Adhyaya 44
Mahesvara KhandaKaumarika KhandaAdhyaya 44

Adhyaya 44

Arjuna demande une explication nette des procédures « divya », épreuves rituelles de vérité utilisées lorsque les preuves manquent et que le différend demeure. Nārada énumère les ordalies reconnues (divyāni) et les inscrit dans une gouvernance éthique : le serment sert à établir la vérité dans les affaires contestées, telles que litiges, accusations et crimes graves. Le chapitre répète que le faux serment n’échappe pas aux témoins divins — soleil, lune, vent, feu, terre, eaux, cœur/conscience, Yama, jour et nuit, crépuscule et Dharma — et que jurer à la légère ou par tromperie mène à la ruine. Il décrit ensuite, de façon technique et progressive, plusieurs épreuves : la balance/poids (tulā/ghaṭa : matériaux, mesures, officiants et critères de réussite), le poison (types et signes de pureté), le feu (fer chauffé avec préparation rituelle et observation des brûlures), la fève/l’or chauffé (taptamāṣa), le soc/la langue (examen phalā/jihvā), le riz (tandula, lié aux vols) et l’eau (durée d’immersion). L’enseignement d’ensemble présente ces rites comme des instruments réglementés pour rois et magistrats, exigeant compétence, impartialité et protections contre toute manipulation.

Shlokas

Verse 1

अर्जुन उवाच । दिव्यप्राकारमिच्छामि श्रोतुं चाहं मुनीश्वर । कथं कार्याणि कानीह स्फुटं यैः पुण्यपापकम्

Arjuna dit : Ô seigneur parmi les sages, je souhaite entendre la procédure de l’épreuve divine. Quels actes faut-il accomplir ici—clairement—par lesquels le mérite et le péché deviennent manifestes ?

Verse 2

नारद उवाच । शपषाः पोशघटकौ विषाग्न तप्तमाषकौ । फलं च तंदुलं चैव दिव्यान्यष्टौ विदुर्बुधाः

Nārada dit : Śapaṣā, Pośa et l’(épreuve du) ghaṭaka ; le poison et le feu ; le māṣaka chauffé à blanc ; ainsi que le fruit et le riz—telles sont les huit épreuves ‘divya’, comme le savent les sages.

Verse 3

असाक्षिकेषु चार्थेषु मिथो विवदमानयोः । राजद्रोहाभिशापेषु साहसेषु तथैव च

Dans les affaires sans témoins, lorsque deux parties se querellent; dans les accusations de trahison envers le roi; dans les cas de malédictions et de dénonciations; et de même dans les actes de violence—(en de telles situations on recourt aux épreuves divines).

Verse 4

अविदस्तत्त्वतः सत्यं शपथेनाभिलंघयेत् । महर्षिभिश्च देवैश्च सत्यार्थाः शपथाः कृताः

Celui qui ne connaît pas réellement les faits peut outrepasser la vérité en se retranchant derrière un serment. C’est pourquoi les grands rishis et les dieux ont institué les serments uniquement pour soutenir la vérité.

Verse 5

जवनो नृपतिः क्षीणो मिथ्याशपथमाचरेत् । वसिष्ठाग्रे वर्षमध्ये सान्वयः किल भारत

Ô Bhārata, l’on rapporte que le roi Yavana, tombé dans la déchéance, s’adonna au faux serment — même devant Vasiṣṭha, au milieu de l’année — avec toute sa lignée.

Verse 6

अंधः शत्रुगृहं गच्छेद्यो मिथ्याशपथांश्चरेत् । रौरवस्य स्वयं द्वारमुद्धाटयति दुर्मतिः

Quiconque profère de faux serments est tel un aveugle entrant dans la demeure de l’ennemi ; cet esprit mauvais ouvre de sa propre main la porte même de Raurava (l’enfer).

Verse 7

मन्यंते वै पापकृतो न कश्चितपश्यतीति नः । तांश्च देवाः प्रपश्यंति स्वस्यैवांतरपौरुषाः

Les fauteurs de mal s’imaginent : « Nul ne nous voit. » Pourtant les dieux les voient, témoins des actes intérieurs et des efforts secrets de chacun.

