
Sūta raconte la destinée de Lohāsura, un daitya qui, saisi de renoncement après avoir contemplé les hautes réalisations des anciens, cherche un lieu de tapas inégalé et choisit une bhakti intériorisée : la Gaṅgā sur la tête, des lotus dans les yeux, Nārāyaṇa dans le cœur, Brahmā à la taille, et les dieux reflétés dans son corps comme le soleil dans l’eau. Il accomplit une ascèse rigoureuse durant un siècle divin, obtient de Śiva la grâce d’un corps sans déclin et l’absence de crainte de la mort, puis poursuit son tapas sur la rive de la Sarasvatī. Indra, inquiet, tente de briser son austérité ; le conflit éclate et se prolonge, au point que Keśava lui-même est décrit comme vaincu par la force de la bénédiction. La triade (Brahmā, Viṣṇu, Rudra) délibère et maîtrise le daitya par la puissance morale et normative du satya et du vākpāśa, le « lien de la parole », lui enjoignant de protéger le dharma de la véridicité et de ne pas troubler les dieux. En échange, les divinités promettent de demeurer dans son corps jusqu’à la dissolution cosmique, et sa présence incarnée devient un tīrtha à Dharmāraṇya, près de Dharmēśvara. Le chapitre détaille ensuite les bienfaits des rites aux pitṛ : tarpaṇa et piṇḍadāna au puits local et à certaines dates lunaires (notamment caturdaśī/amāvāsyā de Bhādrapada) procurent une satisfaction accrue aux ancêtres, parfois comparée à — voire supérieure à — Gayā/Prayāga. Une pitṛ-gāthā l’atteste, et un mantra pratique est donné pour les offrandes aux lignées connues et inconnues. La phalaśruti conclut que l’écoute de ce récit délivre des grands péchés et confère un mérite équivalent à de multiples rites de Gayā et à de vastes dons de vaches.
Verse 1
सूत उवाच । अतः परं शृणुध्वं हि लोहासुरविचेष्टितम् । बलेः पुत्रशतस्यापि कथयिष्यामि विश्रुतम्
Sūta dit : Écoutez maintenant la suite, les actes fameux de Lohāsura. Je raconterai aussi le récit bien connu des cent fils de Bali.
Verse 2
यथा तौ भ्रातरौ वृद्धौ प्रापतुः स्थानमुत्तमम् । तदा प्रभृति वैराग्यं दैत्यो लोहासुरे दधौ
Lorsque ces deux frères aînés atteignirent l’état suprême, dès lors le daitya Lohāsura se revêtit de détachement.
Verse 3
किं करोमि क्व गच्छामि तपसे स्थानमुत्तमम् । यस्य पारं न जानंति देवता मुनयो नराः
«Que dois-je faire ? Où irai-je, vers quel lieu suprême d’ascèse, dont même les dieux, les sages et les hommes ne connaissent pas l’ultime limite ?»
Verse 4
को मयाऽराध्यतां देवो हृदि चिंतयते भृशम् । इति चिंतयतस्तस्य मतिर्जाता महात्मनः
«Quel dieu dois-je vénérer ?»—ainsi méditait-il profondément en son cœur ; et tandis qu’il réfléchissait, une résolution naquit en ce grand être.
Verse 5
दधौ गंगां स्वशीर्षेण पुष्पवंतौ च नेत्रयोः । हृदा नारायणं देवं ब्रह्माणं कटिमंडले
Il posa Gaṅgā sur sa propre tête ; il déposa des fleurs épanouies sur ses yeux ; dans son cœur il installa le dieu Nārāyaṇa, et à la région de sa taille il plaça Brahmā, comme dans un maṇḍala consacré.
Verse 6
इंद्राद्या देवताः सर्वे यद्देहे प्रतिबिंबिताः । प्रपश्यंति तदात्मानं भास्करः सलिले यथा
Tous les dieux—à commencer par Indra—se voyant reflétés dans son corps, y contemplèrent leurs propres formes, comme le soleil se reflète dans l’eau.
