
Le chapitre 37 s’ouvre sur Agastya s’adressant à Skanda, profondément comblé d’avoir entendu parler des liṅga qui accordent la délivrance, et demandant un exposé complet des quatorze liṅga, à commencer par le Dakṣeśvara-liṅga. Le récit se tourne ensuite vers le parcours de Dakṣa : après une conduite antérieure blâmable, il vient à Kāśī pour une ascèse purificatrice et une discipline d’expiation. Parallèlement, à Kailāsa, une vaste assemblée divine se tient, tandis que Śiva s’enquiert de l’ordre cosmique et de la stabilité des normes sociales et rituelles. Dans le cœur de Dakṣa, le ressentiment grandit : il juge Śiva inclassable selon les catégories mondaines et s’offense d’un manque supposé de déférence. Il organise alors un grand sacrifice (mahākratu) dont Śiva est ostensiblement exclu. Le sage Dadhīci admoneste Dakṣa par un raisonnement doctrinal : les actes rituels sont inertes sans Śiva ; sans le Seigneur, le yajña ressemble à un lieu de crémation et toute action demeure sans fruit. Dakṣa repousse cet avertissement, revendique l’autosuffisance du rite et accroît son hostilité, allant jusqu’à ordonner l’éviction de Dadhīci. Le chapitre se clôt sur l’éclat extérieur du sacrifice et sur la transition du récit lorsque Nārada se rend à Kailāsa, annonçant les développements à venir liés à la réponse de Śiva et à la validation de la sainteté des sanctuaires śaiva de Kāśī.
Verse 1
अगस्त्य उवाच । सर्वज्ञसूनो षड्वक्त्र सर्वार्थकुशल प्रभो । प्रादुर्भावं निशम्यैषां लिंगानां मुक्तिदायिनाम्
Agastya dit : Ô Seigneur aux six visages, fils de l’Omniscient, Maître habile en toute finalité ; ayant entendu les manifestations de ces liṅgas qui donnent la délivrance, (je souhaite en apprendre davantage).
Verse 2
नितरां परितृप्तोस्मि सुधां पीत्वेव निर्जरः । ओंकारप्रमुखैर्लिंगैरिदमानंदकाननम्
Je suis comblé jusqu’à l’extrême—tel un immortel ayant bu le nectar—par ces liṅga qui commencent par Oṃkāra; ils font de ce bosquet une forêt de béatitude, l’Ānandakānana.
Verse 3
आनंदमेवजनयेदपि पापजुषामिह । परानंदमहं प्राप्तः श्रुत्वैतल्लिंगकीर्तनम्
Même pour ceux qui sont imprégnés de péché, ici la simple narration de ce Liṅga fait naître la joie. Pour ma part, ayant entendu cette louange du Liṅga, j’ai atteint la béatitude suprême.
Verse 4
जीवन्मुक्तैवासं हि क्षेत्रतत्त्वश्रुतेरहम् । स्कंददक्षेश्वरादीनि लिंगानीह चतुर्दश । यान्युक्तानि समाचक्ष्व तत्प्रभावमशेषतः
En entendant la vérité de ce kṣetra sacré, je suis devenu comme libéré tout en vivant. À présent, au sujet des quatorze Liṅga ici—à commencer par Skanda et Dakṣeśvara—qui ont été mentionnés, explique-moi leur puissance entièrement, sans rien omettre.
Verse 5
यो दक्षो गर्हयामास मध्ये देवसभं विभुम् । स कथं लिंगमीशस्य प्रत्यस्थापयदद्भुतम्
Ce Dakṣa qui, au milieu de l’assemblée des dieux, a vilipendé le Seigneur suprême—comment a-t-il pu rétablir (ou réinstaller) le merveilleux Liṅga d’Īśvara ?
Verse 6
इति श्रुत्वा शिखिरथः कुंभयोनेरुदीरितम् । सूत संकथयामास दक्षेश्वर समुद्भवम्
Ayant ainsi entendu ce qu’avait énoncé Kumbhayoni (Agastya), Śikhiratha—ô Sūta—raconta alors en détail l’origine de Dakṣeśvara.
Verse 7
स्कंद उवाच । आकर्णय मुने वच्मि कथां कल्मषहारिणीम् । पुरश्चरणकामोसौ दक्षः काशीं समाययौ
Skanda dit : « Écoute, ô sage ; je vais te conter un récit qui efface les souillures. Dakṣa, désireux d’accomplir le puraścaraṇa (observances dévotionnelles préparatoires), vint à Kāśī. »
Verse 8
छागवक्त्रो विरूपास्यो दधीचि परिधिक्कृतः । प्रायश्चित्तविधानार्थं सूपदिष्टः स्वयंभुवा
Avec un visage de bouc et une face défigurée—objet de blâme de la part de Dadhīci—il fut dûment instruit par Svayambhū (Brahmā) de la juste manière d’accomplir le prāyaścitta (expiation).
Verse 9
एकदा देवदेवस्य सेवार्थं शशिमौलिनः । कैलासमगमद्विष्णुः पद्मयोनिपुरस्कृतः
Un jour, afin de servir le Dieu des dieux, le Seigneur au croissant de lune, Viṣṇu—précédé de Padmayoni (Brahmā)—se rendit au Kailāsa.