Verse 8

आदित्यचंद्रावनिलोऽनलश्च द्यौर्भूमिरापो हृदयं यमश्च । अहश्च रात्रिश्च उभे च संध्ये धर्मो हि जानाति नरस्य वृत्तम्

Le Soleil et la Lune, le Vent et le Feu, le Ciel et la Terre, les Eaux, le cœur intime et Yama ; le jour et la nuit, et les deux crépuscules — le Dharma connaît vraiment la conduite de l’homme.

Verse 9

एवं तस्मादभिज्ञाय सत्यर्थशपथांश्चरेत् । वृथा हि शपथान्कुर्वन्प्रेत्य चेह विनश्यति

Ainsi, le sachant, que l’on ne prête serment que pour la vérité. Car celui qui jure en vain périt ici-bas et encore après la mort.

Verse 10

इदं सत्यं वदामीति ब्रुवन्साक्षी भवान्यतः । शुभाशुभफलं देहि शुचिः पादौ रवेः स्वृशेत्

En disant : «Je dis cette vérité», que l’on devienne témoin, avec le Divin pour témoin. Purifié, qu’il touche les pieds d’Āditya, le Soleil, et prie : «Accorde-moi le fruit—bon ou mauvais—selon la vérité de ma parole».

Verse 11

अथ शास्त्रस्य विप्रोऽपि शस्त्रस्यापि च क्षत्रियः । मां संस्पृशंस्तथा वैश्यः शुद्रः स्वगुरुमेव च

Ensuite, pour les affaires de śāstra, même un brāhmaṇa peut prêter serment ; pour les affaires d’armes, c’est le kṣatriya. De même, le vaiśya le fera en me touchant ; et le śūdra, en touchant son propre guru.

Verse 12

मातरं पितरं पूज्यं स्पृशेत्साधारणं त्विदम् । कोशस्य रूपं पूर्वं ते व्याख्यातं पांडुनंदन

On peut toucher sa mère, son père ou une personne vénérable : telle est la règle générale. Ô fils de Pāṇḍu, la forme du « kośa » (le réceptacle ou moyen rituel) t’a déjà été expliquée auparavant.

Verse 13

विप्रवर्ज्यं तथा केशं वर्णिनां दापयेन्नृपः । यो यो यद्देवताभक्तः पाययेत्तस्य तं नरम्

Le roi doit faire donner les cheveux (des autres varṇa) comme contact de serment, à l’exclusion des brāhmaṇas. Et quel que soit l’homme dévot d’une divinité, qu’on lui fasse boire de l’eau au nom de cette divinité, comme partie du serment.

Verse 14

समभक्तं च देवानामादित्यस्यैव पाययेत् । सर्वेषां चोग्रदेवानां स्नापयेदायुधास्त्रकम्

Qu’on offre aux dieux une part égale de la nourriture consacrée et, tout particulièrement, qu’on présente une libation à Āditya, le Soleil. Et pour toutes les divinités farouches, qu’on accomplisse l’ablution rituelle de leurs armes et de leurs astra, les traits sacrés.

Verse 15

स्नानोदकं वा संकल्पं गृहीत्वा पाययेन्नवम् । त्रिसप्तरात्रमध्ये च फलं कोशस्य निर्दिशेत्

Prenant l’eau du bain comme eau consacrée, ou bien recevant le saṅkalpa comme vœu solennel, qu’on offre une libation nouvelle. Et dans l’intervalle de trois fois sept nuits, qu’on proclame le fruit lié au kośa, le trésor.

Verse 16

अतः परं महादिव्यविधानं श्रृणु यद्भवेत् । संशयच्छेदि सर्वेषां धार्ष्ट्यत्तद्दिव्यमेव च

Écoute maintenant, plus avant, la grande ordonnance, merveilleuse et lumineuse, telle qu’elle est. Elle tranche les doutes de tous; et par son audacieuse certitude, elle est vraiment « divine ».

Verse 17

सशिरस्कंप्रदातव्यमिति ब्रह्मा पुराब्रवीत् । महोग्राणां च दातव्यमशिरस्कमपि स्फुटम्

«Il faut l’offrir avec la tête (c’est-à-dire au complet)», déclara jadis Brahmā. Mais pour les divinités très terribles (mahogra), il convient de l’offrir même sans la tête — cela est énoncé clairement.

