Adhyaya 17
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 17

Adhyaya 17

Le chapitre 17 se déploie en deux mouvements majeurs dans un cadre dialogué. D’abord, Śivaśarmā interroge les gaṇas sur un domaine pur qui dissipe la peine; ils racontent l’origine de Lohitāṅga (Māheya), né d’une goutte de sueur de Śambhu lors de la séparation d’avec Dakṣāyaṇī. Après une tapas intense à Ugrapurī, il établit le liṅga nommé Aṅgārakeśvara, devient célèbre sous le nom d’Aṅgāraka et, par la faveur de Śiva, reçoit le rang éminent de graha. Le texte prescrit ensuite les observances d’Aṅgāraka-caturthī : bain rituel (notamment dans des eaux s’écoulant vers le nord), culte, et affirmation que les offrandes, le japa et le homa deviennent impérissables. La satisfaction des ancêtres est décrite par le śrāddha accompli sous la conjonction d’Aṅgāraka; la naissance de Gaṇeśa est également associée à cette observance, et la résidence dévote à Vārāṇasī est liée à des états posthumes élevés. Dans un second temps, le récit passe à une autre tradition de Kāśī : l’élévation du fils d’Aṅgiras en Bṛhaspati/Vācaspati grâce au culte du liṅga et à un hymne subtil, le vāyavya-stotra. Śiva lui confère les titres de Bṛhaspati, Jīva et Vācaspati, promet une parole raffinée et une protection contre les afflictions nées des grahas par la récitation, et ordonne à Brahmā de le consacrer comme précepteur des devas. Le chapitre s’achève en localisant le sanctuaire de Bṛhaspatīśvara à Kāśī par rapport à d’autres lieux saints, en évoquant une transmission discrète au Kali-yuga, et par une phalaśruti affirmant que l’écoute de cet adhyāya écarte la graha-pīḍā et les troubles, surtout pour les habitants de Kāśī.

Shlokas

Verse 1

शिवशर्मोवाच । शुक्रसंबंधिनी देवौ कथा श्रावि मया शुभा । यस्याः श्रवणमात्रेण प्रीणिते श्रवणे मम

Śivaśarman dit : «Ô Déesse, j’ai raconté le récit auspicious lié à Śukra ; à sa seule audition, mon cœur se réjouit au moment même d’écouter.»

Verse 2

कस्य पुण्यनिधेर्लोकः शोकहृत्त्वेष निर्मलः । एतदाख्यातुमुद्युक्तौ भवंतौ भवतां मम

Ô vous deux, trésors de mérite : à qui appartient ce royaume sans tache qui ôte la peine ? Soyez prêts à me l’expliquer.

Verse 3

धयित्वा श्रोत्रपात्राभ्यां वाणीममृतरूपिणीम् । न तृप्तिमधिगच्छामि भवन्मुखसुखोद्गताम्

Ayant bu, par les vases de mes oreilles, votre parole—nectar en sa forme, s’écoulant suavement de vos bouches—je n’atteins pourtant pas la satiété.

Verse 4

गणावूचतुः । लोहितांगस्य लोकोयं शिवशर्मन्निबोध ह । उत्पत्तिं चास्य वक्ष्यावो भूसुतोयं यथाभवत्

Les Gaṇas dirent : «Sache, ô Śivaśarman : ce royaume appartient à Lohitāṅga. Nous te dirons aussi son origine, et comment celui-ci devint fils de la Terre.»

Verse 5

पुरा तपस्यतः शंभोर्दाक्षायण्या वियोगतः । भालस्थलात्पपातैकः स्वेदबिंदुर्महीतले

Autrefois, tandis que Śambhu accomplissait l’ascèse, séparé de Dākṣāyaṇī, une unique goutte de sueur tomba de son front sur la surface de la terre.

Verse 6

ततः कुमारः संजज्ञे लोहितांगो महीतलात् । स्नेहसंवर्धितः सोथ धात्र्या धात्रीस्वरूपया

De là naquit, de la surface même de la terre, un enfant nommé Lohitāṅga. Puis il fut élevé avec tendresse par une nourrice qui était la manifestation de Dhātrī, la Terre-Mère.

Verse 7

माहेय इत्यतः ख्यातिं परामेष गतः सदा । ततस्तेपे तपोत्युग्रमुग्रपुर्यां पुरानघ

Ainsi obtint-il sans cesse une grande renommée sous le nom de « Māheya ». Puis, ô irréprochable, il accomplit d’extrêmement rudes austérités à Ugrapurī.

Verse 8

असिश्च वरणा चापि सरितौ यत्र शोभने । द्युनद्योत्तरवाहिन्या मिलितेऽत्र जगद्धिते

Ici, en ce lieu splendide, les rivières Asi et Varaṇā se rejoignent avec le fleuve céleste qui coule vers le nord ; cette confluence est pour le bien du monde.

Verse 9

सर्वगोपि हि विश्वेशो यत्र नित्यं प्रकाशते । मुक्तये सर्वजंतूनां कालोज्ज्ञित स्ववर्ष्मणाम्

Car là, le Seigneur Viśveśa, bien que caché à tous, resplendit éternellement, accordant la délivrance à tous les êtres dont le corps est dominé par le Temps.