Verse 7
तमेवाराधयिष्यामि निरंजनमकल्मषः । एवं कृत्वा मतिं दैत्य स्तपस्तेपे सुदुष्करम् । भीतो जन्मभयाद्घोराद्दुष्करं यन्महात्मभिः
«Lui seul, je l’adorerai—l’Immaculé, sans souillure.» Ayant ainsi fixé sa résolution, le Daitya entreprit une austérité extrêmement difficile, poussé par l’effroi des renaissances, épreuve dure même pour les grandes âmes.
Verse 8
अंबुभक्षो वायुभक्षः शीर्णपर्णाशनस्तथा । दिव्यं वर्षशतं साग्रं यदा तेपे महत्तपः । ततस्तुतोष भगवांस्त्रिशूलवरधारकः
Se nourrissant d’eau, puis d’air, et aussi de feuilles desséchées, il accomplit une grande austérité durant cent années divines et davantage. Alors le Seigneur Bienheureux, porteur du trident sublime, fut satisfait.
Verse 9
ईश्वर उवाच । वरं वृणीष्व भद्रं ते मनसा यदभीप्सितम् । लोहासुर मया देयं तव नास्ति तपोबलात्
Īśvara dit : Choisis une grâce—qu’elle te soit propice—tout ce que ton esprit désire. Ô Lohāsura, par la force de ton austérité, il n’est rien que je ne puisse t’accorder.
Verse 10
इत्युक्तो दानवस्तत्र शंकराग्रे वचोऽब्रवीत्
Ainsi interpellé en ce lieu, le Dānava prononça ses paroles devant Śaṅkara.
Verse 11
लोहासुर उवाच । यदि तुष्टोसि देवेश वरमेकं वृणोम्यहम् । शरीरस्याजरत्वं च मा मृत्योरपि मे भयम्
Lohāsura dit : «Si Tu es satisfait, ô Seigneur des dieux, je ne choisis qu’une grâce : que mon corps soit exempt de vieillesse, et qu’il n’y ait pour moi aucune crainte, pas même de la mort».
Verse 12
जन्मन्यस्मिन्प्रभो भूयात्स्थातव्यं हृदये मम । एवमस्तु शिवः प्राह तत्र तं दानवेश्वरम्
«En cette même naissance, ô Seigneur, qu’il en soit ainsi, et que cela demeure fixé dans mon cœur.» Là, Śiva répondit à ce seigneur des Dānavas : «Qu’il en soit ainsi.»
Verse 13
शर्वलब्धवरो दैवात्पुनस्तेपे महत्तपः । रम्ये सरस्वतीतीरे तरणाय भवार्णवात्
Ayant, par le décret du destin, obtenu une grâce de Śarva (Śiva), il entreprit de nouveau une grande austérité sur la rive charmante de la Sarasvatī, désirant traverser l’océan du devenir mondain.
Verse 14
वत्सराणां सहस्राणि प्रयुतान्यर्बुदानि च । शंकते भगवानिंद्रो भीतस्तस्य तपोबलात्
Pendant des milliers d’années—des dizaines de milliers et même des crores—il persévéra ; et le vénérable Indra s’inquiéta, effrayé par la puissance née de cette austérité.
Verse 15
मा मे पदच्युतिर्भूयाद्दैत्यल्लोहासुरात्क्वचित् । मघवान्गुप्तरूपेण समेत्याश्रमकाननम्
(Indra pensa :) «Puissé-je ne jamais être déchu de ma dignité à cause du démon Lohāsura.» Ainsi Maghavān (Indra), revêtant une forme dissimulée, se rendit dans la forêt de l’ermitage.
Verse 16
तपोभंगं प्रकुरुते कंपयित्वा महासुरम् । ताडयंति शरीरे तं मुष्टिभिस्तीक्ष्णकर्कशैः
Il provoqua la rupture de l'austérité, ébranlant le grand Asura ; et ils frappèrent son corps de coups de poing durs, rudes et tranchants.
