce qu’un instant dans une telle contemplation—assurément Kamalā (Lakṣmī) y demeure immuable.
Verse 59
अयमेव परोधर्मस्त्विदमेव परं तपः । इदमेव परं तीर्थं विष्णुपादांबु यत्पिबेत
Ceci seul est le dharma suprême, ceci seul l’austérité la plus haute ; ceci seul est le tīrtha le plus grand : boire l’eau sacrée des pieds de Viṣṇu.
Verse 60
तवोपहारं भक्त्याय सेवते यजपूरुष । सेवितस्तेन नियतं पुरोडाशो महाधिया
Ô Yajña-Puruṣa, celui qui, avec dévotion, offre et sert Ton oblation : par cette intention sage, le puroḍāśa est assurément accompli comme il se doit.
Verse 61
स चैवावभृथस्नातः स च गंगाजलाप्लुतः । विष्णुपादोदकं कृत्वा शंखे यः स्नाति मानवः
Cet homme est comme s’il avait pris le bain d’avabhṛtha, et comme s’il avait été plongé dans les eaux du Gaṅgā : celui qui, ayant préparé l’eau des pieds de Viṣṇu, s’en baigne à partir d’une conque.
Verse 62
शालग्राम शिला येन पूजिता तुलसी दलैः । स पारिजातमालाभिः पूज्यते सुरसद्मनि
Quiconque vénère la pierre Śālagrāma avec des feuilles de tulasī, celui-là est vénéré dans la demeure des dieux par des guirlandes de fleurs de pārijāta.
Verse 63
ब्राह्मणः क्षत्रियो वैश्यः शूद्रो वा यदि वेतरः । विष्णुभक्ति समायुक्तो ज्ञेयः सर्वोत्तमश्च सः
Qu’il soit brāhmaṇa, kṣatriya, vaiśya, śūdra, ou d’une autre condition : quiconque est uni à la dévotion envers Viṣṇu doit être reconnu comme le meilleur de tous.
Verse 64
शंखचक्रांकिततनुः शिरसां मंजरीधरः । गोपीचंदनलिप्तांगो दृष्टश्चेत्तदघं कुतः
Si l’on voit un dévot dont le corps porte les marques de la Conque et du Disque, dont la tête est ornée d’un brin de Tulasī, et dont les membres sont oints de gopī-candana, où donc le péché pourrait-il demeurer ?
Verse 65
प्रत्यहं द्वादशशिलाः शालग्रामस्य योऽर्चयेत् । द्वारवत्याः शिलायुक्तः स वैकुंठे महीयते
Celui qui, chaque jour, vénère le Śālagrāma avec les douze pierres sacrées, et aussi avec la pierre de Dvāravatī, est honoré et magnifié en Vaikuṇṭha.
Verse 66
तुलसी यस्य भवने प्रत्यहं परिपूज्यते । तद्गृहं नोपसर्पंति कदाचिद्यमकिंकराः
Dans la demeure où Tulasī est honorée et adorée chaque jour, les serviteurs de Yama ne s’en approchent jamais, en aucun temps.
Verse 67
हरिनामाक्षरमुखं भाले गोपीमृदांकितम् । तुलसीमालितोरस्कं स्पृशेयुर्नयमानुगाः
Celui dont la bouche porte les syllabes du Nom de Hari, dont le front est marqué de l’argile gopī-candana, et dont la poitrine est ornée d’une guirlande de Tulasī — les suivants de Yama n’osent le toucher.
Verse 68
गोपीमृत्तुलसी शंखः शालग्रामः सचक्रकः । गृहेपि यस्य पंचैते तस्य पापभयं कुत
Gopī-candana, Tulasī, la Conque, le Śālagrāma et le Disque : si ces cinq sont présents dans la maison de quelqu’un, comment pourrait-il craindre le péché ?
Verse 69
ये मुहूर्ताः क्षणा ये च या काष्ठा ये निमेषकाः । ऋते विष्णुस्मृतेर्यातास्तेषु मुष्टो यमेन सः
Tous les instants—muhūrta, kṣaṇa, kāṣṭhā, jusqu’au battement des paupières—qui s’écoulent sans le souvenir de Viṣṇu : pour ces temps perdus, cet homme est saisi par Yama.