Verse 10
इंद्रादयो लोकपाला विश्वेदेवा मरुद्गणाः । आदित्या वसवो रुद्राः साध्या विद्याधरोरगाः
Indra et les autres gardiens des mondes, les Viśvedevas et les troupes des Maruts ; les Ādityas, les Vasus, les Rudras, les Sādhyas, les Vidyādharas et les êtres-serpents : tous étaient présents.
Verse 11
ऋषयोऽप्सरसोयक्षा गंधर्वाः सिद्धचारणाः । तैर्नतो देवदेवेशः परिहृष्टतनूरुहैः
Rishis, apsaras, yakṣas, gandharvas, siddhas et cāraṇas se prosternèrent devant le Seigneur des dieux ; saisis d’allégresse, leurs poils se dressèrent tandis qu’ils l’adoraient.
Verse 12
स्तुतश्च नाना स्तुतिभिः शंभुनापि कृतादराः । विविशुश्चासनश्रेण्यां तन्मुखासक्तदृष्टयः
Ils louèrent Śambhu par des hymnes de maintes sortes, et Śambhu les accueillit lui aussi avec honneur. Puis ils prirent place sur les rangs de sièges, les yeux, en recueillement, attachés à Son visage.
Verse 13
अथ तेषूपविष्टेषु शंभुना विष्टरश्रवाः । कृतहस्तपरिस्पर्शमानः पृष्टो महादरम्
Quand tous furent assis, Viṣṭaraśravāḥ—après le toucher des mains selon l’usage de respect—fut interrogé par Śambhu avec une grande déférence.
Verse 14
श्रीवत्सलांछन हरे दैत्यवंशदवानल । कच्चित्पालयितुं शक्तिस्त्रिलोकीमस्त्यकुंठिता
Ô Hari, marqué du Śrīvatsa—ô feu de brousse pour la lignée des Daityas—ta puissance, sans déclin, soutient-elle et protège-t-elle encore les trois mondes ?
Verse 15
दितिजान्दनुजान्दुष्टान्कच्चिच्छासि रणांगणे । अपि कुद्धान्महीदेवान्मामिव प्रतिमन्यसे
Châties-tu encore, sur le champ de bataille, les ennemis pervers nés de Diti et de Danu ? Et considères-tu toujours les souverains de la terre, en courroux, comme tu me considérerais—comme des adversaires à contenir ?
Verse 16
बाधया रहिता गावः कच्चित्संति महीतले । स्त्रियः संति हि सुश्रीकाः पतिव्रतपरायणाः
Les vaches sur la terre sont-elles exemptes d’affliction ? Et y a-t-il des femmes de bonne fortune, demeurant vouées au vœu de fidélité (pativratā) et au dharma du foyer ?
Verse 17
विधियज्ञाः प्रवर्तंते पृथिव्यां बहुदक्षिणाः । निराबाधं तपः कच्चिदस्ति शश्वत्तपस्विनाम्
Les sacrifices prescrits par la règle s’accomplissent-ils sur la terre, riches en dons et en dákṣiṇā ? Et les ascètes, toujours voués à la tapas, accomplissent-ils leurs austérités sans obstacle ?
Verse 18
निष्प्रत्यूहं पठंत्येव सांगान्वेदान्द्विजोत्तमाः । महीपालाः प्रजाः कच्चित्पांति त्वमिवकेशव
Les meilleurs des dvija récitent-ils les Veda avec leurs aṅga, sans entrave ? Et les rois protègent-ils leurs sujets, ô Keśava, comme toi-même tu protèges les mondes ?
Verse 19
स्वेषु स्वेषु च धर्मेषु कच्चिद्वर्णाश्रमास्तथा । निष्ठावंतो हि तिष्ठंति प्रहृष्टेंद्रियमानसाः
Ceux des varṇa et des āśrama demeurent-ils fermes dans leurs devoirs propres, établis avec les sens et l’esprit joyeux et élevés ?
Verse 20
धूर्जटिः परिपृछ्येति हृष्टं वैकुंठनायकम् । ब्रह्माणं चापि पप्रच्छ ब्राह्मं तेजः समेधते
Ainsi Dhūrjaṭi (Śiva), après avoir interrogé le Seigneur de Vaikuṇṭha, tout réjoui, questionna aussi Brahmā ; et l’éclat divin de Brahmā s’en trouva encore accru.
Verse 21
सत्यमस्खलितं कच्चिदस्ति त्रैलोक्यमंडपे । तीर्थावरोधो न क्वापि केनचित्क्रियते विधे
Ô Vidhi (Brahmā), dans le pavillon des trois mondes, la vérité demeure-t-elle ferme, sans défaillance ? Et nulle part, personne ne fait-il obstacle aux tīrtha sacrés ?
Verse 22
इंद्रादयः सुराः कच्चित्स्वेषु स्वेषु पुरेष्वहो । राज्यं प्रशासति स्वस्थाः कृष्णदोर्दंडपालिताः
Indra et les autres dieux, dans leurs cités respectives, gouvernent-ils leurs royaumes dans la paix et la santé, en sûreté sous la puissance protectrice du bras de Kṛṣṇa, tel un sceptre de royauté ?