Verse 17
अथ तेन च दैत्येन ध्यानमुत्सृज्य वीक्षितम् । इंद्रेण तत्कृतं सर्वं तपोबलविनाशनम्
Alors ce Daitya, abandonnant sa méditation, regarda autour de lui et perçut que tout cela — la ruine de son pouvoir ascétique — avait été provoqué par Indra.
Verse 18
तस्य तैरभवद्युद्धमिंद्राद्यैरथ कर्क्कशैः । एकस्य बहुभिः सार्द्धं देवास्ते तेन संयुगे
Alors une bataille féroce s'engagea entre lui et ces êtres impitoyables — Indra et les autres dieux ; dans ce conflit, de nombreux devas combattirent ensemble contre le guerrier solitaire.
Verse 19
रुधिराक्लिन्नदेहा वै प्रहारैर्जर्जरीकृताः । केशवं शरणं प्राप्ता त्राहि त्राहीति भाषिणः
Leurs corps trempés de sang et brisés par les coups, ils trouvèrent refuge auprès de Keśava, criant : « Sauve-nous ! Sauve-nous ! »
Verse 20
सूत उवाच । देवानां वाक्यमाकर्ण्य वासुदेवो जनार्दनः । युयुधे केशवस्तेन युद्धे वर्षशतं किल
Sūta dit : Entendant les paroles des dieux, Vāsudeva Janārdana — Keśava — combattit avec lui, et cette bataille, dit-on, dura cent ans.
Verse 21
ततो नारायणं तत्र जिगाय स वरोर्जितः । अथ नारायणो देवो जितो लोहासुरेण तु
Alors, fortifié par la grâce du don, il y triompha de Nārāyaṇa ; ainsi même le dieu Nārāyaṇa fut vaincu par Lohāsura.
Verse 22
मंत्रयामास रुद्रेण ब्रह्मणा च पुनःपुनः । मीमांसित्वा त्रयो देवाः पुनर्युद्धसमुद्यमम्
À maintes reprises, il consulta Rudra et Brahmā. Après délibération, les trois dieux se préparèrent de nouveau à engager le combat.
Verse 23
लोहासुरस्य दैत्यस्य वपुर्दृष्ट्वा पुनर्नवम् । महदासीत्पुनर्युद्धं दैत्यकेशवयोस्ततः
Voyant le corps du daitya Lohāsura se renouveler encore, une grande bataille éclata de nouveau entre le daitya et Keśava.
Verse 24
न ममार यदा दैत्यो विष्णुना प्रभविष्णुना । तरसा तं केशवोऽपि पातयामास भूतले
Lorsque le daitya ne mourut pas même sous la puissance du puissant Viṣṇu, Keśava, avec force, le jeta à terre.
Verse 25
उत्तानं पतितं दृष्ट्वा पिनाकी परमेश्वरः । दधार हृदये तस्य स्वरूपं रूपवर्जितः
Le voyant gisant sur le dos, Pinākī—Parameśvara—porta en son cœur son essence, cette nature qui demeure au-delà de toute forme.
Verse 26
कण्ठे तस्थौ ततो ब्रह्मा तस्य लोहासुरस्य च । चरणौ पीडयामास स्वस्थित्या पुरुषोत्तमः
Alors Brahmā se tint sur la nuque de ce Lohāsura, et Puruṣottama, par sa propre assise inébranlable, appuya fortement sur ses pieds.
Verse 27
अथ दैत्यः समुत्तस्थौ भृशं बद्धोपि भूतले । दृष्ट्वोत्थितं ततो दैत्यं पातयंतं सुरोत्तमान्
Alors le Daitya se releva, bien qu’étroitement lié à la terre. Voyant le Daitya se dresser de nouveau et renverser les plus excellents des dieux,
Verse 28
उवाच दिव्यया वाचा विरंचिः कमलासनः
Virañci, assis sur le lotus, parla d’une voix divine.
