Adhyaya 66
Purva BhagaThird QuarterAdhyaya 66152 Verses

The Explanation of Sandhyā and Related Daily Observances (Saṅdhyā-ādi Nitya-karma-Vidhi)

Sanatkumāra expose la discipline quotidienne (nitya-karma) : vénérer la Terre avant de poser le pied ; les règles de bienséance pour les besoins naturels et la purification (śauca) avec terre et eau ; le rinçage de la bouche et la prière à Vanaspati lors du rite du bâtonnet dentaire ; la préparation du sanctuaire et l’ārati avec les mantras astra/mūla. Il décrit le bain au fleuve avec l’argile consacrée par mantra, la visualisation du bain intérieur par le brahma-randhra et la tenue recueillie de style śrauta. Le mantra-snāna comprend le saṅkalpa de temps et de lieu, le prāṇāyāma, l’invocation des tīrtha (Gaṅgā, Yamunā, etc.), le sudhā-bīja, les protections kavaca/astra et des cycles de consécration. En cas de maladie, l’Aghamarṣaṇa sert d’expiation ; la Sandhyā invoque Keśava–Nārāyaṇa–Mādhava ; sont détaillés l’ācamana/nyāsa vaiṣṇava et des variantes śaiva/śākta ; les règles du tilaka et du tripuṇḍra ; le culte du seuil avec placement des divinités et listes de gardiens ; un vaste enseignement sur mātṛkā et śakti-nyāsa, la doctrine bīja/śakti, et l’instruction finale : commencer le culte après le ṣaḍaṅga-nyāsa.

Shlokas

Verse 1

सनत्कुमार उवाच । ततः श्वासानुसारेण दत्वा पादं महीतले । समुद्र मेखले देवि पर्वतस्तनमण्डले 1. ॥ १ ॥

Sanatkumāra dit : Ensuite, en accord avec le rythme du souffle, en posant le pied sur le sol—ô Déesse—qu’on médite la Terre, ceinte des océans comme d’une ceinture et parée de montagnes telles des seins.

Verse 2

विष्णुपत्नि नमस्तुभ्यं पादस्पर्शं क्षमस्व मे । इति भूमिं तु सम्प्रार्थ्य विहरेच्च यथाविधि ॥ २ ॥

« Ô Terre, épouse de Viṣṇu, salutations à toi. Pardonne le contact de mes pieds. » Ainsi, après avoir imploré le sol avec respect, qu’on se mette en mouvement selon la règle prescrite.

Verse 3

रक्षः कोणे ततो ग्रामाद्गत्वा मन्त्रमुदीरयेत् । गच्छन्तु ऋषयो देवाः पिशाचा ये च गुह्यकाः ॥ ३ ॥

Ensuite, quittant le village vers le quartier associé aux rākṣasas, qu’on récite le mantra : « Que les ṛṣis et les dieux s’en aillent ; que les piśācas et ceux qu’on nomme guhyakas s’en aillent aussi. »

Verse 4

पितृभूतगणाः सर्वे करिष्ये मलमोचनम् । इति तालत्रयं दत्वा शिरः प्रावृत्य वाससा ॥ ४ ॥

«Ô vous toutes, assemblées des Pitṛs et des Bhūtas, je vais à présent me décharger de l’impureté.» Ayant dit cela, il frappe des mains trois fois et, se couvrant la tête d’un tissu, s’en va.

Verse 5

दक्षिणाभिमुखं रात्रौ दिवा स्थित्वा ह्युदङ्मुखः । मलं विसृज्य शौचं तु मृदाद्भिः समुपाचरेत् ॥ ५ ॥

La nuit, on doit faire face au sud, et le jour se tenir debout face au nord. Après l’évacuation, on accomplira la purification (śauca) avec de la terre (argile) et de l’eau, selon la règle.

Verse 6

एका लिङ्गे गुदे तिस्रो दश वामकरे मृदः । करयोः सप्त वै दद्यात्त्रित्रिवारं च पादयोः ॥ ६ ॥

De la terre purificatrice : une application pour l’organe génital ; trois pour l’anus ; dix pour la main gauche. Pour les deux mains, on en mettra sept, et pour les pieds, trois et trois fois.

Verse 7

एवं शौचं विधायाथ गण्डूषान्द्वादशैव तु । कृत्वा वनस्पतिं चाथ प्रार्थयेन्मनुनामुना ॥ ७ ॥

Après avoir ainsi accompli la purification, on fera douze rinçages de bouche (gaṇḍūṣa). Ensuite, ayant invoqué le sacré « Vanaspati », seigneur des plantes, on priera avec ce mantra prescrit.

Verse 8

आयुर्बलं यशो वर्चः प्रजाः पशुवसूनि च । श्रियं प्रज्ञां च मेधां च त्वं नो देहि वनस्पते ॥ ८ ॥

Ô Vanaspati, Seigneur de la forêt, accorde-nous longévité et force, renommée et éclat; descendance, bétail et richesses; et donne-nous aussi la prospérité (śrī), la sagesse et l’intelligence pénétrante (medhā).

Verse 9

संप्रार्थ्यैवं दन्तकाष्ठं द्वादशाङ्गुलसंमितम् । गृहीत्वा काममंत्रेण कुर्यान्मन्त्री समाहितः ॥ ९ ॥

Après avoir ainsi, avec révérence, imploré permission et bénédiction, le pratiquant prendra un bâtonnet pour les dents mesurant douze largeurs de doigt ; puis, l’esprit concentré, il accomplira le rite en récitant le Kāma-mantra.

Verse 10

कामदेवपदं ङेन्तं तथा सर्वजनप्रियम् । हृदन्तः कामबीजाढ्यं दन्तांश्चानेन शोधयेत् ॥ १० ॥

Qu’on emploie la syllabe (pada) liée à Kāmadeva, se terminant par la nasale « ṅ », chère à tous. Se concluant par le son du cœur (hṛd-anta) et emplie du kāma-bīja, par elle on purifiera aussi les lettres dentales (dantya).

Verse 11

जिह्वोल्लेखो वाग्भवेन मूलेन क्षालयेन्मुखम् । देवागारं ततो गत्वा निर्माल्यमपसार्य च ॥ ११ ॥

Après avoir raclé et purifié la langue, qu’on se rince la bouche avec le mūla-mantra de Vāgbhava ; puis, se rendant au sanctuaire de la Divinité, qu’on ôte le nirmālya, les anciennes offrandes telles que les fleurs fanées et autres.

Verse 12

परिधायाम्बरं शुद्धं मङ्गलारार्तिकं चरेत् । अस्त्रेण पात्रं संप्रोक्ष्य मूलेन ज्वालयेच्च तम् ॥ १२ ॥

Après avoir revêtu des vêtements propres et purs, qu’on accomplisse l’ārati de bon augure. Ayant aspergé le récipient pour le purifier avec l’Astra-mantra, qu’on l’allume ensuite avec le Mūla-mantra.

Verse 13

संपूज्य पात्र्रमादायोत्थाय घन्टां च वादयेत् । सुगोघृतप्रदीपेन भ्रामितेन समन्ततः ॥ १३ ॥

Après avoir rendu le culte comme il se doit, qu’on prenne le récipient, qu’on se lève et qu’on fasse tinter la cloche ; puis, avec une lampe bien préparée, alimentée de ghee de vache, qu’on la fasse tourner tout autour dans l’ārati.

Verse 14

वाद्यैर्गींतैर्मनोज्ञैश्च देवस्यारार्तिकं भवेत् । इति नीराजनं कृत्वा प्रार्थयित्वा निजेश्वरम् ॥ १४ ॥

Par des chants harmonieux et des instruments de musique, on doit accomplir l’ārārtika (ārati) du Seigneur. Ayant ainsi achevé le nīrājana (le balancement des lumières), on doit ensuite prier son propre Maître.

Verse 15

स्नातुं यायान्निम्नगादौ कीर्तयन्देवतागुणान् । गत्वा तीर्थं नमस्कृत्य स्नानीयं च निधाय वै ॥ १५ ॥

Pour se baigner, on doit se rendre à une rivière ou à quelque cours d’eau en contrebas, en chantant les vertus des divinités. Parvenu au tīrtha (gué sacré), on s’incline avec respect, puis l’on dépose comme il se doit les objets destinés au bain.

Verse 16

मूलाभिमन्त्रितमृदमादाय कटिदेशतः । विलिप्य पादपर्यन्तं क्षालयेत्तीर्थवारिणा ॥ १६ ॥

Prenant de l’argile consacrée par le mūla-mantra (mantra racine), on l’enduit sur le corps depuis la taille jusqu’aux pieds, puis on la rince avec l’eau du tīrtha (gué sacré).

Verse 17

ततश्च पञ्चभिः पादौ प्रक्षाल्यान्तर्जले पुनः । प्रविश्य नाभिमात्रे तु मृदं वामकरस्य च ॥ १७ ॥

Ensuite, après avoir lavé les pieds avec cinq poignées d’eau, on entre de nouveau dans l’eau. Se tenant avec l’eau jusqu’au nombril, on prend aussi une motte d’argile de la main gauche.