Verse 23
प्रत्येकं परिपृच्छयेशः सर्वानित्थं कृतादरान् । पृष्ट्वा गमनकार्यं च तेषां कृत्वा मनोरथान्
Ainsi le Seigneur interrogea chacun avec courtoisie, rendant à tous l’honneur qui leur était dû. Après avoir demandé le motif de leur départ et exaucé leurs souhaits, Il se disposa à les renvoyer sur leur route.
Verse 24
विससर्जाथ तान्सर्वान्देवः सौधं समाविशत् । गतेष्वथ च देवेषु स्वस्व धिष्ण्येषु हृष्टवत्
Alors le Dieu les congédia tous et entra dans Son palais. Et lorsque les dieux furent partis—chacun vers son propre siège céleste—ils s’en allèrent dans la joie.
Verse 25
मध्ये मार्गं स चिंतोभूद्दक्षः सत्याः पिता तदा । अन्यदेवसमानं स मानं प्राप न चाधिकम्
À mi-chemin, Dakṣa—père de Satī—tomba dans la rumination. Il avait reçu un honneur égal à celui des autres dieux, mais nul honneur supérieur au leur.
Verse 26
अतीव क्षुब्धचित्तोभून्मंदराघाततोऽब्धिवत् । उवाच च मनस्येतन्महाक्रोधरयांधदृक्
Son esprit fut violemment bouleversé, tel l’océan frappé par le mont Mandara. Aveuglé par l’élan d’une grande colère, il se dit en lui-même ces pensées.
Verse 27
अतीवगर्वितो जातः सती मे प्राप्य कन्यकाम् । कस्यचिन्नाप्यसौ प्रायो न कोस्यापि क्वचित्पुनः
Depuis qu’il a obtenu ma fille Satī pour épouse, il est devenu d’un orgueil excessif. Il ne témoigne presque de déférence à personne—à aucun moment, envers qui que ce soit.
Verse 28
किं वंश्यस्त्वेष किं गोत्रः किं देशीयः किमात्मकः । किं वृत्तिः किं समाचारो विपा दी वृषवाहनः
De quelle lignée est-il ? Quel est son gotra ? De quel pays vient-il—quelle est sa nature même ? Quel est son gagne-pain, quelles sont ses coutumes—lui, au drapeau du taureau, sans cesse entouré d’étranges calamités ?
Verse 29
न प्रायशस्तपस्व्येष क्व तपः क्वास्त्रधारणम् । न गृहस्थेषु गण्योसौ श्मशाननिलयो यतः
Il n’est guère un ascète—où sont ses austérités, et où le port des armes ? Il n’est pas non plus compté parmi les chefs de maison, car sa demeure est le lieu de crémation.
Verse 30
असौ न ब्रह्मचारी स्यात्कृतपाणिग्रह स्थितिः । वानप्रस्थ्यं कुतश्चास्मिन्नैश्वर्यमदमोहिते
Il ne peut être un brahmacārin, car il se tient dans l’état de celui qui a déjà pris la main d’une épouse au mariage. Et comment y aurait-il en lui le vānaprastha—lui qui est égaré par l’ivresse de la puissance ?
Verse 31
न ब्राह्मणोभवत्येष यतो वेदो न वेत्त्यमुम् । शस्त्रास्त्रधारणात्प्रायः क्षत्रियः स्यान्न सोप्ययम्
Il n’est pas un brāhmaṇa, car (comme je le soutiens) il ne connaît pas le Veda. Par le port des armes on pourrait appeler un homme kṣatriya, mais lui n’est même pas cela.
Verse 32
क्षतात्संत्राणनात्क्षत्रं तत्क्वास्मिन्प्रलयप्रिये । वैश्योपि न भवेदेष सदा निर्धनचेष्टनः
On appelle « kṣatra » ce qui protège les blessés ; où donc est cela en celui qui se complaît dans la dissolution ? Il ne peut pas non plus être vaiśya, car il agit sans cesse comme un homme sans richesse.
Verse 33
शूद्रोपि न भवेत्प्रायो नागयज्ञोपवीतवान् । एवं वर्णाश्रमातीतः कोसौ सम्यङ्नकीर्त्यते
Il n’est même pas, au sens ordinaire, un Śūdra ; il n’est pas non plus celui qui porte le cordon sacré (yajñopavīta) pour le sacrifice aux Nāgas. Ainsi, dépassant tous les varṇas et tous les āśramas, qui est-il donc, pour qu’on puisse le nommer avec justesse ?
Verse 34
सर्वः प्रकृत्या ज्ञायेत स्थाणुः प्रकृतिवर्जितः । प्रायशः पुरुषोनासावर्धनारीवपुर्यतः
Chacun est connu par quelque nature qui le caractérise ; mais Sthāṇu (Śiva) est dépourvu de tels attributs limitants. Et pourtant il n’est pas seulement homme, car il est proclamé Ardhanārī, de forme à moitié féminine.