Verse 10

अमृतं हि भवंत्येव मृता यत्र शरीरिणः । अनुग्रहं समासाद्य परं विश्वेश्वरस्य ह

En vérité, en ce lieu même les êtres incarnés qui sont morts deviennent immortels, ayant obtenu la grâce suprême du Seigneur Viśveśvara.

Verse 11

अपुनर्भवदेहास्ते येऽविमुक्रेतनुत्यजः । विना सांख्येन योगेन विना नानाव्रतादिभिः

Ceux qui déposent leur corps à Avimukta obtiennent un corps affranchi de toute renaissance, sans recourir au Sāṃkhya, sans Yoga, ni à des vœux multiples et autres observances.

Verse 12

संस्थाप्य लिंगं विधिना स्वनाम्नांगारकेश्वरम् । पांचमुद्रे महास्थाने कंबलाश्वतरोत्तरे

Après avoir établi selon le rite prescrit un liṅga, il le nomma, d’après son propre nom, Aṅgārakeśvara, en ce grand lieu sacré appelé Pāñcamudrā, au nord de Kambalāśvatara.

Verse 13

ज्वलदंगारवत्तेजो यावत्तस्यशरीरतः । विनिर्ययौ तपस्तावत्तेन तप्तं महात्मना

De son corps jaillit une splendeur pareille à des braises ardentes ; tant que cette lueur de feu s’en écoula, autant de temps le grand d’âme demeura consumé dans l’austérité.

Verse 14

ततोंगारक नाम्ना स सर्वलोकेषु गीयते । तस्य तुष्टो महादेवो ददौ ग्रहपदं महत्

Ainsi, dans tous les mondes, on le célèbre sous le nom d’« Aṅgāraka » ; et Mahādeva, satisfait de lui, lui conféra la haute dignité de Graha, divinité planétaire.

Verse 15

अंगारक चतुर्थ्यां ये स्नात्वोत्तरवहांभसि । अभ्यर्च्यांगारकेशानं नमस्यंति नरोत्तमाः

Les meilleurs des hommes qui, au jour d’Aṅgāraka Caturthī, se baignent dans les eaux de l’Uttaravahā (le courant vers le nord) et vénèrent Aṅgārakeśa en se prosternant avec respect—

Verse 16

न तेषां ग्रहपीडा च कदाचित्क्वापि जायते । अंगांरकेन संयुक्ता चतुर्थी लभ्यते यदि

Pour eux, nulle affliction planétaire ne naît jamais, en aucun temps ni lieu—si l’on obtient la sainte Caturthī conjointe à Aṅgāraka (Mars).

Verse 17

उपरागसमं पर्व तदुक्तं कालवेदिभिः । तस्यां दत्तं हुतं जप्तं सर्वं भवति चाक्षयम्

Les connaisseurs du temps sacré déclarent que cette observance égale une fête d’éclipse ; tout don (dāna), toute offrande au feu et toute récitation de japa en ce jour devient inépuisable.

Verse 18

श्रद्धया श्राद्धदा ये वै चतुर्थ्यंगारयोगतः । तेषां पितॄणां भविता तृप्तिर्द्वादशवार्षिकी

Ceux qui, avec foi, accomplissent le śrāddha lors de la Caturthī jointe à Aṅgāraka—pour leurs ancêtres naît une satiété durant douze années.

Verse 19

अंगारकचतुर्थ्यां तु पुरा जज्ञे गणेश्वरः । अतएव तु तत्पर्व प्रोक्तं पुण्यसमृद्धये

En vérité, jadis Gaṇeśvara naquit lors de l’Aṅgāraka Caturthī ; c’est pourquoi cette occasion sacrée est proclamée pour l’accroissement et l’épanouissement du mérite.

Verse 20

एकभक्तव्रती तत्र संपूज्य गणनायकम् । किंचिद्दत्त्वा तमुद्दिश्य न विघ्नैरभिभूयते

Là, celui qui observe l’ekabhakta-vrata, après avoir dûment vénéré Gaṇanāyaka et offert ne fût-ce qu’un peu de dāna en son nom, n’est pas accablé par les obstacles.

Verse 21

अंगारेश्वर भक्ता ये वाराणस्यां नरोत्तमाः । तेऽस्मिन्नंगारके लोके वसंति परमर्द्धयः

Les meilleurs des hommes, dévots d’Aṅgāreśvara à Vārāṇasī, demeurent en ce monde d’Aṅgāraka, comblés d’une prospérité suprême.

Verse 22

अगस्त्य उवाच । इत्थं कथयतोरेव रम्यां पुण्यवतीं कथाम् । भगवद्गणयोः प्राप नेत्रातिथ्यं गुरोः पुरी

Agastya dit : Tandis que ces deux-là racontaient ainsi ce récit charmant et porteur de mérite, la cité du Guru — la sainte Kāśī — entra dans le regard des serviteurs du Seigneur, comme un festin pour leurs yeux.