Verse 18

साधूनां वर्णिनां राजा न शिरस्कं प्रदापयेत् । न प्रवातेधटं देयं नोष्णकाले हुताशनम्

Pour les vertueux et les étudiants initiés (varṇins), un roi ne doit pas faire offrir «la tête». Qu’on ne présente pas l’offrande de dhaṭa en un lieu venteux, ni qu’on accomplisse l’offrande au feu (homa) en un temps de chaleur excessive.

Verse 19

वर्णिनां च तथा कालं तंदुलं मुखरोगिणाम्

De même, pour les étudiants initiés (varṇins), qu’on donne le kāla (objet ou mesure prescrite) ; et pour ceux qui souffrent de maladies de la bouche, qu’on donne des grains de riz (taṇḍula).

Verse 20

कुष्ठपित्तार्दितानां च ब्राह्मणानां च नो विषम् । तप्तमाषकमर्हंति सर्वे धर्म्यं निरत्ययम्

Pour ceux que tourmentent la lèpre et les désordres de la bile, et aussi pour les brāhmaṇas, il ne faut ni donner ni employer de poison. Tous sont dignes de recevoir le māṣaka chauffé, conforme au dharma et sans péril.

Verse 21

न व्याधिमरके देशे शपथान्कोशमेव च । दिव्यान्यासुरकैर्मंत्रैः स्तंभयंतीह केचन

Dans un pays frappé par la maladie et la mort, il ne faut recourir ni aux serments ni aux ordalies du trésor. Car ici certains, par des mantras d’asuras, immobilisent et entravent les épreuves divines.

Verse 22

प्रतिघातविदस्तेषां योजयेद्धर्मवत्सलान् । दिव्यानां स्तभकाञ्ज्ञात्वा पापान्नित्यं महीपतिः

Le roi doit établir des experts épris du dharma, connaissant les moyens de les contrecarrer. Ayant reconnu ces pécheurs qui entravent les ordalies divines, le seigneur du pays doit agir contre eux sans relâche.

Verse 23

विवासयेत्स्वकाद्राष्ट्रात्ते हि लोकस्य कंटकाः । तेषामन्वेषणे यत्नं राजा नित्यं समाचरेत्

Qu’il les bannisse de son propre royaume, car ils sont des épines pour le peuple. Dans leur recherche, le roi doit s’appliquer sans cesse.

Verse 24

ते हि पापसमाचारास्तस्करेभ्योऽपि तस्कराः । प्राग्दृष्टदोषान्स्वल्पेषु दिव्येषु विनियोजयेत्

Car de tels hommes, au comportement pécheur, sont des voleurs plus encore que les voleurs. Que le roi assigne ceux dont les fautes sont déjà connues à de petites ordalies divines, selon les défauts constatés auparavant.

Verse 25

महत्स्वपि न चार्थेषु धर्मज्ञान्धर्मवत्सलान् । न मिथ्यावचनं येषां जन्मप्रभृति विद्यते

Même au milieu de grandes richesses, ceux qui connaissent le dharma et chérissent le dharma ne s’en écartent point. En eux, nulle parole mensongère ne se trouve depuis la naissance.

Verse 26

श्रद्दध्यात्पार्थिवस्तेषां वचना देव भारत । ज्ञात्वा धर्मिष्ठतां राजा पुरुषस्य विचक्षणः

Ô noble Bhārata, le roi doit avoir foi dans les paroles de tels hommes. Ayant reconnu la droiture inébranlable d’un homme, le souverain avisé doit s’appuyer sur lui.

Verse 27

क्रोधाल्लोभात्कारयंश्च स्वयमेव प्रदुष्यति । तस्मात्पापिषु दिव्यं स्यात्तत्रादौ प्रोच्यते धटे

Celui qui agit sous l’emprise de la colère et de l’avidité se souille lui-même par son propre acte. Aussi, pour les pécheurs, convient-il d’employer une épreuve divine ; et l’on décrit ici d’abord le ‘dhaṭa’, l’ordalie de la balance.

Verse 28

सुसमायां पृथिव्यां च दिग्भागे पूर्वदक्षिणे । यज्ञियस्य तु वृक्षस्य स्थाप्यं स्यान्मुंडकद्वयम्

Sur une terre bien plane, dans le quartier du sud-est, l’on doit dresser deux ‘muṇḍaka’ (pieux/souches), taillés dans un arbre propre à l’usage sacrificiel.

