
Le chapitre 26 raconte la solennisation du mariage de Śiva et de Pārvatī au moyen d’un rituel strictement ordonné et d’une procession à portée cosmique. Brahmā supplie Mahādeva d’ouvrir les noces; une vaste cité cérémonielle sertie de joyaux et le mandapa nuptial sont préparés. L’univers entier est convié—à l’exception des daityas hostiles—afin que l’événement devienne une liturgie cosmique. De nombreuses divinités offrent à Śiva parures et insignes: le croissant de lune, l’arrangement de la chevelure (kaparda), la guirlande de crânes, les vêtements et les armes. Les gaṇas et les musiciens célestes se rassemblent en foule immense; le cortège avance au son des tambours, des chants, des apsaras et sous l’officiation védique. À la cour de l’Himālaya surgit une question de protocole: l’absence du frère de la mariée pour le rite du lājāhoma, et l’interrogation sur la lignée (kula/gotra) de l’époux. Viṣṇu résout les deux en assumant le rôle de frère d’Umā et en exposant une logique de parenté qui sauvegarde la justesse rituelle. Brahmā officie comme hotṛ; offrandes et dakṣiṇā sont distribuées à Brahmā, à Agni et aux sages. Le chapitre s’achève par une phalaśruti: écouter ou réciter ce récit des noces procure une croissance durable de l’auspiciosité (maṅgala-vṛddhi).
Verse 1
नारद उवाच । अथ ब्रह्मा महादेवमभिवाद्य कृतांजलिः । उद्वाहः क्रियतां देव इत्युवाच महेश्वरम्
Nārada dit : Alors Brahmā, après avoir salué Mahādeva les mains jointes, dit à Maheśvara : « Ô Seigneur, que le rite nuptial soit accompli. »
Verse 2
तस्य तद्वचनं श्रुत्वा प्राहेदं भगवान्हरः । पराधीना वयं ब्रह्मन्हिमाद्रेस्तव चापि यत्
Ayant entendu ces paroles, le Bienheureux Hara répondit : «Ô brahmane, nous sommes ici par déférence envers autrui — en vérité envers Himādri, et envers toi également.»
Verse 3
यद्युक्तं क्रियतां तद्धि वयं युष्मद्वशेऽधुना । ततो ब्रह्मा स्वयं दिव्यं पुरं रत्नमयं शुभम्
«Que l’on fasse ce qui convient, car à présent nous sommes entre vos mains.» Alors Brahmā lui-même prépara une cité divine, de bon augure, faite de joyaux.
Verse 4
उद्वाहार्थं महेशस्य तत्क्षणात्समकल्पयत् । शतयोजनविस्तीर्णं प्रासादशतशोभितम्
Pour les noces de Maheśa, il l’ordonna à l’instant : une cité s’étendant sur cent yojanas, ornée de centaines de palais.
Verse 5
पुरेतस्मिन्महादेवः स्वयमेव व्यतिष्ठत । ततः सप्तमुनीन्देवश्चिंतिताब्यागतान्पुरः
Dans cette cité, Mahādeva lui-même prit place. Puis le Seigneur, les ayant seulement évoqués par la pensée, vit les sept sages arriver devant lui.
Verse 6
प्राहिणोदंबिकायाश्च स्थिरपत्रार्थमीश्वरः । सारुंधतीकास्ते तत्र ह्लादयंतो हिमाचलम्
Afin d’obtenir les feuilles inébranlables, gages de bon augure, le Seigneur les envoya auprès d’Ambikā. Ces vénérables—vertueux comme Arundhatī—réjouirent alors l’Himācala en ce lieu.
Verse 7
सभार्यामीश्वरगुणैः स्थिरपत्राणि चादधुः । ततः संपूजितास्तेन पुनरागम्य तेऽचलात्
Avec leurs épouses, ils affermirent ces signes de feuilles inébranlables par les vertus mêmes du Seigneur ; puis, honorés par Lui, ils revinrent à nouveau de la montagne.
Verse 8
न्यवेदयंस्र्यंबकाय स च तानभ्यनंदत । उद्वाहार्थं ततो देवो विश्वं सर्वं न्यमंत्रयत्
Ils en firent le récit à Tryambaka, et Il se réjouit d’eux. Puis, pour les noces, le Dieu convia l’univers tout entier.
Verse 9
समागतं च तत्सव विना दैत्यैर्दुरात्मभिः । स्थावरं जंगमं यच्च विश्वं विष्णुपुरोगमम्
Et tout cela se rassembla — sauf les Dānavas à l’âme mauvaise. Tout ce qui, dans l’univers, est immobile ou mobile, vint, avec Viṣṇu à l’avant-garde.