Verse 29
ब्रह्मोवाच । लोहासुर सदा रक्ष वाचोधर्ममभीक्ष्णशः । त्वया यत्प्रार्थितं रुद्रात्तदेव समुपस्थितम्
Brahmā dit : «Ô Lohāsura, garde toujours, sans relâche, le dharma de ta parole. Ce que tu as imploré de Rudra, ce même don se présente maintenant à toi».
Verse 30
अहं विष्णुश्च रुद्रश्च त्रयोऽमी सुरसत्तमाः । त्वद्देहमुपवेक्ष्यामो यावदाभूतसंप्लवम्
«Moi, Viṣṇu et Rudra — nous trois, les plus excellents des dieux — veillerons sur ton corps jusqu’à la dissolution ultime des êtres».
Verse 31
दानवेश शिवप्राप्तिर्भावभक्त्यैव जायते । शिवं चालयितुं बुद्धिः कथं तव भविष्यति
Ô seigneur des Dānavas, l’accès à Śiva ne naît que de la bhakti du cœur. Comment donc l’idée pourrait-elle naître en toi d’ébranler Śiva ?
Verse 32
अचलांश्चालयेद्यस्तु प्रासादान्ब्राह्मणान्पुरान् । अचिरेणैव कालेन पातकेनैव लिप्यते
Mais quiconque cherche à ébranler ce qui doit demeurer inébranlable—temples, brāhmaṇas et cités sacrées—se trouve bien vite souillé par le péché.
Verse 33
श्मशानवत्परित्याज्यः सत्यधर्मबहिष्कृतः । सत्यवागसि भद्रं ते मा विचालय देवताः
Celui qui est retranché de la vérité et du dharma doit être évité comme un lieu de crémation. Mais toi, tu es véridique en parole : que le bien t’échoie ; ne trouble pas les dieux.
Verse 34
येन यातास्तु पितरो येन याताः पितामहाः । तेन मार्गेण गंतव्यं न चोल्लंघ्या सतां गतिः
Le chemin qu’ont suivi les pères et les grands-pères, c’est par ce même chemin qu’il faut aller ; la voie des hommes de bien ne doit pas être franchie de force.
Verse 35
दानवेश पिता ते हि ददौ लोकत्रयं हरेः । वाक्पाशबद्धः पाताले राज्यं चक्रे महीपतिः
Ô seigneur des Dānavas, ton père a vraiment donné les trois mondes appartenant à Hari. Lié par le lacet de sa propre parole, ce roi régna en Pātāla.
Verse 36
तथा त्वमसि वाक्पाशाच्छिवभक्तिसमन्वितः । भूतले तिष्ठ दैत्येंद्र मा वाग्वैकल्प्यमाप्नुहि
Ainsi toi aussi, tu es lié par le lasso de ta parole et comblé de dévotion envers Śiva. Demeure sur la terre, ô seigneur des Daityas ; ne tombe pas dans l’hésitation ni dans la contradiction du discours.
Verse 37
वरांस्ते च प्रदास्यामो मा विचाल्या हि देवताः
Et nous t’accorderons des grâces ; seulement, ne trouble pas les dieux.
Verse 38
व्यास उवाच । तच्छ्रुत्वा ब्रह्मणो वाक्यं संतुष्टो दानवेश्वरः । प्राह प्रसन्नया वाचा ब्रह्माणं केशवं हरम्
Vyāsa dit : Ayant entendu les paroles de Brahmā, le seigneur des Dānavas fut satisfait, et d’une voix joyeuse il s’adressa à Brahmā, à Keśava et à Hara.
Verse 39
लोहासुर उवाच । वाक्पाशबद्धस्तिष्ठामि न पुनर्भवतां बले । ब्रह्मा विष्णुश्च रुद्रश्च त्रयोऽमी सुरसत्तमाः
Lohāsura dit : Lié par le lasso de ma parole, je demeurerai ; non plus par votre force. Brahmā, Viṣṇu et Rudra : ces trois-là sont les plus éminents parmi les dieux.