Verse 29

स्तंभकस्य प्रमाणं च सप्तहस्तं प्रकीर्तितम् । द्वौ हस्तौ निखनेत्काष्ठं दृश्यं स्याद्धस्तपंचकम्

La mesure du pilier est dite de sept mains. Qu’on enfonce deux mains de bois dans la terre, afin que cinq mains demeurent visibles.

Verse 30

अंतरं तु तयोः कार्यं तथा हस्तचतुष्टयम् । मुंडकोपरि काष्ठं च दृढं कुर्याद्विचक्षणः

L’intervalle entre les deux doit être établi à quatre empans. Et l’homme avisé fixera solidement une poutre de bois sur les muṇḍaka (poteaux).

Verse 31

चतुर्हस्तं तुलाकाष्ठमव्रणं कारयेत्स्थिरम् । खदिरार्जुनवृक्षाणां शिंशपाशालजं त्वथ

Qu’on fasse façonner une poutre de balance, longue de quatre empans, stable et sans défaut. Qu’elle soit de bois de khadira ou d’arjuna, ou bien de śiṃśapā ou de śāla.

Verse 32

तुलाकाष्ठे तु कर्तव्यं तथा वै शिक्यकद्वयम् । प्राङ्मुखो निश्चलः कार्यः शुचौ देशे धटस्तथा

Sur la poutre de la balance, qu’on dispose également deux śikyaka (sangles ou paniers suspendus). Le ‘dhaṭa’ (officiant du rite) doit demeurer immobile, tourné vers l’est, et l’office se fera en un lieu pur.

Verse 33

पाषाणस्यापि जायेत् स्तंभेषु च धटस्तथा । वणिक्सुवर्णकारो वा कुशलः कांस्यकारकः

Les poteaux peuvent même être de pierre ; et, dans ce cas aussi, l’agencement du ‘dhaṭa’ doit être établi sur les piliers. On peut recourir à un marchand habile, à un orfèvre, ou à un artisan compétent du bronze (pour façonner et installer).

Verse 34

तुलाधारधरः कार्यो रिपौ मित्रे च यः समः । श्रावयेत्प्राड्विवाकोऽपि तुलाधारं विचक्षणः

Qu’on établisse comme gardien de la balance un homme impartial, sans parti pris, égal envers l’ennemi comme envers l’ami. Même le juge savant (prāḍvivāka), s’il est avisé, doit faire instruire le gardien de la balance et le faire suivre la règle.

Verse 35

ब्रह्मघ्ने ये स्मृता लोका ये च स्त्रीबालघातके । तुलाधारस्य ते लोकास्तुलां धारयतो मृषा

Les mondes (destins infernaux) assignés au meurtrier d’un brāhmaṇa et à celui qui tue femmes et enfants—ces mêmes mondes échoient au porteur de la balance lorsqu’il la tient avec mensonge, trichant au pesage.

Verse 36

एकस्मिंस्तोलयेच्छिक्ये ज्ञातं सूपोषितं नरम् । द्वितीये मृत्तिकां शुभ्रां गौरां तु तुलयेद्बुधः

Dans un plateau de la balance, qu’on pèse l’homme bien connu et bien nourri ; dans le second, que le sage pèse une argile pure, lumineuse, d’une blancheur pâle.

Verse 37

इष्टिकाभस्मपाषाणकपालास्थीनि वर्जयेत् । तोलयित्वा ततः पूर्वं तस्मात्तमवतारयेत्

Qu’on évite (comme contrepoids) brique, cendre, pierre, tessons et os. Après avoir d’abord pesé selon la règle, qu’on le fasse ensuite descendre de la balance.

Verse 38

मूर्ध्नि पत्रं ततो न्यस्य न्यस्तपत्रं निवेशयेत् । पत्रे मंत्रस्त्वयं लेख्यो यः पुरोक्तः श्वयंभुवा

Ensuite, posant une feuille sur sa tête, qu’on fixe en place la feuille ainsi déposée. Sur la feuille, on doit écrire ce mantra—celui qu’autrefois énonça Svayambhū (Brahmā).

