
Pulastya expose la progression recommandée vers Kapilā-tīrtha, lieu où le bain sacré est réputé délivrer des fautes accumulées. Le roi Suprabha, dévoré par la chasse, tue une biche allaitant son faon ; la biche mourante le réprimande, déclarant l’acte contraire au kṣātra-dharma (devoir du kṣatriya), et le maudit : il deviendra un tigre féroce sur le flanc de la montagne, et ne sera libéré qu’en rencontrant une vache laitière nommée Kapilā. Le roi se change en tigre et finit par faire face à Kapilā, séparée de son troupeau. Kapilā demande la permission de retourner nourrir son veau et promet de revenir, affermissant sa parole par une longue suite de serments où elle s’impose à elle-même de lourds démérites si elle manquait à sa promesse. Touché par sa satya (vérité, fidélité à la parole), le tigre la laisse partir. Kapilā allaite son petit, lui enseigne la vigilance et l’absence d’avidité, fait ses adieux à sa communauté, puis revient comme elle l’avait juré. La satya est proclamée publiquement supérieure même à d’immenses rites (comparée à mille aśvamedha), et le tigre la relâche ; à cet instant, le roi maudit retrouve sa forme humaine. À la demande d’eau de Kapilā, le roi frappe le sol d’une flèche et une source pure et fraîche jaillit. Dharma apparaît, accorde des grâces et déclare le nom et les fruits du tīrtha : le snāna (surtout au quatorzième jour lunaire), le śrāddha et la dāna procurent un mérite multiplié et inépuisable ; même les petites créatures bénéficient du simple contact avec l’eau. Enfin, des véhicules célestes arrivent, et Kapilā, sa communauté et le roi atteignent un état divin ; le récit s’achève par une exhortation à s’y baigner, y accomplir le śrāddha et y faire l’aumône selon ses moyens.
Verse 1
पौलस्त्य उवाच । ततो गच्छेन्नृपश्रेष्ठ कपिलातीर्थमुत्तमम् । यत्र स्नातो नरः सम्यङ्मुच्यते सर्वकिल्बिषैः
Paulastya dit : Alors, ô meilleur des rois, il faut se rendre au Tīrtha excellent de Kapilā ; là, l’homme qui s’y baigne selon le rite est délivré de toutes les fautes.
Verse 2
पुराऽभून्नृपतिर्नाम सुप्रभः परवीरहा । नित्यं च मृगयाशीलो मृगाणामहिते रतः
Autrefois, il y eut un roi nommé Suprabha, pourfendeur des héros ennemis. Il était sans cesse porté à la chasse, trouvant plaisir à nuire aux cerfs.
Verse 3
न तथा स्त्रीषु नो भोगे नाश्वयाने न वारणे । तस्याभूदनुरागश्च यथा मृगविमर्द्दने
Il n’avait pas un tel attachement aux femmes ni aux plaisirs, ni aux chevaux et aux chars, ni aux éléphants ; sa passion était de terrasser les cerfs à la chasse.
Verse 4
स कदाचिन्नृपश्रेष्ठ मृगासक्तोऽर्बुदं गतः । अपश्यत्सानुदेशे च मृगीं शिशुसमावृताम्
Un jour, ô meilleur des rois, obsédé par la chasse, il se rendit à Arbuda. Là, dans un bois sur les pentes, il vit une biche entourée de ses faons.
Verse 5
स्तनं धयन्तीं सुस्निग्धां शिशोः क्षीरानुरागिणः । सा तेन विद्धा बाणेन सहसा नतपर्वणा
La biche, toute de tendresse, allaitait son petit, et le faon s’attachait au lait maternel. Pourtant, soudain, elle fut frappée par sa flèche, dont la hampe était courbée près de l’encoche.
Verse 6
अथ सा पार्थिवं दृष्ट्वा प्रगृहीतशरासनम् । द्वितीयं योजयानं च मृगी बाणं सुनिर्मलम्
Alors la biche, voyant le roi l’arc en main et ajustant une seconde flèche, pure et sans tache,
Verse 7
ततः सा कोपसन्तप्ता भूपालं प्रत्यभाषत । नायं धर्मः स्मृतः क्षात्त्रो यस्त्वयाद्य निषेवितः
Puis, consumée de colère, elle s’adressa au roi : « Ce n’est pas là le dharma dont on se souvient pour un kṣatriya — telle est la conduite que tu as suivie aujourd’hui. »
Verse 8
शयानो मैथुनासक्तः स्तनपो व्याधिपीडितः । न हंतव्यो मृगो राजन्मृगी च शिशुना वृता
« Ô Roi, on ne doit pas tuer le cerf lorsqu’il est couché, lorsqu’il est pris par l’accouplement, lorsqu’il allaite encore, ou lorsqu’il est accablé par la maladie ; et l’on ne doit pas non plus abattre la biche lorsqu’elle est auprès de son faon. »
Verse 9
तदद्य मरणं जातं मम सर्वं नृपाधम । तव बाणं समासाद्य पुत्रस्य च मया विना
« Ainsi, aujourd’hui, tout est devenu mort pour moi, ô le plus vil des rois : car mon fils, atteint par ta flèche, demeure sans moi. »
Verse 10
यस्मादहमधर्मेण हता भूमिपते त्वया । तस्मादत्रैव सानौ त्वं रौद्रव्याघ्रो भविष्यसि
« Puisque tu m’as tuée contre le dharma, ô seigneur de la terre, alors, sur ce flanc même de la montagne, tu deviendras un tigre farouche. »
Verse 11
पुलस्त्य उवाच । तच्छ्रुत्वा सुमहत्पापं स नृपो भयसंकुलम् । तां वै प्रसादयामास प्राणशेषां तदा मृगीम्
Pulastya dit : «À ces paroles, lourdes d’un péché immense, le roi, saisi d’effroi, s’efforça alors d’apaiser la biche, qui n’avait plus qu’un souffle de vie.»