Verse 23

नेत्रानंदकरीं दृष्ट्वा शिवशर्माऽथ तां पुरीम् । पप्रच्छाचार्यवर्यस्य कस्येयं पूरनुत्तमा

Voyant cette cité qui réjouit les yeux, Śivaśarmā demanda alors au maître excellent : « À qui appartient cette ville sans pareille ? »

Verse 24

गणावूचतुः । सखे सुखं समाख्यावो नानाख्येयं तवाग्रतः । अध्वखेदापनोदाय पुनरस्याः पुरः कथाम्

Les Gaṇas dirent : « Ami, nous te dirons volontiers, devant toi, ce qui mérite d’être raconté. Pour dissiper la fatigue du voyage, écoute de nouveau l’histoire de cette cité, tandis que nous la rapportons. »

Verse 25

विधेर्विधित्सतः पूर्वं त्रिलोकीरचनां मुदा । आविरासुः सुताः सप्त मानसाः स्वस्यसंनिभाः

Avant que le Créateur (Vidhātṛ/Brahmā), désirant avec joie façonner les trois mondes, ne commence l’œuvre de création, se manifestèrent sept fils nés de l’esprit, semblables à lui.

Verse 26

मरीच्यत्र्यंगिरो मुख्याः सर्वे सृष्टिप्रवर्तकाः । प्रजापतेरंगिरसस्तेष्वभूद्देवसत्तमः

Parmi eux, Marīci, Atri et Aṅgiras furent les plus éminents, tous promoteurs de la création. Et de Prajāpati Aṅgiras naquit un fils, le meilleur parmi les êtres de nature divine.

Verse 27

सुतश्चांगिरसो नाम बुद्ध्या विबुधसत्तमः । शांतो दांतो जितक्रोधो मृदुवाङ्निर्मलाशयः

Son fils, nommé Āṅgirasa, était par l’intelligence le meilleur des sages : paisible, maître de lui, vainqueur de la colère, doux de parole et pur de cœur.

Verse 28

वेदवेदार्थतत्त्वज्ञः कलासु कुशलोऽमलः । पारदृश्वा तु सर्वेषां शास्त्राणां नीतिवित्तमः

Il connaissait l’essence des Veda et la vérité de leurs sens ; sans tache, il excellait dans les arts. Il avait pleinement pénétré tous les śāstra et se tenait au premier rang pour comprendre le dharma et la juste conduite du pouvoir.

Verse 29

हितोपदेष्टा हितकृदहितात्यहितः सदा । रूपवाञ्छीलसंपन्नो गुणवान्देशकालवित्

Il enseignait ce qui est salutaire, accomplissait ce qui est salutaire et demeurait toujours loin de ce qui nuit. Beau d’aspect, riche de bonne conduite, vertueux, sachant discerner le lieu et le temps, il était un modèle.

Verse 30

सर्वलक्षणसंभार संभृतो गुरुवत्सलः । तताप तापसीं वृत्तिं काश्यां स महतीं दधत

Pourvu de tous les signes de bon augure et plein d’affection pour son maître, il entreprit à Kāśī une grande discipline d’ascèse, demeurant dans la voie sublime d’un tapasvin.

Verse 31

महल्लिंगं प्रतिष्ठाप्य शांभवं भूरिभावनः । अयुतं शरदां दिव्यं दिव्यतेजा महातपाः

Ce grand ascète, au rayonnement divin, puissant bienfaiteur, établit le grand liṅga de Śaṃbhu ; puis, durant dix mille automnes célestes, il accomplit d’intenses austérités.

Verse 32

ततः प्रसन्नो भगवान्विश्वेशो विश्वभावनः । आविर्भूय ततो लिंगान्महसां राशिरब्रवीत्

Alors Bhagavān Viśveśvara, soutien de l’univers, fut comblé de grâce. Surgissant de ce Liṅga tel un amas de splendeur, Il parla.

Verse 33

प्रसन्नोस्मि वरं ब्रूहि यत्ते मनसि वर्तते । इति शंभुं समालोक्य तुष्टावेति स हृष्टवान्

«Je suis satisfait. Dis le don—ce qui demeure en ton esprit.» Ainsi, contemplant Śambhu, il exulta et se mit à chanter Sa louange.

Verse 34

आंगिरस उवाच । जय शंकर शांत शशांकरुचे रुचिरार्थद सर्वद सर्वशुचे । शुचिदत्त गृहीत महोपहृते हृतभक्तजनोद्धततापतते

Aṅgiras dit : «Victoire à Toi, ô Śaṅkara, paix même, au clair éclat de lune ! Donateur de nobles desseins, Donateur de tout, ô Très-Pur. Tu reçois les grandes offrandes données avec pureté, et Tu dissipes l’ardente détresse de Tes dévots.»

Verse 35

ततसर्वहृदंबर वरदनते नतवृजिनमहावन दाहकृते । कृतविविधचरित्रतनोसुतनो तनुविशिखविशोषणधैर्यनिधे

Ô Dispensateur de grâces, ciel intérieur de chaque cœur ; Toi qui brûles l’immense forêt des péchés de ceux qui se prosternent. Toi dont le corps accomplit d’innombrables actes divins ; trésor de constance, qui dessèches les fines flèches du désir.