Verse 39

ब्रह्मणस्त्वं सुता देवी तुलानाम्नेति कथ्यते । तुकारो गौरवे नित्यं लकारो लघुनि स्मृतः

« Ô Déesse, tu es la fille de Brahmā ; on te nomme Tulā (la Balance). La syllabe “tu” est à jamais liée à la pesanteur (au poids), et la syllabe “lā” est mémorisée comme légèreté. »

Verse 40

गुरुलाघवसंयोगात्तुला तेन निगद्यसे । संशयान्मोचयस्वैनमभिशस्तं नरं शुभे

Parce que tu unis le lourd et le léger, tu es donc appelée Tulā, la Balance. Ô bienheureuse, délivre cet homme accusé de tout doute.

Verse 41

भूय आरोपयेत्तं तु नरं तस्मिन्सपत्रकम् । तुलितो यदि वर्धेत शुद्धो भवति धर्मतः

Ensuite, qu’on place de nouveau cet homme sur la balance, avec la feuille. Si, une fois pesé, il devient plus lourd, alors, selon le dharma, il est tenu pour purifié (innocent).

Verse 42

हीयमानो न शुद्धः स्यादिति धर्मविदो विदुः । शिक्यच्छेदे तुलाभंगे पुनरारोपयेन्नरम्

Les connaisseurs du dharma savent que, s’il s’allège, il ne doit pas être tenu pour purifié. Si la sangle du plateau est coupée ou si la balance se brise, qu’on replace l’homme (et qu’on recommence l’épreuve).

Verse 43

एवं निःसंशयं ज्ञानं यच्चान्यायं न लोपयेत् । एतत्सर्वं रवौ वारे कार्यं संपूज्य भास्करम्

Ainsi obtient-on une connaissance sans doute et l’on ne laisse pas l’injustice prévaloir. Tout cela doit être accompli le dimanche, après avoir dûment adoré Bhāskara (le Soleil).

Verse 44

अथातः संप्रवक्ष्यामि विषदिव्यं श्रृणुष्व मे

À présent, j’exposerai pleinement le viṣa-divya, l’épreuve du poison ; écoute-moi avec attention.

Verse 45

द्विप्रकारं च तत्प्रोक्तं घटसर्पविषं तथा । शृंगिणो वत्सनाभस्य हिमशैलभवस्य वा

Cette épreuve par le poison est dite de deux sortes : le « poison du serpent dans le pot » et le poison du « cornu » — qu’il provienne du vatsanābha (aconit) ou qu’il naisse des chaînes de l’Himalaya.

Verse 46

यवाः सप्त प्रदातव्या अथवा षड्घृतप्लुताः । मूर्ध्नि विन्यस्तपत्रस्य पत्रे चैवं निवेशयेत्

Qu’on donne sept grains d’orge, ou bien six grains humectés de ghee. Pour celui sur la tête duquel on a posé une feuille, qu’on dépose ces grains dans cette même feuille, ainsi.

Verse 47

त्वं विष ब्रह्मणः पुत्र सत्यधर्मे व्यवस्थितः । त्रायस्वैनं नरं पापात्सत्येनास्य भवामृतम्

Ô Poison, fils de Brahmā, établi dans le dharma de la vérité, sauve cet homme du péché ; par la vérité, deviens pour lui nectar (amṛta) plutôt que mort.

Verse 48

येन वेगैर्विना जीर्णं छर्दिमूर्च्छाविवर्जितम् । तं तु शुद्धं विजानीयादिति धर्मविदो विदुः

Si cela est digéré sans élans violents, sans vomissement ni évanouissement, alors les connaisseurs du dharma savent que cette personne est pure (réhabilitée).

Verse 49

क्षुधितं क्षुधितः सर्पं घटस्थं प्रोच्य पूर्ववत् । संस्पृशेत्तालिकाः सप्त न दशेच्छुध्यतीति सः

Quand le serpent a faim, le participant, lui aussi affamé, doit s’adresser au serpent gardé dans un pot comme il fut dit auparavant. En le touchant sept fois, il ne mordra pas — ainsi est-il purifié (réhabilité).

Verse 50

अग्निदिव्यं यथा प्राह विरंचिस्तच्छृणुष्व मे । सप्तमंडलकान्कुर्याद्देवस्याग्रे रवेस्तथा

Écoute-moi tandis que je rapporte l’épreuve sacrée du feu (agni-divya) telle que l’enseigna Virāñci (Brahmā). Qu’on trace sept cercles (maṇḍalas) devant la Divinité, et de même devant le Soleil.