Verse 12
अविवेकान्मया भद्रे हता त्वं निर्घृणेन च । कुरु शापविमोक्षं त्वं तस्माद्दीनस्य सन्मृगि
«Ô douce âme, par mon manque de discernement et par ma dureté sans pitié, je t’ai ôté la vie. Ô biche noble, accorde à ce malheureux la délivrance de la malédiction.»
Verse 13
मृग्युवाच । यदा तु कपिलां नाम द्रक्ष्यसे त्वं पयस्विनीम् । धेनुं तया समालापात्प्रकृतिं यास्यसे पुनः
La biche dit : «Mais lorsque tu verras une vache laitière nommée Kapilā, alors, en conversant avec elle, tu retourneras à ton état originel.»
Verse 14
एवमुक्त्वा मृगी राजाग्रतः प्राणैर्व्ययुज्यत । पीडिता शरघातेन पुत्रस्नेहाद्विशेषतः
Après avoir ainsi parlé, la biche, devant le roi, rendit son dernier souffle, tourmentée par le coup de la flèche et plus encore par l’amour de son petit.
Verse 15
अथाऽसौ पार्थिवः सद्यो रौद्रास्यः समजायत । व्याघ्रो दशकरालश्च तीक्ष्णदन्तनखस्तथा । भक्षयामास तां सेनामात्मीयां क्रोधमूर्च्छितः
Alors ce roi devint aussitôt au visage farouche : un tigre terrible, aux dents et aux griffes acérées ; et, saisi d’une frénésie de colère, il se mit à dévorer sa propre armée.
Verse 16
ततस्ते सैनिका राजन्हतशेषाः सुदुःखिताः । स्वगृहाणि ययुस्तत्र यथा वृत्तं जने पुरे
Alors les soldats qui avaient survécu, ô Roi—accablés d’une profonde douleur—retournèrent à leurs demeures et rapportèrent aux gens de la cité ce qui s’était passé.
Verse 17
निवेदयन्तो वृत्तांतं चत्वरेषु त्रिकेषु च । यथा वै व्याघ्रतां प्राप्तः स राजाऽर्बुदपर्वते
Rapportant toute l’affaire sur les places et aux carrefours, ils dirent comment ce roi, sur le mont Arbuda, était réellement devenu un tigre.
Verse 18
तच्छ्रुत्वा वचनं तस्य पुत्रं भूरिपराक्रमम् । राज्येऽभिषेचयामासु नाम्ना ख्यातं महौजसम्
Ayant entendu leurs paroles, ils consacrèrent son fils—vaillant entre tous—et installèrent sur le trône ce prince illustre, d’un grand éclat, renommé par son nom.
Verse 19
कस्यचित्त्वथ कालस्य तस्मिन्सानौ नृपोत्तम । तृषार्तं गोकुलं प्राप्तं गोपगोपीसमाकुलम्
Après quelque temps, ô le meilleur des rois, un hameau de vachers—plein de gopas et de gopîs—parvint sur ce versant de la montagne, tourmenté par la soif.
Verse 20
तत्रैका गौः परिभ्रष्टा स्वयूथात्तृणतृष्णया । कपिलेति च विख्याता स्वयूथस्याग्रगामिनी
Là, une vache s’égara loin de son troupeau, poussée par la faim d’herbe et la soif. Elle était connue sous le nom de Kapilā, celle qui marchait en tête, guide de son troupeau.
Verse 21
अच्छिन्नाग्रतृणं या तु सदा भक्षयते नृप । अथ सा गह्वरं प्राप्ता गिरेः शून्यं भयंकरम्
Elle qui broutait toujours l’herbe aux pointes non coupées, ô roi, parvint alors à une caverne de la montagne, déserte et terrifiante.
Verse 22
तत्राससाद तां व्याघ्रो दंष्ट्रोत्कटमुखावहः । सा तं दृष्टवती पापं त्रासमाप मृगीव हि
Là, un tigre l’affronta, au visage terrible et aux crocs saillants. Voyant cette bête mauvaise, elle fut saisie d’effroi, telle une biche.
Verse 23
स्मरंती गोकुले बद्धं स्वसुतं क्षीरपायिनम् । दुःखेन रुदतीं तां स दृष्ट्वोवाच मृगाधिपः
Se souvenant de son veau, attaché au hameau des bouviers et buvant encore le lait, elle pleurait de douleur. La voyant en larmes, le seigneur des bêtes parla.
Verse 24
व्याघ्र उवाच । किं वृथा रुद्यते धेनो मां प्राप्य न हि जीवितम् । विद्यते कस्यचिन्मूर्खे स्मरेष्टां देवतां ततः
Le tigre dit : «Pourquoi pleures-tu en vain, ô vache ? M’étant parvenue, la vie ne demeurera pas. Si tu es sotte, souviens-toi de ta divinité chérie—s’il est quelque secours».