Verse 40
स्थास्यंति चेच्छरीरे मे किं न लब्धं मया ततः । इदं कलेवरं मे हि समारूढं त्रिभिः सुरैः
Si vous devez demeurer dans mon propre corps, que me resterait-il donc à ne pas obtenir ? Car ce corps qui est le mien est véritablement monté—habité—par les trois dieux.
Verse 41
भूम्यां भवतु विख्यातं मत्प्रभावात्सुरोत्तमाः
Ô le plus excellent des dieux, par ma puissance, que cela devienne renommé sur la terre.
Verse 42
लोहासुरस्य वाक्येन हर्षिता स्त्रिदशास्त्रयः । ददुः प्रत्युत्तरं तस्मै ब्रह्मविष्णुमहेश्वराः
Ravis des paroles de Lohāsura, les trois ordres des dieux se réjouirent; et Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara lui donnèrent leur réponse.
Verse 43
सत्यवाक्पाशतो दैत्यो न सत्याच्चलितो यतः । तेन सत्येन संतुष्टा दास्या मस्ते मनीप्सितम्
Parce que toi, ô Daitya, tu ne t’es point écarté de la vérité—comme lié par le lasso de la parole véridique—cette vérité nous réjouit; nous t’accorderons ce que tu désires.
Verse 44
ब्रह्मोवाच । यथा स्नानं ब्रह्मज्ञानं देहत्यागो गयातले । धर्मारण्ये तथा दैत्य धर्म्मेश्वरपुरः स्थिते
Brahmā dit : «De même que le bain, la connaissance de Brahman, et même l’abandon du corps à Gayā sont souverainement efficaces, de même, ô Daitya, le sont les rites en Dharmāraṇya, en présence de Dharmmeśvara-pura».
Verse 45
कूपे तर्प्पणकं श्राद्धं शंसंति पितरो दिवि । संतुष्टा पिंडदानेन गयायां पितरो यथा
Les Pitṛs au ciel louent le śrāddha accompagné de tarpaṇa au puits sacré, tout comme à Gayā les ancêtres sont comblés par les offrandes de piṇḍas.
Verse 46
वांछंति तर्प्पणं कूपे धर्मारण्ये विशुद्धये । दानवेन्द्र शरीरं तु तीर्थं तव भविष्यति
Pour la purification, les hommes désireront accomplir le tarpaṇa au puits de Dharmāraṇya. Et, ô seigneur des Dānavas, ton propre corps deviendra un tīrtha.
Verse 47
एकविंशतिवारांस्तु गयायां तर्प्पणे कृते । पितॄणां या परा तृप्तिर्जायते दानवाधिप
Ô seigneur des Dānavas, la suprême satisfaction des Pitṛs qui naît de l’accomplissement du tarpaṇa à Gayā vingt et une fois—
Verse 48
धर्मेश्वर पुरस्तात्सा त्वेकदा पितृतर्पणात् । स्याद्वै दशगुणा तृप्तिः सत्यमेव न संशयः
—cette satisfaction, en vérité, devient dix fois plus grande par un seul pitṛ-tarpaṇa accompli devant Dharmmeśvara. C’est la vérité même, sans aucun doute.
Verse 49
पितॄणां पिंडदानेन अक्षय्या तृप्तिरस्त्विह । शिवरूपांतराले वै धर्मारण्ये धरातले
Ici, sur la terre de Dharmāraṇya—dans l’intervalle sacré marqué par la manifestation de Śiva—par l’offrande des piṇḍas, que la satisfaction des Pitṛs soit impérissable.
Verse 50
श्रद्धयैव हि कर्त्तव्याः श्राद्धपिंडोदकक्रियाः । तथांतराले चास्माकं श्राद्धपिंडौ विशेषतः
En vérité, les actes du śrāddha—offrandes de piṇḍa et libations d’eau—doivent être accomplis avec foi. Et dans cet intervalle sacré ici, notre śrāddha et nos offrandes de piṇḍa sont tout particulièrement éminents par leur fruit.
