Adhyaya 227
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 227

Adhyaya 227

Ce chapitre prend la forme d’un dialogue où Mārkaṇḍeya expose à Yudhiṣṭhira la sainteté exceptionnelle de la Narmadā (Revā). Revā y est glorifiée comme « la bien-aimée de Mahādeva » et comme la « Gaṅgā Māheśvarī » (aussi dite « Gaṅgā du Sud »), avec l’avertissement que l’incrédulité et l’irrévérence amoindrissent les fruits spirituels. Le texte énonce ensuite un principe d’efficacité rituelle fondé sur la śraddhā (foi intentionnelle) et une conduite conforme au śāstra, par opposition aux pratiques arbitraires dictées par le désir. Il propose un code d’éthique pour la yātrā : brahmacarya, frugalité, véracité, refus de la tromperie, humilité et évitement des mauvaises fréquentations ; ainsi que les actes prescrits aux tīrtha : bain sacré, culte des divinités, śrāddha/offrandes de piṇḍa lorsque cela convient, et repas offerts aux brāhmaṇa selon ses moyens. Vient ensuite un cadre expiatoire gradué : les distances de pèlerinage (notamment 24 yojana) sont mises en relation avec des effets de type kṛcchra, avec des multiplicateurs accrus aux confluences et dans des lieux saints nommés. Enfin, le chapitre définit les mesures traditionnelles (aṅgula, vitasti, hasta, dhanu, krośa, yojana) et classe les rivières selon leur largeur/ampleur, soulignant une purification par le pèlerinage de Revā menée avec méthode et justesse.

Shlokas

Verse 1

मार्कण्डेय उवाच । एतानि तव संक्षेपात्प्राधान्यात्कथितानि च । न शक्तो विस्तराद्वक्तुं संख्यां तीर्थेषु पाण्डव

Mārkaṇḍeya dit : Je te les ai exposés brièvement, selon leur importance première. Je ne puis, ô Pāṇḍava, décrire en détail le nombre des tīrtha, les gués sacrés.

Verse 2

एषा पवित्रा विमला नदी त्रैलोक्यविश्रुता । नर्मदा सरितां श्रेष्ठा महादेवस्य वल्लभा

Cette rivière est sainte et sans tache, renommée dans les trois mondes : Narmadā, la plus excellente des rivières, bien-aimée de Mahādeva.

Verse 3

मनसा संस्मरेद्यस्तु नर्मदां सततं नृप । चान्द्रायणशतस्याशु लभते फलमुत्तमम्

Ô roi, quiconque se souvient sans cesse de la Narmadā dans son esprit obtient promptement le fruit suprême, égal à celui de cent observances de Cāndrāyaṇa.

Verse 4

अश्रद्दधानाः पुरुषा नास्तिकाश्चात्र ये स्थिताः । पतन्ति नरके घोरे प्राहैवं परमेश्वरः

Ceux qui demeurent ici sans foi, et ceux qui sont impies, tombent dans un enfer terrible ; ainsi l’a proclamé Parameśvara, le Seigneur suprême.

Verse 5

नर्मदां सेवते नित्यं स्वयं देवो महेश्वरः । तेन पुण्या नदी ज्ञेया ब्रह्महत्यापहारिणी

Mahēśvara lui-même sert sans cesse la Narmadā ; qu’on sache donc qu’elle est une rivière d’un mérite souverain, qui efface même le péché du meurtre d’un brāhmane.

Verse 6

इयं माहेश्वरी गङ्गा महेश्वरतनूद्भवा । प्रोक्ता दक्षिणगङ्गेति भारतस्य युधिष्ठिर

Voici la Gaṅgā Māheśvarī, née du propre corps de Maheśvara ; elle est proclamée la « Gaṅgā du Sud », ô Yudhiṣṭhira de Bhārata.

Verse 7

जाह्नवी वैष्णवी गङ्गा ब्राह्मी गङ्गा सरस्वती । इयं माहेश्वरी गङ्गा रेवा नास्त्यत्र संशयः

Jāhnavī est la Gaṅgā vaiṣṇavī ; Sarasvatī est la Gaṅgā brāhmī. Et cette Revā est la Gaṅgā māheśvarī : là-dessus, point de doute.