Verse 70
क्व द्वयक्षरं हरेर्नाम स्फुलिंगसदृशं ज्वलेत । महती पातकानां च राशिस्तूलोपमा क्व च
Quelle comparaison entre le Nom de Hari, de deux syllabes, flamboyant comme une étincelle, et l’immense amas des péchés, pareil à un tas de coton ? (L’étincelle le dévore.)
Verse 71
गोविंद परमानंदं मुकुंदं मधुसूदनम । त्यक्त्वान्यं नैव जानामि न भजामि स्मरामि न
Govinda—béatitude suprême ; Mukunda ; Madhusūdana : délaissant tout le reste, je n’en connais nul autre ; je n’en vénère nul autre ; je ne me souviens de nul autre.
Verse 72
न नमामि न च स्तौमि न पश्यामीह चक्षुषा । न स्पृशामि न वायामि गायामि न न हरिं विना
Je ne me prosterne pas, je ne loue pas ; je ne regarde même pas ici de mes yeux. Je ne touche pas, je ne me déplace pas, je ne chante pas—sans Hari.
Verse 73
जले स्थले च पातालेप्यनिले चानलेऽचले । विद्याधरासुरसुरे किं नरे वानरे नरे
Dans l’eau et sur la terre, jusque dans le monde souterrain ; dans le vent, dans le feu et sur les montagnes ; parmi les Vidyādharas, les Asuras et les Devas—que dire des hommes et même des singes ? (Partout je Le contemple.)
Verse 74
तृणेस्त्रैणे च पाषाणे तरुगुल्मलतासु च । सर्वत्र श्यामलतनुं वीक्षे श्रीवत्सवक्षसम्
Dans l’herbe, la paille et les pierres; dans les arbres, les buissons et les lianes aussi—partout je contemple Celui au corps sombre, portant le Śrīvatsa sur sa poitrine.
Verse 75
सर्वेषां हृदयावासः साक्षात्साक्षी त्वमेव हि । बहिरंतर्विना त्वां तु नह्यन्यं वेद्मि सर्वगम्
Tu demeures dans le cœur de tous, et Toi seul es le Témoin immédiat. En dehors de Toi—au dedans comme au dehors—je ne connais nul autre Seigneur omniprésent.
Verse 76
इत्युक्त्वा विररामासौ शिवशर्मन्ध्रुवस्तदा । देवोपि भगवान्विष्णुस्तमुवाच प्रसन्नदृक्
Ayant ainsi parlé, Dhruva, nommé Śivaśarmā, se tut alors. Puis le Seigneur bienheureux Viṣṇu, au regard apaisé, s’adressa à lui.
Verse 77
श्रीभगवानुवाच । अपि बाल विशालाक्ष ध्रुव ध्रुवमतेऽनघ । परिज्ञातो मया सम्यक्तवहृत्स्थो मनोरथः
Le Seigneur bienheureux dit : Ô enfant, Dhruva aux grands yeux, ferme en ta résolution, sans faute—le désir que tu portes en ton cœur m’est parfaitement connu.
Verse 78
अन्नाद्भवंति भूतानि वृष्टेरन्नसमुद्भवः । तद्वृष्टेः कारणं सूर्यः सूर्याधारो ध्रुवैधि भोः
Des aliments naissent les êtres, et de la pluie naissent les aliments. Le Soleil est la cause de cette pluie; ainsi, ô Dhruva, deviens le soutien du Soleil.
Verse 79
ज्योतिश्चक्रस्य सर्वस्य ग्रहर्क्षादेः समंततः । गगने भ्रमतो नित्यं त्वमाधारो भविष्यसि
Pour toute la roue des lumières—planètes, étoiles et le reste—qui tourne sans cesse dans le ciel de toutes parts, tu deviendras le soutien.
Verse 80
मेढीभूतस्तु वै सर्वान्वायुपाशैर्नियंत्रितान् । आकल्पं तत्पदं तिष्ठ भ्रामयञ्ज्योतिषांगणान्
Deviens le pivot immobile, tenant tous, maîtrisés par des liens de vent ; demeure en ce rang durant tout l’éon, faisant tourner les cohortes des luminaires.