Verse 25
कपिलोवाच । स्वजीवितभयाद्व्याघ्र न रोदिमि कथंचन । पुत्रो मे बालको गोष्ठ्यां क्षीरपायी प्रतीक्षते
Kapilā dit : «Ô tigre, je ne pleure nullement par crainte pour ma vie. Mon petit veau, encore au lait, m’attend à l’étable».
Verse 26
नाद्यापि स तृणा न्यत्ति तेनाहं शोकविक्लवा । रोद्मि व्याघ्र सुतस्नेहात्सत्येनात्मानमालभे
«Même à présent il ne broute pas l’herbe; c’est pourquoi je suis accablée de chagrin. Je pleure, ô tigre, par amour pour mon veau. Par la vérité, je m’engage moi-même (à revenir)».
Verse 27
पाययित्वा सुतं बालं दृष्ट्वा पृष्ट्वा जनं स्वकम् । पुनः प्रत्यागमिष्यामि यदि त्वं मन्यसे विभो
«Après avoir fait téter mon petit veau, et après avoir vu et pris des nouvelles des miens, je reviendrai encore—si toi, ô Puissant, tu le permets».
Verse 28
व्याघ्र उवाच । गत्वा स्वसुतसांनिध्यं दृष्ट्वात्मीयं च गोकुलम् । पुनरागमनं यत्ते न च तच्छ्रद्दधाम्यहम्
Le tigre dit : «Après être allée auprès de ton veau et avoir vu ton propre enclos, je ne crois pas que tu reviennes encore».
Verse 29
भयान्मां भाषसे चैवं नास्ति प्राणसमं भयम् । तस्मात्प्राणभयान्न त्वमागमिष्यसि धेनुके
«Tu me parles ainsi par crainte; il n’est pas de peur égale à la peur pour sa vie. Ainsi, par peur de ta vie, tu ne reviendras pas, ô vache».
Verse 30
कपिलो वाच । शपथैरागमिष्यामि सत्यमेतच्छृणुष्व मे । प्रत्ययो यदि ते भूयान्मां मुञ्च त्वं मृगाधिप
Kapilā dit : «Je reviendrai, liée par de solennels serments; écoute de moi cette vérité. Si tu veux une assurance plus forte, relâche-moi, ô seigneur des bêtes».
Verse 31
व्याघ्र उवाच । ब्रूहि ताञ्छपथान्भद्रे समागच्छसि यैः पुनः । ततोऽहं प्रत्ययं गत्वा मोचयिष्यामि वा न वा
Le Tigre dit : «Dis-moi, ô douce âme, quels serments te feront revenir encore. Alors, ayant reçu l’assurance, je déciderai de te relâcher ou non.»
Verse 32
कपिलोवाच । वेदाध्ययनसंपन्नं ब्राह्मणं वंचयेत्तु यः । तेन पापेन लिप्यामि यद्यहं नागमे पुनः
Kapilā dit : «Si je ne reviens pas, que je sois souillée par le péché de celui qui trompe un brāhmane accompli dans l’étude des Veda.»
Verse 33
गुरुद्रोहरतानां च यत्पापं जायते नृणाम् । तेन पापेन लिप्यामि यद्यहं नागमे पुनः
«Si je ne reviens pas, que je sois marquée par le péché qui naît chez ceux qui prennent plaisir à trahir leur guru.»
Verse 34
यत्पापं ब्राह्मणं हत्वा गां च हत्वा प्रजायते । तेन पापेन लिप्यामि यद्यहं नागमे पुनः
«Si je ne reviens pas, que je contracte le péché né du meurtre d’un brāhmane et du meurtre d’une vache.»
Verse 35
मित्रद्रोहे च यत्पापं यत्पापं गुरुवंचके । तेन पापेन लिप्यामि यद्यहं नागमे पुनः
«Si je ne reviens pas, que je sois souillée par le péché de trahir un ami et par le péché de tromper un guru.»
Verse 36
यो गां स्पृशति पादेन ब्राह्मणं पावकं तथा । तेन पापेन लिप्यामि यद्यहं नागमे पुनः
Si je ne reviens pas de nouveau, que je sois souillé par le péché de celui qui touche une vache du pied, et de même un brāhmaṇa et le feu sacré.
Verse 37
कूपारामतडागानां यो भंगं कुरुत नरः । तेन पापेन लिप्यामि यद्यहं नागमे पुनः
Si je ne reviens pas de nouveau, que je sois souillé par le péché de l’homme qui détruit puits, jardins et étangs.
Verse 38
कृतघ्नस्य च यत्पापं सूचकस्य च यद्भवेत् । तेन पापेन लिप्यामि यद्यहं नागमे पुनः
Si je ne reviens pas ici, que je sois souillé par le péché de l’ingrat et celui du dénonciateur ; par ce même péché, que je sois marqué.
Verse 39
मद्यमांसरतानां च यत्पापं जायते नृणाम् । तेन पापेन लिप्यामि यद्यहं नागमे पुनः
Si je ne reviens pas ici, que je sois souillé par le péché qui naît chez les hommes adonnés à l’alcool et à la chair ; par ce même péché, que je sois marqué.
Verse 40
राजपैशुन्यकर्तॄणां यत्पापं जायते नृणाम् । तेन पापेन लिप्यामि यद्यहं नागमे पुनः
Si je ne reviens pas ici, que je sois souillé par le péché qui naît chez les hommes qui pratiquent la calomnie et le colportage dans les affaires des rois ; par ce même péché, que je sois marqué.