Verse 35
योषापि न भवेदेष यतोसौ श्मश्रुलाननः । नपुंसकोपि न भवेल्लिंगमस्ययतोर्च्यते
Il n’est pas non plus une femme, car son visage est barbu. Il n’est pas davantage neutre, puisque son liṅga est adoré.
Verse 36
बालोपि न भवत्येष यतोऽयं बहुवार्षिकः । अनादिवृद्धो लोकेषु गीयते चोग्र एष यत्
Il n’est pas non plus un enfant, car il est de bien des années. Dans les mondes, on le chante comme « ancien depuis le sans-commencement », et aussi comme « Ugra », le Redoutable.
Verse 37
अतो युवत्वं संभाव्यं नात्र नूनं चिरंतने । वृद्धोऽपि न भवत्येष जरामरणवर्जितः
Ainsi pourrait-on lui imaginer la jeunesse ; mais non certes, ô Très-Ancien. Même la vieillesse ne lui appartient pas, car il est exempt de décrépitude et de mort.
Verse 38
ब्रह्मादीन्संहरेत्प्रांते तथापि च न पातकी । पुण्यलेशोपि नास्त्यस्मिन्ब्रह्ममौलिच्छिदिक्रुधा
Quand bien même, à la fin, il retirerait (détruirait) Brahmā et les autres, il ne serait pourtant pas pécheur. En lui il n’est pas même une trace de mérite ou de faute : il agit avec la colère qui fendit la couronne de Brahmā.
Verse 40
अहो धार्ष्ट्यं महद्दृष्टं जटिलस्याद्य चाद्भुतम् । यदासनान्नोत्थितोसौ दृष्ट्वा मां श्वशुरं गुरुम्
Ah ! Quelle grande insolence, vraiment merveilleuse aujourd’hui, chez cet ascète aux cheveux emmêlés : m’ayant vu — moi, son beau-père et son aîné — il ne s’est pas levé de son siège.
Verse 41
एवंभूता भवंत्येव मातापितृविवर्जिताः । निर्गुणा अकुलीनाश्च कर्मभ्रष्टा निरंकुशाः
De telles gens, en vérité, deviennent comme privés de mère et de père : sans vertus, sans noble lignée, déchus des devoirs justes et sans frein.
Verse 42
स्वच्छंदचारिणोऽनाथाः सर्वत्र स्वाभिमानिनः । अकिंचना अपिप्रायस्तथापीश्वरमानिनः
Ils errent à leur guise, sans protecteur ; partout ils s’enorgueillissent. Bien qu’ils ne possèdent le plus souvent rien, ils se prennent pourtant pour des seigneurs.
Verse 43
जामातॄणां स्वभावोयं प्रायशो गर्वभाजनम् । किंचिदैश्वयर्मासाद्य भवत्येव न संशयः
Telle est, le plus souvent, la nature des gendres : ils deviennent des réceptacles d’orgueil ; dès qu’ils obtiennent ne serait-ce qu’un peu de prospérité, l’orgueil s’élève à coup sûr—sans aucun doute.
Verse 44
द्विजराजः स गर्विष्ठो रोहिणीप्रेमनिर्भरः । कृत्तिकादिषु चास्नेही मया शप्तः क्षयीकृतः
Ce seigneur des deux-fois-nés (la Lune), gonflé d’orgueil, tout entier absorbé par l’amour de Rohiṇī et sans tendresse pour Kṛttikā et les autres épouses, je l’ai maudit, et ainsi je l’ai fait dépérir.
Verse 45
अस्याहं गर्वसर्वस्वं हरिष्याम्येव शूलिनः । यथावमानितश्चाहमनेनास्य गृहं गतः
«Ô Śūlin, Seigneur au trident, je lui ôterai assurément tout ce qui fait sa fierté, car il m’a outragé lorsque je suis allé dans sa demeure.»
Verse 46
तथास्याहं करिष्यामि मानहानिं च सर्वतः । संप्रधार्येति बहुशः स तु दक्षः प्रजापतिः
Ainsi résolu, il délibéra maintes fois : «De toutes les manières, je provoquerai la perte de son honneur.» Tel était Dakṣa, le Prajāpati.
Verse 47
प्राप्य स्वभवनं देवानाजुहाव सवासवान् । अहं यियक्षुर्यूयं मे यज्ञसाहाय्यकारिणः
De retour dans sa demeure, il convoqua les dieux avec Vāsava (Indra) et dit : «Je veux accomplir un yajña ; vous serez mes assistants dans ce sacrifice».
Verse 48
भवंतु यज्ञसंभारानानयंतु त्वरान्विताः । श्वेतद्वीपमथो गत्वा चक्रे चक्रिणमच्युतम्
«Qu’ils rassemblent les apprêts du yajña et les apportent sans délai.» Puis, se rendant à Śvetadvīpa, il établit Acyuta—le Porteur du disque—comme puissance présidant au rite.
Verse 49
महाक्रतूपद्रष्टारं यज्ञपूरुषमेव च । तस्यर्त्विजोभवन्सर्व ऋषयो ब्रह्मवादिनः
Il établit le Yajña-Puruṣa comme l’inspecteur même de ce grand rite; et pour lui, tous les ṛṣi—docteurs du Brahman—devinrent les prêtres officiants.