Verse 10
सब्रह्यकं पुरारातेर्महिमानमवर्धयत् । ततस्तं विधिराहेदं गन्धमादनपर्वते
Ainsi, avec Brahmā, la gloire de l’Ennemi des Trois Cités (Śiva) s’accrut. Alors, sur le mont Gandhamādana, le Créateur (Brahmā) lui adressa ces paroles.
Verse 11
पुरे स्थितं विवाहस्य देव कालः प्रवर्तते । ततस्तस्य जटाजूटे चंद्रखंडं पितामहः
«Dans la cité, l’heure divine des noces a désormais commencé.» Alors le Grand-Père Brahmā posa un fragment de lune en croissant sur Ses mèches emmêlées.
Verse 12
बबंध प्रणयोदारविस्फारितविलोचनः । कपर्द्दं शोभनं विष्णुः स्वय चक्रेऽस्य हर्षतः
Les yeux épanouis d’une affection magnanime, Viṣṇu, dans la joie, façonna et noua de ses propres mains pour Lui un splendide kaparda, un chignon resplendissant.
Verse 13
कपालमालां विपुलां चामुण्डा मूर्ध्न्यबंधत । उवाच चापि गिरिशं पुत्रं जनय शंकर
Cāmuṇḍā fixa sur sa tête une vaste guirlande de crânes, et elle dit encore à Girīśa : «Ô Śaṅkara, engendre un fils !»
Verse 14
यो दैत्येंद्रकुलं हत्वा मां रक्तैस्तर्पयिष्यति । सूर्यो ज्वलच्छिखारक्तं भाबासितजगत्त्रयम्
«Celui qui, après avoir abattu la lignée des seigneurs Daitya, me rassasiera par des offrandes de sang…» Le soleil, rouge de ses rayons flamboyants, illumina les trois mondes.
Verse 15
बबंध देवदेवस्यच स्वयमेव प्रमोदतः । शेषवासुकिमुख्याश्च ज्वलंतस्तेजसा शुभाः
Et, dans l’allégresse, ils ornèrent eux-mêmes le Dieu des dieux. Śeṣa, Vāsuki et les plus éminents serpents—rayonnants et de bon augure—brûlaient de splendeur.
Verse 16
आत्मानं भूषणस्थाने स्वयं ते चक्रुरीश्वरे वायवश्च ततस्तीक्ष्णश्रृंगं हिमगिरिप्रभम्
Ils devinrent eux-mêmes des ornements sur le Seigneur, prenant place comme ses parures. Puis les dieux du Vent façonnèrent pour Lui une corne à la pointe acérée, rayonnante comme l’Himālaya.
Verse 17
वृषं विभूषयामासुर्नानारत्नोपपत्तिभिः । शक्रो गजजिनं गृह्य स्वयमग्रे व्यवस्थितः
Ils parèrent le Taureau de maints joyaux précieux. Indra (Śakra), tenant une peau d’éléphant, se tint lui-même à l’avant, prêt à l’offrir.
Verse 18
विना भस्म समाधाय कपाले रजतप्रभम् । मनुजास्थिमयीं मालां प्रेतनाथश्च वन्दनम्
L’un s’enduisit de Vibhūti, la cendre sacrée, et un autre plaça le Kapāla, le bol-crâne à l’éclat d’argent. Le Seigneur des esprits (Preta-nātha) porta aussi une guirlande d’ossements humains, signe saisissant du renoncement, digne de vénération.
Verse 19
वह्निस्तेजोमयं दिव्यमजिनं प्रददौ स्थितः । एवं विभूषितः सर्वैर्भृत्यैरीशो बभौ भृशम्
Agni, se tenant là, offrit une peau divine et rayonnante, faite de pure splendeur. Ainsi paré par tous ses serviteurs, le Seigneur resplendit avec une intensité extrême.
Verse 20
ततो हिमाद्रेः पुरुषा वीरकं प्रोचिरे वचः । मा भूत्कालात्ययः शीघ्रं भवस्यैतन्निवेद्यताम्
Alors les hommes de l’Himalaya dirent à Vīraka : « Qu’il n’y ait point de retard ; va vite rapporter cela à Bhava (Śiva). »
Verse 21
ततो देवं प्रणम्याह वीरकः करसंपुटी । त्वरयंति महेशानं हिमाद्रेः पुरुषास्त्वमी
Alors Vīraka, les paumes jointes avec dévotion, se prosterna devant le Dieu et dit : « Ô Maheśāna, les hommes de l’Himalaya pressent d’agir sans tarder. »
Verse 22
इति श्रुत्वा वचो देवः शीघ्रमित्येव चाब्रवीत् । सप्त वारिधयस्तस्य चक्रुर्दर्पणदर्शनम्
Ayant entendu ces paroles, le Seigneur répondit : « Vite ! », et aussitôt. Alors les sept océans lui offrirent une vision semblable à un miroir.