Verse 41
वेदविक्रयकर्तॄणां यत्पापं संप्रजायते । तेन पापेन लिप्यामि यद्यहं नागमे पुनः
Si je ne reviens pas ici de nouveau, que je sois souillé par le péché qu’encourent ceux qui vendent le Véda ; par ce même péché, que je sois entaché.
Verse 42
दीयमानं द्विजातीनां निवारयति योऽल्पधीः । तेन पापेन लिप्यामि यद्यहं नागमे पुनः
Si je ne reviens pas ici de nouveau, que je sois souillé par le péché de l’esprit obtus qui entrave ce qui est donné aux deux-fois-nés ; par ce même péché, que je sois entaché.
Verse 43
विश्वस्तघातकानां च यत्पापं समुदाहृतम् । तेन पापेन लिप्यामि यद्यहं नागमे पुनः
Si je ne reviens pas ici de nouveau, que je sois souillé par le péché proclamé pour ceux qui tuent celui qui se confie à eux ; par ce même péché, que je sois entaché.
Verse 44
द्विजद्वेषरतानां हि यत्पापं जायते नृणाम् । तेन पापेन लिप्यामि यद्यहं नागमे पुनः
Si je ne reviens pas ici de nouveau, que je sois souillé par le péché qui naît chez les hommes voués à la haine des deux-fois-nés ; par ce même péché, que je sois entaché.
Verse 45
परवादरतानां च पापं यच्च दुरात्मनाम् । तेन पापेन लिप्यामि यद्यहं नागमे पुनः
Si je ne reviens pas ici de nouveau, que je sois souillé par le péché—quel qu’il soit—des êtres mauvais qui se complaisent à calomnier autrui ; par ce même péché, que je sois entaché.
Verse 46
रात्रौ ये पापकर्माणो भक्षंति दधिसक्तुकान् । तेन पापेन लिप्यामि यद्यहं नागमे पुनः
Si je ne reviens pas ici de nouveau, que je sois souillé par le péché de ces fauteurs de faute qui, la nuit, mangent du caillé mêlé de farine grillée ; par ce péché même, que je sois entaché.
Verse 47
वृंताकं मूलकं श्वेतं रक्तं येऽश्नंति गृंजनम् । तेन पापेन लिप्यामि यद्यहं नागमे पुनः
Si je ne reviens pas ici de nouveau, que je sois souillé par le péché de ceux qui mangent l’aubergine, le radis, et le gṛñjana blanc et rouge ; par ce péché même, que je sois entaché.
Verse 48
पुलस्त्य उवाच । स तस्याः शपथाञ्छ्रुत्वा विस्मयोत्फुल्ललोचनः । प्रत्ययं च तदा गत्वा व्याघ्रो वाक्यमथाब्रवीत्
Pulastya dit : Entendant ses serments solennels, les yeux du tigre s’écarquillèrent d’étonnement. Puis, convaincu de sa sincérité, le tigre prononça ces paroles.
Verse 49
व्याघ्र उवाच । गच्छ त्वं गोकुले भद्रे पुनरागमनं कुरु । न चैतदवगंतव्यं यदयं वञ्चितो मया
Le tigre dit : Va, noble dame, à Gokula, le hameau des gardiens de vaches, puis reviens. Et que nul ne sache qu’en cette affaire j’ai été trompé par toi.
Verse 50
कपिले गच्छ पश्य त्वं तनयं सुतवत्सले । पाययित्वा स्तनं पूर्णमवघ्राय च मूर्धनि
Ô Kapilā, va voir ton fils, ô mère au cœur tendre. Qu’il boive à ton sein jusqu’à satiété, puis respire son parfum (baise-le) au sommet de sa tête.
Verse 51
मातरं भ्रातरं दृष्ट्वा सखीः स्वजनवबांधवान् । सत्यमेवाग्रतः कृत्वा नान्यथा कर्तुमर्हसि
Après avoir vu ta mère, ton frère, tes amis et tes proches, parents et alliés—plaçant la vérité au premier rang—tu ne dois pas agir autrement.
Verse 52
पुलस्त्य उवाच । साऽनुज्ञाता मृगेन्द्रेण कपिला पुत्रवत्सला । अश्रुपूर्णमुखी दीना प्रस्थिता गोकुलं प्रति
Pulastya dit : Ainsi autorisée par le seigneur des bêtes, Kapilā—tendrement attachée à son petit—prit la route de Gokula, le visage noyé de larmes, accablée et misérable.
Verse 53
वेपमाना भयोद्विग्ना शोकसागरमध्यगा । करिणीव हि रौद्रेण हरिणा सा बलीयसा । ततः स्वगोकुलं प्राप्ता रभमाणा मुहुर्मुहुः
Tremblante, bouleversée par la peur, comme plongée au milieu d’un océan de chagrin—telle une éléphante traquée par un lion farouche et plus puissant—elle atteignit son Gokula, mugissant sans cesse.
Verse 54
तस्याः शब्दं ततः श्रुत्वा ज्ञात्वा वत्सः स्वमातरम् । सम्मुखः प्रययौ तूर्णमूर्द्ध्वपुच्छः प्रहर्षितः
Entendant son appel et reconnaissant sa propre mère, le veau s’élança à sa rencontre—promptement, la queue dressée, le cœur plein d’allégresse.