Verse 51

मंडलान्मंडलं कार्यं पूर्वेणेति विनिश्चयः । षोडशांतुलकं कार्यं मंडलात्तावदं तरम्

Qu’on fasse un cercle après l’autre, chacun suivant le précédent : telle est la règle. L’intervalle d’un cercle au suivant doit être de seize aṅgulas (largeurs de doigt).

Verse 52

आर्द्रवाससमाहूय तथा चैवाप्युपोपितम् । कारयेत्सर्वदिव्यानि देवब्राह्मणसंनिधौ

Après avoir fait venir quelqu’un vêtu de vêtements humides, et de même quelqu’un qui a été maintenu dans le jeûne, qu’on accomplisse toutes les épreuves (divya) en présence de la Divinité et des brāhmaṇas.

Verse 53

प्रत्यक्षं कारयेद्दिव्यं राज्ञो वाधिकृतस्य वा । ब्राह्मणानां श्रुतवतां प्रकृतीनां तथैव च

L’épreuve doit être accomplie au grand jour, soit devant le roi, soit devant l’officier qu’il a mandaté ; et aussi en présence de brāhmaṇas instruits dans la śruti et du peuple en tant que témoins.

Verse 54

पश्चिमे दिनकाले हि प्राङ्मुखः प्राञ्जलिः शुचिः । चतुरस्रे मंडलेऽन्ये कृत्वा चैव समौ करौ

À la fin du jour (vers le temps de l’ouest), qu’il soit purifié, tourné vers l’est, les mains jointes en añjali. Puis, ayant tracé à part un maṇḍala carré, qu’il pose ses deux mains de façon égale, selon le rite.

Verse 55

लक्षयेयुः कृतादीनि हस्तयोस्तस्य हारिणः । सप्ताश्वत्थस्य पत्राणि भध्नीयुः करयोस्ततः

Qu’ils examinent d’abord les marques et les lignes sur les mains de cet homme; puis qu’ils y attachent sept feuilles d’aśvattha (figuier sacré).

Verse 56

नवेन कृतसूत्रेण कार्पासेन दृढं यथा । ततस्तु सुसमं कृत्वा अष्टांगुलमथायसम्

Avec un fil de coton nouvellement filé, qu’on le lie solidement; puis, l’ayant rendu égal et bien ajusté, qu’on prépare une pièce de fer de huit aṅgulas.

Verse 57

पिंडं हुताशसंतप्तं पंचाशत्पलिकं दृढम् । आदौ पूजां रवेः कृत्वा हुताशस्याथ कारयेत्

Qu’on chauffe dans le feu une masse de fer solide, ferme, pesant cinquante palas; d’abord, après avoir rendu hommage à Sūrya, qu’on accomplisse ensuite le rite du saint Agni.

Verse 58

रक्तचंदनधूपाभ्यां रक्तपुष्पैस्तथैव च । अभिशस्तस्य पत्रं च बध्नीयाच्चैव मूर्धनि

Avec du santal rouge et de l’encens, ainsi qu’avec des fleurs rouges, qu’on attache aussi une feuille sur le sommet de la tête de l’accusé ou affligé (abhiśasta).

Verse 59

मंत्रेणानेन संयुक्तं ब्राह्मणाभिहितेन च । त्वमग्ने वेदाश्चत्वारस्त्वं च यज्ञेषु हूयसे

Accompagné de ce mantra, tel que le récitent les brāhmaṇas : «Ô Agni, tu es les quatre Vedas, et c’est toi qu’on invoque dans les sacrifices (yajñas).»

Verse 60

पापं पुनासि वै यस्मात्तस्मात्पावक उच्यसे । त्वं मुखं सर्वदेवानां त्वं मुखं ब्रह्मवादिनाम्

Parce que tu purifies véritablement le péché, on te nomme donc « Pāvaka » (le Purificateur). Tu es la bouche de tous les dieux, et tu es la bouche de ceux qui proclament Brahman, les sages védiques.