Verse 8

यथा हि पुरुषे देवस्त्रैमूर्तत्वमुपाश्रितः । ब्रह्मविष्णुमहेशाख्यं न भेदस्तत्र वै यथा । तथा सरित्त्रये पार्थ भेदं मनसि मा कृथाः

De même que l’unique Dieu, demeurant en l’être, revêt la triple forme nommée Brahmā, Viṣṇu et Maheśa, sans division réelle, de même, ô Pārtha, ne fais pas naître dans ton esprit de distinctions entre les trois rivières sacrées.

Verse 9

कोटिशो ह्यत्र तीर्थानि लक्षशश्चापि भारत । तथा सहस्रशो रेवातीरद्वयगतानि तु

Ô Bhārata, ici les tīrtha se comptent par crores et aussi par lakhs ; et de même, par milliers, on les trouve sur les deux rives de la Revā.

Verse 10

वृक्षान्तरिक्षसंस्थानि जलस्थलगतानि च । कः शक्तस्तानि निर्णेतुं वागीशो वा महेश्वरः

Les uns sont établis parmi les arbres et dans les airs, les autres dans l’eau et sur la terre. Qui pourrait tous les dénombrer, fût-ce Vāgīśa, seigneur de la parole, ou même Maheśvara ?

Verse 11

स्मरणाज्जन्मजनितं दर्शनाच्च त्रिजन्मजम् । सप्तजन्मकृतं नश्येत्पापं रेवावगाहनात्

Par le souvenir de la Revā, le péché né en cette vie est détruit ; par sa vision, le péché de trois vies est détruit ; et par l’immersion dans la Revā, le péché amassé en sept vies périt.

Verse 12

देवकार्यं कृतं तेन अग्नयो विधिवद्धुताः । वेदा अधीताश्चत्वारो येन रेवावगाहिता

Celui qui s’est baigné dans la Revā a, pour ainsi dire, accompli les devoirs dus aux devas ; les feux sacrés sont comme entretenus selon le rite, et les quatre Veda comme étudiés.

Verse 13

प्राधान्याच्चापि संक्षेपात्तीर्थान्युक्तानि ते मया । न शक्यो विस्तरः पार्थ श्रोतुं वक्तुं च वै मया

Ô Pārtha, je ne t’ai parlé des tīrtha sacrés qu’en abrégé, selon leur importance principale ; car leur ample détail ne peut vraiment être dit par moi, ni pleinement entendu.

Verse 14

युधिष्ठिर उवाच । विधानं च यमांश्चैव नियमांश्च वदस्व मे । प्रायश्चित्तार्थगमने को विधिस्तं वदस्व मे

Yudhiṣṭhira dit : Dis-moi la juste procédure, ainsi que les yama et les niyama. Pour partir en vue de l’expiation (prāyaścitta), quelle est la règle ? Explique-le-moi.

Verse 15

श्रीमार्कण्डेय उवाच । साधु पृष्टं महाराज यच्छ्रेयः पारलौकिकम् । शृणुष्वावहितो भूत्वा यथाज्ञानं वदामि ते

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ta question est bonne, ô grand roi, car elle concerne le bien suprême au-delà de ce monde. Écoute avec une attention entière ; je te dirai selon ma compréhension.

Verse 16

अध्रुवेण शरीरेण ध्रुवं कर्म समाचरेत् । अवश्यमेव यास्यन्ति प्राणाः प्राघूर्णिका इव

Avec ce corps impermanent, accomplis des actes durables de dharma ; car les souffles vitaux s’en iront à coup sûr, tels une toupie qui tourne sans pouvoir demeurer immobile.

Verse 17

दानं वित्तादृतं वाचः कीर्तिधर्मौ तथा ख्युषः । परोपकरणं कायादसारात्सारमुद्धरेत्

De la richesse, tire l’aumône ; de la parole, tire la vérité. De la vie, tire la renommée et le dharma ; et de ce corps périssable, retire l’essence : aider et servir autrui.