Verse 55
अकालागमनं तस्या रौद्रं भंभारवं तथा । दृष्ट्वा श्रुत्वा च वत्सोऽसौ शंकितः परिपृच्छति
Voyant son arrivée hors de saison et entendant son mugissement âpre et troublé, le veau s’alarma, prit peur et se mit à l’interroger.
Verse 56
वत्स उवाच । न ते पश्यामि सौम्यत्वं दुर्मना इव लक्ष्यमे । किमर्थमन्यवेलायां समायाता वदस्व मे
Le veau dit : Ô toi si doux, je ne vois pas en toi la douceur habituelle ; tu parais comme tourmenté au fond du cœur. Pourquoi es-tu venu à cette heure insolite ? Dis-le-moi.
Verse 57
कपिलोवाच । पिब पुत्र स्तनं पश्चात्कारणं चापि मे शृणु । आगताऽहं तव स्नेहात्कुरु तृप्तिं यथेप्सिताम्
Kapilā dit : Bois d’abord, mon fils, au sein ; ensuite écoute aussi ma raison. Je suis venue par amour pour toi—sois rassasié selon ton désir.
Verse 58
अपश्चिममिदं पुत्र दुर्लभं मातृदर्शनम् । मयाऽद्य पुत्र गंतव्यं शपथैरागता यतः
Elle dit : Mon fils, cette rencontre avec ta mère est hors saison et bien rare. Pourtant aujourd’hui, mon enfant, je dois partir—car je suis venue liée par de solennels serments.
Verse 59
व्याघ्रस्य कामरूपस्य दातव्यं जीवितं मया । तेनाहं शपथैर्मुक्ता कारणात्तव पुत्रक
Elle dit : À un tigre capable de prendre toute forme, je dois livrer ma vie. C’est pourquoi, mon petit, je ne serai déliée du serment qu’en l’accomplissant.
Verse 60
मयाऽद्य तत्र गंतव्यं मृगराजसमीपतः । यदा च शपथैः पुत्र दास्यामि च कलेवरम्
Elle dit : Aujourd’hui je dois aller là-bas, jusqu’en la présence même du seigneur des bêtes. Car, selon ma parole jurée, mon fils, je dois quitter même ce corps.
Verse 61
वत्स उवाच । अहं तत्र गमिष्यामि यत्र त्वं गंतुमिच्छसि । श्लाघ्यं हि मरणं मेऽद्य त्वया सह न संशयः
Vatsa dit : J’irai là-bas, où que tu désires aller. En vérité, mourir aujourd’hui avec toi serait une mort digne d’honneur ; il n’y a aucun doute.
Verse 62
एकाकिनाऽपि मर्त्तव्यं यस्मान्मया त्वया विना । यदि मां सहितं तत्र त्वया व्याघ्रो वधिष्यति
Puisque je dois mourir même seul, sans toi ; si là-bas le tigre doit me tuer alors que je suis avec toi, qu’il en soit ainsi.
Verse 63
या गतिर्मातृभक्तानां ध्रुवं सा मे भविष्यति । तस्मादवश्यं यास्यामि त्वया सह न संशयः
Quel que soit le destin de ceux qui sont dévoués à leur mère, ce destin sera assurément le mien. C’est pourquoi j’irai avec toi, sans aucun doute.
Verse 64
अथवाऽत्रैव तिष्ठ त्वं शपथाः संतु मे तव । तव स्थाने प्रयास्यामि मातस्त्वं यदि मन्यसे
Ou bien, demeure ici même : que tes serments reposent sur moi. Ô Mère, si tu y consens, j’irai à ta place.
Verse 65
जनन्या विप्रयुक्तस्य जीवितं न हि मे प्रियम् । नास्ति मातृसमः कश्चिद्बालानां क्षीरजीविनाम्
La vie ne m’est pas chère si je suis séparé de ma mère. Pour les tout-petits nourris de lait, nul n’égale une mère.
Verse 66
नास्ति मातृसमो नाथो नास्ति मातृसमा गतिः । ये मातृनिरताः पुत्रास्ते यांति परमां गतिम्
Il n’est point de protecteur tel que la mère; il n’est point de voie telle que la mère. Les fils qui demeurent dévoués à leur mère atteignent l’état suprême.
Verse 67
कपिलोवाच । ममैव विहितो मृत्युर्न ते पुत्रक सांप्रतम् । न चायमन्यभूतानां मृत्युः स्यादन्यमृत्युतः
Kapila dit : Cette mort a été ordonnée pour moi seul, ô mon cher enfant, non pour toi à présent. Et ce n’est pas une mort destinée aux autres êtres, ni une mort née d’une autre cause.
Verse 68
अपश्चिममिदं पुत्र मातुः सन्देशमुत्तमम् । शृणुष्वावहितो भूत्वा परिणामसुखावहम्
Ô mon fils, voici le dernier et le plus excellent message de ta mère. Écoute avec une attention entière : il apporte la joie au terme, par la conduite juste.
Verse 69
वने चर सदा वत्स अप्रमादपरो भव । प्रमादात्सर्वभूतानि विनश्यंति न संशयः
Cher enfant, lorsque tu chemines dans la forêt, demeure toujours voué à la vigilance. Par la négligence, tous les êtres périssent : il n’y a nul doute.
