Adhyaya 3
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 3

Adhyaya 3

Ce chapitre se présente comme un exposé théologique mené par questions. Sūta demande des précisions sur ce que firent les devas en arrivant à Kāśī et sur la manière dont ils approchèrent Agastya. Parāśara répond en décrivant leur programme rituel immédiat à Vārāṇasī : ils se rendent d’abord à Maṇikarṇikā pour le bain prescrit, accomplissent la sandhyā et les observances associées, puis offrent le tarpaṇa aux ancêtres. Le récit s’élargit ensuite en un vaste inventaire de dāna (dons charitables) : nourriture, grains, vêtements, métaux, récipients, literie, lampes et biens domestiques, ainsi que des dépenses de soutien aux temples—réparations, offrandes de musique et de danse, matériaux de pūjā, et mesures de bien public adaptées aux saisons. Après plusieurs jours d’observances et de répétées darśana de Viśvanātha, les devas se rendent auprès d’Agastya, dépeint établissant un liṅga et pratiquant une récitation ascétique intense, notamment le Śatarudrīya, rayonnant de tapas. Vient alors un pivot remarquable : l’āśrama est décrit comme pacifié, au point que l’hostilité naturelle entre animaux et oiseaux s’y trouve suspendue, signe du kṣetra-prabhāva, la puissance sanctifiante du champ sacré de Kāśī. Le discours énonce des règles éthiques, critiquant explicitement l’attachement à la viande et aux enivrants comme incompatible avec la dévotion à Śiva, et réaffirme les promesses de délivrance liées à Viśveśvara—en particulier l’idée qu’à Kāśī les êtres peuvent être libérés par l’instruction divine au moment de la mort. Le chapitre s’achève par une louange vigoureuse de la résidence à Kāśī et du darśana de Viśveśvara, réputés singulièrement efficaces pour les quatre buts de la vie : dharma, artha, kāma, mokṣa.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । भगवन्भूतभव्येश सर्वज्ञानमहानिधे । अवाप्य काशीं गीर्वाणैः किमकारि वदाच्युत

Sūta dit : Ô Bienheureux, Seigneur du passé et de l’avenir, grand trésor de toute connaissance — étant parvenu à Kāśī avec les dieux, qu’y fit-on ? Dis-le-moi, ô Infaillible.

Verse 2

अधीत्येमां कथां दिव्यां न तृप्तिमधियाम्यहम् । शेवधिस्तपसां देवैरगस्तिः प्रार्थितः कथम्

Ayant étudié ce récit divin, je ne parviens toujours pas à la satiété. Comment Agastya, trésor des austérités, fut-il sollicité par les dieux ?

Verse 3

कथं विंध्योप्यवाप स्वां प्रकृतिं तादृगुन्नतः । तववागमृतांभोधौ मनो मे स्नातुमुत्सुकम्

Comment le Vindhya, si hautement dressé, revint-il à son état naturel ? Mon esprit brûle de se baigner dans l’océan de nectar de ta parole.

Verse 4

इति कृत्स्नं समाकर्ण्य व्यासः पाराशरो मुनिः । श्रद्धावते स्वशिष्याय वक्तुं समुपचक्रमे

Ayant entendu tout le récit, le sage Vyāsa, fils de Parāśara, se mit alors à parler à son propre disciple, riche de foi.

Verse 5

पाराशर उवाच । शृणु सूत महाबुद्धे भक्तिश्रद्धासमन्वितः । शुकवैशंपायनाद्याः शृण्वंत्वेते च बालकाः

Parāśara dit : « Écoute, ô Sūta à la grande intelligence ; écoute avec dévotion et foi. Que Śuka, Vaiśaṃpāyana et les autres écoutent aussi, ainsi que ces jeunes élèves ».

Verse 6

ततो वाराणसीं प्राप्य गीर्वाणाः समहर्षयः । अविलंबं प्रथमतो म णिकर्ण्यां विधानतः

Puis, parvenus à Vārāṇasī, les dieux avec les grands sages, sans délai, se rendirent d’abord—selon l’ordonnance rituelle—à Maṇikarṇikā.

Verse 7

सचैलमभिमज्ज्याथ कृतसंध्यादिसत्क्रियाः । संतर्प्य तर्प्यादिपितॄन्कुशगंधतिलोदकैः

Là, ils s’immergèrent et se baignèrent même vêtus, puis, après avoir accompli comme il se doit les prières du crépuscule et autres observances sacrées, ils apaisèrent les Pitṛs par des libations d’eau mêlée d’herbe kuśa, de parfums et de sésame.

Verse 8

तीर्थवासार्थिनः सर्वान्संतर्प्य च पृथक्पृथक् । रत्नैर्हिरण्यवासोभिरश्वाभरणधेनुभिः

Et, après avoir comblé séparément tous les pèlerins venus séjourner au saint tīrtha, ils offrirent des dānas : joyaux, or, vêtements, chevaux, parures et vaches.

Verse 9

विचित्रैश्च तथा पात्रैः स्वर्णरौप्यादि निर्मितैः । अमृतस्वादुपक्वान्नैः पायसै श्च सशर्करैः

Ils offrirent aussi des récipients exquis, façonnés d’or, d’argent et d’autres métaux, ainsi que des mets cuits délicieux, doux comme le nectar, et du pāyasa (riz au lait) mêlé de sucre.