Verse 23
तत्रैक्षत महादेवः स्वरूपं स जगन्मयम् । ततो बद्धांजलिर्धीमान्स्थाणुं प्रोवाच केशवः
Là, Mahādeva contempla sa propre forme, qui pénètre l’univers entier. Puis le sage Keśava, les mains jointes, s’adressa à Sthāṇu, le Seigneur Immobile.
Verse 24
देवदेव महादेव त्रिपुरांतक शंकर । शोभसेऽनेन रूपेण जगदानंददायिना
Ô Dieu des dieux, ô Mahādeva, ô Tripurāntaka, ô Śaṅkara : tu resplendis en cette forme qui dispense la béatitude aux mondes.
Verse 25
महेश्वर यथा साक्षादपरस्त्वं महेश्वरः । ततः स्मयन्महादेवो जयेति भुवने श्रुतः
« Ô Maheśvara, tu es manifestement le Suprême ; nul autre que toi, ô Maheśvara. » Alors Mahādeva, souriant, lança : « Victoire ! », un cri entendu dans tous les mondes.
Verse 26
करमालंब्य विष्णोश्च वृषभं रुरुहेशनैः । ततश्च वसवो देवाः शूलं तस्य न्यवेदयन्
Saisissant la main de Viṣṇu, il monta lentement sur le taureau ; puis les Vasus, les dieux, lui présentèrent le trident.
Verse 27
धनदो निदिभिर्युक्तः समीपस्थस्ततोऽभवत् । स शूलपाणिर्विश्वात्मा संचचाल ततो हरः
Alors Dhanada (Kubera), accompagné des Nidhis, vint se tenir tout près. Aussitôt Hara—porteur du trident, l’Âme même de l’univers—se mit en route.
Verse 28
देवदुंदुभिनादैश्च पुष्पासारैश्च गीतकैः । नृत्यद्भिरप्सरोभिश्च जयेति च महास्वनैः
Au fracas des tambours célestes, sous des pluies de fleurs, parmi les chants, les Apsaras dansantes et les grands cris de «Victoire !»—
Verse 29
सव्यदक्षिणसंस्थानौ ब्रह्मविष्णूतु जग्मतुः । हंसं च गरुडं चैव समारुह्य महाप्रभौ
Brahmā et Viṣṇu, placés à gauche et à droite, s’avancèrent—ces grands Seigneurs—montés sur le cygne et sur Garuḍa.
Verse 30
अथादितिर्दितिः सा च दनुः कद्रूः सुपर्णजा । पौलोमी सुरसा चैव सिंहिका सुरभिर्मुनिः
Puis Aditi, Diti, Danu, Kadrū, Suparṇajā, Paulomī, Surasā, Siṃhikā et Surabhi—avec les sages—(vinrent aussi).
Verse 31
सिद्धिर्माया क्षमा दुर्गा देवी स्वाहा स्वधा सुधा । सावित्री चैव गायत्री लक्ष्मीः सा दक्षिणा द्युतिः
Siddhi, Māyā, Kṣamā, Durgā Devī, Svāhā, Svadhā, Sudhā ; ainsi que Sāvitrī, Gāyatrī, Lakṣmī, Dakṣiṇā et Dyuti (étaient présentes).
Verse 32
स्पृहामतिर्धृतिर्बुद्धिर्मंथिरृद्धिः सरस्वती । राका कुहूः सिनीवाली देवी भानुमती तथा
Vinrent Spṛhā, Mati, Dhṛti, Buddhi, Manthi, Ṛddhi, Sarasvatī; ainsi que Rākā, Kuhū, Sinīvālī et la déesse Bhānumatī.
Verse 33
धरणी धारणी वेला राज्ञी चापि च रोहिणी । इत्येताश्चान्यदेवानां मातरः पत्नयस्तथा
Dharaṇī, Dhāraṇī, Velā, Rājñī et Rohiṇī : celles-ci et d’autres encore, mères et aussi épouses d’autres dieux, étaient présentes.
Verse 34
उद्वाहं देवदेवस्य जग्मुः सर्वा मुदान्विताः । उरगा गरुडा यक्षा गंधर्वाः किंनरा नराः
Tous, dans la joie, se rendirent aux noces du Dieu des dieux : Nāga, Garuḍa, Yakṣa, Gandharva, Kinnara et les hommes.
Verse 35
सागरा गिरयो मेघा मासाः संवत्सरास्तथा । वेदा मंत्रास्तथा यज्ञाः श्रौता धर्माश्च सर्वशः
Océans, montagnes, nuages, mois et années; les Veda, les mantras, les sacrifices et les prescriptions śrauta du dharma sous toutes ses formes—tout cela fut présent et honoré.