Verse 36

निधनादि विवर्जितकृतनतिकृत्कृतिविहितमनोरथपन्नगभृत् । नगभर्तृसुतार्पितवामवपुः स्ववपुःपरिपूरितसर्वजगत्

Affranchi de la mort et de toute limite; Toi qui accomplis les salutations pleines de révérence; Toi qui exauces les vœux nés des actes méritoires; Porteur du serpent. Ton côté gauche est offert à la fille du Seigneur des Montagnes, et pourtant, par Ton propre corps, Tu pénètres et remplis l’univers tout entier.

Verse 37

त्रिजगन्मयरूपविरूपसुदृग्दृगुदंचनकुंचन कृतहुतभुक् । भवभूतपतेप्रमथैकपते पतितेष्वपिदत्तकरप्रसृते

Ta forme est la substance même des trois mondes; Ton regard merveilleux élève et retient toute chose; et le Feu du sacrifice Te rend service. Ô Seigneur des êtres et du devenir, unique Maître des Pramathas, Tu tends la main même aux déchus.

Verse 38

प्रसूताखिलभूतलसंवरणप्रणवध्वनिसौधसुधांशुधर । वरराजकुमारिकया परया परितः परितुष्ट नतोस्मि शिव

Ô Śiva, Toi qui fais naître et enveloppes tous les mondes; Porteur de la lune, dont la demeure résonne du Praṇava (Oṃ). Entièrement réjoui de toutes parts par la Princesse suprême (la Déesse), je me prosterne devant Toi.

Verse 39

शिवदेव गिरीश महेश विभो विभवप्रद गिरिश शिवेशमृड । मृडयोडुपतिध्र जगत्त्रितयं कृतयंत्रणभक्तिविघातकृताम्

Ô Śiva divin, Girīśa, Mahēśa, Vibhu, dispensateur de prospérité; Seigneur de la Montagne, Seigneur de Śivā (la Déesse), ô Mṛḍa. Ô Porteur de la lune, rends favorables les trois mondes et détruis les entraves qui brisent la dévotion.

Verse 40

न कृतांत त एष बिभेभि हरप्रहराशु महाघममोघमते । नमतांतरमन्यदवैनि शिवं शिवपादनतेः प्रणतोस्मि ततः

La Mort n’effraie point celui-ci, car Ton coup prompt, ô Hara, détruit le grand péché—ô intelligence infaillible. Je ne connais pour ceux qui se prosternent nul refuge plus haut que Śiva; ainsi je me prosterne devant Celui dont je vénère les pieds.

Verse 41

विततेऽत्र जगत्यखिलेऽघहरं हर तोषणमेव परं गुणवन् । गुणहीनमहीन महावलयं प्रलयांतकमीश नतोस्मि ततः

Dans ce vaste monde, ô Hara, le bien suprême des vertueux est de Te plaire, Toi qui effaces tout péché. Ô Seigneur, Tu n’es point diminué par l’absence de qualités ; Tu es le grand cercle qui enveloppe tout, le terme de la dissolution. C’est pourquoi je me prosterne devant Toi.

Verse 42

इति स्तुत्वा महादेवं विररामांगिरः सुतः । व्यतरच्च महेशानः स्तुत्या तुष्टो वरान्बहून्

L’ayant ainsi loué, le fils d’Aṅgiras cessa. Et Maheśāna (Śiva), satisfait de cet hymne, lui accorda de nombreuses grâces.

Verse 43

श्रीमहादेव उवाच । बृहता तपसानेन बृहतां पतिरेध्यहो । नाम्ना बृहस्पतिरिति ग्रहेष्वर्च्योभव द्विज

Śrī Mahādeva dit : «Par cette grande austérité, deviens le seigneur des grands, assurément. Et sous le nom de “Bṛhaspati”, ô deux-fois-né, sois digne de vénération parmi les planètes.»

Verse 44

अस्माल्लिंगार्चनान्नित्यं जीवभूतोसि मे यतः । अतो जीव इति ख्यातिं त्रिषु लोकेषु यास्यसि

«Parce que, par ce culte constant du Liṅga, tu es devenu, pour ainsi dire, ma propre vie ; ainsi, dans les trois mondes, tu obtiendras la renommée sous le nom de “Jīva”.»

Verse 45

वाचां प्रपंचैश्चतुरैर्निष्प्रपंचो यतः स्तुतः । अतो वाचां प्रपंचस्य पतिर्वाचस्पतिर्भव

«Parce que le Transcendant, au-delà de toute prolifération, fut loué par toi au moyen de quatre modes habiles de parole ; deviens donc le seigneur de la multiple expression du verbe : sois “Vācaspati”.»

Verse 46

अस्य स्तोत्रस्य पठनादपि वागुदियाच्च यम् । तस्य स्यात्संस्कृता वाणी त्रिभिर्वर्षैस्त्रिकालतः

Même par la simple lecture de cet hymne, si la parole s’élève et devient apte et claire, en l’espace de trois ans—par la pratique aux trois temps du jour—la voix deviendra raffinée et noble.

Verse 47

समुत्पन्ने महाकार्ये न स बुद्ध्या प्रहीयते । यः पठिष्यत्यदः स्तोत्रं वायव्याख्यं दिनेदिने

Quand une grande œuvre se présente, celui qui récite jour après jour cet hymne nommé Vāyavya ne sera pas délaissé par le discernement.