Verse 18

अस्मिन्महामोहमये कटाहे सूर्याग्निना रात्रिदिवेन्धनेन । मासर्तुदर्वीपरिघट्टनेन भूतानि कालः पचतीति वार्ता

Dans ce grand chaudron pétri d’illusion, avec le soleil pour feu et les nuits et les jours pour bois, remué par la louche des mois et des saisons, le Temps « cuit » tous les êtres : telle est la vérité proclamée.

Verse 19

ज्ञात्वा शास्त्रविधानोक्तं कर्म कर्तुमिहार्हसि । नायं लोकोऽस्ति न परो न सुखं संशयात्मनः

Ayant compris l’acte prescrit selon l’ordonnance des śāstra, tu dois l’accomplir ici. Car l’esprit en proie au doute n’obtient ni ce monde ni l’autre, ni le bonheur.

Verse 20

मन्त्रे तीर्थे द्विजे देवे दैवज्ञे भेषजे गुरौ । यादृशी भावना यस्य सिद्धिर्भवति तादृशी

Dans le mantra, dans le tīrtha, dans le brāhmaṇa, dans la divinité, dans l’astrologue, dans le remède et dans le guru : telle est la disposition intérieure de chacun, telle est la siddhi (l’accomplissement) qui advient.

Verse 21

अश्रद्धया हुतं दत्तं तपस्तप्तं कृतं च यत् । असदित्युच्यते पार्थ न च तत्प्रेत्य नो इह

Tout sacrifice offert, toute aumône donnée, toute austérité pratiquée sans foi—ô Pārtha—est dite « asat », non-être ; elle ne porte fruit ni ici-bas ni après la mort.

Verse 22

यः शास्त्रविधिमुत्सृज्य वर्तते कामकारतः । न स सिद्धिमवाप्नोति न सुखं न परां गतिम्

Celui qui, rejetant la règle des śāstra, agit selon le seul caprice et le désir, n’obtient ni accomplissement, ni bonheur, ni la suprême destinée.

Verse 23

सन्तीह विविधोपाया नृणां देहविशोधनाः । तीर्थसेवासमं नास्ति स्वशरीरस्य शोधनम्

Il existe ici bien des moyens pour purifier le corps des hommes ; pourtant nulle purification de l’être incarné n’égale le saint service rendu à un tīrtha.

Verse 24

कृच्छ्रचान्द्रायणाद्यैर्वा द्वितीयं तीर्थसेवया । यदा तीर्थं समुद्दिश्य प्रयाति पुरुषो नृप । तदा देवाश्च पितरस्तं व्रजन्त्यनु खेचराः

Par des pénitences ardues telles que le Kṛcchra et le Cāndrāyaṇa, on obtient la purification ; mais la seconde voie—plus haute—est le service d’un tīrtha. Ô Roi, lorsque l’homme se met en route, l’intention fixée sur le lieu sacré, alors les dieux et les ancêtres le suivent, avec les êtres célestes qui parcourent le ciel.

Verse 25

परमा मोदपूर्णास्ते प्रयान्त्यस्यानुयायिनः । कृत्वाभ्युदयिकं श्राद्धं समापृच्छय तु देवताम्

Ceux qui l’accompagnent poursuivent leur route, comblés de la joie suprême, après avoir accompli l’auspicieux śrāddha d’abhyudaya et avoir pris congé, comme il se doit, de la divinité.

Verse 26

इष्टबन्धूंश्च विष्णुं च शङ्करं सगणेश्वरम् । व्रजेद्द्विजाभ्यनुज्ञातो गृहीत्वा नियमानपि

Après avoir rendu hommage aux proches bien-aimés, à Viṣṇu et à Śaṅkara avec Gaṇeśa, et ayant reçu l’assentiment des deux-fois-nés (brāhmaṇas), qu’il se mette en route, en observant aussi les règles de retenue prescrites.

Verse 27

एकाशनं ब्रह्मचर्यं भूशय्यां सत्यवादिताम् । वर्जनं च परान्नस्य प्रतिग्रहविवर्जनम्

Qu’il observe la règle d’un seul repas, le brahmacarya, le sommeil à même le sol et la parole véridique; qu’il évite la nourriture d’autrui et s’abstienne d’accepter des dons.