Verse 36
हुंकाराः प्रणवाश्चैव इतिहासाः सहस्रशः । कोटिशश्च तथा देवा महेंद्राद्याः सवाहनाः
S’élevèrent d’innombrables cris de « Hūṃkāra » et le Pranava sacré, le son « Oṃ »; et par milliers se firent entendre les récitations des itihāsa. De même, les dieux—à commencer par Mahendra (Indra)—vinrent par crores, chacun monté sur son propre véhicule céleste.
Verse 37
अनुजग्मुर्महादेवं कोटिशोऽर्बुदशश्च हि । गणाश्च पृष्ठतो जग्मुः शंखवर्णाश्च कोटिशः
Ils suivirent Mahādeva par crores—oui, par dizaines de crores. Et derrière Lui marchaient aussi les gaṇas, par crores, resplendissants et blancs comme la conque sacrée.
Verse 38
दशभिः केकराख्याश्च विद्युतोऽष्टाभिरेव च । चतुःषष्ट्या विशाखाश्च नवभिः पारियात्रिकाः
Les troupes dites Kekara vinrent par dizaines ; les troupes Vidyut (Éclair), par huit ; les Viśākha, au nombre de soixante-quatre ; et les Pāriyātrika, par neuf.
Verse 39
षड्भिः सर्वांतकः श्रीमांस्तथैव विकृताननः । ज्वालाकेशो द्वादशभिः कोटिभिः संवृतो ययौ
Le glorieux Sarvāntaka s’avança avec six compagnies, et de même Vikṛtānana. Jvālākeśa poursuivit sa marche, entouré de douze crores de fidèles.
Verse 40
सप्तभिः समदः श्रीमान्दुंदुभोष्ठाभिरेव च । पंचभिश्च कपालीशः षड्भिः संह्रादकः शुभः
Le splendide Samada vint avec sept compagnies, et Duṃdubhoṣṭha de même. Kapālīśa arriva avec cinq, et l’auspicieux Saṃhrādaka avec six.
Verse 41
कोटिकोटिभिरेवैकः कुंडकः कुंभकस्तथा । विष्टंभोऽष्टाभिरेवेह गणपः सर्वसत्तमः
Kuṃḍaka, à lui seul, était accompagné de crores sur crores, et Kuṃbhaka de même. Ici vint Viṣṭambha avec huit compagnies : un gaṇapa, le meilleur de tous les êtres.
Verse 42
पिप्पलश्च सहस्रेण सन्नादश्च तथा बली । आवेशनस्तथाष्टाभिः सप्तभिश्चंद्रतापनः
Pippala vint avec mille, et Sannāda aussi, puissant en vigueur. Āveśana arriva avec huit troupes, et Candratāpana avec sept.
Verse 43
महाकेशः सहस्रेण नंदिर्द्वादशभिस्तथा । नगः कालः करालश्च महाकालः शतेन च
Mahākeśa vint avec mille; et Nandi de même avec douze troupes. Naga, Kāla et Karāla arrivèrent aussi; tandis que Mahākāla vint avec cent.
Verse 44
अग्निकः शतकोट्या वै कोट्याग्निमुख एव च । आदित्यमूर्धा कोट्या च कोट्या चैव धनावहः
Agnika vint avec cent koṭis; et Agnimukha aussi avec un koṭi. Ādityamūrdhā arriva avec un koṭi, et Dhanāvaha de même avec un koṭi.
Verse 45
सन्नागश्च शतेनैव कुमुदः कोटिभिस्त्रिभिः । अमोघः कोकिलश्चैव कोटिकोट्या सुमंत्रकः
Sannāga vint avec cent; Kumuda avec trois koṭis. Amogha et Kokila arrivèrent aussi; et Sumaṃtraka avec des koṭis sur des koṭis.
Verse 46
काकपादस्तता षष्ट्या षष्ट्या संतानको गणः । महाबलश्च नवभिर्मधुपिंगश्च पिंगलः
Kākapāda, puis Tatā et Saṃtānaka — chacun accompagné de soixante suivants. Mahābala vint avec neuf, et Madhupiṅga avec Piṅgala.
Verse 47
नीलो नवत्या सप्तत्या चतुर्वक्त्रश्च पूर्वपात् । वीरभद्रश्चश्चतुःषष्ट्या करणो बालकस्तथा
Nīla vint avec quatre-vingt-dix ; (un autre) avec soixante-dix ; et Caturvaktra arriva de l’Orient. Vīrabhadra vint avec soixante-quatre ; de même Karaṇa et Bālaka.