Verse 81
आराध्य श्री महादेवं पुरापदमिदं मया । आसादियत्तदेतत्ते तपसा प्रतिपादितम्
Autrefois, en adorant le glorieux Mahādeva, j’ai obtenu ce rang ; ce même rang t’est maintenant accordé, affermi par ton austérité.
Verse 82
केचिच्चतुर्युगं यावत्केचिन्मन्वंतरं ध्रुव । तिष्ठंति त्वं तु वै कल्पं पदमेतत्प्रशास्यसि
Certains ne demeurent que jusqu’à un cycle de quatre yuga, d’autres jusqu’à un manvantara ; mais toi, ô Dhruva, tu gouverneras ce rang durant un kalpa entier.
Verse 83
मनुनापि न यत्प्रापि किमन्यैर्मानवैर्ध्रुव । तत्पदं विहितं त्वत्साच्छक्राद्यैरपि दुर्लभम्
Ce rang que même Manu n’obtint pas—que dire alors des autres mortels, ô Dhruva ?—t’a été destiné ; il est difficile à obtenir même pour Indra et les dieux.
Verse 84
अन्यान्वरान्प्रयच्छामि स्तवेनानेन तोषितः । सुनीतिरपि ते माता त्वत्समीपे चरिष्यति
Satisfait par cet hymne, je t’accorde aussi d’autres grâces ; et ta mère Sunīti demeurera elle aussi auprès de toi.
Verse 85
इदं स्तोत्रवरं यस्तु पठिष्यति समाहितः । त्रिसंध्यं मनुजस्तस्य पापं यास्यति संक्षयम्
Quiconque, l’esprit recueilli, récite cet hymne excellent aux trois sandhyā (à l’aube, à midi et au crépuscule), verra ses péchés décroître peu à peu jusqu’à s’éteindre.
Verse 86
न तस्य सदनं लक्ष्मीः परित्यक्ष्यत्यसंशयम् । न जनन्या वियोगश्च न बंधुकलहोदयः
Sans aucun doute, Lakṣmī, la prospérité, n’abandonnera pas la demeure de cet homme ; il n’y aura ni séparation d’avec la mère, ni querelles naissantes entre parents.
Verse 87
ध्रुवस्तुतिरियं पुण्या महापातकनाशिनी । ब्रह्महापि विशुद्ध्येत का कथेतर पापिनाम्
Cette louange de Dhruva est sainte et détruit les grands péchés. Même celui qui a commis la brahma-hatyā peut en être purifié ; que dire alors des autres pécheurs ?
Verse 88
महापुण्यस्य जननी महासंपत्तिदायिनी । महोपसर्गशमनी महाव्याधिविनाशिनी
Elle est la mère du grand mérite (puṇya), la dispensatrice d’une grande prospérité ; elle apaise les grandes calamités et détruit les maladies sévères.
Verse 89
यस्याऽस्तिपरमा भक्तिर्मयि निर्मलचेतसः । ध्रुवस्तुतिरियं तेन जप्या मत्प्रीतिकारिणी
Celui qui, l’esprit pur, nourrit envers Moi la dévotion suprême, qu’il récite en japa cet Hymne de Dhruva, car il Me réjouit.
Verse 90
समस्त तीर्थस्नानेन यत्फलं लभते नरः । तत्फलं सम्यगाप्नोति जपन्स्तुत्यानया मुदा
Le fruit qu’un homme obtient en se baignant dans tous les tīrthas sacrés, ce même fruit, il l’atteint pleinement en répétant avec joie cet hymne en japa.
Verse 91
संति स्तोत्राण्यनेकानि मम प्रीतिकराणि च । ध्रुवस्तुतेर्न चैतस्याः कलामर्हंति षोडशीम्
Il existe bien des stotras qui Me plaisent; pourtant ils n’égalent pas même le seizième d’une part de cet Hymne de Dhruva.
Verse 92
श्रुत्वापीमां स्तुतिं मर्त्यः श्रद्धया परया मुदा । पातकैर्मुच्यते सद्यो महत्पुण्यमवाप्नुयात्
Même en entendant seulement cet hymne avec foi suprême et joie, le mortel est aussitôt délivré des fautes et obtient un grand mérite (puṇya).