Verse 10

सगोरसैरन्नदानैर्धान्यदानैरनेकधा । गंधचंदनकर्पूरैस्तांबूलैश्चारुचामरैः

Par des dons de nourriture riches en ghee et en produits laitiers, et par maints dons de grains, ils offrirent encore parfums, santal, camphre, bétel et de gracieux éventails en queue de yak.

Verse 11

सतूलैर्मृदुपर्यंकैर्दीपिकादर्पणासनैः । शिबिकादासदासीभिर्विमानैःपशुभिर्गृहैः

Ils donnèrent des lits moelleux avec coussins, des lampes, des miroirs et des sièges ; des palanquins, des serviteurs et servantes, des véhicules, des animaux, et même des maisons.

Verse 12

चित्रध्वजपताकाभिरुल्लोचैश्चंद्रचारुभिः । वर्षाशनप्रदानैश्च गृहोपस्करसंयुतैः

Avec des étendards et des drapeaux multicolores, avec de beaux dais semblables à la lune, avec des provisions pour la saison des pluies, et avec des dons accompagnés d’ustensiles de maison.

Verse 13

उपानत्पादुकाभिश्च यतिनश्च तपस्विनः । योग्यैः पट्टदुकूलैश्च विविधैश्चित्ररल्लकैः

Et aux yatis et aux ascètes, ils offrirent des chaussures—souliers et sandales—ainsi que des soies convenables et de nobles vêtements, et divers tissus aux motifs admirablement ornés.

Verse 14

दंडैः कमंडलुयुतैरजिनैर्मृगसंभवैः । कौपीनैरुच्चमंचैश्च परिचारककांचनैः

En offrant des bâtons, des kamandalu (vases d’eau), des peaux de cerf, des pagnes, des sièges et lits élevés, et aussi de l’or comme salaire aux serviteurs—on soutient la vie religieuse dans les saints établissements de Kāśī.

Verse 15

मठैर्विद्यार्थिनामन्नैरतिथ्यर्थं महाधनैः । महापुस्तकसंभारैर्लेखकानां च जीवनैः

En établissant des mathas (monastères), en nourrissant les étudiants, en offrant de grandes richesses pour l’accueil des hôtes, en fournissant d’abondantes collections de livres, et en assurant la subsistance des scribes—on maintient l’étude et le dharma dans la sainte Kāśī.

Verse 16

बहुधौषधदानैश्च सत्रदानैरनेकशः । ग्रीष्मे प्रपार्थद्रविणैर्हेमंतेग्निष्टिकेंधनैः

Par de nombreux dons de remèdes, et par maintes fondations de sattras (maisons de repas gratuits) ; en été, en fournissant des ressources pour les points d’eau ; et en hiver, en donnant du combustible pour les feux—on accomplit à Kāśī la charité conforme aux saisons.

Verse 17

छत्राच्छादनिकाद्यर्थे वर्षाकालोचितैर्बहु । रात्रौ पाठप्रदीपैश्च पादाभ्यंजनकादिभिः

En offrant maints objets convenant à la saison des pluies—parapluies, couvertures et autres—et, la nuit, en procurant des lampes pour la lecture, avec des onguents pour les pieds et des soins semblables—on rend à Kāśī un service plein d’égards pour le culte et l’étude.

Verse 18

पुराणपाठकांश्चापि प्रतिदेवालयं धनैः । देवालये नृत्यगीतकरणार्थैरनेकशः

Et aussi, en offrant des biens aux récitateurs du Purāṇa dans chaque temple ; et dans le sanctuaire, en pourvoyant maintes fois à la danse, au chant et à leur exécution—(on accroît la splendeur du culte à Kāśī).

Verse 19

देवालय सुधाकार्यैर्जीर्णोद्धारैरनेकधा । चित्रलेखनमूल्यैश्च रंगमालादिमंडनैः

Par l’enduit et les travaux de réparation des temples, par la restauration de ce qui s’est délabré de maintes façons ; par la rétribution des peintures sacrées, et par des ornements tels que guirlandes colorées et autres—(on sert les saints sanctuaires de Kāśī).

Verse 20

नीराजनैर्गुग्गुलुभिर्दशां गादि सुधूपकैः । कर्पूरवर्तिकाद्यैश्च देवार्चार्थैरनेकशः

Par des offrandes pour le nīrājana (ārati, l’ondoiement des lumières), par l’encens de guggulu, par de subtiles fumigations telles que l’encens aux dix ingrédients et autres, et par des mèches de camphre et semblables—sans cesse pour l’adoration divine—(on accroît le mérite du service du temple à Kāśī).

Verse 21

पंचामृतानां स्नपनैः सुगंध स्नपनैरपि । देवार्थं मुखवासैश्च देवोद्यानैरनेकशः

En baignant la divinité avec le pañcāmṛta, et aussi par des ablutions parfumées ; en offrant à la divinité les parfums de bouche (mukhavāsa), et en établissant des jardins divins—à maintes reprises—(on sert le culte sacré à Kāśī).