Verse 61

जठरस्थोऽसि भूतानां ततो वेत्सि शुभाशुभम् । पापेषु दर्शयात्मानमर्चिष्मान्भव पावक

Tu demeures dans le ventre des êtres; ainsi connais-tu l’auspicieux et le néfaste. Face aux péchés, révèle-toi : resplendis, ô Pāvaka.

Verse 62

अथवा शुद्धभावेषु शीतो भवमहाबल । ततोऽभिशस्तः शनकैर्मंडलानि परिक्रमेत्

Ou bien, pour ceux dont la disposition est pure, deviens frais, ô puissant. Alors la personne accusée (abhiśasta) doit circumambuler lentement les maṇḍala.

Verse 63

परिक्रम्य शनैर्जह्याल्लोहपिंडं ततः क्षितौ । विपत्रहस्तं तं पश्चात्कारयेद्व्रीहिमर्दनम्

Après avoir circumambulé lentement, il doit jeter le morceau de fer à terre. Ensuite, les mains débarrassées des feuilles, on doit lui faire écraser (ou frotter) des grains de riz.

Verse 64

निर्विकारौ करौ दृष्ट्वा शुद्धो भवति धर्मतः । भयाद्वा पातयेद्यस्तु तदधो वा विभाव्यते

Si, à l’examen, l’on voit que les deux mains sont sans altération ni blessure, il est tenu pour purifié selon le dharma. Mais si, par peur, il le laisse tomber, alors il est réputé déchu (coupable) par cela même.

Verse 65

पुनस्त्वाहारयेल्लोहं विधिरेष प्रकीर्तितः । अथातः संप्रऐवक्ष्यामि तप्तमाषविधिं श्रृणु

Ensuite, qu’il reprenne le fer—telle est la règle proclamée. Maintenant, écoute : je vais exposer pleinement le rite du « grain chauffé » (taptamāṣa).

Verse 66

कारयेदायसं पात्रं ताम्रं वा षोडशांगुलम् । चतुरंगुलखातं तु मृन्मयं वापि कारयेत्

Qu’on fasse un récipient de fer—ou de cuivre—mesurant seize aṅgulas, avec une cavité de quatre aṅgulas; ou bien qu’on le fasse aussi en argile.

Verse 67

पूरयेद्घृततैलाभ्यां पलैर्विशतिभिस्ततः । सुतप्ते निक्षिपेत्तत्र सुवर्णस्य तु माषकम्

Ensuite, qu’on le remplisse de ghee et d’huile, à raison de vingt palas; lorsqu’il est bien chauffé, qu’on y dépose de l’or du poids d’un māṣaka.

Verse 68

वह्न्युक्तं विन्यसेन्मंत्रमभिशस्तस्य मूर्धनि । अंगुष्ठांगुलियोगेन तप्तमाषं समुद्धरेत्

Qu’on place sur la tête de l’accusé le mantra prescrit en référence au Feu; puis, en joignant le pouce et le doigt, qu’on retire le « grain chauffé ».

Verse 69

शुद्धं ज्ञेयमसंदिग्धं विस्फोटादिविवर्जितम् । फालशुद्धिं प्रवक्ष्यामि तां श्रृणु त्वं धनंजय

Qu’on le sache pur—sans aucun doute—exempt de cloques et de semblables marques. Maintenant, j’exposerai la purification par le soc de la charrue; écoute, ô Dhanañjaya.

Verse 70

आयसं द्वादशपलं घटितं फालमुच्यते । अष्टांगुलमदीर्घं च चतुरंगुलविस्तृतम्

On dit que le soc de la charrue (phāla) est façonné en fer, pesant douze palas : huit aṅgulas de longueur et quatre aṅgulas de largeur.

Verse 71

वह्न्युक्तं विन्यसेन्मंत्रमभिशस्तस्य मूर्धनि । त्रिःपरावर्तयेज्जिह्वा लिहन्नस्मात्षडंगुलम्

Qu’on place sur la tête de l’accusé le mantra prescrit en référence au Feu (Agni) ; puis qu’il ramène la langue en arrière trois fois, en léchant sur cet instrument chauffé une longueur de six aṅgulas.

Verse 72

गवां क्षीरं प्रदातव्यं जिह्वाशोधनमुत्तमम् । जिह्वापरीक्षणं कुर्याद्दग्धा चेन्न तु विमोच्यते

Qu’on donne du lait de vache, moyen excellent pour purifier la langue. Qu’on examine la langue ; si elle est brûlée, alors il ne doit pas être relâché.