Verse 18

मणिबन्धे हस्ततले तदग्रे च तथा पुनः । कृत्वाङ्गुल्या गाङ्गमृदमादायास्त्रेण तत्पुनः ॥ १८ ॥

Au poignet, sur la paume et de nouveau sur son avant, avec le doigt on prend l’argile sacrée du Gange (Ganga-mṛd) et on l’applique encore, en l’accompagnant de l’Astra-mantra.

Verse 19

निजोपरि च मन्त्रज्ञो भ्रामयित्वा त्यजेत्सुधी । तलस्थां च षडङ्गेषु तन्मन्त्रैः प्रविलेपयेत् ॥ १९ ॥

Le sage, connaisseur des mantras, doit le faire tourner au-dessus de lui-même puis le mettre de côté. Ensuite, avec ces mêmes mantras, qu’il oigne les six membres avec la substance déposée dans la paume de la main.

Verse 20

निमज्य क्षालयेत्सम्यग् मलस्नानमितीरितम् । विभाव्येष्टमयं सर्वमान्तरं स्नानमाचरेत् ॥ २० ॥

Après s’être immergé, qu’il se lave soigneusement : on appelle cela le « bain qui ôte l’impureté ». Puis, contemplant toute chose comme emplie de la présence du Bien-aimé (la Divinité choisie), qu’il accomplisse le bain intérieur, la purification mentale.

Verse 21

अनन्तादित्यसङ्काशं निजभूषायुधैर्युतम् । मन्त्रमूर्तिं प्रभुं स्मृत्वा तत्पादोदकसंभवाम् ॥ २१ ॥

Se souvenant du Seigneur—dont l’éclat est tel le soleil sans limites, paré de Ses propres ornements et armes, et qui est l’incarnation même du mantra—qu’il prenne alors l’eau/la substance sacrée issue de l’eau ayant lavé Ses pieds.

Verse 22

धारां च ब्रह्मरन्ध्रेण प्रविशन्तीं निजां तनुम् । तया संक्षालयेत्सर्वमन्तर्द्देहगतं मलम् ॥ २२ ॥

Et qu’il contemple un flot pénétrant son propre corps par le brahma-randhra (l’ouverture au sommet du crâne). Par ce courant intérieur, qu’il lave entièrement toute impureté logée au-dedans du corps.

Verse 23

तत्क्षणाद्विरजा मन्त्री जायते स्फटिकोपमः । ततः श्रौतोक्तविधिना स्नात्वा मन्त्री समाहितः ॥ २३ ॥

À l’instant même, le pratiquant de mantras devient sans souillure, limpide comme le cristal. Puis, s’étant baigné selon la méthode enseignée par la tradition Śrauta, il demeure calme, recueilli et pleinement présent.

Verse 24

मन्त्रस्नानं ततः कुर्यात्तद्विधानमथोच्यते । देशकालौ च सङ्कीर्त्य प्राणायामषडङ्गकैः ॥ २४ ॥

Ensuite, l’on doit accomplir le « bain par le mantra » (mantra-snāna). Voici maintenant sa règle : après avoir dûment énoncé le lieu et le temps, qu’on pratique le prāṇāyāma avec les six membres auxiliaires (ṣaḍ-aṅga).

Verse 25

कृत्वार्कमन्दलात्तीर्थान्याह्वयेन्मुष्टिमुद्र या । ब्रह्माण्डोदरतीर्थानि करैः स्पृष्टानि ते रवेः ॥ २५ ॥

Après avoir formé le « disque du Soleil » (arka-maṇḍala), qu’on invoque les tīrthas au moyen du sceau du poing (muṣṭi-mudrā). Ô Ravi, les tīrthas qui demeurent dans le sein de « l’œuf cosmique » (brahmāṇḍa) sont touchés par tes rayons, tels des mains.

Verse 26

तेन सत्येन मे देव देहि तीर्थं दिवाकर ॥ २६ ॥

Par cette vérité qui est mienne, ô Deva—ô Divākara (Soleil)—accorde-moi un tīrtha.

Verse 27

गङ्गे च यमुने चैव गोदावरि सरस्वति । नर्मदे सिन्धुकावेरि जलेऽस्मिन्सन्निधिं कुरु ॥ २७ ॥

Ô Gaṅgā, ô Yamunā, et aussi ô Godāvarī, ô Sarasvatī ; ô Narmadā, ô Sindhu, ô Kāverī : soyez présentes dans cette eau.

Verse 28

इत्यावाह्य जले तानि सुधाबीजेन योजयेत् । गोमुद्र यामृतीकृत्य कवचेनावगुण्ठ्य च ॥ २८ ॥

Ainsi, les ayant invoquées dans l’eau, qu’on les unisse (les consacre) par le mantra « Sudhā-bīja ». Puis, au moyen de la Go-mudrā, qu’on rende cette eau semblable à l’amṛta, et qu’on la recouvre et la protège par le Kavaca.

Verse 29

संरक्ष्यास्त्रेण तत्पश्चाच्चक्रमुद्रां प्रदर्शयेत् । वह्न्यर्केन्दुमण्डलानि तत्र सन्चितयेद्बुधः ॥ २९ ॥

Après avoir protégé le rite/l’espace par l’astra de sauvegarde (mantra-projectile), on doit ensuite manifester la Cakra-mudrā ; et le pratiquant avisé y disposera les emblèmes circulaires du Feu, du Soleil et de la Lune.

Verse 30

मन्त्रयेदर्कमन्त्रेण सुधाबीजेन तज्जलम् । मूलेन चैकादशधा तत्र सम्मन्त्र्य भावयेत् ॥ ३० ॥

Que l’on consacre cette eau en récitant l’Arka-mantra et la syllabe-semence de Sudhā ; puis, avec le mūla-mantra, après l’avoir dûment investie onze fois, qu’on la contemple et qu’on l’imprègne de la puissance sacrée voulue.

Verse 31

पूजायन्त्रं च तन्मध्ये स्वान्तादावाह्य देवताम् । स्नापयित्वार्चयेत्तां च मानसैरुपचारकैः ॥ ३१ ॥

Qu’on prépare le pūjā-yantra et, faisant surgir la Divinité du sanctuaire du cœur, qu’on l’invoque en son centre. Puis, après l’avoir baignée, qu’on l’honore par des offrandes mentales (mānasa-upacāras).

Verse 32

सिंहासनस्थां तां नत्वा तज्जलं प्रणमेत्सुधीः । आधारः सर्वभूतानां विष्णोरतुलतेजसः ॥ ३२ ॥

Après s’être incliné devant Elle, assise sur le trône, le sage doit aussi s’incliner devant cette eau ; car elle est le support de tous les êtres, relevant de Vishnu à l’éclat incomparable.

Verse 33

तद्रू पाश्च ततो जाता आपस्ताः प्रणमाम्यहम् । इति नत्वा समारुन्ध्य सप्तच्छिद्राणि साधकः ॥ ३३ ॥

Alors (il contemple) : «De Cela sont nées les eaux, de cette même forme ; je me prosterne devant ces eaux». Après s’être ainsi incliné, le sādhaka ferme et maîtrise les sept ouvertures (de la tête).

Verse 34

निमज्य सलिले तस्मिन्मूलं देवाकृतिं स्मरेत् । निमज्ज्योन्मज्ज्य त्रिश्चैवं सिंचेत्कं कुंभमुद्रया ॥ ३४ ॥

L’ayant immergé dans cette eau, qu’on se souvienne du Mantra-Racine avec la Forme divine. Puis, en le plongeant et en le relevant ainsi trois fois, qu’on asperge (l’eau) au moyen de la mudrā du kumbha.

Verse 35

त्रिर्मूलेन चतुर्मन्त्रैरभिर्षिञ्चेन्निजां तनुम् । चत्वारो मनवस्तेऽत्र कथ्यन्ते तान्त्रिका मुने ॥ ३५ ॥

Par le Mūla(-mantra) répété trois fois et par quatre mantras supplémentaires, qu’on asperge rituellement (qu’on consacre) son propre corps. Ici aussi, ô sage, sont enseignés quatre « Manus », selon la tradition tantrique.

Verse 36

सिसृक्षोर्निखिलं विश्वं मुहुः शुक्रं प्रजापतेः । मातरः सर्वभूतानामापो देव्यः पुनन्तु माम् ॥ ३६ ॥

Que les Eaux divines—mères de tous les êtres—me purifient : ces eaux qui jaillissent sans cesse de la semence de Prajāpati lorsqu’il veut créer l’univers tout entier.

Verse 37

अलक्ष्मीर्मलरूपा या सर्वभूतेषु संस्थिता । क्षालयन्ति च तां स्पर्शादापो देव्यः पुनन्तु माम् ॥ ३७ ॥

Que les Eaux divines me purifient : car Alakṣmī—le malheur sous forme d’impureté—demeure en tous les êtres, et par leur seul contact les Eaux la lavent et l’emportent.

Verse 38

यन्मे केशेषु दौर्भाग्यं सीमन्ते यच्च मूर्द्धनि । ललाटे कर्णयोरक्ष्णोरापस्तद्धन्तु वो नमः ॥ ३८ ॥

Quelque malchance qu’il y ait dans mes cheveux, dans la raie et sur le sommet de ma tête—sur mon front, mes oreilles et mes yeux—que les eaux sacrées l’anéantissent. Hommage à vous, ô Eaux.