Verse 22

महापूजार्थमाल्यादि गुंफनार्थैस्त्रिकालतः । शंखभेरीमृदंगादिवाद्यनादैः शिवालये

Pour la grande pūjā, aux trois temps du jour, en arrangeant et en tressant guirlandes et autres offrandes ; et dans le temple de Śiva, par les sons retentissants des instruments—conque (śaṅkha), tambour bherī, mṛdaṅga et autres—(la majesté du culte à Kāśī est célébrée).

Verse 23

घंटागुडुककुंभादि स्नानोपस्करभाजनैः । श्वेतैर्मार्जनवस्त्रैश्च सुगंधैर्यक्षकर्दमैः

Avec des vases et des instruments pour le bain—clochettes, petits pots d’eau, cruches et autres—; avec des linges blancs pour la purification; et avec des onguents parfumés et des pâtes odorantes—(on prépare le sanctuaire de Kāśī à un culte pur et convenable).

Verse 24

जपहोमैः स्तोत्रपाठैः शिवनामोच्चभाषणैः । रासक्रीडादिसंयुक्तैश्चलनैः सप्रदक्षिणैः

Par le japa et les oblations au feu, par la récitation des hymnes, par la proclamation retentissante des Noms de Śiva, et par des mouvements unis à la danse et au jeu sacrés—les accomplissant avec la pradakṣiṇā, la circumambulation—(ils adorèrent à Kāśī).

Verse 25

एवमादिभिरुद्दंडैः क्रियाकांडैरनेकशः । पंचरात्रमुषित्वा तु कृत्वा तीर्थान्यनेकशः

Ainsi, par de nombreuses observances rigoureuses et par l’accomplissement répété des actes prescrits, ils demeurèrent cinq nuits et visitèrent maints tīrthas, gués sacrés et lieux saints.

Verse 26

दीनानाथांश्च संतर्प्य नत्वा विश्वेश्वरं विभुम् । ब्रह्मचर्यादिनियमैस्तीर्थमेवं प्रसाध्य च

Après avoir rassasié et secouru les pauvres et les sans-appui, et s’être prosternés devant le puissant Seigneur Viśveśvara, ils accomplirent comme il se doit l’observance du tīrtha par des disciplines telles que le brahmacarya et d’autres retenues.

Verse 27

पुनः पुनर्विश्वनाथं दृष्ट्वा स्तुत्वा प्रणम्य च । जग्मुः परोपकारार्थमगस्तिर्यत्र तिष्ठति

Encore et encore, après avoir vu Viśvanātha, l’avoir loué et s’être prosternés, ils partirent—pour le bien d’autrui—vers le lieu où demeure Agastya.

Verse 28

स्वनाम्ना लिंगमास्थाप्य कुंडं कृत्वा तदग्रतः । शतरुद्रियसूक्तेन जपन्निश्चलमानसः

Ayant établi un liṅga en son propre nom et creusé devant lui un foyer sacrificiel, il récita l’hymne du Śatarudrīya, l’esprit immobile et parfaitement recueilli.

Verse 29

तं दृष्ट्वा दूरतो देवा द्वितीयमिव भास्करम् । ज्वलज्ज्वलनसंकाशैरंगैः सर्वत्रसोज्ज्वलम्

Le voyant de loin, les dieux le prirent pour un second soleil : ses membres, pareils à un feu flamboyant, rayonnaient en tous lieux.

Verse 30

साक्षात्किंवाडवाग्निर्वा मूर्त्या वै तप्यते तपः । स्थाणुवन्निश्चलतरं निर्मलं सन्मनो यथा

Était-ce le feu sous-marin lui-même, rendu visible en un corps, accomplissant l’ascèse ? Tel un pilier, il demeurait absolument immobile, pur comme l’esprit des êtres vertueux.

Verse 31

अथवा सर्व तेजांसि श्रित्वेमां ब्राह्मणीं तनुम् । शीलयंति परं धाम शातंशांत पदाप्तये

Ou bien toutes les splendeurs, prenant refuge en ce corps brahmanique, demeurent dans la Demeure suprême, aspirant à l’obtention de l’état de paix parfaite.

Verse 32

तपनस्तप्यतेऽत्यर्थं दहनोपि हि दह्यते । यत्तीव्रतपसाद्यापि चपलाऽचपलाभवत्

Le soleil semble brûlé à l’excès, et même le feu paraît comme consumé ; car, par la rigueur de l’ascèse, ce qui est par nature instable devint inébranlable.

Verse 33

यस्याश्रमे ऽत्र दृश्यंते हिंस्रा अपि समंततः । सत्त्वरूपा अमी सत्त्वास्त्यक्त्वा वैरं स्वभावजम्

Dans son āśrama, même les êtres violents se voient de toutes parts comme des êtres doux ; ces créatures ont rejeté l’hostilité innée de leur nature.

Verse 34

शुंडादंडेन करटिः सिंहं कंडूयतेऽभयः । अष्टापदांके स्वपिति केसरी केसरोद्भटः

Dans l’intrépide Kāśī, l’éléphant gratte le lion avec le bâton de sa trompe ; et le lion à la crinière puissante, splendide de crin, dort sur les genoux de l’éléphant.