Verse 50
प्रावर्तत ततस्तस्य दक्षस्य च महाध्वरः । दृष्ट्वा देवनिकायांश्च तस्मिन्दक्ष महाध्वरे
Alors commença la grande session sacrificielle de Dakṣa. Voyant les cohortes des dieux rassemblées en ce puissant sacrifice de Dakṣa—
Verse 51
अनीश्वरांस्ततो वेधा व्याजं कृत्वा गृहं ययौ । दधीचिरथ संवीक्ष्य सर्वांस्त्रैलोक्यवासिनः
Alors le Créateur (Vedhā), les voyant dépourvus du Seigneur (Īśvara), prit un prétexte et regagna sa demeure. Puis Dadhīci, après avoir considéré tous les habitants des trois mondes—
Verse 52
दक्षयज्ञे समायातान्सतीश्वरविवर्जितान् । प्राप्तसंमानसंभारान्वासोलंकृतिपूर्वकम्
Au yajña de Dakṣa, ceux qui étaient venus—privés de Satī et d’Īśvara—furent reçus comme il se doit, avec honneurs, présents, vêtements et parures.
Verse 53
दक्षस्य हि शुभोदर्कमिच्छन्प्रोवाच चेति वै । दधीचिरुवाच । दक्षप्रजापते दक्ष साक्षाद्धातृस्वरूपधृक्
Désirant le bienheureux bonheur de Dakṣa, il lui adressa vraiment la parole. Dadhīci dit : «Ô Dakṣa Prajāpati, ô Dakṣa, tu portes la forme même de Dhātṛ, le Créateur».
Verse 54
न चास्ति तव सामर्थ्यं क्वापि कस्यापि निश्चितम् । यादृशः क्रतुसंभारस्तव चेह समीक्ष्यते
Nulle part, en aucun domaine, ta capacité n’est tenue pour assurée. Et pourtant, ici l’on voit en toi se déployer une préparation grandiose pour un kratu, le sacrifice védique.
Verse 55
न तादृङ्नेदसि प्रायः क्वापि ज्ञातो महामते । क्रतुस्तु नैव कर्तव्यो नास्ति क्रतुसमो रिपुः
Ô grand d’esprit, un tel fondement est à peine connu nulle part. Aussi ne faut-il pas entreprendre un kratu : nul ennemi n’égale le sacrifice lorsqu’il est accompli sans les justes conditions.
Verse 56
कर्तव्यश्चेत्तदाकार्यः स्याच्चेत्संपत्ति रीदृशी । साक्षादग्निः स्वयं कुंडे साक्षादिंद्रादिदेवताः
S’il faut l’accomplir, qu’on ne l’accomplisse que si de telles réussites extraordinaires sont présentes : Agni lui-même manifesté dans le foyer, et Indra ainsi que les autres divinités présents en personne.
Verse 57
साक्षाच्च सर्वे मंत्रा वै साक्षाद्यज्ञपुमानसौ । आचार्यपदवीमेष देवाचार्यः स्वयं चरेत् । साक्षाद्ब्रह्मा स्वयं चैष भृगुर्वै कर्मकांडवित्
Et tous les mantras doivent être présents en personne ; le Personnage même du Yajña doit se manifester. La charge d’ācārya doit être assumée par le précepteur divin lui-même. Brahmā doit être là en personne, et Bhṛgu aussi, connaisseur du karma-kāṇḍa, la section rituelle.
Verse 58
अयं पूषा भगस्त्वेष इयं देवी सरस्वती । एते च सर्वदिक्पाला यज्ञरक्षाकृतः स्वयम्
Voici Pūṣan, et voici Bhaga ; voici la déesse Sarasvatī. Et voici tous les gardiens des directions, eux-mêmes protecteurs du yajña.
Verse 59
त्वं च दीक्षां शुभां प्राप्तो देव्या च शतरूपया । जामाता त्वेष ते धर्मः पत्नीभिर्दशभिः सह
Et tu as reçu la dīkṣā de bon augure de la déesse Śatarūpā. Celui-ci est ton gendre — Dharma — avec ses dix épouses.
Verse 60
स्वयमेव हि कुर्वीत धर्मकार्यं प्रयत्नतः । ओषधीनामयं नाथस्तव जामातृषूत्तमः
En vérité, c’est lui-même qui doit accomplir l’œuvre du Dharma avec ardeur. Ce seigneur des plantes médicinales est ton gendre le plus éminent.
Verse 61
सप्तविंशतिभिः सार्धं पत्नीभिस्तव कार्यकृत् । ओषधीः पूरयेत्सर्वा द्विजराजो महासुधीः
Accomplissant ton œuvre avec ses vingt-sept épouses, le roi des « deux-fois-nés » (dvija), d’une sagesse suprême, comblerait toutes les plantes médicinales.