Verse 39

आयुरारोग्यमैश्वर्यमरिपक्षक्षयं शुभम् । सन्तोषः क्षान्तिरास्तिक्यं विद्या भवतु वो नमः ॥ ३९ ॥

Puissiez-vous être bénis d’une longue vie, d’une bonne santé, de prospérité et de souveraineté, de la destruction des forces ennemies et de l’auspice; puissent naître en vous le contentement, la patience, la foi dans les Veda et la vraie connaissance—salutations à vous.

Verse 40

विप्रपादोदकं पीत्वा शालग्रामशिलाजलम् । पिबेद्विरुद्धं नो कुर्यादेषां तु नियतो विधिः ॥ ४० ॥

Après avoir bu d’abord l’eau ayant lavé les pieds d’un brāhmaṇa, qu’on boive ensuite l’eau liée à la pierre de Śālagrāma. Qu’on ne les tienne pas pour incompatibles; car, en ce cas, une règle rituelle fixe et précise est prescrite.

Verse 41

पृथिव्यां यानि तीर्थानि दक्षाङ्घ्रौ तानि भूसुरे । स्वेष्टदेवं समुद्वास्य मन्त्री मार्तण्डमण्डले ॥ ४१ ॥

Ô brāhmaṇa (bhūsura), tous les tīrtha qui existent sur la terre sont présents dans le pied droit. Après avoir dûment invoqué la divinité choisie (iṣṭa-devatā), le connaisseur des mantras doit contempler et adorer dans l’orbe de Mārtaṇḍa, le Soleil.

Verse 42

ततस्तीरं समागत्य वस्त्रं संक्षाल्य यत्नतः । वाससी परिधायाथ कुर्यात्सन्ध्यादिकं सुधीः ॥ ४२ ॥

Puis, parvenu à la berge du fleuve, qu’on lave soigneusement son vêtement. Après avoir revêtu des habits purs, le sage doit accomplir les rites de Sandhyā et les autres observances quotidiennes.

Verse 43

रोगाद्यशक्तो मनुजः कुर्यात्तत्राघमर्षणम् । अथवा भस्मना स्नातो रजोभिश्चैव वाऽक्षमः ॥ ४३ ॥

Si une personne en est incapable à cause de la maladie et autres causes, qu’elle accomplisse là l’expiation appelée Āghamarṣaṇa. Ou bien, si elle ne le peut toujours pas, qu’elle se baigne avec de la cendre et aussi avec de la poussière.

Verse 44

अथ सन्ध्यादिकं कुर्यात् स्थित्वा चैवासने शुभे । केशवेन तथा नारायणेन माधवेन च ॥ ४४ ॥

Ensuite, assis avec stabilité sur un siège propice, qu’on accomplisse la Sandhyā et les rites quotidiens qui s’y rattachent, en invoquant le Seigneur comme Keśava, ainsi que comme Nārāyaṇa et Mādhava.

Verse 45

संप्राश्य तोयं गोविन्दविष्णुभ्यां क्षालेत्करौ । मधुसूदनत्रिविक्रमाभ्यामोष्ठौ च मार्जयेत् ॥ ४५ ॥

Après avoir pris une gorgée d’eau (ācaman), qu’on se lave les mains en prononçant les noms Govinda et Viṣṇu ; et qu’on essuie aussi les lèvres en prononçant Madhusūdana et Trivikrama.

Verse 46

वामनश्रीधराभ्यां च मुखं हस्तौ स्पृशेत्ततः । हृषीकेशपद्मनाभाभ्यां स्पृशेच्चरणौ ततः ॥ ४६ ॥

Ensuite, en se souvenant du Seigneur comme Vāmana et Śrīdhara, qu’on touche le visage et les mains. Puis, en se souvenant de Lui comme Hṛṣīkeśa et Padmanābha, qu’on touche les pieds.

Verse 47

दामोदरेण मूर्द्धानं मुखं सङ्कर्षणेन च । वासुदेवेन प्रद्युम्नेन स्पृशेन्नासिके ततः ॥ ४७ ॥

Avec le mantra de Dāmodara, qu’on touche le sommet de la tête ; avec Saṅkarṣaṇa, le visage ; puis, avec Vāsudeva et Pradyumna, qu’on touche les narines.

Verse 48

अनिरुद्धपुरुषोत्तमाभ्यां नेत्रे स्मृशेत्ततः । अधोक्षजनृसिंहाभ्यां श्रवणे संस्पृशेत्तथा ॥ ४८ ॥

Puis, en se souvenant d’Aniruddha et de Puruṣottama, qu’on touche (consacre) les yeux ; de même, en se souvenant d’Adhokṣaja et de Nṛsiṃha, qu’on touche (consacre) les oreilles.

Verse 49

नाभिं स्पृशेदच्युतेन जनार्दनेन वक्षसि । हरिणा विष्णुनांसौ च वैष्णावाचमनं त्विदम् ॥ ४९ ॥

Touchez le nombril en prononçant « Acyuta » ; touchez la poitrine en prononçant « Janārdana » ; touchez les épaules avec « Hari » et « Viṣṇu ». Telle est la forme vaiṣṇava de l’ācamana, rite d’aspersion et de purification par l’eau.

Verse 50

प्रणवाद्यैर्ङेतमोन्तैः केशवादिकनामभिः । मुखे नसोः प्रदेशिन्याऽनामया नेत्रकर्णयोः 1. ॥ ५० ॥

Avec des mantras commençant par Oṁ et se terminant par « netra », et avec les Noms divins à partir de Keśava, qu’on accomplisse le nyāsa sur la bouche et le nez ; puis, avec l’index (pradeśinī) et « Anāmaya », qu’on le place sur les yeux et les oreilles.

Verse 51

कनिष्ठया नाभिदेशं सर्वत्राङ्गुष्ठयोजनम् । आत्मविद्याशिवैस्तत्त्वैस्वाहान्तैः शैवमीरितम् ॥ ५१ ॥

Avec l’auriculaire (kaniṣṭhā), on touche la région du nombril et l’on marque partout selon la mesure d’un pouce ; en accomplissant le nyāsa, on place les principes śaivas depuis « Ātma-vidyā » jusqu’à la formule-mantra « svāhā ». Telle est la procédure śaiva enseignée.

Verse 52

दीर्घत्रयेन्दुयुग्व्योमपूर्वकैश्च पिबेज्जलम् । आत्मविद्याशिवैरेव शैवं स्वाहावसानिकैः ॥ ५२ ॥

Après avoir d’abord prononcé les syllabes « dīrgha, traya, indu, yuga, vyoma », qu’on boive l’eau ; et de même, avec les mantras śaivas composés de « ātma, vidyā, śiva » et se terminant par « svāhā », qu’on accomplisse le rite śaiva.

Verse 53

वालज्जाश्रीमुखैः प्रोक्तं शाक्तं स्वाहावसानिकैः । वाग्लज्जाश्रीमुखैः प्रोक्तं द्विजाचमनमर्थदम् ॥ ५३ ॥

On enseigne que la formule śākta commence par « vā, la, ljjā, śrī » et s’achève par « svāhā ». Quant à l’ācamana du dvija (dvijācamanam), porteur d’efficacité, on l’enseigne comme commençant par « vāk, ljjā, śrī ».

Verse 54

तिलकं च ततः कुर्याद्भाले सुष्ठु गदाकृति । नन्दकं हृदये शखचक्रे चैव भुजद्वये ॥ ५४ ॥

Ensuite, qu’on applique le tilaka sur le front, bien dessiné en forme de massue; qu’on place le signe de Nandaka dans la région du cœur, et les signes de la conque et du disque sur les deux bras.

Verse 55

शार्ङ्गबाणं मस्तके च विन्यसेत्क्रमशः सुधीः । कर्णमूले पार्श्वयोश्च पृष्ठे नाभौ ककुद्यपि ॥ ५५ ॥

Le pratiquant avisé doit ensuite, selon l’ordre prescrit, placer (le signe/mantra de) Śārṅga et de la flèche sur la tête; de même à la racine des oreilles, sur les deux flancs, sur le dos, au nombril, et aussi sur la bosse (haut du dos).

Verse 56

एवं तु वैष्णवः कुर्यान्मृद्भिस्तीर्थोद्भवादिभिः । अग्निहोत्रोद्भवं भस्म गृहीत्वा त्र्यम्बकेण तु ॥ ५६ ॥

Ainsi doit agir un vaiṣṇava, en utilisant l’argile et autres matières issues des tīrtha, les lieux saints de pèlerinage; et, ayant pris la cendre produite par l’Agnihotra, qu’il (l’applique) en récitant le mantra de Tryambaka.

Verse 57

किवाग्निरिति मंत्रैणाभिमन्त्र्य पञ्चमन्त्रकैः । क्रमात्तत्पुरुषाघोरसद्योजातादिनामभिः ॥ ५७ ॥

Après avoir consacré (abhimantra) par le mantra commençant par « kivāgnir… », qu’on accomplisse ensuite, selon l’ordre, la sanctification au moyen des cinq mantras—nommés Tatpuruṣa, Aghora, Sadyojāta et les autres.