Verse 35

सूकरः स्तब्धरोमापि विहाय निजयूथकम् । चरेद्वनशुनां मध्ये मुस्तान्यस्तेक्षणोबली

Même le sanglier au poil hérissé, laissant sa propre harde, erre parmi les chiens sauvages : puissant, mais le regard doucement abaissé, dans le domaine sans crainte de Kāśī.

Verse 36

भूदारोपि न भूदारं तथाकुर्याद्यथाऽन्यतः । सर्वा लिंगमयी काशी यतस्तद्भीतियंत्रितः

Même celui qui est farouche de nature n’agit pas ici avec férocité comme ailleurs ; car toute Kāśī est pénétrée du Liṅga, et les êtres sont retenus par la crainte révérencielle de Cela.

Verse 37

क्रोडीकृत्य क्रोडपोतं तरक्षुः क्रीडयत्यहो । शार्दूलबालानुत्सार्य शार्दूलीमेणपोतकः

Merveille, en vérité : la hyène, ayant pris sur ses genoux un jeune marcassin, joue avec lui ; et la tigresse, écartant ses propres petits, s’ébat avec un faon.

Verse 38

चलत्पुच्छोथ पिबति फेनिलेनाननेन वै । स्वपंतं लोमशं भल्लं वानरश्चलदंगुलिः

Agitant sa queue, le singe —aux doigts sans cesse remuants— boit d’une bouche écumante, tandis qu’un ours hirsute dort tout près.

Verse 39

यूका संवीक्ष्यवीक्ष्यैव भक्षयेद्दंतकोटिभिः । गोलांगूलारक्तमुखानीलां गा यूथथनायकाः

Les ayant examinés encore et encore, même un pou mordrait du bout de ses dents; et les chefs du troupeau —au corps bleu, à la bouche rouge, à la queue arrondie— vont et viennent sans crainte.

Verse 40

जातिस्वभावमात्सर्यं त्यक्त्वैकत्र रमंति च । शशाः क्रीडंति च वृकैस्तैः पृष्ठलुंठनैर्मुहुः

Délaissant la jalousie née de l’espèce et de la nature, ils se réjouissent ensemble en un même lieu; et les lièvres jouent même avec les loups, encore et encore, se roulant sur le dos.

Verse 41

आखुश्चाखुभुजः कर्णं कंडूयेत चलाननः । मयूरपुच्छपुटगो निद्रात्योतुः सुखाधिकम्

Un rat, au museau frémissant, gratte l’oreille du mangeur de rats; et celui qui repose dans l’enceinte de la queue du paon dort profondément, avec un confort accru.

Verse 42

स्वकंठं घर्षयत्येव केकिकंठे भुजंगमः । भुजंगमफणापृष्ठे नकुलः स्वकुलोचितम्

Le serpent frotte sa propre gorge contre le cou du paon; et sur le dos du serpent au capuchon déployé, la mangouste agit selon l’usage de son espèce, mais à Kāśī sans inimitié.

Verse 43

वैरं परित्यज्य लुठेदुत्प्लुत्योत्प्लुत्य लीलया । आलोक्य मूषकं सर्पश्चरंतं वदनाग्रतः

Abandonnant l’inimitié, le serpent se roule, bondissant et rebondissant avec grâce, tout en regardant la souris qui se meut juste devant l’extrémité de sa gueule.

Verse 44

क्षुधांधोपि न गृह्णाति सोपि तस्माद्बिभेति नो । प्रसूयमानां हरिणीं दृष्ट्वा कारुण्यपूर्णदृक्

Même aveuglé par la faim, il ne la saisit pas, et elle ne le craint point. Voyant la biche dans les douleurs de l’enfantement, son regard se remplit de compassion.

Verse 45

तद्दृष्टिपातं मुंचन्वै व्याघ्रो दूरं व्रजत्यहो । व्याघ्री व्याघ्रस्य चरितं मृगी मृगविचेष्टितम् । उभे कथयतो ऽन्योन्यं सख्याविवमुदान्विते

Détournant ce regard, le tigre—ô prodige—s’en va au loin. La tigresse raconte la conduite du tigre, et la biche les façons des cervidés; toutes deux se parlent comme des amies, pleines d’allégresse.

Verse 46

दृष्ट्वाप्युद्दंडकोदंडं शबरं शंबरोमृगः । धृष्टो न वर्त्म त्यजति सोपि कंडूयतेपि तम्

Même en voyant le chasseur, bâton et arc levés, le hardi cerf śambara ne quitte pas le chemin; et le chasseur, lui aussi, ne fait que se gratter, sans lui nuire.

Verse 47

रोहितोऽरण्यमहिषमुद्धर्षति निराकुलः । चमरीशबरीकेशैः संमिमीते स्ववालधिम्

Le cerf rohita, sans trouble, s’ébat sans crainte avec le buffle sauvage de la forêt; et, avec les poils du yak camarī et de la bête śabarī, il va jusqu’à comparer la mesure de sa propre queue.

Verse 49

हुंडौ च मुंड युद्धाय न सज्जेते जयैषिणौ । एणशावं सृगालोपि मृदुस्पृशति पाणिना

Même Huṇḍa et Muṇḍa, avides de victoire, ne se préparent pas au combat ; même un chacal effleure doucement de sa patte un faon.