Verse 73

तं विशुद्धं विजानीयाद्विशुद्धा चेत्तु जायते । तंदुलस्याथ वक्ष्यामि विधिधर्मं सनातनम्

Qu’on le tienne pour entièrement purifié, si la pureté advient réellement. À présent, je vais exposer la règle ancienne du rite concernant les grains de riz (taṇḍula).

Verse 74

चौर्ये तु तंदुला देया न चान्यत्र कथंचन । तंदुलानुदके सिक्त्वा रात्रौ तत्रैव स्थापयेत्

Dans un cas de vol, on doit employer des grains de riz (taṇḍula), et rien d’autre. Après les avoir aspergés d’eau, qu’on les laisse là toute la nuit.

Verse 75

प्रभाते कारिणे देया भक्षणाय न संशयः । त्रिःकॉत्वः प्राङ्मुखश्चैव पत्रे निष्ठीवयेत्ततः

À l’aube, on doit les remettre à l’officiant (la personne concernée) pour qu’il les mange, sans aucun doute. Ensuite, tourné vers l’est, qu’il crache trois fois sur une feuille.

Verse 76

पिप्पलस्याथ भूर्जस्य न त्वन्यस्य कथंचन । तांस्तु वै कारयेच्छुद्धांस्तंदुलाञ्छालिसंभवान्

Qu’on emploie des feuilles de pippala (figuier sacré) ou de bhūrja (bouleau), et d’aucune autre espèce. Et que ces grains de riz, issus du śāli, soient rendus purs.

Verse 77

मृन्मये भाजने कृत्वा सवितुः पुरतः स्थितः । तन्दुलान्मंत्रयेच्छुद्धान्मन्त्रेणानेन धर्मतः

Les ayant placés dans un récipient de terre cuite, et se tenant devant Savitṛ (le Soleil), qu’il consacre, selon le dharma, les grains de riz purifiés au moyen de ce mantra.

Verse 78

दीयसे धर्मतत्त्वज्ञैर्मानुषाणां विशोधनम् । स्तुतस्तन्दुल सत्येन धर्मतस्त्रातुमर्हसि

Tu es administré par ceux qui connaissent la vérité du dharma pour la purification des êtres humains. Ô grain de riz, loué par la Vérité : par le dharma, tu es digne de protéger (et de justifier).

Verse 79

निष्ठीवने कृते तेषां सवितुः पुरतः स्थिते । शोणितं दृश्यते यस्य तमशुद्धं विनिर्दिशेत्

Lorsque le rite du crachat a été accompli, tandis qu’on se tient devant Savitṛ (le Soleil), si l’on voit du sang dans la salive de quelqu’un, cette personne doit être déclarée impure (non blanchie).

Verse 80

एवमष्टविधं दिव्यं पापसंशयच्छेदनम् । भट्टादित्यस्य पुरतो जायते कुरुनंदन

Ainsi, cette épreuve divine en huit formes—qui tranche les doutes au sujet du péché—se révèle efficace en présence de Bhaṭṭāditya, ô joie des Kuru.

Verse 81

जलदिव्यं तथा प्राहुर्द्विप्रकारं पुराविदः । जलहस्तं स्मृतं चैकं मज्जनं चापरं विदुः

De même, les anciens sages disent que « l’épreuve de l’eau » est de deux sortes : l’une est appelée « eau-de-la-main », et l’autre est connue comme l’immersion.

Verse 82

बाणक्षेपस्तथादानं यावद्वीर्यवता कृतम् । तावत्तं मज्जयेज्जीवेत्तथा तच्छुद्धिमादिशेत्

Pendant le temps qu’un homme vigoureux peut tirer une flèche et revenir (avec la flèche), qu’on le maintienne immergé ; s’il demeure en vie, qu’on proclame alors sa pureté.

Verse 83

एवंविधमिदं स्थानं भट्टादित्यस्य भारत । ममैव कृपया भानोर्जातमेतन्महीतले

Ô Bhārata, tel est ce lieu sacré de Bhaṭṭāditya. Par ma propre grâce, cette manifestation de Bhānu (le Soleil) a pris naissance à la surface de la terre.