Verse 48

अस्यस्तोत्रस्य पठनान्नियतं मम संनिधौ । न दुर्वृत्तौ प्रवृत्तिः स्यादविवेकवतां नृणाम्

Par la récitation de cet hymne, on demeure assurément en ma présence; même les hommes dépourvus de discernement ne s’inclineront pas vers une conduite mauvaise.

Verse 49

अदः स्तोत्रं पठञ्जंतुर्जातुपीडां ग्रहोद्भवाम् । न प्राप्स्यति ततो जप्यमिदं स्तोत्रं ममाग्रतः

L’être qui récite cet hymne ne subira jamais d’affliction née des planètes. C’est pourquoi cet hymne doit être répété en japa devant moi.

Verse 50

नित्यं प्रातः समुत्थाय यः पठिष्यति मानवः । इमां स्तुतिं हरिष्येऽहं तस्य बाधाः सुदारुणाः

Quiconque se lève chaque matin et récite chaque jour cette louange, j’écarterai, par cet hymne, ses obstacles les plus redoutables.

Verse 51

त्वत्प्रतिष्ठितलिंगस्य पूजां कृत्वा प्रयत्नतः । इमां स्तुतिमधीयानो मनोवांछामवाप्स्यति

Après avoir accompli avec soin le culte du Liṅga que tu as établi, celui qui étudie ou récite cet hymne obtiendra le vœu de son cœur.

Verse 52

इति दत्त्वा वराञ्छंभुः पुनर्ब्रह्माणमाह्वयत् । सेंद्रान्देवगणान्सर्वान्सयक्षोरगकिन्नरान्

Ainsi, après avoir accordé les grâces, Śambhu convoqua de nouveau Brahmā, avec toutes les troupes des dieux menées par Indra, ainsi que les Yakṣas, les Nāgas et les Kinnaras.

Verse 53

तानागतान्समालोक्य शिवो व्रह्माणमब्रवीत् । विधेविधेहि मद्वाक्यादमुं वाचस्पतिं मुनिम्

Les voyant tous rassemblés, Śiva dit à Brahmā : «Ô Ordonnateur, selon ma parole, établis dûment ce sage Vācaspati».

Verse 54

गुरुं सर्वसुरेंद्राणां परितः स्वगुणैर्गुरुम् । अभिषिंच विधानेन देवाचार्य पदे मुदे

«Consacre-le selon le rite prescrit—lui qui est le guru de tous les seigneurs des dieux, et guru par la grandeur de ses propres qualités—à la charge joyeuse de précepteur des Devas».

Verse 55

अतीव धिषणाधीशो ममप्रीतोभविष्यति । महाप्रसाद इत्याज्ञां शिरस्याधाय तत्क्षणात्

«Le Seigneur de la sagesse sera extrêmement satisfait de moi.» Recevant l’ordre comme une «grande grâce», il la posa sur sa tête à l’instant même, en signe de vénération.

Verse 56

सुरज्येष्ठः सुराचार्यं चकारांगिरसं तदा । देवदुंदुभयो नेदुर्ननृतुश्चाप्सरोगणाः

Alors le plus éminent des dieux établit Āṅgirasa (Bṛhaspati) comme précepteur des devas. Les tambours célestes retentirent, et les troupes d’Apsaras dansèrent.

Verse 57

गुरुपूजां व्यधुः सर्वे गीर्वाणा मुदिताननाः । अभिषिक्तो वसिष्ठाद्यैर्मंत्रपूतेन वारिणा

Tous les dieux, le visage rayonnant de joie, rendirent hommage au Guru. Il fut consacré par Vasiṣṭha et d’autres au moyen d’une eau sanctifiée par les mantras.

Verse 58

पुनरन्यं वरं प्रादाद्गिरीशः पतये गिराम् । शृण्वांगिरस धर्मात्मन् देवेज्यकुलनंदन

De nouveau Girīśa accorda une autre grâce au Seigneur de la Parole : «Écoute, ô Āṅgirasa, âme droite, joie de la lignée du prêtre des dieux».

Verse 59

भवतास्थापितं लिंगं सुबुद्धिपरिवर्धनम् । बृहस्पतीश्वर इति ख्यातं काश्यां भविष्यति

«Le liṅga que tu as établi, qui accroît la juste intelligence, deviendra célèbre à Kāśī sous le nom de “Bṛhaspatīśvara”.»

Verse 60

गुरुपुष्यसमायोगे लिंगमेतत्समर्च्य च । यत्करिष्यंति मनुजास्तत्सिद्धिमधियास्यति

«Lorsque se produira la conjonction de la planète Guru avec l’astérisme Puṣya, quiconque parmi les hommes vénérera ce liṅga—tout ce qu’il entreprendra parviendra à l’accomplissement.»

Verse 61

बृहस्पतीश्वरं लिंगं मया गोप्यं कलौ युगे । अस्य संदर्शनादेव प्रतिभा प्रतिलभ्यते

Ce liṅga de Bṛhaspatīśvara doit être tenu caché par moi en l’âge de Kali ; pourtant, par sa seule vision, on recouvre l’intelligence inspirée (pratibhā).

Verse 62

चंद्रेश्वराद्दक्षिणतो वीरेशान्नैरृते स्थितम् । आराध्य धिषणेशं वै गुरुलोके महीयते

Au sud de Candreśvara et au sud-ouest de Vīreśa se tient Dhiṣaṇeśa. En l’adorant, on est honoré dans le monde du Guru (Bṛhaspati) et l’on y obtient un rang vénérable.