Verse 62
दीक्षितो राजसूयस्य दत्तत्रैलोक्यदक्षिणः । मारीचः कश्यपश्चासौ प्रजापतिषु सत्तमः । त्रयोदशमिताभिश्च भार्याभिस्तव कार्यकृत्
Initié pour le Rājasūya et ayant offert les trois mondes en dakṣiṇā, ce Marīci—Kaśyapa, le meilleur des Prajāpatis, accomplit ton œuvre avec ses treize épouses.
Verse 63
हविः कामदुघा सूते कल्पवृक्षः समित्कुशान् । दारुपात्राणि सर्वाणि शकटं मंडपादिकम्
La vache qui exauce les vœux fait jaillir le havis, matière de l’oblation; l’arbre qui comble les désirs donne les bûchettes de feu sacré et l’herbe kuśa; et tous les vases de bois, le char, le pavillon (maṇḍapa) et le reste des instruments du sacrifice sont fournis.
Verse 64
विश्वकर्माप्यलंकारान्कुरुतेभ्यागतर्त्विजाम् । वसूनि चाऽपि वासांसि वसवोष्टौ ददत्यपि
Même Viśvakarmā façonne des parures pour les prêtres arrivés; et les huit Vasus, eux aussi, accordent richesses et vêtements.
Verse 65
स्वयंलक्ष्मीरलंकुर्याद्यावै चात्र सुवासिनीः
Et Lakṣmī elle-même parerait les femmes suvasinī, revêtues d’un habit de bon augure, présentes en ce lieu.
Verse 66
सर्वे सुखाय मे दक्ष वीक्षमाणस्य सर्वतः । एकं दुःखाकरोत्येव यत्त्वं विस्मृतवानसि
Ô Dakṣa, tout ce que je vois de toutes parts semble ordonné pour ma joie; pourtant une seule chose engendre la peine: c’est que tu l’as oubliée.
Verse 67
जीवहीनो यथा देहो भूषितोपि न शोभते । तथेश्वरं विना यज्ञः श्मशानमिव लक्ष्यते
De même qu’un corps sans vie ne rayonne pas, fût-il paré, ainsi le sacrifice sans le Seigneur apparaît tel un lieu de crémation.
Verse 68
इत्थं दधीचिवचनं श्रुत्वा दक्षः प्रजापतिः । भृशं जज्वाल कोपेन हविषा कृष्णवर्त्मवत्
Entendant ainsi les paroles de Dadhīci, Dakṣa Prajāpati s’embrasa violemment de colère, tel le feu de l’oblation (havis) qui s’élève en traçant une traînée de fumée sombre.
Verse 69
पूर्वस्तुत्याति संहृष्टो दृष्टो योसौ दधीचिना । स एव चापि कोपाग्निमुद्वमन्वीक्षितो मुखात्
Celui que Dadhīci avait jadis vu comblé de joie par la louange—ce même homme fut maintenant vu, de son visage, cracher le feu de la colère.
Verse 70
प्रत्युवाचाथ तं विप्रं वेपमानांगयष्टिकः । दक्षः प्रजापती रोषाज्जिघांसुरिव तं द्विजम्
Alors Dakṣa Prajāpati répondit à ce brāhmane ; son corps tremblait de fureur, comme s’il voulait abattre ce « deux-fois-né ».
Verse 71
दक्ष उवाच । ब्राह्मणोसि दधीचे त्वं किं करोमि तवात्र वै । दीक्षामहमहो प्राप्तः कर्तुं नायाति किंचन
Dakṣa dit : « Dadhīci, tu es un brāhmane ; que puis-je te faire ici ? Hélas, j’ai reçu la dīkṣā (consécration) ; à présent, rien d’autre ne m’est permis de faire. »
Verse 72
भवान्केन समाहूतो यदत्रागान्महाजडः । आगतोपि हि केन त्वं पृष्ट इत्थं प्रब्रवीषि यत्
« Qui t’a invité pour que tu viennes ici, grand sot ? Et même après être venu, qui t’a interrogé pour que tu parles ainsi ? »
Verse 73
सर्वमंगलमांगल्यो यत्र श्रीमानयं हरिः । स्वयं वै यज्ञपुरुषः स मखः किं श्मशानवत्
Comment ce sacrifice pourrait-il ressembler à un champ de crémation, alors qu’ici se tient le glorieux Hari, l’auspice parmi tous les auspices, Lui-même le Yajña-Puruṣa ?
Verse 74
यत्र वज्रधरः शक्रः शतयज्ञैकदीक्षितः । त्रयस्त्रिंशतिकोटीनाममराणां पतिः स्वयम्
Là se tient Śakra (Indra) lui-même, porteur de la foudre, consacré pour cent sacrifices, le seigneur même des trente-trois crores d’Immortels.
Verse 75
तं त्वंचोपमिमीषेमुं श्मशानेन महामखम् । धर्मराट्च स्वयं यत्र धर्माधर्मैककोविदः
Et pourtant tu compares ce grand sacrifice à un champ de crémation, alors que là se tient Dharma-rāja lui-même, seul expert à discerner dharma et adharma.