Verse 70
न च लोभेन चर्तव्यं विषमस्थं तृणं क्वचित् । लोभाद्विनाशो जंतूनामिह लोके परत्र च
N’agis jamais par avidité, fût-ce pour un simple brin d’herbe en un lieu périlleux. De l’avidité vient la destruction des créatures, en ce monde et dans l’autre.
Verse 71
समुद्रमटवीं युद्धं विशंते लोभमोहिताः । लोभादि कार्यमत्युग्रं कुर्वंति त्याज्य एव सः
Aveuglés par l’avidité, les hommes s’avancent vers la mer, la forêt sauvage et même le combat. Celui qui accomplit des actes d’une extrême violence, issus de la convoitise et autres, doit assurément être évité.
Verse 72
लोभात्प्रमादादाश्वासात्पुरुषो बाध्यते त्रिभिः । तस्माल्लोभो न कर्त्तव्यो न प्रमादो न विश्वसेत्
L’homme est pris au piège par trois choses : la convoitise, la négligence et l’excès de confiance (assurance mal placée). Ainsi, qu’on ne cède ni à l’avidité, ni à l’insouciance, ni à la confiance aveugle.
Verse 73
आत्मा च सततं पुत्र रक्षितव्यः प्रयत्नतः । सर्वेभ्यः श्वापदेभ्यश्च म्लेच्छेभ्यस्तस्करादितः
Et toi, mon fils, protège-toi sans cesse avec effort : contre toutes les bêtes sauvages, et contre les étrangers hostiles, les voleurs et autres gens de ce genre.
Verse 74
तिर्यग्भ्यः पापयोनिभ्यः सदा विचरता वने । न च शोकस्त्वया कार्यः सर्वेषां मरणं धुवम्
Lorsque tu erres sans cesse dans la forêt, prends garde aux bêtes et à ceux dont la nature est malfaisante. Et ne te laisse pas envahir par le chagrin, car la mort est certaine pour tous.
Verse 75
अस्माकं प्रतिवाचं च शृणु शोकविनाशिनीम् । यथा हि पथिकः कश्चिच्छायार्थी वृक्षमास्थितः । विश्रान्तश्च पुनर्याति तद्वद्भूतसमागमः
Écoute aussi notre réponse qui dissipe le chagrin : de même qu’un voyageur, cherchant l’ombre, s’abrite sous un arbre et, après s’être reposé, reprend sa route, ainsi la rencontre des êtres n’est que passagère.
Verse 76
पुलस्त्य उवाच । एवं संभाष्य तं वत्समवघ्राय च मूर्द्धनि । स्वमातरं सखीवर्गं ततो द्रष्टुं समागता
Pulastya dit : Après lui avoir ainsi parlé, elle baisa avec tendresse le sommet de la tête de son cher enfant ; puis elle alla voir sa propre mère et le cercle de ses compagnes.
Verse 77
अब्रवीच्च ततो वाक्यं पुत्रशोकेन दुःखिता । अंबाः शृणुत मे वाक्यमपश्चिममिदं स्फुटम्
Alors, accablée par la douleur pour son fils, elle dit ces paroles : « Ô mères, écoutez mes mots : voici mon ultime déclaration, nette et sans détour. »
Verse 78
अनाथमबलं दीनं फेनपं मम पुत्रकम् । मातृशोकाभिसंतप्तं सर्वास्तं पालयिष्यथ
« Mon enfant Phénapa est sans appui, faible et pitoyable, brûlé par le chagrin de sa mère. Vous toutes, protégez-le. »
Verse 79
भाविनीनामयं पुत्रः सांप्रतं च विशेषतः । स्नपनीयः पायितव्यः पोष्यः पाल्यः स्वपुत्रवत्
« Cet enfant sera à vous dans les jours à venir—et surtout dès cet instant. Qu’on le baigne, qu’on lui donne le lait, qu’on le nourrisse et qu’on le garde comme votre propre fils. »
Verse 80
चरंतं विषमे स्थाने चरंतं परगोकुले । अकार्येषु प्रवर्तंतं हे सख्यो वारयिष्यथ
« S’il erre en des lieux périlleux, s’il s’égare dans le troupeau d’autrui, ou s’il se tourne vers des actes inconvenants—ô mes amies, retenez-le. »
Verse 81
क्षमध्वं च महाभागा यास्येऽहं सत्यसंश्रयात् । यत्राऽसौ तिष्ठते व्याघ्रो मुक्ताऽहं येन सांप्रतम्
Pardonnez-moi, ô nobles êtres. Puisque je me suis réfugiée dans la vérité, je dois partir—aller là où se tient ce tigre, par qui j’ai été relâchée pour l’instant.
Verse 82
सर्वास्ता वचनं श्रुत्वा तस्याः शोकसमन्विताः । विषादं परमं गत्वा वाक्यमूचुः सुदुःखिताः
Ayant entendu ses paroles, tous, remplis de chagrin, tombèrent dans un profond abattement et parlèrent, accablés d’une douleur extrême.
Verse 83
कपिले नैव गंतव्यं न ते दोषो भविष्यति । प्राणात्यये न दोषोऽस्ति संपराये च दारुणे
Ils dirent : «Ô Kapilā, tu ne dois pas y aller. Nulle faute ne s’attachera à toi : quand la vie est en jeu, même dans une crise terrible, il n’y a pas de blâme.»