Verse 48
पंचाक्षः शतमन्युश्च मेघमन्युश्च विंशतिः । काष्ठकोटिश्चतुःषष्ट्या सुकोशो वृषभस्तथा
Pañcākṣa, Śatamanyu et Meghamanyu arrivèrent aussi — (Meghamanyu) avec vingt. Kāṣṭhakoṭi vint avec soixante-quatre ; de même Sukośa et Vṛṣabha.
Verse 49
विश्वरूपस्तालकेतुः पंचाशच्च सिताननः । ईशानो वृद्धदेवश्च दीप्तात्मा मृत्युहा तथा
Viśvarūpa et Tālaketu arrivèrent, et Sitānana vint avec cinquante. Īśāna, Vṛddhadeva, Dīptātmā et Mṛtyuhā arrivèrent eux aussi.
Verse 50
विषादो यमहा चैव गणो भृंगरिटिस्तथा । अशनी हासकश्चैव चतुःषष्ट्या सहस्रपात्
Viṣāda, Yamahā et le gaṇa nommé Bhṛṅgariṭi arrivèrent aussi. Aśanī et Hāsaka vinrent, et Sahasrapāt avec soixante-quatre.
Verse 51
एते चान्ये च गणपा असंख्याता महाबलाः । सर्वे सहस्रहस्ताश्च जटामुकुटधारीणः
Ceux-ci, et bien d’autres chefs de gaṇas — innombrables et d’une force immense — vinrent en ce lieu. Tous avaient mille mains et portaient des couronnes de jaṭā, les tresses sacrées.
Verse 52
चंद्रलेखावतंसाश्च नीलकंठास्त्रिलोचनाः । हारकुंडलकेयूरमुकुटाद्यैरलंकृताः
Ils portaient en ornement le croissant de lune, avaient la gorge bleue et trois yeux, et étaient parés de colliers, boucles d’oreilles, bracelets, couronnes et autres joyaux.
Verse 53
अणिमादिगुणैर्युक्ताः शक्ताः शापप्रसादयोः । सूर्यकोटिप्रतीकाशास्तत्राजग्मुर्गणेश्वराः
Doués de pouvoirs tels qu’aṇimā et les autres, capables de maudire comme d’accorder la grâce, les seigneurs des gaṇas—resplendissants comme dix millions de soleils—arrivèrent en ce lieu.
Verse 54
पातालांबरभूमिस्थाः सर्वलोकनिवासिनः । तुंबुरुर्नारदो हाहा हूहूश्चैव तु सामगाः
De Pātāla, du ciel et de la terre—oui, de tous les mondes—vinrent les habitants de tous les royaumes : Tumburu, Nārada, Hāhā et Hūhū, chanteurs des hymnes du Sāman.
Verse 55
तंत्रीमादाय वाद्यांश्चाऽवादयञ्छंकरोत्सवे । ऋषयः कृत्स्नशश्चैव वेदगीतांस्तपोधनाः
Prenant la vīṇā et d’autres instruments, ils jouèrent lors de la fête de Śaṅkara ; et les sages ascètes, riches en tapas, chantèrent intégralement les hymnes védiques.
Verse 56
पुण्यान्वैवाहिकान्मंत्राञ्जेषुः संहृष्टमानसाः । एवं प्रतस्थेगिरिशो वीज्यमानश्च गंगया
Le cœur ravi, ils récitèrent les mantras auspiciaux des noces. Ainsi Girīśa (Śiva) se mit en route, tandis que la Déesse Gaṅgā l’éventait et l’accompagnait.
Verse 57
तथा यमुनया चापांपतिना धृतच्छत्रया । स्त्रीभिर्नानाविधालापैलाजाभिश्चानुमोदितः
De même, Yamunā et Varuṇa, seigneur des eaux, tinrent l’ombrelle royale ; et il fut accueilli avec assentiment par des femmes aux paroles de fête variées, ainsi que par des offrandes de lājā, le grain grillé.
Verse 58
महोत्सवेन देवेशो गिरिस्थानं विवेश सः । प्रभासत्स्वर्णकलशं तोरणानां शतैर्युतम्
Au cœur d’une grande fête, le Seigneur des dieux entra dans la demeure de la montagne, parée de centaines de toraṇa, des arcs d’entrée couronnés de kalasha d’or resplendissants.
Verse 59
वैडूर्यबद्धभूमिस्थं रत्नजैश्च गृहैर्युतम् । तत्प्रविश्य स्तूयमानो द्वारमभ्याससाद ह
Ses cours étaient serties de vaidūrya (pierre « œil-de-chat ») et pourvues de demeures faites de joyaux. Y entrant, loué de toutes parts, il s’approcha du seuil.