Verse 58

पञ्च कुर्यात्त्रिपुन्ड्राणि भालांसोदरहृत्सु च । शैवः शाक्तत्त्रिकोणाभं नारीवद्वा समाचरेत् ॥ ५८ ॥

Qu’on fasse cinq marques de tripuṇḍra — sur le front, sur les épaules, sur le ventre et sur le cœur. Un śaiva ou un śākta doit appliquer une marque de forme triangulaire, ou bien suivre la pratique prescrite pour les femmes.

Verse 59

कृत्वा तु वैदिकीं सन्ध्यां तान्त्रिकीं च समाचरेत् । आचम्य विधिवन्मन्त्री तीर्थान्यावाह्य पूर्ववत् ॥ ५९ ॥

Après avoir accompli la Sandhyā védique, qu’on observe aussi, selon la règle, le rite tantrique. Puis, après l’ācamana (gorgée d’eau purificatrice) fait conformément au vidhi, le pratiquant des mantras invoquera les tīrtha sacrés comme auparavant.

Verse 60

ततस्त्रिवारं दर्भेण भूमौ तोयं विनिःक्षिपेत् । सप्तधा तज्जलेनाथ मूर्द्धानमभिषेचयेत् ॥ ६० ॥

Ensuite, avec un brin de darbha, qu’on verse l’eau sur le sol trois fois; puis, avec cette même eau, qu’on asperge (en onction) la tête sept fois.

Verse 61

ततश्च प्राणानायम्य कृत्वा न्यासं षडङ्गकम् । आदाय वामहस्तेऽम्बु दक्षेणाच्छाद्य पाणिना ॥ ६१ ॥

Ensuite, après avoir réglé le souffle par le prāṇāyāma et accompli le nyāsa aux six membres, qu’il prenne de l’eau dans la main gauche et la couvre de la paume droite.

Verse 62

वियद्वाय्वग्नितोयक्ष्माबीजैः सन्मन्त्र्य मन्त्रवित् । मूलेन तस्मात् श्चोतद्भिर्बिन्दुभिस्तत्त्वमुद्रया ॥ ६२ ॥

Le connaisseur des mantras doit consacrer selon la règle par les bīja-mantras de l’éther, de l’air, du feu, de l’eau et de la terre. Puis, avec le mantra racine (mūla), qu’il le scelle par la « tattva-mudrā », au moyen des gouttes (bindu) qui en suintent.

Verse 63

स्वशिरः सप्तधा प्रोक्ष्यावशिष्टं तत्पुनर्जलम् । कृत्वा तदक्षरं मन्त्री नासिकान्तिकमानयेत् ॥ ६३ ॥

Après avoir aspergé sa propre tête sept fois, le pratiquant des mantras reprendra l’eau restante. Ayant formé et vivifié cette syllabe (akṣara), il la portera près de la narine.

Verse 64

जलं तेजोमयं तच्चाकृष्यान्तश्चेडया पुनः । प्रक्षाल्यान्तर्गतं तेन कलमषं तज्जलं पुनः ॥ ६४ ॥

Ensuite, aspirant de nouveau cette eau—rayonnante comme le feu—par iḍā (le canal gauche), qu’il lave l’impureté entrée au-dedans; puis que cette même eau soit de nouveau expulsée.

Verse 65

कृष्णवर्णं पिङ्गलया रचयेत्स्वाग्रतस्तथा । क्षिपेदस्त्रेण तत्पश्चात्कल्पिते कुलिशोपले ॥ ६५ ॥

Avec piṅgalā (de teinte jaune), qu’on trace devant soi la marque ou figure de couleur noire. Ensuite, par le mantra « Astra » (arme), qu’on la projette sur la pierre préparée, semblable au vajra-foudre (kuliśa-upala).

Verse 66

एतद्धि सर्वपापघ्नं प्रोक्तं चैवाघमर्षणम् । ततश्च हस्तौ प्रक्षाल्य प्राग्वदाचम्य मन्त्रवित् ॥ ६६ ॥

Ceci est en vérité proclamé « Aghamarṣaṇa », le destructeur de tous les péchés. Ensuite, le connaisseur des mantras doit se laver les mains et, comme auparavant, accomplir l’ācamana (sorption rituelle d’eau).

Verse 67

समुत्थाय च मन्त्रज्ञस्ताम्रपात्रे सुमादिकम् । प्रक्षिप्यार्घं प्रदद्याद्वै मूलान्तैर्मन्त्रमुच्चरन् ॥ ६७ ॥

Puis, se levantant, le connaisseur des mantras doit déposer dans un vase de cuivre des offrandes auspiciées, telles que des fleurs et autres, et offrir l’arghya en récitant les mantras se terminant par les syllabes mūla (racines).

Verse 68

रविमंडलसंस्थाय देवायार्घ्यं प्रकल्पयेत् । दत्वार्घं त्रिरनेनाथ देवं रविगतं स्मरेत् ॥ ६८ ॥

Qu’on prépare et qu’on offre l’arghya à la divinité qui demeure dans l’orbe du Soleil. Après avoir offert l’arghya trois fois selon ce rite, qu’on médite sur le Seigneur présent au sein du Soleil.

Verse 69

स्वल्पोक्तां च गायत्रीं जपेदष्टोत्तरं शतम् । अष्टांविंशतिवारं वा गुह्येतिमनुनार्पयेत् ॥ ६९ ॥

Qu’on récite aussi la Gāyatrī concise cent huit fois ; ou bien, vingt-huit fois, qu’on accomplisse l’offrande accompagnée du mantra commençant par « guhyeti ».

Verse 70

उद्यदादित्यसंकाशां पुस्तकाक्षकरांबुजाम् । कृष्णाजिनाम्बरां ब्राह्मीं ध्यायेत्ताराङिकतेऽम्बरे ॥ ७० ॥

Qu’on médite sur Brāhmī, déesse du savoir sacré, éclatante comme le soleil levant ; ses mains de lotus tenant le livre et le chapelet ; vêtue d’une peau d’antilope noire et siégeant dans le ciel constellé d’étoiles.

Verse 71

मध्याह्ने वरदां देवी पार्वतीं संस्मरेत्पराम् । शुक्लाम्बरां वृषारूढां त्रिनेत्रां रविबिम्बगाम् ॥ ७१ ॥

À midi, qu’on se souvienne et médite sur la suprême Déesse Pārvatī, dispensatrice de grâces : vêtue de blanc, montée sur un taureau, aux trois yeux, rayonnante comme l’orbe du Soleil.

Verse 72

वरं पाशं च शूलं च दधानां नृकरोटिकाम् । सायाह्ने रत्नभूषाढ्यां पीतकौशेयवाससाम् ॥ ७२ ॥

Portant le geste qui accorde les dons, tenant le lacet et le trident, et portant une coupe faite d’un crâne humain ; le soir, on la voit parée d’ornements de joyaux et vêtue de soie jaune.

Verse 73

श्यामरङ्गां चतुर्हस्तां शङ्खचक्रलसत्कराम् । गदापद्मधारां देवीं सूर्यासनकृताश्रयाम् ॥ ७३ ॥

Qu’on médite sur la Déesse, au teint sombre et aux quatre bras ; dont les mains brillent de la conque et du disque ; portant la massue et le lotus, et siégeant sur un trône solaire.

Verse 74

ततो देवानृषींश्चैव पितॄश्चापि विधानवित् । तर्पयित्वा स्वेष्टदेवं तर्पयेत्कल्पमार्गतः ॥ ७४ ॥

Ensuite, celui qui connaît la juste règle du rite doit offrir le tarpaṇa (libation) aux dieux, aux ṛṣi et aux ancêtres; puis, selon la voie rituelle fixée par la tradition du Kalpa, il doit honorer et satisfaire sa propre divinité d’élection (iṣṭa-devatā).

Verse 75

गुरुपङिक्तं च सन्तर्प्य साङ्गं सावरणं तथा । सायुधं वैनतेयं सन्तर्पयामीति तर्पयेत् ॥ ७५ ॥

Après avoir aussi satisfait, par le tarpaṇa, la lignée des maîtres (guru-paṅkti)—avec ses membres associés, sa suite et même ses armes—qu’il fasse la libation en disant : « Je satisfais Vainateya (Garuḍa). »

Verse 76

नारदं पर्वतं जिष्णुं निशठोद्धवदारुकान् । विष्वक्सेनं च शैलेयं वैष्णवः परितर्पयेत् ॥ ७६ ॥

Le dévot vaiṣṇava doit offrir le tarpaṇa pour honorer Nārada, Parvata, Jiṣṇu, Niśaṭha, Uddhava, Dāruka, ainsi que Viṣvaksena et Śaileya.

Verse 77

एवं सन्तर्प्य विप्रेन्द्र दत्त्वार्घ्यं च विवस्वते । पूजागारं समागत्य प्रक्षाल्यान्घ्री उपस्पृशेत् ॥ ७७ ॥

Ainsi, ô le meilleur des brāhmaṇa, après avoir accompli comme il se doit le rite et offert l’arghya à Vivasvān (le Soleil), qu’il se rende au lieu de culte; s’étant lavé les pieds, qu’il accomplisse l’ācāmana (purification par gorgées rituelles).