Verse 84
अत्र गाथा पुरा गीता मुनिभिर्धर्मवादिभिः । प्राणात्यये समुत्पन्ने शपथे नास्ति पातकम्
«À ce sujet, jadis les sages qui exposaient le dharma ont chanté une ancienne gāthā : lorsqu’une situation de mort survient, il n’y a pas de péché dans un serment rompu sous une telle contrainte.»
Verse 85
कपिलोवाच । प्राणिनां प्राण रक्षार्थं वदाम्येवानृतं वचः । नात्मार्थमुपयुञ्जामि स्वल्पमप्यनृतं क्वचित्
Kapilā dit : «Ce n’est que pour protéger la vie des êtres que je prononcerais une parole non vraie. Pour mon propre intérêt, je n’emploierais jamais, en aucun temps, ne fût-ce qu’un soupçon de mensonge.»
Verse 86
अश्वमेधसहस्रं तु सत्यं च तुलया धृतम् । अश्वमेधसहस्राद्धि सत्यमेव विशिष्यते
Mille sacrifices Aśvamedha et la Vérité furent pesés sur une balance ; en vérité, la Vérité seule surpasse même mille Aśvamedhas.
Verse 87
तस्मान्नानृतमात्मानं करिष्ये जीविताशया । आज्ञापयतु मामार्या यास्ये यत्र मृगाधिपः
Ainsi, même avec l’espoir de vivre, je ne ferai pas de moi une menteuse. Que la noble dame me commande : j’irai là où se tient le seigneur des bêtes (le tigre).
Verse 88
वयस्या ऊचुः । कपिले त्वं नमस्कार्या सर्वैरपि सुरासुरैः । यत्त्वं परमसत्येन प्राणांस्त्यजसि दुस्त्यजान्
Les compagnes de Kapilā dirent : « Ô Kapilā, tu es digne de vénération de tous, dieux comme asuras, car, attachée à la Vérité suprême, tu es prête à abandonner même la vie, si difficile à quitter. »
Verse 89
अवश्यं न च ते भावी मृत्युः सत्यात्कथंचन । प्रमाणं यदि सत्यं हि व्रज पंथाः शिवोऽस्तु ते
Assurément, grâce à ta véracité, la mort ne t’atteindra en aucune manière. Si la Vérité est bien la preuve et l’autorité, alors va sur ton chemin : que l’auspice soit avec toi.
Verse 90
पुलस्त्य उवाच । एवमुक्ता च कपिला गता यत्र मृगाधिपः । अथासौ कपिलां दृष्ट्वा विस्मयोत्फुल्ललोचनः । अब्रवीत्प्रश्रितं वाक्यं हर्षगद्गदया गिरा
Pulastya dit : Ainsi exhortée, Kapilā alla là où se tenait le seigneur des bêtes. En voyant Kapilā, il eut les yeux grands ouverts d’étonnement et prononça des paroles humbles, la voix tremblante de joie.
Verse 91
व्याघ्र उवाच । स्वागतं तव कल्याणि कपिले सत्यवादिनि । नहि सत्यवतां किंचिदशुभं विद्यते क्वचित्
Le tigre dit : « Sois la bienvenue, ô Kapilā de bon augure, toi qui dis la vérité. Pour ceux qui demeurent dans la vérité, rien d’inauspice ne se trouve jamais nulle part. »
Verse 92
त्वयोक्तं कपिले पूर्वं शपथैरागमाय च । तेन मे कौतुकं जातं याताऽगच्छेत्पुनः कथम्
« Jadis, ô Kapilā, tu as promis—te liant par de solennels serments—que tu reviendrais. Cela a fait naître mon étonnement : comment celui qui est parti pourrait-il revenir ? »
Verse 93
तस्माद्गच्छ मया मुक्ता यत्राऽसौ तनयस्तव । तिष्ठते गोकुले बद्धः क्षीरपायी सुदुःखितः
« Va donc — je te rends la liberté — là où se trouve ton fils. Il demeure lié dans le hameau des bouviers, buvant encore du lait et souffrant cruellement. »
Verse 94
पुलस्त्य उवाच । एतस्मिन्नेव काले तु स राजा प्रकृतिं गतः । मृगीशापेन निर्मुक्तो दिव्यरूपवपुर्धरः । ततोऽब्रवीत्प्रहृष्टात्मा कपिलां सत्यवादिनीम्
Pulastya dit : À cet instant même, le roi revint à son état naturel — délivré de la malédiction de la biche — et revêtit une forme et un corps divins. Puis, l’âme réjouie, il s’adressa à Kapilā, la véridique.
Verse 95
राजोवाच । प्रसादात्तव मुक्तोऽहं शापादस्मात्सुदारुणात् । किं ते प्रियं करोम्यद्य धेनुके ब्रूहि सत्वरम्
Le roi dit : « Par ta grâce, je suis délivré de cette malédiction si terrible. Que puis-je faire aujourd’hui pour te plaire, ô jeune fille des vaches ? Dis-le-moi sans tarder. »
Verse 96
कपिलोवाच । कृतकृत्याऽस्मि राजेन्द यत्त्वं मुक्तोऽसि किल्बिषात् । पिपासा बाधतेत्यर्थं सांप्रतं जलमानयम्
Kapilā dit : «Ô seigneur des rois, je tiens mon dessein pour accompli, puisque tu as été délivré du péché et de la souillure. Seule la soif me tourmente ; aussi, apporte de l’eau sur-le-champ.»