Verse 63

गुर्वंगना गमनजं पापं षण्मास सेवनात् । अवश्यं विलयं याति तमः सूर्योदयाद्यथा

Le péché né de l’approche de l’épouse du Guru se dissout à coup sûr par six mois d’observance dévote, comme l’obscurité qui s’évanouit inévitablement au lever du soleil.

Verse 64

अतएव हि गोप्तव्यं महापातकनाशनम् । बृहस्पतीश्वरं लिंगं नाख्येयं यस्यकस्यचित्

C’est pourquoi le Liṅga de Bṛhaspatīśvara, destructeur des grands péchés, doit être gardé comme un secret sacré et ne pas être divulgué à n’importe qui.

Verse 65

इति दत्त्वा वरान्देवस्तत्रैवांतर्हितो भवत् । द्रुहिणो गुरुणा सार्धं सेंद्रोपेंद्रो बृहस्पतिम्

Ainsi, après avoir accordé les grâces, le Seigneur disparut sur-le-champ. Alors Brahmā, avec le Guru (Bṛhaspati), et aussi Indra et Upendra (Viṣṇu), rendirent hommage à Bṛhaspati.

Verse 66

अस्मिन्पुरेभिषिच्याथ विसृज्येंद्रादिकान्सुरान् । अलंचकार स्वं लोकं विष्णुनाऽनुमतो द्विज

Après avoir été consacré dans cette cité, il congédia Indra et les autres dieux ; et, avec l’assentiment de Viṣṇu, ô brāhmane, il orna et mit en ordre son propre monde.

Verse 67

अगस्त्य उवाच । अतिक्रम्य गुरोर्लोकं लोपामुद्रे ददर्श सः । शिवशर्मा पुरी सौरेः प्रभामंडल मंडिताम्

Agastya dit : «Ayant franchi le monde du Guru, il contempla pour toi, ô Lopāmudrā, Śivaśarmā, la cité du Soleil, parée d’un cercle de splendeur».

Verse 68

पृष्टौ तेन च तौ तत्र तां पुरीं प्रददर्शतुः । द्विजेन द्विजवर्याय गणवर्यौ शुचिस्मिते

Lorsqu’il les interrogea en ce lieu, ces deux-là lui montrèrent cette cité : ces gaṇas éminents au plus éminent des brāhmanes, ô toi au sourire pur.

Verse 69

गणावूचतुः । मारीचेः कश्यपाज्जज्ञे दाक्षायण्यां द्विजोष्णगुः । तस्यभार्याभवत्संज्ञा पुत्री त्वष्टुः प्रजापतेः

Les gaṇas dirent : «De Kaśyapa, fils de Marīci, et de Dākṣāyaṇī naquit le brāhmane Uṣṇagu. Son épouse fut Saṃjñā, fille de Tvaṣṭṛ Prajāpati».

Verse 70

भर्तुरिष्टा ततस्तस्माद्रूपयौवनशालिनी । संज्ञा बभूव तपसा सुदीप्तेन समन्विता

Aimée de son époux et pourvue de beauté et de jeunesse, Saṃjñā devint alors, par ses austérités, habitée d’une splendeur ardemment éclatante.

Verse 71

आदित्यस्य हि तद्रूपं मंडलस्य तु तेजसा । गात्रेषु परिदध्यौ वै नातिकांतमिवाभवत्

Cette forme, par l’éclat brûlant du disque solaire, se posa sur ses membres ; et elle parut comme n’étant plus excessivement agréable à contempler, dominée par cette vive splendeur.

Verse 72

न खल्वयमृतोंऽडस्थ इति स्नेहादभाषत । तदा प्रभृति लोकेयं मार्तंड इति चोच्यते

Par affection elle dit : « Assurément, il n’est pas mort à l’intérieur de l’œuf. » Dès lors, en ce monde, on le nomma Mārtaṇḍa.

Verse 73

तेजस्त्वभ्यधिकं तस्य साऽसहिष्णुर्विवस्वतः । येनातितापयामास त्रैलोक्यं तिग्मरश्मिभृत्

Mais son éclat était excessif ; elle ne put supporter la forme brûlante de Vivasvān, par laquelle le porteur de rayons acérés embrasa les trois mondes.

Verse 74

त्रीण्यपत्यानि भो ब्रह्मन्संज्ञायां महसां निधिः । आदित्यो जनयामास कन्यां द्वौ च प्रजापती

Ô brāhmane, l’Āditya—trésor de splendeur—engendra en Saṃjñā trois enfants : une fille et deux fils, qui devinrent des prajāpatis, des géniteurs.

Verse 75

वैवस्वतं मनुं ज्येष्ठं यमं च यमुनां ततः । नातितेजोमयं रूपं सोढुं साऽलं विवस्वतः

Elle enfanta d’abord l’aîné, Vaivasvata Manu ; puis Yama et Yamunā. Pourtant, elle ne put supporter la forme trop ardente de Vivasvān.