Verse 28

वर्जयित्वा तथा द्रोहवञ्चनादि नृपोत्तम । साधुवेषं समास्थाय विनयेन विभूषितः

Ô meilleur des rois, ayant aussi renoncé à la malveillance, à la tromperie et aux choses semblables, qu’il adopte la tenue et la conduite d’un saint (sādhu), paré d’humilité.

Verse 29

दम्भाहङ्कारमुक्तो यः स तीर्थफलमश्नुते । यस्य हस्तौ च पादौ च मनश्चैव सुसंयतम्

Celui qui est délivré de l’hypocrisie et de l’orgueil goûte vraiment le fruit du tīrtha, lui dont les mains, les pieds et l’esprit sont parfaitement maîtrisés.

Verse 30

विद्या तपश्च कीर्तिश्च स तीर्थफलमश्नुते । अक्रोधनश्च राजेन्द्र सत्यशीलो दृढव्रतः

Savoir, ascèse (tapas) et noble renommée: un tel homme goûte le fruit du tīrtha. Ô seigneur des rois, il est sans colère, voué à la vérité et ferme dans ses vœux.

Verse 31

आत्मोपमश्च भूतेषु स तीर्थफलमश्नुते । मुण्डनं चोपवासश्च सर्वतीर्थेष्वयं विधिः

Celui qui voit tous les êtres comme semblables à lui-même obtient vraiment le fruit du tīrtha. Le rasage de la tête et le jeûne : telle est la règle prescrite en tous les lieux saints.

Verse 32

वर्जयित्वा कुरुक्षेत्रं विशालां विरजां गयाम् । स्नानं सुरार्चनं चैव श्राद्धे वै पिण्डपातनम्

À l’exception de Kurukṣetra, Viśālā, Virajā et Gayā : on doit accomplir le bain rituel et le culte aux dieux ; et lors du śrāddha, l’offrande des piṇḍa (boules de riz) est assurément prescrite.

Verse 33

विप्राणां भोजनं शक्त्या सर्वतीर्थेष्वयं विधिः । प्रायश्चित्तनिमित्तं च यो व्रजेद्यतमानसः

En tout tīrtha, telle est la règle juste : selon ses moyens, on doit nourrir les brāhmaṇa. Et celui qui part en pèlerinage comme prāyaścitta, l’esprit discipliné et retenu, observe cette ordonnance.

Verse 34

तस्यापि च विधिं वक्ष्ये शृणु पार्थ समाहितः । एकाशनं ब्रह्मचर्यमक्षारलवणाशनम्

J’en exposerai aussi la procédure : écoute avec recueillement, ô fils de Pṛthā. Qu’on ne mange qu’une fois par jour, qu’on observe le brahmacarya, et qu’on prenne une nourriture sans substances alcalines et sans sel.

Verse 35

स्नात्वा तीर्थाभिगमनं हविष्यैकान्नभोजनम् । वर्जयेत्पतितालापं बहुभाषणमेव च

Après le bain, qu’on se rende au lieu saint et qu’on prenne une simple nourriture de type havis, pure et consacrée. Qu’on évite de converser avec les déchus, et qu’on s’abstienne aussi de trop parler.

Verse 36

परीवादं परान्नं च नीचसङ्गं विवर्जयेत् । व्रजेच्च निरुपानत्को वसानो वाससी शुचिः

Qu’on évite la médisance, la nourriture donnée par autrui et la compagnie des gens vils. Qu’on chemine sans chaussures, vêtu d’habits purs, demeurant dans la pureté.

Verse 37

संकल्पं मनसा कृत्वा ब्राह्मणानुज्ञया व्रजेत् । तीर्थे गत्वा तथा स्नात्वा कृत्वा चैव सुरार्चनम्

Après avoir établi dans l’esprit la résolution sacrée (saṅkalpa) et avec l’assentiment des brāhmaṇas, qu’on se mette en route. Parvenu au tīrtha, qu’on s’y baigne et qu’on accomplisse l’adoration de la Divinité.