Verse 50

तृण्वंति तृणगुल्मादीन्श्वापदास्त्वापदास्पदम् । लोकद्वये दुःखहंहि धिक्तन्मांसस्य भक्षणम्

Les bêtes sauvages se nourrissent d’herbe, d’arbustes et autres ; pourtant la viande devient le siège du malheur. Elle apporte la souffrance dans les deux mondes ; honte à qui mange cette chair.

Verse 51

यः स्वार्थं मांसपचनं कुरुते पापमोहितः । यावंत्यस्य तु रोमाणि तावत्स नरके वसेत्

Celui qui, égaré par le péché, fait cuire de la viande pour sa propre jouissance demeurera en enfer autant d’années qu’il a de poils sur le corps.

Verse 52

परप्राणैस्तु ये प्राणान्स्वान्पुष्णं ति हि दुर्धियः । आकल्पं नरकान्भुक्त्वा ते भुज्यंतेत्र तैः पुनः

Ceux dont l’intelligence est perverse, qui nourrissent leur vie en ôtant celle d’autrui, après avoir subi les enfers durant un éon, sont à leur tour dévorés ici par ces mêmes êtres.

Verse 53

जातुमांसं न भोक्तव्यं प्राणैः कंठगतैरपि । भोक्तव्यं तर्हि भोक्तव्यं स्वमांसं नेतरस्य च

Jamais on ne doit manger de viande, fût-ce la vie au bord de la gorge. S’il faut manger quelque chose, que ce soit sa propre chair, non celle d’autrui.

Verse 54

वरमेतेश्वापदा वै मैत्रावरुणि सेवया । येषां न हिंसने बुद्धिर्नतु हिंसापरा नराः

Ô Maitrāvaruṇi, meilleures sont ces bêtes sauvages—dont l’esprit n’est pas tourné vers le mal—que les hommes voués à la violence.

Verse 55

बकोपि पल्वले मत्स्यान्नाश्नात्यग्रेचरानपि । न महांतोप्यमहतो मत्स्या मत्स्यानदंति वै

Même un héron, dans l’étang, ne mange pas les poissons qui sont devant lui; et même les grands poissons ne dévorent pas les petits. (Ainsi, dans le domaine sanctifié de Kāśī, la cruauté naturelle est contenue.)

Verse 56

एकतः सर्वमांसानि मत्स्यमांसं तथकैतः । स्मृतिः स्मृतेति किंत्वेभिरतोमत्स्याञ्जहत्यमी

D’un côté se trouvent toutes les viandes, y même la chair du poisson; mais à quoi sert de ne faire que citer « Smṛti, Smṛti » ? Ainsi ces êtres renoncent à manger du poisson. (Telle est la discipline suscitée par la puissance sacrée de Kāśī.)

Verse 57

श्येनोपि वर्तिकां दृष्ट्वा भवत्येष पराङ्मुखः । चित्रमत्रापि मधुपा भ्रमंति मलिनाशयाः

Même un faucon, voyant une caille, s’en détourne. Pourtant il est étrange qu’ici les abeilles errent encore, elles dont l’intention intérieure demeure souillée.

Verse 58

सुचिरं नरकान्भुक्त्वा मदिरापानलंपटाः । मधुपा एव गायंते भ्रांतिभाजः पुनः पुनः

Après avoir longtemps subi les enfers, ceux qui s’adonnent à la boisson enivrante renaissent en abeilles; et, encore et encore, ils « chantent », êtres voués à l’égarement.

Verse 59

अतएव पुराणेषु गाथेति परिगीयते । स्फुटार्थात्र पुराणज्ञैर्ज्ञात्वा तत्त्वं पिनाकिनः

C’est pourquoi, dans les Purāṇa, on la chante comme une « gāthā », un vers traditionnel. Ici, le sens en est limpide : les connaisseurs des Purāṇa, ayant saisi le principe véritable de Pinākin (Śiva), le discernent.

Verse 60

क्व मांसं क्व शिवे भक्तिः क्व मद्यं क्व शिवार्चनम् । मद्यमांसरतानां च दूरे तिष्ठति शंकरः

Qu’a donc la viande à voir avec la dévotion à Śiva ? Qu’a donc l’ivresse à voir avec le culte de Śiva ? Pour ceux qui s’attachent au vin et à la chair, Śaṅkara demeure au loin.

Verse 61

विना शिवप्रसादं हि भ्रांतिः क्वापि न नश्यति । अतएव भ्रमंत्येते भ्रमराः शिववर्जिताः

Sans la grâce de Śiva, l’illusion ne s’éteint vraiment nulle part. C’est pourquoi ces « bhramara » —des abeilles privées de Śiva— errent encore et encore.

Verse 62

इत्याश्रमचरान्दृष्ट्वा तिर्यञ्चोपि मुनीनिव । अबोधिविबुधैरित्थं प्रभावः क्षेत्रजस्त्वयम्

Ainsi, voyant que même les animaux se conduisaient comme des munis demeurant dans les āśrama, les sages comprirent : «Telle est la puissance née de ce kṣetra sacré».

Verse 63

यतो विश्वेश्वरेणैते तिर्यञ्चोप्यत्रवासिनः । निधनावसरे मोच्यास्तारक स्योपदेशतः

Car Viśveśvara a décrété que même ces animaux qui résident ici seront délivrés à l’instant de la mort, par l’enseignement du Tāraka —mantra et doctrine de salut.