Verse 93
अपुत्रः पुत्रमाप्नोति निर्धनो धनमाप्नुयात् । अभक्तो भक्तिमाप्नोति कीर्तनाच्च ध्रुवस्तुतेः
En proclamant en kīrtana l’Hymne de Dhruva, l’homme sans enfant obtient un fils, le pauvre obtient la richesse, et même l’indévot atteint la dévotion.
Verse 94
दत्त्वा दानान्यनेकानि कृत्वा नाना व्रतानि च । यथालाभानवाप्नोति तथा स्तुत्याऽनया नरः
De même qu’un homme obtient les fruits attendus en faisant de nombreuses aumônes et en observant divers vœux, de même, par cet hymne sacré, il obtient ces mêmes fruits.
Verse 95
त्यक्त्वा सर्वाणि कार्याणि त्यक्त्वा जप्यान्यनेकशः । ध्रुवस्तुतिरियं जप्या सर्वकामप्रदायिनी
Ayant mis de côté toutes les autres tâches et renoncé à bien d’autres récitations, qu’on répète uniquement cet hymne de Dhruva, infaillible; il accorde l’accomplissement de tout désir légitime.
Verse 96
श्रीभगवानुवाच । ध्रुवावधेहि वक्ष्यामि हितं तव महामते । येन ते निश्चलं सम्यक्पदमेतद्भविष्यति
Le Seigneur Bienheureux dit : «Ô Dhruva, écoute avec attention ; je vais te dire ce qui est vraiment pour ton bien, ô grand d’esprit, par quoi cet état suprême et inébranlable deviendra justement tien».
Verse 97
अहं जिगमिषुस्त्वासं पुरीं वाराणसीं शुभाम् । साक्षाद्विश्वेश्वरो यत्र तिष्ठते मोक्षकारणम्
«Je désire me rendre dans l’auguste cité de Vārāṇasī, où Viśveśvara demeure en personne, cause même de la délivrance».
Verse 98
विपन्नानां च जंतूनां यत्र विश्वेश्वरः स्वयम् । कर्णे जापं प्रकुरुते कर्मनिर्मूलन क्षमम्
«Là, pour les êtres accablés, Viśveśvara lui-même murmure le mantra à l’oreille, assez puissant pour déraciner le karma».
Verse 99
अस्य संसारदुःखस्य सर्वोपद्रवदायिनः । उपाय एक एवास्ति काशिकानंदभूमिका
Pour cette souffrance de l’existence mondaine, qui engendre toute sorte d’épreuves, il n’est qu’un seul remède : la terre bienheureuse de Kāśī.
Verse 100
इदं रम्यमिदं नेति बीजं दुःखमहातरोः । तस्मिन्काश्यग्निना दग्धे दुःखस्यावसरः कुतः
«Ceci est agréable, ceci ne l’est pas»—s’attacher et rejeter ainsi est la semence du grand arbre de la souffrance. Quand cette semence est brûlée par le feu de Kāśī, où la douleur pourrait-elle prendre appui ?
Verse 110
कार्तिकस्य चतुर्दश्यां विश्वेशं यो विलोकयेत् । स्नात्वा चोत्तरवाहिन्यां न तस्य पुनरागतिः
Quiconque contemple Viśveśa le quatorzième jour de Kārtika, et se baigne dans le fleuve au courant vers le nord, ne revient plus (à la renaissance).
Verse 120
अत्र ब्रह्मपुरीं कृत्वा यो विप्रेभ्यः प्रयच्छति । वर्षाशनेन संयुक्तां तस्य पुण्यफलं शृणु
Ici, celui qui prépare une offrande appelée «Brahmapurī» et la donne aux brāhmaṇas, accompagnée d’un repas de la saison des pluies—écoute maintenant le fruit de mérite qu’il en reçoit.
Verse 130
नरो ध्रुवस्य चरितं प्रसंगेन स्मरन्नपि । न पापैरभिभूयेत महत्पुण्यमवाप्नुयात्
Même l’homme qui, au fil d’une conversation, se souvient de la vie de Dhruva n’est pas dominé par les péchés ; il obtient un grand mérite.