Verse 38

दुष्कर्मतो विमुक्तः स्यादनुतापी भवेद्यदि । वेदे तीर्थे च देवे च दैवज्ञे चौषधे गुरौ

Si l’on éprouve un repentir véritable, on se délivre des actes mauvais, en gardant révérence pour le Veda, le tīrtha, la Divinité, l’astrologue/devin, le remède et le guru.

Verse 39

यादृशी भावना यस्य सिद्धिर्भवति तादृशी । उक्ततीर्थफलानां च पुराणेषु स्मृतिष्वपि

Telle est la disposition intérieure, telle devient l’obtention. Et les fruits annoncés des tīrthas sont énoncés dans les Purāṇas, et dans les Smṛtis également.

Verse 40

अर्थवादभवां शङ्कां विहाय भरतर्षभ । कृत्वा विचारं शास्त्रोक्तं परिकल्प्य यथोचितम्

Renonce au doute né de l’idée que ce n’est qu’éloge, ô taureau parmi les Bhāratas. Après avoir réfléchi selon les śāstras, adopte ce qui convient, comme il se doit.

Verse 41

कायेन कृच्छ्रचरणे ह्यशक्तानां विशुद्धये । ज्ञात्वा तीर्थाविशेषं हि प्रायश्चित्तं समाचरेत्

Pour ceux qui, par faiblesse du corps, ne peuvent accomplir de rudes austérités, la pureté s’obtient en reconnaissant la puissance particulière d’un tīrtha et en accomplissant comme il se doit le prāyaścitta approprié.

Verse 42

तच्छृणुष्व महाराज नर्मदायां यथोचितम् । चतुर्विंशतिसंख्येभ्यो योजनेभ्यो व्रजेन्नरः

Écoute donc, ô grand roi, ce qui sied au sujet de la Narmadā : l’homme doit entreprendre le parcours prescrit, mesuré à vingt-quatre yojanas.

Verse 43

चतुर्विंशतिकृच्छ्राणां फलमाप्नोति शोभनम् । अत ऊर्ध्वं योजनेषु पादकृच्छ्रमुदाहृतः

Il obtient l’heureux fruit équivalant à vingt-quatre pénitences de Kṛcchra. Au-delà, pour chaque yojana parcourue, l’on déclare un « quart de Kṛcchra » comme mesure du mérite expiatoire.

Verse 44

तन्मध्ये च महाराज यो व्रजेच्छुद्धिकाङ्क्षया । योजने योजने तस्य प्रायश्चित्तं विदुर्बुधाः

Et au sein de ce pèlerinage, ô grand roi, quiconque marche avec le désir de se purifier : les sages savent que, pour lui, à chaque yojana, s’accomplit un prāyaścitta, une purification expiatoire.

Verse 45

प्रणवाख्ये महाराज तथा रेवोरिसंगमे । भृगुक्षेत्रे तथा गत्वा फलं तद्द्विगुणं स्मृतम्

Au lieu nommé Praṇava, ô grand roi, ainsi qu’au confluent de la Revā et de l’Ori, et de même en atteignant Bhṛgukṣetra, il est dit que le fruit de l’observance se trouve doublé.

Verse 46

सङ्गमे देवनद्याश्च शूलभेदे नृपोत्तम । द्विगुणं पादहीनं स्यात्करजासंगमे तथा

Au confluent de la rivière divine Devā-nadī, et à Śūlabheda, ô meilleur des rois, le fruit du mérite devient « le double moins un quart » ; de même au confluent de la Karajā.

Verse 47

एरण्डीसङ्गमे तद्वत्कपिलायाश्च संगमे । केचित्त्रिगुणितं प्राहुः कुब्जारेवोत्थसङ्गमे

De même au confluent de l’Eraṇḍī et au confluent de la Kapilā ; certains disent que le fruit est triplé au lieu où la Kubjā rejoint le courant né de la Revā.