Verse 78

अग्निहोत्रस्थितानग्नीन् हुत्वोपस्थाय यत्नतः । पूजास्थलं समागत्य द्वारपूजां समाचरेत् ॥ ७८ ॥

Après avoir versé les oblations (āhuti) dans les feux entretenus pour l’Agnihotra et les avoir servis avec soin et respect, qu’il vienne au lieu de culte et accomplisse comme il se doit le culte du seuil (dvāra-pūjā).

Verse 79

गणेशं चोर्द्धशाखायां महालक्ष्मीं च दक्षिणे । सरस्वतीं वामभागे दक्षे विघ्नेश्वरं पुनः ॥ ७९ ॥

Place Gaṇeśa sur la branche supérieure; Mahālakṣmī du côté du sud; Sarasvatī sur le côté gauche; et de nouveau place Vighneśvara sur le côté droit.

Verse 80

क्षेत्रपालं तथा वामे दक्षे गङ्गां प्रपूजयेत् । वामे च यमुनां दक्षे धातारं वामतस्तथा ॥ ८० ॥

Qu’on vénère Kṣetrapāla à gauche et Gaṅgā à droite; de même, Yamunā à gauche et Dhātā à droite, selon la disposition prescrite.

Verse 81

विधातारं शङ्खपद्मनिधींश्च वामदक्षयोः । द्वारपालांस्ततोऽभ्यर्चेत्तत्तत्कल्पोदितान्सुधीः ॥ ८१ ॥

Le pratiquant avisé doit vénérer Vidhātā (l’Ordonnateur divin) ainsi que les divinités-trésors Śaṅkha et Padma, à gauche et à droite; puis il adorera les gardiens des portes, tels que les Kalpa (rituels) les prescrivent.

Verse 82

नन्दः सुनन्दश्चंडण्श्च प्रचण्डः प्रचलोबलः । भद्र ः सुभद्र श्चेत्याद्या वैष्णवा द्वारपालकाः ॥ ८२ ॥

Nanda, Sunanda, Caṇḍaṇa, Pracaṇḍa, Pracalobala, Bhadra, Subhadra, et d’autres encore : tels sont les gardiens vaiṣṇava des portes.

Verse 83

नन्दी भृङ्गी रिटीस्कन्दो गणेशोमामहेश्वराः । वृषभश्च महाकालः शैवा वै द्वारपालकाः ॥ ८३ ॥

Nandī, Bhṛṅgī, Riṭī, Skanda, Gaṇeśa, Umā et Maheśvara, ainsi que Vṛṣabha et Mahākāla : ceux-là sont, en vérité, les gardiens śaiva des portes.

Verse 84

ब्राह्मयाद्य्रा मातरोऽष्टौ तु शक्तयो द्वाःस्थिताः स्वयम् । सेन्दुः स्वनामाघर्णाद्या ङेनमोन्ता इमे स्मृताः ॥ ८४ ॥

À commencer par Brāhmī, il y a huit Puissances-Mères (Mātṛ-śaktis), se tenant d’elles-mêmes aux deux seuils. On s’en souvient ainsi : (Sa-)Indu, Svanāmā, Agharṇā, et les autres—jusqu’à Ṅenamontā.

Verse 85

ततः स्थित्वासने धीमानाचम्य प्रयतः शुचिः । दिव्यान्तरिक्षभौमांश्च विघ्नानुत्सार्य यत्नतः ॥ ८५ ॥

Ensuite, assis fermement sur son āsana, le pratiquant avisé—après avoir accompli l’ācamana et être devenu discipliné et pur—doit, avec effort, chasser tous les obstacles, qu’ils soient célestes, de l’entre-deux ou terrestres.

Verse 86

केशवाद्यां मातृकां तु न्यसेद्वैष्णवसत्तमः । केशवः कीर्तिसंयुक्तः कांत्या नारायणस्तथा ॥ ८६ ॥

Le Vaiṣṇava le plus éminent doit accomplir le nyāsa de la Mātṛkā en commençant par « Keśava ». « Keśava » est associé à la kīrti (la renommée), et de même « Nārāyaṇa » est associé à la kānti (la splendeur).

Verse 87

माधवस्तुष्टिसहितो गोविन्दः पुष्टिसंयुतः । विष्णुस्तु धृतिसंयुक्तः शान्तियुङ्मधुसूदनः ॥ ८७ ॥

« Mādhava » est accompagné de tuṣṭi (le contentement) ; « Govinda » est pourvu de puṣṭi (nourrissement et prospérité). « Viṣṇu » est joint à dhṛti (la fermeté), et « Madhusūdana » est uni à śānti (la paix).

Verse 88

त्रिविक्रमः क्रियायुक्तो वामनो दयितायुतः । श्रीधरो मेधया युक्तो हृषीकेशश्च हर्षया ॥ ८८ ॥

« Trivikrama » est doté de kriyā (l’action sacrée) ; « Vāmana » est accompagné de la Bien-aimée (la parèdre). « Śrīdhara » est joint à medhā (l’intelligence discernante), et « Hṛṣīkeśa » est joint à harṣa (la joie).

Verse 89

पद्मनाभयुता श्रद्धा लज्जा दामोदरान्विता । वासुदेवश्च लक्ष्मीयुक् सङ्कर्षण सरस्वती ॥ ८९ ॥

Śraddhā (la foi) est unie à Padmanābha ; Lajjā (la pudeur) est unie à Dāmodara. Vāsudeva est accompagné de Lakṣmī, et Saṅkarṣaṇa est accompagné de Sarasvatī.

Verse 90

प्रद्युम्नः प्रीतिसंयुक्तोऽनिरुद्धो रतिसंयुतः । चक्री जयायुतः पश्चाद्गदी दुर्गासमन्वितः ॥ ९० ॥

Pradyumna est uni à Prīti (l’affection), et Aniruddha est uni à Rati (la délectation). Ensuite, le Porteur du Disque (Viṣṇu) est accompagné de Jayā (la victoire), puis le Porteur de la Masse est accompagné de Durgā (la puissance protectrice).

Verse 91

शार्ङ्गी तु प्रभया युक्तः खड्गी युक्तस्तु सत्यया । शङ्खी चण्डासमायुक्तो हली वाणीसमायुतः ॥ ९१ ॥

Celui qui porte l’arc Śārṅga est uni à Prabhā (la radiance) ; celui qui porte l’épée est uni à Satyā (la vérité). Celui qui porte la conque est uni à Caṇḍā (la puissance farouche), et celui qui porte la charrue est uni à Vāṇī (la parole sacrée).

Verse 92

मुसली च विलासिन्या शूली विजययान्वितः । पाशी विरजया युक्तो कुशी विश्वासमन्वितः ॥ ९२ ॥

Le manieur du musala (massue) est accompagné de Vilāsinī ; le porteur du trident est pourvu de Vijayā. Le porteur du lasso (pāśa) est uni à Virajā, et celui qui tient l’herbe kuśa est habité par Viśvāsa (confiance/foi).

Verse 93

मुकुन्दो विनतायुक्तो नन्दजश्च सुनन्दया । निन्दी स्मृत्या समायुक्तो नरो वृद्ध्या समन्वितः ॥ ९३ ॥

Mukunda est uni à Vinatā, et Nandaja est uni à Sunandā. Nindī est uni à Smṛti (la mémoire), et Nara est pourvu de Vṛddhi (croissance et prospérité).

Verse 94

समृद्धियुङ्नरकजिच्छुद्धियुक्च हरिः स्मृतः । कृष्णो बुद्ध्या युतः सत्यो भुक्त्या मुक्त्याथ सात्वतः ॥ ९४ ॥

On se souvient de Lui comme de Hari—comblé de prospérité, vainqueur de Naraka et doté de pureté. Il est appelé Kṛṣṇa lorsqu’Il est uni à l’intelligence discernante; Satya lorsqu’Il est associé à la jouissance juste selon le dharma; et Sātvata lorsqu’Il est lié à la délivrance (mokṣa).

Verse 95

सौरिक्षमे सूररमे उमायुक्तो जनार्दनः । भूधरः क्लेदिनीयुक्तो विश्वमूर्तिश्च क्लिन्नया ॥ ९५ ॥

Avec la puissance nommée Saurikṣamā, Il est « Sūrarama » ; uni à Umā, Il est Janārdana. En tant que « Bhūdhara », Il est associé à la śakti Kledinī ; et avec la śakti Klinnā, Il devient « Viśvamūrti », Celui dont la forme est l’univers tout entier.

Verse 96

वैकुण्ठो वसुधायुक्तो वसुदः पुरुषोत्तमः । बली तु परया युक्तो बलानुजपरायणे ॥ ९६ ॥

Il est Vaikuṇṭha ; uni à Vasudhā (la Terre), Il est Vasuda—dispensateur de richesses—et Puruṣottama, la Personne Suprême. Il est Bali ; et, uni à la suprême Parā, Il demeure voué au cadet de Bala (c’est-à-dire Viṣṇu).