Verse 64

ज्ञात्वा क्षेत्रस्य माहात्म्यं यो वसेत्कृतनिश्चयः । तं तारयति विश्वेशो जीवंतमथवा मृतम्

Quiconque, ayant compris la grandeur de ce kṣetra sacré, y demeure avec une résolution ferme—Viśveśa le fait traverser et le délivre, vivant ou mort.

Verse 65

अविमुक्तरहस्यज्ञा मुच्यंते ज्ञानि नो नराः । अज्ञानिनोपि तिर्यञ्चो मुच्यंते गतकिल्बिषाः

Les sages qui connaissent le secret d’Avimukta (Kāśī) sont libérés. Même les ignorants—oui, même les bêtes—sont affranchis, leurs fautes effacées.

Verse 66

इत्याश्चर्यपरा देवा यावद्यांत्याश्रमं मुनेः । तावत्पक्षिकुलं दृष्ट्वा भृशं मुमुदिरे पुनः

Ainsi, saisis d’émerveillement, les dieux se dirigèrent vers l’āśrama du muni; et chemin faisant, voyant une volée d’oiseaux, ils se réjouirent de nouveau grandement.

Verse 67

सारसो लक्ष्मणाकंठे कंठमाधाय निश्चलः । मन्यामहे न निद्रातिध्यायेद्विश्वेश्वरं किल

Une grue, posant son cou sur le cou de Lakṣmaṇā, demeure immobile. Nous pensons qu’elle ne dort point—assurément elle médite sur Viśveśvara (Śiva).

Verse 68

कंडूयमाना वरटा स्वचंचुपुटकोटिभिः । हंसं कामयमानं तु वारयेत्पक्षधूननैः

Une femelle oiseau, se grattant avec les pointes de son propre bec, retient un cygne saisi de désir en secouant ses ailes.

Verse 69

निरुद्ध्यमान चक्रेण चक्रीक्रेंकितभाषणैः । वदतीति किमत्रापि कामिता कामिनां वर

Bien que l’oiseau cakravāka soit retenu par la roue, il parle encore par ses cris grinçants ; que dire donc ici, ô le meilleur des amants, de celle que désirent les cœurs ardents ?

Verse 70

कलकंठः किलोत्कंठं मंजुगुंजति कुंजगः । ध्यानस्थः श्रोष्यति मुनिः पारावत्येति वार्यते

Le coucou, plein d’élan, fredonne doucement dans le bosquet. «Le sage est plongé en méditation : il entendra !» Ainsi retient-on la tourterelle (de lancer son appel).

Verse 71

केकीकेकां परित्यज्य मौनं तिष्ठति तद्भयात् । चकोरश्चंद्रिका भोक्ता नक्तव्रतमिवास्थितः

Abandonnant son cri «kekī», le paon demeure silencieux par crainte (de troubler le sage). Et le cakora, buveur de clarté lunaire, reste comme s’il observait un vœu de nuit.

Verse 72

पठंती सारिकासारं शुकंसंबोधयत्यहो । अपारावारसंसारसिंधुपारप्रदः शिवः

Le mainate récite l’essence et réveille le perroquet — merveille, en vérité ! Śiva est celui qui fait franchir l’océan sans rivage du saṃsāra.

Verse 73

कोकिलः कोमलालापैः कलयन्किलकाकलीम् । कलिकालौ कलयतः काशीस्थान्नेतिभाषते

Le coucou, par ses accents tendres, façonne son chant et semble dire à ceux qui ne voient que la rudesse de l’âge de Kali : «Il n’en est pas ainsi pour ceux qui demeurent à Kāśī !»

Verse 74

मृगाणां पक्षिणामित्थं दृष्ट्वा चेष्टां त्रिविष्टपम् । अकांडपातसंकष्टं निनिंदुस्त्रिदशा बहु

Voyant une telle conduite chez les cerfs et les oiseaux, les dieux blâmèrent grandement Svarga lui-même, troublés par la soudaine « chute » du ciel et sa détresse.

Verse 75

वरमेतेपक्षिमृगाः पशवः काशिवासिनः । येषां न पुनरावृत्तिर्नदेवानपुनर्भवाः

Bienheureux sont même les oiseaux, les bêtes et les animaux qui demeurent à Kāśī, car pour eux il n’y a plus de retour au saṃsāra. Une telle délivrance de la renaissance n’est pas aisément obtenue même par les dieux.

Verse 76

काशीस्थैः पतितैस्तुल्या न वयं स्वर्गिणः क्वचित् । काश्यां पाताद्भयं नास्ति स्वर्गेपाताद्भयं महत्

Nous ne désirons nullement être des habitants du ciel ; mieux vaut être comme ces « déchus » qui demeurent pourtant à Kāśī. À Kāśī, il n’y a pas de crainte de chute, mais au ciel la crainte de retomber (quand le mérite s’épuise) est immense.

Verse 77

वरं काशीपुरी वासो मासोपवसनादिभिः । विचित्रच्छत्रसंछायं राज्यं नान्यत्र नीरिपु

Mieux vaut demeurer dans la cité de Kāśī, fût-ce avec des jeûnes mensuels et des austérités, que régner ailleurs, même à l’ombre de splendides ombrelles, ô roi sans ennemis.