Verse 60
ततो हिमाचलस्तत्र दृश्यते व्याकुलाकुलः । आदिशदात्मभृत्यानां महादेव उपस्थिते
Alors on vit Himācala (l’Himālaya) en ce lieu, anxieux et troublé. Mahādeva étant présent, il se mit à donner des instructions à ses propres serviteurs.
Verse 61
ततो ब्रह्माणमचलो गुरुत्वे प्रार्थयत्तदा । कृत्यानां सर्वभारेषु वासुदेवं च बुद्धिमान्
Alors le sage Seigneur de la montagne pria Brahmā d’assumer la présidence en tant qu’aîné, et Vāsudeva (Viṣṇu) de prendre en charge le poids de toutes les tâches requises.
Verse 62
प्रत्याह च विवाहऽस्मिन्कुमारीभ्रातरं विना । भविष्यति कथं विष्णो लाजहोमादिकर्मसु
Il répondit : «Dans ces noces, sans le frère de la jeune fille, comment accomplira-t-on les rites —à commencer par l’offrande de lājā et le homa—, ô Viṣṇu ?»
Verse 63
सुतो हि मम मैनाकः स प्रविष्टोऽर्णवे स्थितः । इति चिंताविषण्णं तं विष्णुराहमहामतिः
«Mon fils Maināka est entré dans l’océan et y demeure.» Le voyant accablé d’inquiétude, Viṣṇu, au vaste esprit, lui adressa la parole.
Verse 64
अत्र चिंता न कर्तव्या गिरिराज कथंचन । अहं भ्राता जगन्मातुरेतदे वं च नान्यथा
«Ne te soucie de rien ici, ô roi des montagnes. Moi-même, je suis le frère de la Mère du monde : il en est ainsi, et non autrement.»
Verse 65
ततः प्रमुदितः शैलः पार्वतीं च स्वलंकृताम् । सखीभिः कोटिसंख्याभिर्वृतां प्रवेशयत्सदः
Alors le seigneur des montagnes, rempli de joie, fit entrer Pārvatī—parée de son propre éclat—dans la salle d’assemblée, entourée d’amies au nombre de crores.
Verse 66
ततो नीलमयस्तंभं ज्वलत्कांचनकुट्टिमम् । मुक्ताजालपरिष्कारं ज्वलितौ षधिदीपितम्
Puis (il contempla) un pavillon nuptial aux piliers d’un bleu profond luisant, au sol pavé d’or flamboyant, orné de treillis de perles, et illuminé par des herbes éclatantes en ardente clarté.
Verse 67
रत्नासनसहस्राढ्यं शतयोजनविस्तृतम् । विवाहमंडपं शर्वो विवेशानुचरावृतः
Riche de milliers de sièges sertis de joyaux et s’étendant sur cent yojanas, Śarva (Śiva) entra dans le pavillon nuptial, entouré de ses serviteurs.
Verse 68
ततः शैलः सपत्नीकः पादौ प्रक्षाल्य हर्षितः । भवस्य तेन तोयेन सिषिचे स्वं जगत्तथा
Alors Śaila (l’Himālaya), avec son épouse, lava avec joie les pieds de Bhava (Śiva) ; et de cette même eau il aspergea aussi son propre monde, le bénissant.
Verse 69
पाद्यमाचमनं दत्त्वा मधुपर्कं च गां तथा । प्रदानस्य प्रयोगं च संचिंतयंति ब्राह्मणाः
Après avoir offert l’eau pour les pieds et l’eau à boire, ainsi que le madhuparka et une vache, les brāhmanes délibérèrent sur la procédure juste du don rituel.
Verse 70
दौहित्रीं कव्यवाहानां दद्मि पुत्रीं स्वकामहम् । इत्युक्त्वा तस्थिवाञ्छैलो न जानाति हरस्य सः
Disant : «De mon plein gré je donne ma fille, petite-fille des porteurs de l’oblation (les dieux du Feu)», Śaila se tint prêt ; pourtant il ne connaissait pas la véritable condition de Hara (Śiva).
Verse 71
ततः सर्वानपृच्छत्स कुलं कोऽपि न वेद तत् । ततो विष्णुरिदं प्राह पृछ्यंतेऽन्ये किमर्थतः
Alors il interrogea tous sur la lignée (de l’époux), mais nul ne la connaissait. Viṣṇu déclara alors : «Pourquoi interroger les autres—dans quel but ?»
Verse 72
अज्ञातकुलतां तस्य पृछ्यतामयमेव च । अहिरेव अहेः पादान्वेत्ति नान्यो हिमाचल
Que l’on n’interroge que celui-ci sur sa lignée inconnue; car seul un serpent connaît les traces d’un serpent—nul autre, ô Himācala.