Verse 97

बालसूक्ष्मे बृषघ्नस्तु सन्ध्यायुक्प्रज्ञया वृषः । हंसःप्रभासमायुक्तो वराहो निशया युतः ॥ ९७ ॥

Dans l’état d’enfance et de subtilité, Il est Bṛṣaghna ; uni au crépuscule (sandhyā) et à l’intelligence éveillée, Il est Vṛṣa. Le Haṃsa est associé à la radiance (prabhāsā), tandis que le Varāha est uni à la nuit (niśā).

Verse 98

विमलो धारया युक्तो नृसिंहो विद्युता युतः । केशवादिमातृकाया मुनिर्नारायणो मतः ॥ ९८ ॥

Vimala est uni au courant porteur (dhārā) ; Nṛsiṃha est uni à l’éclair (vidyutā). Dans la Mātr̥kā commençant par Keśava (Keśava-ādi Mātr̥kā), le sage (muni) est compris comme étant Nārāyaṇa.

Verse 99

अनृताद्या च गायत्री छन्दो विष्णुश्च देवता । चक्राद्यायुधसंयुक्तं कुम्भादर्शधरं हरिम् ॥ ९९ ॥

Pour la portion du mantra commençant par « anṛtā… », le mètre est Gāyatrī et la divinité présidante est Viṣṇu. Qu’on médite Hari portant le disque et les autres armes, tenant aussi une cruche d’eau et un miroir.

Verse 100

लक्ष्मीयुतं विद्युदाभं बहुभूषायुतं भजेत् । एवं ध्यात्वा न्यसेच्छक्तिं श्रीकामपुटिताक्षरम् 1. ॥ १०० ॥

Qu’on adore (par la méditation) la divinité accompagnée de Lakṣmī, resplendissante comme l’éclair et parée de nombreux ornements. Après une telle contemplation, qu’on accomplisse le nyāsa de la Śakti avec la syllabe ou les lettres scellées par les mantras de Śrī et de Kāma.

Verse 101

वदेत्तद्विष्णुशक्तिभ्यां हृदयं प्रणवादिकम् । त्वगसृङ्मांसमेदोऽस्थिमज्जाशुक्राण्यसून्वदेत् ॥ १०१ ॥

Qu’il prononce le mantra du Cœur (hṛdaya), commençant par le Praṇava (Oṃ), en l’assignant à Viṣṇu avec Ses Śaktis. Qu’il récite aussi les formules correspondantes pour la peau, le sang, la chair, la graisse, l’os, la moelle, le sperme et les souffles vitaux.

Verse 102

प्राणं क्रोधं तथा मभ्यामन्तान्यादिदशस्वपि । एक मौलौ मुखे चैक द्विक नेत्रे द्विकं श्रुतौ ॥ १०२ ॥

Prāṇa et krodha, ainsi que les autres facteurs intérieurs commençant par eux — dix en tout — ont chacun leur siège : un au sommet de la tête, un dans la bouche, deux dans les yeux et deux dans les oreilles.

Verse 103

नसोर्द्वयं कपोले च द्वयं द्वे द्विरदच्छदे । एकं तु रसनामूले ग्रीवायामेकमेव च ॥ १०३ ॥

Il y en a deux aux narines et deux aux joues ; deux et deux sur la « couverture de l’éléphant » (les tempes). Un à la racine de la langue, et un, dans le cou.

Verse 104

कवर्गं दक्षिणे बाहौ चवर्गं वामबाहुके । टतवर्गौ पादयोस्तु पफौ कुक्षिद्वये न्यसेत् ॥ १०४ ॥

Qu’on accomplisse le nyāsa : placer le groupe «ka» sur le bras droit, le groupe «ca» sur le bras gauche ; les groupes «ṭa» et «ta» sur les pieds ; et les sons «pa» et «pha» sur les deux flancs de la taille.

Verse 105

पृष्ठवंशे वमित्युक्तं नाभौ भं हृदये तु मम् । यादिसप्तापि धातुस्था हं प्राणे लं तथात्मनि ॥ १०५ ॥

On dit que «vaṃ» se place dans la colonne vertébrale ; «bhaṃ» dans le nombril ; et «maṃ» dans le cœur. De même, les sept lettres commençant par «ya» demeurent dans les dhātu (constituants du corps) ; «haṃ» est dans le prāṇa (souffle vital), et «laṃ» dans l’ātman (le Soi).

Verse 106

क्षं क्रोधे क्रमतो न्यस्य विष्णुपूजाक्षमो भवेत् । पूर्णोदर्या तु श्रीकण्ठो ह्यनन्तो विजरान्वितः ॥ १०६ ॥

En plaçant, pas à pas, la syllabe «kṣaṃ» sur le siège de la colère, on devient apte au culte de Viṣṇu. Ainsi Śrīkaṇṭha devient «Pūrṇodaryā» ; en vérité, il est Ananta, doté de l’état sans vieillesse (vijarā).

Verse 107

सूक्ष्मेशः शाल्मलीयुक्तो लोलाक्षीयुक्त्रिमूर्तिकः । महेश्वरो वर्तुलाक्ष्याधीशो वै दीर्घघोणया ॥ १०७ ॥

Sūkṣmeśa est associé au śālmalī, l’arbre au coton de soie. Lolākṣī est jointe au principe de la Trimūrti, aux trois formes. Maheśvara est le seigneur présidant sur Vartulākṣī et, de même, sur Dīrghaghoṇā.

Verse 108

दीर्घमुख्या भारभूतिस्तिथीशो गोमुखीयुतः । स्थावरेशो दीर्घजिह्वायुग्धरः कुडोदरीयुतः ॥ १०८ ॥

Il est des formes/êtres au visage long ; l’un nommé Bhārabhūti ; l’un appelé Tithīśa, pourvu d’un visage de vache ; l’un, seigneur des immobiles (sthāvara) ; l’un à la langue longue ; l’un portant le joug ; et l’un doté d’un ventre en pot.

Verse 109

उर्द्ध्वकेश्या तु झिण्टीशो भौतिको विकृतास्यया । सद्यो ज्वालामुखीयुक्तोल्कामुख्यानुग्रहो युतः ॥ १०९ ॥

Alors paraît Jhiṇṭīśa, les cheveux dressés, de nature matérielle et au visage déformé ; aussitôt il est pourvu d’une bouche flamboyante, et accompagné d’Ulkā et d’autres serviteurs éminents qui accordent des grâces.

Verse 110

अक्रूर आस्यया युक्तो महासेनो विद्यया युतः । क्रोधीशश्च महाकाल्या चण्डेशेन सरस्वती ॥ ११० ॥

Akrūra est associé à Āsyā ; Mahāsena est pourvu de Vidyā, la connaissance sacrée. Krodhīśa est lié à Mahākālī, et Sarasvatī (est liée) à Caṇḍeśa.

Verse 111

पञ्चान्तकः सिद्धगौर्या युक्तश्चाथ शिरोत्तमः । त्रैलोक्यविद्यया युक्तो मन्त्रशक्त्यैकरुद्रकः ॥ १११ ॥

Vient ensuite Pañcāntaka, uni à la Gaurī accomplie ; puis Śirottama, pourvu de la connaissance des trois mondes ; et Ekarudraka, détenteur de la puissance unique et concentrée du mantra.

Verse 112

कूर्मेशः कमठीयुक्तो भूतमात्रैकनेत्रकः । लम्बोदर्या चतुर्वक्त्रो ह्यजेशो द्राविणीयुतः ॥ ११२ ॥

Il est Kūrmeśa, le Seigneur sous la forme de la Tortue ; pourvu de la puissance de cette forme ; l’Un-Œil parmi tous les êtres ; au ventre pendant ; aux quatre visages ; en vérité le Seigneur de l’Inengendré (Ajā), Brahmā ; et accompagné de Drāviṇī, déesse de la richesse et de l’abondance.

Verse 113

सर्वेशो नागरीयुक्तः सोमेशः खेचरीयुतः । मर्यादया लाङ्गलीशो दारुकेशेन रूपिणी ॥ ११३ ॥

Sarveśa est uni à Nāgarī ; Someśa est uni à Khecarī. Selon le principe de maryādā, l’ordre juste, (il est) Lāṅgalīśa ; et par Dārukeśa est désignée Rūpiṇī, Celle qui prend forme.

Verse 114

वारुण्या त्वर्द्धनारीशो उमाकान्तो मुनीश्वरः । काकोदर्या तथाषाढी पूतनासंयुतो मतः ॥ ११४ ॥

Pour Vāruṇī, on le révère comme Ardhanārīśvara ; pour Umākāntā, comme Munīśvara. De même, pour Kākodarī et pour Āṣāḍhī, on le tient pour associé à Pūtanā.

Verse 115

दण्डीशो भद्रकालीयुगत्रीशो योगिनीयुतः । मीनेशः शङिखनीयुक्तो मेषेशस्तर्जनीयुतः ॥ ११५ ॥

Daṇḍīśa est escorté par Bhadrakālī ; Yugatrīśa est accompagné des Yoginīs. Le seigneur des Poissons porte Śaṅkhinī, la porteuse de la conque, et le seigneur du Bélier est lié à Tarjanī, le geste d’avertissement.