Verse 78

शशकैर्मशकैः काश्यां यत्पदं हेलयाप्यते । तत्पदं नाप्यतेऽन्यत्र योगयुक्त्यापि योगिभिः

Cette demeure spirituelle qu’à Kāśī l’on atteint même avec désinvolture, fût-ce par les êtres les plus infimes, n’est atteinte nulle part ailleurs, même par les yogins au moyen des disciplines du yoga.

Verse 79

वरं वाराणसीरंको निःशंकोयो यमादपि । न वयं त्रिदशायेषां गिरितोपीदृशी दशा

Mieux vaut être pauvre à Vārāṇasī et vivre sans crainte—même de Yama—que subir un tel sort ailleurs, fût-on seigneur parmi les devas au sommet d’une montagne.

Verse 80

ब्रह्मणो दिवसाष्टांशेषपदमैंद्रं विनश्यति । सलोकपाल सार्कं च सचंद्रग्रहतारकम्

Quand il ne reste qu’un huitième du jour de Brahmā, le siège d’Indra périt—avec les gardiens des mondes, le soleil, et même la lune, les planètes et les étoiles.

Verse 81

परार्धद्वयनाशेपि काशीस्थो यो न नश्यति । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन काश्यां श्रेयः समाचरेत्

Même lorsque deux parārdhas sont détruits dans la grande dissolution, celui qui demeure à Kāśī ne périt pas. C’est pourquoi, de tout effort, qu’on accomplisse à Kāśī le bien suprême.

Verse 82

यत्सुखं काशिवासेत्र न तद्ब्रह्मांडमंडपे । अस्ति चेत्तत्कथं सर्वे काशीवासाभिलाषुकाः

La joie que l’on trouve à demeurer à Kāśī ne se trouve pas même dans le grand pavillon de l’univers. Si elle s’y trouvait, pourquoi tous désireraient-ils habiter à Kāśī ?

Verse 83

जन्मांतरसहस्रेषु यत्पुण्यं समुपार्जितम् । तत्पुण्यपरिवर्तेन काश्यां वासोऽत्र लभ्यते

Le mérite amassé au fil de milliers de naissances s’« échange » contre cela : par la transmutation de ce puṇya, on obtient demeure ici, à Kāśī.

Verse 84

लब्धोपि सिद्धिं नो यायाद्यदि कुद्ध्येत्त्रिलोचनः । तस्माद्विश्वेश्वरं नित्यं शरण्यं शरणं व्रजेत्

Même celui qui a obtenu les siddhi n’atteint pas l’accomplissement si le Seigneur aux Trois Yeux est courroucé. C’est pourquoi il faut toujours prendre refuge en Viśveśvara, l’Abri protecteur et éternel.

Verse 85

धर्मार्थकाममोक्षाख्यं पुरुषार्थचतुष्टयम् । अखंडं हि यथा काश्यां न तथा न्यत्र कुत्रचित्

Les quatre buts de l’existence—dharma, artha, kāma et mokṣa—se trouvent à Kāśī d’une manière entière et ininterrompue ; nulle part ailleurs, en aucun lieu, il n’en est ainsi.

Verse 86

आलस्येनापि यो यायाद्गृहाद्विश्वेश्वरालयम् । अश्वमेधाधिको धर्मस्तस्य स्याच्च पदेपदे

Même par simple paresse, si quelqu’un va de sa maison au temple de Viśveśvara, à chacun de ses pas naît pour lui le dharma, plus grand encore que le mérite d’un sacrifice Aśvamedha.

Verse 87

यः स्नात्वोत्तरवाहिन्यां याति विश्वे शदर्शने । श्रद्धया परया तस्य श्रेयसोंतो न विद्यते

Celui qui se baigne dans le fleuve au courant vers le nord, puis va recevoir le darśana de Viśveśa avec une foi suprême, n’a pas de limite à son bien le plus élevé (śreyas).

Verse 88

स्वर्धुनी दर्शनात्स्पर्शात्स्नानादाचमनादपि । संध्योपासनतो जप्यात्तर्पणाद्देवपूजनात्

Rien qu’en voyant le fleuve céleste, en le touchant, en s’y baignant et même en en sirotant l’eau ; par le culte de Sandhyā, par le japa, par le tarpaṇa et par l’adoration des dieux—(à Kāśī) le mérite s’accroît sans cesse.

Verse 89

पंचतीर्थावलोकाच्च ततो विश्वेश्वरेक्षणात् । श्रद्धास्पर्शनपूजाभ्यां धूपदीपादिदानतः

En contemplant les Cinq Tīrtha, puis en portant le regard sur Viśveśvara ; par le toucher empreint de foi et par l’adoration ; et en offrant encens, lampes et autres dons—le mérite s’accroît toujours davantage à Kāśī.

Verse 90

प्रदक्षिणैः स्तोत्रजपैर्नमस्कारैस्तु नर्त्तनैः । देवदेवमहादेव शंभो शिवशिवेति च

Par les pradakṣiṇā (circumambulations), par la récitation d’hymnes et le japa, par les prosternations et même la danse—en s’écriant : «Dieu des dieux, Mahādeva ! Śambho ! Śiva, Śiva !»—la dévotion à Kāśī devient une source puissante de mérite.