Verse 76
श्रीदोस्ति यत्र श्रीदाता साक्षाद्यत्राशुशुक्षणिः । तं यज्ञमुपमासि त्वममंगलभुवातया
Là où se tient le dispensateur de prospérité, et où Āśuśukṣaṇi se manifeste en personne, comment peux-tu assimiler ce sacrifice à un lieu de mauvais augure ?
Verse 77
देवाचार्यः स्वयं यत्र क्रतोराचार्यतागतः । अभिमानवशात्तं त्वमाख्यासि पितृकाननम्
Là où le précepteur des dieux en personne est venu comme maître officiant du sacrifice ; et pourtant, par orgueil, tu l’appelles « forêt des ancêtres », comme si ce n’était qu’un lieu funéraire.
Verse 78
यत्रार्त्विज्यं भजंतेऽमी वसिष्ठप्रमुखर्षयः । तमध्वरं समाचक्षे मंगलेतरभूमिवत्
Là où les sages, conduits par Vasiṣṭha, assument les fonctions sacerdotales—comment pourrait-on décrire ce sacrifice comme s’il était accompli sur une terre de mauvais augure ?
Verse 79
निशम्येति मुनिः प्राह दधीचिर्ज्ञानिनां वरः । सर्वमंगलमांगल्यो भवेद्यज्ञपुमान्हरिः
L’ayant entendu, le sage Dadhīci—le meilleur des connaisseurs—déclara : «Hari, la Personne même du sacrifice, est le plus auspiceux de tout ce qui est auspiceux.»
Verse 80
तथापि शांभवी शक्तिर्वेदे विष्णुः प्रपठ्यते । वामांगं स्रष्टुराद्यस्य हरिस्तदितरद्विधिः
Pourtant, dans le Veda, Viṣṇu est récité comme la Puissance Śāmbhavī. Hari est le côté gauche du Créateur primordial ; l’autre côté est Vidhī (Brahmā).
Verse 81
दीक्षितो योश्वमेधानां शतस्य कुलिशायुधः । दुर्वाससा क्षणेनापि नीतो निःश्रीकतां हि सः
Celui qui, armé de la foudre, fut consacré pour cent Aśvamedha—fut pourtant, par Durvāsas, conduit à la perte de sa splendeur en un seul instant.
Verse 82
पुनराराध्य भूतेशं प्रापैकाममरावतीम् । यस्त्वया धर्मराजोत्र कथितः क्रतुरक्षकः
En adorant de nouveau Bhūteśa, il obtint à nouveau Amarāvatī—tel est ce Dharmarāja que tu as mentionné ici comme le protecteur du sacrifice.
Verse 83
बलं तस्याखिलैर्ज्ञातं श्वेतं पाशयतः पुरा । धनदस्त्र्यंबकसखस्तच्चक्षुश्चाशुशुक्षणिः
Sa puissance fut jadis connue de tous, lorsqu’il vit Śveta lié par le lacet. Dhanada—ami de Tryambaka—s’y trouvait, et Āśuśukṣaṇi aussi, tels ses propres yeux, témoins de tout.
Verse 84
पार्ष्णिग्राह्यभवद्रुद्रो देवाचार्यस्य वै तदा । यदा तारामधार्षीत्स द्विजराजोऽतिसुंदरीम्
En ce temps-là, Rudra devint, pour ainsi dire, celui qui saisit le coupable par le talon pour le précepteur des dieux ; car c’est alors que la Lune—roi parmi les deux-fois-nés—outragea la très belle Tārā.
Verse 85
तं विदंति वसिष्ठाद्यास्तवार्त्विज्यं भजंति ये । एको रुद्रो न द्वितीयः संविदाना अपीति हि
Ceux qui reçoivent ton service sacerdotal—Vasiṣṭha et les autres sages—Le connaissent en vérité ; car les êtres réalisés déclarent en effet : « Rudra est Un, il n’est point de second. »
Verse 86
प्रावर्तंतर्षयोन्येपि गौरवात्तव ते क्रतौ । यदि मे ब्राह्मणस्यैकं शृणोषि वचनं हितम्
Par respect pour toi, d’autres sages aussi s’avancèrent pour prendre part à ton sacrifice. Si tu veux bien écouter de moi, brāhmaṇa, une seule parole salutaire—
Verse 87
तदा क्रतुफलाधीशं विश्वेशं त्वं समाह्वय । विना तेन क्रतुरसौ कृतोप्यकृत एव हि
Alors invoque Viśveśa, le Seigneur qui préside aux fruits du sacrifice. Sans Lui, ce sacrifice—fût-il accompli—demeure en vérité comme non accompli.
Verse 88
सति तस्म्निमहादेवे विश्वकर्मैकसाक्षिणि । तवापि चैषा सर्वेषां फलिष्यंति मनोरथाः
Lorsque Mahādeva est présent, l’unique Témoin de tous les actes, alors tes desseins, et même les vœux de tous, porteront leurs fruits.
Verse 89
यथा जडानि बीजानि न फलंति स्वयं तथा । जडानि सर्वकर्माणि न फलंतीश्वरं विना
De même que des semences inertes ne portent pas fruit d’elles-mêmes, ainsi toutes les actions, dépourvues de conscience, ne donnent pas de résultat sans le Seigneur.