Verse 116

लोहितः कालरात्र्या च शिखीशः कुजनीयुतः । छलगण्डः कपर्दिन्या द्विरण्डेशश्च वज्रया ॥ ११६ ॥

Lohita, le Rouge, est associé à Kālarātrī ; Śikhīśa est uni à Kujarṇī ; Chalagaṇḍa est avec Kapardinī ; et Dviraṇḍeśa avec Vajrā.

Verse 117

महाबलो जयायुक्तो बलीशः सुमुखेश्वरी । भुजङ्गो रेवतीयुक्तः पिनाकी माधवीयुतः ॥ ११७ ॥

«D’une grande puissance, paré de victoire ; le Seigneur fort, avec Sumukheśvarī, la souveraine au beau visage. Comme le Serpent, uni à Revatī ; comme porteur de l’arc Pināka, joint à Mādhavī.»

Verse 118

खड्गीशो वारुणीयुक्तो बकेशो वायवीयुतः । श्वेतोरस्को विदारिण्या भृगुः सहजया युतः ॥ ११८ ॥

Khaḍgīśa est associé à la puissance Vāruṇī ; Bakeśa est uni à la puissance Vāyavī. Śvetoraska est avec Vidāriṇī ; et Bhṛgu avec Sahajā.

Verse 119

लकुलीशश्च लक्ष्मीयुक् शिवेशो व्यापिनीयुतः । संवर्तके महामाया प्रोक्ता श्रीकण्ठमातृका ॥ ११९ ॥

Au temps du saṃvartaka, la dissolution cosmique, Il est proclamé Lakulīśa, paré de Lakṣmī; Śiveśa, uni à Vyāpinī; et Mahāmāyā, nommé Śrīkaṇṭha-mātṛkā.

Verse 120

यत्र स्वीशपदं नोक्तं तत्र सर्वत्र योजयेत् । मुनिस्स्याद्दक्षिणामूर्तिर्गायत्रीछन्द ईरितम् ॥ १२० ॥

Là où le mot «Svīśa» n’est pas énoncé explicitement, qu’on l’ajoute partout (comme allant de soi). Le ṛṣi est dit être Dakṣiṇāmūrti, et le mètre est déclaré Gāyatrī.

Verse 121

देवता चार्द्धनारीशो विनियोगोऽखिलाप्तये । हलो वीजानि चोक्तानि स्वराः शक्तय ईरिताः ॥ १२१ ॥

La divinité présidante est Ardhanārīśvara, et son emploi (viniyoga) vise l’obtention de tout. Les consonnes sont déclarées syllabes-semences (bīja), et les voyelles sont enseignées comme puissances (śakti).

Verse 122

कुर्याद्भृगुस्थाकाशेन षड्दीर्घाढ्येन चाङ्गकम् । बन्धूकस्वर्णवर्णागं वराक्षाङ्कुशपाशिनम् ॥ १२२ ॥

Qu’on façonne le corps avec la syllabe «kā» placée dans l’astérisme Bhṛgu-sthā, enrichie de six voyelles longues; d’un éclat semblable à la fleur bandhūka et à l’or; et portant un chapelet excellent, l’aiguillon (aṅkuśa) et le lacet (pāśa).

Verse 123

अर्द्धेन्दुशेखरं त्र्यक्षं देववन्द्यं विचिन्तयेत् । ध्यात्वैवं शिवशक्तीश्च चतुर्थी हृदयान्तिमे ॥ १२३ ॥

Qu’on contemple Śiva, portant le croissant de lune pour diadème, aux trois yeux, vénéré par les dieux. Après avoir ainsi médité Śiva avec Śakti, qu’on place/énonce la quatrième partie à l’extrémité du cœur (dans le lotus du cœur, comme placement final).

Verse 124

सौबीजमातृकापूर्वे विन्यसेन्मातृका स्थले । विघ्नेशश्च ह्रिया युक्तो विघ्नराजः श्रिया युतः ॥ १२४ ॥

Après avoir d’abord posé le nyāsa des Mātṛkā porteurs de syllabes-semences (bīja), qu’on place ensuite les Mātṛkā en leurs sièges appropriés. Vighneśa doit être établi avec Hrī, et Vighnarāja avec Śrī.

Verse 125

विनायकस्तथा पुष्ट्या शान्तियुक्तः शिवोत्तमः । विघ्नकृत्स्वस्तिसंयुक्तो विघ्नहर्ता सरस्वती ॥ १२५ ॥

Qu’on invoque Vināyaka avec Puṣṭi; Śānti unie à Śivottama; Vighnakṛt associé à Svasti; et Vighnahartā avec Sarasvatī — des puissances divines par paires, pour l’auspice et l’abolition des obstacles.

Verse 126

स्वाहया गणनाथश्च एकदन्तः सुमेधया । कान्त्या युक्तो द्विदन्तस्तु कामिन्या गजवक्रकः ॥ १२६ ॥

Uni à Svāhā, Il est Gaṇanātha; uni à Sumedhā, Il est Ekadanta. Joint à Kānti, Il devient Dvidanta; et avec Kāminī, Il est Gajavakra, Celui dont le visage est d’éléphant.

Verse 127

निरञ्जनो मोहिनीयुक्कपर्द्दी तु नटीयुतः । दीर्घजिह्वः पार्वतीयुग्ज्वालिन्या शङ्कुकर्णकः ॥ १२७ ॥

Nirañjana est accompagné de Mohinī; Kapardī est joint à Naṭī. Dīrghajihva est lié à Pārvatī, et Śaṅkukarṇaka à Jvālinī.

Verse 128

वृषध्वजो नन्दया च सुरेश्या गणनायकः । गजेन्द्रः कामरूपिण्या शूर्पकर्णस्तथोमया ॥ १२८ ॥

Vṛṣadhvaja (Śiva) est accompagné de Nandā et de Sureśī; de même Gaṇanāyaka (Gaṇeśa). Gajendra est avec Kāmarūpiṇī, et Śūrpakarṇa aussi avec Umā.

Verse 129

विरोचनस्तेजोवत्या सत्या लम्बोदरेण च । महानन्दश्च विघ्नेश्या चतुर्मूर्तिस्वरूपिणी ॥ १२९ ॥

Avec Virocana, Tejovatī, Satyā et Lambodara—ainsi que Mahānanda—(elle est) Vighneśī, dont la nature est la forme quadruple.

Verse 130

सदाशिवः कामदया ह्यामोदो मदजिह्वया । दुर्मुखो भूतिसंयुक्तः सुमुखो भौतिकीयुतः ॥ १३० ॥

Sadāśiva est associé à Kāmadayā ; Āmoda à Madajihvā. Durmukha est lié à Bhūti, tandis que Sumukha est uni à Bhautikī.

Verse 131

प्रमोदः सितया युक्त एकपादो रमायुतः । द्विजिह्वो महिषीयुक्तो जभिन्याशूरनामकः ॥ १३१ ॥

Pramoda est uni à Sitā ; Ekapāda est accompagné de Ramā ; Dvijihva est joint à Mahiṣī ; et (un autre) est nommé Jabhinyāśūra.

Verse 132

वीरो विकर्णया युक्तः षण्मुखो भृकुटीयुतः । वरदो लज्जया वामदेवेशो दीर्घघोणया ॥ १३२ ॥

Il est héroïque, uni à Vikarṇayā ; à six visages, marqué d’un sourcil froncé. Il est le dispensateur de grâces, accompagné de Lajjā (la Pudeur) ; et, comme Vāmadeveśa, il est associé à Dīrghaghoṇā.

Verse 133

धनुर्द्धर्या वक्रतुण्डो द्विरण्डो यामिनीयुतः । सेनानी रात्रिसंयुक्तः कामान्धो ग्रामणीयुतः ॥ १३३ ॥

«Celle qui porte l’arc ; celui à la trompe recourbée ; celui aux deux défenses ; celui qu’accompagne la nuit ; le chef des armées ; celui qui est uni à la nuit ; celui qu’aveugle le désir ; et celui qu’assiste le chef du village»—tels sont les épithètes, les appellations rituelles énoncées.

Verse 134

मत्तः शशिप्रभायुक्तो विमत्तो लोलनेत्रया । मत्तवाहश्चञ्चलया जटी दीप्तिसमन्वितः ॥ १३४ ॥

Ivre, paré d’une clarté semblable à la lune; et pourtant comme non ivre, à cause de la femme aux yeux agités. Avec une monture enivrée et impétueuse et une compagne changeante, il est l’ascète aux cheveux nattés, doté d’une splendeur flamboyante.

Verse 135

मुण्डी सुभगया युक्तः खड्गी दुर्भगया युतः । वरेण्यश्च शिवायुक्तो भगया वृषकेतनः ॥ १३५ ॥

Il est Muṇḍī, l’ascète au crâne rasé, uni à Subhagā; il est Khaḍgī, le porteur d’épée, uni à Durbhagā; il est Vareṇya, le plus excellent et digne d’être choisi, uni à Śivā; et il est Vṛṣaketana, dont l’emblème est le taureau, uni à Bhagā.