Verse 91

धूर्जटे नीलकंठेश पिनाकिञ्शशिशेखर । त्रिशूलपाणे विश्वेश रक्षरक्षेतिभाषणैः

En prononçant des prières telles que : «Ô Dhūrjaṭi ! Ô Seigneur Nīlakaṇṭha ! Ô Pinākin, ô Toi dont le croissant de lune est la couronne ! Ô Viśveśa, porteur du Triśūla—protège, protège !»—on appelle la garde de Śiva et l’on acquiert un mérite de bon augure à Kāśī.

Verse 92

मुक्तिमंडपिकायां च निमेषार्धो पवेशनात् । तत्र धर्मकथालापात्पुराणश्रवणादपि

Et en entrant dans la Mukti-Maṇḍapikā ne fût-ce que pour la moitié d’un battement de paupière ; et là, en s’entretenant du dharma et en écoutant les Purāṇa—on obtient un grand mérite à Kāśī.

Verse 93

नित्यादिकर्मकरणात्तथातिथिसमर्चनैः । परोपकरणाद्यैश्च धर्मस्स्यादुत्तरोत्तरः

En accomplissant les actes quotidiens et prescrits, en honorant comme il se doit les hôtes, et par le service rendu à autrui et autres œuvres—le dharma s’accroît de plus en plus pour ceux qui demeurent à Kāśī.

Verse 94

शुक्लपक्षे यथा चंद्रः कलया कलयैधते । एवं काश्यां निवसतां धर्मराशिः पदेपदे

De même que, durant la quinzaine claire, la lune croît de phase en phase, ainsi, pour ceux qui demeurent à Kāśī, l’accumulation du dharma grandit pas à pas.

Verse 95

श्रद्धाबीजो विप्रपादांबुसिक्तः शाखाविद्यास्ताश्चतस्रो दशापि । पुष्पाण्यर्था द्वे फले स्थूलसूक्ष्मे मोक्षःकामो धर्मवृक्षोयमीड्यः

Cet auguste Arbre du Dharma a pour semence la foi, et il est arrosé de l’eau qui a lavé les pieds des brāhmaṇas. Ses branches sont les disciplines du savoir—quatre, et aussi dix. Ses fleurs sont les buts de la prospérité, et il porte deux fruits, grossier et subtil : la jouissance du monde et la délivrance. Tel est cet arbre de droiture, digne de louange.

Verse 96

सर्वार्थानामत्रदात्री भवानी सर्वान्कामान्पूरयेदत्र ढुंढिः । सर्वाञ्जंतून्मोचयेदंतकाले विश्वेशोत्रश्रोत्रमंत्रोपदेशात्

Ici, Bhavānī accorde toute prospérité ; ici, Ḍhuṃḍhi accomplit tous les désirs. Et ici, à l’ultime instant, Viśveśvara délivre tous les êtres en déposant dans l’oreille le mantra qui sauve.

Verse 97

काश्यां धर्मस्तच्चतुष्पादरूपः काश्यामर्थः सोप्यने कप्रकारः । काश्यां कामः सर्वसौख्यैकभूमिः काश्यां श्रेयस्तत्तु किंनात्र यच्च

À Kāśī, le Dharma se tient ferme dans sa forme aux quatre pieds ; à Kāśī, l’Artha s’obtient de multiples façons. À Kāśī, le Kāma trouve un seul terrain de toute félicité ; et à Kāśī réside le Bien suprême lui-même—quelle excellence ne s’y trouve donc pas ?

Verse 98

विश्वेश्वरो यत्र न तत्र चित्रं धर्मार्थकामामृतरूपरूपः । स्वरूपरूपः स हि विश्वरूपस्तस्मान्न काशी सदृशी त्रिलोकी

Là où Viśveśvara est présent, il n’est pas étonnant que le Dharma, l’Artha, le Kāma—et le don, semblable au nectar, de la délivrance—s’y trouvent dans leur propre forme. Car Il est la forme même du Réel, Celui dont la forme est l’univers ; ainsi, dans les trois mondes, nulle cité n’égale Kāśī.

Verse 99

इति ब्रुवाणा गीर्वाणा ददृशुस्तूटजं मुनेः । होमधूमसुगंधाढ्यं बटुभिर्बहुभिर्वृतम्

Ainsi parlaient les dieux, et ils virent, ô muni, la hutte de feuillage du sage, riche du parfum du fumet du homa, et entourée de nombreux jeunes disciples.

Verse 100

श्यामाकांजलियाञ्चार्थमृषिकन्यानुयायिभिः । धृतोपग्रहदर्भास्यैर्मृगशावैरलंकृतम्

Elle était ornée de faons, la bouche portant l’herbe darbha comme accessoire rituel, et suivie des filles des rishis, venues avec des poignées de grains de śyāmā pour l’aumône.

Verse 107

विधूय सर्व पापानि ज्ञात्वाऽज्ञात्वा कृतान्यपि । हंसवर्णेन यानेन गच्छेच्छिवपुरं ध्रुवम्

Ayant secoué tous les péchés, même ceux commis sciemment ou à son insu, on va assurément à la cité de Śiva, porté sur un char céleste de blancheur de cygne.