Verse 48

ओंकारे च महाराज तदपि स्यात्समञ्जसम् । सङ्गमेषु तथान्यासां नदीनां रेवया सह

Et à Oṃkāra aussi, ô grand roi, cette estimation est juste. Il en va de même aux confluents des autres rivières avec la Revā.

Verse 49

प्राहुस्ते सार्धकृच्छ्रं वै फलं पूर्वं युधिष्ठिर । त्रिगुणं कृच्छ्रमाप्नोति रेवासागरसङ्गमे

Ils t’avaient dit auparavant, ô Yudhiṣṭhira, que le fruit était « un Kṛcchra et demi ». Mais au confluent de la Revā et de l’océan, on obtient un fruit de Kṛcchra triplé.

Verse 50

कृच्छ्रं चतुर्गुणं प्रोक्तं शुक्लतीर्थे युधिष्ठिर । योजने योजने गत्वा चतुर्विंशतियोजनम् । तत्र तत्र वसेद्यस्तु सुचिरं नृवरोत्तम

À Śukla-tīrtha, ô Yudhiṣṭhira, le fruit du Kṛcchra est déclaré quadruple. Parcourant yojana après yojana jusqu’à vingt-quatre yojanas, celui qui demeure longtemps en chaque lieu, ô le meilleur des hommes, affermit son observance dans le mérite.

Verse 51

रेवासेवासमाचारः संयुक्तः शुद्धबुद्धिमान् । दम्भाहङ्काररहितः शुद्ध्यर्थं स विमुच्यते

Celui qui suit la juste conduite du service rendu à Revā, l’intelligence purifiée, exempt d’hypocrisie et d’orgueil, est délivré afin d’obtenir la purification.

Verse 52

इति ते कथितं पार्थ प्रायश्चित्तार्थलक्षणम् । रेवायात्राविधानं च गुह्यमेतद्युधिष्ठिर

Ainsi, ô Pārtha, je t’ai exposé les marques et le but de l’expiation, ainsi que l’ordonnance du pèlerinage à Revā. Cet enseignement est secret et sacré, ô Yudhiṣṭhira.

Verse 53

युधिष्ठिर उवाच । योजनस्य प्रमाणं मे वद त्वं मुनिसत्तम । यज्ज्ञात्वा निश्चितं मे स्यान्मनःशुद्धेस्तु कारणम्

Yudhiṣṭhira dit : «Ô le plus excellent des sages, dis-moi la mesure véritable d’un yojana. En la connaissant, mon intelligence deviendra certaine, et ce sera cause de la purification de mon esprit».

Verse 54

मार्कण्डेय उवाच । शृणु पाण्डव वक्ष्यामि प्रमाणं योजनस्य यत् । तथा यात्राविशेषेण विशेषं कृच्छ्रसम्भवम्

Mārkaṇḍeya dit : «Écoute, ô Pāṇḍava. Je vais t’exposer la mesure d’un yojana, et aussi les distinctions qui naissent—selon les particularités du voyage—dans les mérites liés à l’observance du kṛcchra».

Verse 55

तिर्यग्यवोदराण्यष्टावूर्ध्वा वा व्रीहयस्त्रयः । प्रमाणमङ्गुलस्याहुर्वितस्तिर्द्वादशांगुला

Huit grains d’orge posés en travers—ou trois grains de riz dressés verticalement—sont dits la mesure d’un aṅgula (largeur d’un doigt). Un vitasti (empan) vaut douze aṅgulas.

Verse 56

वितस्तिद्वितयं हस्तश्चतुर्हस्तं धनुः स्मृतम् । स एव दण्डो गदितो विशेषज्ञैर्युधिष्ठिर

Deux vitasti font un hasta (coudée) ; quatre hastas sont tenus pour un dhanu (longueur d’arc). Cette même mesure est aussi appelée daṇḍa par ceux qui connaissent avec précision les étalons, ô Yudhiṣṭhira.

Verse 57

धनुःसहस्रे द्वे क्रोशश्चतुःक्रोशं च योजनम् । एतद्योजनमानं ते कथितं भरतर्षभ

Deux mille dhanus font un krośa, et quatre krośas font un yojana. Ainsi t’a été exposée la mesure du yojana, ô taureau parmi les Bhārata.