Verse 51
तथा शरीरे क्वापिस्तांचिंता सत्योऽसि सुव्रत । त्रिषु लोकेषु दुष्प्रापं सत्यं ते दिवि संस्थितम्
Ainsi, qu’il n’y ait en ton corps aucune inquiétude, ô véridique aux vœux excellents. Dans les trois mondes, la Vérité est difficile à obtenir ; ta véracité est établie jusque dans le ciel.
Verse 52
अस्मद्वाक्येन सत्येन तत्तथाऽसुरसत्तम । गयासमधिकं तीर्थं तव जातं धरातले
Par la vérité de notre parole proférée, qu’il en soit ainsi, ô meilleur des Asura : sur la terre s’est manifesté pour toi un tīrtha sacré, égal —ou supérieur— à Gayā.
Verse 53
अस्माकं स्थितिरव्यग्रा तव देहे न संशयः । सत्यपाशेन बद्धाः स्म दृढमेव त्वयाऽनघ
Notre demeure est stable et sans trouble dans ton corps ; il n’y a là aucun doute. Par le lasso de la Vérité, tu nous as liés solidement, ô irréprochable.
Verse 54
विष्णुरुवाच । गयाप्रयाग कस्याऽपि फलं समधिकं स्मृतम् । चतुर्द्दश्याममावास्यां लोहयष्ट्यां पिंडदानतः
Viṣṇu dit : Le mérite de Gayā et de Prayāga est tenu pour supérieur à celui des autres lieux, surtout lorsque, le quatorzième jour et au jour de nouvelle lune (amāvāsyā), on offre des piṇḍa à Lohayaṣṭī.
Verse 55
बलिपुत्रस्य सत्येन महती तृप्तिरत्र हि । मा कुरुष्वात्र संदेहं तव देहे स्थिता स्वयम्
Assurément, par la véracité du fils de Bali, il y a ici une grande satiété (pour les ancêtres). Ne nourris aucun doute à ce sujet : elle, la puissance du mérite sacré, demeure d’elle-même dans ton corps.
Verse 56
सरस्वती पुण्यतोया ब्रह्मलोकात्प्रयात्युत । प्लावयिष्यंति देहांगं मया सह सुसंगता
Sarasvatī, dont les eaux sont saintes, viendra assurément du Brahmaloka ; unie à moi en douce harmonie, elle baignera et inondera les membres du corps pour les purifier.
Verse 57
यथो वै द्वारका वासो देवस्तत्र महेश्वरः । विरंचिर्यत्र तीर्थानि त्रीण्येतानि धरातले
De même que Dvārakā est une demeure divine et que là l’on adore le Grand Seigneur ; et là où réside Virañci (Brahmā), ainsi, sur la terre, ces trois lieux sont renommés comme tīrthas.
Verse 58
भविष्यति च पाताले स्वर्गलोके यमक्षये । विख्यातान्यसुरश्रेष्ठ पि तॄणां तृप्तिहेतवे
Ils deviendront célèbres dans Pātāla, dans Svarga et aussi dans le royaume de Yama, ô le meilleur des Asuras ; renommés comme causes de la satisfaction des Ancêtres.
Verse 59
अथान्यत्संप्रवक्ष्यामि गाथां पितृकृतां पराम् । आज्ञारूपां हि पुत्राणां तां शृणुष्व ममानघ
À présent, je vais proclamer une autre gāthā suprême, composée par les Pitṛs ; c’est un enseignement, sous forme d’ordre, destiné aux fils. Écoute-la, ô sans tache.
Verse 60
पितर ऊचुः । शंकरस्याग्रतः स्थानं रुद्रलोकप्रदं नृणाम् । पापदेहविशुद्ध्यर्थं पापेनोपहतात्मनाम्
Les Pitṛs dirent : Devant Śaṅkara se tient un lieu sacré qui accorde aux hommes le monde de Rudra ; il est destiné à purifier le corps souillé de péché, pour ceux dont l’âme est meurtrie par le péché.