Verse 76

मायामयीं ततश्छायां सवर्णां निर्ममे स्वतः । प्रांजलिः प्रणता भूत्वा संज्ञां छाया तदाब्रवीत्

Alors, d’elle-même, elle façonna une contrepartie d’illusion : Chāyā, semblable en tout. Les mains jointes, inclinée avec révérence, Chāyā s’adressa à Saṃjñā.

Verse 77

तवाज्ञाकारिणीं देवि शाधि मां करवाणि किम् । संज्ञोवाच ततश्छायां सवर्णे शृणु सुंदरि

«Déesse, moi qui obéis à ton ordre, instruis-moi : que dois-je accomplir ?» Alors Saṃjñā dit à Chāyā : «Ô belle Savarṇā, écoute».

Verse 78

अहं यास्यामि सदनं त्वष्टुस्त्वं पुनरत्र मे । भवने वस कल्याणि निर्विशंकं ममाज्ञया

«Je me rendrai à la demeure de Tvaṣṭṛ ; toi, demeure ici dans ma maison. Ô bénie, vis sans crainte, selon mon ordre».

Verse 79

मनुरेष यमावेतौ यमुना यम संज्ञकौ । स्वापत्यदृष्ट्या द्रष्टव्यमेतद्बालत्रयं त्वया

«Voici Manu ; et ces deux-là sont les jumeaux, Yamunā et Yama. Ces trois enfants, tu devras les regarder avec l’amour dû à ta propre progéniture».

Verse 80

अनाख्येयमिदं वृत्तं त्वया पत्यौ शुचिस्मिते । इत्याकर्ण्याथ सा त्वाष्ट्रीं देवीं छाया जगाद ह

«Cette affaire, tu ne dois pas la révéler à mon époux, ô toi au sourire pur». L’ayant entendu, Chāyā s’adressa à la déesse, fille de Tvaṣṭṛ.

Verse 81

आकचग्रहणान्नाहमाशापाच्च कदाचन । आख्यास्यामि चरित्रं ते याहि देवि यथासुखम्

Parce que tu as pris mes cheveux en gage, et par la protection que j’espère, jamais je ne révélerai ton histoire. Va, ô Déesse, selon ton bon plaisir.

Verse 82

इत्यादिश्य सवर्णां सा तथेत्युक्ता सवर्णया । पितुरंतिकमासाद्य नत्वा त्वष्टारमब्रवीत्

Ainsi instruite, elle acquiesça, disant à Savarṇā : «Qu’il en soit ainsi». Puis elle s’approcha de son père ; elle se prosterna devant Tvaṣṭṛ et lui parla.

Verse 83

पितः सोढुं न शक्नोमि तेजस्तेजोनिधेरहम् । तीव्रं तस्यार्यपुत्रस्य काश्यपस्य महात्मनः

«Père, je ne puis supporter l’éclat brûlant de ce grand Kāśyapa, ce noble fils : il est un véritable trésor de radiance.»

Verse 84

निशम्योदीरितं तस्याः पित्रानिर्भर्त्सिता बहु । भर्तुः समीपं याहीति नियुक्ता सा पुनःपुनः

Entendant ses paroles, son père la réprimanda longuement ; et, encore et encore, il lui ordonna : «Retourne auprès de ton époux».

Verse 85

चिंतामवाप महतीं स्त्रीणां धिक्चेष्टितं त्विति । निनिंद बहुधात्मानं स्त्रीत्वं चाति निनिंद सा

Elle fut saisie d’une grande angoisse, se lamentant : «Honte aux agissements des femmes !» De bien des façons elle se blâma elle-même, et blâma amèrement aussi sa condition de femme.

Verse 86

स्वातंत्र्यं न क्वचित्स्त्रीणां धिगस्वातंत्र्यजीवितम् । शैशवे यौवने प्रांते पितृभर्तृसुताद्भयम्

Nulle part les femmes n’ont d’indépendance—honte à une vie sans autonomie ! Dans l’enfance, la jeunesse et la vieillesse, demeure la crainte et la dépendance du père, de l’époux et du fils.

Verse 87

त्यक्तं भर्तृगृहं मौग्ध्याद्धंत दुवृर्त्तया मया । अविज्ञातापि चेद्यायामथ पत्युर्निकेतनम्

Hélas ! Par sottise, moi—au comportement dévoyé—j’ai quitté la maison de mon époux. Même si l’on ne me reconnaît pas, je dois maintenant aller au logis de mon seigneur époux.

Verse 88

तत्रास्ति सा सवर्णा वै परिपूर्णमनोरथा । अथावतिष्ठे सात्रैव पित्रा निर्भर्त्सिताप्यहम्

Là demeure en vérité Savarṇā, ses souhaits pleinement accomplis. Mais moi, je reste ici même, bien que mon père m’ait réprimandée.

Verse 89

ततोति चंडश्चंडाशुः पित्रोरतिभयंकरः । अहो यदुच्यते लोकैरुपाख्यानमिदं हि तत्

Alors surgirent Caṇḍa et Caṇḍāśu, d’une terreur extrême pour leurs parents. Oui, c’est bien ce récit que les gens rapportent comme une légende célèbre.