Verse 58

येन यात्रां व्रजन् वेत्ति फलमानं निजार्जितम् । उक्तं कृच्छ्रफलं तीर्थे जलरूपे नृपोत्तम

Par cela, celui qui part en yātrā (pèlerinage) peut connaître la mesure du fruit spirituel qu’il a acquis. Et maintenant, ô meilleur des rois, sont décrits les fruits de l’observance du kṛcchra, en référence au tīrtha sous forme d’eau, les eaux saintes.

Verse 59

यथाविशेषं ते वच्मि पूर्वोक्ते तत्र तत्र च । तन्मे शृणु महीपाल श्रद्दधानाय कथ्यते

Je te dirai les détails selon leurs distinctions, en chaque lieu comme il a été indiqué auparavant. Écoute donc, ô protecteur de la terre ; ceci est dit pour celui qui est plein de foi.

Verse 60

यस्मिंस्तीर्थे हि यत्प्रोक्तं फलं कृच्छ्रादिकं नृप । तत्राप्युपोषणात्कृच्छ्रफलं प्राप्नोत्यथाधिकम्

Dans quelque tīrtha que soit proclamé un fruit—qu’il provienne du kṛcchra ou d’observances semblables, ô roi—là aussi, par le jeûne (upoṣaṇa), on obtient le fruit du kṛcchra, et même davantage.

Verse 61

दिनजाप्याच्च लभते फलं कृच्छ्रस्य शक्तितः । तत्र विख्यातदेवेशं स्नात्वा दृष्ट्वाभिपूज्य च

Et par le japa accompli de jour, on obtient aussi le fruit du kṛcchra selon sa propre force. Là, après s’être baigné, ayant contemplé le Seigneur des dieux, illustre entre tous, et l’ayant honoré comme il se doit…

Verse 62

प्रणम्य लभते पार्थ फलं कृच्छ्रभवं सुधीः । तीर्थे मुख्यफलं स्नानाद्द्वितीयं चाप्युपोषणात्

S’étant prosterné, ô Pārtha, le sage obtient le fruit né du kṛcchra. Dans un tīrtha, le fruit principal vient du bain rituel ; le second vient aussi du jeûne.

Verse 63

तृतीयं ख्यातदेवस्य दर्शनाभ्यर्चनादिभिः । चतुर्थं जाप्ययोगेन देहशक्त्या त्वहर्निशम्

Le troisième s’obtient par la vision et l’adoration de la divinité illustre, ainsi que par les autres actes de dévotion. Le quatrième s’obtient par la pratique disciplinée du japa, jour et nuit, selon la vigueur du corps.

Verse 64

पञ्चमं सर्वतीर्थेषु कल्पनीयं हि दूरतः । तीरस्थो योजनादर्वाग्दशांशं लभते फलम्

Le cinquième peut être envisagé en tous les tīrthas même de loin ; celui qui demeure sur la rive, à moins d’un yojana, obtient le dixième du fruit.

Verse 65

उक्ततीर्थफलात्पार्थ नात्र कार्या विचारणा

Ô Pārtha, au sujet du fruit du tīrtha qui a été énoncé, il n’y a ici nul besoin d’autre délibération.

Verse 66

उपवासेन सहितं महानद्यां हि मज्जनम् । अप्यर्वाग्योजनात्पार्थ दद्यात्कृच्छ्रफलं नृणाम्

Ô Pārtha, l’immersion dans un grand fleuve, accompagnée du jeûne, même accomplie à moins d’une yojana de distance, confère aux hommes un mérite égal à celui de la pénitence du Kṛcchra.

Verse 67

षड्योजनवहा कुल्य नद्योऽल्पा द्वादशैव च । चतुर्विंशतिगा नद्यो महानद्यस्ततोऽधिकाः

Une « kulyā » est un cours d’eau s’étendant sur six yojanas ; les « petites rivières » vont jusqu’à douze. Les rivières atteignant vingt-quatre yojanas sont dites « grands fleuves » ; au-delà, elles sont plus grandes encore.