Verse 61
तस्मिंस्तिलोदकेनापि सद्गतिं यांति तर्पिताः । पितरो नरकाद्वा पि सुपुत्रेण सुमेधसा
Là, même par la simple offrande d’eau mêlée de sésame (tilodaka), les ancêtres, une fois apaisés, atteignent une voie bienheureuse. En vérité, grâce à un fils vertueux et sage, les Pitṛs sont délivrés même de l’enfer.
Verse 62
गोप्रदानं प्रशंसंति तत्तत्र पितृमुक्तये । पित्रादिकान्समुद्दिश्य दृष्ट्वा रुद्रं च केशवम्
Là, ils louent le don d’une vache comme moyen de délivrance des ancêtres. Après avoir invoqué les Pitṛs et les autres, qu’on contemple et vénère à la fois Rudra et Keśava.
Verse 63
तिलपिण्याकपिंडेन तृप्तिं यास्यामहे पराम् । चतुर्द्दश्याममावास्यां तथा च पितृतर्पणम्
Par une piṇḍa faite de tourteau de sésame (tilapiṇyāka), nous obtiendrons la satisfaction suprême des ancêtres. De même, le Pitṛ-tarpaṇa doit être accompli le quatorzième jour et à la nouvelle lune.
Verse 64
अज्ञातगोत्रजन्मानस्तेभ्यः पिंडांस्तु निर्वपेत् । तेऽपि यांति दिवं सर्वे ये दत्त इति श्रुतिः
Pour ceux dont la naissance et le gotra sont inconnus, qu’on offre néanmoins des piṇḍas. Eux aussi, tous, vont au ciel : telle est l’affirmation de la tradition sacrée, “ceux à qui l’offrande a été donnée”.
Verse 65
सर्वकार्याणि संत्यज्य मानवैः पुण्यमीप्सुभिः । प्राप्ते भाद्रपदे मासे गंतव्या लोहयिष्टका । अज्ञातगोत्रनाम्ना तु पिंड मंत्रमिमं शृणु
Que les hommes en quête de mérite renoncent à toutes les autres tâches. Quand vient le mois de Bhādrapada, qu’on se rende à Lohayiṣṭakā. Et maintenant, écoutez ce mantra de la piṇḍa, destiné à celui dont le gotra et le nom sont inconnus.
Verse 66
पितृवंशे मृता ये च मातृवंशे तथैव च । अतीतगोत्रजास्तेभ्यः पिंडोऽयमुपतिष्ठतु
Que ce piṇḍa soit offert à ceux qui sont morts dans la lignée du père, et de même dans la lignée de la mère — à ceux des clans d’autrefois, désormais oubliés.
Verse 67
विष्णुरुवाच । अनेनैव तु मंत्रेण ममाग्रे सुरसत्तम । क्षीणे चंद्रे चतुर्द्दश्यां नभस्ये पिंडमाहरेत्
Viṣṇu dit : Par ce même mantra, ô le plus excellent des dieux, en ma présence qu’on offre le piṇḍa au mois de Nabhasya, au quatorzième tithi lorsque la lune décroît.
Verse 68
पितॄणामक्षया तृप्तिर्भविष्यति न संशयः । तिलपिण्याकपिंडेन पितरो मोक्षमाप्नुयुः
Les Pitṛs obtiendront une satiété inépuisable — sans aucun doute. Par un piṇḍa fait de tourteau de sésame, les ancêtres peuvent atteindre la délivrance (mokṣa).
Verse 69
क्षणत्रयविनिर्मुक्ता मानवा जगतीतले । भविष्यंति न संदेहो लोहयष्ट्या तिलतर्पणे
Les humains sur la terre seront délivrés en trois instants seulement — sans aucun doute — par le tarpaṇa au sésame accompli à Lohayaṣṭī.