Verse 90

स्फुटं दृष्टं मयाद्येति स्वकरांगारकर्ष णम् । नष्टं भर्तृगृहं मौग्ध्याच्छ्रेयो वा न पितुर्गृहम्

Aujourd’hui je l’ai vu clairement : c’est comme tirer des braises de sa propre main. Par sottise j’ai ruiné la maison de mon époux ; la maison de mon père serait-elle meilleure pour moi ?

Verse 91

वयश्च प्रथमं चारु रूपं त्रैलोक्यकांक्षितम् । सर्वाभिभवनं स्त्रीत्वं कुलं चातीव निर्मलम्

Mon âge est dans sa première floraison ; ma beauté est gracieuse, désirée dans les trois mondes. Ma féminité triomphe de tous, et ma lignée est d’une pureté extrême.

Verse 92

पतिश्च तादृक्सर्वज्ञो लोकचक्षुस्तमोपहः । सर्वेषां कर्मणां साक्षी सर्वः सर्वत्रसंचरः

Tel est vraiment ce Seigneur : omniscient, l’Œil même des mondes, celui qui dissipe les ténèbres ; témoin des actes de tous les êtres, omniprésent, allant partout.

Verse 93

मह्यं श्रेयः कथं वा स्यादिति सा परिचिंत्य च । अगच्छद्वडवा भूत्वा तपसे पर्यनिंदिता

Réfléchissant : «Comment le vrai bien pourrait-il m’advenir ?», elle partit ; devenue jument, irréprochable, elle se voua tout entière à l’austérité.

Verse 94

उत्तरांश्च कुरून्प्राप चरंती नीरसंतृणम् । व्युत्तेपे च तपस्तीव्रं पतिमाधाय चेतसि । तपोबलेन तत्पत्युः सहिष्ये तेज इत्यलम्

Elle parvint aux Kuru du Nord, errant parmi des herbes desséchées, sans eau. Plaçant son Seigneur dans son esprit, elle entreprit une tapas ardente, décidée : «Par la force de l’austérité, je supporterai l’éclat brûlant de cet époux ; cela suffit !»

Verse 95

मन्यमानोथ तां संज्ञां सवर्णायां तदा रविः । सावर्णिं जनयामास मनुमष्टममुत्तमम्

Alors Ravi (le Soleil), la prenant pour Sañjñā, engendra en Savarṇā l’excellent Sāvarṇi : Manu, le huitième.

Verse 96

शनैश्चरं द्वितीयं च सुतां भद्रां तृतीयिकाम् । सवर्णा स्वेष्वपत्येषु सापत्न्यात्स्त्रीस्वभावतः

Elle enfanta Śanaiścara comme le second, et une fille, Bhadrā, comme la troisième. Savarṇā, selon la nature féminine et la rivalité des coépouses, porta surtout son attachement vers ses propres enfants.

Verse 97

चकाराभ्यधिकं स्नेहं न तथा पूर्वजेष्वथ । मनुस्तत्क्षांतवाञ्ज्येष्ठो भक्ष्यालंकारलालने

Elle prodigua un amour excessif aux plus jeunes, non aux aînés. Mais Manu, l’aîné, le supporta avec patience, bien qu’il désirât mets délicats, parures et tendre sollicitude.

Verse 98

कनिष्ठेष्वधिकं दृष्ट्वा सावर्ण्यादिषु नो यमः । कदाचिद्रोषतो बाल्याद्भाविनोर्थस्य गौरवात्

Voyant une faveur plus grande accordée aux plus jeunes, tels Sāvarṇi, Yama, par enfantillage, s’irritait parfois, mesurant le poids de ce qui en résulterait (la conséquence à venir).

Verse 99

पदा संतर्जयामास यमः संज्ञासरूपिणीम् । तं शशाप च सा क्रोधात्सावर्णेर्जननी तदा

Yama menaça celle qui portait la forme de Sañjñā, levant le pied. Alors, la mère de Sāvarṇi, dans la colère, le maudit.

Verse 100

जिघांसता त्वया पाप मां यदंघ्रिः समुद्यतः । अचिरात्तत्पतत्वेष तवेति भृशदुःखिता

«Ô pécheur ! Puisque, voulant me frapper, tu as levé ton pied, que ce même pied se détache bientôt de toi !» Ainsi parla-t-elle, accablée de douleur.

Verse 110

ततो भगवते शप्तुमुद्यते सा शशंस ह । यथावृत्तं तथा तथ्यं तुतोष भगवानपि

Alors, comme elle s’apprêtait à maudire le Seigneur Bienheureux, elle exposa l’affaire telle qu’elle s’était réellement passée, avec vérité ; et le Seigneur, lui aussi, en fut satisfait.

Verse 120

देवौ तस्मादजायेतामश्विनौ भिषजांवरौ । स्वरूपमनुरूपं च द्युमणिस्तामदर्शयत

De lui naquirent les deux Aśvins divins, les plus éminents des médecins ; et Dyumaṇi leur manifesta une forme conforme à leur propre nature.

Verse 129

श्रुत्वाऽध्यायमिमं पुण्यं ग्रहपीडा न जायते । नोपसर्गभयं तस्य काश्यां निवसतः सतः

En entendant ce chapitre sacré, nulle affliction due aux planètes ne survient ; et pour l’homme vertueux qui demeure à Kāśī, il n’est point de crainte des calamités.