Verse 97
नैवानृतं विजानीहि सत्यमेतन्मयोदितम्
«Sache que ceci n’est point mensonge ; c’est la vérité que j’ai dite.»
Verse 98
पुलस्त्य उवाच । अथासौ पार्थिवो हस्ते चापमादाय सत्वरम् । सज्यं कृत्वा शरं गृह्य जघान धरणीतलम्
Pulastya dit : Alors ce roi prit vivement son arc en main ; l’ayant bandé et saisissant une flèche, il frappa la surface de la terre.
Verse 99
ततः सलिलमुत्तस्थौ निर्मलं शीतलं शुभम् । तत्र सा कपिला स्नात्वा वितृषा समपद्यत
Alors l’eau jaillit, limpide, fraîche et de bon augure. Là, Kapilā se baigna, et sa soif fut entièrement apaisée.
Verse 100
एतस्मिन्नन्तरे धर्मः स्वयं तत्र समागतः । अब्रवीत्कपिलां हृष्टो वरं वरय शोभने
Cependant, Dharma lui-même arriva en ce lieu. Tout réjoui, il dit à Kapilā : «Ô belle, choisis une grâce.»
Verse 101
तव सत्येन तुष्टोऽहं नास्ति ते सदृशी क्वचित् । त्रैलोक्ये सकले धेनुर्न भविष्यति वै शुभे
Satisfait par ta véracité, je le déclare : nulle part il n’est quelqu’un comme toi. Dans les trois mondes, ô bienheureuse, il n’y aura point de vache ton égale.
Verse 102
कपिलोवाच । प्रसादात्तव गच्छेय सह राज्ञा सगोकुला । सुप्रभेण पदं दिव्यं जरामरणवर्जितम्
Kapilā dit : « Par ta grâce, puissé-je partir avec le roi et tout le troupeau, vers une demeure divine et rayonnante, exempte de vieillesse et de mort. »
Verse 103
मन्नाम्ना ख्यातिमायातु पुण्यमेतज्जलाशयम् । सर्वपापहरं नृणां सर्वकामप्रदं तथा
Que ce réservoir sacré devienne célèbre sous mon nom ; qu’il efface tous les péchés des hommes et qu’il accorde aussi tous les vœux désirés.
Verse 104
धर्म उवाच । येऽत्र स्नानं करिष्यंति सुपुण्ये सलिले शुभे । चतुर्द्दश्यां विशेषेण ते यास्यंति परां गतिम्
Dharma dit : « Ceux qui se baigneront ici dans cette eau propice et hautement méritoire — surtout au quatorzième jour lunaire — atteindront la suprême destinée. »
Verse 105
तव नाम्ना सुपुण्यं हि तीर्थमेतद्भविष्यति । दर्शमुद्दिश्य मर्त्यस्तु प्राप्स्यते गोसहस्रकम् । स्नानाल्लक्षगुणं दानात्पुण्यं चैव तथाऽक्षयम्
En vérité, par ton nom, ce lieu de pèlerinage (tīrtha) deviendra hautement méritoire. Le mortel qui accomplira les rites en référence au jour de nouvelle lune (darśa) obtiendra le fruit du don de mille vaches. Du bain naît un mérite cent mille fois accru, et du don (dāna) naît de même un mérite inépuisable.
Verse 106
येऽत्र श्राद्धं करिष्यंति मानवाः सुसमाहिताः । सर्वदानफलं तेषां भुक्तिमुक्ती महात्मनाम्
Ceux qui, l’esprit recueilli, accompliront ici le śrāddha—ces grandes âmes obtiendront le fruit de tous les dons, avec la jouissance en ce monde et la délivrance (mokṣa).
Verse 107
अपि कीटपतंगा ये तृषार्ताः सलिले शुभे । मज्जयिष्यति यास्यंति तेऽपि स्थानं दिवौकसाम्
Même les insectes et les oiseaux, tourmentés par la soif, s’ils s’immergent dans cette eau de bon augure—eux aussi gagneront le séjour des êtres célestes.
Verse 108
किं पुनर्भक्तिसंयुक्ता मानवाः सत्यवादिनः । मनस्विनो महाभागाः श्रद्धावंतो विचक्षणाः
Combien plus encore pour les humains unis à la bhakti—véridiques, résolus, grandement favorisés, pleins de foi et de discernement—le mérite s’accroîtra-t-il !
Verse 109
पुलस्त्य उवाच । एतस्मिन्नेव काले तु विमानानि सहस्रशः । समायातानि राजेंद्र कपिलायाः प्रभावतः
Pulastya dit : À cet instant même, ô roi des hommes, des milliers de vimānas arrivèrent, attirés par la puissance merveilleuse de Kapilā.
Verse 110
तान्यारुह्याथ कपिला गोपगोकुलसंकुला । सुप्रभेण समायुक्ता तत्पदं परमं गता
Montant sur ces vimānas, Kapilā—entourée des gardiens de vaches et de la multitude du bétail—avec Suprabhā, atteignit l’état suprême, la demeure la plus haute.
Verse 111
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन तत्र स्नानं समाचरेत् । श्राद्धं चैवात्मनः शक्त्या दानं पार्थिवसत्तम
Ainsi, avec tous ses efforts, qu’on se baigne en ce lieu ; et, selon sa capacité, qu’on accomplisse le śrāddha et qu’on fasse l’aumône, ô meilleur des rois.