Verse 70
स्नात्वा यः कुरुते चात्र पितृपिंडोदकक्रियाः । पितरस्तस्य तृप्यंति यावद्ब्रह्मदिवानिशम्
Quiconque se baigne puis accomplit ici les rites du piṇḍa et les offrandes d’eau pour les ancêtres, ses Pitṛs demeurent satisfaits aussi longtemps que durent le jour et la nuit de Brahmā.
Verse 71
अमावास्यादिनं प्राप्य मासि भाद्रपदे सरः । ब्रह्मणो यष्टिकायां तु यः कुर्यात्पितृतर्पणम्
Au jour d’Amāvasyā, dans le mois de Bhādrapada, quiconque accomplit le tarpaṇa—l’offrande d’eau—aux Pitṛs au lac sacré nommé Yaṣṭikā, le Bâton de Brahmā, obtient le mérite particulier de ce tīrtha.
Verse 72
पितरस्तस्य तृप्ताः स्युर्यावदाभूतसंप्लवम् । तेषां प्रसन्नो भगवानादिदेवो महेश्वरः
Ses ancêtres demeurent comblés jusqu’à la dissolution cosmique; et pour eux, le Seigneur Bienheureux—Maheśvara, le Dieu primordial—devient favorable.
Verse 73
अस्य तीर्थस्य यात्रायां मतिर्येषां भविष्यति । गोक्षीरेण तिलैः श्वेतैः स्नात्वा सारस्वते जले
Ceux dont l’esprit se tournera vers le pèlerinage à ce tīrtha—après s’être baignés dans les eaux de Sarasvatī avec du lait de vache et du sésame blanc—deviennent dignes du mérite promis aux ancêtres.
Verse 74
तर्पयेदक्षया तृप्तिः पितॄणां तस्य जायते । श्राद्धं चैव प्रकु र्वीत सक्तुभिः पयसा सह
Qu’il accomplisse le tarpaṇa; alors naît pour ses Pitṛs une satisfaction impérissable. Qu’il accomplisse aussi le śrāddha, avec du saktu (farine d’orge grillée) mêlé de lait.
Verse 75
अमावास्यादिनं प्राप्य पितॄणां मोदमिच्छुकः । रुद्रतीर्थे ततो धेनुं दयाद्वस्त्राणि यमतीर्थके
Au jour d’Amāvasyā, désirant la joie des Pitṛs, qu’il fasse don d’une vache à Rudra-tīrtha; et à Yama-tīrtha qu’il offre des vêtements.
Verse 76
विष्णुतीर्थे हिरण्यं च पितॄणां मोक्षमिच्छुकः । विनाक्षतैर्विना दर्भैर्विना चासनमेव च । वारिमात्राल्लोहयष्ट्यां गयाश्राद्धफलं लभेत्
Désireux de la délivrance de ses ancêtres, qu’il offre aussi de l’or à Viṣṇu-tīrtha. À Lohayaṣṭī, même avec de l’eau seule—sans grains de riz, sans herbe darbha, et sans même un siège—on obtient le fruit du śrāddha accompli à Gayā.
Verse 77
सूत उवाच । एतद्वः कथितं विप्रा लोहासुरविचेष्टितम् । यच्छ्रुत्वा ब्रह्महा गोघ्नो मुच्यते सर्वपातकैः
Sūta dit : Ô brāhmaṇas, je vous ai ainsi raconté les actes liés à Lohāsura. En l’entendant, même celui qui a commis le meurtre d’un brāhmane ou d’une vache est délivré de tous les péchés.
Verse 78
एकविंशतिवारन्तु गयायां पिंड पातने । तत्फलं समवाप्नोति सकृदस्मिञ्छ्रुते सति
Le fruit obtenu en offrant des piṇḍas à Gayā vingt et une fois est acquis simplement en l’entendant une seule fois.
Verse 79
चतुःष्कोटि द्विलक्षं च सहस्रं शतमेव च । धेनवस्तेन दत्ताः स्युर्माहात्म्यं शृणु यात्तु यः
Quiconque écoute ce māhātmya est considéré comme ayant fait don de vaches : quatre crores, deux lakhs, mille et cent (en nombre).