Verse 73
स्वगोत्रं यदि न ब्रूते न देया भगिनी मम । ततो हासस्तदा जज्ञे सर्वेषां सुमहास्वनः
«S’il ne déclare pas son propre gotra, ma sœur ne doit pas être donnée (en mariage).» Alors un grand rire s’éleva parmi tous, retentissant avec force.
Verse 74
निवृत्तश्च क्षणाद्भूयः किं वक्ष्यति हरस्त्विति । ततो विमृश्य बहुधा किंचिद्भीताननो यता
Puis, en un instant, le rire s’apaisa; et de nouveau ils se demandèrent : «Que dira Hara ?» Alors, après avoir réfléchi de bien des façons, l’un s’approcha, le visage légèrement inquiet.
Verse 75
लज्जाजडः स्मितं चक्रे ततः पार्थ स वै हरः । ततो विशिष्टा ब्रुवति शीघ्रं कालोऽतिवर्तते
Alors Hara (Śiva), comme figé par la pudeur, se contenta de sourire. Puis une dame éminente dit : «Vite—le temps s’écoule.»
Verse 76
हरिः प्राह महेशानं बिभ्यदावेद्मयहं तव । मातामहं च पितरं प्रयोगं श्रृणु भूधर
Hari s’adressa à Maheśāna : «Par respect, je te soumets ceci. Ô Bhūdhara (Montagne), écoute la juste procédure : j’agirai comme grand-père maternel, et aussi comme père, pour ordonner le rite.»
Verse 77
आत्मपुत्राय ते शंभो आत्मदौहित्रकाय ते । इत्युक्ते विष्णुना सर्वे साधुसाध्विति ते जगुः
Quand Viṣṇu déclara : « Ô Śambhu, (elle est) pour ton propre fils, pour ton propre petit-fils », tous s’écrièrent : « Bien dit ! Bien dit ! »
Verse 78
देवोऽप्युदाहरेद्वुद्धिं सर्वेभ्योऽप्यधिकां वराम् । ततः शैलस्तथा चोक्त्वा दत्त्वा देवीं च सोदकम्
Le dieu (Viṣṇu) énonça aussi un conseil excellent, supérieur à tous les autres. Alors la Montagne (Himālaya), ayant parlé en conséquence, remit la Déesse avec l’eau rituelle (sodaka).
Verse 79
आत्मानं चापि देवाय प्रददौ सोदकं नगः । ततः सर्वे तुष्टुवुस्तं विवाहं विस्मयान्विताः
Et la Montagne, avec l’eau rituelle, s’offrit aussi elle-même au Dieu, en signe de service et d’alliance. Alors tous, saisis d’émerveillement, louèrent ces noces.
Verse 80
दाता महीभृतां नाथो होता देवश्चतुर्मुखः । वरः पशुपतिः साक्षात्कन्या विश्वरणिस्तथा
Le donateur fut le seigneur des montagnes ; l’officiant, le dieu aux quatre visages (Brahmā). L’époux était Paśupati en personne, et l’épouse était pareillement Viśvaraṇī (Pārvatī).
Verse 81
ततः स्तुवत्सु मुनिषु पुष्पवर्षे महत्यपि । नदत्सु देवतूर्येषु करं जग्राह त्र्यम्बकः
Alors, tandis que les sages chantaient des louanges, tandis qu’une grande pluie de fleurs tombait et que résonnaient les instruments divins, Tryambaka prit sa main.
Verse 82
देवो देवीं समालोक्य सलज्जां हिमशैलजाम् । न तृप्यति न चाह्लादत्सा च देवां वृषध्वजम्
Le Seigneur, contemplant la Déesse—fille de l’Himālaya, pudique de timidité—n’était jamais rassasié, toujours ravi; et elle aussi se réjouissait en voyant le Dieu, celui dont l’étendard porte le Taureau.
Verse 83
तत्र ब्रह्मादिमुनयो देवीमद्भुतरूपिणीम् । पश्यंतः शरणं जग्मुर्मनसा परमेश्वरम्
Là, Brahmā et les sages, voyant la Déesse à la forme merveilleuse, prirent refuge en Parameśvara dans leur cœur.
Verse 84
मा मुह्याम पार्वतीं च यथा नारदपर्वतौ । ततस्तथैव तच्चक्रे सर्वेषामीप्सितं वचः
«Ne nous laissons pas abuser au sujet de Pārvatī, comme jadis Nārada et Parvata.» Puis, de cette même manière, il fit advenir les paroles désirées de tous.