Verse 90
अर्थहीना यथा वाणी धर्महीना यथा तनुः । पतिहीना यथा नारी शिवहीना तथा क्रिया
Comme la parole est vaine sans sens, comme le corps est vain sans dharma, et comme la femme est délaissée sans son époux, ainsi tout rite est privé de sa force sans Śiva.
Verse 91
गंगाहीना यथा देशाः पुत्रहीना यथा गृहाः । दानहीना यथा संपच्छिवहीना तथा क्रिया
Comme les contrées sont amoindries sans la Gaṅgā, comme les maisons sont amoindries sans fils, et comme la prospérité est amoindrie sans don, ainsi tout rite est amoindri sans Śiva.
Verse 92
मंत्रिहीनं यथा राज्यं श्रुतिहीना यथा द्विजाः । योषा हीनं यथा सौख्यं शिवहीना तथा क्रिया
Comme un royaume est défectueux sans ministres, comme les deux-fois-nés sont défectueux sans l’enseignement sacré, et comme la joie est défectueuse sans épouse, ainsi tout rite est défectueux sans Śiva.
Verse 93
दर्भहीना यथा संध्या तिलहीनं च तर्पणम् । हविर्हीनो यथा होमः शिवहीना तथा क्रिया
De même que la sandhyā est incomplète sans l’herbe darbha, que le tarpaṇa est incomplet sans sésame, et que le homa est incomplet sans l’oblation, ainsi tout acte religieux est incomplet sans Śiva.
Verse 94
इत्थं दधीचिनाख्यातं जग्राह वचनं न तत् । दक्षो दक्षोपि तत्रैव शंभोर्माया विमोहितः
Bien qu’ainsi instruit par Dadhīci, Dakṣa n’accepta pas cet avis ; même le compétent Dakṣa, sur-le-champ, fut égaré par la māyā de Śambhu (Śiva).
Verse 95
प्रोवाच च भृशं क्रुद्धः का चिंता तव मे क्रतोः । क्रतुमुख्यानि सर्वाणि यानि कर्माणि सर्वतः
Alors, violemment courroucé, il dit : «Que t’importe mon sacrifice ? Tous les rites du yajña—tous les actes principaux, en tout point—sont déjà en place.»
Verse 96
तानि सिद्ध्यंति नियतं यथार्थकरणादिह । अयथार्थविधानेन सिद्ध्येत्कर्मापि नेशितुः
«Ici, ces rites réussissent à coup sûr lorsqu’ils sont accomplis selon la juste manière. Mais par une procédure fautive, même une action n’atteint pas l’accomplissement—à plus forte raison sans le Seigneur qui gouverne.»
Verse 97
स्वकर्मसिद्धये चाथ सर्व एव हि चेश्वरः । ईश्वरः कर्मणां साक्षी यत्त्वयापीति भाषितम्
«De plus, pour l’accomplissement de ses propres actes, chacun est, en un sens, un “seigneur” en tant qu’agent. Pourtant, c’est Īśvara qui est le témoin des actions—et cela aussi, tu l’as dit.»
Verse 98
तत्तथास्तु परं साक्षी नार्थं दद्याच्च कुत्रचित्
«Qu’il en soit ainsi : que le Suprême soit témoin ; mais qu’il n’accorde le “fruit” nulle part.»
Verse 99
जडानि सर्वकर्माणि न फलंतीश्वरं विना । यदुक्तं भवता तत्राप्यहो दृष्टांतयाम्यहम्
«Toutes les actions sont inertes ; sans Īśvara elles ne portent pas de fruit. Et quant à ce que tu as dit là, certes, je répondrai par une illustration.»
Verse 100
जडान्यपि च बीजानि कालं संप्राप्यवात्मनः । अंकूरयंति कालाच्च पुष्प्यंति च फलंति च
«Même les graines inertes, lorsqu’elles atteignent leur saison propre, d’elles-mêmes germent ; puis, en temps voulu, elles fleurissent et portent du fruit.»
Verse 110
आदिदेश समीपस्थानालोक्य परितस्त्विति । ब्राह्मणापसदं चामुं परिदूरयताशु वै
Regardant ceux qui se tenaient tout près, il donna l’ordre : «Chassez sur-le-champ, bien loin d’ici, ce brāhmane déchu.»
Verse 120
ब्रह्मघोषेण तारेण व्योमशब्दगुणं स्फुटम् । कारितं तेन दक्षेण विप्राणां हृष्टचेतसाम्
Par un chant de Brahman, clair et haut, il rendit manifeste dans le ciel la qualité même du son ; Dakṣa le fit accomplir pour la joie des brāhmanes.
Verse 127
विद्याधरैर्ननंदे च वसुधा ववृधे भृशम् । महाविभवसंभारे तस्मिन्दाक्षे महाक्रतौ । इत्थं प्रवृत्तेऽथ मुनिः कैलासं नारदो ययौ
Les Vidyādhara se réjouissaient, et la terre prospéra grandement. Tandis que le grand sacrifice de Dakṣa se déroulait au milieu d’un faste immense et de préparatifs abondants, le sage Nārada se rendit alors à Kailāsa.