Verse 136

भक्ष्यप्रियो भगिन्या च गणेशो भगिनीयुतः । मेघनादः सुभगया व्यापी स्यात्कालरात्रियुक् ॥ १३६ ॥

Bhakṣyapriya connaîtra l’accomplissement avec sa sœur; et Gaṇeśa, de même, sera accompagné de sa sœur. Meghanāda sera avec Subhagā; et Vyāpī sera uni à Kālarātri.

Verse 137

गणेश्वरः कालिकया प्रोक्ता विघ्नेशमातृकाः । गणेशमातृकायास्तु गणो मुनिभिरीरितः ॥ १३७ ॥

Kālikā a proclamé que Gaṇeśvara est la divinité présidente des Vighneśa-mātṛkā; et les sages ont déclaré que le gaṇa (la troupe d’assistants) relève de la Gaṇeśa-mātṛkā.

Verse 138

त्रिवृद्गायत्रिकाछन्दो देवः शक्तिगणेश्वरः । षड्दीर्घाढ्येन बीजेन कृत्वाङ्गानि ततः स्मरेत् ॥ १३८ ॥

Son mètre est la Trivṛt-Gāyatrī; sa divinité présidente est Śakti Gaṇeśvara. Après avoir accompli l’aṅga-nyāsa avec le bīja-mantra pourvu de six voyelles longues, qu’on médite ensuite sur (cette divinité/ce mantra).

Verse 139

पांशांकुशाभयवरान्दधानं कज्जहस्तया । पत्न्याश्लिष्टं रक्ततनुं त्रिनेत्रं गणपे भवेत् ॥ १३९ ॥

Gaṇeśa doit être représenté tenant le lasso et l’aiguillon, montrant les mudrā d’intrépidité et d’octroi des dons, et portant d’une main le doux modaka. Qu’il soit enlacé par son épouse, au corps rougeâtre et aux trois yeux.

Verse 140

एवं ध्यात्वा न्यसेत्स्वीयबीजपूर्वाक्षरान्वितम् । निवृत्तिश्च प्रतिष्ठा च विद्या शान्तिस्तथेधिका ॥ १४० ॥

Après avoir ainsi médité, qu’on accomplisse le nyāsa, en plaçant (le mantra) uni à son propre bīja et aux syllabes qui le précèdent. De là naissent le retrait des penchants mondains, l’établissement ferme, la connaissance véritable, la paix et un accroissement spirituel plus élevé.

Verse 141

दीपिका रेचिका चापि मोचिका च पराभिधा । सूक्ष्मासूक्ष्मामृता ज्ञानामृता चाप्यायिनी तथा ॥ १४१ ॥

On l’appelle aussi Dīpikā (l’Illuminatrice), Recikā (la Purificatrice/qui vide), Mocikā (la Libératrice) et Parā (la Suprême). De même, elle est Sūkṣmā (la Subtile), Asūkṣmāmṛtā (le Nectar au-delà du subtil), Jñānāmṛtā (le Nectar de la Connaissance) et encore Āpyāyinī (la Nourricière).

Verse 142

व्यापिनी व्योमरूपा चानन्ता सृष्टिः समृद्धिका । स्मृतिर्मेधा ततः कान्तिर्लक्ष्मीर्द्धृतिः स्थिरा स्थितिः ॥ १४२ ॥

Elle est omniprésente et de la nature du ciel—sans fin. Elle est la Création et la Prospérité; elle est la Mémoire et l’Intelligence. Puis elle est la Splendeur; elle est Lakṣmī, la Force d’âme, la Fermeté et la Demeure stable.

Verse 143

सिद्धिर्जरा पालिनी च क्षान्तिरीश्वरिका रतिः । कामिका वरदावाथ ह्लादिनी प्रीतिसंयुता ॥ १४३ ॥

Elle est Siddhi, Jarā, Pālinī et Kṣānti; elle est Īśvarikā et Rati; elle est Kāmikā et Varadā; et aussi Hlādinī, dotée de prīti, la joie aimante.

Verse 144

दीर्घा तीक्ष्णा तथा रौद्रा प्रोक्ता निद्रा च तन्द्रि का । क्षुधा च क्रोधिनी पश्चात्क्रियाकारी समृत्युका ॥ १४४ ॥

Le sommeil est dit de trois sortes—long, aigu (qui subjugue) et farouche; et la somnolence l’est pareillement. La faim est dite « courroucée »; puis vient cette force qui pousse à l’acte—semblable à la mort elle-même.

Verse 145

पीता श्वेतारुणा पश्चादसितानन्तया युता । उक्ता कलामातृकैवं तत्तद्भक्तः समाचरेत् ॥ १४५ ॥

D’abord elle est jaune, puis blanche et rougeâtre; ensuite elle s’unit à l’obscur (noir) et à l’Infini, Ananta. Ainsi la Kalā-mātṛkā a été décrite; le dévot de ce principe/de cette divinité doit pratiquer en conséquence.

Verse 146

कलायुङ्मातृकायास्तु मुनिः प्रोक्तः प्रजापतिः । गायत्रीछन्द आख्यातं देवता शारदाभिधा ॥ १४६ ॥

Pour la (vidyā/mantra) nommée Kalāyuṅmātṛkā, le ṛṣi est dit être Prajāpati; son mètre est déclaré Gāyatrī, et sa divinité présidante est Śāradā (Sarasvatī).

Verse 147

ह्रस्वदीर्घांतरस्थैश्च तारैः कुर्यात्षडङ्गकम् । पद्मचक्रगुणैणांश्च दधतीं च त्रिलोचनाम् ॥ १४७ ॥

À l’aide des marques tonales (tāra) indiquant les sons brefs, longs et intermédiaires, qu’on établisse l’agencement à six membres (ṣaḍaṅga). Et qu’on contemple la Déesse aux trois yeux, portant les qualités du lotus et de la roue (cakra), tenant aussi le guṇa et l’aṃśa (mesures constitutives).

Verse 148

पञ्चवक्त्रां भारतीं तां मुक्ताभूषां भजेत्सुधीः । ध्यात्वैवं तारपूर्वां तां न्यसेन्ङन्तकलान्विताम् ॥ १४८ ॥

Le sage doit vénérer cette Bhāratī (Sarasvatī), aux cinq visages et parée de perles. L’ayant ainsi méditée—précédée de la syllabe Tāra (Oṃ)—qu’il accomplisse le nyāsa des lettres avec les kalā, en terminant par la nasale ṅ.

Verse 149

ततश्च मूलमन्त्रस्य षडङ्गानि समाचरेत् । हृदयादिचतुर्थ्यन्ते जातीः संयोज्य विन्यसेत् ॥ १४९ ॥

Alors, on doit accomplir le rite ṣaḍaṅga, aux six membres, du mantra racine ; et, en commençant par le hṛdaya (cœur) jusqu’au quatrième membre, on joindra les jātis (syllabes/sons-semences) et on les déposera par le nyāsa selon la règle.

Verse 150

नमः स्वाहा वषट् हुं वौषट् फट् जातय ईरिताः । ततो ध्यात्वेष्टदेवं तं भूषायुधसमन्वितम् 1. ॥ १५० ॥

Les syllabes du mantra — « namaḥ », « svāhā », « vaṣaṭ », « huṃ », « vauṣaṭ » et « phaṭ » — sont proclamées comme leurs jātis respectives. Ensuite, on doit méditer sur l’iṣṭa-devatā, la divinité choisie, parée d’ornements et munie d’armes et d’emblèmes divins.

Verse 151

न्यस्याङ्गषट्कं तन्मूर्तौ ततः पूजनमारभेत् ॥ १५१ ॥

Après avoir accompli sur cette forme divine le nyāsa des six membres (aṅga-ṣaṭka), on doit alors commencer l’acte d’adoration (pūjā).

Verse 152

इति श्री बृहन्नारदीयपुराणे पूर्वभागे बृहदुपाख्याने तृतीयपादे सन्ध्यादिनिरूपणंनाम षट्षष्टिन्तमोऽध्यायः ॥ ६६ ॥

Ainsi s’achève le soixante-sixième chapitre, intitulé « L’explication de la Sandhyā et des observances quotidiennes associées », dans le Troisième Pāda du Grand Récit, au sein du Pūrva-bhāga du saint Bṛhannāradīya Purāṇa.

Frequently Asked Questions

It is presented as a sin-destroying expiation (pāpa-nāśaka) usable when standard Sandhyā/bathing is obstructed by illness; the rite is framed in mantra-technical terms (astra deployment and ritual casting), preserving nitya-karma continuity under constraint.

It layers external cleansing (earth/water), mantra-consecrated tīrtha water (tīrtha-āhvāna with bīja, mudrā, kavaca/astra), and an inner visualization bath that imagines the Lord’s pādodaka entering via brahma-randhra to wash internal impurity—integrating śrauta decorum with tantric sādhanā.

It gives a normative Vaiṣṇava ācamana/tilaka/nyāsa while explicitly documenting Śaiva and Śākta ācamana and marking conventions (tripuṇḍra/triangular marks), indicating a cataloging intent rather than exclusivist polemic.