Verse 85
ततो देवैश्च मुनिभिः संस्तुतः परमेश्वरः । प्रविवेश शुभां वेदीं मूर्तिमज्ज्वलनाश्रिताम्
Alors Parameśvara, loué par les dieux et les sages, entra dans l’autel de bon augure et prit place dans le Feu sacré manifesté en forme, éclatant de lumière.
Verse 86
वेधाः श्रुतीरितैर्मं त्रैर्मूर्तिमद्भिरुपस्थितैः । मूर्तमग्निं जुहाव त्रिः परिक्रम्य च तं हरः
Puis Vedhā (Brahmā), entouré de mantras incarnés tels que les Veda les proclament, versa trois fois les oblations dans le Feu sacré manifesté; et Hara (Śiva) fit aussi trois circumambulations autour de ce feu.
Verse 87
लाजाहोम उमाभ्राता प्राह तं सस्मितं हरिः । बहवो मिलिताः संति लोकाः संमर्द ईश्वर
Au temps du lājā-homa (offrande de grains grillés), Hari (Viṣṇu), souriant, dit au frère d’Umā, Hara (Śiva) : «Bien des mondes se sont rassemblés ici ; la foule est pressée, ô Seigneur.»
Verse 88
सावधानेन रक्ष्याणि भूषणानि त्वया हर । ततो हरश्च तं प्राह स्वजने माऽतिगोपय
«Ô Hara, garde ces ornements avec une vigilance extrême.» Alors Hara lui répondit : «Ne le dissimule pas trop à tes propres gens.»
Verse 89
किंचित्प्रार्थय दास्यामि प्राह विष्णुस्ततो वरम् । त्वयि भक्तिर्दृढा मेऽस्तु स च तद्दुर्लभं ददौ
Alors Viṣṇu dit : «Demande quelque chose ; je t’accorderai une grâce.» Il demanda : «Que ma bhakti envers Toi soit inébranlable.» Et Viṣṇu accorda cette grâce, si rare à obtenir.
Verse 90
ददतुः सृष्टिसंरक्षां ब्रह्मणे दक्षिणामुभौ । अग्नये यज्ञभागांश्च प्रीतौ हरजनार्दनौ
Satisfaits, Hara et Janārdana donnèrent ensemble à Brahmā, en guise de dakṣiṇā (rétribution rituelle), la charge de protéger la création ; et à Agni ils accordèrent les parts légitimes du sacrifice.
Verse 91
भृग्वादीनां ततो दत्त्वा श्रुतिरक्षणदक्षिणाम् । ततो गीतैश्च नृत्यैश्च भोजनैश्च यथेप्सितैः
Puis, après avoir donné à Bhṛgu et aux autres sages une dakṣiṇā pour la sauvegarde de la Śruti (la tradition védique), ils firent ensuite préparer chants, danses et festins selon les souhaits.
Verse 92
महोत्सवैरनेकैश्च विस्मयं समपद्यत । विसृज्य लोकं तं सर्वं किमिच्छादानकैर्भवः
Par de nombreuses fêtes grandioses, tous furent saisis d’émerveillement. Après avoir congédié toute cette assemblée des mondes, Bhava (Śiva) continua d’accorder des dons selon ce que chacun désirait.
Verse 93
सरस्वत्या च पितरौ देव्याश्चाऽश्वास्य दुःखितौ । आमंत्र्य हिमशैलेंद्रं ब्रह्मणं च सकेशवम्
Sarasvatī réconforta les parents affligés de la Déesse. Puis, après avoir pris congé de l’Himālaya et de Brahmā avec Keśava (Viṣṇu), ils se préparèrent au départ.
Verse 94
जगाम मंदरगिरिं गिरिणा यानुगोर्चितः
Alors il se rendit au mont Mandara, honoré et accompagné par la montagne (l’Himālaya) qui l’assistait avec dévotion.
Verse 95
ततो गते भगवति नीललोहिते सहोमया गिरिममलं हि भूधरः । सबांधवो रुदिति हि कस्य नो मनो विसंष्ठंलं जगति हि कन्यकापितुः
Lorsque le Bienheureux Nīlalohita (Śiva) fut parti avec Umā, le seigneur des montagnes (l’Himālaya), avec tous les siens, pleura amèrement sur sa montagne sans tache. En vérité, quel cœur ne serait ébranlé en ce monde par la peine d’un père de fille ?
Verse 96
इमं विवाहं गिरिराजपुत्र्याः श्रृणोति चाध्येति च यो नरः शुचिः । विशेषतश्चापि विवाहमंगले स मंगलं वृद्धिमवाप्नुते चिरम्
Tout homme au cœur pur qui écoute et étudie ce récit du mariage de la fille du Roi des Montagnes (Pārvatī)—surtout en un jour nuptial de bon augure—obtient une auspiciosité durable et une prospérité croissante pour longtemps.